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   Article (31/40)

Les archives secrètes du Vatican sur la conquête de l’Algérie

Proposé par Djaffer LAMANI (Ancien Moudjahed)

 


 

Les Archives secrètes du Vatican sur la conquête de l’Algérie par les troupes françaises de Charles X en 1830 Ou la Croisade méconnue Published on 2018 M08 14 Préface

Le 14 juin I830, les troupes françaises débarquèrent à Sidi Fredj, plage de sable située à une vingtaine de kilomètres d’Alger, et quelques jours après. Alger attaquée à revers, tombait; le 5 juillet, le dey capitulait. Le « coup d’éventail » était donc «Vengé» ; le blé que le dey avait fourni à la France n’aurait plus à lui être payé.

Pourtant, de I830 à 1871, sous cinq régimes politiques différents, depuis la Restauration jusqu’ ’à la Troisième République, en passant par Louis-Philippe, la République et I ’Empire, la France va poursuivre la conquête de ce territoire à peine peuplé de cinq millions d'habitants.

Quarante ans de combats donc, de meurtres et de pillages, quarante ans pendant lesquels, à chaque moment, telle région qu’on avait hier « pacifiée » se soulevait à nouveau et devait être « pacifiée » à nouveau. Quarante ans de guerre entre, d’un côté, un peuple dépourvu de toute organisation matérielle moderne et de l’autre côté, l’armée française, alors sans conteste la première armée d ’Europe, l’armée qui était hier, celle de Napoléon et qui sera encore celle de Sébastopol et de Magenta.

Les troupes Françaises du vice-amiral DUPERRÈ et du Maréchal de BOUBON, « le Traitre de Waterloo » vont s’enliser dans un conflit que LOUIS-Philippe Ier qualifiait de « Bourbier Algérien ».

Dés lors, quelles ont été les raisons d'une expédition si couteuse en vies et en moyens et qui semblait être un fardeau pour le Roi des Français ?

Les pages qui suivent auront pour seule finalité d’établir, la vérité sur les raisons de l‘expédition coloniale française en Algérie et ce, avec une érudition dénuée de tout clichés et préjugés.

Tirée des archives secrètes du Vatican, la somme de travail rassemblée et étudiée ici par Laura VECCIA VAGLIERI (1893-1983) entend mettre en relief la vérité sur un pan élémentaire de l'histoire Algérienne. Ainsi, l’ouvrage « inédit » que nous vous proposons, fera un consensus historiographique sur les causes de la conquête Française de l'Algérie.

Plus qu’un écrit scientifique, c’est un pamphlet de vérité dû à la plus grandes des orientaliste Italiennes du XXème siècle.

Posons-nous alors cette ultime interrogation, la France de Charles X a-t-elle conquis l’Algérie ?

Phénomène global, visée économique ou plus étonnant encore, une croisade déguisée ; édité aujourd'hui, cet ouvrage dévoilera enfin la vérité sur un thème obscur de la mémoire française, fait somme toute logique face aux propos de Monsieur Taleb Ibrahimi, « Madame Laura VECCIA VAGLIERI, la plus grande orientaliste italienne, a écrit ici un beau livre ».

Au XIXème siècle, la colonisation tend à être un phénomène global. L’ensemble des grandes nations ou presque se lancent à la conquête à la conquête des continents Asiatique et Africain. En quelques décennies, une large partie du monde est assujettie à l’autre. S’ouvre alors le temps des empires. Le paradoxe de cette Europe libérale réside ainsi dans le fait que l’entreprise coloniale était alors politiquement et idéologiquement révolue voire obsolète.

Pis. Cela restait une aventure fort couteuse. Mais c’est pourtant ce même modèle libéral, fondé sur les échanges les plus libres et les plus lointains possibles avec le reste du monde qui va l’emporter. Pourtant, cette visée moderne semble ne pas avoir lieu sur la terre Algérienne : « On ravage, on brule, on pille, on détruit les maisons et les arbres. Des combats : peu ou pas» (Région de Miliana. juin 1831).

La conquête de l’Algérie aurait été menée dans le seul but d'accaparer le trésor de la Régence d’Alger en juillet 1830, selon une thèse développée par le célèbre journaliste français, Pierre Péan dans un livre-enquête. Et si cette conquête avait été menée dans le seul but de faire main basse sur les immenses trésors de la Régence d'Alger afin de constituer les fonds secrets de Charles X pour corrompre et retourner le corps électoral en France (s’interroge l’auteur dans Main basse sur Alger, enquête sur un pillage, Editions Plan).

Cette interrogation est à la base de l’enquête qui tord le cou à la légende du fameux "coup de l’éventail", soufflet asséné à Pierre Deval, consul de France auprès de la Régence d'Alger, par Hussein Pacha, Dey d'Alger, le 30 avril 1827.

Selon Michel HABART, la raison essentielle de la conquête française relève avant tout de la visée économique et procède du fameux « Trésor de la Cassauba » une fortune colossale estimée par l’historien MICHAUD à près de 350 millions de francs or.

Piqué à vif par des propos outrageants exprimés par Pierre DEVAL (Consul de France envoyé par le Roi Charles X), le Dey Hussein soufflette le représentant diplomatique français de son éventail en plumes de paon. Ce geste d’humeur servira de prétexte officiel à la colonisation de l'Algérie, en juillet1. Outre Michel HABART et après une longue enquête, Pierre PEAN a également retrouvé les traces de l’or découvert dans les palais de la Casbah (ou Cassauba) et où étaient entassés des richesses évaluées (en francs de 1830) a 250 millions, soit quelques deux milliards d’euros.

Selon Pierre PEAN, loin d’être une affaire d’honneur français outragé, le résultat direct d’un coup d’éventail à un représentant de la France, l’expédition militaire contre l'Algérie fut donc un holdup financier jamais admis. Officiellement, ce fameux trésor a payé un peu plus que les frais de la conquête, soit environ 48 millions de francs en or et argent, alors que le Trésor de la Régence s’élevait à au moins 250 millions de francs (de 1830), soit un « détournement d'au minimum 200 millions », écrit Pierre PEAN.

Cette manne fabuleuse n’a pas atterri dans les seules caisses de l’État français. Le roi Louis-Philippe 1er (successeur de Charles X), la duchesse de Berry, des Grands militaires, des banquiers et des industriels comme les SEILLERE et les SCHNEIDER, ont profité de ces richesses. Le développement de la sidérurgie française doit ainsi beaucoup à cet or spolié. La thèse de la spoliation de l’or algérien n’est pas tout à fait nouvelle. Avant que Pierre PEAN ne s’en emparé, au hasard d'une recherche sur la conquête de l'Algérie destinée à alimenter une biographie du duc de BOURMONT, premier maréchal de la colonisation, un historien, Marcel EMERIT , professeur à la Faculté des Lettres d 'Alger, avait consacré en 1954 une étude à ce sujet. Il avait notamment découvert un rapport de la police française de 1852, qui, à partir des découvertes de la commission d'enquête gouvernementale sur l’or de la Régence, affirmait que "des sommes très importantes avaient été détournées et qu'une grande partie de ces spoliations avaient abouti dans les caisses privées de Louis-Philippe.

Au terme de son étude, le professeur EMERIT estimait que ce Trésor "avait été la motivation centrale de la prise d'Alger, remettant ainsi en cause l’histoire communément admise sur l'origine de cette expédition, à savoir la vengeance de l’insulte à la France, commise par le Dey d'Alger et la volonté de mettre fin à la piraterie " des raïs. Aussi sensationnelle qu'elle pouvait être, cette thèse mise au jour en novembre 1954, avait peu de chances d'être entendue, le fracas des armes de la lutte de libération nationale dominant l'actualité.

Dix ans plus tard, l’historien Charles-André JULIEN conforta cette thèse en quelques lignes sans pour autant l'étayer. En I985, l'écrivain Algérien Amar HAMDANI reprit à son tour la thèse du professeur EMERIT mais sans appuyer sa démonstration par des preuves suffisantes.

Et si l’aspect inédit de notre ouvrage résidait dans le dévoilement d’une raison nouvelle de la conquête française de l’Algérie ? En effet et dans les lignes qui suivent, les archives secrètes du Vatican souligneront clairement que cette expédition avait, outre l’attrait pécuniaire, la visée coloniale ou le désir de vengeance, un accent de « croisade ». A la vue d’une telle expression, certains se diront que les croisades sont une période lointaine et révolue de notre histoire; Le terme, au contraire, entre ici en résonance avec cette époque et même, avec notre temps, au point que le concept même de croisades est régulièrement évoqué dans l’actualité. L’expédition d’Alger avait donc un but bien précis, tout à fait éloigné de l’esprit de conquête et se rapprochant davantage d’une visée d’évangélisation.

Ainsi, le Cardinal ALBANI, secrétaire d’État, avait d’ailleurs fait connaitre publiquement la pensée du Pape Pie VIII à propos de la prise d’Alger : « Le Père commun des fidèles se réjouit des conséquences heureuses que l’entreprise rapportera à toutes les nations catholiques [...] un bienfait qu’il doit au Fils ainé de l’Église, à l’héritier du trône et des vertus de ce saint roi qui, transportant dans l’Orient l’étendard de la Croix, succomba martyr de son zèle pour s’élever dans les cieux d ’ou s’apprête à protéger les armes des vaillants Français qui se préparent à cette glorieuse entreprise»”.

Pour faciliter davantage la vision des Croisades, le Pape « […] spontanément, offrit le concours de 200 Chevaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem... ».

Son successeur, Grégoire XVI s’est même écrié que « l’Église d’Afrique ressuscitait dans la patrie de Saint-Augustin !».

Ainsi et toute l’importance et la nouveauté de notre ouvrage réside dans le fait que le Vatican s’est réjoui de la prise d’Alger qu’il considérait nullement comme un acte de conquête suscité par la cupidité ou inspiré par un quelconque souci de vengeance ou de domination.

Révolue les Croisades ? De nos jours, la laïcisation du monde occidental a transformé les mentalités et, la notion de guerre sainte semble renvoyer au passé, voire à une forme d’obscurantisme médiéval. Dans certains contextes, toutefois, les mots se chargent encore d’une forte symbolique.

Au lendemain du 11 septembre, Georges W BUSH parlait de croisade contre le terrorisme ; plus récemment, Claude GUEANT alors Ministre de l’intérieur, l’invoquait au sujet de l’intervention armée en Libye.

Dès lors, ceux-ci ont sans doute oublié le message du Christ: «Remets ton épée à sa place; car tous ceux qui prendront l’épée périront par l’épée ».

 


 

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   Article (32/40)

Les Batailles 1830 à 1934

Proposé par Djaffer LAMANI (Ancien Moudjahed)

 


 

1 Si les longues décennies d'une colonisation brutale, inhumaine et meurtrière se ressemblent dans leur horreur, les pires exactions et les grands crimes contre l'humanité ont été commis au début de la colonisation. Nul besoin d'aller chercher dans le témoignage d'observateurs étrangers les preuves de la barbarie qui accompagna l'entrée des troupes françaises. Car, ce sont les propres généraux de cette conquête qui vont éclairer le monde sur les crimes perpétrés sous leurs ordres. Ce fut l'un des épisodes les plus noirs de l'histoire des invasions. Dans cette chronique que nous republions et que nous n'avons pas touchée d'une virgule, des preuves sont apportées quant à ces crimes. En pleine guerre d'Algérie (1960) et au milieu des haines, il s'est trouvé un journaliste honnête et courageux (Morvan Lebesque, mort en 1970), chroniqueur au Canard enchaîné qui n'a pas eu froid aux yeux pour évoquer ce véritable crime contre l'humanité... M. F. La guerre de 130 ans Au moment où la guerre d’Algérie rue, mord et bave, cabrée dans ses derniers soubresauts – du moins, nous l’espérons, et prenons garde ! car c’est alors, chacun le sait, que la bête est la plus dangereuse !– il paraît un petit livre qui remonte à ses origines. Il s’intitule «Histoire d’un Parjure» et son auteur, M. Michel Habart, y a recueilli des textes qui rempliraient plusieurs colonnes de l’Anti-France. Sujet ? La Conquête. Et qu’y trouve-t-on ? Exactement tout ce que nous ignorions, malgré nos livres d’école, non : à cause d’eux. Allons, direz-vous : encore un livre partisan – Les Editions de Minuit, n’est-ce pas ? - basé sur des témoignages d’extrême- gauche. Vous n’y êtes pas du tout. Ses témoins, M. Habart ne les a pas choisis parmi les «traîtres» d’aujourd’hui ou d’hier : ni Jean-Paul Sartre, ni Lamartine. Il est allé les chercher tout bonnement à la Bibliothèque nationale, et ils s’appellent Louis-Philippe, Bourmont, Clauzel, Bugeaud, Saint-Arnaud, Thiers. Massacreurs d’arabes et fusilleurs d’ouvriers, la caution est-elle assez bonne ? Si oui, lisez ce qui va suivre. Un des mensonges ultras les plus en vogue dans cette guerre fut que lorsque les troupes françaises débarquèrent en Algérie, elles trouvèrent un pays anarchique, dépeuplé et misérable. Or écoutez ce qu’en dirent à l’époque les conquérants eux-mêmes. «Rien de comparable en Europe à la région de Blida» (colonel Saladin) ; «La Kabylie est superbe, un des pays les plus riches que j’aie jamais vus» (Saint-Arnaud). «Pays couvert d’arbres fruitiers de toutes espèces, jardins cultivés jusqu'à la mer, grande variété de légumes grâce à un système d’irrigation très bien entretenu par les Maures» (Gentry de Bussy). Dépeuplée, l’Algérie ? En 1844, à la Chambre, le député Joly évalue le nombre des Algériens à plus de sept millions, chiffre probablement inférieur à la réalité (il y avait, à la même époque, huit millions d’habitants au Maroc). Sept millions, vous avez bien lu, à peine trois de moins qu’aujourd’hui. Il est vrai que, quelques années plus tard, de Bussy, le premier «ultra», avouera : «Depuis l’occupation, le pays n’offre plus que sécheresse et nudité.» Que s’est-il passé ? Ces pages, je le répète : écrites par les conquérants, nous l’apprennent. Elles nous racontent d’abord l’histoire d’un parjure : les troupes françaises n’entrèrent à Alger qu’en jurant «sur le sang» que les Arabes garderaient leur indépendance «Vous régnerez dans votre pays, maîtres indépendants de votre patrie». Ensuite, l’histoire d’un crime. Ce crime ou, pour l’appeler de son nom, ce génocide, commença dès la prise d’Alger. On vit les «pacificateurs» - car le mot pacification avait déjà trouvé son plein emploi !– piller, enfumer, assassiner, vendre en vrac, après le sac d’une ville, des bracelets auxquels adhéraient encore les mains coupées. On vit… Mais écoutez-les plutôt : «On a compté 78 têtes au bout des baïonnettes à l’entrée du camp» «Le Moniteur». «Dans deux mois les tribus Hadjoutes auront cessé d’exister» (Clauzel). «Mes hommes ont trouvé leur distraction dans les razzias» Changarnier. «Nous avons brûlé, pillé, ravagé les tribus entre Blida et Cherchell» (Canrobert). «Je brûlerai vos villages et maisons» (Bugeaud). Dans son journal l’Afrique française, On parle beaucoup des excès des soldats, mais vous les jetez dans des combats féroces. Comment voulez-vous qu’ils ne soient pas cruels ?» (Passy). On évoque les supplices : la crapaudine, le clou au rouge, le silo, la barre, ancêtres de la «corvée de bois». On vitupère «Les monstruosités judiciaires des tribunaux d’Alger»… Alors, l’Armée s’agite. Tout le mal vient de Paris qui ne la comprend pas, des «libéraux», des «traîtres» (déjà, mais oui !). Patience : il faut «algérianiser la France!» s’écrie Emile de Girardin, et Bugeaud : «Ne nous y trompons pas ! Les vrais Bédouins sont à Paris !». Parole sublime qu’un membre de la Congrégation, le comte de Brue, paraphrase en ces termes : «Devant la démoralisation, devant la perte du sentiment national du faible citadin, l’Armée, ce noble sanctuaire, a seul conservé honneur et loyauté. Que les clameurs de ces légistes se taisent et que ces rhéteurs verbeux qui cherchent à égarer la nation reculent devant le bruit de nos armes.» Ils reculeront, en effet. Pendant dix-huit ans, la France sera gouvernée par un homme qui ne fut peut-être pas plus mauvais qu’un autre. Il s’appelait Napoléon 3, et il avait compris, lui, que l’Algérie était «un boulet aux chevilles». Du coup, cet homme qui se proclamait lui-même «providentiel» et dont un de ses ministres disait : «Il n’entre jamais dans les arguments qu’on lui oppose», chercha la solution. Il la trouva – il en trouva même plusieurs– je cite : «gouvernement du pays par le pays», «assimilation», «Algérie arabe», «Royaume musulman», «Ministère de l’Algérie ou cantonnement», allant ainsi d’un extrême à l’autre et de l’Algérie française au «territoire multicommunautaires». Aucune de ces solutions, on le sait, n’aboutit. C’est que cet homme, sans doute, commandait sans être obéi. Il est vrai qu’il possédait une qualité qui faisait passer sur ces atermoiements. «Il a la manie de serrer les mains dans la foule», disait de lui Pietri, son préfet de police. Ajoutant toutefois : «Mais je sais faire mon métier : il n’a jamais serré que des mains d’agent de police…» En 1872, il parut que l’Algérie était – enfin !– pacifiée. Mais le 1er novembre 1954… La leçon de ce livre ? Non, certes, lecteurs d’Alger ! Il ne faut pas oublier certains assassinats inutiles et odieux commis par ceux d’en face. Mais sincèrement, cette situation coupable, la guerre, n’est-ce pas nous qui l’avons installée dans ce pays, n’en sommes-nous pas, au premier degré, responsables ? Je l’ai écrit maintes fois : je ne crois pas au péché originel, et le petit Européen de Bab-El-Oued n’a pas à payer pour les massacres de Bugeaud. Ce n’est pas là une raison pour oublier ce que fut cette guerre de cent trente années. Et maintenant, de la façon la plus directe, la plus humaine et la plus loyale possible, qu’on en finisse, vite, vite, avec ce cauchemar ! Morvan Lebesque (janvier 1960) Clauzel était l'un des premiers chantres de la colonisation. A cet effet, il publia le 21 septembre 1830 un décret autorisant la saisie des biens religieux waqf et des biens du beylik (publics) en vue de les distribuer aux immigrants européens. Résistance Date de déclenchement Etendue Dirigeants Batailles importantes Date Résistance de la Mitidja 30//07 1830 Plaine de la Mitidja -Mohamed ben zaamoum - El hadj Sidi Es-Saadi -Première bataille de Blida - Bataille de Oued el Alleug -24/07/ 1830 -29/12/1839 Résistance d’el Hadj Ahmed Bey 1830-1848 Beylik de l’Est algérien - El Hadj Ahmed Bey -1ere Bataille de Constantine -2ème bataille de Constantine -23/11/1836 -13/10/ 1837 Résistance de l’Emir Abdelkader 1832-1847 Régions Ouest, Centre et Est du pays - L’émir Abdelkader - Khalifes de l’émir - Bataille d’El maktaa - Bataille de sidi Brahim près de Ghazaouet 27 juin 1835 23/09/1845 Résistance de Bou Maaza 1844-1847 -Monts du Dahra -Bassin du Chélif– - -Monts de l’ouarsenis - Le chérif Mohamed ben Albdallah ben Ouaddah - Bataille de Ain Merane - Bataille de Baâl - Bataille de Théniet el had 14/04/ 1845 18/04/ 1845 Début mars 1847 Résistance des Zaatchas 1848-1849 - Oasis des zaatchas dans la région des Zibans (Biskra) - Cheikh Bouziane - Bataille de Metouak - Bataille de Sidi Merazi 9/07/ 1849 12/11/1849 Résistance du Chérif Bou'oud et Moulay Ibrahim 1845-1853 Ouled Naïl -Sour el ghozlane -Mohammed el Hachemi dénommé cherif Bou’oud - Chérif Moulay ibrahim - Bataille de Béni Mansour 0 3/10/ 1849 Résistance dans le Djurdjura 1851-1857 Sour el Ghozlane – Béjaïa - Monts du djurdjura -Mohamed el amjad ibn abdelmalek dénommé chérif Boubaghla – Bouhmara – Lalla Fatma -Bataille Tighilt Mahmoud - Bataille de Djamaa Sahridj - Bataille de Ichir Yadhyn - Bataille de Tirourda près de Tamezguida Début nov.1851 -31/08/ 1855 24/06/ 1857 -11/07/1857 Résistance Si Sadek 1858-1859 El Khanga et Biskra Si Sadek et si Saddouk benelhadj -Bataille de Mchounèche en janvier 1859 Janvier 1859 Résistance des habitants de Zghawa et Ferdjioua 1860 Msila et el Hodna Mohamed Boukhanteche Bataille d’oum el hamam 25 mars 1860 Résistance des tribus de béni snassen 1859 El Ghazaouet à Tlemcen et el Aaricha Tribus des beni Snassen Bataille de Ain Tafoughalt Novembre 1859 Résistance Chérif Mohammed ben Abdallah 1842-1895 Ouargla – Djebel Amour – Ouled Naïl Laghouat Metlili - Biskra Le Chérif Mohammed Benabdallah Bataille du sud de Biskra Bataille de Aïn Reg Bataille de Mekarin(oued Rir) 22 /05/1852 01/10/ 1852 29/11/ 1854 Résistance des ouled Sidi Chikh 1864-1871 Labiod Sidi Chikh Si Slimane ben Hamza Mohammed ben si Hamza Bataille de Aouinet Boubekeur Bataille Ghar Sidi Chikh - Bataille Ghar El ghifour - Oum ed debadeb – - Bataille de Makoura - Bataille el mankab 08/04/ 1864 04/02/1865 13&14 avril 1865 1er Fevrier 1869 17 Avril 1871 Décembre 1871 Résistance Bennaceur ben Chohra 1851-1875 Ouargla – Laghouat sud est Bennaceur ben chahra ben farhat / / Résistance du chérif Benchoucha 1869-1874 Hoggar et Sud est Mohammed Bentoumi ben Brahim dénommé chérif Bouchoucha - Bataille près de Hassi Kaddour 09/01/ 1879 - Résistance Beni Menaceur - 14 juillet au 21 Août 1871 - Cherchell - Miliana Tribus de Beni Menaceur - Bataille Oued Bellaâ ( dans les Monts du chenoua) 25/07/ 1871 - Résistance de l’oasis el Amri 1876 Biskra Mohamed Yahia ben Mohamed (tribu de Bouazid) - Bataille près de l’oasis d’el Amri 11/04/1876 - Résistance des Aurès 1879 Monts ouest des Aurès – Batna- Biskra Mohamed Améziane ben Abderrahmane – Habitants de Ouled Daoud ben Bou Slimane - Bataille de Oued Toub 08 &09 Juin 1879 - Résistance de Cheikh Baouamama 1881-1883 Ain Sefra – Figuig –Sud ouest Mohamed ben larbi benbrahim dénommé Bouamama Bataille de Oued Findi Bataille de Oued Charef 02/04/ 1882 2ème sem.1882 -Résistance des Touaregs Resistance de Tindouf 1881-1924 1894 Ain Salah Anghar El Hoggar Tindouf - Cheikh Amoud Tindouf contre Col Trinquiet Sous les ordre du général Gireau Bataille des déghamcha Bataille de Figuiguira Bataille de Djanet Bataille de Tazerouft Bataille de Tabenkourt Bataille de Oued Imhirou &Tin hidhan Bataille de Tindouf - 1899 - 1899 - 1899 - 1912 - 1916 - 1917 1934

