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Histoire    (10 / 10)

 

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Le Sultan Amoud, dernier des Imenân.


Amoud : prière canonique musulmane qui se récite cinq fois par jour ; chacune de ces prières est un “Amoud” (voir Foucauld, Dict. III, p. 1157). C’est aussi un nom de personne que les arabophones ont confondu avec les prénoms arabes de Hamoud, Ahmoud, d’où les confusions Amoud/Ahmoud/Hamou.

Amoud ag Elmokhtar est né vers 1856. Son fief particulier était Djanet et l’oued Ihérir, ses tributaires deux petites tribus d’Ibottenatènes et les Iforas win-Ettebel. Il avait aussi des intérêts en Ahaggar (Gardel 1961, p. 280). Son autorité fut toujours reconnue par les Ihadânârènes. Au combat de Tañhart en 1895 (vallée de l’Ahaggar où eut lieu un sévère combat entre les Kel Ahaggar et les Kel Ajjer unis aux Arabes Ibelouiènes du Fezzan), Amoud perdit son père, ses deux oncles, ses deux frères et un cousin (J. Dubief 1956, p. 137). Au combat d’Amguid il fut blessé de deux balles au bras droit (dont il resta handicapé) et à la jambe droite. Farouchement opposé à la progression de l’emprise coloniale française, il renonça toujours à demander l’aman aux autorités françaises, malgré l’approche du capitaine Touchard en 1905 et celle du capitaine Nieger en juillet 1909, et comme le lui proposait Moussa ag Amastane en 1906.

En 1905, les Turcs revendiquent la possession de Djanet dont la population sous l’autorité de Sultan Amoud leur est favorable. Le capitaine Abdelkader (alias Djamy Bey) se rend avec sa troupe à Ghât pour disputer aux Français la maîtrise de Djanet, relais vers Bilma et l’Aïr. Sultan Amoud qui a hérité de nombreux revenus sur les jardins de Djanet et sur les tributaires encore fidèles à sa famille, invite les Turcs à s’installer à Djanet. Il reçoit l’investiture turque en 1908 et obtient le titre de Mouchir, un cachet et un traitement annuel de 2 000 F.

Sultan Amoud a toujours espéré retrouver l’autorité et le prestige ancien de sa famille, d’autant qu’il jouit encore d’une grande renommée. Il a souvent joué un rôle pondérateur pour obtenir réparation des préjudices subis par les commerçants de Ghât comme lors du rezzou des Kel Ahaggar dans l’oued Tiout en janvier 1905 (voir Gardel 1961, p. 219-220). Mais il n’hésite pas à organiser la résistance armée et se rend discrètement à Abalessa où des armes de guerre sont peut-être transportées.

Si Sultan Amoud a établi à Djanet sa résidence principale, c’est d’une part en raison des revenus qu’il tirait de ses redevances sur les jardins et de ses tributaires, mais aussi parce que Djanet, outre sa position géostratégique dans les relations commerciales avec le Soudan, fut consacrée en 1901 comme lieu privilégié de la zâwiya senoussiste par le muqqadem de Ghât, Cheikh Senoussi ould el Hadj Ahmed, frère du kaïmakam El Hacen installé à Koufra en 1886 par les Turcs. L’imam de cette zâwiya était Akhamouk ag-Arada des Ihadhanarènes et Sultan Amoud son adjoint (voir Gardel 1961, p. 214 et J.-L. Triaud 1995, II, p. 797 sq.). Toutefois, les rapports géopolitiques entre la Turquie et les puissances coloniales européennes (France, Angleterre et Italie) devenaient de plus en plus défavorables aux partisans des Turcs en raison de l’affaiblissement de l’Empire ottoman sur tous les fronts. Après plusieurs reconnaissances françaises sur Djanet, à partir de 1905 (capitaine Touchard, 19 janvier 1905 ; capitaine Nieger, 18 juillet 1909 ; lieutenant Saint Maur, 7 janvier 1910) et plusieurs passages, occupations temporaires et manifestations turques en 1906, 1907, 1910, le capitaine Charlet occupe Djanet avec sa troupe en novembre 1911 et entreprend la construction d’un fort en lieu et place de la zâwiya senoussiste. Il avait auparavant obtenu le consentement du muqqadem tidjani Abd al-Nabî ben Alî peu favorable à la Sanoûssiya, lequel avait convaincu aussi les habitants de la région. Cependant, cette démonstration de force n’engendre pas la conquête immédiate de Djanet. Les Italiens occupent Ghât le 12 août 1914 et l’abandonnent le 23 décembre laissant la ville au pillage des principaux chefs touaregs : Boube-keur ag Allegoui, In Guedazen et Amoud. Ce dernier prend la direction d’une colonne senoussiste armée qui quitte Ghât le 27 février 1916 et se porte sur Djanet. La garnison française encerclée est faite prisonnière le 24 mars. Abd al-Salâm, représentant officiel de Muhammad al-’Abid (chef de la Sanoûssiya du Fezzan, alors que Amoud est leur représentant à Djanet) explique à son prisonnier, le maréchal des logis Lapierre (voir Triaud 1995, p. 799) toute la stratégie de conquête de la Sanoûssiya au Sahara, de l’Ahaggar au Touat alors que la confrérie est déjà fortement implantée au sud.

