X

Pour tourner les pages utiliser flèches   ←  →   ou   ≡  (Menu)

    Article (1/15)

Algérie avant 1830 : Les témoignages sont formels

Proposé par Djaffer LAMANI (Ancien Moudjahed)

 


 

Les témoignages sont formels. En 1830 tous. les Algériens savaient lire, écrire et compter,. Ajoute. La commission de 1833, et la plus part des vainqueurs avaient plus d’instructions que les vaincus > Les Algériens sont beaucoup plus cultives que l’ont ne crois note Campbell en 1835 a notre arriver il y avait plus de 100 écoles primaires a Alger 86 a Constantine et 50 a Tlemcen. Alger et Constantine avaient chacune 6 à 7 collèges, et l’Algérie avait 10 Zaouïa (Universités).

Chaque village ou groupe de hameau avait une école, notre occupation leurs a porter un coup irréparable, les avions nous remplacer ?, Mgr Dupuch nous répond en déplorant quant 1840, il n’a trouvé que 2 ou 3 instituteurs pour toute la province d’Alger. En 1880 ont trouvé que 13 je dis bien 13 écoles (franco- arabe) pour toute l’Algérie.

« Nous avait, dit notre grand orientaliste Georges Marçais gaspillé l'héritage musulman à plaisir ». TeIle était la barbarie de ces barbaresques. « Rovigo disait notre seule supériorité et notre artillerie et ils le savent. Ils ont plus d’esprit et de sens que les européens et ont trouvera un jour d’immense ressources chez ces gens la, qui savent ce qu’ils on été et qui se crois destiner a jouer un rôle ». « Ce qu’il faut dit Tocqueville, c’est donner des livres a ce peuple curieux et intelligent ils savent tous lire et on cette finesse et cette aptitude a comprendre ce qui les rend si supérieurs a nos paysans de France ».

 


 

X

    Article (2/15)

Analyse guerre d'Algérie

Proposé par Djaffer LAMANI (Ancien Moudjahed)

 


 

La Guerre d’Algérie eut lieu à cause de l’absence de forces importantes néocolonialistes en France. La colonisation réussit à rameuter une opinion publique mal informée. En engageant l’armée, la politique française la transforme en un groupe de pressions important cependant sans base de masse importante. L’immobilisme français permet au FLN la création d’un large front en Algérie. L’armée française et le FLN peuvent bloquer toute solution néocolonialiste. La France ayant perdu son rang de grande puissance doit alors opter pour la solution défendue par le FLN. Au cœur du conflit, ce n’est pas la solution à apporter au problème algérien, mais les modalités de l’acceptation de cette solution par la France. La contribution du général de Gaulle consiste alors dans son habileté à permettre à l’opinion française d’accepter les évolutions nécessaires sans crise majeure, notamment en évitant une guerre civile en France. En parlant de tragédie de cette guerre, l’historiographie française cache les mécanismes essentiels de sa prolongation inutile.
1. Un constat de carence.
2. La France devait se conformer aux nouvelles règles à l’échelle mondiale.
3. L’absence d’intérêt néocolonialiste dans la politique algérienne de la France au début de la guerre.
4. La France s’installe dans la guerre à partir des intérêts colonialistes, mais ces intérêts ne peuvent pas imposer leurs solutions à la France.
5. Redéfinir le rôle de la France dans le monde.
6. Les retombées de la guerre d’Algérie sur la politique française.
7. La nouvelle synthèse et l’opinion.


1 - Un constat de carence.

1.1 Le 50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie n’a pas été marqué par l’organisation commune de manifestations commémoratives sur le fond de cette guerre. De part et d’autre, à côté des récits de mémoires, ce sont des narrations de la guerre faisant la part belle à certains grands hommes. Du côté algérien, le rôle des acteurs s’explique par l’importance du combat du peuple algérien tout entier qui est étudié dans ses efforts sur le plan local pour protéger la Révolution. Ce sont les efforts des combattants qui sont fondamentaux dans la construction de l’histoire de la nation nouvellement rendue libre.
1.2 Dans l’historiographie française, à côté de narrations (1), il y a peu d’analyses. Abstraction faite des travaux sur le FLN et ses contradictions de Mohammed Harbi et de Gilbert Meynier (2), les analyses avec approche systématique se concentrent sur les formes de la guerre (3). Ces travaux apportent des preuves multiples sur l’existence des violations importantes des droits de l’Homme par des acteurs français, indépendamment de l’armée et que les opposants à la guerre d’Algérie en France et ailleurs avaient déjà abondamment signalées pendant la guerre.
1.3 Ce qui a été moins souvent abordé c’est d’une part pourquoi cette guerre a été engagée alors que les acteurs français étaient conscients du caractère colonial de l’entreprise. Ces acteurs savaient qu’une solution ne pouvait tenir si elle était en contradiction avec le grand courant de décolonisation qui s’étendait de l’Asie à l’Afrique à la fin de la Seconde Guerre mondiale (4). Une deuxième question tout aussi importante concerne les mécanismes par lesquels la France a pu adopter la solution inévitable sans grands bouleversements de ses structures politiques internes, finalement dans un processus de prise de conscience que le général De Gaulle a plus représenté et mis en valeur sur le plan politique que déclenché lui-même.
1.4 Même dans la critique des formes de la guerre, l’historiographie reproduit les anciennes approches évolutionnistes, même si l’honnêteté avec laquelle des auteurs français ont mis en lumière les violations des droits de l’homme, a rétabli au moins partiellement la réputation de la France. La Guerre d’Algérie est alors vue comme le résultat d’une chaîne d’occasions manquées et de décisions contraires au génie de la France. Ces erreurs sont à la base d’une tragédie dont souffrent la France et l’Algérie ensemble. Dans la réconciliation, cette historiographie suggère que l’adversaire algérien devrait respecter la douleur qu’a éprouvée aussi la France. Une telle vision risque d’offusquer, avec son insistance sur le caractère singulier du problème algérien, dont la seule dimension véritablement unique a été la faiblesse de partenaires réalistes du côté français pour une solution de type néocolonialiste qui respecterait à temps les principes incontournables de la décolonisation.
1.5 Les exactions commises du côté français durant la Guerre d’Algérie sont fort condamnables. Après la défaite du fascisme et donc du racisme, les exterminations de populations autrefois commises dans les colonies (en Algérie notamment pendant la conquête) ne pouvaient plus être pratiquées. Après 1945, l’occupation du terrain ne suffisait plus. Le résistant algérien éliminé physiquement par les Français valait aux yeux de l’opinion internationale comme un patriote algérien qui avait donné le sacrifice suprême afin de témoigner de son refus d’être français. Si l’on ne pouvait plus éliminer la population, il fallait la « mater » avec des apparences démocratiques. Le but tactique de la répression française devait alors consister à faire des Algériens une masse docile à la merci des chefs militaires français au pouvoir discrétionnaire et isoler ainsi le peuple du mouvement révolutionnaire (camps, regroupements). Le chef de SAS est la figure exemplaire de la combinaison entre la carotte et le bâton (5).
1.6 L’horreur ne consistait donc pas dans les formes dans lesquelles la guerre fut conduite, mais dans la décision de faire une telle guerre, et plus encore en voulant la continuer aussi longtemps que les Algériens n’allaient pas applaudir eux-mêmes à leur défaite et la perte de leur identité culturelle, sociale et politique (6).


2 - La France devait se conformer aux nouvelles règles à l’échelle mondiale.

2.1 A la différence des grandes puissances qui émergèrent en 1945, les États-Unis et l’Union soviétique, mais aussi la Chine ou l’Inde, la France n’était plus une grande puissance qui pouvait enfreindre les règles régissant le système international. Son influence tenait aux relations qu’elle entretenait avec les autres puissances et Etats mineurs. Le pouvoir matériel de la France était limité. La France ne pouvait pas se permettre ce que l’Union soviétique, la Chine populaire ou l’Inde se sont permis depuis 1945 dans diverses régions. Dans la rivalité entre les deux blocs pour le soutien aux nationalistes du Tiers-monde, les États-Unis ne pouvaient tolérer les extravagances d’un de leurs alliés somme toute faible qui prétendait défendre ses intérêts particuliers. Cela était d’autant plus vrai que la France n’avait pas pu mener ni la Guerre d’Indochine ni la Guerre d’Algérie sans un soutien direct ou indirect des États-Unis (7). Le FLN l’a bien su, et le nationalisme du général de Gaulle lui a permis de jauger cet intérêt national de son partenaire américain de manière beaucoup plus réaliste que les dirigeants politiques de la IVe République avec leurs discours faussement cosmopolite. Dès que le mouvement de libération nationale algérien a intensifié le conflit de manière à en faire un élément sensible de la rivalité entre l’Est et l’Ouest, la France ne pouvait plus l’emporter en Algérie que si ce mouvement était désavoué par une majorité d’Algériens.
2.2 Le FLN réussit dès 1955 à créer un large front de toutes les forces politiques algériennes à l’exception de certains partisans de Messali Hadj. Le FLN était capable de supprimer tous ceux qui voulaient tirer bénéfice de la situation en jouant aux interlocuteurs « valables » sans l’accord explicite des dirigeants du FLN. À partir du milieu de 1955, un renversement de la situation politique en Algérie était exclu et la France devait donc s’adapter à l’émergence d’une nation algérienne active qui était capable de s’exprimer notamment en suivant les consignes du FLN qu’elle considérait comme son représentant.

3 - L’absence d’intérêt néocolonialiste dans la politique algérienne de la France au début de la guerre.

3.1 La France perdait donc la chance d’influer sur la forme de la décolonisation de l’Algérie, parce qu’il n’y avait pas d’intérêts néocoloniaux importants face aux intérêts colonialistes traditionnels au moment où le mouvement nationaliste en Algérie réussit à former la coalition des forces qui allaient mener le pays à l’indépendance. La décolonisation n’a pas été un repli de l’Occident, mais seulement une modification de sa domination pour tenir compte des nouveaux rapports de force. L’Occident ne pouvait plus dominer ce monde par ses anciennes têtes de pont, les élites traditionnelles. L’Occident devait accepter la souveraineté politique de nouvelles élites qui asseyaient leur pouvoir sur le plan local grâce au nationalisme rendu crédible par leur effort pour améliorer la situation économique et sociale de la masse de la population. Ainsi, des puissances coloniales s’étaient rendues compte du caractère inévitable de ce changement des formes de domination, surtout ceux qui avaient des intérêts importants à ménager dans les colonies et qui pouvaient espérer que sous certaines conditions des nationalistes respecteraient ces intérêts.
3.2 L’Algérie était une colonie de peuplement basée sur la spoliation des terres de ses habitants. La colonisation de peuplement avait élargi sa base politique et démographique, en donnant à une foule d’immigrants « blancs » peu qualifiés sur le plan professionnel des emplois – sous-payés par rapport aux emplois en France -, mais privilégiés par rapport aux emplois offerts aux Algériens. Les ressources de ce clientélisme provenaient des rentes obtenues grâce à la production de matières premières, et de la protection des prix de ces matières sur le marché français par l’intégration économique avec la métropole française. Face à des intérêts peu susceptibles de s’accommoder d’une solution néocolonialiste, il n’y a pas eu d’autres enjeux économiques importants en Algérie autres que les exportations de vins et de blé protégés sur le marché français. L’Algérie disposait de peu de matières premières minérales compétitives par rapport aux deux pays voisins en Afrique du Nord et progressivement découvertes dans l’ensemble français en Afrique Noire.
3.3 Cette absence de groupes d’intérêt néocolonialistes ne sera pas corrigée par la nouvelle richesse créée par la découverte des hydrocarbures au Sahara algérien. La confirmation de la disponibilité d’hydrocarbures dans le Sahara algérien en quantité et qualité exploitables n’est intervenue qu’en 1956, quand la guerre était déjà en cours. Les grandes sociétés internationales boudaient alors le pétrole algérien, parce qu’elles ne voulaient pas prendre position pour la France en lui demandant des permis de recherche. Le « représentant » de la France dans le club du cartel international des sept sœurs, la Compagnie Française des Pétroles (CFP), ne pouvait pas refuser, mais son effort ne suffit pas pour lancer rapidement l’exploitation du pétrole saharien. Afin d’exploiter ce pétrole et aussi de le préserver de la mainmise des grandes sociétés internationales (et de leur influence éventuelle en faveur d’une solution néocolonialiste obtenue avec le FLN), la France développa un deuxième secteur national à côté de la CFP (où le gouvernement français détenait 40 % des actions). En mobilisant l’épargne privée nationale notamment celle des petits épargnants, la France a pu rassembler le capital nécessaire à la création de sociétés de financement, de recherche et d’exploitation du pétrole saharien sous contrôle du gouvernement. Au début, ce secteur dépendait entièrement du pouvoir politique de la France en Algérie.
3.4 Cette politique nationale du pétrole entra en crise en 1959. Il n’y avait pas de marché suffisant pour ce pétrole en Europe à cause de nouvelles découvertes en Afrique du Nord (Libye). La demande de produits pétroliers en France était en plus peu adaptée à la structure chimique du pétrole algérien. Cette crise intervint quand les livraisons du pétrole saharien vers les ports algériens s’annoncèrent et ce n’est pas une mauvaise qualité du pétrole saharien qui en est la raison, comme le prétendit un commentateur français (8); au contraire il était de bonne qualité et riche en produits légers. Puisque l’extension de la demande nationale française durant la période était régie par la substitution du charbon par le fioul lourd, il fallait commercialiser le pétrole saharien à l’étranger en procédant à des échanges de pétrole avec des sociétés internationales qui contrôlaient des marchés hors de France. La France dut donc intégrer son nouveau secteur public d’industrie pétrolière au moins partiellement dans la stratégie des grandes sociétés anglo-américaines, avec lesquels en principe elle n’a jamais voulu rompre : le permis pour Exxon en Algérie avait toujours été réservé malgré le refus de cette société de déposer une demande de concession formelle. La France n’a pas pu mobiliser ses partenaires européens et leurs sociétés publiques (l’ENI italienne, mais aussi d’autres sociétés moins importantes en Allemagne) pour une stratégie de développement privilégié du pétrole saharien comme base énergétique d’une Eurafrique englobant une Algérie restant française.
3.5 L’alternative néocolonialiste de coopération des puissances occidentales dans le façonnement des indépendances inévitables des pays du Sud se présenta dans la Guerre d’Algérie à un moment où le FLN était suffisamment fort pour la rejeter, et où la mobilisation des masses algériennes, notamment rurales, était suffisamment avancée pour créer un obstacle à l’adoption d’une telle quiconque, à l’intérieur ou à l’extérieur du FLN.


4 - La France s’installe dans la guerre à partir des intérêts colonialistes, mais ces intérêts ne peuvent pas imposer leurs solutions à la France