 


 

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   Article (33/40)

Massacres du 8 mai 45 (Rapport US)

Proposé par Djaffer LAMANI (Ancien Moudjahed)

 


 

Massacres du 8 mai 45: Le rapport accablant des services US 63 ANS APRÈS LES MASSACRES DU 8 MAI 45 Le rapport accablant des services US Par : B. Nacer, Liberté, 7 mai 2008 La ville de Guelma abrite depuis hier les travaux du 6e Colloque international sur les massacres perpétrés par la France coloniale lors des évènements du 8 Mai 1945 dont l’Algérie célèbre le 63e anniversaire. La journée d’hier a été marquée par l’intervention de deux historiens français et non des moindres, soit Gilles Manceron et Jean-Louis Planche. Gilles Manceron, journaliste et historien français, vice-président de la Ligue des droits de l’Homme, a axé sa contribution sur le travail de mémoire et la reconnaissance de la tragédie. La chose semble être aussi complexe que la structure de formation de l’opinion française et la nature même de la classe politique dans l’Hexagone. “La société française est travaillée par des tendances contradictoires, ceux qui veulent la reconnaissance et ceux qui ne veulent pas d’elle, préférant que les manuels scolaires continuent à présenter la colonisation comme une œuvre de civilisation”. À ce niveau, G. Manceron se garde de tout optimisme démesuré. En effet, selon lui, “cette dernière tendance est forte dans la société française. Elle est même majoritaire contre l’autre tendance qui demande la vérité et la reconnaissance. Toutefois, le journaliste et spécialiste d’histoire perçoit des signes positifs comme la qualification des massacres du 8 Mai 1945 par l’actuel ambassadeur de France à Alger, il y a une semaine, ici même à Guelma, d’actes abominables ou encore leur qualification, le 27 février 2005, par son prédécesseur, de tragédie non excusable”. Une prise de conscience “à laquelle je ne peux qu’exprimer mon soutien”, avoue Gilles Manceron qui souhaite que la courageuse position de Son Excellence l’ambassadeur mérite d’être adoptée par les plus hautes des autorités de l’État français telles que le Quai d’Orsay ou l’Élysée. Les évènements, qui ont endeuillé Sétif, Guelma, Kherrata et d’autres régions du pays, ont été suivis et analysés de près par les services de la première puissance mondiale née entre les deux guerres, soit les USA. Et, justement, le Pr Jean-Louis Planche, lui, traitera du “massacre du Constantinois de Mai-Juin 1945, vu par les services de renseignements américains”. Les archives des services américains de l’époque peuvent être une piste d’une très grande utilité pour les chercheurs devant le black-out français. J.-L. Planche a travaillé sur des documents de l’ex-OSS, le plus grand service de renseignement de la Seconde Guerre mondiale. Un véritable laboratoire comptait, en Mai 45, près de 20 000 agents civils ou militaires. Les services US, selon le conférencier, suivaient de près ce qui se passait en Algérie. Selon lui, leurs documents sont un véritable trésor pour les historiens. En effet, le commandement de l’ex-OSS pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient était stationné en Algérie. Pas moins de 77 militaires et civils faisaient fonctionner un véritable laboratoire d’écoute, d’analyse et de veille. “J’ai consulté des documents, ce que j’ai vu n’est qu’une infime partie. Les Américains ont compris dès le début qu’ils étaient en face de la répression”, avoue le chercheur. Toujours, selon le Pr Planche, un journaliste américain a pu accéder à temps à un rapport confidentiel destiné aux généraux français sur les évènements et donner le chiffre de 17 400 morts. Pour la seule petite localité d’El-Achir dans la wilaya de Bordj Bou-Arréridj, dans ce qu’on appelait alors la commune mixte des Bibans, on comptait 3 000 morts. Pour conclure, l’historien appellera à une approche moderne de la gestion des archives de la guerre par la France. B. Nacer

 


 

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   Article (34/40)

Massu la torture

Proposé par Djaffer LAMANI (Ancien Moudjahed)

 


 

MASSU : ENTRE TORTURE ET REGRET MORT DU GÉNÉRAL COMMANDANT LA BATAILLE D'ALGER Lundi, 28 Octobre, 2002 • la fin de sa vie, sa conscience eut maille à partir avec le remords. Celui notamment d'avoir encouragé la " gégène "... Un mot restera collé à son nom : gégène. Cette petite dynamo de production de courant électrique est devenue le symbole de la torture infligée aux combattants de l'indépendance algérienne, durant la bataille d'Alger, sous les ordres du général Massu. Et cependant, il serait injuste de ne retenir que cela de l'homme qui vient de décéder à l'âge de quatre-vingt-quatorze ans. Si l'on voulait résumer en quelques phrases abruptes la vie de Jacques Massu, on pourrait dire de cet officier qu'il avait bien commencé, qu'il a ensuite mal tourné, pour finir dans une valse-hésitation entre ce qu'il croyait être encore son " devoir de soldat " et sa conscience visiblement hantée par les remords. Massu incarne plus qu'aucun autre ce qu'une armée, selon la nature politique de son engagement, peut produire de meilleur ou de pire : des libérateurs au courage inouï, au nom de la France libre, contre l'asservissement nazi, des tueurs dans les colonies insurgées au nom de la France qui elle-même asservit. Né le 5 mai 1908, à Châlons-sur-Marne, saint-cyrien, rallié au général de Gaulle dès juin 1940, Jacques Massu est de la colonne Leclerc, puis de la 2e DB qui libère Paris, en août 1944, aux côtés des FFI-FTP. Rencontre de la grande guerre antifasciste - Massu est Compagnon de la libération -, poursuivie jusqu'à la victoire, mais qui sera sans lendemain. Le 8 mai 1945, éclate à Sétif et à Constantine une révolte aussitôt noyée dans le sang. Beaucoup de jeunes officiers vont être précipités dans des guerres affreuses, perdues d'avance, mais qu'ils vont livrer le plus souvent avec bonne conscience, et non sans mépris pour des peuples " inférieurs " qui osent se rebeller contre l'autorité de la " mère patrie ". Jacques Massu va faire sa carrière dans ce cadre, en Indochine, jusqu'à Diên Biên Phu en 1954, puis en Algérie. C'est en 1957-1958 que les événements vont faire de lui un " personnage " dont l'histoire aurait pu et aurait dû se passer. Commandant de la 10e division de parachutistes, il se voit attribuer, par le gouvernement du socialiste Guy Mollet, au titre des pouvoirs spéciaux, tous les pouvoirs de police. La bataille d'Alger va être une horreur. Au nom de la lutte antiterroriste - déjà ! - en général et de la prévention des attentats eux-mêmes horribles en particulier, les paras vont quadriller, arrêter, torturer, exécuter, faire disparaître des hommes, des femmes et des enfants par milliers. Le secrétaire général de la préfecture d'Alger, Paul Teitgen, aura ces mots terribles : " On gagne la bataille d'Alger et on perd l'Algérie, parce qu'elle était déjà perdue. La torture ne salit qu'un peu plus l'image qu'ils auraient pu en garder. " Il faudra attendre encore de longues années pour que la France se rende à la raison, en 1962, de l'indépendance algérienne. La République va toucher les dividendes amers de sa lâcheté : en permettant à l'armée de " prendre " le pouvoir, ne serait-ce qu'un temps en Algérie, elle a joué à l'apprenti sorcier. En mai 1958, le général de la gégène, se retrouve président du " comité de salut public " (sic). Même si le général de Gaulle, bientôt revenu aux affaires, ne suivra pas les factieux, comme d'ailleurs Massu lui-même, le rôle qu'aura joué ce dernier est plus que trouble. Après tout, la criminelle OAS sort de là, de cette partie liée entre l'armée et les partisans de l'Algérie française, de la prétention de militaires à faire la loi ! L'autre épisode où le nom de Massu réapparaît n'est pas sans relation avec les précédents : au plus fort de la crise de mai 1968, quand tout semble vaciller, c'est à Baden-Baden que se rend quasi clandestinement de Gaulle. Et c'est au retour de sa rencontre avec Massu qui l'aurait incité à ne pas céder, pour ne pas dire plus, que l'intéressé prononce un discours de reprise en main. Dans l'hommage rendu hier par Jacques Chirac, il y a visiblement la reconnaissance d'une dette, celle du gaullisme dans sa version chiraquienne, au chef militaire disparu. La dernière partie de la vie publique de Jacques Massu n'est pas la moins intéressante. Quand, à la suite du témoignage de Louisette Ighilariz dans le Monde, la question de la torture revient au premier plan, il " craque " vingt-trois jours après l'Appel des douze lancé dans l'Humanité. • la question posée par Florence Beaugé du Monde sur ce qu'il pense de cet appel à la condamnation de la torture il répond très nettement ceci : " Je pense que ce serait une bonne chose. Moralement la torture est quelque chose de moche, je prendrais donc cela comme une avancée. " Peut-être y avait-il là comme une sorte de testament qui le différencie du soudard qu'est resté Bigeard ? D'où la gêne extrême des généraux de la guerre d'Algérie qui se sont fendus d'un " manifeste " pour se justifier. On peut tenter de faire passer Aussaresses pour un personnage spécial, c'est plus délicat pour le patron de la bataille d'Alger. Si, comme il a été dit, de façon ironique, Massu aura été à sa manière le treizième signataire de l'appel des douze, la condamnation de la torture - pour la reconnaissance c'est fait dans une certaine mesure - par le pouvoir politique, aujourd'hui celui de Jacques Chirac, et par l'armée se fait encore attendre. Mais si la reconnaissance a pris quarante ans peut-on espérer que la condamnation prenne moins de temps ? Charles Silvestre

 


 

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   Article (35/40)

Opération Oiseau Bleu

Proposé par Djaffer LAMANI (Ancien Moudjahed)

 


 

Opération Oiseau bleu Informations générales Date Avril 1956 - 1er octobre1956 Lieu Kabylie (Algérie) Issue Victoire tactique de l'ALN Belligérants France ALN Commandants Robert Lacoste Général Lorillot Capitaine Hentic Krim Belkacem Saïd Mohammedi Zaidat Ahmed Mehlal Said Omar Toumi Forces en présence Inconnues 300 hommes1 Pertes 12 tués 6 blessés environ 400 armes1 Inconnues, au moins 2 tués1 un certain nombre de messalistes tués par le FLN1 Guerre d'Algérie Batailles Du 1er novembre 1954 au 19 mars 1962 Toussaint rouge — Opération Eckhmül — Opération Aloès — Opération Véronique — Opération Violette — Opération Timgad — Bataille d'El Djorf — Opération Massu — Embuscade de Palestro — Bataille d'Alger — Bataille de Bouzegza — Opération Jumelles — Bataille des Frontières — Coup d'État du 13 mai 1958 — Opération Résurrection — Opération Couronne — Opération Brumaire — Semaine des barricades — Manifestations de décembre 1960 — Putsch des généraux — Combat du Fedj Zezoua — Plan Challe — Opération Oiseau bleu Du 19 mars 1962 au 5 juillet 1962 Bataille de Bab El Oued — Fusillade de la rue d'Isly — Massacre d'Oran modifier L’Opération Oiseau bleu ou la « Force K » ou « Opération K » fut mise en œuvre par le SDECE (services secrets français) en 1956, deuxième année de la guerre d'indépendancede l'Algérie. Le projet, élaboré semble-t-il à la fin 1955 au niveau du Gouvernement Général de l'Algérie, envisage de détacher de la rébellion du FLN plusieurs centaines de Kabyles puis de les transformer en commandos clandestins, opérant avec des tenues et des armes analogues à celles de l'ALN le bras armé du FLN, et chargés de mettre en œuvre un véritable « contre-maquis » en Kabylie baptisé « Oiseau bleu » ou « Force K » comme « Kabyle »2. Soldée par un cuisant échec, mieux, par un total retournement puisqu'elle approvisionna le FLN en armes, hommes et fonds, cette opération longtemps tenue au secret est encore largement ignorée des historiens et des opinions française et algérienne. Yves Courrière se vante d'être le premier à l'avoir révélée3. Sommaire C'est en Indochine que les Français avaient eu pour la première fois l'idée d'utiliser à leur profit les rivalités séculaires entre les différents groupes ethniques et plus précisément celle opposant les minorités et les sectes aux Annamites parmi lesquels se recrutaient les principaux membres du Viêt-minh. Au printemps 1956, ce procédé est repris en Algérie, notamment en Kabylie. Au cours de l'été 1955, la rébellion FLN conduite en Kabylie par Krim Belkacem et Saïd Mohammedi devient de plus en plus active. Les troupes françaises qui y sont stationnées, chargées du rétablissement et du maintien de l'ordre, paraissent peu efficaces pour ce qui concerne la pacification et la contre-guérilla. Composées d'appelés du contingent, dotées d'un encadrement souvent insuffisant, elles manquent, non seulement de capacités techniques, mais aussi, fréquemment de motivation. Depuis la Première Guerre mondiale, les Kabyles ont fourni une grande partie des migrants algériens en France et en Europe de l'ouest. Là, ils ont été pris en main par le Parti communiste algérien, puis ont rejoint la mouvance indépendantiste algérienne représentée par l'Etoile nord africaine (ENA) puis par le Parti du Peuple Algérien (PPA) de Messali Hadj. Cela explique l'existence, dans la région, depuis plusieurs années, d'un certain engouement pour les idées nationalistes prônées par Messali Hadj et son parti ainsi que d'un quadrillage politique du terrain. La zone littorale ou Kabylie maritime est pour le moment, du moins en apparence, relativement calme. C'est un secteur, à tous points de vue, difficile. Or, depuis novembre 1954, le MNA, qui se déclare héritier du PPA, est devenu l'ennemi avéré du FLN, la nouvelle formation nationaliste. Le Gouvernement Général et le commandement militaire en Algérie voient dans cette situation la possibilité d'utiliser à leur profit ces rivalités sanglantes, d'autant que le MNA, a été depuis longtemps infiltré par les services de police qui y comptent des indicateurs. Organisation L’idée de monter un « contre-maquis » en Kabylie viendrait de Henry Paul Eydoux, conseiller technique au cabinet du gouverneur du Gouverneur général Jacques Soustelle. Celui-ci charge Gaston Pontal, directeur de la DST et de la police d'Alger de mettre en place l'opération4. D'abord sollicité pour la prise en charge d'une opération qui aurait pour but la constitution d'un « contre-maquis » en Kabylie maritime, le Service Action du SDECE se récuse, répugnant à s'engager dans une affaire initiée par d'autres et qui, par ailleurs, ne paraît pas bénéficier d'une discrétion suffisante. Soustelle obtient du général Lorillot, commandant la Xe Région militaire et son 2e Bureau, un accord pour le montage d'une opération du « contre-maquis ». Le capitaine Benedetti du Service de renseignement opérationnel (SRO) en sera le correspondant. Décidée dans le courant de 1955, l'opération baptisée « Force K » (comme Kabylie) dite ensuite « Oiseau bleu »4 sera poursuivie par le Gouverneur Lacoste qui succède à Soustelle. Il est demandé au capitaine Camous de superviser les détails pratiques de l'opération. Ce dernier, avec la méfiance qui convient, fruit d'une longue expérience des missions spéciales, laisse d'abord agir les services de police, manipulateurs de l'agent infiltré, véritable clé du système. L'inspecteur de la DST Ousmeur, lui-même d'origine kabyle, sur l'ordre de sa hiérarchie entre en contact avec Tahar Hachiche, un de ses « obligés » d'Azazga. Ce dernier accepte facilement l'idée d'aider à la constitution d'un maquis anti-FLN dans cette région où les partisans du MNA sont nombreux. Il s'ouvre de ces propositions à Ahmed Zaïdat, aubergiste-épicier, bien introduit auprès de la population. Apparemment intéressé, ce dernier se garde bien de révéler qu'il occupe des fonctions dans la structure FLN, se contentant de demander un bref délai de réflexion. En fait, il rend compte à son ami, le garagiste Mohamed Yazouren, ami de Saïd Mohammedi, lequel encouragea Krim Belkacem réticent au début. Ils lui confièrent l'organisation et la responsabilité de la manœuvre. Sur le terrain, en particulier à Iflissen, Omar Toumi se chargera du recrutement, et Mehlal Said est chargé du recrutement au niveau de la région d'Azazga(une stèle est érigée à Azazga en l'honneur de Mehlal Said et Zaïdat Ahmed pour leur contribution dans l'opération Oiseau bleu). Toumi a toute la confiance du capitaine Maublanc qui commande la Compagnie du 15e BCA, responsable du secteur. L'accord de Zaïdat obtenu, Hachiche réclame les armes et les fonds promis. Alger s'exécute aussitôt, la camionnette qui livre le journal l'Écho d'Algerapporte les premières armes (des mousquetons, des Garand, des Sten, des fusils de chasse), les munitions correspondantes et 2 millions de francs. Ainsi, 200 armes de guerre sont livrées en janvier 1956, 80 en février-mars. Les fonds attribués par le Gouverneur général, s'élèvent à 9 millions par mois5. Déroulement C'est le 15e BCA qui doit aider les hommes de la « Force K » qui sont lancés sur le terrain dès le début du mois d'avril 1956. Les premières semaines sont excellentes : les hommes du 15e BCA découvrent de nombreux cadavres de rebelles abattus lors de combats contre le FLN. Cependant, l'identité des hommes abattus est toujours invérifiable. Devant ce succès, l'armée continue à fournir armes, munitions, matériel et argent6 au groupe kabyle qui fait du « bon travail ». L'ethnologue Jean Servier, arrivé à Alger en juin, est néanmoins informé par deux amis kabyles du noyautage du faux maquis. En août, il en informe les autorités civiles et militaires relativement dubitatives au départ4. on s'inquiète également de temps en temps lorsque l'on découvre que des anciens combattants, des partenaires de la France ou des gardes champêtres sont assassinés. Mais le FLN est toujours présent. Le capitaine Camous ne semble pas satisfait car il ne peut pas contrôler la « Force K » comme prévu. Dans son rapport il mentionne trois faits troublants : 1- il n'y a jamais de blessés ni de morts dans les rangs ; 2- les hommes qui sont abattus sont toujours des membres du MNA ou des personnes pro-françaises ; 3- les chefs de la « Force K » exigent toujours plus d'armes et de munitions. Il alerte le général Lorillot, qui obtient l'arrêt des livraisons d'armes et la constitution d'un commando chargé de suivre l'action de la « Force K » sur le terrain. Ce commando sera dirigé par le capitaine Hentic, du 11e choc1. Il comprend un adjoint, le lieutenant d'Hauteville, quatre sous-officiers et 25 hommes. Le groupe s'installe à Tigzirt. Les premiers contacts entre les chefs de la « Force K » et le commando manquent de cordialité. Les renseignements fournis par Tahar Hachiche sont toujours anciens. La liste des combattants de la « Force K » montre que ce ne sont pas des noms kabyles. Au cours d'un accrochage, le commando tue un rebelle : dans les papiers du mort, on découvre une photo où l'on voit le rebelle poser avec des membres de la « Force K ». D'autres rebelles tués étaient armés de fusils remis à ce même groupe. Plus grave, une embuscade est tendue à Timerzouguène à un groupe de chasseurs. Dix hommes sont tués et leurs armes disparaissent. Une autre fois, le 1er octobre 1956, au douar Iflissen, un groupe de la « Force K » appelle à l'aide la 2e compagnie du 15e BCA. Cette dernière tombe dans une embuscade : deux hommes sont tués et six sont blessés. Le capitaine Hentic découvre avec stupéfaction que les hommes recrutés ont été rapidement coiffés par le FLN qui profitait, grâce à la « Force K », de la naïveté des Français. Le FLN a donc pu recevoir des armes de guerre qui lui ont servi à exécuter leurs rivaux MNA et tout le personnel pro-français dont les cadavres, après mise en scène macabre, étaient présentés comme des maquisards FLN. L'armée française se rend enfin compte qu'elle a été bernée. Hentic s'exclame « L'oiseau bleu s'est envolé » (selon M. Faivre probablement en référence à une chanson popularisée par Eddie Constantine en 19564). Krim Belkacem demande à ses hommes de rejoindre les maquis du FLN avec armes et bagages, ainsi Mehlal Said, Zaidet Ahmed, Makhlouf Said et Hammadi réussissent à rejoindre l'ALN, et Omar Toumi tombe au champ d'honneur à Iflissen. Krim Belkacem écrit une lettre au Gouvernement Général3 : « Monsieur le Ministre, Vous avez cru introduire, avec la « Force K », un cheval de Troie au sein de la résistance algérienne. Vous vous êtes trompé. Ceux que vous avez pris pour des traîtres à la patrie algérienne étaient de purs patriotes qui n'ont jamais cessé de lutter pour l'indépendance de leur pays et contre le colonialisme. Nous vous remercions de nous avoir procuré des armes qui nous serviront à libérer notre pays. » L'aventure de la « Force K » est terminée. Cette opération est un échec indéniable et une humiliation pour l'armée française, due au départ à une erreur du jugement des initiateurs qui ont, certes avec imagination, mais sans respect des règles de sécurité, bâti une entreprise qui, par la suite, a été insuffisamment suivie par des militaires sans compétence sur le sujet. Réaction de l'armée après l'échec de l'opération Une réaction immédiate s'imposait, dix jours plus tard, l'opération « Djenad », mettant en œuvre de très gros moyens, à savoir le 3e RPCdu général Bigeard et le 15e BCA, tente de limiter les dégâts. 130 combattants FLN seront mis hors de combat, 31 armes de guerre et 102 fusils de chasse récupérés. Le Commando « FK1 » mettra hors de combat 26 combattants au cours d'un accrochage difficile où un sergent de l'armée française laissera la vie1. Deux années plus tard, les services spéciaux français se sont vengés en montant dans le maquis kabyle (Wilaya III) la fameuse « Bleuite », une opération d'intoxication à grande échelle qui provoqua une campagne de purges dévastatrices au sein des combattants de l'ALN commandé par le colonel Amirouche. L'opération Jumelles (juillet 1959 - fin mars 1960), dans le cadre du Plan Challe neutralisera les katibas de la Wilaya III. Conséquences Pour Maurice Faivre, l'affaire K est « un grave échec pour les services de renseignement et pour l'armée française ». Il la juge cependant moins grave sur le plan militaire, que sur le plan psychologique. Notes et références ↑ a b c d e et f Capitaine Hentic, « "Affaire K" : L'armée dans le guêpier du double jeu kabyle », Historia Magazine, Tallandier, série La Guerre d'Algérie, no 30,‎ 10 avril 1972, p. 926-936 1. ↑ Trésor du Patrimoine, Historiques (no 4), septembre-octobre 2002, p. 6 Si cette opération est connue sous le nom d'« Oiseau bleu » répandu par les historiens qui utilisent une compilation répétée de sources dont l'imaginaire n'est pas toujours absent, aucun des initiateurs ou des participants ne le confirme. Pour eux, il s'agit de « Opération K », comme Kabylie. 2. ↑ a et b Yves Courrière, Guerre d'Algérie, t. I : Les fils de la Toussaint, Fayard, 1970 3. ↑ a b c et d Le montage de l'affaire K, dite Oiseau Bleu [archive], Maurice Faivre, etudescoloniales, 27 décembre 2010 4. ↑ Trésor du Patrimoine, Historiques (no 4), septembre-octobre 2002, p. 7 5. ↑ Trésor du Patrimoine, Historiques (no 4), p. 7 Utérieurement, Yazouren déclarera avoir bénéficié de « 300 armes de guerre et de 89 millions de francs de la part des services du Gouvernement Général ». Bibliographie Jean Servier, Adieu djebels, Paris, Éditions France Empire, 1958. Témoignage où l'affaire est évoquée, Hentic et Camous étant baptisés « béret rouge » et « béret bleu ». • Camille Lacoste-Dujardin, Opération oiseau bleu. Des Kabyles, des ethnologues et la guerre d'Algérie., La Découverte, 1997,(ISBN 9782707126665). Dans un compte rendu dans la revue des Annales, le spécialiste de l'histoire coloniale Jacques Frémeauxdéplore que le livre de Camille Lacoste-Dujardin ne présente que « très peu de documents » sur l'opération Oiseau bleu proprement dite1. • André-Roger Voisin, INTOX et coups fourrés pendant la guerre d'Algérie, Ed. Cheminements, 2008, (ISBN 978-2-84478-662-3) • Maurice Faivre, Le renseignement dans la guerre d'Algérie, collection Renseignement, histoire & géopolitique, Édition Lavauzelle, 2006 (ISBN 2-7025-1314-X) • Mohamed Salah Essedik, Opération Oiseau bleu, Ed. Dar El Oumma, 2002, (ISBN 9961-67-141-4) Liens externes Le montage de l'affaire K, dite Oiseau Bleu [archive], général Maurice Faivre, études coloniales, 27 décembre 2010 Articles connexes Bleuite Liens externes Le montage de l'affaire K, dite Oiseau Bleu [archive], général Maurice Faivre, études coloniales, 27 décembre 2010