Malgré la guerre 1914-1918 qui sévit en Europe, l’assassinat du Père de Foucauld à Tamanrasset en 1916 (voir A. Chatelard, 2000), et surtout la révolte dirigée par Kaocen en 1917, avec le démantèlement de l’Empire ottoman, la situation générale reste défavorable aux insurgés. Les interventions armées des troupes françaises, la diplomatie déployée par Laperrine et ses officiers (la création le 1er avril 1902 des “Compagnies sahariennes”), arrivent peu à peu à rétablir le calme en pays touareg (voir J.-L. Triaud 1995 qui traite minutieusement de tous ces événements).

Le combat le plus spectaculaire qui eut lieu sous l’autorité du sultan Amoud et celle d’In Guedazen, fut celui d’Esseyen les 10-11 avril 1913. Le lieutenant Gardel devait établir une liaison avec le groupe de Bilma et faire une reconnaissance à In-Ezzan accompagné de 40 méharistes. En route, il apprend qu’une forte troupe (harka) était partie de Ghât vers Djanet. Il se porta alors rapidement en protection vers Djanet et le 10 avril rencontrait cette troupe formée de 350 méharistes touaregs, arabes et tebous. Encerclé à Esseyen-n Affela, le groupe commandé par Gardel lutta toute la soirée et toute la nuit du 10 avril. Au petit matin du 11 avril, alors que sa situation était désespérée, que les combattants se trouvaient à 30 mètres les uns des autres, Gardel décide une brusque sortie à la baïonnette, si courageuse que ses ennemis effrayés s’enfuient de toutes parts laissant sur le terrain 70 tués. La troupe française n’avait que 2 morts et 11 blessés (voir le récit détaillé de ce combat raconté par Gardel in H. Lhote 1955, p. 401-404). El-Madani, le demi-frère de Sultan Amoud, est parmi les morts.

Le 20 mai 1913, après le combat d’Esseyen, une autre colonne française reprend Djanet, El Barkat, Féouet, et s’apprête à conquérir Ghât (Dubief 1956, p. 113). C’est aussi l’année où Kaocen arrive à Ghât et emmène le commandant senoussiste Abdessalem comme prisonnier vers l’Aïr.

Cependant, les combats continuent encore durant quatre années (voir Blaudin de Thé 1955, p. 70-76 et J.-L. Triaud 1995). Après l’arrivée de la colonne française commandée par le capitaine Depommier le 28 octobre 1918 à Djanet, les tentatives de pourparlers entre Moussa ag Amestane et Sultan Amoud, la réoccupation de Djanet le 9 juillet 1920, les combats continuent jusqu’au sévère affrontement au col d’Assakao en bordure du plateau du Tassili (le 27 juillet 1920). À la fin de cette année, toutes les troupes dissidentes sous la direction de Sultan Amoud quittent définitivement le pays Ajjer.

Malgré son prestige et sa réputation d’homme généreux (car il jouissait de nombreux revenus), les efforts permanents qu’il a déployés pour convaincre Moussa ag Amestane de se rallier à la Sanoûssiya, le mouvement de résistance dont Sultan Amoud se voulait le “leader” avec l’appui de la Sanoûssiya et celui des représentants du pouvoir turc, il a été contraint de se réfugier au Fezzan à Gheréfa près d’Oubari dans l’oued el Ajal où il possédait des jardins et où il mourut discrètement en 1927 à environ 73 ans (Lethielleux 1948, p. 61). Cette période agitée, héroïque de part et d’autre (car les combats au corps à corps à l’arme blanche étaient fréquents), a suscité de nombreuses poésies et chants touaregs dont beaucoup ont été relevés par le père de Foucauld (voir Foucauld 1930, 2 tomes), des romans français comme ceux de Joseph Peyré (L’escadron blanc, Grasset 1931 ; Le chef à l’étoile d’argent, Grasset 1933) où Sultan Amoud, les Touaregs Ajjer et tous les méharistes sahariens passent à la postérité. Des films comme L’Escadron blanc, Fort Sagane (film issu du livre écrit par le petit-fils de G. Gardel, Le Seuil 1980) nourrissent encore aujourd’hui l’imaginaire des jeunes générations.

Une nouvelle légende semble naître désormais sur le “résistant” Sultan Amoud, alors que la véritable histoire du dernier des Imenân reste encore mal connue.


 

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Révolution/anniversaire.


La bataille de Djanet, l'épopée du Tassili N’ajjer en lettres d’or.