4.1 Vue l’absence d’intérêts puissants en faveur d’une solution néocolonialiste en Algérie, la France s’installa dans la guerre à partir du début 1956 avec l’envoi du contingent. Elle tenta une opération de reconquête de l’Algérie, et cette politique ne s’inspirait pas de considérations économiques. Elle était le résultat de la politique de la social-démocratie française qui, comme toutes les social-démocraties ouest-européennes, n’a jamais voulu apparaître comme manquant de patriotisme. Une telle attitude a été facilitée par un internationalisme peu au courant des motivations sociales du nationalisme dans les pays déstructurés du Sud. Ces social-démocraties s’adonnaient à un occidentalisme effréné où les civilisations non européennes apparaissaient comme rétrogrades. Elles suivaient donc la tradition de l’impérialisme européen : le nationalisme du Tiers-monde était considéré comme obscurantiste. La mission de la social-démocratie française était alors d’épargner cette phase rétrograde aux peuples du Tiers-monde.
4.2 Un gouvernement de centre-gauche engagea une armée initialement indécise après la guerre perdue en Indochine. S’il fallait pourtant faire cette guerre, il fallait la faire « bien », efficacement, de manière à la gagner. Il fallait détruire par tous les moyens non seulement les éléments militaires de la Révolution algérienne, mais toute l’infrastructure politique et administrative, donc aussi les structures politiques du nationalisme algérien (organisations de masse, etc.). La destruction de ces structures politiques ennemies étant pourtant toujours réversible aussi longtemps que la population algérienne était libre de définir ses préférences politiques, il fallait encadrer les colonisés. À partir de la théorie de la guerre antisubversive, l’armée française développa à la fois une justification de sa dictature de fait en Algérie, son autonomie par rapport au pouvoir à Paris, ses tactiques d’intimidation, et un programme politique d’encadrement de la population algérienne à l’échelle locale et en fonction de l’appartenance sociale (les fameuses hiérarchies parallèles), semblables aux régimes totalitaires d’obédience communiste et fasciste. La guerre antisubversive remplaça l’extermination de la population rebelle (9).
4.3 L’Etat militaire de l’Algérie française constitua la négation de l’impératif démocratique qui pourtant prévalait sur le plan international. Son fondement reposait sur la conviction inavouée que la population algérienne adhérerait à la révolution en l’absence d’une sérieuse reprise en main.
4.4 Il y eut alors en Algérie un transfert des pouvoirs à la fois des grands intérêts colonialistes et des autorités politiques de Paris vers l’armée française, non pas seulement sur le plan formel avec la délégation des pouvoirs exécutifs vers les commandants de secteur de l’armée, mais aussi sur le plan de la formulation de la politique française en Algérie. En effet depuis l’été 1956, l’intervention de l’armée s’affirmait de plus en plus directement. Un exemple marquant fut l’interception en octobre 1956 de l’avion transportant les chefs historiques du FLN, (hôtes du sultan du Maroc à cette date-là), qui se rendaient à Tunis pour la conférence maghrébine.
4.5 L’armée française essaya d’étendre ce système d’influence militaire aussi en France mais avec finalement peu de succès. Elle ne put établir en France un régime politique de guerre qui aurait muselé l’opposition. Ainsi, la suppression de la liberté de presse en Algérie et la saisie de journaux en provenance de la France et l’existence de la liberté de presse en France, démontrent cette différence, de même les entraves multiples que l’armée française réussit à imposer à la justice en Algérie, n’étaient en rien comparables en France (10).
4.6 Même la nécessité de contrôler la minorité algérienne en Métropole (pourvoyeuse de ressources du FLN) ne permit pas d’ériger un système identique à celui existant en Algérie, de sorte que l’expulsion d’individus suspects vers la colonie était préférée pour les soumettre au régime d’extrême rigueur. La résistance politique de peuple français bloqua les tentatives de l’armée d’imposer l’état de guerre à l’ensemble de la France.
4.7 La résistance de l’opinion était pourtant diffuse. Dans sa grande majorité, elle espérait une solution rapide par une victoire des armes françaises. Dans cette perspective, elle était plus ou moins disposée à accepter des « bavures inévitables ». Dès que cette perspective s’éloigna, des hésitations de l’opinion se manifestèrent de nouveau. Le changement résulta de la perte de l’espoir d’une victoire rapide, entretenu en 1956. Il était véhiculé par la critique des formes de la guerre, notamment de la torture. Ce n’est pas en été 1957 que l’existence généralisée de la torture en Algérie était connue ; les données relevées en parallèle avec les témoignages courageux notamment de soldats français au début 1957, étaient en possession du gouvernement français dès l’été 1956 (11). Après l’affaire de Suez, l’espoir déçu d’une fin rapide du conflit élargit l’audience pour une critique des méthodes de la guerre en Algérie : la vraie grandeur de la France allait être perdue avec la prolongation des ratissages et de la répression. La dénonciation de la torture jeta le trouble dans la conscience bien-pensante des élites françaises, qui dénoncèrent avec précaution les formes de la guerre tout en s’arrogeant un devoir de continuer à la mener. Cette attitude constitua cependant un blocage pour les tentatives de l’armée d’étendre à la Métropole l’état de guerre.
4.8 Les élites politiques et patronales françaises avaient exclu dès le début de la guerre l’assimilation pure et simple de l’Algérie par la France, tenant compte du fait que sur le plan sociologique, culturel et bien sûr aussi démographique, l’Algérie n’était pas la France. Une minorité infime voulait faire supporter à la Métropole le coût de l’extension des lois sociales françaises en faveur des musulmans d’Algérie. Une solution intermédiaire s’imposait, ni indépendance, ni intégration, mais rôle d’arbitre de la France et garanties pour les Européens par leur surreprésentation. Les tentatives timides d’une réforme du Statut de l’Algérie démontrèrent malgré la volonté de se procurer des arguments à présenter aux alliés occidentaux, une volonté farouche de priver la majorité des Algériens musulmans du droit à faire valoir leur volonté majoritairement exprimée. Les différents gouvernements français conçurent des institutions hybrides, avec beaucoup de possibilités de véto pour la minorité européenne et les représentants de la France dans des institutions formellement élues au suffrage universel appliqué à tous les habitants. Ils n’étaient pas capables de mettre en œuvre ces institutions à cause de la résistance des partisans de l’Algérie française, qui y voyaient une ouverture vers un processus qui, ultérieurement pourrait mener à l’indépendance. Les débats de 1957 firent cependant apparaître que dans toutes les forces politiques non communistes en France (chrétiens-démocrates - MRP et même conservateu (12), sociaux-démocrates et socialistes (13), libéraux - radicaux (14), des minorités élargirent leur audience en prônant des solutions vers l’autonomie de l’Algérie incluant même parfois le droit à l’indépendance.
4.9 Pour les partisans de l’Algérie française, dans l’armée et ailleurs, de telles positions indiquaient le début de l’évolution vers l’abandon. L’armée française reconnut l’impératif démocratique au moins formellement : il fallait utiliser les méthodes totalitaristes d’encadrement de la population afin de produire des images qui démontreraient le basculement de la masse musulmane en faveur de la France. A partir de l’automne 1957 elle s’engagea pour l’intégration fondée sur l’égalité des droits et des devoirs pour tous dans l’ensemble français comme contre programme à l’indépendance. L’armée pensa pouvoir noyer les Algériens au sein d’une importante majorité française.
4.10 A destination de tous ceux qui tenaient à l’impératif démocratique, on développa l’argument de l’attentisme des musulmans qui ne suivraient le FLN que sous la terreur. Mais comment l’armée française pouvait-elle proclamer qu’elle avait mobilisé plus de forces supplétives locales que le FLN ne disposa jamais de combattants, et en même temps soutenir que ces forces numériquement inférieures étaient capables de semer la terreur parmi une population avec une minorité pro-française. Ce que l’on appelait attentisme, c’était le refus de collaborer avec la France. Le sentiment pro-français, que l’armée française prétendait exister, avait donc fortement besoin d’être « produit », avec son soutien. Ce sentiment n’était donc pas spontané.
4.11 Le 13 mai 1958 est alors un amalgame d’espérances les plus diverses. Même pour les tenants d’une évolution nécessaire en Algérie, le général de Gaulle, vu son prestige de chef de la Résistance française, parut être un recours souhaitable et pour certains même indispensable. Aussi le 13 mai était-il possible avec de Gaulle, mais comme il s’avérera ultérieurement non pas contre le général de Gaulle (15).


5 - Redéfinir le rôle de la France dans le monde

5.1 En étudiant la politique gaullienne, l’historiographie française s’intéressa surtout à une question sans réponse possible : est-ce qu’avant son retour aux affaires, le général de Gaulle savait-il qu’il fallait décoloniser en Algérie ? Est-ce que le général de Gaulle a menti ? C’est une question apolitique. La politique est l’art du possible. La prise de position du général de Gaulle au lendemain de l’affaire des Barricades en janvier 1960 me parait sincère. Le général de Gaulle se déclarait en faveur de la solution la plus française mais ne la précisait pas car il ne savait pas quelle sera celle que les Algériens accepteraient et quelle solution sera donc possible.
5.2 A la différence de tous les hommes de la IVe République, il caressait régulièrement les Algériens dont il vantait le courage et le sens du sacrifice. Il recherchait le contact surtout avec les hommes qu’il considérait comme capables de représenter le sens nationaliste et identitaire des Algériens. Il était lui-même partisan d’un nationalisme français lié à la particularité historique de la France (16). Il demeura donc sceptique à l’égard du nationalisme universaliste d’une certaine gauche française qui croyait possible la francisation des Algériens (17). de Gaulle est constant à travers toutes les évolutions de sa politique algérienne dans la recherche systématique d’une politique autochtone par des politiques orientées vers l’égalité complète des droits et des devoirs et la promotion sociale par le développement économique assisté par la France, tout en accordant aussi peu de concessions sur le plan identitaire que possible. Le moyen serait une troisième force. Pour rendre crédible cette politique auprès des Algériens, de Gaulle se mit à détruire l’État totalitaire que les partisans de l’Algérie française avaient créé en Algérie et à ramener l’Algérie à la légalité républicaine de Paris, considérée comme élément important pour rendre attractive la République française auprès des Algériens.
5.3 On ne diminue pas le rôle du général de Gaulle si l’on ajoute que son réalisme courageux et sa détermination à regarder l’ensemble des aspects de la question algérienne dans les stratégies ouvertes à la France, étaient favorisés par l’accentuation d’évolutions déjà visibles au début de la guerre et devenues plus importantes par la suite.


6 - Les retombées de la guerre d’Algérie sur la politique française.

6.1 Les implications économiques de la guerre, les liens entre l’affaire algérienne et les problèmes de la France dans le reste du Tiers-monde, notamment dans le reste de son empire colonial, ainsi que le changement dramatique des conditions de puissance dues à l’apparition de l’arme nucléaire sont particulièrement importantes. Le coût élevé de la guerre impliquait que la France renonce à maintenir une armée moderne. La protection américaine et aussi allemande permirent à la France de détruire ce qui existait en France comme armée moderne. Dans la perspective d’une guerre courte, on accepta l’inflation et les instabilités de la balance commerciale. Le soutien financier des alliés de la France n’était possible que si la France faisait preuve de sa capacité d’innovation politique.
6.2 Dans la perspective d’une guerre courte, le gouvernement dirigé par le parti socialiste avait pensé pouvoir se permettre l’expansion économique avec des bienfaits sociaux en même temps que l’intensification de la guerre d’Algérie. Dès 1957 tout gouvernement, donc aussi celui du général de Gaulle à partir de mai 1958, a dû procéder à un rééquilibrage du budget qui démontrait aux ouvriers, paysans et petits fonctionnaires, que la Guerre d’Algérie avait un coût. De là, des campagnes qui liaient le bien-être social avec la paix en Algérie surtout en 1960 quand la fin de la guerre se faisait attendre.
6.3 L’arrivée des classes creuses à l’âge du service militaire créait des difficultés pour le maintien des effectifs de l’armée d’Algérie. La suppression des sursis généreusement accordés aux étudiants, initiée en automne 1959, conduit au basculement du monde estudiantin par rapport à la Guerre d’Algérie. Les anciens minoritaires âprement combattus précédemment devinrent majoritaires et reprenaient le contact avec l’organisation des étudiants algériens l’UGEMA qu’ils reconnurent. Cette prise de position revenait à reconnaître la représentativité du FLN et du GPRA (18).
6.4 La place de l’Algérie sur l’échiquier des objectifs stratégiques de la politique extérieure française changeait radicalement. Au début de la guerre, l’Algérie est la clef de voûte d’un ensemble français appelé à devenir le noyau d’une Eurafrique sous la direction de la France. Dès 1956 il était clair que les positions françaises en Afrique Noire ne pouvaient pas être défendues par une autre « Guerre d’Algérie ». À cause de la guerre d’Algérie, il fallait installer rapidement des élites aussi francophiles que possible dans le reste de cet ensemble français. Dans la compétition avec des leaders nationalistes plus « extrémistes », ces élites francophiles ne pouvaient se maintenir sans s’opposer à la guerre de la France en Algérie. Pour maintenir ces élites, la France devait se débarrasser du fardeau de la Guerre d’Algérie. Acquérir le profil de décolonisateur exemplaire était payant, d’où la recherche d’un compromis avec le FLN et des initiatives spectaculaires telles l’octroi de l’autodétermination en septembre 1959 ou la boutade sur la République algérienne « qui existera un jour mais qui n’a jamais existé ».
6.5 Après avoir échoué à imposer aux pays anglo-saxons l’égalité dans la direction de l’alliance occidentale, la France pouvait retrouver un nouveau rôle mondial en se faisant le porte-parole des revendications politiques et économiques du Sud dans le club des pays capitalistes occidentaux.
6.6 Ce qui pèse pourtant le plus lourd c’est que les colonies n’avaient plus de sens pour le standing militaire d’une puissance. Pendant l’âge nucléaire, on peut difficilement menacer un adversaire qui attaque un territoire dépendant d’une métropole coloniale avec l’arme atomique, ce qui impliquerait une réponse nucléaire et conduirait au suicide nucléaire. On ne peut pas préserver un empire colonial par la dissuasion nucléaire, parce qu’on ne se tuera pas pour des colonies.


7 - La nouvelle synthèse et l’opinion.

7.1 Des larges segments de l’opinion publique témoignèrent de l’acceptation d’une identité particulière de l’Algérie et du rejet d’une guerre à outrance. Les partisans de l’Algérie française admettaient ce caractère limité du soutien à la politique de guerre d’Algérie quand ils évitaient soigneusement et autant que possible des répercussions sur la France. L’opinion française était largement dominée par des conceptions du problème algérien que j’ai appelé évolutives, d’une Algérie ayant une personnalité propre, mais où le rôle de la France resterait important comme garant des droits des Français d’Algérie qui devraient y rester. Cette opinion se souciait de la destinée de la France en Algérie, comme si la France était menacée chez elle. Elle n’était pourtant pas aussi réticente à accepter la guerre que le veut l’historiographie française (19). Les moyennes citées par l’historiographie française comprennent un quart de répondants avec l’intention de voter communiste. Ceux-ci refusaient dans une très grande majorité la guerre, et acceptaient l’indépendance et la représentativité du FLN. Parmi le reste on voit que le nationalisme du va-t-en-guerre des sociaux-démocrates français avait bénéficié initialement d’un soutien très large (20). Cette attitude guerrière ne pouvait être utilisée par les partisans de l’Algérie française, que si cette politique ouvrait des perspectives de succès. D’où la réitération constante, à partir de l’été 1957, que la situation militaire s’améliorait, que la France était dans son dernier quart d’heure avant la victoire, et que la rébellion était pratiquement écrasée. Dans son ensemble cette opinion n’a pas réagi à la Révolution algérienne par un volontarisme extrémiste de « sursaut national ». Les institutions républicaines étaient trop appréciées pour donner une chance à ceux qui voulaient supprimer les libertés publiques sous prétexte de gagner la guerre en Algérie contre la subversion.

7.2 Ce refus de l’opinion de l’aventurisme précède le retour du général de Gaulle aux affaires. Il demeurait cependant confus jusqu’à ce qu’un gouvernement français présenta une politique crédible. Le général de Gaulle en tint compte parce qu’il est réaliste, mais il ne créa pas ce courant. Il fit la politique qu’une majorité des Français souhaitait (21). L’évolution ou plutôt les évolutions de l’opinion française sont encore insuffisamment étudiées par l’historiographie française. La vraie contribution du peuple français au dénouement de l’affaire algérienne lui échappe (22).
7.3 Dans les médias, l’image du FLN est politisée constamment. De fellaghas, les nationalistes algériens deviennent des dirigeants politiques, certainement ennemis mais disposant d’une qualité d’interlocuteurs. Les dimensions du problème algérien sont enrichies : aux problèmes économiques s’ajoute le droit à l’identité culturelle qui implique finalement le droit à l’indépendance nationale. Il est fort probable que ces évolutions ne peuvent pas être démontrées seulement à partir de la presse parisienne, mais surtout à partir des grands journaux de province qui doivent tenir compte de la préférence de la majorité de leurs lecteurs. Ce profil de l’opinion était plus prononcé chez ceux qui étaient en bas de la société et notamment chez ceux qui avaient la préférence pour le vote communiste. L’idéologie de l’Algérie française était plus représentée parmi les couches sociales élevées, moins à cause de leur position économique, mais en raison de leur conditionnement idéologique. Les pourcentages favorables à l’Algérie française étaient les plus élevés parmi ceux qui avaient fréquenté le lycée sans avoir obtenu le baccalauréat. Dans cette catégorie, les pourcentages favorables à la guerre d’Algérie sont plus élevés que parmi la catégorie sociale des patrons et cadres supérieurs. L’évolution vers l’acceptation de l’indépendance de l’Algérie est donc due à la destruction de certaines idéologies promues par l’État républicain héritier de la IIIèmeRépublique et son école, il est donc peu surprenant que dans cette évolution d’ensemble des forces politiques nouvelles issues du monde catholique jouèrent un rôle particulièrement important, notamment dans les milieux estudiantin et syndical (23).

7.4 L’évolution de l’opinion par rapport au problème algérien traduit donc une normalisation de la France par rapport à la prétention républicaine d’un rôle spécifique comme porteur d’une mission civilisatrice : la France devenait similaire à d’autres nations. Ceci facilita la transformation de la France impérialiste africaine en un pays moteur de l’unification européenne.
7.5 Cette évolution fondamentale de la France pendant la guerre d’Algérie est mal reflétée par l’historiographie française libérale qui souffre d’un effort de légitimation de la présence française en Algérie en mettant en relief l’importance des occasions perdues à cause de l’obstination raciste de la minorité européenne. C’est ce qui rendit difficile le dialogue avec les Algériens. Les Algériens pourtant ne se rendent pas suffisamment compte que pour tout pays la perte du statut de grande puissance est douloureuse. Malgré la persistance du refus français d’assumer pleinement le rôle destructeur de la puissance coloniale, il faut noter come positif que la France a su résister aux spectres auxquels le Japon et l’Allemagne ont succombé. Pour avoir réussi la transformation sans dérapage majeur, et sans excuser son comportement colonial et guerrier, on peut parler dans ce domaine d’une réussite.

 (1) En plus de tous les récits des dernières années de la IVe République qui contiennent toujours des parties importantes sur la guerre d’Algérie, de même que les narrations du 13 mai 1958, Cointet, M. (1995), De Gaulle et l'Algérie française, 1958-1962, Paris, Perrin ; Droz, B., Lever, É. (1982), Histoire de la guerre d'Algérie 1954-1962, Paris, Seuil ; Le Mire, H. (1982), Histoire militaire de la guerre d'Algérie, Paris, Albin Michel ; Miquel, Pierre (1993), La guerre d'Algérie Paris, Fayard ; Nouschi, A. (1995), L'Algérie amère, 1914-1994, Paris, éd. de la Maison des sciences de l'homme ; Pervillé, G. (2007), La guerre d'Algérie (1954-1962), Paris, Presses Universitaires de France ; Pervillé, G. (2002), Pour une histoire de la guerre d'Algérie Paris, Picard ; Simon, J. (2009), Algérie. L'abandon sans la défaite (1958-1962), Paris, l’Harmattan ; Stora, B. (2001), Histoire de la guerre d'Algérie (1954-1962), Paris, la Découverte ; Thénault, S. (2005), Histoire de la guerre d'indépendance algérienne, Paris, Flammarion ; Tripier, P. (1972), Autopsie de la guerre d’Algérie, Paris, éd. France-Empire.

(2) Parmi les contributions multiples de ces auteurs, je signale surtout : Harbi, M. (1980), Le F.L.N. Mirage et réalité. Des origines à la prise du pouvoir (1945-1962),Paris, éd. Jeune Afrique, 1980 ; Harbi, M. (1981), Les archives de la révolution algérienne, Paris, éd. Jeune Afrique ; Meynier, G. (2002), Histoire intérieure du FLN 1954-1962, Paris, Fayard.

