
Djamila Bouazza, l’un des symboles de la Révolution Algérienne
Il y a un an, le 12 juin 2015, la moudjahida Djamila Bouazza, une des figures marquantes de la Révolution algérienne, une des héroïnes de la bataille d’Alger, nous a quittée.
Elle a été en 1957 (à l'âge de 19 ans), la première condamnée à mort avec sa compagne de lutte Djamila Bouhired, par le tribunal militaire français.
Djamila Bouazza est née en 1938 à la Casbah (originaire d'El Affroune Wilaya de Blida) et travaille au centre de chèques postaux d’Alger. C’est une jeune fille charmante, aux longs cheveux noirs, aux yeux marron clair. Ses amis étudiants ‘pieds noirs «l’appellent miss cha cha cha» et elle semble parfaitement intégrée aux mœurs de la société française. Que désire-t-elle, sinon vivre et mordre la vie à pleines dents ?
Cependant le climat de guerre et de terreur qui règne à Alger, le bruit des arrestations, des interrogatoires et les massacres de populations innocentes ne la laisse pas indifférente. Aussi, quand Djamila Bouhired essaie de la recruter, sa fibre patriotique l’incite à s’engager, sans réticence aucune, dans les rangs du FLN et devient un membre actif du réseau de bombes.
À 19 ans, elle avait reçu pour tâche de poser le 26 janvier 1957 une bombe à la terrasse du Coq Hardi, une brasserie située rue Charles-Peguy. La bombe, qui explosa à 17h, a fait 4 morts et 60 blessés. Pour cette mission, Djamila Bouazza, cette jeune fille charmante, aux longs cheveux noirs, aux yeux marron clair, surnommée “Miss cha cha cha”, s’était fait teindre en blonde pour passer inaperçue.
La peur au ventre, la porteuse de l’engin de la mort, d’un pas assuré, s’avance. Grâce à un sourire féminin charmeur, sans doute, à un coup d’œil complice, elle arrive à tromper la vigilance des militaires, échappe à la fouille minutieuse et parvient à passer à travers les mailles serrées du barrage. «Pour franchir les chevaux de frise, qui ceinturaient la Casbah, les voiles enveloppants du Haïk algérois servaient à des dissimulations : tantôt ce rôle était dévolu au sac de plage, porté par des minettes à l’allure européenne.»
L’engin préparé par Taleb Abderahman provoque d’énormes dégâts : c’est l’attentat le plus meurtrier. Pour les Algériens, Djamila Bouazza est une héroïne, pour les Français, c’est une terroriste qu’il faut, absolument, abattre, Maitre Vergès avance avec conviction que: « cette militante a accompli, sous l’ordre de ses chefs, une action de guerre.»
Avoue, avoir déposé une bombe, elle dit : «oui j’en ai reçu l’ordre, comme le lieutenant aviateur qui va bombarder un douar. La bombe est un moyen de guerre, le terrorisme découle du colonialisme»
En avril 1957, elle est blessée dans une fusillade et capturée par les militaires français. Transférée à El Biar, elle est interrogée par l’OPJ Fernand le 9 mai 1957 et torturée par le capitaine Graziani. Elle est ensuite incarcérée à la prison de Maison-Carré (El Harrach) où elle retrouve Djemila Bouhired, Jacqueline Guerroudj et Zora Drif. Accusée d’attentat à la bombe, durant la Bataille d’Alger elle est traduite en justice devant le tribunal militaire permanent des forces armées d’Alger.
Son procès libère un flot de haine qui influe sur les juges eux-mêmes. Condamnée à mort, son exécution est différée par une campagne savamment orchestrée par Maitre Vergès et Georges Arnaud qui signent un manifeste, publié aux Editions de Minuit, suivi de l’ouvrage d’Henri Alleg. Ces deux écrits alertent l’opinion française et éveillent leur conscience sur les mauvais traitements infligés, par l’armée française, aux indépendantistes algériens. Cette stratégie médiatique soulève un cri d’indignation, lui apporte un soutien indéfectible et lui évite la guillotine. Elle sera graciée, après les accords d’Evian, en 1962.
Dans un récit publié par la revue Historia magazine en 1972, Francis Attard retrace les détails de cet attentat. “Il est 17h10 lorsque Djamila Bouazza fait volontairement tomber son mouchoir à la terrasse, vitrée en hiver, de la brasserie du Coq Hardi, située rue Charles-Péguy, près du plateau des Glières. En se baissant pour le ramasser, la jeune fille glisse rapidement son ‘truc’ sous le pied en fonte du guéridon sur lequel un garçon en veste blanche a déposé un Coca-Cola. (…) Après avoir ramassé sa monnaie, Djamila Bouazza se lève, sort et va se mêler aux passants de la rue Michelet.”
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