 


 

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   Article (36/40)

Organisation Spéciale

Proposé par Djaffer LAMANI (Ancien Moudjahed)

 


 

Annexe a4 Organisation spéciale (Algérie) L'Organisation spéciale (OS), fondée officiellement le 15 février 1947, était le bras armé clandestin du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), parti de Messali hadj. L'OS fut démantelé par la police française en mars 1950. Contexte politique et fondation. Les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata du 8 mai 1945 renforcent la position des partisans d'actions violentes pour l'indépendance de l'Algérie. Après sa dissolution en 1939 par les autorités françaises, le Parti du peuple algérien (PPA) n'avait plus d'existence légale. Le congrès du mouvement nationaliste convoqué du 15 au 16 février 1947 entérina la voie électoraliste. Alors que le PPA désormais clandestin surveillait le MTLD en coexistant avec lui, une organisation militaire secrète était mise sur pied : l'Organisation spéciale1, officiellement fondée le 18 février 1947 ; cette date du 18 février fut en tous cas retenue en 1992 pour instaurer la « Journée nationale du Chahid ». Organisation. La direction de l'Organisation spéciale était composée par : Mohamed Belouizdad, coordinateur Abdelkader Belhadj Djilali, responsable militaire Hocine Aït Ahmed, responsable politique Ahmed Ben Bella, responsable du département d'Oran Mohamed Maroc, responsable du département d'Alger Djilali Reguini, responsable du département de Kabylie Mohamed Boudiaf, responsable du département de Constantine Mohamed Belouizdad devait assurer la liaison avec le bureau politique du PPA-MTLD, dont il était membre. Le premier état major de l'Organisation spéciale, après le congrès du 15 au 16 février 1947, était composée par : Mohamed Belouizdad, chef d'État major Hocine Aït Ahmed, adjoint Mohamed Lamrani, Commissaire Politique du département d'Alger Ahmed Ben Bella, responsable du département d'Oran Abdelkader Belhadj Djilali, responsable du département d'Alger II (Chlef, Dahra) Djilali Reguini, responsable du département d'Alger I (Alger, Metidja, Titteri) Hocine Aït Ahmed, responsable du département de la Kabylie Mohamed Boudiaf, responsable du département de Constantine Le deuxième état major de l'Organisation spéciale, fin 1947 jusqu’à l'été 1949, était composée par : Hocine Aït Ahmed, chef d'État major Abdelkader Belhadj Djilali, instruction militaire, inspection générale Ahmed Ben Bella, responsable du département d'Oran Mohamed Maroc, responsable du département d'Alger II (Chlef, Dahra) Djilali Reguini, responsable du département d'Alger I (Alger, Metidja, Titteri, Kabylie) Mohamed Boudiaf, responsable du département de Constantine. Le troisième état major de l’Organisation Spéciale, été 1949 jusqu’à mai 1950, était composée par: Ahmed Ben Bella, chef d'État major Mohamed Yousfi, services généraux, artificiers, transmissions Abdelkader Belhadj Djilali, instruction militaire, inspection générale Abderahamane Bensaid, responsable du département d'Oran Ahmed Mahsas, responsable du département d'Alger II (Chlef, Dahra) Djilali Reguini, responsable du département d'Alger I (Alger, Mitidja, Titteri, Kabylie) Mohamed Boudiaf, responsable du département de Constantine avec son adjoint Larbi Ben M'hidi et Abane Ramdane. Démantèlement. En 1950 l'Organisation spéciale fut démantelée par la police française, détruisant ses structures, arrêtant des centaines des militants et contraignant ceux qui furent en fuite à l'inactivité. La découverte de l'OS par les autorités françaises conduit à sa dissolution. Plusieurs membres dirigeants de l'OS sont jugés et condamnés par contumace pour leur responsabilité dans différents attentats. L'OS va choisir de se tenir à l’écart des dissensions qui opposent les deux clans antagonistes, centralistes et messalistes, au sein du MTLD.

 


 

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   Article (37/40)

Promulgation du code l'indigenat

Proposé par Djaffer LAMANI (Ancien Moudjahed)

 


 

Promulgation du code l’indigénat en Algérie Il y a 135 ans, le 28 juin 1881, le gouvernement français adoptait l’odieux « code de l’indigénat » pour sa colonie algérienne qui a été étendu en 1887 l’ensemble des colonies françaises. Il impose crée des peines spéciales contre les musulmans algériens qui se réunissent sans autorisation, que ce soit pour le pèlerinage ou pour un repas public... ou une manifestation. Il impose aux colonisés les travaux forcés, l’interdiction de circuler la nuit, l’impôt de capitation et une multitude d’autres mesures dégradantes. Le code infâme est un recueil de mesures discrétionnaires destiné à faire régner l’ordre colonial sur la base de l’institutionnalisation de l’inégalité et de l’injustice par l’instauration d’une juridiction d’exception. Il distinguait deux catégories d’habitants dans les colonies : les citoyens français et les sujets français. Chacune de ces catégories dépendait d’une législation spécifique, celle concernant les « sujets » ne comportant bien sûr que des obligations et aucun droit. Le code ne respecte pas les principes généraux du droit français, en particulier en autorisant des sanctions collectives, des déportations d’habitants et en sanctionnant des pratiques que la loi n’interdit pas, ans défense ni possibilité d’appel. Code de l’indigénat - 28 juin 1881 Il prévoit notamment les infractions suivantes : acte irrespectueux, réunion sans autorisation, départ du territoire de la commune sans permis de voyage, propos offensant vis-à-vis d’un agent de l’autorité, même en dehors de ses fonctions, appel à la grève, refus de travail, refus de l’impôt, etc. Le travail forcé légalisait la mise à disposition d’une main d’œuvre gratuite pour les colons et l’appareil d’État colonial. À titre d’illustration, de 1898 à 1910, près de 600 000 jours de travail forcé furent appliqués aux Algériens. L’indigénat établissait des infractions spéciales en cas révolte anticoloniale et notamment le séquestre des biens individuels ou collectifs. Ainsi après la grande révolte d’El Mokrani en 1871, se sont 500 000 hectares de terres qui passent entre les mains de l’État colonial qui les redistribue aux colons. Ce système d’inégalités légales perdurera jusqu’en 1946. Après cette date, de nombreuses mesures du code seront néanmoins maintenues jusqu’aux indépendances. Le code de l’indigénat est, on le voit, le digne successeur du « code noir » qui régissait l’esclavage. Les générations doivent connaître cette histoire aujourd’hui où certains osent parler de « l’œuvre positive de la colonisation ». N’oublions jamais ! Que la mémoire soit un ferment de nos combats actuels, le colonialisme d’hier est celui d’aujourd’hui en changeant juste les méthodes. Said Bouamama FUIQP (Front uni des immigrations et des quartiers populaires).

 


 

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   Article (38/40)

Quelques bienfaits de la france

Proposé par Djaffer LAMANI (Ancien Moudjahed)

 


 