DJANET- Le Tassili N’ajjer a marqué en lettres d’or, à l’instar du reste des régions du pays, l’histoire d’Algérie, avec ses nombreux mouvements de résistance populaire menées face à l’invasion coloniale pour recouvrer la liberté et la souveraineté nationale.

La bataille de Djanet a été l’une de ces épopées ayant jalonné l’histoire de l’Algérie et que livrèrent le 13 octobre 1915 les Moudjahidine de la région contre les forces coloniales pour mettre en échec ses desseins visant à asseoir sa domination sur le Sahara algérien, le séparer du reste du pays et spolier ses richesses.

Des études et recherches en histoire du mouvement de la révolution algérienne révèlent que cette bataille a été déclenchée pour briser la mainmise du colonialiste français sur la région de Djanet dont les tribus touarègues se sont fédérées sous la houlette de Cheikh Amoud Agh-Mokhtar (1859-1928).

Selon des études, cette personnalité historique a réussi à sensibiliser, grâce à sa bravoure et à son aura parmi les tribus locales, les populations de la région à adhérer à sa démarche et à la mise en œuvre de ses stratégies militaires contre les forces coloniales.

Ayant confié les missions militaires à ses commandants et compagnons, représentant les différents tribus, Cheikh Amoud a opté pour des actions éclairs et de repli, les embuscades contre les convois d’approvisionnement coloniaux, ainsi que les attaques commandos surprises en évitant la confrontation directe en raison de l’inégalité des forces.

La résistance des Touaregs, conduit par Cheikh Amoud, a été si forte que les forces coloniales ont essuyé de nombreuses pertes humaines et matérielles, comme relayé par les recherches sur l’Histoire de l’Algérie.

Abondant dans le même sens, le chef de bureau de l’Organisation nationale de sauvegarde de la mémoire et la transmission du message des Chouhada de la wilaya d’Illizi, l’enseignant Belkheir Mefissal a mis en avant le rôle important des hommes et femmes de la région dans la lutte contre le colonialisme français, à travers cette épopée historique qui a duré dix-huit (18) jours, sous le commandement de Cheikh Amoud et Hadj Brahim Bekedda.

"Cette bataille constituait un tournant décisif dans l’histoire de la lutte algérienne contre l’occupant français qui a abouti, avec d’autres résistances populaires et actions révolutionnaires sporadiques à travers le pays, au déclenchement de la Guerre de libération nationale, le 1er Novembre 1954".

Il a soutenu que "cette bataille inégale", au plan humain et matériel, a démontré au monde la résistance et la bravoure des Touaregs du Tassili N’Ajjer, fin stratèges et connaisseurs du désert, qui ont tout fait pour freiner l’invasion des forces coloniales dans le Sahara qui aura ainsi été la tombe de milliers de soldats français, éliminés lors d’embuscades et accrochages.


Djanet, canal d’approvisionnement de la Révolution en armes

Le mérite de la résistance de la région du Tassili N’Ajjer tient en partie au fait qu’elle a réussi, pendant la Guerre de libération nationale, en plus de combattre les forces coloniales françaises, à constituer un des nombreux canaux d’approvisionnement de la Révolution en armes, acheminées via des pays limitrophes.

Cette contribution de Djanet à la Révolution ne s’est pas limitée à cette bataille et ses répercussions sur l’activité militante, mais a porté également sur l’approvisionnement des moudjahidine de différentes régions du pays en armements et munitions et en aides multiformes, aidé en cela par sa position géostratégique à proximité de plusieurs pays frères et amis, faisant d’elle une zone de transit d’armes.

La chercheur Djamila Ibba raconte, s’appuyant sur des témoignages de son oncle le moudjahid Ali Ibba Ben Hadj Senoussi qui avait vécu ces évènements historiques aux frontières algéro-libyennes, que les moudjahidine de la région sécurisaient les opérations d’acheminement d’armes de pays voisins soutenant la révolution algérienne, à l’instar de la Tunisie, la Libye et l’Egypte, et le faire parvenir aux moudjahidine de différentes régions du pays.

Ce qui a poussé les autorités coloniales à intensifier leurs patrouilles de contrôle et d’isolement de la bande frontalière Sud-est, sans pour autant affecter la détermination des révolutionnaires qui ont su adapter leurs activités par divers artifices de camouflage afin d’échapper à l’attention des forces coloniale.

Le but étant de permettre aux moudjahidine d’ouvrir des brèches et des accès pour l’acheminement d’armes, munitions et ravitaillements, via des caravanes de dromadaires, précédées par des éclaireurs dont le moindre signalement de la présence de soldats ennemi, donnait lieu à l’enfouissement des cargaisons sous le sable et leur repérage pour revenir plus tard les récupérer.

A la lumière de ces témoignages, et d’autres, sur le rôle de la région du Tassili, alors relevant de la wilaya six (6) historique apparaît toute son importance en tant que maillon important dans le processus d’armement de la Révolution et de base logistique de ravitaillement des moudjahidine et résistants à travers le pays.


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