(3) Cf. leurs contributions principales : Branche, R. (2001), La torture et l'Armée pendant la guerre d'Algérie: 1954-1962, Paris, Gallimard ; Thénault, S. (2001), Un drôle de justice: les magistrats dans la guerre d'Algérie, Paris, la Découverte.

(4) Le commentaire de Abel Thomas sur le Général Jacquet : Thomas, A. (1978), Comment Israël fut sauvé. Les secrets de l'expédition de Suez, Paris, Albin Michel, p. 72, et les travaux sur les partis du front républicain en 1955 ; Pervillé, G. « La SFIO, Guy Mollet et l'Algérie de 1945 à 1955 », in Ménager, Bernard, et al., (éds.), Mollet. G. (1987), « Un camarade en République », Lille, Presses Universitaires de Lille, p. 445-462 ; Romo, M. « Le gouvernement Mendès France et le maintien de l'ordre en Algérie en novembre 1954 », in Jauffret, J.-Ch., Vaïsse, M. (éds.), Militaires et guérilla dans la guerre d’Algérie, Bruxelles, Complexe, p. 421-446.

(5) Il n’est donc pas surprenant de trouver à côté de la dénonciation de la torture de nombreux travaux sur les SAS, Bartet, S. (1998), « Aspect de la pacification en Grande Kabylie (1955-1962), les relations entre les sections administratives spécialisées (SAS) et les populations », in Revue française d'histoire d'outre-mer, 85 #319. p. 3-32 ; Eoche-Duval, M. (2007), Madame S.A.S. Femme d'officier en Algérie, Paris ; François-Xavier de Guibert. Lasconjarias (Lieutenant), Jouan (Sous-lieutenant), (2005), « Les Sections administratives Spécialisées en Algérie : Un outil pour la stabilisation », in Cahiers de la recherche doctrinal, n° 500 325/DEF/CDEF/DREX, Paris, Centre de Doctrine d’Emploi des Forces (Ministère de la défense).

(6) Le refus de la torture par certains officiers est donc certes respectable, Jauffret, J.-Ch. (2005), Ces officiers qui ont dit non à la torture, Paris, éd. Autrement, mais insuffisant aussi longtemps qu’il ne conduisit pas au rejet de la guerre elle-même.

(7) Sur cet aspect El Machat, S. (1996), Les Etats-Unis et l'Algérie. De la méconnaissance à la reconnaissance, Paris, l’Harmattan ; Kettle, M. (1993), De Gaulle and Algeria 1940-1960, Londres, Quartet Books ; Vaïsse, M. (1992), « La bataille internationale », in Gervereau, L., Rioux, J.-P., Stora, B. (éds.), La France en guerre d'Algérie : novembre 1954 juillet 1962, Nanterre, Bibliothèque de documentation internationale, 1992, p. 80-85 ; Zingg, P.-J. (1976), “The Cold War in North Africa: American Foreign Policy and Postwar Muslim Nationalism, 1945-1962”, in Historian, 39, 1, p. 40-61 ; Bagnato, B. (2001), « Une solidarité ambigüe : l'OTAN, la France et la guerre d'Algérie », in Revue d'histoire diplomatique, 115, 4, p. 329-350 ; Bozo, F., Melandri, P. (1989), « La France devant l'opinion américaine : le retour de de Gaulle, début 1958- printemps 1959 », in Relations internationales, 58 p. 195-215. Un intérêt particulier était adressé au sénateur Kennedy, Barkaoui, M., (1999), “Kennedy and the Cold War Imbroglio: The Case of Algeria's Independence”, in Arab Studies Quarterly, 21, 2, p. 31-45 ; Lefebvre, Jeffrey A. (1999), “Kennedy's Algerian Dilemma: Containment, Alliance Politics and the Rebel Dialogue”, in Middle Eastern Studies, 35, 2, p. 61-82 ; Romahn, T. (2009), “Colonialism and the Campaign Trail: On Kennedy's Algerian Speech and His Bid for the 1960 Democratic Nomination”, in Journal of Colonialism and Colonial History, 10-2.

(8) Lefeuvre, D. (2008), Pour en finir avec la repentance coloniale, Paris, Flammarion, p. 136. L’auteur utilise des faits correctement rapportés pour des explications plutôt sommaires. Les commentaires de Gallissot, R. (2006), « Libérez l'histoire de la guerre d'indépendance algérienne, des allégeances nationales », in Annuaire de l'Afrique du Nord, p. 506, paraissent pertinents.

(10) C’est surtout le domaine de Sylvie Thénault, Thénault, S. (1997), « Assignation à résidence et justice en Algérie », in Le genre humain, 32, p. 105-119 : Thénault, S. (1996), « Justice et politique en Algérie 1954-1962 », in Droit et société, 34, p. 575-587 ; Thénault, S. (1996), « Les juges et la guerre d'Algérie, une nouvelle affaire Dreyfus? », in Jean Jaurès. Cahiers Trimestriels, 141, p. 59-71. Cf., aussi dans la même direction : Apap, G., Blasi, J., Borra, J., Miquel, R., « Etre magistrat en Algérie », in Le genre humain, 32 (septembre 1997), p. 121-134 ; Blanchard, E., « Police judiciaire et pratique d'exception pendant la guerre d'Algérie », in Branche, R. (2009), (éd.), La guerre d'indépendance des Algériens, 1954-1962, Paris, Perrin, p. 255-272 ; Guéry, Ch. (1997), « Du bon usage de la justice pénale pendant la guerre d'Algérie », in Le genre humain, p. 87-104.

(11) Lefebvre, D. (2001), Guy Mollet face à la torture en Algérie 1956-1957, Paris, Bruno Leprince.

(12) Billard, Th. (1990), « Illusions et incohérences des indépendants », in Rioux, J.-P. éd. La guerre d'Algérie et les Français, Colloque de l'Institut d'histoire du temps présent, Paris, Fayard, p. 218-224.

(13) Sont analysées surtout les formations sociale-démocrates et socialistes qui fondèrent plus tard le PSU : Bourdrel, Ph. (1996), La dernière chance de l'Algérie française : 1956-1958, du gouvernement socialiste au retour de De Gaulle, Paris, Albin Michel ; Duclert, V. (2004), « La deuxième gauche », in Becker, J.-J., Candar, G. (éds.), Histoire de gauches en France (2) : XXe siècle: à l'épreuve de l'histoire, Paris, la Découverte, p. 175-189 ; Genty, J.-R., « L'année du Front républicain : l'opinion publique, l'action gouvernementale et la guerre d'Algérie », in Ménager, B., et al. (éds.), Guy Mollet, Un camarade en République, Lille, Presses Universitaires de Lille, 1987, S. 475-480 ; Heurgon, M. (1994), Histoire du P.S.U., 1: La fondation et la guerre d'Algérie, 1958-1962, Paris, la Découverte ; Maquin, E. (1990), Le Parti socialiste et la guerre d'Algérie. La fin de la vieille maison (1954-1958), Paris, l’Harmattan ; Nania, G. (1966), Un parti pour la gauche Le PSU, Paris, Gedalge ; Stora, B. (1990), « La gauche et les minorités anticoloniales françaises devant les divisions du nationalisme algérien (1954-1958) », in, Rioux, J.-P. (éd.), La guerre d'Algérie et les Français, Colloque de l'Institut d'histoire du temps présent, Paris, Fayard, p. 63-78 ; Thielbault, J.-L., « Le gouvernement Guy Mollet - 1er février 1956 à 21 mai 1957 », in Ménager, B., et al. (éds.), Guy Mollet, Un camarade en République, Lille, Presses Universitaires de Lille, 1987, p. 299-312.

(14) Berstein, S. (2004), « Les radicaux », in Becker, J.-J., Candar, G. (éds.), Histoire de gauches en France (2) : XXe siècle: à l'épreuve de l'histoire, Paris, la Découverte, p. 9-26 ; Romo-Navarette, M. (2003), « Militants, dirigeants et élus radicaux en guerre d'Algérie (1954-1958) », in Jauffret, J.-Ch. (éds.), Des hommes et des femmes en guerre d'Algérie, Paris, Autrement, p. 194-209.

(15) Argoud, A. (1990), La décadence, l'imposture et la tragédie, Paris, Fayard, p. 279.

(16) Maillard, P. (1990), De Gaulle et l'Allemagne. Le rêve inachevé, Paris, Plon, p. 31.

(17) Michelat, G., Thomas, J.-P. (1966), « Dimensions du nationalisme », in Cahiers de la Fondation nationale des sciences politiques 143, Paris, Armand Colin.

(18) Fischer, D. (2000), L'histoire des étudiants en France de 1945 à nos jours, Paris, Flammarion. Fourniére, M.-D.-L. (1990), « Les étudiants face à la guerre (1954-1957) », in Rioux, J.-P. (éd.), « La guerre d'Algérie et les Français », Colloque de l'Institut d'histoire du temps présent, Paris, Fayard, p. 99-108 ; Monchablon, A. (1991), « Syndicalisme étudiant et génération algérienne », in Rioux, J.-P., Sirinelli, J.-F. (éds.), La guerre d'Algérie et les intellectuels français, Bruxelles, éd. Complexe, p. 175-190 ; Monchablon, A. (1983), Hístoire de l'UNEF de 1956 à 1968, Paris, Presses Universitaires de France.

(19) Ageron, Ch.-R., « L'opinion française à travers les sondages », in Rioux, J.-P. éd., « La guerre d'Algérie et les Français », Colloque de l'Institut d'histoire du temps présent, Paris, Fayard, 1990, p. 25-44 ; Rioux, J.-P. (1992), « Une guerre trouble-fête », in Gervereau, L., Rioux, J.-P., Stora, B. (éds.), La France en guerre d'Algérie : novembre 1954- juillet 1962, Paris, BDIC, p. 146-150 ; Winock, M., Azéma, J.-P. (1990), « Pacifisme et attentisme », in Rioux, J.-P. (éd.), « La guerre d'Algérie et les Français », Colloque de l'Institut d'histoire du temps présent, Paris, Fayard, p. 15-24. Les rapports des préfets donnent une image pareille, Buton, Ph. (1999), « L'opinion publique en 1958 selon les rapports des préfets », in Bélaval, Ph., Foyer, J., Meyer J., L'avènement de la Ve République, Paris, Armand, Colin, p. 203-218.

(20) J’ai donné de premiers éléments dans, Elsenhans, H. (2015), Echec français : la France en guerre en Algérie, Alger, Casbah, sous presse ; Elsenhans, H. (2006), « Les transformations de la solution intermédiaire (1954-1962) ». Colloque: « Pour une histoire critique et citoyenne. Le cas de l’histoire franco-algérienne », juin, Lyon, p. 51-52 ; Elsenhans, H. (2012), « Illusions françaises dans la guerre d'Algérie et nostalgies d'antan dans son historiographie versus structures de décolonisation inévitables ». Séminaire Algérie 50 ans après : Libérer l'histoire, Alger, Centre National de Recherches Préhistoriques, Anthropologiques et Historiques. Je compte publier l’ensemble des données en ma possession, car il parait que la plupart des sondages soient perdus.

(21) Ageron, art.cit., note 19, p. 41.

(22) J’ai donné des grandes lignes de la recherche sur cette évolution dans Elsenhans, H. (2011), « Réalisme au ralenti? La guerre d'Algérie et l'évolution de l'opinion publique française, 1955-1960 », in Cahier d'Histoire Immédiate, 40, automne, p. 35-51. Un exemple de l’application de mon concept de grille d’interprétation, Chaballier, J. (2012), Analyse du regard de trois quotidiens français sur l'Algérie, Montréal, Université de Montréal.

(23) Geoffrey, A. (1998), the Call of Conscience. French Protestant Responses to the Algerian War, 1954-1962 Waterloo, Canada: Wilfried Laurier University Press ; Etienne, B. (1988), « La gauche chrétienne et la guerre d'Algérie », in Bédarida, F., Fouilloux, E. (éds.), « La guerre d'Algérie et les chrétiens », in Cahiers de l'IHTP 9, Paris, p. 89-104. Bolle, P. (1988), « Le protestantisme français et la guerre d'Algérie », in Bédarida, F.; Fouilloux, E. (éds.), « La guerre d'Algérie et les chrétiens », in Cahiers de l'IHTP 9, Paris, p. 47-60. Branciard, M. (1964), Un syndicat face à la guerre, Paris, Syros ; Branciard, M. (1988), « Le syndicalisme chrétien et la guerre d'Algérie », in Bédarida, F., Fouilloux, E. (éds.), « La guerre d'Algérie et les chrétiens », in Cahiers de l'IHTP 9, Paris, p. 105-120 ; Chapeu, S. (1996), Trois prêtres et un pasteur dans la guerre d'Algérie. Sources et travaux d'histoire immédiate 5, Toulouse: Groupe de recherche en histoire immédiate ; Chapeu, S. (2004), « Des chrétiens dans la guerre d'Algérie. L'action de la mission de France, Paris, éditions ouvrières ; Fouilloux, É. (1988), « Intellectuels catholiques et guerre d'Algérie (1954-1962) », in Rioux, J.-P.; Sirinelli, J.-F. (éds.), La guerre d'Algérie et les intellectuels français, Paris, p. 79-114 ; Mayeur, J.-M. (1988), « Les évêques et la guerre d'Algérie », in Bédarida, F., Fouilloux, E. (éds.), La guerre d'Algérie et les chrétiens. Cahiers de l'IHTP 9, Paris, p. 39-46 ; Nozière, A. (2001), Algérie: Les Chrétiens dans la guerre, Paris, Cana ; Quemeneur, T. (2012), « Les oppositions françaises à la guerre d'indépendance », in Bouchène, A., Peyroulou, J.-P., Tengour Siari, O., Thénault, S. (éds.), Histoire de l'Algérie à la période coloniale, Paris, la Découverte, p. 595-601 ; Toupin-Guyot, C. (2002), Les intellectuels catholiques dans la société française. Le Centre Catholique des Intellectuels Français (1941-1976), Rennes, Presses Universitaires de Rennes.

 


 

X

    Article (3/15)

Comite de la préparation du déclanchement de l’insurrection du 1er Novembre 1954 groupe d’Alger

Proposé par Djaffer LAMANI (Ancien Moudjahed)

 


 

Bouadjadj Zoubir, Belouzdad Othmane, Kaci-Abdallah Abderahmane.
Kaci-Abdallah Mokhtar, Merzougui Mohamed, Bisker Sid-Ahmed.
Nabti Sadek.

Charger de l’Attentat contre la radio d’Alger Rue Hoche :
Responsables : Merzougui Mohamed, Abassi Madani.
Membres du Groupe. Toudjine Abderahmane, Chaal Abderahmane, Adim Ahmed, Djefafla Mohamed, Boutouche Omar, Belamine Abderahmane.

Charger de l’Attentat contre l’usine de liège d’Hussein Dey :
Responsable : Nabti Sadek.
Membre du Groupe : Bouraba Aissa.

Charger de l’Attentat contre les pétroles Mory près de la centrale électrique :
Responsable :Belouzdad Othmane.
Membres du Groupe : Herti Djillali, Benslimane Youcef, Benguesmia Mouloud.

Charger de l’Attentat Contre l’Usine a Gaz d’Alger :
Responsables : Kaci-Abdallah Abderrahmane, Kaci-Abdallah Mokhtar.
Membres du Groupe : El Hedjim Kaddour, Djallal Omar, Guemia Abdelkader, Sekat Abdelkader, Sekat Brahim.

Charger de l’Attentat contre la centrale Téléphonique :
Responsable : Biskcer Ahmed.
Membres du Groupe : Braka Abdelmadjid, Bennai Mohamed, Guermat.

Bouadjadj Zoubir, Coordinateur des groupes d’Alger, était avec Souidani Boudjemaa et Ahmed Bouchaib les Adjoints de Rabah Bitat,
Responsable de la Zone 4, devenue par la suite la Wilaya 4.

 


 

X

    Article (4/15)

Parti du peuple algérien

Proposé par Djaffer LAMANI (Ancien Moudjahed)

 


 

Le Parti du Peuple Algérien (ou PPA) a été fondé le 11 mars 1937 par Messali Hadj en France. Après l'interdiction de l'Étoile nord-africaine (ENA). Ce nouveau parti a maintenu la direction, les structures et les objectifs de l'ENA.
L'Étoile nord-africaine venait d'être interdite — sous le Front populaire au pouvoir à l'époque — parce qu’elle était considérée comme une menace pour l'autorité de l'État.

En 1938, le PPA se positionne en faveur de l'émancipation du peuple algérien. Être algérien et sympathisant du PPA, c'est avant tout revendiquer sa différence. Pas question d'assimilation, ni d'intégration. Le Parti du Peuple Algérien (ou PPA) a été fondé le 11 mars 1937 par Messali Hadj en France. Après l'interdiction de l'Étoile nord-africaine (ENA) par le Front populaire au pouvoir à l'époque, pour le motif qu'elle était une menace pour l'autorité de l'État. Ce nouveau parti a maintenu la direction, les structures et les objectifs de l'ENA.

Le 27 octobre 1938, quatre dirigeants du PPA furent arrêtés sous l'inculpation de «menées antifrançaises» et pour reconstitution de ligue dissoute.

Le 2 novembre 1937 à Alger, commence le procès de quatre dirigeants du PPA pour avoir reconstitué une association dissoute en janvier 1937, et pour atteinte à la souveraineté française.