13 janvier 1955 : Claude Bourdet : < Votre Gestapo d'Algérie. > (Algérie) Le 6 décembre 1951, Claude Bourdet, ancien membre du Conseil National de la Resistance, publie dans L'Observateur (futur France Observateur) un article intitule < Y a-t-il une Gestapo algerienne ? > . Il y dénonce les méthodes d'interrogatoire utilisées par la police française d'Algérie avec la complicité d'un certain nombre de magistrats. Cela se passait prés de trois ans avant l'insurrection de la Toussaint 1954, après le trucage des élections par le gouverneur Naegelen et au moment ou le combat mené par le Viet-minh en Indochine commençait a inspirer de jeunes militants algériens. Des l'apparition des premiers maquis, en 1954, la torture reprend de plus belle. La police, composée en majorité d'Européens d'Afrique du Nord, s'en prend a l'ensemble du mouvement nationaliste, y compris a des hommes qui se montrent hostiles ou réticents a l'égard de l'insurrection. C'est le cas de la plupart des dirigeants des trois courants du nationalisme algérien (messalistes, centralistes, amis de Ferhat Abbas) ainsi que du Parti communiste. Cela aura de lourdes conséquences pour l'avenir. En attendant, la torture devient pratique courante. Dans un nouvel article, < Votre Gestapo d'Algérie >, du 13 janvier 1955, Claude Bourdet écrit : < Le supplice de la baignoire, le go nage a l'eau par l'anus, le courant électrique sur les muqueuses, les aisselles ou la colonne vertébrale, sont les procédées préférés, car "bien appliquées ils ne laissent pas de traces visibles. Le supplice de la faim est également constant. Mais l'empalement sur une bouteille ou un bâton, les coups de poing, de pied, de nerf de bœuf ne sont pas non plus épargnées. Tout ceci explique que les tortionnaires ne remettent les prisonniers au juge que cinq a dix jours après leur arrestation ... Une fois que les Gestapistes ont dicté et fait signer a leurs victimes a demi-mortes "l'aveu" qu'il leur plait d'attribuer, le reste du séjour a la police sert a remettre le prisonnier en état, au besoin a le soigner (mais oui !) a_n qu'il soit présentable lorsqu'on le mène au juge... > Claude Bourdet donne quelques détails sur plusieurs de ces affaires : < Un cas significatif est celui de Adad Ali, conseiller municipal d'Alger. Il fut arrêté le 27 décembre [1954]. Le 30, son avocat, Maitre Pierre Stibbe , signala au procureur de la République qu'il n'avait pas réapparu et n'avait pas été défère a un magistrat et requit ce procureur, conformément au code d'instruction criminelle, de le faire mettre immédiatement en liberté ou de le faire conduire devant un magistrat. Le procureur invoqua ... "le débordement et la fatigue des policiers" et refusa de déférer a cette réquisition. Le 31 décembre, Mme Adad, craignant pour la vie de son mari, de santé très fragile, déposa une plainte en complicité de séquestration arbitraire contre le procureur. Quelques heures plus tard, Adad Ali était mené devant le juge d'instruction par cinq inspecteurs des R.G. Les journalistes, avocats, magistrats présents constatèrent qu'il était dans un état d'hébétude morale et de délabrement physique complet et portait de nombreuses traces de coups. > Suite a l'_emoi suscit_e dans la presse par de telles all_egations, le ministre de l'int_erieur, Fran_cois Mitterrand, ordonna une enqu^ete qui fut con__ee _a M. Roger Wuillaume et adress_ee au gouverneur g_en_eral Soustelle. Le rapport, dat_e du 2 mars 1955, reconna^_t que les < s_evices > < furent utilis_es dans de nombreux cas > sont < de pratique ancienne > , mais qu'ils donnent des r_esultats indiscutables. Les proc_ed_es classiques d'interrogatoire prolong_e, de privation de boisson et de nourriture < ne seraient pas d'une grande e_cacit_e dans ces pays o_u les individus pr_esentent une r_esistance extraordinaire aux _epreuves de toute nature. Par contre, les proc_ed_es du tuyau d'eau et de l'_electricit_e, lorsqu'ils sont utilis_es avec pr_ecaution, produiraient un choc, au demeurant beaucoup plus psychologique que physique, et pa cons_equent exclusifs de toute cruaut_e excessive. >1 Ce rapport (non divulgu_e) n'emp^eche pas le nouveau ministre de l'int_erieur, Bourg_es Maunoury, de nier l'existence de la torture, le 29 juillet 1955 devant l'Assembl_ee Nationale : < Ce que je puis dire, c'est qu'apr_es les enqu^etes d_ej_a e_ectu_ees je ne connais aucun fait de torture tel que ceux qui ont _et_e _enonc_es. > Dans le Monde du 15-16 avril 1956, en r_eponse _a des articles de Claude Bourdet et du professeur Henri- Ir_en_ee Marrou, Bourg_es, devenu ministre de la D_efense nationale d_eclare : < Quand je vois que M. Marrou a parl_e de < moyens infects >, je dis que pas un seul soldat ne peut admettre cette imputation dans sa g_en_eralit_e. Nos soldats, eux, sont l_a-bas pour assurer ou r_etablir la paix et pour prot_eger la vie de chacun, musulmans ou non. > Et Guy Mollet, le 14 avril 1957, devant la f_ed_eration socialiste de la Marne : < Parlons clair. Sans doute des actes de violence, extr^emement rares, ont _et_e _a d_eplorer. Mais ils ont _et_e, je l'a_rme, cons_ecutifs aux combats et aux atrocit_es des terroristes. Quant aux actes de tortures pr_em_edit_es et r_e_echis, je dis que si cela _etait, ce serait intol_erable. On a compar_e _a ce sujet le comportement de l'arm_ee fran_caise _a celui de la Gestapo. Cette comparaison est scandaleuse. Hitler donnait des directives qui pr_econisaient ces m_ethodes barbares, tandis que Lacoste et moi avons toujours donn_e des ordres dans un sens contraire. Des enqu^etes ont d'ailleurs _et_e ordonn_ees et des condamnations prononc_ees qui ont sanctionn_e des actes r_epr_ehensibles. Mais ceux-ci, je le r_ep_ete, pourraient presque se compter sur les doigts de la main. > Le 23 novembre 2000, le g_en_eral Massu _a qui le gouvernement Mollet con_a les pouvoirs de police _a Alger, le 7 janvier 1957, d_eclare au journal Le Monde : < Mais j'ai dit et reconnu que la torture avait _et_e g_en_eralis_ee en Alg_erie ! Elle a _et_e ensuite institutionnalis_ee avec la cr_eation du CCI [...] et des DOP [...], et institutionnaliser la torture, je pense que c'est pire que tout. > Sources : Pierre Vidal-Naquet, La Raison d' _ Etat, Les _Editions de minuit, 1962, page 58, 69, 93, 111, La d_ecouverte, 2002 ; Pierre Vidal-Naquet, La torture dans la r_epublique, Masp_ero, 1983, page 25 ; Jean-Luc Einaudi, Pour l'exemple, l'a_aire Fernand Iveton, L'Harmattan, 1986, page 41 ; Gilles Martinet, Torture, m_emoire, Alg_erie, Le Monde, 30 novembre 2000. 24 janvier 1845 : Bugeaud Je brulerai vos villages et vos moissons > (Algerie) La conqu^ete de l'Alg_erie fut une guerre atroce. Ainsi en t_emoigne les lettres de Saint-Arnaud qui devait devenir mar_echal de France : < Nous resterons jusqu'_a la _n de juin _a nous battre dans la province d'Oran, et _a y ruiner toutes les villes, toutes les possessions de l'_emir. Partout, il trouvera l'arm_ee fran_caise, la amme _a la main. > (Mai 1841) < Mascara, ainsi que je te l'ai d_ej_a dit, a d^u ^etre une ville belle et importante. Br^ul_ee en partie et saccag_ee par le mar_echal Clauzel en 1855. > < Nous sommes dans le centre des montagnes entre Miliana et Cherchell. Nous tirons peu de coups de fusil, nous br^ulons tous les douars, tous les villages, toutes les cahutes. L'ennemi fuit partout en 3avec le commandant Roger Faulques, autre tortionnaire en Alg_erie et le capitaine de la Bourdonnaye-Montluc cf Pierre Vidal-Naquet, La torture dans la R_epublique, p. 48 et Bobemmenant ses troupeaux. > < Entour_e d'un horizon de ammes et de fum_ee qui me rappelle un petit Palatinat en miniature, je pense _a vous tous et je t'_ecris. Tu m'as laiss_e chez les Brazes, je les ai br^ul_es et d_evast_es. Me voici chez les Sindgads, meme repetition en grand, c'est un vrai grenier d'abondance... Quelques-uns sont venus pour m'amener le cheval de soumission. Je l'ai refuse parce que je voulais une soumission generale, et j'ai commenc_e _a br^uler. > (Ouarsenis, octobre 1842). < Des tas de cadavres press_es les uns contre les autres et morts gel_es pendant la nuit ! C'_etait la malheureuse population des Beni-Na^asseur, c'_etaient ceux dont je br^ulais les villages, les gourbis et que je chassais devant moi. > (R_egion de Miliana, 1843) < J'ai laiss_e sur mon passage un vaste incendie. Tous les villages, environ deux cents, ont _et_e br^ul_es, tous les jardins saccag_es, les oliviers coup_es. > (Petite Kabylie, mai 1851) Le g_en_eral Bugeaud _ecrit le 18 janvier 1843 au g_en_eral de la Morici_ere : < Plus d'indulgence, plus de cr_edulit_e dans les promesses. D_evastations, poursuite acharn_ee jusqu'_a ce qu'on me livre les arsenaux, les chevaux et m^eme quelques otages de marque...Les otages sont un moyen de plus, nous l'emploierons, mais je compte avant tout sur la guerre active et la destruction des r_ecoltes et des vergers... Nous attaquerons aussi souvent que nous le pourrons pour emp^echer Abd el Kader de faire des progr_es et ruiner quelques unes des tribus les plus hostiles ou les plus f_elonnes. > Le 24 janvier il _ecrit au m^eme : < J'esp_ere qu'apr_es votre heureuse razzia le temps, quoique souvent mauvais, vous aura permis de pousser en avant et de tomber sur ces populations que vous avez si souvent mis en fuite et que vous _nirez par d_etruire, sinon par la force du moins par la famine et les autres mis_eres. > Bugeaud d_eclare dans un discours _a la Chambre le 24 janvier 1845 : < J'entrerai dans vos montagnes ; je br^ulerai vos villages et vos moissons ; je couperai vos arbres fruitiers, et alors ne vous en prenez qu'_a vous seuls. > Les < colonnes infernales > de Bugeaud et de ses adjoints mettent largement _a ex_ecution ces menaces _a l'_egard des populations insoumises ou en r_evolte. L'objectif n'_etait-il pas de vider l'Alg_erie de ses habitants, de n'y tol_erer tout au moins que des esclaves ? Sources : Robert Louzon, Cent ans de capitalisme en Alg_erie 1830-1930 La R_evolution prol_etarienne 1er mars et 15 mai 1930, r_e_edit_e par Acratie page 8-10 ; Jean-Luc Einaudi, Un r^eve alg_erien, Dagorno, 1994, page 18-19 ; Mehdi Lallaoui, Kabyles du Paci_que, Au nom de la m_emoire, 1994. 14 mars 1957 : Asphyxi_es dans un chai _a vin Dans la nuit du 14 au 15 mars 1957, _a A_n Isser, en Oranie, le lieutenant Curutchet, du 7_eme r_egiment d'infanterie, enferme cent un suspects dans des chais _a vin. Le lendemain, quarante et un hommes sont morts asphyxi_es. Le lieutenant Curutchet est inculp_e, mais acquitt_e, donc en d_e_nitive couvert ; le g_en_eral P_edron, commandant le corps d'arm_ee d'Oran, se contente d'adresser, en faisant allusion _a des < incidents r_ecents >, une circulaire sur la < salubrit_e des locaux d'habitation >. Le lieutenant Curutchet deviendra un des chefs de l'O.A.S. _a laquelle il adh_ere < par respect de la parole donn_ee > (aux musulmans). Robert Delavignette, membre de la < Commission de sauvegarde des droits et libert_es individuels > rapporte des faits analogues dans une cave _a vin _a Mercier-Lacombe le 16 avril 1957, o_u vingt trois suspects sont asphyxi_es par le gaz sulfureux (SO2), 16 F.M.A (Fran_cais Musulmans d'Alg_erie) d_ec_edent et le 27 juin 1957, dans une cuve _a vin _a Mouzaiaville, vingt et un suspects sont asphyxi_es. Ces < erreurs > de < cadres inexp_eriment_es > ne sont pas sans rappeler les < enfumades > pratiqu_ees par les colonnes du g_en_eral Bugeaud. Sources : Pierre Vidal-Naquet, La torture dans la R_epublique, Paris, 1972, Masp_ero,page 52 ; Pierre Vidal-Naquet, Les crimes de l'arm_ee fran_caise, Alg_erie 1954-1962, La D_ecouverte, 1975, r_e_edition 2001, p. 100-106 ; Pierre Vidal-Naquet, La Raison d' _ Etat, Les _Editions de minuit, 1962, la D_ecouverte, 2002, p. 180-187. 15 mars 1843 : De Montagnac : < Aneantir tout ce qui ne rampera Pas a nos pieds comme des chiens. > (Algerie) O_cier durant la conqu^ete de l'Alg_erie, le lieutenant-colonel de Montagnac _ecrit _a Philippeville le 15 mars 1843 : < Toutes les populations qui n'acceptent pas nos conditions doivent ^etre ras_ees. Tout doit ^etre pris, saccag_e, sans distinction d'^age ni de sexe : l'herbe ne doit plus pousser o_u l'arm_ee fran_caise a mis le pied. Qui veut la _n veut les moyens, quoiqu'en disent nos philanthropes. Tous les bons militaires que j'ai l'honneur de commander sont pr_evenus par moi-m^eme que s'il leur arrive de m'amener un Arabe vivant, ils recevront une vol_ee de coups de plat de sabre. [...] Voil_a, mon brave ami, comment il faut faire la guerre aux Arabes : tuer tous les hommes jusqu'_a l'^age de quinze ans, prendre toutes les femmes et les enfants, en charger les b^atiments, les envoyer aux ^_les Marquises ou ailleurs. En un mot, an_eantir tout ce qui ne rampera pas _a nos pieds comme des chiens. > Sources : Lieutenant-colonel de Montagnac, Lettres d'un soldat, Plon, Paris, 1885, r_e_edit_e par Christian Destremeau, 1998, p. 153 ; Alain Ruscio, Y'a bon les colonies, Autrement n_ 144, Oublier nos crimes, avril 1994, p. 41. 19 mars 1831 : Esclaves _a vendre (^Ile de la R_eunion) Dans son _edition du 19 mars 1831, La Gazette de l'^_le Bourbon (la R_eunion) publie une petite annonce ainsi r_edig_ee : < Le Sr Delpit, _etant sur son prochain d_epart pour l'Isle de France (Maurice) vendra : { Un Noir de caste Mozambique, excellent blanchisseur et repasseur, qu'il a men_e en venant dans cette isle pour le servir. { Un petit Noir cr_eole, de la m^eme caste, ^ag_e d'environ 12 ans, tr_es intelligent et propre _a faire un joli domestique. { Un beau Noir cafre provenant de la succession Lavoquer. { Plus une belle n_egresse, _a demi-francis_ee, et quelques marchandises de l'Inde. Il donnera des facilit_es aux personnes solvables. > Sources : Le Figaro, 22 avril 1998, page 12 8 mai 1945 : _Ev_enements de S_etif (Alg_erie) Pour c_el_ebrer la chute de l'Allemagne nazie, les nationalistes alg_eriens des AML (Amis du Manifeste et de la libert_e) de Ferhat Abbas et du PPA (dissous) de Messali Hadj (en r_esidence surveill_ee), organisent un d_e_l_e _a S_etif avec les drapeaux alli_es en t^ete. Soudain, pancartes et drapeau alg_erien sont d_eploy_es. Les pancartes portent les slogans < Lib_erez Messali >, < Vive l'Alg_erie libre et ind_ependante >, < Vive la Charte de l'Atlantique >, < A bas le colonialisme >. Bouzid Saal refuse de baisser le drapeau alg_erien qu'il porte et est abattu par un policier. Cela d_eclenche une _emeute qui sera suivie d'une r_epression atroce. A Guelma, _a l'est de Constantine, le m^eme jour, la manifestation organis_ee par les militants nationalistes, drapeaux alg_eriens et alli_es en t^ete, est arr^et_ee par le sous-pr_efet Achiary. La police tire sur le cort_ege, il y a 4 morts alg_eriens, aucun europ_een. Achiary d_ecr_ete le couvre-feu, fait armer la milice des colons. Dans la soir_ee, les arrestations et les ex_ecutions commencent. Sc_enario semblable _a B^one o_u une bagarre se d_eclenche quand la police tente d'arracher le drapeau alg_erien, des coups de feu _eclatent, il y a des bless_es de part et d'autre, un mort c^ot_e alg_erien. L'insurrection va se propager avec la nouvelle de la r_epression dans la r_egion de S_etif, Guelma, Kherrata, Djidjelli, qui fera environ 40.000 victimes. Si les manifestations du 1er et du 8 mai ont _et_e pr_epar_ees, l'insurrection que d_eclenchera la r_epression du 8 a un caract_ere spontan_e. Un ordre d'insurrection sera donn_e le 23 mai par le PPA mais aussit^ot annul_e. L'origine de l'exasp_eration est _a chercher dans la disette due _a la guerre, _a la famine (< Je crois pouvoir a_rmer que 50% au moins de la population se nourrissent d'herbes et de racines > , _ecrivait Albert Camus en juin 1939 dans Alger R_epublicain63) et dans les espoirs d_e_cus en la _n du r_egime colonial. La d_efaite de la puissance coloniale en 1940, le d_ebarquement anglo-am_ericain ont incit_e les responsables musulmans, encourag_es par les d_eclarations am_ericaines _a secouer le joug colonial. Le Manifeste du peuple alg_erien du 10 f_evrier 1943, r_eclame une Constitution o_u l'_egalit_e absolue entre hommes quelle que soit la race ou la religion sera proclam_ee. L'additif au Manifeste du 26 juin 43, approuv_e par le Gouverneur g_en_eral Peyrouton, pr_evoit la cr_eation d'un _Etat alg_erien _a la _n de la guerre et la participation imm_ediate des repr_esentants musulmans au gouvernement de l'Alg_erie. Mais l'administration fran_caise ne cherche que le calme pendant que les troupes < indig_enes > participent aux combats en Italie, en Corse, _a l'^_le d'Elbe puis au d_ebarquement de Provence (Ben Bella combattra au Monte Cassino en avril 1944). L'ordonnance du 7 mars 1944 de De Gaulle oublie les promesses faites et ne reprend que le projet Blum-Viollette rejet_e en 1936 par les colons, en proposant le droit de vote pour 65 000 alg_eriens. C'est le gouvernement fran_cais issu de la R_esistance, dirig_e par de Gaulle et form_e avec des ministres communistes, qui va exercer une r_epression e_royable. Sources : Yves Benot, Massacres coloniaux, La D_ecouverte, 1994 ; Boucif Mekhaled, Chroniques d'un massacre - 8 mai 1945 - S_etif, Guelma, Kherrata, Au nom de la m_emoire, Syros, 1995 ; C.R. Ageron, Histoire de l'Alg_erie contemporaine, Que Sais-je N_ 400. 63Mekhaled, Chroniques d'un massacre - 8 mai 1945 - S_etif, Guelma, Kherrata, p. 5 9 mai 1945 : R_epression de l'insurrection de S_etif et Guelma (Alg_erie) Tant _a S_etif qu'_a Guelma le _l des _ev_enements est le m^eme. La nouvelle des violences polici_eres se r_epand aux environs et des groupes d'Alg_eriens se forment, s'arment de ce qu'ils trouvent et attaquent les Europ_eens. Les _ev_enements de S_etif sont connus d_es le matin du 8 _a Kherrata. L'apr_es-midi, les Europ_eens s'a_olent et se retranchent dans le fort Dussaix avec des armes. L'appel au djihad se r_epand dans les villages alentour. Le lendemain des Europ_eens sont attaqu_es, leurs maisons incendi_ees. Dix Europ_eens sont tu_es et quatre bless_es. Depuis le fort Dussaix les Europ_eens tirent sur la foule. Les automitrailleuses de l'arm_ee arrivent vers midi et tirent dans le tas. L'artillerie de marine, l'aviation, et le soir la L_egion suivent. Toute la r_egion de S_etif et de Kherrata s'enamme ainsi. On comptera 88 _a 103 morts et 150 bless_es dans la population europ_eenne. La r_eaction des autorit_es est imm_ediate ; gendarmerie, arm_ee, blind_es, aviation, artillerie de marine et milices d'Europ_eens interviennent. Les insurg_es du 9 sont vite oblig_es de fuir dans les montagnes. La r_epression est atroce. Kateb Yacine avait seize ans, il _etait _a S_etif : < On voyait des cadavres partout, dans toutes les rues ... La r_epression _etait aveugle ; c'_etait un grand massacre. J'ai vu les S_en_egalais qui tuaient, violaient, volaient... bien s^ur, apr_es l'_etat de si_ege, l'arm_ee commandait. >64 Un t_emoin d_eclare _a Henri Alleg : < Les l_egionnaires prenaient les nourrissons par les pieds, les faisaient tournoyer et les jetaient contre les parois de pierre o_u leurs chairs s'_eparpillaient sur les rochers. >65 < Entre S_etif et le pays, on ne peut circuler, il y a des tirailleurs s_en_egalais qui tirent sur tout passant comme le cas s'est produit _a A_t Sa_r. Dans ce dernier village, on a br^ul_e des gens, qui avaient tu_e le garde forestier, et incendi_e plus de vingt maisons. >66 < [A Kef-El-Boumba] J'ai vu des Fran_cais faire descendre d'un camion cinq personnes les mains ligot _ees, les mettre sur la route, les arroser d'essence avant de les br^uler vivants. Une commission d'enqu^ete fut institu_ee. Mais les assassins pour masquer leur crime, en commirent de plus horribles. Ils prirent en e_et les cadavres et les jet_erent dans des fours _a chaux. L'op_eration dura une semaine compl_ete. >67 Benhamla Saci habitait _a l'_epoque _a 500 m_etres du four _a chaux d'H_eliopolis. Il est toujours obs_ed_e par la < fum_ee bleue des cadavres, l'insupportable odeur de chair br^ul_ee et le va-et-vient continuel des camions >68 < Le peuple fut massacr_e sans sommation et sans piti_e..., les gorges de Kherrata s'emplissaient de cadavres. Des gens _etaient balanc_es morts ou vifs dans des crevasses profondes... >69. La L_egion _Etrang_ere grave en face du premier tunnel dans les grottes : < L_egion _etrang_ere : 1945 > . Cette inscription rappelle l'horreur de la r_epression. Les prisonniers _etaient _egorg_es et jet_es dans le ravin _a partir du pont qui porte le nom de Hanouz, assassin_e _a cet endroit avec ses trois enfants. L'arm_ee organise des c_er_emonies de soumission o_u tous les hommes doivent se prosterner devant le drapeau fran_cais et r_ep_eter en choeur : < Nous sommes des chiens et Ferhat Abbas est un chien >70. Certains, apr_es ces c_er_emonies, _etaient embarqu_es et assassin_es. Les milices, en particulier celle du sous-pr_efet de Guelma, Achiary, participent activement _a la r_epression par des ex_ecutions sommaires. < Je voyais des camions qui sortaient de la ville [Guelma] et, apr_es les intervalles de dix _a quinze minutes, j'entendais des coups de feu. Cela a dur_e deux mois ; les miliciens ramassaient les gens partout pour les tuer. Les ex_ecutions se faisaient surtout _a Kef-El-Boumba et _a la carri_ere de Hadj M'Barak >71 Mohamed Chouadria, d_eput_e de Constantine, accuse les miliciens r_eunis par le sous-pr_efet Achiary, l'administrateur Raymond et le colon Schemoul : < Des fusillades en masse eurent lieu : je voudrais attirer l'attention sur la r_epression sanglante, sauvage, inhumaine _a Villars (Oued Cheham). En la pr_esence des habitants des douars environnants et devant Achiary, neuf Musulmans furent align_es devant les murs et 64Mekhaled, ibidem, p. 134 65Mekhaled, ibidem, p. 185 66Mekhaled, ibidem, p. 186 67Mekhaled, ibidem, p. 187 68Alg_erie-Actualit_e n_ 1021 cit_e par Mekhaled, ibidem p. 187 69Mekhaled, ibidem, p. 188 70Mekhaled, ibidem, p. 191 71Mekhaled, ibidem, p. 192 fusill_es dans le dos par des miliciens volontaires, r_eunis sous les ordres d'Achiary et de Raymond qui disait : < Vengez-vous, messieurs les colons ! > Dans un petit centre pr_es de Guelma, Schemoul, avec l'aide de quinze prisonniers italiens, a tu_e de pauvres fellahs et m^eme une malheureuse femme. >72 Les milices s_evissent _a S_etif, _a Annaba, _a Chevreul. Ferhat Abbas accuse le pr_efet de Constantine, Lestrade-Carbonnel d'avoir ordonn_e de tirer, de tuer les Arabes73. Il y eut en_n la r_epression judiciaire, 7 400 arrestations, 151 condamnations _a mort. Des commission d'enqu^ete sur les exc_es de la r_epression { l'une dirig_ee par le g_en_eral Tubert, l'autre par le commissaire Berge { sont constitu_ees, mais leur travail est emp^ech_e. Sources : Yves Benot, Massacres coloniaux, La D_ecouverte, 1994 ; Boucif Mekhaled, Chroniques d'un massacre - 8 mai 1945 - S_etif, Guelma, Kherrata, Au nom de la m_emoire, Syros, 1995 ; C.R. Ageron, Histoire de l'Alg_erie contemporaine, Que Sais-je N_ 400 24 mai 1960 : Les forces de l'ordre _egorgent les prisonniers (Alg_erie) Benoist Rey, soldat appel_e, in_rmier _a Texenna _a 30 km au Sud de Djidjelli (Nord Constantinois), apr_es que son commando de chasse ait _et_e pris dans une embuscade, rapporte : < Nous faisons, quelques jours apr_es notre embuscade, une op_eration punitive. Nous emmenons trois prisonniers, dont un que j'ai soign_e. Je n'ose les regarder, car je sais qu'ils sont condamn_es. Nous restons en embuscade toute une longue matin_ee et, au plus chaud de l'apr_es-midi, le lieutenant R... commandant en second, fait un signe au caporal-chef B..., un Corse militaire de carri_ere, un v_eritable tueur, sadique, < sp_ecialiste > de l'_egorgement. Les prisonniers ont les mains li_ees dans le dos. Le caporal-chef B... prend le premier, l'assomme d'un coup de b^aton et l'_egorge. Il en fait de m^eme avec le deuxi_eme. Le troisi_eme, qui doit avoir dix-huit ans _a peine, a compris. Au lieu d'essayer de se d_efendre, il tend la gorge au bourreau, lequel n'h_esite pas et l'_egorge avec la m^eme sauvagerie. On met ensuite sur chaque corps _a la gorge b_eante, o_u d_ej_a sont les mouches, un _ecriteau : < Tel est le sort r_eserv_e aux rebelles. > Le lendemain, le lieutenant R... assistera _a la messe. Il a un cruci_x au-dessus de son lit. > Commentaires : La date du 24 mai est arbitraire. Les faits sont de mai 1960 avant le 29 Sources : Benoist Rey, Les _egorgeurs, _Editions de Minuit, 1961, saisi, _Editions Los Solidarios, Le Monde Libertaire, 145 rue Amelot, 75011 Paris, 1999, page 84-85 ; extraits de ce livre in Pierre Vidal- Naquet, les crimes de l'arm_ee fran_caise , Alg_erie 1954-1962, La D_ecouverte, 1975, r_e_edition 2001, p.111- 18 juin 1845 : < Enfumades > de la grotte de Ghar-el-Frechih (Alg_erie) Pour la conqu^ete totale de l'Alg_erie, Bugeaud mena _a partir de 1841 une < guerre de ravageur > fond_ee sur la razzia et la d_evastation syst_ematique des r_egions insoumises. En 1845, la guerre reprend un peu partout dans les < r_egions paci__ees > _a l'appel des confr_eries. Bou Maza avait enamm_e le massif du Dahra en se pr_esentant comme un < mahdi > (envoy_e du Proph_ete) ou ch_erif (descendant du Proph_ete). A Orl_eanville, le 11 juin 1845, Bugeaud conseille ceci _a ses subordonn_es pour r_eduire la r_esistance des populations de la r_egion du Ch_elif : < Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, imitez Cavaignac aux Sb_ehas ! Enfumez les _a outrance comme des renards. 