A l'occasion de son procès, Messali lit un texte, — qui selon Le Populaire : journal-revue hebdomadaire de propagande socialiste et internationaliste — précise :

« Notre principale revendication politique est la création d'un parlement algérien, mais non pas sur le modèle de celui qui existe déjà sous la forme de délégations financières et qui constitue un parlement antidémocratique. Nous demandons sa transformation en assemblée algérienne élue au suffrage universel sans distinction de race ni de religion. La France ne doit pas ignorer la véritable situation des Nord-Africains, devant les promesses que le fascisme fait miroiter à leurs yeux. La France du « Front Populaire » va-t-elle s'obstiner à maintenir sa politique actuelle ? Laissera-t-elle le Code de l'indigénat et les lois d’exception continuer à servir contre les autochtones ? Refusera-t-elle toujours les libertés démocratiques au peuple algérien ? Nous n'avons aucun goût ni pour le fascisme ni pour l'impérialisme, mais aimons la liberté, la démocratie et repoussons de toutes nos forces toutes servitudes et toutes pressions. »

Pour Messali, l’Étoile nord-africaine se distingue du PPA par sa demande d'indépendance totale de l'Algérie, alors que le parti du « Peuple algérien » demande l'émancipation du peuple algérien avec la reconnaissance de la souveraineté française. A l'accusation d'anti-France, Messali se positionne avec ces paroles:

« Est-ce être anti-français que de demander un Parlement algérien ? Est-ce être anti-français que de demander la même indépendance pour l'Algérie ? Sommes-nous ici chez nous, en Algérie ? Nous travaillons pour notre liberté, avec l'aide de la France. Nous avons notre civilisation, notre religion et nous avons tout pour être un peuple. Nous voulons voir ce pays libre, indépendant, avec le secours de la France. Alors la France pourra compter sur nous et sur l'Islam tout entier. »

En mars 1938, le nombre de leaders du PPA arrêtés est de 10. Accusé de collusion avec l'Allemagne hitlérienne, le PPA fut interdit à son tour en septembre 1939 et vingt-huit de ses responsables arrêtés le 4 octobre. Il restera constitué dans la clandestinité, étant réactivé en 1940 à la suite de la défaite de juin 1940.

Le 1er mai 1945, le PPA interdit a fait défiler 20 000 manifestants "indigènes" à Alger. Le parti subit la répression qui suivra le massacre de Sétif en 1945. En 1946, Messali Hadj fut libéré. Il créa le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) dont la fonction fut d’assurer une existence légale au PPA.

 


 

X

    Article (5/15)

Gouvernement provisoire de la République algérienne

Proposé par Djaffer LAMANI (Ancien Moudjahed)

 


 

Le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), (en arabe: الحكومة المؤقتة للجمهورية الجزائرية), est le bras
politique et gouvernemental du Front de libération nationale (FLN) durant la guerre d’indépendance de l’Algérie. Le GPRA a négocié les accords de paix (accords d'Évian) avec la France en 1962.


Histoire.

Le Comité de coordination et d'exécution, créé par le congrès de la Soummam du 20 août 1956, est le premier organe exécutif de la révolution algérienne, précurseur du Gouvernement provisoire de la République algérienne. Il est politiquement responsable devant le Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA), qui constitue un embryon de parlement dont les membres sont désignés par cooptation, faute de pouvoir organiser des élections en raison de l'état de guerre en Algérie.
Le 27 juin 1957, le CNRA vote une résolution donnant délégation au CCE pour former un gouvernement provisoire algérien, afin de parachever la mise en place des institutions de la « Révolution » et la reconstruction d'un État algérien moderne. Lors de sa réunion du 22 au 28 août 1958 au Caire, il charge le CCE d'annoncer la création du « Gouvernement provisoire de la République algérienne » (GPRA).
Annonce de la constitution du GPRA dans El Moudjahid du 19 septembre 1958.
L'annonce officielle a lieu le 19 septembre 1958 au Caire. Le même jour, le président du GPRA, Ferhat Abbas, fait sa première déclaration publique, définissant les circonstances de la naissance de ce gouvernement et les objectifs qu'il doit atteindre.
Cet événement met les autorités françaises, qui prétendaient ne pas avoir d'interlocuteur pour négocier, devant le fait accompli.
Entre 1958 et 1962, il y eut trois formations du Gouvernement provisoire de la République algérienne. Composition des gouvernements :

Premier gouvernement (19 septembre 1958 - 18 janvier 1960 était composé de :

Président du GPRA : Ferhat Abbas.
Vice-président, Ministre des forces armées : Krim Belkacem.
Vice-président, Ministre d'État : Ahmed Ben Bella.
Ministre d'État : Hocine Aït Ahmed.
Ministre d'État : Mohamed Boudiaf.
Ministre d'État : Mohamed Khider.
Ministre d'État : Rabah Bitat.
Ministre des Affaires extérieures : Mohamed Lamine Debaghine.
Ministre de l'Armement et du Ravitaillement : Mahmoud Cherif.
Ministre de l'Intérieur : Lakhdar Bentobal.
Ministre des Liaisons générales et Communications : Abdelhafid Boussouf.
Ministre des Affaires nord-africaines : Abdelhamid Mehri.
Ministre des Affaires économiques et des Finances : Ahmed Francis.
Ministre de l'Information : M'Hamed Yazid.
Ministre des Affaires sociales : Benyoucef Benkhedda.
Ministre des Affaires culturelles : Ahmed Taoufik El Madani.
Secrétaire d'État : Lamine Khene.
Secrétaire d'État : Omar Oussedik.
Secrétaire d'État : Mostefa Stambouli.


Deuxième gouvernement (18 janvier 1960 - 9 août 1961).

Président du GPRA : Ferhat Abbas.
Vice-président, ministre des Affaires étrangères : Krim Belkacem.
Vice-président, ministre d'État : Ahmed Ben Bella.
Ministre d'État : Hocine Aït Ahmed.
Ministre d'État : Mohamed Boudiaf.
Ministre d'État : Mohamed Khider.
Ministre d'État : Rabah Bitat.
Ministre d'État : Saïd Mohammedi.
Ministre des Affaires sociales : Abdelhamid Mehri.
Ministre de l'Intérieur : Lakhdar Bentobal.
Ministre des Liaisons générales et Communications : Abdelhafid Boussouf.
Ministre des Affaires économiques et des Finances : Ahmed Francis.
Ministre de l'Information : M'Hamed Yazid.


Troisième gouvernement (9 août 1961 - 27 septembre 1962.

Président du GPRA : Benyoucef Benkhedda.
Vice-président, ministre de l'Intérieur : Krim Belkacem.
Vice-président, ministre d'État : Ahmed Ben Bella.
Vice-président, ministre d'État : Mohamed Boudiaf.
Ministre d'État : Hocine Aït Ahmed.
Ministre d'État : Mohamed Khider.
Ministre d'État : Rabah Bitat.
Ministre d'État : Saïd Mohammedi.
Ministre d'État : Lakhdar Bentobal.
Ministre des Affaires étrangères : Saâd Dahlab.
Ministre des Liaisons générales et Communications : Abdelhafid Boussouf.
Ministre de l'Information : M'Hamed Yazid

 


 

X

    Article (6/15)

Bataille d’Alger de 1957 : les disparues

Proposé par Djaffer LAMANI (Ancien Moudjahed)

 


 

De Gaulle et le 8 mai 1945 - Roger Benmebarek- 9 mars 2012 2 De nombreux travaux évoquent les événements de Sétif du 8 mai 1945. Il reste pourtant soixante sept ans après, à en établir les vraies causes, le déroulement exact, le vrai bilan des pertes humaines et bien sûr, leur rôle dans l’évolution de la relation France Algérie. Ce n’est cependant pas l’objet de cette table ronde qui se borne à cerner la manière dont le général de Gaulle y fut confronté. Peu de documents impliquent directement le général de Gaulle dans les événements du 8 mai 1945 à Sétif : un télégramme d’une part ; la mention d’autre part, que lui-même en a portée 14 ans après, dans ses Mémoires de guerre. Le télégramme émane du ministre de l’Intérieur, Adrien Tixier, adressé au gouverneur général de l’Algérie, Yves Chataigneau1. La phrase, extraite du tome 3 des Mémoires de guerre, paru en 1959, est la suivante : « En Algérie, un commencement d’insurrection, survenu dans le Constantinois et synchronisé avec les émeutes syriennes du mois de mai, a été étouffé par le gouverneur général Chataigneau ».

C’est en partant de ces deux écrits que nous devons reconstituer la confrontation du général de Gaulle aux événements de Sétif et vérifier sa pensée vis-à-vis de l’Algérie. Le télégramme du 11 mai 3 Le message daté du 11 mai 1945, transmet aux familles des victimes de l’agression de Sétif la sympathie du général de Gaulle. Il affirme la volonté de la France de ne laisser porter aucune atteinte à sa souveraineté sur l’Algérie, annonce l’envoi des renforts militaires nécessaires pour faire respecter l’ordre public et maintenir l’autorité française. Il ordonne de réprimer tous agissements antifrançais d’une minorité d’agitateurs et affirme enfin que la France garde sa confiance à la masse des Français musulmans d’Algérie. La date d’envoi du message gouvernemental, à 12 h 30, le 11 mai, est à souligner. Il est adressé alors que les obsèques des victimes, se sont déroulées la veille, le 10 au matin, à Sétif, en présence du gouverneur général et d’une foule européenne houleuse manifestant sa colère. Après Périgotville (Aïn el Kebira), le 8 au soir et Kerrata (Kherrata) le 9 au matin, le village de Chevreul (Arbaoun) a été dégagé, mais le 10 seulement, et les dépouilles des représentants de l’État, administrateurs à Périgotville, siège de la commune mixte de Takitount, enlevés le 8 mai après midi sur la route - dont la mort avait cependant été annoncée par les émeutiers pour inciter à la révolte - ne sont retrouvées que le 11 dans la matinée.

Les auteurs du télégramme l’ignoraient donc, tout comme l’ampleur des troubles et le nombre des victimes encore incertain ou pas totalement connu. Le premier communiqué de presse du ministère de l’Intérieur ne sortira d’ailleurs que le 14 et la presse n’évoquera les faits qu’à partir du 15 mai, censure oblige, l’état de siège n’étant pas encore levé. Mais l’importance accordée aux événements est plus encore à remarquer. Elle élargit le sens du message et donne une autre portée aux événements. On note l’instruction d’affirmer publiquement la volonté du gouvernement - le message sera lu le lendemain par le gouverneur lui-même devant les Délégations financières à Alger, tribune la plus solennelle - et l’exégèse attentive du texte fait observer qu’adressé aux victimes et aux responsables de l’ordre, il est surtout destiné à l’opinion internationale ; il sonne comme un avertissement. 1 Yves Chataigneau, diplomate, fut délégué de la France au Levant de 1943 à 1944, puis gouverneur général de l'Algérie, du 8 septembre 1944 au 11 février 1948. 2 Mémoires de guerre. Le salut. Éditions Pocket 2010 p.319 3 Texte en annexe 1. De Gaulle et le 8 mai 1945 - Roger Benmebarek- 9 mars 2012 3 Outre l’affirmation publique de la volonté de la France victorieuse - remarquons ce dernier mot - soulignons : ne laisser porter atteinte à la souveraineté de la France sur l’Algérie.

Un pays du camp des vainqueurs ne tolère pas la mise en cause de son intégrité territoriale et de sa souveraineté. Ce sont des termes du droit international. Le message est incontestablement dirigé vers l’extérieur. Notons : Des renforts militaires, non pas de police ; l’événement est un casus belli et non un trouble intérieur ; c’est une riposte armée qui convient. Agissements antifrançais, une minorité d’agitateurs. Il ne s’agit pas d’un soulèvement populaire, on dénonce une action subversive, un complot, Confiance est réaffirmée en la masse des Français musulmans : La masse est exonérée de tout soupçon et du même coup la politique musulmane entreprise par le gouvernement provisoire - la politique intérieure française - se trouve réaffirmée et hors du champ d’intervention de l’étranger ; il s’agit principalement de l’ordonnance du 7 mars 1944. Observons que l’appellation « Français musulmans » applique l’instruction toute récente, du 18 mars 1945, du gouverneur général Chataigneau bannissant l’usage du terme « indigènes ». La France donc, pas plus quelle ne tolère une agression extérieure, n’entend admettre une immixtion dans sa politique intérieure et à cet égard, il est opportunément rappelé que les musulmans d’Algérie sont des Français.

Le texte est sans doute le fruit d’une concertation entre le cabinet du Général , le ministre de l’Intérieur Adrien Tixier et Yves Chataigneau et leurs cabinets. Il n’est pas signé du général, mais adressé au nom du chef du gouvernement ; compte tenu de sa portée, il ne peut qu’avoir reçu l’aval du général. Une agression inspirée par l’étranger Pour comprendre la portée internationale du message, il faut imaginer cette journée du 8 mai 1945 à Paris, chômée pour fêter la victoire, où parviennent au même moment dans l’après midi, les nouvelles d’Alger et du Levant. La biographie chronologique publiée par l’Institut Charles de Gaulle indique à cette date : « Avec la complicité des autorités britanniques, manifestations antifrançaises à Beyrouth, Alep, Homs, Hama et Damas ». Selon les Mémoires de Guerre, la complicité britannique ne fait aucun doute pour le général. Comment dès lors ne pas présumer un amalgame entre nouvelles de Syrie et nouvelles venues d’Alger ? Comment ne pas supposer qu’elles furent reçues et traitées de même manière, malgré un contexte différent, par des hommes particulièrement attentifs aux événements du Levant ? Ne négligeons pas le fait que de Gaulle, Yves Chataigneau, le directeur de cabinet de celui-ci, Paul Alduy5 , comme le général Catroux,6 y sont passés. Il est vraisemblable aussi que les événements de Sétif ont été mis en balance pour décider de la réaction française aux événements du Levant et inversement et quant aux moyens, de la capacité de la France d’envoyer des renforts sur ces territoires.

Il reste que cette hypothèse d’une synchronisation, retenue à l’époque par le gouvernement ne pouvait qu’être partagée par cette étonnante conjonction d’hommes au récent passé commun au Levant. En 1959, elle n’aura toujours pas quitté l’esprit du Général ; pour lui, l’agression du 8 mai venait de l’extérieur, notamment des britanniques. 4 Le directeur du cabinet du chef du gouvernement est Gaston Palewski, diplomate, Français libre. 5 Paul Alduy diplomate et préfet, qui fut chef du cabinet politique du délégué de la France au Levant, était directeur du cabinet civil et diplomatique d'Yves Chataigneau à Alger. Il sera sénateur-maire de Perpignan. 6 Le général Georges Catroux, ancien Ht-commissaire au Levant, nommé par de Gaulle, fut gouverneur général de l’Algérie en 1943-1944, et ministre de l’Afrique du nord du gouvernement provisoire en 1945. De Gaulle et le 8 mai 1945 - Roger Benmebarek- 9 mars 2012. Pourtant jusqu’à ce jour, aucune enquête, aucune recherche d’historien, n’ont établi une collusion significative entre agents britanniques et les troubles de Sétif, même si la circulation d’officiers anglais à Kerrata, le 9 mai, en plein drame, parut anormale - l’enquête était encore menée plusieurs mois après - et s’il est certain que des armes furent acquises de soldats anglo-américains - ce marché parallèle était florissant en Algérie après 1942 - et transportés à dos de mulets dans le massif des Babors, au nord de Sétif, rien ne permet d’établir l’ingérence ou la complicité, à Sétif, des alliés de la France, hormis la réputation anticoloniale de Roosevelt,. L’interprétation du Général étant ce qu’elle est, il faut la constater.

Pour autant, on ne peut arrêter là l’analyse de sa confrontation au drame du 8 mai. Si les événements de Sétif ont eu une origine autre que l’agissement de l’étranger, comment le Général y fut-il lié ? La décision d’éloigner Messali Hadj. 7 Une première cause saute aux yeux, à l’évidence : l’éloignement le 28 avril vers Brazzaville, du leader Messali Hadj, dont les manifestants du 8 mai à Sétif, réclamèrent à grands cris la libération ; cette décision émanait du général de Gaulle. Il faut donc remonter à l’incident qui s’est déroulé le 18 avril 1945 à Reibell-Chellala, chef-lieu d’une commune mixte du Sersou, à 200 kms au sud d’Alger. Le leader nationaliste, président de l’ex-Parti Populaire Algérien interdit, y était assigné à résidence forcée depuis 1943. Nombre d’historiens présentent l’affaire comme le prélude des événements du 8 mai 1945, mais ne l’interprétant pas de la même manière, des ambiguïtés subsistent sans diminuer l’importance du fait. En bref, le 18 avril 1945, lors de la conférence annuelle de l’achaba, 8 en présence du Préfet d’Alger, Louis Périllier, la notification d’un arrêté d’internement à quatre proches de Messali, tourne court. Les assignés prennent la fuite à la barbe des gendarmes, au milieu d’une foule complice. Trois jours après, le 21 avril, Messali est conduit à El Goléa, au sud de Ghardaïa et le 28, transféré à Brazzaville. Sans revenir sur le déroulement des faits diversement rapportés, on les retient comme un camouflet pour le préfet, s’étonnant toutefois que le secrétaire général l’accompagnant ait été chargé de procéder lui-même à l’arrestation. Pourquoi procéder à une arrestation ce jour là, sans discrétion possible, alors que l’ordre d’internement avait été signé dès le 8 avril. Il faudrait encore établir le lien éventuel de l’incident avec l’éloignement de Messali le 28 avril. S’agissait-il d’une maladresse du Préfet ou d’une manœuvre pour procurer un prétexte recherché pour faire décider par Paris, l’éloignement du leader nationaliste ? Messali était devenu vraiment encombrant depuis qu’à Alger, en mars, le congrès des AML (Amis du Manifeste et de la Liberté) l’avait proclamé « chef incontesté du peuple algérien » au plus grand dam du président des AML, Ferhat Abbas.