48 Juin La r_epression est rapide et rigoureuse : le colonel P_elissier n'h_esite pas _a asphyxier plus de 1 000 personnes, hommes, femmes et enfants, des Ouled Riah, qui s'_etaient r_efugi_ees dans la grotte de Gharel- Frechih76 dans le Dahra (triangle T_en_es, Cherchell, Miliana). Un soldat _ecrit : < Les grottes sont immenses ; on a compt_e 760 cadavres ; une soixantaine d'individus seulement sont sortis, aux trois quart morts ; quarante n'ont pu survivre ; dix sont _a l'ambulance, dangereusement malades ; les dix derniers, qui peuvent se tra^_ner encore, ont _et_e mis en libert_e pour retourner dans leurs tribus ; ils n'ont plus qu'_a pleurer sur des ruines. > Apr_es son forfait, P_elissier r_epond _a quelques bonnes consciences inqui_etes : < La peau d'un seul de mes tambours avait plus de prix que la vie de tous ces mis_erables. > Le prince de la Moskowa, _ls du Mar_echal Ney, fait une interpellation _a la Chambre des Pairs. Cela n'emp^eche pas P_elissier d'obtenir son b^aton de mar_echal et d'^etre nomm_e gouverneur g_en_eral de l'Alg_erie de 1860 _a 1864. Le 12 ao^ut 1845, Saint-Arnaud _a son tour, pr_es de T_en_es, transforme d'autres grottes < en un vaste cimeti_ere > , < cinq cents brigands > y furent enterr_es. Sources : Ch.-Robert Ageron, Histoire de l'Alg_erie Contemporaine, Que Sais-je N_ 400 ; L. Le Saint, Histoire de l'Alg_erie, Limoges, Eug_ene Ardant _editeur ; Yves Benot, Massacres coloniaux, La D_ecouverte, 1994, page IX ; Marc Michel, Une guerre interminable, p 46 dans L'Alg_erie des Fran_cais pr_esent_e par C. R. Ageron, Histoire Seuil, 1993 ; Robert Louzon Cent ans de capitalisme en Alg_erie : 1830-1930, La R_evolution Prol_etarienne, 1er mars 1930, r_e_edit_e par Acratie page 16 ; Fran_cois Maspero, l'Honneur de Saint-Arnaud, Plon, Points, 1993, p. 247-249. 21 juin 1957 : L'assassinat de Maurice Audin par les paras est maquill_e en _evasion (Alg_erie) Depuis janvier 1957, la 10_eme Division parachutiste command_ee par le g_en_eral Massu a les pouvoirs de police _a Alger a_n de traquer le terrorisme. Maurice Audin, assistant en math_ematiques _a la Facult_e des Sciences d'Alger, membre du PCA (Parti Communiste alg_erien, dissous en 1955), est arr^et_e le 11 juin 1957 vers 23 heures par le capitaine Devis, le lieutenant Erulin et plusieurs parachutistes du 1er RCP (R_egiment de Chasseurs Parachutistes). Une sourici_ere est install_ee dans l'appartement de la famille Audin. Le lendemain, Henri Alleg, ancien directeur du journal Alger R_epublicain, y est arr^et_e. Madame Audin est immobilis_ee dans son appartement durant quatre jours avec ses trois enfants. Une fois libre, elle s'inqui_ete du sort de son mari aupr_es des autorit_es et prend un avocat. Elle saisit la < Commission de sauvegarde des droits et libert_es individuelles > qui vient d'^etre install_ee le 10 mai 1957 par Guy Mollet. Le 22 juin, elle apprend dans le Journal d'Alger que son mari est assign_e _a r_esidence, tandis que deux paras viennent la surveiller durant la journ_ee. Le 29, le colonel Godard demande _a l'avocat de lui envoyer madame Audin le 1er juillet. Il a une nouvelle < plut^ot rassurante > _a lui apprendre. Elle se pr_esente chez le colonel Godard et est re_cue par le colonel Trinquier. Il lui lit un rapport du lieutenant-colonel Mayer, commandant le 1er RCP, r_ev_elant que Maurice Audin s'est _evad_e lors d'un transfert. Madame Audin ne croit en rien les a_rmations de ce document. Le 3 juillet, Mr Maisonneuve, conseiller de Robert Lacoste, lui _ecrit que Maurice Audin s'est _evad_e. Paul Teitgen, secr_etaire g_en_eral charg_e de la Police _a la Pr_efecture donne la m^eme information, tout en s'_etonnant que la _che d'assignation _a r_esidence ait _et_e _etablie le jour m^eme de l'_evasion. Le < Bulletin de recherche et de di_usion urgente > suite _a l'_evasion, n'est d_epos_e que le 18 juillet au bureau central de la S^uret_e nationale en Alg_erie. Le 4 juillet, madame Audin, convaincue que, si son mari s'_etait _evad_e, il le lui aurait fait savoir, porte plainte pour homicide. Le 16 juillet, Jacques Duclos interroge le ministre Lacoste sur l'a_aire Audin depuis la tribune de l'Assembl_ee Nationale. Pas de r_eponse. Le 25 septembre, il accusera les paras d'avoir assassin_e Maurice Audin. Le 19 ao^ut, le procureur de la R_epublique d'Alger, apr_es audition des paras par le juge, ne voit rien qui puisse contredire la th_ese de l'_evasion. Mais le 13 septembre, il trouve le silence de Maurice Audin _etrange. D_es juillet, certains journaux en France, l'Humanit_e, le Monde, l'Express, _evoquent l'a_aire Audin. L'indignation des universitaires se manifeste sp_ecialement lors de la soutenance de th_ese de doctorat d'_Etat de Maurice Audin le 2 d_ecembre 1957 _a la Sorbonne, en l'absence de l'int_eress_e. 76ou grottes du Nekmaria, cf Marc Michel p 4 Juin 49 Un comit_e Audin se constitue et publie en 1958 une brochure < L'a_aire Audin > qui _etablit, _a partir du dossier de l'instruction d'Alger et de t_emoignages, que Maurice Audin, arr^et_e sans mandat, a _et_e emprisonn_e _a El Biar dans un immeuble du 1er RCP, qu'il a _et_e tortur_e puis _etrangl_e par le lieutenant Charbonnier, o_cier de renseignement, le 21 juin et que l'_evasion avait _et_e une mise en sc_ene. Henri Alleg et le docteur Hadjaj, eux aussi arr^et_es et tortur_es virent l'attitude des paras changer apr_es la < disparition > de Maurice Audin. Alleg qui fut mis en pr_esence de Audin raconte dans son livre, La Question, les tortures qu'il a subies. Les avocats de madame Audin demandent en 1958 la poursuite de l'instruction en m_etropole. Elle est transmise _a Rennes en avril 1959 et les militaires, y compris Massu, sont entendus. Le 12 juillet 1961, le procureur g_en_eral de Rennes, Ren_e C_enac, envoie _a son ministre de tutelle des observations retenant l'_evasion comme une r_ealit_e et mettant en doute les tortures. Les accords d'_Evian sign_es le 18 mars 1962 sont suivis d'un d_ecret du 22 mars amnistiant < les faits commis dans le cadre des op_erations de maintien de l'ordre dirig_ees contre l'insurrection alg_erienne. >77 Conform_ement aux souhaits du ministre, le juge de Rennes rend un non-lieu en raison de ce d_ecret et pour insu_sance de charges. Les avocats de madame Audin font appel puis saisissent la cour de Cassation. Leur pourvoi est rejet_e en 1966. En 1968, madame Audin e_ectue un recours gracieux aupr_es de trois ministres, r_eclamant pour elle et ses enfants une indemnisation. Refus. Elle saisit le Tribunal administratif qui lui oppose la prescription quadriennale. Le ministre de l'Int_erieur sugg_ere de renvoyer la plaignante aux autorit_es alg_eriennes ! L'a_aire vint en Conseil d'_Etat. Le commissaire du gouvernement reconna^_t la th_ese du meurtre de Maurice Audin mais d_eclare le Tribunal Administratif incomp_etent. Le g_en_eral Massu dans son livre La vraie bataille d'Alger paru en 1971, reprend, _a propos de l'a_aire Audin, la fable de l'_evasion mais dit regretter vivement cette disparition < parce qu'elle a permis de supposer que certains de mes subordonn_es < galopaient > un peu trop vite >. Et d'ajouter < Audin s'_etait engag_e d_elib_er_ement dans la subversion, il ne pouvait en ignorer les risques >78, plaidant ainsi une chose et son contraire. En 1981, Fran_cois Mitterrand, ancien ministre de la justice de Guy Mollet, est _elu pr_esident de la R_epublique. Cette m^eme ann_ee, Charbonnier, devenu commandeur de la L_egion d'honneur en 1976, prend sa retraite avec le grade de colonel. Par arr^et_e du 21 novembre 1983, madame Audin et ses trois enfants re_coivent chacun une indemnit_e de 100 000 francs. Le 13 juillet, elle avait re_cu la L_egion d'honneur. Mais le 3 d_ecembre, une loi d'amnistie r_etablissait dans tous leurs droits les anciens chefs de l'OAS et l'_Etat n'avait toujours pas reconnu son crime. Le 23 novembre 2000, dans une interview au journal Le Monde, le g_en_eral Massu regrette la torture et reconna^_t qu'elle < avait _et_e g_en_eralis_ee en Alg_erie > . _A la question < Est-il [Audin] mort sous la torture ou _etrangl_e ? > , il r_epond : < Je n'_etais pas _a c^ot_e de Maurice Audin au moment de sa disparition. Je n'ai pas de souvenirs pr_ecis. Si j'avais encore en m_emoire les circonstances de sa disparition, je vous le dirais probablement, mais je n'en ai pas. > Le g_en_eral Aussaresses, ancien du SDECE, alors commandant sous les ordres de Massu est plus maladroit lors d'une interview publi_e le m^eme jour par Le Monde. _A une question mettant en cause le lieutenant Charbonnier, il r_epond : < Je ne sais rien pour ce qui est de Maurice Audin. Vraiment rien. [...] Je ne sais rien, je vous le r_ep_ete. La seule chose que je peux vous dire, c'est que ce n'_etait pas Charbonnier. Il n'_etait pas dans le secteur _a ce moment-l_a. Il _etait ailleurs, occup_e _a proc_eder _a des arrestations et _a exploiter des renseignements. Mais il n'_etait pas l_a. [...] Le lieutenant Charbonnier n'y _etait pour rien, c'est tout ce que je peux vous dire. > Le 2 mai 2001, le g_en_eral Aussaresses publie un livre o_u il appara^_t clairement que c'est lui, fondateur du 11_eme Choc, le service Action du SDECE, qui dirige toutes les op_erations de recherche de suspects, d'interrogatoires pouss_es et d'ex_ecutions sommaires pour la 10_eme DP, command_ee par le g_en_eral Jacques Massu, du 8 janvier 1957 jusqu'_a l'automne de la m^eme ann_ee. Il coordonne toutes les actions des o_ciers de renseignement (OR). Il conna^_t de pr_es tous les acteurs de l'a_aire Audin, le lieutenant Charbonnier et trois membres des sa deuxi_eme _equipe 79, Yves Cuomo et Pierre Misiry (Misiri pour Pierre Vidal-Naquet) qui sont avec Charbonnier les acteurs de la pseudo _evasion de Audin, et Maurice Jacquet, l'un des paras ayant interpell_e Audin. 77L'a_aire Audin page 168 78Jacques Massu, La vraie bataille d'Alger, Plon, 18971, p. 179-180 _A propos de Maurice Audin, Aussaresses _ecrit80 : < Je suis repass_e chez Audin apr_es la capture d'Alleg. J'ai demand_e _a Charbonnier d'interroger ces deux hommes pour savoir s'ils appartenaient au Service Action du PCA [Parti Communiste Alg_erien] et d'exploiter les papiers et les carnets [...]. Comme on sait, Audin disparut le 21 juin. Cette disparition _t scandale et donna lieu _a une enqu^ete pouss_ee. > On voit ici toute l'habilet_e litt_eraire de ce licenci_e en latin-grec devenu tortionnaire et assassin, _a jouer sur les di__erents sens des verbes dispara^_tre et pousser. Suite _a la parution de ce livre, Josette Audin d_epose plainte contre X pour s_equestration et pour crimes contre l'humanit_e81. Yves Cuomo d_eclare le 11 mai 2001 dans La R_epublique des Pyr_en_ees, que lors du transport au cours duquel, d'apr_es les paras, Maurice Audin se serait _evad_e, l'homme qui a saut_e de la jeep qu'il conduisait ce 21 juin 1957 portait une cagoule. Rien ne prouve donc que c'_etait Maurice Audin82. En attendant, la R_epublique persiste dans le mensonge. Sources : Pierre Vidal-Naquet, L'a_aire Audin, _Editions de Minuit 1958, 1989 ; Henri Alleg, La question, _Editions de Minuit, Paris, 1961 ; Le Monde 23 novembre 2000 ; G_en_eral Paul Aussaresses, Services sp_eciaux, Alg_erie 1955-1957, Perrin, 2001. 26 juin 1856 : Renan : < L'immixtion des races tout _a fait inf_erieures aux grandes races ne ferait qu'empoisonner l'esp_ece humaine > (France) Dans une lettre du 26 juin 1856, Ernest Renan r_epond _a Arthur de Gobineau, auteur de Essai sur l'in_egalit_e des races humaines (1853) : < Vous avez fait l_a un livre des plus remarquables, plein de vigueur et d'originalit_e d'esprit, seulement bien peu fait pour ^etre compris en France ou plut^ot fait pour y ^etre mal compris. L'esprit fran_cais se pr^ete peu aux consid_erations ethnographiques : la France croit tr_es peu _a la race, [...] Le fait de la race est immense _a l'origine ; mais il va toujours perdant de son importance, et quelquefois comme en France, il arrive _a s'e_acer compl_etement. Est-ce l_a absolument parler de d_ecadence ? Oui, certes au point de vue de la stabilit_e des institutions, de l'originalit_e des caract_eres, d'une certaine noblesse dont je tiens pour ma part le plus grand compte dans l'ensemble des choses humaines. Mais aussi que de compensations ! Sans doute si les _el_ements nobles m^el_es au sang d'un peuple arrivaient _a s'e_acer compl_etement, alors ce serait une avilissante _egalit_e, analogue _a celle de certains _ Etats de l'Orient et, _a quelques _egards de la Chine. Mais c'est qu'en r_ealit_e une tr_es petite quantit_e de sang noble mise dans la circulation d'un peuple su_t pour l'ennoblir, au moins quant aux e_ets historiques ; c'est ainsi que la France, nation si compl_etement tomb_ee en roture, joue en r_ealit_e dans le monde le r^ole d'un gentilhomme. En mettant _a part les races tout _a fait inf_erieures dont l'immixtion aux grandes races ne ferait qu'empoisonner l'esp_ece humaine, je con_cois pour l'avenir une humanit_e homog_ene. > Commentaires : L'Essai sur l'in_egalit_e des races de Arthur de Gobineau n'a pas _et_e ignor_e en France, comme on voudrait le croire, Renan l'a lu. Tout en reconnaissant l'esprit riche, nuanc_e et plein d'optimisme de Renan, le lecteur actuel est surpris par son obsession pour la race, pour le sang, d'autant plus que Renan disait parler au nom de la science. La hi_erarchie des races est clairement a_rm_ee. L'image de l'empoisonnement est corr_elative, dans le contexte de la colonisation dont il est un ardent propagandiste, de celle d'appartheid, de d_eportation, voire de g_enocide. Renan est un des principaux contributeurs de la pens_ee de la III_eme R_epublique, on lui doit le concept de nation < Un pl_ebiscite de tous les jours. > Sources : Ernest Renan, Qu'est-ce qu'une nation ? et autres textes politiques, choisis et pr_esent_es par Joel Roman, Presses Pocket, 1992, p 221. 80ibidem page 9 juillet 1871 : L'Illustration : < Avec les kabyles, la sup_eriorit_e du chassepot est e_rayante > (Alg_erie) Depuis le camp de Tizi-Bouiron au pied du Djurdjura, un chef de bataillon de zouaves _ecrit au directeur de l'Illustration : < Tandis que les populations arabes _etaient rest_ees calmes pendant toute la p_eriode de la guerre avec la Prusse,[...], tout _a coup, vers la _n avril [1871], l'insurrection _eclatait, terrible et presque g_en_erale, dans la Kabylie et la province de Constantine. Tous les villages de l'O. Sahel et du S_ebaou, presque jusqu'aux portes d'Alger _etaient d_etruits et incendi_es, les habitants massacr_es et faits prisonniers. [...] Nous avons, avec une colonne de quatre mille hommes au plus, recommenc_e ni plus ni moins la conqu^ete de la Kabylie pour laquelle il avait fallu trois mille hommes en 1857. [...] Aussi les kabyles nous attendaient-ils au nombre de quinze mille hommes, et avaient-ils fait des retranchements triples de ceux de 1857. Mais ils avaient compt_e sans la port_ee du canon de 4, sans les deux mitrailleuses qu'on avait pu emmener, gr^ace _a la route, et surtout sans le chassepot, dont le tir rapide les d_emoralise compl_etement. Aussi leur avons-nous fait subir des pertes _enormes pour eux. [...] Avec les kabyles, arm_es encore de fusil _a pierre, la sup_eriorit_e du chassepot est e_rayante ; une fois la premi_ere d_echarge kabyle essuy_ee, on peut se lancer au pas de course, et il est presque impossible _a l'ennemi de recharger son arme, op_eration qui lui demande plusieurs minutes. C'est gr^ace _a cette sup_eriorit_e que nous avons pu pousser aussi victorieusement nos op_erations, malgr_e notre petit nombre. > Commentaires : Ceci est _ecrit, moins d'un an apr_es la capitulation de Sedan et de Metz devant les Prussiens. Laver la honte de la d_efaite dans l'Hexagone par des exp_editions outre-mer et des victoires faciles sur des peuples ne disposant que du fusil _a pierre devient un syst_eme politique. On le verra se reproduire apr_es 1944 sous la forme de la r_epression des mouvements de lib_eration nationale. Sources : _ Ev_enements d'Alg_erie, L'Illustration, 29 juillet 1871, Vol LVIII, N_ 1483, 1871, 2_eme semestre, page 74-75. 10 juillet 1878 : < Ils ne r_eclament rien moins que l'extermination en masse par tous les moyens de la race indig_ene. > (Nouvelle- Cal_edonie) Spoli_es de leurs terres, exasp_er_es par les r_equisitions pour les corv_ees, par les enl_evements de femmes, les Canaques entrent en insurrection le 25 juin 1878 et massacrent tous les Blancs, gendarmes, colons ou bagnards. M.-J. Mauger, fonctionnaire _a la Direction de l'Int_erieur _a Noum_ea, d_ecrit ainsi la r_epression : < 10 juillet 1878 :[...] On s'occupe en ce moment de br^uler autant de villages r_evolt_es qu'on le peut ; de d_etruire autant de plantations que le temps le permet. Mais jusqu'_a pr_esent on n'a obtenu que des r_esultats insigni_ants. D_es que les Canaques ont vu la troupe se mettre en campagne ils se sont jet_es dans les montagnes et il sera bien di_cile de les forcer dans leurs repaires. 15 juillet 1878 : [...] On emploie les Canaques alli_es _a br^uler les cases et _a d_etruire les plantations des insurg_es, mais je ne comprends pas qu'on fasse couper les cocotiers dont le domaine colonial est appel_e _a b_en_e_cier. La tactique est d'a_amer les sauvages et de les r_eduire par la mis_ere. >83 Les troupes qui rencontrent des insurg_es ne font pas de prisonniers. Elles les tuent. Le gouverneur Olry _ecrit ceci le 28 septembre 1878 au Ministre de la Marine : < [...]_A chaque rencontre on en a tu_e quelques-uns, on n'en a jamais pris vivants [...] On a br^ul_e tous leurs villages, d_etruit toutes leurs cultures [...] Les femmes ont _et_e donn_ees aux tribus alli_ees. >84 C'est une politique syst_ematique de la terre br^ul_ee _a l'encontre des villages rebelles ou suspect_es. En 1879, les tribus rebelles qui font leur soumission sont d_eport_ees. Voici ce que relate le commandant Rivi_ere85 : < Toutefois, le gouverneur voulait que les Canaques _a qui l'on faisait gr^ace de la vie abandonnassent l'arrondissement et fussent transport_es soit _a l'^_le des Pins, soit aux ^_les Belep, dans le Nord. Non seulement cela supprimait les indig_enes, mais nous donnait une quantit_e consid_erable de terres fertiles. >86 Les mots cela supprimait les indig_enes sont _a consonance g_enocidaire, elles sont pourtant d'un o_cier qui d'apr_es Rosel_ene Dousset-Leenhardt _etait < avec le g_en_eral de Trentinian, un des rares fran_cais _a avoir consid_er_e les N_eo-Cal_edoniens comme des ^etres humains. >87 Que dire des autres ? Mauger note dans son journal : < 2 juillet 1878 [...] L'exasp_eration des colons est port_ee au paroxysme ; ils ne r_eclament rien moins que l'extermination en masse par tous les moyens de la race indig_ene. >88 Les d_eport_es ne rentreront jamais, soit que les colons s'y opposent, soit qu'ils refusent d'eux-m^emes, leurs terres ayant _et_e spoli_ees. Sources : Rosel_ene Dousset-Leenhardt, Terre natale, Terre d'exil, Maisonneuve & Larose, 1976, pages 238, 242, 244, 128, 272, 166, 178, 63 14 juillet 1953 : A Paris, la police tire sur des Alg_eriens, six morts (Alg_erie) Des Alg_eriens du MTLD de Messali Hadj terminent le d_e_l_e de la CGT, place de la Nation, pour c_el_ebrer la R_evolution fran_caise. Les Alg_eriens sont dignes et disciplin_es, ils ont des banderoles. A la _n de la manifestation, les policiers se pr_ecipitent sur les porteurs de banderoles et les matraquent. Ceux-ci se d_efendent. Les policiers reculent puis font feu. Il y a six morts alg_eriens, tu_es par balles et quarante quatre bless_es graves. Le 22 juillet 20 000 personnes se rendent aux obs_eques des victimes. Le pr_efet de police est Jean Baylot, qui a r_eint_egr_e de nombreux policiers r_evoqu_es en 1945 ; Maurice Papon est secr_etaire g_en_eral de la Pr_efecture de Police. Sources : Benjamin Stora, Le Monde, 14 f_evrier 1999, page 8. 25 juillet 1943 : R_epression de l'_emeute de Philippeville (Alg_erie) Une _emeute _eclate _a Philippeville (Skikda). La r_epression qui s'ensuivit, ex_ecut_ee par les tirailleurs s_en_egalais, fait une trentaine de morts parmi la population < musulmane >. Selon Ferhat Abbas, < les o_ciers fran_cais, m_econtents de l'accueil qu'ils avaient trouv_e en Tunisie, humili_es devant les o_ciers am_ericains et anglais, retourn_erent leur hargne contre les Alg_eriens et pouss_erent les soldats noirs _a l'_emeute. >92 Sources : Boucif Mekhaled, Chroniques d'un massacre : S_etif, Guelma, Kherrata, page 44. 28 juillet 1885 : Jules Ferry : < Les races sup_erieures ont un droit sur les races inf_erieures > (France) Voici quelques arguments que Jules Ferry, qui a d^u d_emissionner de son poste de premier ministre en mars, tient devant les d_eput_es le 28 juillet 1885, tels qu'ils sont transcrits au Journal O_ciel. Ils constituent les fondements de la pens_ee coloniale de la III_eme R_epublique : < La premi_ere forme de la colonisation, c'est celle qui o_re un asile et du travail au surcro^_t de population des pays pauvres ou de ceux qui renferment une population exub_erante.[...] Mais il y a une autre forme de colonisation, c'est celle qui s'adapte aux peuples qui ont, ou bien un exc_edent de capitaux, ou bien un exc_edent de produits.[...] Les colonies sont pour les pays riches un placement de capitaux des plus avantageux.[...] Dans la crise que traversent toutes les industries europ_eennes, la fondation d'une colonie, c'est la cr_eation d'un d_ebouch_e.[...] Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu'en e_et les races sup_erieures ont un droit vis _a vis des races inf_erieures [...][Remous sur plusieurs bancs _a l'extr^eme gauche] parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont un devoir de civiliser les races inf_erieures.[...] Ces devoirs ont souvent _et_e m_econnus dans l'histoire des si_ecles pr_ec_edents, et certainement quand les soldats et les explorateurs espagnols introduisaient l'esclavage dans l'Am_erique centrale, ils n'accomplissaient pas leur devoir d'hommes de race sup_erieure. Mais de nos jours, je soutiens que les nations europ_eennes s'acquittent avec largeur, grandeur et honn^etet_e de ce devoir sup_erieur de la civilisation .[...] A l'heure qu'il est, vous savez qu'un navire de guerre ne peut pas porter, si parfaite que soit son organisation, plus de 14 jours de charbon et qu'un navire qui n'a plus de charbon est une _epave sur la surface des 92F. Abbas, Guerre et r_evolution d'Alg_erie, Julliard, 1962, T1, La nuit coloniale, page 148 mers abandonn_e au 1er occupant. D'o_u la n_ecessit_e d'avoir sur les mers des rades d'approvisionnement, des abris, des postes de d_efense et de ravitaillement. > Commentaires : Le d_eput_e Vernhes, radical de l'H_erault, lui r_epondit : < [...]De m^eme que Napol_eon III cherchait une diversion aux id_ees de libert_e par des exp_editions lointaines, de m^eme la politique suivie par nos politiciens, qui se sont crus r_epublicains et qui, pour nous, ne l'ont jamais _et_e, cherchent _egalement une diversion dans l'expansion coloniale, a_n de faire oublier au peuple fran_cais qu'il a _et_e vaincu et qu'il doit, non point prendre l'o_ensive, mais rester sur une d_efensive absolument logique, correcte et rationnelle [...] > Charles Andr_e Julien y voit < le premier manifeste imp_erialiste qui ait _et_e port_e _a la tribune >. Ces propos sur les races sup_erieures et inf_erieures sont la d_e_nition m^eme du racisme, ils ouvrent la voie _a des actes g_enocidaires, surtout sortant de la bouche du p_ere de l'_ecole publique la_que et obligatoire Sources : Jean Suret-Canale, Afrique Noire, G_eographie, Civilisations, Histoire, _Editions Sociales, page 244 6 ao^ut 1870 : Sacri_ce des tirailleurs _a la bataille de Froeschwiller (Alg_erie) Olivier Pain d_ecrit ainsi le r^ole des spahis alg_eriens durant la guerre de 1870 : < [Le 4 ao^ut devant Wissembourg], surpris dans sa position par l'arm_ee du prince royal, forte de 180.000 hommes, le g_en_eral Douay [sous les ordres de Mac-Mahon], avec ses 9000 hommes n'h_esite pas et livre combat. [...] Les r_egiments alg_eriens montent _a l'assaut des hauteurs : le 1er Turcos, sous les ordres de l'adjudant-major Bertrand, fait des prodiges ; un autre bataillon alg_erien, commandant Lammerz, couvre la ville pendant la d_efaite. Les cadavres jonchent le sol de toutes parts. Les indig_enes vaincus, bless_es, ne l^achent pas pied. _ Ecras_es par la mitraille, d_esarm_es, ils combattent encore. C'est avec les dents qu'ils d_echirent maintenant l'ennemi qui les cloue, _a coups de ba_onnette, sur le sol. L'h_ero_sme des Arabes tu_es, bless_es ou faits prisonniers, en ces journ_ees de Wissembourg et de Woerth, sauva d'un d_esastre, d'une boucherie sans pr_ec_edent le gros de notre arm_ee fran_caise. > On lit dans le livre d'histoire d'Albert Malet : < L'arm_ee fran_caise, battue le 4 _a Wissembourg, est refoul_ee de Woerth par l'arm_ee du Prince Royal de Prusse. Pour couvrir sa retraite Mac-Mahon sacri_e ses derni_eres troupes de r_eserve. Alors apparurent les tirailleurs alg_eriens. Ils avaient combattu l'avant veille toute la journ_ee _a Wissembourg. Ils _etaient 1700. D_eploy_es en ligne, comme _a la parade, sans tirer un coup de feu, criant d'une seule voix :< _A la ba_onnette ! >, ils s'_elanc_erent. Rien ne tint devant eux. En quelques minutes, ils reprennent les pi_eces perdues, le village d'Elsasshausen et, toujours courant, poursuivaient les Allemands jusqu'_a la lisi_ere d'un bois. L_a, contre un ennemi bien _a couvert, leurs charges, trois fois renouvel_ees, furent vaines. Quand les tirailleurs, d_ecim_es par la mitraille, se retir_erent, ils laiss_erent sur le terrain 800 hommes, la moiti_e de leur e_ectif. La charge des tirailleurs, la r_esistance acharn_ee de quelques d_ebris de r_egiment ..., permirent la retraite sur Reichsho_en. > Fin d_ecembre 1870, Gambetta, ministre de la Guerre donne l'ordre de mobiliser les spahis d'Alg_erie et de les embarquer aussit^ot _a destination de Marseille. Les spahis d'A_n Gu_etar, pr_es de la fronti_ere tunisienne, se mutinent les premiers. Ils refusaient d'aller combattre en Europe o_u d_ej_a nombre des leurs avaient laiss_e la vie. Les mutineries des spahis sont le pr_elude _a la r_evolte qui _eclate le 23 janvier 1871 en Alg_erie. Sources : Mehdi Lallaoui, Kabyles du Paci_que, Au nom de la m_emoire, 1994, page 16-24 ; Albert Malet, Histoire de France 1789 _a 1875, Hachette, 1921, page 486 20 ao^ut 1955 : Ex_ecutions sommaires _a El-Halia (Alg_erie) Paul Aussaresses, ancien r_esistant, fondateur du service Action du SDECE, vieil ami de Jacques Foccart, est a_ect_e comme o_cier de renseignement au 1er RCP _a Philippeville. En relation avec la police locale et utilisant des m_ethodes < sp_eciales >, il apprend qu'une attaque est organis_ee par Zighoud Youssef. Les rebelles et gens des campagnes qui surgissent le 20 ao^ut vers midi dans Philipeville, faiblement arm_es, et accompagn_es de femmes et enfants sont massacr_es _a l'arme automatique. L'arm_ee d_eplore deux tu_es les alg_eriens cent trente quatre, d'apr_es Aussaresses. Selon Yves Courri_ere l'arm_ee perd 12 soldats. Des civils europ_eens sont tu_es. A la mine de fer d'El-Halia _a 20 km _a l'Est, la surprise est par contre totale. Encadr_es par les hommes de Zighoud, les ouvriers arabes se sont attaqu_es aux familles europ_eennes avec qui ils vivaient en parfaite entente. Les troupes envoy_ees pour d_egager la mine font quatre vingt tu_es chez les < fellaghas > et soixante prisonniers. On retrouve trente cinq cadavres d'europ_eens (71 d'apr_es Courri_ere) et quinze bless_es. Le lieutenant Nectoux t_el_ephone _a Mayer commandant le 1er RCP. < Mayer : Vous avez des prisonniers ? - Oui, _a peu pr_es soixante. Qu'est-ce que j'en fais mon colonel ? Mayer : Quelle question ! Vous les descendez, bien s^ur ! [...] Un quart d'heure apr_es, Nectoux arrive avec des camions. - C'est quoi, tous ces camions, Nectoux. - Ben, je suis venu avec les prisonniers, mon colonel, puisque vous m'avez dit de les descendre. Prosper [Mayer] et moi [Aussaresses] avons r_eprim_e un rire nerveux [...]. Je me suis tourn_e vers Nectoux : - C'est parce que vous ^etes bourguignon, Nectoux, que vous ne comprenez pas le fran_cais ? [...] J'ai dit au colonel que j'allais m'en occuper.[...] J'ai pris un homme pour l'interroger moi-m^eme. C'_etait un contrema^_tre musulman qui avait assassin_e la famille d'un de ses ouvriers fran_cais. [...] Je lui ai r_epondu en arabe : - Je ne sais pas ce qu'Allah pense de ce que tu as fait mais maintenant tu vas aller t'expliquer avec lui. Puisque tu as tu_e des innocents, toi aussi tu dois mourir. C'est la r_egle des parachutistes. J'ai appel_e Issolah : - Emm_ene-le, il faut l'ex_ecuter imm_ediatement ! Pour les autres va me chercher B_eb_e.[...] B_eb_e c'_etait un adjudant de la R_esistance.[...] Aussaresses dit _a B_eb_e : <- Aujourd'hui, j'ai un travail pour vous. Allez chercher tous vos hommes avec leur PM et tous les chargeurs pleins que vous pourrez trouver. J'ai fait aligner les prisonniers, aussi bien les fels que les ouvriers musulmans qui les avaient aid_es. Au moment d'ordonner le feu, B_eb_e _etait nettement moins chaud.[...] J'ai _et_e oblig_e de passer les ordres moi-m^eme. J'_etais indi__erent : il fallait tuer, c'est tout, et je l'ai fait. Nous avons feint d'abandonner la mine.[...] Quelques jours plus tard, comme on pouvait s'y attendre, les fellaghas sont revenus. Une fois pr_evenus par nos guetteurs, nous y sommes mont_es avec le premier bataillon. Nous avons fait une centaine de prisonniers qui ont _et_e abattus sur le champ. Il y a eu d'autres ex_ecutions sur mon ordre apr_es la bataille de Philippeville. Nous avions captur_e environ mille cinq cents hommes.[...] Bien s^ur, parmi ces prisonniers, il y avait des montagnards, des types de la campagne qu'on avait enr^ol_es de force. Souvent nous les connaissions. Ceux-l_a, nous les avons vite lib_er_es. Mais il y avait les autres [...] Une fois que nous les avions interrog_es et que nous en avions tir_e tout ce que nous pouvions, que fallait-il en faire ?[...] Mais sachant qu'il s'agissait d'_el_ements irr_ecup_erables, chacun pr_ef_erait me les laisser pour que je m'en occupe.[...] Alors, j'ai d_esign_e des _equipes de sous-o_ciers et je leur ai donn_e l'ordre d'aller ex_ecuter les prisonniers. > Les milices du maire de Philippeville Benquet-Crevaux, arm_ees par les soins d'Aussaresses vengeront les morts europ_eens. < _A Philippevile, il y aura plus de 2 000 morts alg_eriens dans les quinze jours qui suivent le 20 ao^ut > _ecrit Yves Courri_ere95 qui compte 12 000 victimes alg_eriennes de la r_epression dans le Constantinois. Ao^ut 65 Massu en visite _a Philippeville peu apr_es et d_ecouvre les talents du capitaine Aussaresses. Il l'appellera aupr_es de lui en janvier 1957 pour transposer _a Alger sa m_ethode qui _t < merveille > _a Philippeville et devenir < le chef d'orchestre de la contre-terreur >. Commentaires : En mai 2001, l'opinion et en premier lieu les politiques sont tr_es choqu_es par ce qu'_ecrit Aussaresses. Les politiques sont d'autant plus g^en_es que ce dernier ne cesse de r_ep_eter que les ordres _etaient de liquider le FLN, qu'il a commis ces tortures et ex_ecutions pour la France. Il le montre en particulier dans l'_episode suivant96 : < Lors de l'entrevue qu'il eut en t^ete _a t^ete avec Max Lejeune [alors secr_etaire d'_Etat _a la D_efense Nationale], Massu lui dit qu'il avait appr_ehend_e un groupe de terroristes et qu'il se demandait s'il valait mieux les remettre _a la justice ou les liquider. - Vous vous souvenez du DC3 d'Air-Atlas, l'avion de Ben Bella, le chef du FLN, et ses quatre compagnons, le 22 octobre dernier ? demanda Max Lejeune. - Monsieur le ministre, qui ne s'en souvient pas ! _t Massu. - C'est une a_aire que je connais bien puisque le pr_esident Guy Mollet m'a laiss_e me d_ebrouiller avec le g_en_eral Lorillot. Lorsque le gouvernement a su que ces hommes iraient en avion du Maroc en Tunisie, il a ordonn_e _a la chasse d'Oran d'abattre l'appareil. Si nous avons annul_e cet ordre, c'est qu'au dernier moment nous avons appris que l'_equipage de l'avion _etait fran_cais. Pour le gouvernement, il est regrettable que Ben Bella soit encore vivant. Son arrestation est une bavure. Nous devions le tuer. Massu avait compris ce que Max Lejeune voulait dire. [...] J'allais avoir douze hommes de plus _a ex_ecuter la nuit suivante. > Pour appuyer ces a_rmations, on peut fournir beaucoup d'autres preuves. Ainsi on lit dans le programme du ministre-r_esident Jacques Soustelle de mai 1955 cit_e par Yves Courri_ere97 : < Tout rebelle pris les armes _a la main doit ^etre tu_e. > et ceci page 168 : < Les hommes de Beaufre capturent tr_es vite des < suppos_es fellagha > et quelques membres du F.L.N., il va donc les faire remettre _a la justice. Il s'entend r_epondre par le procureur de Tizi-Ouzou : < Vos fellagha prisonniers, que voulezvous que j'en fasse ? Tuez-les ! > Et il apprend qu'au tout d_ebut des < _ev_enements > Mitterrand encore ministre de l'Int_erieur, sans l'_ecrire, avait dit la m^eme chose : < Vous n'avez qu'_a les tuer >. >98 Sources : Paul Aussaresses, Services Sp_eciaux Alg_erie 1955-1957, Perrin, 2001, p. 51-70 ; Yves Courri_ere, La guerre d'Alg_erie - Le temps des L_eopards, Fayard, 1969, 113, 168, 183-189 ; Pierre P_ean, L'homme de l'ombre, _ El_ements d'enqu^ete autour de Jacques Foccart, l'homme le plus myst_erieux et le plus puissant de la V_eme R_epublique, Fayard, 1990, p. 214-220. 22 ao^ut 1955 : R_epression des _emeutes dans le Constantinois (Alg_erie) Les journ_ees d'_emeute des 20 et 21 ao^ut 1955 dans le Constantinois constituent _a bien des _egards une r_ep_etition des troubles de mai 1945. Elles sont un point de non-retour. Les _emeutes paraissent avoir _eclat_e _a l'initiative de Zighoud Youssef, responsable du Nord- Constantinois dans le but de montrer la force du FLN et de contrecarrer les avances faites par Soustelle _a des Alg_eriens mod_er_es. Dans la zone Collo-Phillipeville-Constantine-Guelma, d'une part quelques centaines de soldats de l'ALN s'attaquent sans grand succ_es _a des gendarmeries et des postes de police, d'autre part plusieurs milliers de paysans mal arm_es se lancent _a l'assaut d'une trentaine de villes et villages, assassinent _a coup de haches et de pioches. Il y aura 123 morts dont 71 europ_eens. L'arm_ee riposte avec promptitude. Comme en 1945, des milices priv_ees sont constitu_ees, _a l'appel du maire de Philippeville Benquet-Crevaux, dont les harangues passionn_ees constituent autant d'appels au meurtre. Le bilan o_ciel de la r_epression s'_etablit _a 1 273 morts. Nul doute qu'il est bien plus _elev_e et que le nombre de victimes se situe aux alentours de 12 000. Ce drame convertit Soustelle au tout-r_epressif, il laisse carte blanche _a l'arm_ee. Honni _a son arriv_ee, il sera adul_e par les colons. Les _elus alg_eriens mod_er_es se rallieront au FLN. Edouard Val_ery, capitaine au 3_eme R_egiment de Tirailleurs Alg_eriens, t_emoigne : < [Au Kroubs, situ_e _a une quinzaine de kilom_etres de Constantine]. Toute la journ_ee du 21 ao^ut, des camions militaires 96page 152 97II p. 113charg_es de civils alg_eriens arrivent _a la gendarmerie : plus de cent cinquante hommes de tous ^ages sont entass_es dans la cour, venant, semble-t-il, des r_egions d'A_n-Abid et Oued-Z_enati. Un lieutenant de la subdivision de Constantine vient au Kroubs, charg_e, dit-il, d'une mission de r_epression. Le m^eme soir, arrivent aussi une section de la L_egion _etrang_ere command_ee par un souslieutenant et une section de tirailleurs s_en_egalais appartenant au 15_eme RTS. [...] Le lendemain, 22 ao^ut 1955, de tr_es bonne heure, alert_e par de longues rafales de pistolets-mitrailleurs, tir_ees non loin de l_a, en direction du sud-est et par un mouvement de camions, qui partaient de la gendarmerie ou y revenaient, je me dirige rapidement vers celle-l_a. Au premier coup d'oeil je comprends ce que voulait dire l'expression < mission de r_epression > !... La cour o_u _etaient entass_es les Alg_eriens est vide... Le d_etachement de la L_egion, arriv_e la veille au soir, est en train d'ex_ecuter les prisonniers, tandis que les tirailleurs s_en_egalais, fusil-mitrailleurs en batterie, ont pris position autour de la gendarmerie. Le drame se lit sur les visages de tous les militaires ou gendarmes que je rencontre. Le lieutenant G., commandant de la 64_eme CRD [Compagnie de R_eparation Divisionnaire] que je rejoins, est tr_es p^ale. Avec lui, nous avons juste le temps d'empoigner et de retenir deux enfants de dix ans environ que l'on s'appr^ete _a embarquer dans le dernier camion qui d_emarre avec son chargement d'Alg_eriens. Un homme assez jeune, amput_e des deux jambes, est jet_e dans le camion qui roule d_ej_a. Le lieutenant de la CRD me fait alors, boulevers_e, le r_ecit rapide des sc_enes d'atrocit_es dont il vient d'^etre t_emoin : < Les Alg_eriens sont amen_es par groupe d'une dizaine, au bord d'une grande fosse creus_ee _a la h^ate. Ils font leur pri_ere et sont abattus _a bout portant par les l_egionnaires.[...] > Vers 8h 30, le lieutenant de la subdivision de Constantine, qui semble ^etre le patron de l'< op_eration > , revient _a la CRD et t_el_ephone devant moi _a son _etat-major, pour rendre compte _a mots _a peine couverts de sa mission : < Envoyez-moi, dit-il, deux bulldozers pour les travaux de terrassement ; avec des pelles et des pioches il faudrait trop de temps. > [...] La r_ealit_e _etait l_a dans toute sa brutalit_e : quarante huit heures apr_es les _ev_enements du 20 ao^ut, 161 otages avaient _et_e froidement abattus. > Jean Mairey, directeur g_en_eral de la S^uret_e Nationale, dans son rapport du 13 d_ecembre 1955 reconna^ _t : < Mais ils [les _ev_enements du 20 ao^ut] ouvrirent les vannes d'une r_epression sans discernement, tant civile que militaire. Et le plus a_igeant des r_esultats des massacres du 20 ao^ut se traduit aujourd'hui par une reprise des pires m_ethodes de police, rendues trop c_el_ebres, h_elas, par la Gestapo, et qui soulev_erent _a juste titre l'indignation des hommes civilis_es. > Sources : Bernard Droz, Evelyne Lever, Histoire de la guerre d'Alg_erie, Seuil-Histoire, 1982, page 75- 78 ; Edouard Val_ery, 11 octobre 1955. Une s_eance ordinaire au tribunal militaire, L'Humanit_e, 4 janvier 2001, page 10-11 ; Pierre Vidal-Naquet, La Raison d' _ Etat, Les _Editions de minuit, 1962, page 79. 22 ao^ut 1871 : L'Illustration : < Une s_ev_ere le_con qu'il _etait grand temps de donner _a ces populations turbulentes et incorrigibles. > (Alg_erie) Lors de l'insurrection de l'Alg_erie en 1871, Charles F_eraud _ecrit du camp d'El Milia pour l'Illustration : < La colonne exp_editionnaire destin_ee _a r_eprimer la r_evolte de la Kabylie orientale, _etait r_eunie le 2 ao^ut aupr_es de la petite ville de Milia sous les ordres du g_en_eral de Lacroix, commandant la division de Constantine. Le 5, nos troupes p_en_etraient sur le territoire ennemi et campaient successivement _a A_n Nakhela, sur l'Oued Endja, puis _a Fedj-Ba_nen, apr_es avoir inig_e de rudes ch^atiments aux contingents qui avaient tent_e de s'opposer _a leur marche. Les tribus de la conf_ed_eration du Zouar_a, _etaient enti_erement r_eduites _a merci, et livraient ^otages et amendes. [...] Rejet_es, apr_es l'incendie de leurs villages, dans les ravins bois_es de l'Oued It_era et accul_es au pied du gigantesque rocher de Sidi-M^arouf, les insurg_es _eprouvaient des pertes tr_es s_erieuses. L'e_et moral produit par ces s_ev_eres le_cons, qu'il _etait grand temps de donner _a ces populations turbulentes et incorrigibles, a _et_e immense [...] A cette m^eme date, toutes les tribus du cercle de Gigelli et celles de la rive droite de l'Oued-el-K_ebir (bas Roumel), terri__ees par les ch^atiments inig_es au Zouar'a et _a l'Oued Itera, s'empressaient d'aller implorer la piti_e et demander gr^ace [...] C'est ainsi qu'en peu de temps, du 2 au 22 ao^ut, [...] toutes les 98ibidetribus comprises dans la quadrilat_ere : Constantine, Collo, Gigelli et Mila, rentraient dans l'ordre et le devoir, qu'elles n'auront plus envie de quitter. Il est important que le calme se fasse et que la con_ance renaisse, a_n que l'_el_ement europ_een vienne le plus rapidement possible faire _equilibre _a l'_el_ement indig_ene perturbateur. Le s_equestre de vastes _etendues de terrain permet d'esp_erer que ce r_esultat, si d_esirable pour la prosp_erit_e du pays, sera atteint dans un avenir tr_es rapproch_e. L'Europ_een trouvera dans la r_egion que nous parcourons des vall_ees f_econdes [...] Ajoutons _a cela un climat sain et temp_er_e, et, pour le charme des yeux, des sites ravissants et d'une vari_et_e in_nie. > Tous les biens immobiliers et mobiliers des tribus insurg_ees ayant _echapp_e au pillage et _a la destruction furent con_squ_es suivant les mesures pr_econis_ees par le g_en_eral de Lacroix en d_ecembre 1871 : < Le seul moyen de pr_evenir les r_evoltes, c'est d'introduire une population europ_eenne nombreuse ; de la grouper sur les routes et les lignes strat_egiques de fa_con _a morceler le territoire en zones qui ne pourront pas _a un moment donn_e se rejoindre. Les terres des domaines sont insu_santes mal situ_ees et _eparpill_ees. Celles que l'on pourrait obtenir par le s_equestre r_eunissent seules les conditions voulues, mais il faudrait qu'elles fussent imm_ediatement disponibles. > Sources : Charles F_eraud, L'insurrection en Alg_erie, L'Illustration, 9 septembre 1871, Vol LVIII, Num_ero 1489, 1871, 2_eme semestre, page 170 ; Medhi Lallaoui, Kabyles du Paci_que, Au nom de la m_emoire, 1994, page 33 28 septembre 1957 : Tortur_ee par les paras en pr_esence du colonel Bigeard. Louisette Ighilahriz avait vingt ans quand, membre d'une unit_e combattante de l'ALN, dans la zone 2 de la Wilaya IV (Alg_erois), le 28 septembre 1957, lors d'une attaque par un groupe du 3e REP (r_egiment _etranger de parachutistes) dans la r_egion de Chebli dans la Mitidja, elle est gri_evement bless_ee, cribl_ee de balles sur le c^ot_e droit et tombe aux mains des paras fran_cais. Interview_ee par l'Humanit_e en juin 2000, elle d_eclare : < Nous _etions neuf combattants, cach_es dans une casemate. L'accrochage avec les paras a commenc_e _a 5 heures du matin et s'est termin_e plus d'une