Cette proclamation non prévue par les organisateurs du Congrès, devait beaucoup à Saad Dalhab, proche de Messali, celui-là même que justement, on voulut arrêter à Reibell-Chellala. L’intervention en personne d’un secrétaire général s’explique aussi, quand on sait que celui-ci était François Rey, ancien sous-préfet de Sétif, ami ouvertement affiché de Ferhat Abbas. Comment ne pas penser que cette procédure d’arrestation exorbitante des usages administratifs visait à plaire à Ferhat Abbas, sinon suivre une suggestion de sa part ? Abbas en 1945, était courtisé par 7 Lettres du 22 avril 1945 du ministre de l’Intérieur (CAOM 81 F866) et du 26 avril 1945 du gouverneur général, adressées nommément au Général de Gaulle. 8 Achaba, migration des nomades et troupeaux du sud vers les hauts plateaux du nord. Une conférence intercommunale et inter administrative en réglait annuellement les modalités : parcours, lieux et conditions de pacage des troupeaux. De Gaulle et le 8 mai 1945 - Roger Benmebarek- 9 mars 2012 5 l’Administration algéroise, au plus grand dépit des administrateurs civils locaux, voire d’élus européens de Sétif. Abbas disait qu’on le craignait ; il aimait s’en vanter. En avril 1945, se manifestaient en Algérie deux courants nationalistes, l’ex-PPA de Messali et les Amis du Manifeste de Ferhat Abbas, les AML. L’audition des deux leaders au début de 1944, par une Commission des réformes présidée par le général Catroux, laissait penser qu’on prenait avec eux, le chemin du dialogue, mais il est vraisemblable que le « bourgeois » Abbas, autonomiste, effrayait moins le Gouvernement général, dont Augustin Berque, l’incontournable directeur des affaires musulmanes de 1941 à 1946 et même Chataigneau, que le « prolétaire » Messali, résolument séparatiste.

Avoir deux fers au feu était de bonne stratégie ; les utiliser l’un contre l’autre n’était-ce pas mieux ? La tentative d’arrestation avortée de Chellala a pu être une phase de ce jeu de l’Administration entre les deux courants. Plus étonnante est l’ampleur prise à Paris, au sommet de l’État, par l’affaire de Reibell-Chellala et cela nous ramène à notre sujet, le général de Gaulle. Adrien Tixier, ministre de l’Intérieur et le gouverneur Chataigneau, présent dans la capitale précisément, pour y évoquer le cas Messali, en font rapport le 22 avril, puis le 26 avril, au général de Gaulle ; ils dénoncent de manière tout à fait inhabituelle, en forme de vrai réquisitoire, le faux-pas du préfet Périllier et l’engagement de sa responsabilité9 dans cette atteinte au prestige de la France. Ils proposent le transfert de Messali à Brazzaville. Il ne fait pas de doute que l’éloignement du leader nationaliste a bien été soumis au général de Gaulle et finalement décidé par lui. Anne Rey-Goldzeiguer, Bertrand Haberbrusch, Jean-Louis Planche, voire JeanPierre. Peyroulou, divergent sur l’interprétation de l’incident de Reibell-Chellala, surtout avec le récit qu’en fait Jean Coutelen, administrateur adjoint présent sur les lieux. A.R-G y voit même la marque d’un complot du secrétaire général de l’Algérie, P-J Gazagne, dirigé contre la mollesse du gouverneur et du gouvernement ; le recoupement des archives ne permet pas de le penser. Mais maladresse ou manœuvre ou règlement de comptes entre préfets, toujours est-il qu’invoquant l’atteinte à l’autorité de l’État, on a obtenu du général de Gaulle la mesure d’éloignement souhaitée. Elle fut effective le 28 avril. Le 1er mai et le 8 mai, la libération de Messali servit de cri de ralliement. Elle fut scandée par la foule à Alger, Oran, Bône, Sétif et dans d’autres villes.

Les incidents de Sétif paraissent donc s’inscrire comme la suite de la décision du Général de Gaulle d’éloigner le leader PPA. Mais en étaient-ils vraiment la conséquence ? L’éloignement du leader ne serait qu’une cause apparente, car si le défilé s’est partout déroulé aux cris de « Libérez Messali » 10, pourquoi la violence ne fit-elle rage qu’à Sétif et comment expliquer la particulière sauvagerie dans les rues de la ville et dans les campagnes du nord de Sétif, des meurtres de 102 européens ? On sait que ces violences ont surpris l’état-major de l’ex-PPA lui-même qui, craignant de se voir dépassé, a lancé le 11 seulement, un mot d’ordre d’insurrection, pour le rapporter d’ailleurs presqu’aussitôt. Une autre version de la genèse de la décision du gouvernement d’éloigner Messali a donc ma préférence. 9 De fait, le préfet Perillier, futur résident à Tunis, poursuivra une brillante carrière préfectorale et politique. 10 http://www.mostefai.net/verite3.html S’il est établi aujourd’hui grâce à Chewki Mostefaï, ancien représentant du FLN à l’Exécutif provisoire en 1962, que c’est bien le Bureau de l’ex PPA à Alger, qui a décidé de manifester le 1er et le 8 mai 1945 et lors des défilés, d’y brandir le drapeau de l’ancienne Etoile Nord Africaine, ancêtre du PPA, mais en y proscrivant toutes armes, on en conclut que les débordements du défilé de Sétif et les tueries du nord de cette ville n’ont nullement été prévues par le parti nationaliste.

Des tueurs ont donc agi sans ordre, en marge des manifestations et hors de son contrôle. Organisés, puisqu’ils s’y sont préparés en forgeant des armes la veille, qui les menait ? Cela reste encore à préciser aujourd’hui. De Gaulle et le 8 mai 1945 - Roger Benmebarek- 9 mars 2012 6 La consultation approfondie des archives et les recherches que je mène actuellement dans le cadre d’une thèse à Paris IV, recentrent l’attention sur d’autres faits survenus dans la région nord de Sétif avant ce 8 mai tragique et le jour même. Elles me font conclure que l’éloignement de Messali et les violences de Sétif se rattachent à d’autres raisons. D’autres raisons justifiaient l’éloignement de Messali. D’abord, lors de réunions tenues à Constantine, le 14 avril 1945, il fut question de Messali et une information des renseignements généraux en date du 15 avril, remontée à Paris, était si alarmante qu’elle ne pouvait rester sans suite. Elle révélait un plan d’insurrection en Algérie, détaillé et précis, lié à la toute proche conférence des Nattions Unies de San Francisco. Tenues en marge de la commémoration de la disparition de Ben Badis, fondateur des Oulemas, ces réunions ont élaboré le projet de faire libérer Messali et plus encore. La convocation à Constantine du président de la section AML de Périgotville, un centre du nord de Sétif, modeste tailleur qui n’hésita pas à braver le refus de sauf-conduit que lui opposa l’administrateur (celui-là même qui fut victime du guet apens le 8 mai), autorise à penser qu’il s’agissait avec lui d’installer Messali à la ferme Maïza, à 6 kilomètres de Périgotville. Dans cette localité, les bâtiments officiels furent étonnamment préservés lors des troubles du 8 mai - j’en ai fait personnellement le constat - voire protégés par les émeutiers.

C’est dans le massif des Babors qui l’entoure, que devait être proclamé un gouvernement que les Nations Unies auraient reconnu comme l’amorce d’un État algérien. Des réunions à Périgotville en avril 1945, le stockage d’armes dans la montagne et des complicités avérées dans le personnel de la commune mixte, suggèrent un complot. Ajoutons pour étayer cette thèse, le fait aujourd’hui avéré, confirmé par Roger Vétillard12, qu’à Sétif, le 8 mai 1945, les premiers crimes furent commis avant même le départ du défilé qui réclamait la libération de Messali. Dans ce but, des armes furent forgées la veille, par un forgeron du parc aux bestiaux de Sétif ; ceci veut dire que le complot fut préparé indépendamment de la manifestation populaire ; la dérive de celle-ci ne fut qu’en apparence, provoquée par l’éloignement du leader. La mesure d’éloignement répondait à une menace précise d’insurrection qui devait commencer ce jour là, le 8 mai, à Périgotville. Mohamed Harbi, Guy Pervillé, Anne Rey-Goldzeiguer, Benjamin Stora qui les premiers, évoquèrent l’évasion de Messali et son installation à la ferme Maïza, ont eu tort de ne pas aller plus loin dans leurs investigations. Ces faits expliquent la brusque décision du gouvernement du général de Gaulle, de neutraliser au plus vite Messali, de l’éloigner quel que soit le risque de trouble de l’ordre public. Implication du général de Gaulle dans les événements du 8 mai 1945. Si la décision du général de Gaulle d’éloigner le leader répondait à la crainte d’une insurrection - répétons que lui-même n’a pas lié directement les violences du 8 mai à sa décision, y ayant toujours vu la main de l’étranger - on ne saurait affirmer, que l’attention qu’il porta sur ces événements et leur déroulement, lui permit une connaissance vraiment précise des opérations de maintien de l’ordre.

Le Général n’en connut que la synthèse que lui en faisaient son ministre de l’Intérieur et le gouverneur général. Sur les points forts portés à sa connaissance, il a sûrement exercé son autorité, notamment : 11 Déposition devant un OPJ, le commissaire Vernet, du secrétaire de la section AML de Périgotville. 12Sétif, Mai 1945, Massacres en Algérie, Préface de Guy Pervillé, Éditions de Paris 2011. De Gaulle et le 8 mai 1945 - Roger Benmebarek- 9 mars 2012 7 - Une rapide reprise en main de la situation. Conformément à ses ordres, l’armée maitrisa le terrain dès le 12 mai. Il peut écrire : « commencement d’insurrection étouffé ». - La légalité des opérations de maintien de l’ordre. Souci ostensiblement affirmé dés le début des troubles, on pressent une consigne du gouvernement. 20 commissaires de la police judiciaire sont envoyés sur les scènes de crime dès le 9 mai et avec les premières unités militaires, on dépêche dans la nuit du 8 au 9, deux administrateurs civils en vue d’accompagner les militaires dans les Babors. Du bilan de ces opérations, le Général ne put connaitre que le chiffre établi par les autorités, 1500 victimes. - Le démarrage immédiat de la phase judiciaire, le 15 mai. Le général de Gaulle a-t-il incité le ministre de l’Intérieur à conseiller la modération au commissaire du gouvernement près du tribunal militaire de Constantine, le Colonel Halpert ? C’est possible ; on ne peut que le présumer ; ce dernier s’est donné la mort sans laisser d’explication de son geste, immédiatement après un entretien avec Adrien Tixier à Constantine. - Un souci certain d’apaisement qui apparait dans l’action judiciaire, étonnamment clémente vu l’état de siège, après l’assassinat de 102 européens, quoi qu’on en dise aujourd’hui.

Sur 134 peines de mort, 34 seulement furent exécutées ; sur 924 peines criminelles, 342 furent amnistiées et 382 soumises à examen en vue d’une grâce amnistiante ; les 876 peines correctionnelles furent toutes amnistiées.13 L’amnistie votée somme toute rapidement, le 9 mars 1946, au vu de sa date, a du être décidée et préparée avant que le général ait quitté la tête du gouvernement, le 20 janvier 1946. En conclusion, nous retiendrons s’agissant du général de Gaulle et du 8 mai 1945 : 1. Que le général de Gaulle s’est senti confronté à une agression d’ordre international ; il y a répondu en se plaçant au même niveau. La souveraineté de la France était en cause, l’exemple de la Syrie et du Liban lui donnant toutes raisons d’y penser. Interrogé lors de sa conférence de presse du 2 juin 1945 sur une éventuelle corrélation entre les événements de Syrie et le même jour et à peu près à la même heure en Algérie, la réponse du général n’est pas nette et reste encore à cette date, dubitative : « Le gouvernement a beaucoup de raisons d’inquiétudes ; il reste néanmoins optimiste, malgré toutes nos raisons de préoccupations ». Il n’y a rien de moins obscur. 2. Qu’il n’a pas cru à un soulèvement populaire. Il est avéré depuis qu’il na pas eu lieu, comme le vocabulaire des communiqués de l’époque le faisait penser, les chefs militaires (Général Henry Martin, général Raymond Duval) étant encore marqués du souvenir du Maroc où ils étaient passés et de la guerre du Rif. 3. Qu’il a voulu que l’affaire fut traitée rapidement ; elle le fut. Il en fait le constat dans ses Mémoires de guerre. Sans doute ne voulait-il pas - parce qu’il ne le pouvait pas - engager des opérations militaires d’envergure, compte tenu des moyens nécessaires. 4. Qu’il prôna la modération, manifeste dans les suites judiciaires. Elle a pu dicter l’attitude du gouvernement provisoire après son départ. Les leaders furent libérés. Des protagonistes directs de la conspiration des Babors ont pu siéger dans les assemblées.

Sur le fond, pour le général de Gaulle, la souveraineté française sur l’Algérie était sans équivoque en 1945, et la politique qu’y menait la France était du seul ressort français. Cette politique était dans la ligne de l’ordonnance du 7 mars 1944 ; les discours le prouvent. Celui de Constantine du 12 décembre 1943, en passant par celui du 12 octobre 1947 à Alger - Saint Eugène, se poursuit dans celui du 4 juin 1958 à Alger et se continue 13 Vr annexe : Bilan judiciaire au 10 juillet 1947. De Gaulle et le 8 mai 1945 - Roger Benmebarek- 9 mars 2012 8 dans celui du 4 octobre 1958 annonçant le Plan de Constantine. Tout montre que jusqu’à l’offre d’autodétermination de 1959, le général de Gaulle a maintenu fermement le cap du principe de « l’Algérie, ensemble de départements français », affirmé en 1943, et ce malgré les multiples tentatives d’internationalisation de l’affaire à l’ONU. La cohérence de la pensée du général de Gaulle sur l’Algérie est flagrante ; son attachement quasi viscéral au respect de la souveraineté nationale autorise à penser qu’il n’a pu que ressentir « douloureusement » 14 l’issue de l’autodétermination algérienne, mais la raison d’État devait prévaloir. Interprétant d’autres mots du général, extraits des «Mémoires de guerre » (déjà cité) « à la condition, toutefois, que nous nous tenions droits et fermes, comme une nation qui sait ce qu’elle veut, ne revient pas sur sa parole, mais exige qu’on soit fidèle à celle qu’on lui aura donnée.

Cette directive, je l’ai lancée à partir de Brazzaville. A présent, c’est en Indochine et en Afrique du Nord qu’il nous faut d’abord l’appliquer », disons que dans son esprit, il apparait que la IVe République s’est détournée du cap fixé. Il est alors permis de se demander si de Gaulle resté au gouvernement après le 20 janvier 1946, le problème algérien n’aurait pas pris une autre tournure dés avant 1954. Roger Benmebarek, préfet honoraire Annexe 1 : Message du 11 mai 1945 Adressé à GOUVERNEUR GENERAL ALGER Diffusion : CAB/C CAB/DP CAB/M SG Par : MINISTRE INTERIEUR PARIS 34166 PARIS 0256544 102 11 1230 Primo - Veuillez transmettre aux familles des victimes agression de Sétif la sympathie du Général de GAULLE et du Gouvernement tout entier. Secundo - Veuillez affirmer publiquement la volonté de la France victorieuse de ne laisser porter aucune atteinte à la souveraineté française sur l’Algérie - Tertio- Vous recevrez incessamment tous renforts militaires nécessaires pour faire respecter ordre public et maintenir autorité française - Quarto - Veuillez prendre toutes mesures nécessaires réprimer tous agissements anti-français d’une minorité d’agitateurs -Quinto -Veuillez affirmer que la France garde sa confiance à la masse des Français musulmans d’Algérie. 14 Selon l’amiral Philippe de Gaulle. De Gaulle et le 8 mai 1945 - Roger Benme

 


 

X

    Article (7/15)

Bataille Wilaya 2 : Observations sur l’opération du 2 octobre 1957

Proposé par Djaffer LAMANI (Ancien Moudjahed)

 


 

Avant l’écriture, le combat , par Maurice Faivre Retour à la biographie

Commandant le 5° escadron du 8° Hussard et le Sous-Quartier du Khroubs, renforcé par des Sections d’artillerie et de GMS, j’organise la fouille des pentes sud du djebel Ouasch. Peu après le début de la progression (8H10), artilleurs et hussards se heurtent à une katiba d’une soixantaine d’hommes ; elles subissent quelques pertes et poursuivent l’ennemi qui s’enfuit vers le nord-Est, où il est attaqué par l’artillerie et par des avions T6, dont deux sont abattus. Le Secteur de Constantine renforce le dispositif, mais trop tard pour intercepter les restes de la katiba. Celle ci perd 15 tués, 6 prisonniers, 2 FM Brenn et 17 fusils de guerre. C’est un succès malgré les pertes de 2 officiers, un sous-officier, un artilleur et deux avions de chasse (voir C.R. Gribius).

Noter que le djebel Ouasch était la promenade privilégiée des Constantinois, à 10 km de la ville par le camp Fray. L’opération était montée a priori, en fonction du terrain, mais sans renseignement.

Le commandant du 3/67 RA avait estimé qu’il n’y avait pas besoin de bouclage, celui-ci étant assuré par l’artillerie (un seul canon de 105 !) et par les feux aériens.

Le bouclage nord (dont le 4ème RC du colonel de Boissieu), indiqué sur la carte, a été mis en place par le colonel Gribius (commandant le secteur de Constantine) dès qu’il a appris l’accrochage du matin. Mais il était trop loin et trop tardif. Il aurait fallu des poser d’hélicos sur le signal de l’Ouasch.

Les restes de la katiba se sont échappés par le nord-est ; ils ont été accrochés le surlendemain dans le Quartier de Condé-Smendou et ont perdu leur troisième FM.

Il est évident que sans l’appui des T6, les pelotons d’appelés, non entraînés au combat, auraient eu de lourdes pertes. Marchant " au canon", ils ont été ralentis par des tireurs au fusil, laissés en arrière-garde par les fells. Les EBR du 8ème Hussard ont accroché la bande dans la soirée à Ain Smara ( 9 km nord d’El Aria). Mais ce sont les aviateurs guidés par l’ALAT, qui ont fait le gros du bilan.

 


 

X

    Article (8/15)

Congrès de la Soummam

Proposé par Djaffer LAMANI (Ancien Moudjahed)

 


 

Le congrès de la Soummam est un congrès clandestin du FLN pendant la guerre d'Algérie, organisé du 13 août au 20 août 1956 au village d'Ifri dans l'actuelle commune d'Ouzellaguen en Algérie.