heure apr_es. Sept des n^otres sont morts : ils ont pour la plupart _et_e achev_es, je les ai vus mourir. Ils avaient entre vingt et vingt-cinq ans. Un est tr_epan_e _a vie et moi, aujourd'hui, je suis la seule survivante du groupe. [...] Ils m'ont d'abord soign_ee sommairement pour me faire parler. [...] J'ai _et_e tortur_ee au Paradou, _a Hydra, sur les hauteurs d'Alger, qui _etait le si_ege de la 10e DP (division parachutiste), command_ee par le g_en_eral Massu. [...] Bigeard _etait _a deux pas de moi. Et le gros z_ebre qui me torturait en personne sous les yeux de son chef, c'_etait le capitaine Graziani. Il a _et_e tu_e en Kabylie en 1958. [...] Bigeard ne sortait de sa bouche que des propos orduriers que je n'oserais pas, par d_ecence, vous rapporter. Vous pensez bien, une femme combattante ! Je vous passe les s_evices que j'ai subis. Ils sont tout simplement innommables. C'_etait tr_es dur, quoi ! Ils se sont acharn_es contre moi. Je faisais tout sur moi, je puais. C'_etait de la putr_efaction... [...] Que Bigeard d_emente ou reconnaisse ce qu'il a fait, je resterai toujours, _a travers des milliers de cas d'Alg_eriennes et d'Alg_eriens, sa mauvaise conscience. [...] La torture _etait pratiqu_ee _a l'_etat industriel. Il en a tellement tortur_e qu'il ne se souvient sans doute plus de nous. J'ai _et_e traumatis_ee _a vie. Je ne suis qu'un cas parmi des milliers d'autres. Du 28 septembre au 26 d_ecembre 1957, je suis rest_ee _a la 10e DP. Ils me torturaient presque tous les jours. > Le 15 d_ecembre 1957, le commandant Richaud l'a visit_ee dans sa cellule et l'a faite soigner _a l'h^opital Maillot de Bab el Oued. < J'ai entendu les in_rmi_eres r_epondre _a des militaires "ordre du commandant Richaud", pour qu'on ne m'ampute pas de la jambe droite qui _etait dans un _etat de gravit_e avanc_ee. J'ai subi plusieurs op_erations. On m'a enlev_e les balles, pl^atr_e la jambe qui _etait fractur_ee en plusieurs endroits. Puis on m'a ramen_ee _a la 10e DP, toujours sur ordre du commandant Richaud. [...] A Noel, le commandant Richaud est venu constater si ses ordres avaient _et_e ex_ecut_es. Vous savez, je me demandais quel ange _etait pass_e par l_a ! Je n'arr^etais pas de me r_ep_eter : " C'est pas vrai, c'est pas possible, apr_es ce que j'ai subi !" > Le commandant Richaud l'a fait transf_erer _a la prison civile de Barberousse, _a Alger. Elle a _et_e condamn_ee _a cinq ans de prison par le juge militaire, emmen_ee _a la prison d'El Harrach, puis intern_ee en France. Elle s'est _evad_ee le 16 f_evrier 1962. Dans son livre, Marcel Bigeard a_rme < n'avoir jamais vu Louisette Ighilahriz >, il d_enonce l'article < assassin et menteur > de Florence Beaug_e. Il _ecrit (p. 32) < cette femme a _et_e transf_er_ee au PC de la 10_eme DP de Massu, gri_evement bless_ee le 28 septembre 1957. Or le 3 septembre, j'avais quitt_e Alger pour repartir, _a la t^ete de mon r_egiment, me battre contre de vrais combat tants dans les djebels. > Quels djebels mon g_en_eral ? Et pour combien de temps ? Pourquoi ne pr_ecisez-vous pas ? A l'a_rmation que Massu, Graziani et lui-m^eme sont venus la voir, tout ce qu'il trouve _a dire c'est pourquoi pas Salan ou le pr_esident Coty. Maladroitement Bigeard d_emontre plus loin qu'il sait recourir quand il le faut au mensonge < alors nous racontons aux m_edias qu'il [Zerrouk,107] s'est enfui. Le ridicule ne tue pas [...] > Ces d_en_egations sont peu convaincantes. Sources : Le Monde, 22 juin 2000 ; Lila r_eclame le jugement de ses tortionnaires, L'Humanit_e, 29 Juin 2000 ; Marcel Bigeard, J'ai mal _a la France, _editions du Polygone, 2001. 107Zerrouk, un 17 octobre 1961 : Massacre des alg_eriens par la police parisienne sous les ordres de Papon (Alg_erie) Le soir du 17 octobre 1961 le FLN organise dans Paris une manifestation pour protester contre le couvre-feu impos_e aux Alg_eriens dans la capitale. Environ 30 000 Alg_eriens convergent des banlieues vers le centre. Le rassemblement est paci_que. Par contre beaucoup de policiers sont < chau__es _a blanc > par la mort de coll_egues tomb_es sous les balles du FLN. Un bon nombre viennent d'Alg_erie et ont fait usage de certaines m_ethodes. Leur chef, Maurice Papon, pr_efet de police, s'est _egalement illustr_e en Alg_erie, en 1956, entre autres, comme pr_efet de Constantine. La police a pr_etendu que des coups de feu avaient _et_e tir_es contre elle. En fait les Alg_eriens sont totalement non violents. Ils sont cueillis au faci_es d_es leur sortie des bouches de m_etro114. Coups de crosse, usage des armes, le sang coule en plein Paris, des corps sont jet_es dans la Seine. La hi_erarchie polici_ere laisse faire, le gouvernement et Charles de Gaulle _a l'_Elys_ee _egalement. 11 538 Alg_eriens, selon la pr_efecture de police sont < interpell_es >, rassembl_es dans la cour de la Pr_efecture de Police, puis incarc_er_es au Palais des sports, au stade de Coubertin et _a Vincennes. Le bilan o_ciel fait _etat de trois morts. L'a_aire est enterr_ee. L'atmosph_ere en France est telle que les Alg_eriens se taisent, les bless_es ne vont pas se faire soigner dans les h^opitaux. Un livre _ecrit par Jean-Luc Einaudi, les photos d'Elie Kagan et un _lm viennent contredire la th_ese o_cielle. L'a_aire refait surface lors du proc_es Papon en 1998 o_u il lui est reproch_e en tant que secr_etaire g_en_eral de la Pr_efecture de Bordeaux sous l'Occupation d'avoir fait arr^eter des juifs et de les avoir fait acheminer vers des camps o_u ils furent livr_es aux nazis puis extermin_es. _A la suite d'une tribune de Jean-Luc Einaudi dans le Monde, Maurice Papon, condamn_e pour crime contre l'humanit_e commis _a l'encontre de juifs sous l'occupation allemande, mais laiss_e libre, lui intente un proc_es en f_evrier 1999 pour < complicit_e de di_amation envers un fonctionnaire public. > Dans cet article, Einaudi d_eplore l'impossible acc_es aux archives, en d_epit des promesses de la ministre de la Culture. Il d_enonce la disparition de certaines archives ou leur destruction comme celles de la brigade uviale (on rep^echa de nombreux corps dans la Seine) et conteste les conclusions du rapport Mandelkern demand_e par le ministre de l'Int_erieur, Jean-Pierre Chev_enement, qui _etablit le nombre de victimes _a < plusieurs dizaines ce qui est consid_erable mais tr_es inf_erieur aux quelques centaines de victimes dont il a parfois _et_e question >. Pour Einaudi, il y aurait eu entre 200 et 300 morts. Il rappelle le t_emoignage de Jacques Derogy < les forces de police ont ouvert le feu sur les Grands Boulevards > et a_rme que nombre de cadavres n'ont pas _et_e amen_es _a l'Institut M_edico-L_egal, base des comptages du rapport Mandelkern. < J'en prends pour seul exemple les cadavres de ces Alg_eriens morts dans l'enceinte du Palais des sports plac_e sous la garde de la gendarmerie mobile. > Ce rapport omet certains faits, poursuit-il < par exemple ce qui s'est produit dans la cour de la Pr_efecture de police dans la nuit du 17 au 18 octobre 1961. Selon plusieurs sources polici_eres de l'_epoque, plusieurs dizaine d'alg_eriens, une cinquantaine, y ont _et_e tu_es. > 113Le Monde 4/11/87 114tOctobre 79 Au cours du proc_es intent_e par Papon plusieurs t_emoignages sont entendus : < _A l'int_erieur [du Palais des sports], j'ai personnellement vu au moins deux hommes mourir des suites des tabassages dont ils ont _et_e victimes >115. Le lendemain, le 18, < pr_es du pont des Tournelles, des policiers s'en sont pris _a moi, ils m'ont frapp_e, je suis tomb_e _a terre et deux policiers m'ont balanc_e _a la Seine. >116. < Pour se prot_eger de la charge de la police, un manifestant est pass_e de l'autre c^ot_e de la rambarde du pont [...] Un garde mobile lui a donn_e de violents coups de crosse jusqu'_a ce qu'il l^ache prise et tombe _a l'eau. >117. Au Palais des sports < un Alg_erien a voulu aller aux toilettes. J'ai entendu en un _eclair une rafale de mitraillette et j'ai vu les impacts sur les murs. [...] A l'int_erieur [d'une sorte de placards _a balais], j'ai compt_e neuf cadavres. Le lendemain au parc des expositions, j'ai vu des hommes qui avaient re_cu des coups sur la t^ete et avaient les quatre membres bris_es. >118. Dans son r_equisitoire, le procureur reconna^_t qu'il y a eu massacre mais r_eclame une peine de principe contre Einaudi pour < manque de circonspection > , < on ne peut pas dire, conclut-il, que les forces de l'ordre ont agi sous ses ordres [de Papon] > Dans son jugement rendu le 26 mars 1999, le tribunal reconna^_t que < la version o_cielle des _ev_enements de 1961 a _et_e inspir_ee largement par la raison d' _ Etat [...] et que l'extr^eme duret_e de la r_epression d'alors doit appeler, de nos jours, des analyses di__erentes, qui n'excluent pas l'emploi du mot "massacre".[...] Cette violence n'_etait pas justi__ee par le comportement des militants ce soir-l_a.[...] Elle s'est exerc_ee non seulement "_a chaud" lors de la manifestation elle-m^eme, mais _egalement "_a froid" dans les centres d'internement h^ativement constitu_es pour accueillir les personnes arr^et_ees. >. Il rel_eve que < l'ensemble des t_emoignages > cit_es par Einaudi < n'est pas r_efut_e > et lui reconna^_t < le b_en_e_ce de la bonne foi. > Des descendants des victimes du 17 octobre 1961 ont d_epos_e plainte pour crime contre l'humanit_e le 5 janvier 1998. Le juge Valat refuse d'instruire en s'appuyant sur l'arr^et "Boudarel" de la cour de Cassation, rappelant que < le principe de l'imprescribilit_e des crimes contre l'humanit_e ne s'appliquait qu'aux agissements pour le compte des pays europ_eens de l'Axe pendant la deuxi_eme guerre mondiale. > Appel a _et_e fait119. Sources : Jean-Luc Einaudi, La bataille de Paris, Seuil, 1991 ; Jacques Panijel Une journ_ee port_ee disparue, _lm ; Octobre _a Paris, _lm , 1962 ; Jean-Luc Einaudi Octobre 1961 : pour la v_erit_e en_n, Le Monde 20 mai 1998 ; Le Monde 5, 6, 7, 13, 14 f_evrier, 28 mars 1999. 25 octobre 1961 : Chant du d_eshonneur (Alg_erie) Benoist Rey, soldat appel_e, in_rmier dans un commando de chasse dans la r_egion de Djidjelli (Nord Constantinois) _ecrit ceci : Je n'oublierai jamais l'_ecart_element alg_erien, aux quatre vents de l'agonie. Ni les enfants, dans les ruines, cherchant qui pleurer. Ni les hommes, fusill_es _a l'aube, _egorg_es la nuit, entre les murs de la honte. Ni les femmes violent_ees. Ni le hideux sourire du suborneur, mon camarade. Je n'oublierai jamais les incendies dans la montagne, les agneaux _eventr_es, au hasard de la cruaut_e, Ni les pistes de haine, les cort_eges de douleur. Ni le regard faux des chefs, ordonnateurs de massacres, Ni leur rire devant la torture, la bastonnade, la mutilation. D_epassant l'arbitraire et l'absurde, je n'oublierai jamais ce que fut notre guerre, la guerre de nos vingt ans. Faire la guerre, c'est ^etre moins qu'un homme et bien plus qu'un salaud. Commentaires : Le jour du mois, le 25 est arbitraire. Sources : V_erit_e Libert_e n_ 12, octobre 1961 ; reproduit dans Benoist Rey Les _egorgeurs, _Editions Los Solidarios, Le Monde Libertaire, 145 rue Amelot, 75011 Paris, 1999, p. 105. 26 octobre 1956 : La paix des Nementchas : Les bless_es sont _egorg_es au couteau de cuisine (Alg_erie) Robert Bonnaud, historien, appel_e en Alg_erie, participe le 25 octobre _a une op_eration contre des fellaghas au djebel Bou-Kammech, massif des Nementchas au sud de Ch_eria (Sud Ouest de T_ebessa). L'aviation bombarde les rebelles. Le lendemain l'ordre est donn_e d'entreprendre le < nettoyage >. < Les bless_es qui n'avaient pu fuir _etaient souvent atteints aux jambes, r_ecup_erables donc, malgr_e les pertes de sang et le froid nocturne qui bleuissait leurs chairs. Ils furent massacr_es, dans des conditions odieuses qui d_epassent une imagination normale mais non la r_ealit_e alg_erienne. Les cadres europ_eens du G.M.P.R. (Groupe Mobile de Protection rurale), qui dirigeaient le nettoyage, se distingu_erent particuli_erement. Ils s'acharn_erent _a coups de pieds sur les blessures, et le malheureux su_oquait de douleur. Ils plaisantaient abominablement pendant la prise de photographie (< Allons, fais-toi beau, souris au petit oiseau, fais-nous plaisir... >, redoublaient de brutalit_e sous pr_etexte d'interrogatoire. Finalement, sortant le couteau de cuisine, ils l'aiguisaient longuement sur le roc, aux yeux du condamn_e. L'ex_ecution _etait maladroite et lente, charcutait le cou et _evitait la carotide. Mais les mots historiques, prudhommesques, ne manquaient pas apr_es l'_egorgement (< Encore un qui est mort comme il a v_ecu... >. Comble de pr_ecaution, une balle de Mas 36, _a bout portant, _ecrabouillait le visage, le transformait en une chose immonde, qui n'a pas de nom dans le langage de l'horreur...[...] 120page 100, 466 121page 460 122p. Ils tu_erent donc les bless_es, y compris l'un d'entre eux assez valide pour porter sur son dos, pendant les heures que dura le nettoyage, le poste 300 de la Compagnie. > Sources : Robert Bonnaud, La paix des N_ementchas, Esprit avril 1957, Itin_eraire, Minuit, 1962 ; Esprit, Ecrire contre la guerre d'Alg_erie, Hachette, Pluriel, 2002, p. 199, 204, 205 ; Pierre Vidal-Naquet, Les crimes de l'arm_ee fran_caise, La D_ecouverte, 2001, p. 56-62. 29 octobre 1965 : Enl_evement de Ben Barka _a Paris par deux policiers fran_cais (Maroc) Vendredi 29 octobre 1965, Mehdi Ben Barka, militant nationaliste marocain depuis l'_epoque du Protectorat, dirigeant de l'Union Nationale des Forces populaires (UNFP), principal parti d'opposition, et coordinateur de la Conf_erence Tricontinentale qui devait se tenir _a Cuba, est enlev_e en plein Paris devant le drugstore St Germain. On ne le reverra plus. Son corps ne sera jamais retrouv_e. Reconstitution des _ev_enements : { Dans le but de r_ealiser un _lm sur la d_ecolonisation, Georges Figon (r_ecemment sorti de prison, fr_equentant tout autant le milieu que des cercles intellectuels) et le journaliste Philippe Bernier rencontrent Mehdi Ben Barka au Caire et _a Gen_eve les 3 et 20 septembre 1965. Antoine Lopez, chef d'escale _a Orly, les d_eplacements. Une tentative d'enl_evement aurait pu avoir lieu _a ces occasions. { Ben Barka a rendez-vous _a la brasserie Lipp boulevard St Germain _a c^ot_e du drugstore le 29 octobre avec Bernier, le cin_easte Georges Franju et Georges Figon pour ce _lm. { Le 28 le marocain < Chtouki > voit Lopez _a Orly, lui demande de faire arr^eter Ben Barka. Lopez propose de recourir au policier Souchon qu'il contacte. { Ben Barka, le 29, va au rendez-vous en compagnie de El Azemouri, un _etudiant marocain. { Il est attendu par les policiers fran_cais Souchon - qui dit avoir re_cu con_rmation de sa mission par sa hi_erarchie le matin m^eme - et Voitot. Lopez, qui se trouve _a proximit_e, signale Ben Barka _a Souchon qui l'interpelle et le fait monter dans sa voiture. Sont _egalement l_a Figon et peut-^etre un policier des RG. { Dans la voiture se trouve Le Ny, Lopez monte _egalement. Ils se rendent chez Georges Boucheseiche _a Fontenay-le-Vicomte. { l'_etudiant El Azemouri s'enfuit, ne porte pas plainte, mais avertit vers 1 heure du matin un responsable de l'UNFP aupr_es des _etudiants marocains. { _A Fontenay, Souchon, Voitot et Lopez remettent Ben Barka _a Boucheseiche et repartent sur Paris. Boucheseiche et Dubail disent _a Ben Barka qu'il va rencontrer le < patron >. Figon les rejoint. { Mohammed Oufkir et Ahmed Dlimi sont pr_evenus au Maroc par Lopez et par les comparses chez Boucheseiche. { Samedi 30 octobre, Dlimi et Oufkir arrivent successivement _a Orly et se font conduire chez Boucheseiche _a Fontenay-le-Vicomte. Dlimi dit qu'il faut liquider Ben Barka. Le Ny, Dubail, Boucheseiche, Palisse rouent alors Ben Barka de coups de poings. Arrive Oufkir qui commence < _a lui picoter la gorge avec un poignard >. { pour "mouiller" Lopez ils transportent Ben Barka inanim_e chez Lopez et le ligotent dans la cave. { Lopez rentr_e chez lui < remarque > durant la nuit des all_ees et venues de voitures marocaines. Il reconduit Oufkir et Dlimi le dimanche _a 5h _a Orly. Sources : Jacques Derogy, Fr_ed_eric Ploquin, Ils ont tu_e Ben Barka, Fayard, 1999 ; Robert Arnaud, France-Inter, L'affaire Ben Barka, dimanche 25 octobre 2000 ; Gilles Perrault, Notre ami le Roi, Gallimard, 1990. 27 novembre 1954 : < Bient^ot un malheur terri_ant s'abattra sur la t^ete des rebelles. > (Alg_erie) Apr_es les actes d'insurrection survenus le 1er novembre en Alg_erie, o_u les < indig_enes > _etaient toujours tenus pour des citoyens de seconde zone, d_eposs_ed_es pour la plupart de leurs terres, sou_rant de la famine, n'acc_edant qu'exceptionnellement _a l'_ecole, soumis au m_epris des Europ_eens et _a l'arbitraire de bachagas ou ca_ds instruments du colonisateur, le 5 novembre, Fran_cois Mitterrand, ministre de l'Int_erieur, parle de la r_epression < n_ecessaire et impitoyable des troubles > puis d_eclare le 7 : < L'Alg_erie c'est la France et la France ne reconna^_tra pas chez elle d'autre autorit_e que la sienne. > Le MTLD qui n'est responsable en rien de l'insurrection est dissout le 5 et ses membres sont arr^et_es. Mitterrand a_rme le 20 : < Les trois d_epartements d'Alg_erie sont des territoires fran_cais. Le gouvernement fran_cais ne peut pas, ne veut pas tol_erer que les revendications pr_esent_ees par la population d_epassent certaines limites telles que l'int_egrit_e et la souverainet_e nationale. > Des tracts sont jet_es par avion dans les Aur_es gagn_es d_es le 1er novembre _a l'insurrection : < Appel _a la population Des agitateurs, parmi lesquels des _etrangers, ont provoqu_e des troubles sanglants dans notre pays [...] Musulmans ! Vous ne les suivrez pas et vous rallierez imm_ediatement, et avant le dimanche 21 novembre _a 18 heures, les zones de s_ecurit_e avec vos familles et vos biens. L'emplacement de ces zones de s_ecurit_e vous sera indiqu_e par les troupes fran_caises stationn_ees dans votre r_egion et par les autorit_es administratives des douars. Hommes qui vous ^etes engag_es sans r_e_echir, si vous n'avez aucun crime _a vous reprocher, rejoignez imm_ediatement les zones avec vos armes et il ne vous sera fait aucun mal. Bient^ot un malheur terri_ant s'abattra sur la t^ete des rebelles. Apr_es quoi r_egnera _a nouveau la paix fran_caise. > On voit appara^_tre dans ce texte d_es 1954, les notions de < zone interdite > et < zone de regroupement >. Malgr_e ces menaces, la population ne bouge pas. Le 26 novembre, Mitterrand commence une tourn_ee d'inspection. Ce jour-l_a, dans les Aur_es, cinq bataillons sont engag_es dans une vaste op_eration de ratissage. Un millier de personnes du douar Yabous, parmi lesquelles des femmes, des vieillards, des enfants, sont transf_er_ees dans un endroit d_esert, sans eau potable, Boussaha. Arrivant _a Batna le 27, Mitterrand d_eclare < Nos soldats sont des paci_cateurs > . Ce jour-l_a, neuf avions de chasse d_ecollent de l'a_eroport de Batna. Pendant ce temps, _a la mechta Thagit, du linge s_eche sur des piquets ; des gens vont et viennent ; le b_etail cherche sa nourriture. Tout _a coup, les fellahs voient les chasseurs briller au soleil. Le premier chasseur pique puis ouvre le feu sur une maison. Il y a une rafale. Puis une deuxi_eme. Puis tous les avions mitraillent. Les gens se r_efugient dans les maisons o_u les balles p_en_etrent. Madame Zaaf Essaouba, une femme de soixante ans est tu_ee. Une jeune _lle de seize ans est atteinte _a deux reprises. tout le b_etail est abattu. _A T'Kout, apr_es avoir inspect_e un d_etachement de parachutistes coloniaux et visit_e la gendarmerie, le ministre d_eclare : < L'Aur_es n'est pas en _etat d'insurrection. Il y a dans la montagne quelques centaines de "durs" et une population consentante, soumise et peureuse. > _A Batna, la piscine est transform_ee en lieu de d_etention. Des camions charg_es de suspects circulent dans la ville. Des villages sont d_etruits au lance-ammes. Le 8 d_ecembre, les habitants de la mechta Meradsa sont avertis qu'ils devront avoir quitt_e les lieux pour le lendemain. Le 9, avant que le jour soit lev_e, avant que les habitants aient pu d_em_enager leurs a_aires, la mechta est envahie et les maisons ambent. Le 31 d_ecembre, les mechtas Boukhrouf et Ti_ertassine sont incendi_ees au lance-ammes. Les six cents habitants s'enfuient. La < paci_cation > d_ebute. Sources : Pierre Vidal-Naquet, La raison d' _ Etat, _Editions de Minuit, 1962, page 51-52 ; Jean-Luc Einaudi, Pour l'exemple, l'a_aire Fernand Iveton, L'Harmattan, 1986, page 39-41 ; Bernard Droz, Evelyne Lever, Histoire de la guerre d'Alg_erie, Seuil, Points Histoire, 1984, page 62-63. 15 d_ecembre 1958 : Corv_ee de bois : < On nettoie le pays de toute la racaille. > (Alg_erie) Pierre Vidal-Naquet rapporte une lettre d'un jeune soldat, rendue publique en 1958 par les pr^etresouvriers de la Mission de France : < On demandait des volontaires pour descendre les gars qu'on avait tortur_es (comme _ca il ne restait pas de trace et on ne risquait pas d'histoires). Moi, je n'aimais pas _ca. C'est vrai, vous savez : descendre un gars _a cent m_etres dans le combat, _ca ne me faisait rien, parce que le gars _etant loin, on ne le voit pas trop. Il est arm_e, et puis il peut se d_efendre ou se barrer au besoin. Mais descendre un gars comme _ca, sans d_efense, froidement ... non ! Alors je n'_etais jamais volontaire et il est arriv_e que j'_etais devenu le seul dans la section qui n'avait pas descendu < son > gars. On m'appelait la < p'tite _lle > . Un jour, le capitaine m'a appel_e en me disant : < Je n'aime pas les p'tites _lles... Pr_epare toi, le prochain sera pour toi ! > Alors, quelques jours apr_es, on avait huit prisonniers qu'on a tortur_es, _a descendre. On m'a appel_e et, devant les copains, on m'a dit : < A toi, la p'tite _lle ! Vas-y ! > Je me suis approch_e du gars : il me regardait. je vois encore ses yeux qui me regardaient... _ca me d_ego^utait... J'ai tir_e... Les copains ont descendu les autres. Apr_es, _ca me faisait moins dr^ole... C'est peut-^etre pas du boulot tr_es propre ; mais, au fond, tous ces gars-l_a, ce sont des criminels quand on y r_e_echit. Si on les rel^ache, ils recommencent ; ils tuent les vieillards, les femmes, les enfants. On ne peut quand m^eme pas les laisser faire cela ... Alors, au fond, on nettoie le pays de toute la racaille... Et puis ces gars-l_a, ils veulent le communisme, alors vous comprenez... ? > Commentaires : La date du 15 d_ecembre est choisie arbitrairement. Sources : Pierre Vidal-Naquet, La torture dans la R_epublique, Paris, 1972, Masp_ero, page 137-138