Le congrès réunit les principaux dirigeants de la Révolution, Larbi Ben M'hidi (zone V, président du Congrès), Abane Ramdane (coordinateur d'Alger, secrétaire du Congrès), Youcef Zighoud, (zone ll) Krim Belkacem (zone III), Amar Ouamrane (zone IV), et Ali Mellah (zone VI). Mostefa Ben Boulaïd (zone I) n'a pu être présent lors du congrès, car mort au combat cinq mois auparavant, et la délégation extérieure dirigée par Ahmed Ben Bella n'a pu rejoindre le territoire.

Le congrès de la Soummam est l'acte majeur structurant de la révolution algérienne, s'est tenu pour structurer et organiser la révolution, lui donner une assise nationale et révolutionnaire et lui assurer une présence sur le plan international. Le congrès dote la Révolution d'organes de délibération et d'organisation le Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA) et le Comité de coordination et d'exécution (CCE).

« Le congrès de la Soummam nous a donné ce formidable sentiment que nous avions déjà un État », déclara quelques années plus tard Ali Lounici, officier de l'ALN à la wilaya IV.

Contexte :

Les dirigeants FLN ressentirent le besoin de coordonner et de structurer la révolution qui souffre d'absence d'une plate-forme politique cohérente et de l'autonomie des zones.

La tenue du congrès était prévue à la base à la Kalâa des Aït Abbès symbole de la résistance à l'occupation française lors de l'insurrection de 1871 menée par El Mokrani et El Haddad .

Le 2 août 1956, à la nuit tombée un groupe composé de la délégation de la Zone IV Ouamrane, Saddek Dhilès accompagnés de Krim Belkacem, Saïd Mohammedi et d'autres maquisards s'apprête à traverser Oued Sahel. Vers 22 heures, un accrochage a lieu avec une patrouille de goumiers à Tassift Imoussiwen entre Chorfa et Tazmalt. Mohammedi Saïd était le seul à monter sur une mule. Aux premiers coups de feu, il est tombé par terre. Son compagnon était blessé à la cuisse. Lorsque le groupe a été accroché, Abderrahmane Mira s'est jeté derrière un tronc d’arbre et a riposté avec son Colt, Krim Belkacem a également riposté avec son révolver font fuir les goumiers. Effrayée par les coups de feu la mule a pris la fuite, emportant sur son dos son précieux chargement de documents. Elle est allée tout droit vers une ferme de colons à Tazmalt qui abritait un poste militaire. Ceux-ci sont tombés entre les mains de l'armée française. Par mesure de précaution, Krim Belkacem et les autres chefs ont préféré s'éloigner de la Kalâa et il fallait en urgence arrêter un autre lieu, puisque les délégations commençaient à arriver.

La tenue du premier congrès du FLN, dans le village d'Ifri, le choix de ce village, au milieu de ses chemins difficilement accessibles et des montagnes fortement boisées, n'est pas fortuite, il a été minutieusement étudié. Cette région très boisée est encerclée par une chaîne de montagnes qui s'étend jusqu'à la forêt d'Akfadou, d’où une facilité de repli en cas de danger et ce, malgré une forte présence des troupes de l'armée française sur l'axe de Tazmalt à Béjaïa.

À partir du 11 août 1956, les chefs de la Révolution des différentes zones ont commencé à arriver à Ouzellaguen pour se rendre ensuite à Ifri en parcourant plusieurs kilomètres à pied à travers les montagnes et forêts denses.

Déroulement.

Les travaux du congrès se sont déroulés du 13 au 20 août une semaine et furent présidés par Larbi Ben M'hidi, assisté de Abane Ramdane en qualité de secrétaire général. Après une étude approfondie du bilan de 22 mois de processus révolutionnaire présentés par les délégués de chaque zone (hormis la zone I et la délégation extérieure lesquelles n'avaient pas pu assister. La région sud avait, quant à elle, transmit son rapport au Congrès.

La rédaction des procès-verbaux et des résolutions du congrès qui se tient dans le plus grand secret dans la chambre d'à côté, Tahar Amirouchène et Hocine Salhi sont chargés de la dactylographie des manuscrits ramenés au fur et à mesure de la chambre des congressistes. Devant la porte de la chambre qui abrite les rédacteurs, Saïd Mohammedi monte la garde et faisait la navette entre la chambre des chefs congressistes et celle des rédacteurs.

Résolutions.

Le découpage et la délimitation en wilaya.

Après le congrès de la Soummam, l'Algérie est divisée en six « wilayas » ou états-majors4. Une wilaya est divisée en zones. Chaque zone est divisée en régions. La région est divisée secteurs. Les territoires de chacune des wilayas, zones et secteurs sont découpés et les limites définitivement tracées. Alger et ses proches banlieues constituent une zone autonome.

Organisation des PC de wilaya.

La wilaya est dirigée par un conseil de wilaya sous l’autorité d’un colonel, chef politico-militaire, assisté de trois adjoints avec le grade de commandant, chargés des différentes missions : militaire, politique, renseignements et liaisons. La zone est dirigée par un capitaine assisté de trois lieutenants, prenant chacun en charge les différentes missions. La même organisation est appliquée au secteur dont le commandant est un adjudant assisté de trois sergents chefs.

Définitions des grades.

Unités de combat.

Le congrès définit les unités de combat. La plus importante unité de combat est la compagnie (katiba) composée de 110 combattants. Elle est divisée en sections (ferka) qui peut réunir 35 hommes elle-même divisée en plusieurs groupes (fawdj) avec 11 hommes. Cette organisation n’est pas rigide. Les officiers de l'ALN disposent de la latitude d’adapter leur organisation en fonction des impératifs de la lutte sur le terrain qui peuvent varier selon les régions et les tactiques imposées par l’ennemi. Les combattants pourront mener des opérations concertées qui réuniront plusieurs katibas pour mener ponctuellement des opérations communes. Dans d'autres circonstances, ils éclateront leurs forces en petits groupes qui se fonderont dans la nature pour échapper aux opérations de ratissage et mener des actions de harcèlement rapides et répétées pour éclater et disperser les forces ennemies. Le congrès fit de la mission de renseignements et liaisons une tâche essentielle de l’action armée où la réussite de toute opération militaire exigeait une bonne connaissance des forces ennemies et une grande capacité de mouvement.

Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA).

La Révolution est dotée d'organes de délibération et d'organisation (parlement du FLN), joue le rôle de direction suprême du mouvement. Il prend des décisions d'orientation politique, militaire, économique et sociale, en même temps que celle d'une assemblée législative, symbole de la souveraineté nationale. Un Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA) est institué, composé de 34 membres dont 17 titulaires et 17 suppléants. Il est l'organe dirigeant de la révolution, seul habilité à ordonner un cessez-le-feu et à négocier l'indépendance.

Plusieurs titulaires étaient absents ou morts et furent nommés.

Mostefa Ben Boulaïd ; Youcef Zighoud ; Belkacem Krim ; Amar Ouamrane ; Larbi Ben M'hidi ; Rabah Bitat ; Mohamed Boudiaf ; Ramdane Abane ; Mohamed Khider ; Hocine Aït Ahmed ; Mohamed Lamine Debaghine ; Aïssat Idir ; Ferhat Abbas ; M'Hamed Yazid ; Benyoucef Benkhedda ; Ahmed Taoufik El Madani ; Ahmed Ben Bella.

Membres suppléants

L’adjoint de Ben Boulaïd ; Lakhdar Bentobal ; Saïd Mohammedi ; Slimane Dehilès ; Abdelhafid Boussouf ; Ali Mellah ; Saâd Dahlab ; Salah Louanchi ; Mohammed-Seddik Benyahia ; Abdelhamid Mehri ; Tayeb Thaâlibi ; Mohammed Lebdjaoui ; Ahmed Francis ; Aïssa Ben Atallah ; UGTA (à désigner par le CCE) ; Brahim Mezhoudi ; Abdel-Malek Temmam.

Comité de coordination et d'exécution (CCE).

Il désigne un organe de direction de cinq membres, le Comité de coordination et d’exécution (CCE) qui siège à Alger. Les membres titulaires sont :

Abane Ramdane ; Belkacem Krim ; Larbi Ben M’Hidi ; Benyoucef Benkhedda ; Saâd Dahlab.

Source : « L’apport de Ramdane Abbane à la Révolution » – Benyoucef Benkhedda

Relations entre l'ALN et le FLN.

« La primauté du politique sur le militaire » constitue l'un des fondements du Congrès. La primauté sera accordée au politique par rapport au militaire et dans les centres de commandement, il appartient au chef militaire politique de veiller à la préservation de l’équilibre entre les différentes branches de la Révolution.

Relations entre l’extérieur et l'intérieur.

La primauté sera accordée à l'intérieur par rapport à l'extérieur tout en respectant le principe de la direction collégiale.

Conditions d’un cessez-le-feu.

Le congrès de la Soummam définit les conditions d'un cessez-le-feu, par la reconnaissance de la nation algérienne indivisible, la reconnaissance de l'indépendance de l'Algérie et de sa souveraineté.

Plate-forme de la Soummam.

Le congrès de la Soummam définit les buts de guerre : « Il ressort que, vu notre situation, nos buts de guerre sont politico-militaires : L'affaiblissement total de l’armée française, pour lui rendre impossible une victoire par les armes. La détérioration sur une grande échelle de l'économie colonialiste par le sabotage, pour lui rendre impossible l'administration normale du pays. La perturbation au maximum de la situation en France sur le plan économique et social pour rendre impossible la continuation de la guerre. L'isolement politique de la France en Algérie et dans le monde.

Face à la propagande de la France qui accusait le FLN d'être au service d’une puissance étrangère, la plate-forme de la Soummam définit ainsi la Révolution : « La Révolution algérienne est un combat patriotique dont la base est incontestablement de caractère national, politique et social. Elle n'est inféodée ni au Caire, ni à Londres, ni à Moscou, ni à Washington ».

 


 

X

    Article (9/15)

Conseil National de la Révolution algérienne

Proposé par Djaffer LAMANI (Ancien Moudjahed)

 


 

(Ne doit pas être confondu avec Conseil de la Révolution.)

Le Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA) est créé lors du congrès de la Soummam du FLN. Il est l'organe suprême du FLN durant la guerre d'indépendance1. Le CNRA est seul habilité à prendre des décisions d'orientation politique, militaire, économique et sociale. Le CNRA désigne les membres du Comité de coordination et d'exécution (CCE).

I - Histoire :

La réunion du CNRA tenue au Caire le 27 août 1957 adopte le rapport d'activités du CCE. Le CNRA adopte une nouvelle résolution qui stipule que tous ceux qui participent à la lutte de libération, avec ou sans uniforme, sont égaux. En conséquence il n'y a pas de primauté du politique sur le militaire ni de différence entre l'intérieur et l'extérieur. Le CNRA est porté de 34 à 54 membres et le CCE passait de cinq à neuf dirigeants.

Le CNRA se réuni à Tripoli du 11 au 18 février 1962, le GPRA a présenté un rapport sur l'accord préliminaire des Rousses, le CNRA l'approuve à l'unanimité et donne son accord pour la poursuite des négociations3.

Le CNRA se réuni à Tripoli du 25 mai au 6 juin 1962, le premier point du programme, le CNRA a approuvé à l'unanimité les accords d'Evian. À l'entame du deuxième point, la désignation d'un bureau politique, l'ambiance a été surchauffée. Pour calmer les esprits, Omar Boudaoud, président de la séance, a suspendu les travaux en annonçant qu'ils reprendraient le lendemain. Depuis ce jour-là, le CNRA ne s'est jamais réuni de nouveau.

Elles consistaient à «définir la politique générale de la révolution, à désigner sa direction collégiale et à approuver les décisions importantes » selon Djamel Yahiaoui, directeur du Centre national d’études et recherches sur le mouvement national et la Révolution de Novembre (CNERMN/RN). Le conseil fut une « base solide » pour la révolution. «C’est le Congrès de la Soummam, tenu en 1956, qui a décidé de la création du CNRA, fixant ses membres à 34, entre permanents et suppléants », a-t-il rappelé. Le nombre atteindra 54 lors de la seconde réunion en août 1957 au Caire, puis 71 à Tripoli en février 1962 », a-t-il ajouté. Pour Yahiaoui « Le conseil qui est la plus haute instance durant la révolution avait un caractère constitutionnel et était à l'origine du règlement de plusieurs crises ayant affecté la direction collégiale ». Il a permis la « préservation » de la cohésion de la direction jusqu'à l'indépendance puisque il regroupait diverses tendances idéologiques mais un seul dénominateur commun réunissait ses membres à savoir l’intérêt de l’Algérie et l’issue de son combat libérateur. Dans ce sens, le conférencier a fait remarquer que « 85% des décisions du CNRA tournaient autour de l’appui diplomatique à la révolution et l’internationalisation de notre cause».

Rapport de Abane Ramdane au CNRA (1956)

Les frères qui prirent la décision de déclencher l’insurrection du Ier Novembre 1954 se séparèrent en se donnant rendez-vous dans trois mois. Ce rendez-vous devait leur permettre de faire le point de la situation, d’étudier ensemble les besoins de la Révolution et de désigner une direction.

 

A -  La situation avant le Congrès du 20 Août 1956

La rencontre n’eut pas lieu. Trois sur cinq des responsables qui étaient à l’intérieur devaient tomber soit entre les mains de l’ennemi soit au champ d’honneur (Bitat, Ben Boulaïd Mustapha et Didouche). Les responsables qui étaient à l’extérieur n’ont pas pu se rencontrer à l’intérieur à cause du danger que présentait à l’époque un tel déplacement. La liaison inter-zonale 2 n’existait pas. Les 2/3 du territoire national n’avaient pas bougé, ce qui rendait impossible la jonction des groupes armés existants. La Révolution faute de cette rencontre restera donc sans autorité nationale reconnue. A cela il y a lieu d’ajouter un vide politique effrayant. Le FLN en tant qu’organisation n’était pas encore né. Les quelques responsables qui avaient échappé à la mort et à l’arrestation hésitaient dans leur isolement à prendre des décisions sur les grands problèmes.

Cette situation terrible ne devait heureusement durer que quelques mois.

Petit à petit la Révolution progressait dans tous les domaines. Difficilement la liaison se rétablissait entre les zones Alger-Kabylie, Alger-Oranie, Alger-Paris, Alger-extérieur, et plus tard Alger-Nord constantinois, Cependant la répression interrompait fréquemment cette liaison. Par ailleurs, le FLN commençait à se populariser, d’abord à Alger et ensuite dans le reste du pays. Le mythe de «I’Algérie française» était démoli. Les maquis prenaient de l’ampleur et s’implantaient solidement chaque jour davantage. Le problème algérien était enfin clairement posé.

Devant la poussée insurrectionnelle, les anciennes formations politiques classiques (MTLD, Oulémas, UDMA) s’intégrèrent dans le FLN. Le PCA s’obstina à suivre mais n’ayant aucune base populaire solide, il ne tarda pas à être emporté par la tourmente.

Le rassemblement au sein du FLN de toutes les énergies vives du pays devait faciliter l’union dans le feu de la lutte de tout le peuple algérien.

L’esprit FLN qui avait banni le sectarisme des anciens partis politiques a été pour beaucoup dans cette union du peuple algérien. A ce stade de la lutte, il était indispensable que tous les responsables de l’insurrection se rencontrassent pour confronter les points de vue et se définir dans tous les domaines.

La rencontre eut lieu le 20 août 1956 dans la vallée de la Soummam.

 

B -  Le Congrès du 20 Août 1956

On a beaucoup parlé et encore plus écrit sur le Congrès du 20 Août 1956. Certes le Congrès du 20 Août n’a jamais eu la prétention d’être une panacée à tous nos maux, cependant, tout homme de bonne foi est obligé de reconnaître que le Congrès du 20 Août a été la plus belle victoire remportée sur l’ennemi depuis le ler Novembre 1954. Au milieu de difficultés sans nombre (alertes, ratissages, embuscades, accrochages), la plupart des responsables de l’Oranais, de l’Algérois et Constantinois ont délibéré 15 jours durant. De ces délibérations devaient sortir :

a. Les organismes dirigeants de la Révolution CNRA et CCE.
On a critiqué la composition du CNRA, pourtant cet organisme reflète l’union nationale réalisée au sein du peuple. Le CNRA, qu’on le veuille ou non, est un organisme représentatif pouvant valablement engager l’avenir du pays.

b. Le principe de la primauté du politique sur le militaire
Ce principe que d’aucuns ont aussi contesté est un principe universel valable dans tous les pays et dans toutes les révolutions car il affirme le caractère essentiellement politique de notre lutte à savoir : l’indépendance nationale.

c. Le principe de la primauté de l’intérieur sur l’extérieur
Là encore on a trouvé à redire. Pourtant ce principe est encore valable pour une foule de raisons dans la moindre est qu’une révolution comme la nôtre ne peut être dirigée que par des hommes qui la vivent et indiscutablement on ne peut vivre la Révolution algérienne qu’à l’intérieur des frontières de l’Algérie.

d. La structure de l’ALN
La structure conçue le 20 Août a permis à l’ALN de devenir une véritable armée avec sa personnalité propre. Les grades, les insignes, la composition des unités, etc. furent uniformisés.

e. Les Assemblées du peuple
Innovation heureuse qui répond à un sentiment profond chez notre peuple : l’amour de la démocratie. Les Assemblées du peuple permettent à nos populations de faire leur apprentissage dans l’art de se gouverner elles-mêmes et au FLN de consolider et d’élargir ses assises populaires.

 

C - La crise Mahsas

Mis au courant de la réunion dès le mois de février 1956, les frères de l’extérieur n’ont pu venir assister au Congrès pour des raisons indépendantes de notre volonté. Il en a été d’ailleurs de même des frères des Aurès-Nemmenchas. Néanmoins, les congressistes décidèrent de retarder la publication des décisions en attendant de recueillir les veux et suggestions des frères absents. Les décisions du Congrès furent d’une part remises aux frères Zirout et Amirouche chargés de les communiquer respectivement aux Nemmenchas et aux Aurès et d’autre part, envoyées au Caire par un agent de liaison spécial. Ce dernier rencontra Ben Bella à Tripoli et les lui a remises en mains propre en lui demandant de les communiquer aux trères de l’extérieur. Malheureusement, il se produisit l’épisode de l’avion que tout le monde connaît et qui se termina par l’arrestation des cinq et la saisie de tous les documents en leur possession. Ainsi, les décisions du Congrès qui étaient encore secrètes tombèrent entre les mains de l’ennemi.

Devant cette nouvelle situation, le CCE ne pouvait plus retarder la publication des décisions du Congrès parce que :

a. Les Français pouvaient d’un moment à l’autre les rendre publiques ce qui n’aurait pas manqué de provoquer des réactions très vives et justifiées de la part des militants.

b. L’ennemi criait à qui voulait l’entendre que le FLN était décapité et le moral du peuple et de nos troupes commençait à être atteint. C’est alors que le CCE prit sur lui la responsabilité de faire paraître les décisions du Congrès du 20 Août dans le n° spécial du Moujahid daté du1er Novembre 1956.

La publication des décisions provoqua un échange de lettres entre le CCE et les frères de la Santé. Ces derniers reprochaient au Congrès son manque de représentativité, sa conception du FLN qui a été le principal critère dans le choix des hommes composant les organismes dirigeants de la Révolution, le principe de la primauté de l’intérieur sur l’extérieur, le principe de la primauté du politique sur le militaire et enfin que la République algérienne devait à leur sens revêtir un caractère nettement islamique.

Nous avons exposé plus haut les arguments qui militent en faveur de la conception du FLN des congressistes et du choix des hommes devant siéger aux organismes dirigeants de la Révolution. Nous avons aussi développé les arguments qui militent en faveur des principes : primauté du politique sur le militaire et primauté de l’intérieur sur l’extérieur.

Il nous reste à examiner la non-représentativité du Congrès, le caractère islamique de la République Algérienne.

Toute l’Algérie était présente au Congrès exception faite des responsables de l’ex-zone Aurès-Nemmenchas qui ne sont pas arrivés à temps à cause des ratissages et des luttes intestines qui ravageaient cette partie du territoire algérien. Quant à Souk Ahras, pour tous les congressistes elle faisait partie de l’ex- zone Nord constantinois qui avait envoyé au Congrès ses cinq principaux responsables.

L’Oranie était représentée par son principal responsable. Quant à l’extérieur nous avons dit qu’ils étaient avisés plusieurs mois à l’avance.

Pour ce qui est du caractère islamique de la future Republique algérienne, le CCE considère que c’est-là un argument démagogique auquel ne croient même pas ses auteurs. Les frères de la Santé n’ont pas été les seuls à contester les décisions du congrès. Il y aurait aussi Mahsas qui avait été désigné par Ben Bella comme responsable de la base de Tunis.

Le congrès avait désigné Mezhoudi et Benaouda pour se rendre à Tunis afin de clarifier la situation et activer l’envoi des armes. Dès leur arrivée, ils se heurtèrent à Mahsas qui était déjà maître de la situation. Ce dernier non seulement conteste les décisions du congrès mais entreprend un travail de sape et dresse les éléments des zones frontalières (Souk Ahras, Aurès-Nemmanchas) contre le Congrès et le CCE. Le résultat est que les armes sont bloquées. Il s’ensuit une lutte anarchique entre algériens. Ces agissements atteignent dangereusement le prestige du FLN auprès des autorités tunisiennes qui tiennent compte de la situation à leurs frontières.

La réaction de la délégation à l’extérieur tant au Caire qu’à Tunis, une lettre officielle du CCE au gouvernement tunisien et enfin l’arrivée de Ouamrane devaient isoler Mahsas qui parvint cependant à fuir. La situation est aujourd’hui complètement rétablie et un tribunal militaire vient de clore la crise Mahsas en prononçant 13 condamnations à mort dont deux par contumace (Mahsas et Ben Boulaïd Omar).

 

D - La sortie du CCE

L’idée remonte à plusieurs mois. Elle émane du chef de la wilaya d’Oran qui était à la frontière algéro-marocaine et de ce fait à même de sentir le malaise qui existait entre les éléments de l’intérieur et de l’extérieur. D’autres raisons devaient précipiter la sortie du CCE, les principales en sont :

a. La situation confuse en Tunisie et aux zones frontalières (Souk-Ahras, Aurès-Nemmamchas).

b. La crise d’autorité qui sévissait au sein de la délégation extérieure dont le chef était contesté par les quatre de la Santé.

c. L’entrée des armes en Algérie.

d. L’indispensabilité de réunir le CNRA pour faire le point.

e. Et enfin l’atmosphère quasi-irrespirable à Alger après la féroce répression qui a suivi la grève de huit jours.

 

II. Le point de la situation

Nos forces :

1. A l’intérieur

a. Le FLN

Exception faite de quelques douars qui se sont ralliés à l’armée française et qui habitent autour des camps militaires (leur chiffre est d’environ 4 à 5 par wilaya) et d’une partie de la population de certains villages et villes qui échappent à notre contrôle, tout le peuple algérien est embrigadé dans le FLN. Tous les algériens sont membres du FLN . L’immense majorité par conviction, une infime minorité par crainte. Il nous est impossible de donner le chiffre exact des militants du FLN.

Tous les algériens participent à la lutte. Les uns éduquent, les autres organisent, d’autres font de la propagande, ramassent des fonds, du ravitaillement, des médicaments, etc. D’autres encore prennent la garde, servent de guides dans leur douar, hébergent, renseignent et font à l’occasion le coup de feu. Ces millions d’êtres humains sont encadrés par quelques centaines de commissaires politiques (ex-militants des anciens partis politiques, jeunes lycéens et universitaires qui ont déserté les cours). Les commissaires politiques sont aidés dans leur tâche par tous les membres de l’ALN, officiers, sous-officiers et hommes de troupe qui, à l’occasion, tiennent des réunions aux militants, ramassent les cotisations, tranchent les litiges qui surgissent entre les habitants des douars et des villages. Depuis le Congrès du 20 Août la tâche des commissaires politiques est facilitée par l’élection des membres de l’Assemblée du peuple qui gèrent véritablement les affaires de leurs douars (police, état-civil, ravitaillement, garde, etc.) Les commissaires politiques, pour faire régner l’ordre, disposent de gendarmes ; de groupe de moussebline et éventuellement de groupes de l’ALN. Indiscutablement les résultats sont plus qu’encourageants.

L’administration française n’a jamais pu faire régner l’ordre qui existe aujourd’hui dans nos campagnes. Dans les villes mêmes, les délits de droit commun ont diminué dans une proportion énorme.

b. Le peuple

Le peuple c’est, nous l’avons dit plus haut, le FLN Depuis bientôt trois années, il supporte tout le poids de la guerre. Une répression féroce s’abat sur lui. Les pertes sont lourdes. Elles sont de l’ordre de 250 à 300 000 individus (hommes, femmes, vieillards et enfants). A cela il faut ajouter quelques dizaines de milliers dans les prisons et les camps. Il est rare de trouver une famille algérienne qui ne soit pas touchée dans sa chair ou dans ses biens. Des familles entières ont disparu, massacrées par l’armée française, d’autres complètement ruinées ont quitté leur douar d’origine pour aller chercher refuge dans une autre région. La misère est le lot d’une fraction importante de la population. Les habitants de nombreuses régions dites (pourries) ou déclarées zones interdites suivent dans leur repli les groupes de l’ALN lors des opérations de ratissages. Ces populations sont considérées par les Français hors-la-loi et sont souvent mitraillées par l’aviation. Malgré une répression féroce et une misère effroyable, le moral demeure très bon. Tous les rapports des chefs de wilayas corroborent ce que les membres du CCE ont pu constater eux-mêmes lors de leur passage au maquis. A quoi cela est-il du ? A plusieurs raisons : il y a d’abord le caractère algérien qui ne se plie jamais à la force brutale. Il y a ensuite cette conviction profonde chez tous, que notre victoire est certaine. C’est un sentiment qui ne se raisonne pas chez nos masses.

Le peuple croit à l’indépendance comme il croit au paradis. Vouloir l’en dissuader est peine perdue. Certes il connaît parfois des moments d’abattement mais très vite il se ressaisit et reprend confiance à la vue d’une section de nos moudjahidines qui vient de désarmer une unité française dans une embuscade ou un accrochage. De plus le fait de se trouver en pleine mêlée au milieu de tous ces jeunes moudjahidines venus des villes et des campagnes l’encourage et puis il ne faut pas craindre de le dire, il n’a pas le choix. Les Français n’ont plus confiance en lui, il ne lui reste plus qu’à lutter et à mourir au milieu des siens. Pour clore ce chapitre, nous dirons que le peuple est tout pour nous. De lui dépend la victoire ou la défaite. Le CNRA est invité à se pencher sur ses besoins qui sont de deux ordres : les armes et l’argent. Les armes lui permettront de se défendre et l’argent de se nourrir. Nous devons de l’extérieur envoyer des secours en nature et en espèces. Si nous arrivons à faire face à ces deux besoins notre victoire est certaine et à brève échéance.

c. L’A.L.N.

L’ALN est l’ensemble des moudjahidines, fidaïnes et des moussebilines lorsque ces derniers sont armés. Les unités qui la composent sont, le groupe, la section, la compagnie et le bataillon. L’ALN ne ressemble en rien à une armée de métier. L’ALN est d’abord et surtout une armée populaire qui vit et combat au sein du peuple. Exception faite de certaines régions montagneuses de Souk Ahras, des Aurès Nemmamchas et du Sud-Oran les groupes de l’ALN sont constamment dans les douars au sein de nos paysans. L’emploi du temps d’un groupe armé peut être schématisé de la façon suivante: le groupe arrive dans une mechta le plus souvent de nuit et s’installe dans une ou deux pièces qui sont mises à sa disposition. Le chef de groupe établit un tour de garde et désigne le premier guetteur qui viendra réveiller son camarade une ou deux heures après. Lorsqu’aucun travail n’est prévu pour la journée du lendemain, les hommes dorment jusqu’au lever du jour. Puis ils passent la journée à laver leur linge et à nettoyer leurs armes. Si l’ennemi est signalé par les guetteurs qui montent une garde vigilante sur les crêtes, le groupe se met vite en tenue de combat. Dans le cas où il existe dans les environs une zone de repli (forêt, ou terrain accidenté) les moudjahidines quittent la mechta et se camouflent. Dans le cas ou le terrain est plat, alors ils choisissent l’emplacement et se mettent en position de combat et attendent l’ennemi. Le combat est engagé et dure très souvent jusqu’à la tombée de la nuit. L’obscurité permet généralement aux nôtres de franchir les lignes ennemies et de sortir du cercle.

La guerre pour nos moudjahidines ne consiste pas seulement à se défendre, très souvent ils prennent l’initiative et attaquent, c’est le cas par exemple de l’embuscade ou de l’attaque des postes ennemis. L’embuscade est l’opération la plus payante. Les nôtres choisissent le lieu de l’embuscade et attendent passionnément le passage de l’ennemi pour l’attaquer par surprise. L’effet de surprise est terrible et très souvent les nôtres arrivent à massacrer et à désarmer des unités françaises supérieures en nombre et en matériel. L’attaque des postes ennemis peut être un simple harcèlement ou une prise d’assaut lorsque des complicités existent à l’intérieur du camp ennemi. Les unités de l’ALN comprennent une proportion importante de fellahs. Seuls les cadres sont généralement citadins ce qui donne à l’ALN un caractère profondément populaire trait que nous ne devons jamais perdre de vue si nous voulons nous éviter des déboires dans l’avenir. Le moral de l’ALN malgré la vie dure qu’elle mène est excellent. Aucun moudjahid ne parle de négociations, le thème des conversations est toujours le même : l’indépendance et surtout le grand défilé de la libération à Alger.

Le CNRA ne doit pas se fier à cet optimisme. Certes l’enthousiasme est un atout puissant entre nos mains, cependant nous devons tout faire pour fournir à ces hommes qui ont tout sacrifié les moyens de se défendre et de vaincre.

L’effectif de l’ALN est de l’ordre de 50 000 moudjahidines et fidaïne qui se répartissent ainsi :

Base de Souk-Ahras : 4 000; wilaya n°l : 10 000; wilaya n°2 : 6 000; wilaya n°3 : 12 000; wilaya n°4 : 4 000; wilaya n°5 :6 000; wilaya n°6 : 2 000.

L’effectif des mousseblines est aussi d’environ de 40 à 50 000.

En gros nous pouvons dire que nous avons 100 000 hommes qui combattent. Ces hommes ne sont malheureusement pas tous armés.

Environ 35 à 40 000 hommes sont armés d’armes de guerre, le reste de fusils de chasse et de révolvers ou sans armes du tout.

Le problème des armes sur lequel nous reviendrons plus loin reste posé.

d. Les finances

Jusqu’au Congrès du 20 Août, le FLN a pu non seulement subvenir aux besoins de la révolution à l’intérieur du pays mais à économiser environ 1 milliard. Depuis le Congrès du 20 Août, la répression allant en s’accentuant, les ressources du FLN ont terriblement diminué. Les chefs de wilaya ont été obligés de prélever des sommes importantes sur leurs réserves. Aujourd’hui, seules trois wilayas ont encore un peu d’argent : la wilaya n°3 possède 300 millions (alors qu’elle en avait 500 le 20 Août 56), la wilaya n°2 possède 100 millions (alors qu’elle en avait 200 le 20 Août 56) et la wilaya n°S possède 600 millions. Les autres wilayas n’ont pas de sous. Le CCE est obligé de prélever des sommes importantes en Kabylie et en Oranie pour aider Souk Ahras et les Aurès-Nemmamchas. Le CCE attire l’attention du CNRA sur ce problème qui conditionne tous les autres. Les sources à l’intérieur sont taries. C’est à l’extérieur et à l’extérieur seulement que nous devons chercher de l’argent pour faire face aux énormes dépenses que nécessitent l’achat de grosses quantité d’armes, l’entretien d’une multitude de militants qui travaillent à l’extérieur et aussi et surtout aux besoins vitaux des populations à l’intérieur du pays qui se débattent dans une misère effroyable.

Tous les chefs de wilaya lancent un cri d’alarme. Si nous voulons maintenir et augmenter le niveau de lutte du peuple, nous ne devons pas le laisser mourir de faim.

Chacun de nous devra faire son examen de conscience. Des sommes énormes sont dilapidées par nous à l’extérieur. L’esprit d’économie n’existe chez aucun d’entre nous. Nous vivons dans des palaces et au moindre de nos déplacements, nous louons un taxi, des voyages inutiles et onéreux sont effectués par les nôtres. Tous les jours des millions sont ainsi gaspillés alors que le peuple dans certaines régions comme à Ténès par exemple mange de l’herbe. Nous reviendrons sur cette question dans les perspectives d’avenir.

e. Les syndicats

Nous avons pris l’initiative en mars 1956 de créer une centrale syndicale nationale : l’UGTA. L’enthousiasme rencontré au départ fut immense. En quelques mois l’UGTA comptait pour la seule agglomération algéroise plus de 100 000 adhérents. Malheureusement l’UGTA comme toutes les organisations nationales fut prise pour cible par l’ennemi. Des arrestations massives furent opérées. Des milliers de syndicalistes sont aujourd’hui dans les camps de concentration. A neuf reprises le secrétariat national de l’UGTA a été renouvelé en moins d’un an. Aujourd’hui tous les dirigeants de l’UGTA sont arrêtés et les locaux occupés par la police et l’armée française. Seuls ont échappé trois secrétaires nationaux qui se trouvent aujourd’hui à l’extérieur sont en rapport avec la CISL et les syndicats qui composent cette centrale internationale. En outre, ils participent à l’élaboration du projet d’unification des 3 centrales nord-africaines (UGTT-UGTA-UMT). La délégation de l’UGTA à l’extérieur devra se fixer pour tâche la formation des cadres grâce aux stages gratuits organisés par le CISL, de ramasser des fonds auprès de leurs camarades ouvriers en Tunisie et au Maroc, en Europe occidentale et en Amérique afin de subvenir aux besoins des familles de syndicalistes algériens emprisonnés et enfin à faire de la propagande pour l’UGTA et la Révolution algérienne dans les congrès, les conférences syndicaux internationaux. A côté de l’UGTA, nous avons aussi créé l’UGCA qui se trouve dans une situation identique à celle de la centrale ouvrière.