 


 

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   Article (39/40)

Un tortionnaire ordinaire

Proposé par Djaffer LAMANI (Ancien Moudjahed)

 


 

« Un tortionnaire ordinaire ? Rencontre avec un appelé de la guerre d’Algérie » est le troisième livre que le Niortais Claude Juin consacre à cette guerre à laquelle il a participé. Dans son dernier livre sur la guerre d’Algérie, le Niortais Claude Juin est retourné voir un ex-camarade qui, sur place, a commis des exactions il y a 60 ans. C’est une démarche très rare. « En tous les cas, je n’en connais pas d’autres », explique Claude Juin. Dans son nouveau livre « Un tortionnaire ordinaire ? », le troisième qu’il consacre à la guerre d’Algérie (lire par ailleurs), le Niortais raconte les entretiens qu’il a eus à trois reprises (en juillet 2013, avril et décembre 2014) avec un ancien camarade de régiment. Ils ne se sont pas seulement remémoré leurs souvenirs de chambrée. Car l’objectif de Claude Juin était tout autre. Il a voulu comprendre, soixante ans après les faits, pourquoi, une fois arrivé en Algérie, cet homme s’est mû… en soldat tortionnaire, ayant commis bon nombre d’atrocités auprès de la population locale. « Je ne l’accuse pas. J’ai juste essayé de savoir ce qui avait pu provoquer ce comportement de barbare et quelles incidences cela avait pu avoir sur sa vie après. » “ Ça m’a demandé deux ans avant de me décider à aller le voir ” Car au départ, cet appelé, baptisé Jean dans l’ouvrage, « était un homme ordinaire qui sortait de sa campagne dans le Loiret, se souvient Claude Juin. Avant de rejoindre l’Algérie, c’était un boute-en-train qui nous faisait rire. C’était même un bon copain auprès de qui j’avais de la familiarité ». Sauf qu’une fois arrivé en Afrique du Nord, le Niortais se retrouve face à un tout autre bonhomme. « Je l’ai découvert raciste, violent, donnant des coups gratuits aux habitants arabes. C’est allé jusqu’à des coups de crosse. » Claude Juin est horrifié par ce comportement, « mais il n’y avait rien à faire, il avait les idées trop arrêtées. Je me suis fâché jusqu’à même me battre avec lui car je ne pouvais plus le supporter. Je m’en suis éloigné ». Jusqu’à ce jour où Jean « est venu se vanter d’avoir participé à la torture et à l’exécution de suspects. Pour moi, c’en était trop définitivement. Plus jamais je n’ai voulu revoir ni entendre parler de ce gars-là ». “ L’ambiance de l’époque ” Cette position, Claude Juin s’y est tenu pendant soixante ans. Jusqu’à ce qu’il soit poussé à reprendre contact avec ce fameux Jean (lire par ailleurs). « Ça m’a demandé deux ans avant de me décider à aller le voir, avoue l’auteur. Ça m’a pesé, mais j’étais curieux d’enfin comprendre comment des individus ordinaires, lorsqu’ils sont plongés dans des ambiances et des conditions favorables, peuvent commettre le pire et céder à des pulsions destructrices. » Petit à petit, « j’ai réussi à parler de tout ça avec lui. Et très vite, je lui ai dit que je comptais écrire un livre. Je lui ai même donné le manuscrit avant sa parution ». Avec le recul, Claude Juin a désormais une analyse assez précise de la situation, qu’il livre dans son livre. « Jean n’a jamais formulé de regrets. Il se retranche derrière le système, ce qu’il appelle “ l’ambiance de l’époque ”. Chez lui, il n’y a pas de remise en question. Il dit qu’il n’a fait qu’obéir aux ordres et qu’il n’y avait pas le choix, qu’il fallait que ça passe par là. Ça lui convenait sans doute. » Au bout du compte, « sa seule véritable préoccupation a été qu’on ne puisse pas le reconnaître dans ce livre ». Souhait exhaussé : dans ses écrits, Claude Juin a changé son prénom et son lieu d’origine. « Un tortionnaire ordinaire ? Rencontre avec un ancien appelé de la guerre d’Algérie », par Claude Juin (et Muriel Montagut) aux éditions du Croquant. Rencontre à la Librairie des Halles samedi 9 mars, à 11 heures. L’analyse d’une psychologue clinicienne Le livre « Un tortionnaire ordinaire ? » du Niortais Claude Juin a la particularité d’être co-écrit par Muriel Montagut, psychologue clinicienne. « Lorsque j’ai commencé à écrire le résultat de mes rencontres avec Jean, je ne voulais pas me contenter d’un simple témoignage, précise l’auteur. Il me semblait intéressant de livrer en parallèle une analyse de tout ça. » Muriel Montagut avait déjà travaillé sur des personnes qui avaient subi des sévices durant cette guerre. Et elle était justement intéressée pour travailler sur l’analyse du comportement d’un tortionnaire. « C’est d’autant plus intéressant que Jean sort un peu des analyses habituelles qui ont déjà été faites sur d’autres tortionnaires pendant cette guerre. » En savoir plus “ J’ai été poussé à aller plus loin ” « Un tortionnaire ordinaire ? » est le troisième ouvrage de Claude Juin sur la guerre d’Algérie. Sous le pseudonyme de Jacques Tissier, il est déjà l’auteur de « Le Gâchis », paru en 1960 et réédité en 2015, qui est un récit à partir de ses carnets de guerre. Puis il y eut « Des soldats tortionnaires. Guerre d’Algérie : des jeunes gens ordinaires confrontés à l’intolérable », paru en 2012 chez Robert-Laffont. Cet ouvrage-ci est la version publiée de la thèse qu’a présentée Claude Juin en mars 2011, portant sur le thème « La mémoire enfouie des anciens soldats de la guerre d’Algérie ». « Pour moi, c’était une forme d’aboutissement », explique l’écrivain. « Sauf que le président du jury, Vincent de Gaulejac, et mon directeur de thèse, Michel Wieviorka, m’ont incité à aller plus loin dans l’étude du comportement de Jean. Et ce fut comme un déclic. » Ce qui a ainsi donné lieu à ce troisième ouvrage.

 


 

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   Article (40/40)

Victor Hugo et la colonisation de l'Algérie

Proposé par Djaffer LAMANI (Ancien Moudjahed)

 


 

Victor Hugo et la colonisation de l’Algérie par Gilles Manceron 14/7/04 Sous la monarchie de Juillet, les dénonciations [en France] de la conquête de l’Algérie apparaissent assez isolées. On trouve parfois une certaine réprobation de la violence coloniale chez les responsables de l’opposition démocrate, mais la plupart d’entre eux se rallient tacitement ou explicitement au projet colonial, à commencer par celui de colonisation de l’Algérie. L’inconséquence de Victor Hugo L’attitude d’un grand esprit comme Victor Hugo, défenseur du droit et des miséreux, est révélatrice de cette attitude. Né en l802, il est contemporain des premières guerres d’Algérie et, dans les dernières années de sa vie, il voit se former sous ses yeux le projet d’empire colonial républicain. Pourtant, il ne consacre spécifiquement aucune œuvre ni aucun article à la colonisation. [...] Sous la monarchie de Juillet, [...] les quelques lignes qu’il laisse dans ses carnets, à la fin des années 1830, le font apparaître comme un ferme partisan de la colonisation de l’ancienne Régence d’Alger : « Algérie. La colonisation militaire doit couvrir et envelopper la colonisation civile comme la muraille couvre et enveloppe la cité. La colonisation militaire, c’est une muraille vivante. Quel meilleur obstacle continu qu’un camp français ? Mettez le soldat en avant du colon comme vous mettez un fer au bout d’une lance. » [1] Dans les années 1840, on sait qu’il rencontre à deux reprises Bugeaud : une première fois en janvier 1841, à la veille du départ de celui-ci pour Alger où Louis-Philippe vient de le nommer gouverneur ; et une seconde en 1846, Hugo étant devenu pair de France et Bugeaud venant le trouver pour qu’il soutienne ses propositions pour la colonisation de l’Algérie et les demandes budgétaires qui en découlent. Hugo n’en parle pas lui-même, mais sa femme Adèle a laissé des notes qui relatent leurs conversations. En 1841, elle révèle un désaccord entre Bugeaud et Hugo. Non pas que le général ait pu se montrer réservé envers la colonisation : probablement la divergence tenait-elle à ce qu’il soutenait l’idée de colonies militaires et Hugo celle de l’émigration de civils. Bugeaud venait de dire à la Chambre : « J’ai toujours considéré l’Algérie comme le plus funeste des présents que la Restauration ait faits à la révolution de Juillet, mais puisque mon pays y est, je désire qu’on ne se débatte pas dans une impuissance douteuse. [...] Il faut coloniser parce que vous ne pouvez [...] retirer la plus grande partie de cette armée qu’en établissant une population fortement et militairement constituée. » [2] Toujours est-il que Hugo plaide nettement en faveur de la colonisation : « Je crois que notre nouvelle conquête est chose heureuse et grande. C’est la civilisation qui marche sur la barbarie. C’est un peuple éclairé qui va trouver un peuple dans la nuit. Nous sommes les Grecs du monde, c’est à nous d’illuminer le monde. Notre mission s’accomp1it, je ne chante qu’Hosanna. Vous pensez autrement que moi c’est tout simple. Vous parlez en soldat, en homme d’action. Moi je parle en philosophe et en penseur. » [3] De la seconde rencontre, en 1846, Adèle écrira, vingt ans après celle-ci : « Bugeaud [...1 vint trouver Victor Hugo alors pair de France, pour le prier de parler dans la question du budget. Bugeaud dit qu’après expérience, il avait acquis la conviction que l’annexion de l’Algérie à la France avait d’excellents côtés, qu’il avait trouvé un système de colonisation applicable, qu’il peuplerait la Mitidja, grand plateau au milieu de l’Afrique, de colons civils, qu’à côté il éléverait une colonie de troupe. Il prit pour comparaison une lance : le manche serait le civil, la flèche serait la troupe ; de façon que les deux colonies se touchassent sans se mêler. » [4] Adèle, qui attribue à Bugeaud la formule que Hugo avait lui-même notée dans ses carnets, une dizaine d’années avant cette rencontre, témoigne de l’unité de vues qui régnait, à ce moment, entre les deux hommes. Quelques années après, Hugo paraît moins catégorique. Apprenant la nouvelle de la reddition d’Abd-el-Kader en décembre 1847, il semble satisfait, mais désapprouve la décision de Louis-Philippe de l’emprisonner en France alors que la liberté lui avait été promise : « Si la parole de la France est violée, ceci est grave. » [5] Et dans son discours d’ouverture du Congrès de la Paix qu’il préside à Paris en août 1849 - un discours tout entier dirigé vers la lutte pour la paix et contre la misère -, c’est une émigration pacifique européenne dans les autres parties du monde, et non la colonisation par la force, qu’il préconise (sans pour autant, il est vrai, faire de distinction claire entre l’une et l’autre, dans un moment où le discours colonial cultive abondamment l’ambiguïté). Il plaide ainsi pour que les cent vingt-huit milliards des budgets européens pour la guerre soient dépensés pour la paix : « Au lieu de se déchirer entre soi, on se répandrait pacifiquement sur l’univers ! Au lieu de faire des révolutions, on ferait des colonies ! Au lieu d’apporter la barbarie à la civilisation, on apporterait la civilisation à la barbarie ! [...] L’Asie serait rendue à la civilisation, l’Afrique serait rendue à l’homme. » [6] Ce qui reprend l’opposition manichéenne entre civilisation et barbarie qui est au cœur du discours colonial. C’est plus tard, quand il est contraint à l’exil par le coup d’État de Napoléon III de décembre 1851, et qu’il rencontre à Jersey un ancien officier de l’armée d’ Afrique devenu exilé républicain, qu’il laisse, dans Choses vues, une courte note qui le montre informé et indigné de la barbarie de l’armée en Algérie : « L’armée faite féroce par l’Algérie. Le général Le Flô me disait hier soir, le 16 octobre 1852 : "Dans les prises d’assaut, dans les razzias, il n’était pas rare de voir les soldats jeter par les fenêtres des enfants que d’autres soldats en bas recevaient sur la pointe de leurs baïonnettes. Ils arrachaient les boucles d’oreilles aux femmes et les oreilles avec, ils leur coupaient les doigts des pieds et des mains pour prendre leurs anneaux. Quand un Arabe était pris, tous les soldats devant lesquels il passait pour aller au supplice lui criaient en riant : cortar cabeza !. Le frère du général Marolles, officier de cavalerie, reçut un enfant sur la pointe de son sabre, Il en a du moins la réputation dans l’armée, et s’en est mal justifié." Atrocités du général Négrier. Colonel Pélissier : les Arabes fumés vifs. » [7]. Mais cette réflexion ne semble écrite que pour lui-même, comme si, lui si prompt à combattre l’injustice, il ne voyait dans ces épisodes scandaleux nulle matière à hurler fortement au scandale... De même, un peu plus tard, autour de 1861 : « Tlemcen, Mascara. Pélissier, etc. Négrier, etc. L’armée d’Afrique devient tigre . » Allusions à des faits qu’il connaissait donc : massacre de femmes et d’enfants de l’oasis de Zaatcha ; bastonnade des contribuables de Tlemcen par Yussuf pour percevoir l’impôt ; incendie de Mascara par Clauzel ; enfumades de civils aux gorges du Dahra par le colonel Pélissier ; et violence sanguinaire déployée par le général Négrier lorsqu’il commandait la province de Constantine, qui, bien qu’il soit défendu par Bugeaud, a provoqué son rappel en 1842 par le maréchal Soult, président du Conseil et ministre de la Guerre. En 1862, dans le chapitre des Misérables où il dresse le bilan du règne de Louis-Philippe, il revient sur sa parole trahie à Abd-el-Kader et, dans sa liste de « ce qui accuse » le souverain, ajoute la violence de la conquête de ce pays : « L’Algérie trop durement conquise et, comme l’Inde par les Anglais, avec plus de barbarie que de civilisation, le manque de foi à Abd-el-Kader. » C’est de cette époque que datent ses propos contre les expéditions au Mexique et en Chine. Mais la condamnation reste discrète. Et la République restaurée, Hugo ne dénonce, ensuite, ni la poursuite de la colonisation de l’Algérie, ni l’intervention française en Tunisie en 1881. Au contraire, à la fin de sa vie, il prononce, lors d’un banquet commémoratif de l’abolition de l’esclavage, le 18 mai 1879, en compagnie de Schoelcher, un « discours sur l’ Afrique » où il exalte sans détour la colonisation par les puissances européennes. « L’Asie a son histoire, l’Amérique a son histoire, l’Australie elle-même a son histoire, qui date de son commencement dans la mémoire humaine ; l’Afrique n’a pas d’histoire ; une sorte de légende vaste et obscure l’enveloppe [...]. Les deux peuples colonisateurs, qui sont deux grands peuples libres, la France et l’Angleterre, ont saisi l’Afrique ; la France la tient par l’ouest et par le nord, l’Angleterre la tient par l’est et par le midi. Voici que l’Italie accepte sa part de ce travail colossal. [...] Au XIXème siècle, le Blanc a fait du Noir un homme ; au XXème siècle, l’Europe fera de l’Afrique un monde. » [8]. Oubliant ce qu’il sait fort bien de la violence de la conquête, il entretient le mythe de la colonisation pacifique : « Peuples ! Emparez-vous de cette terre. Prenez-la. À qui ? à personne. Prenez cette terre à Dieu. [...] Où les rois apporteraient la guerre, apportez la concorde. Prenez-la, non pour le canon, mais pour la charrue ; non pour le sabre, mais pour le commerce ; non pour la bataille, mais pour l’industrie ; non pour la conquête, mais pour la fraternité. ». [9] Conscient, comme Tocqueville, de la barbarie de la conquête, pas davantage que lui il n’en tire les conséquences. Son reproche à Louis-Philippe d’avoir trahi sa parole à Abd-el-Kader, il ne l’étend pas, comme il aurait été logique de le faire, à la IIème République qui l’a gardé prisonnier. Seul le risque de voir l’armée d’Afrique ramener en France ses pratiques de violence exacerbée l’aura finalement inquiété. Dans Napoléon-le-Petit, il décrit ainsi l’armée tirant sur les hommes et les femmes : « Un chef de bataillon vociférait : "Entrez dans les maisons et tuez tout !" On entendait des sergents dire : "Tapez sur les bédouins, ferme sur les bédouins !" [10]. » Ce n’est guère qu’en prêtant attention au récit qu’il fait, dans Choses vues, d’un de ses rêves, où Paris, à la veille d’une répression militaire, prend l’aspect d’une ville d’Orient [11], que l’on peut imaginer que la réalité monstrueuse de la colonisation, comparable à la terreur militaire qui s’abat sur le peuple de Paris au lendemain de ses révoltes, vient hanter Hugo. Mais seules les violences parisiennes sont dénoncées. Dans son discours de 1879, il oublie tout ce qu’il sait des enfumades ordonnées par Bugeaud comme du passé de Carthage et de l’Égypte, pour céder aux mensonges coloniaux sur la colonisation pacifique et sur la terra nullius que constituerait l’Afrique. En face du fait colonial, son universalisme est pris en défaut.

 


 

X

Politique de De Gaulle (14/15)

Proposé par Djaffer LAMANI (Ancien Moudjahed)

 


 

 


 

X

La nuit rouge de la Soummam (15/15)

Proposé par Djaffer LAMANI (Ancien Moudjahed)

 


 

 


 

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