 

2. A l’extérieur.

a. Notre délégation

Notre délégation à l’extérieur représente indiscutablement une force par le nombre et par la qualité. C’est pour cela qu’elle n’a plus aucune excuse pour ne pas rendre. La crise d’autorité qui était un grand handicap a disparu. Le chef de la délé- gation aidé du responsable à la logistique devra procéder à une réorganisation de tout l’extérieur. Il serait souhaitable qu’il se choisisse un adjoint énergique chargé tout spécialement de veiller à l’application stricte d’une discipline de travail et un contrôle de toutes les dépenses du personnel de la délégation.

b. L’organisation du Maroc

L’organisation du Maroc est bien assise. L’effectif des militants est d’environ 6 000. Aucun Algérien habitant le Maroc n’échappe à notre contrôle. Tous contribuent, chacun dans la mesure de ses moyens, à l’effort de guerre. Les rentrées financières mensuelles sont de l’ordre de 20 à 25 millions. Cette puissante organisation nous permet de faire pression dans une certaine mesure sur les autorités marocaines et l’lstiqlal qui ne sont pas aussi bien disposés que les autorités tunisiennes et le destour à nous aider. L’ex-zone espagnole nous est très utile. Elle sert de refuge à nos éléments et là se trouvent les organismes vitaux de la Wilaya n°5. Avec un peu de bonne volonté les autorités marocaines pourraient nous faciliter l’installation de camps d’entraînement, d’écoles de cadres de tous genres, de centres de transmissions, etc. Il est à souhaiter qu’une imposante délégation aille rendre visite au sultan et au gouvernement marocain pour lui demander de nous aider plus efficacement.

c. L’organisation de Tunisie

Elle commence seulement à démarrer. Les crises successives ont mis par terre toute l’organisation qui, il est vrai, n’a jamais été bien solide. Les autorités tunisiennes à l’inverse des autorités marocaines sont beaucoup plus compréhensives à notre égard. Mais les possibilités sont ici limitées. Nous n’avons ni l’équivalent de l’ex-zone espagnole, ni la masse des jeunes algériens instruits qui habitent le Maroc ? Cependant, là encore, la formation de camps d’entraînement est possible à proximité des frontières. Si nous rencontrons au Maroc de très grandes difficultés dans l’acheminement des armes, en Tunisie nous n’avons eu jusqu’ici aucune difficulté majeure. L’effectif des Algériens qui habitent la Tunisie et qui activent au sein du FLN est minime. Les éléments dynamiques vivent tous au maquis. Les rentrées financières sont très faibles ; 1 à 2 millions par mois. Il est vrai que les frais de la base de Tunis sont très élevés à cause de l’aide qu’elle apporte à la base de Souk Ahras et à la Wilaya n° 1 (traitement et soins aux malades et blessés, ravitaillement et habillement, etc.).

 


 

X

    Article (10/15)

De Gaulle et le 8 mai 1945

Proposé par Djaffer LAMANI (Ancien Moudjahed)

 


 

De Gaulle et le 8 mai 1945 - Roger Benmebarek- 9 mars 2012. De nombreux travaux évoquent les événements de Sétif du 8 mai 1945. Il reste pourtant soixante sept ans après, à en établir les vraies causes, le déroulement exact, le vrai bilan des pertes humaines et bien sûr, leur rôle dans l’évolution de la relation France Algérie. Ce n’est cependant pas l’objet de cette table ronde qui se borne à cerner la manière dont le général de Gaulle y fut confronté. Peu de documents impliquent directement le général de Gaulle dans les événements du 8 mai 1945 à Sétif : un télégramme d’une part ; la mention d’autre part, que lui-même en a portée 14 ans après, dans ses Mémoires de guerre.

Le télégramme émane du ministre de l’Intérieur, Adrien Tixier, adressé au gouverneur général de l’Algérie, Yves Chataigneau1. La phrase, extraite du tome 3 des Mémoires de guerre, paru en 1959, est la suivante : « En Algérie, un commencement d’insurrection, survenu dans le Constantinois et synchronisé avec les émeutes syriennes du mois de mai, a été étouffé par le gouverneur général Chataigneau ». C’est en partant de ces deux écrits que nous devons reconstituer la confrontation du général de Gaulle aux événements de Sétif et vérifier sa pensée vis-à-vis de l’Algérie. Le télégramme du 11 mai 3 Le message daté du 11 mai 1945, transmet aux familles des victimes de l’agression de Sétif la sympathie du général de Gaulle. Il affirme la volonté de la France de ne laisser porter aucune atteinte à sa souveraineté sur l’Algérie, annonce l’envoi des renforts militaires nécessaires pour faire respecter l’ordre public et maintenir l’autorité française. Il ordonne de réprimer tous agissements antifrançais d’une minorité d’agitateurs et affirme enfin que la France garde sa confiance à la masse des Français musulmans d’Algérie.

La date d’envoi du message gouvernemental, à 12 h 30, le 11 mai, est à souligner. Il est adressé alors que les obsèques des victimes, se sont déroulées la veille, le 10 au matin, à Sétif, en présence du gouverneur général et d’une foule européenne houleuse manifestant sa colère. Après Périgotville (Aïn el Kebira), le 8 au soir et Kerrata (Kherrata) le 9 au matin, le village de Chevreul (Arbaoun) a été dégagé, mais le 10 seulement, et les dépouilles des représentants de l’État, administrateurs à Périgotville, siège de la commune mixte de Takitount, enlevés le 8 mai après midi sur la route - dont la mort avait cependant été annoncée par les émeutiers pour inciter à la révolte - ne sont retrouvées que le 11 dans la matinée.

Les auteurs du télégramme l’ignoraient donc, tout comme l’ampleur des troubles et le nombre des victimes encore incertain ou pas totalement connu. Le premier communiqué de presse du ministère de l’Intérieur ne sortira d’ailleurs que le 14 et la presse n’évoquera les faits qu’à partir du 15 mai, censure oblige, l’état de siège n’étant pas encore levé. Mais l’importance accordée aux événements est plus encore à remarquer. Elle élargit le sens du message et donne une autre portée aux événements. On note l’instruction d’affirmer publiquement la volonté du gouvernement - le message sera lu le lendemain par le gouverneur lui-même devant les Délégations financières à Alger, tribune la plus solennelle - et l’exégèse attentive du texte fait observer qu’adressé aux victimes et aux responsables de l’ordre, il est surtout destiné à l’opinion internationale ; il sonne comme un avertissement. 1 Yves Chataigneau, diplomate, fut délégué de la France au Levant de 1943 à 1944, puis gouverneur général de l'Algérie, du 8 septembre 1944 au 11 février 1948. 2 Mémoires de guerre. Le salut. Éditions Pocket 2010 p.319 3 Texte en annexe 1. De Gaulle et le 8 mai 1945 - Roger Benmebarek- 9 mars 2012 3 Outre l’affirmation publique de la volonté de la France victorieuse - remarquons ce dernier mot - soulignons : ne laisser porter atteinte à la souveraineté de la France sur l’Algérie.

Un pays du camp des vainqueurs ne tolère pas la mise en cause de son intégrité territoriale et de sa souveraineté. Ce sont des termes du droit international. Le message est incontestablement dirigé vers l’extérieur. Notons : Des renforts militaires, non pas de police ; l’événement est un casus belli et non un trouble intérieur ; c’est une riposte armée qui convient. Agissements antifrançais, une minorité d’agitateurs. Il ne s’agit pas d’un soulèvement populaire, on dénonce une action subversive, un complot, Confiance est réaffirmée en la masse des Français musulmans : La masse est exonérée de tout soupçon et du même coup la politique musulmane entreprise par le gouvernement provisoire - la politique intérieure française - se trouve réaffirmée et hors du champ d’intervention de l’étranger ; il s’agit principalement de l’ordonnance du 7 mars 1944. Observons que l’appellation « Français musulmans » applique l’instruction toute récente, du 18 mars 1945, du gouverneur général Chataigneau bannissant l’usage du terme « indigènes ». La France donc, pas plus quelle ne tolère une agression extérieure, n’entend admettre une immixtion dans sa politique intérieure et à cet égard, il est opportunément rappelé que les musulmans d’Algérie sont des Français. Le texte est sans doute le fruit d’une concertation entre le cabinet du Général4 , le ministre de l’Intérieur Adrien Tixier et Yves Chataigneau et leurs cabinets. Il n’est pas signé du général, mais adressé au nom du chef du gouvernement ; compte tenu de sa portée, il ne peut qu’avoir reçu l’aval du général. Une agression inspirée par l’étranger.

Pour comprendre la portée internationale du message, il faut imaginer cette journée du 8 mai 1945 à Paris, chômée pour fêter la victoire, où parviennent au même moment dans l’après midi, les nouvelles d’Alger et du Levant. La biographie chronologique publiée par l’Institut Charles de Gaulle indique à cette date : « Avec la complicité des autorités britanniques, manifestations antifrançaises à Beyrouth, Alep, Homs, Hama et Damas ». Selon les Mémoires de Guerre, la complicité britannique ne fait aucun doute pour le général. Comment dès lors ne pas présumer un amalgame entre nouvelles de Syrie et nouvelles venues d’Alger ? Comment ne pas supposer qu’elles furent reçues et traitées de même manière, malgré un contexte différent, par des hommes particulièrement attentifs aux événements du Levant ? Ne négligeons pas le fait que de Gaulle, Yves Chataigneau, le directeur de cabinet de celui-ci, Paul Alduy5 , comme le général Catroux,6 y sont passés. Il est vraisemblable aussi que les événements de Sétif ont été mis en balance pour décider de la réaction française aux événements du Levant et inversement et quant aux moyens, de la capacité de la France d’envoyer des renforts sur ces territoires. Il reste que cette hypothèse d’une synchronisation, retenue à l’époque par le gouvernement ne pouvait qu’être partagée par cette étonnante conjonction d’hommes au récent passé commun au Levant.

En 1959, elle n’aura toujours pas quitté l’esprit du Général ; pour lui, l’agression du 8 mai venait de l’extérieur, notamment des britanniques. 4 Le directeur du cabinet du chef du gouvernement est Gaston Palewski, diplomate, Français libre. 5 Paul Alduy diplomate et préfet, qui fut chef du cabinet politique du délégué de la France au Levant, était directeur du cabinet civil et diplomatique d'Yves Chataigneau à Alger. Il sera sénateur-maire de Perpignan. 6 Le général Georges Catroux, ancien Ht-commissaire au Levant, nommé par de Gaulle, fut gouverneur général de l’Algérie en 1943-1944, et ministre de l’Afrique du nord du gouvernement provisoire en 1945. De Gaulle et le 8 mai 1945 - Roger Benmebarek- 9 mars 2012 4 Pourtant jusqu’à ce jour, aucune enquête, aucune recherche d’historien, n’ont établi une collusion significative entre agents britanniques et les troubles de Sétif, même si la circulation d’officiers anglais à Kerrata, le 9 mai, en plein drame, parut anormale - l’enquête était encore menée plusieurs mois après - et s’il est certain que des armes furent acquises de soldats anglo-américains - ce marché parallèle était florissant en Algérie après 1942 - et transportés à dos de mulets dans le massif des Babors, au nord de Sétif, rien ne permet d’établir l’ingérence ou la complicité, à Sétif, des alliés de la France, hormis la réputation anticoloniale de Roosevelt,. L’interprétation du Général étant ce qu’elle est, il faut la constater.

Pour autant, on ne peut arrêter là l’analyse de sa confrontation au drame du 8 mai. Si les événements de Sétif ont eu une origine autre que l’agissement de l’étranger, comment le Général y fut-il lié ? La décision d’éloigner Messali Hadj. 7 Une première cause saute aux yeux, à l’évidence : l’éloignement le 28 avril vers Brazzaville, du leader Messali Hadj, dont les manifestants du 8 mai à Sétif, réclamèrent à grands cris la libération ; cette décision émanait du général de Gaulle. Il faut donc remonter à l’incident qui s’est déroulé le 18 avril 1945 à Reibell-Chellala, chef-lieu d’une commune mixte du Sersou, à 200 kms au sud d’Alger. Le leader nationaliste, président de l’ex-Parti Populaire Algérien interdit, y était assigné à résidence forcée depuis 1943. Nombre d’historiens présentent l’affaire comme le prélude des événements du 8 mai 1945, mais ne l’interprétant pas de la même manière, des ambiguïtés subsistent sans diminuer l’importance du fait. En bref, le 18 avril 1945, lors de la conférence annuelle de l’achaba, 8 en présence du Préfet d’Alger, Louis Périllier, la notification d’un arrêté d’internement à quatre proches de Messali, tourne court. Les assignés prennent la fuite à la barbe des gendarmes, au milieu d’une foule complice. Trois jours après, le 21 avril, Messali est conduit à El Goléa, au sud de Ghardaïa et le 28, transféré à Brazzaville. Sans revenir sur le déroulement des faits diversement rapportés, on les retient comme un camouflet pour le préfet, s’étonnant toutefois que le secrétaire général l’accompagnant ait été chargé de procéder lui-même à l’arrestation.

Pourquoi procéder à une arrestation ce jourlà, sans discrétion possible, alors que l’ordre d’internement avait été signé dès le 8 avril. Il faudrait encore établir le lien éventuel de l’incident avec l’éloignement de Messali le 28 avril. S’agissait-il d’une maladresse du Préfet ou d’une manœuvre pour procurer un prétexte recherché pour faire décider par Paris, l’éloignement du leader nationaliste ? Messali était devenu vraiment encombrant depuis qu’à Alger, en mars, le congrès des AML (Amis du Manifeste et de la Liberté) l’avait proclamé « chef incontesté du peuple algérien » au plus grand dam du président des AML, Ferhat Abbas. Cette proclamation non prévue par les organisateurs du Congrès, devait beaucoup à Saad Dalhab, proche de Messali, celui-là même que justement, on voulut arrêter à Reibell-Chellala. L’intervention en personne d’un secrétaire général s’explique aussi, quand on sait que celui-ci était François Rey, ancien sous-préfet de Sétif, ami ouvertement affiché de Ferhat Abbas. Comment ne pas penser que cette procédure d’arrestation exorbitante des usages administratifs visait à plaire à Ferhat Abbas, sinon suivre une suggestion de sa part ? Abbas en 1945, était courtisé par 7 Lettres du 22 avril 1945 du ministre de l’Intérieur (CAOM 81 F866) et du 26 avril 1945 du gouverneur général, adressées nommément au Général de Gaulle. 8 Achaba, migration des nomades et troupeaux du sud vers les hauts plateaux du nord.

Une conférence intercommunale et inter administrative en réglait annuellement les modalités : parcours, lieux et conditions de pacage des troupeaux. De Gaulle et le 8 mai 1945 - Roger Benmebarek- 9 mars 2012 5 l’Administration algéroise, au plus grand dépit des administrateurs civils locaux, voire d’élus européens de Sétif. Abbas disait qu’on le craignait ; il aimait s’en vanter. En avril 1945, se manifestaient en Algérie deux courants nationalistes, l’ex-PPA de Messali et les Amis du Manifeste de Ferhat Abbas, les AML. L’audition des deux leaders au début de 1944, par une Commission des réformes présidée par le général Catroux, laissait penser qu’on prenait avec eux, le chemin du dialogue, mais il est vraisemblable que le « bourgeois » Abbas, autonomiste, effrayait moins le Gouvernement général, dont Augustin Berque, l’incontournable directeur des affaires musulmanes de 1941 à 1946 et même Chataigneau, que le « prolétaire » Messali, résolument séparatiste. Avoir deux fers au feu était de bonne stratégie ; les utiliser l’un contre l’autre n’était-ce pas mieux ? La tentative d’arrestation avortée de Chellala a pu être une phase de ce jeu de l’Administration entre les deux courants.

Plus étonnante est l’ampleur prise à Paris, au sommet de l’État, par l’affaire de Reibell-Chellala et cela nous ramène à notre sujet, le général de Gaulle. Adrien Tixier, ministre de l’Intérieur et le gouverneur Chataigneau, présent dans la capitale précisément, pour y évoquer le cas Messali, en font rapport le 22 avril, puis le 26 avril, au général de Gaulle ; ils dénoncent de manière tout à fait inhabituelle, en forme de vrai réquisitoire, le faux-pas du préfet Périllier et l’engagement de sa responsabilité9 dans cette atteinte au prestige de la France. Ils proposent le transfert de Messali à Brazzaville. Il ne fait pas de doute que l’éloignement du leader nationaliste a bien été soumis au général de Gaulle et finalement décidé par lui. Anne Rey-Goldzeiguer, Bertrand Haberbrusch, Jean-Louis Planche, voire JeanPierre. Peyroulou, divergent sur l’interprétation de l’incident de Reibell-Chellala, surtout avec le récit qu’en fait Jean Coutelen, administrateur adjoint présent sur les lieux. A.R-G y voit même la marque d’un complot du secrétaire général de l’Algérie, P-J Gazagne, dirigé contre la mollesse du gouverneur et du gouvernement ; le recoupement des archives ne permet pas de le penser. Mais maladresse ou manœuvre ou règlement de comptes entre préfets, toujours est-il qu’invoquant l’atteinte à l’autorité de l’État, on a obtenu du général de Gaulle la mesure d’éloignement souhaitée. Elle fut effective le 28 avril. Le 1er mai et le 8 mai, la libération de Messali servit de cri de ralliement.

Elle fut scandée par la foule à Alger, Oran, Bône, Sétif et dans d’autres villes. Les incidents de Sétif paraissent donc s’inscrire comme la suite de la décision du Général de Gaulle d’éloigner le leader PPA. Mais en étaient-ils vraiment la conséquence ? L’éloignement du leader ne serait qu’une cause apparente, car si le défilé s’est partout déroulé aux cris de « Libérez Messali » 10, pourquoi la violence ne fit-elle rage qu’à Sétif et comment expliquer la particulière sauvagerie dans les rues de la ville et dans les campagnes du nord de Sétif, des meurtres de 102 européens ? On sait que ces violences ont surpris l’état-major de l’ex-PPA lui-même qui, craignant de se voir dépassé, a lancé le 11 seulement, un mot d’ordre d’insurrection, pour le rapporter d’ailleurs presqu’aussitôt. Une autre version de la genèse de la décision du gouvernement d’éloigner Messali a donc ma préférence. 9 De fait, le préfet Perillier, futur résident à Tunis, poursuivra une brillante carrière préfectorale et politique. 10 http://www.mostefai.net/verite3.html S’il est établi aujourd’hui grâce à Chewki Mostefaï, ancien représentant du FLN à l’Exécutif provisoire en 1962, que c’est bien le Bureau de l’ex PPA à Alger, qui a décidé de manifester le 1er et le 8 mai 1945 et lors des défilés, d’y brandir le drapeau de l’ancienne Etoile Nord Africaine, ancêtre du PPA, mais en y proscrivant toutes armes, on en conclut que les débordements du défilé de Sétif et les tueries du nord de cette ville n’ont nullement été prévues par le parti nationaliste.

Des tueurs ont donc agi sans ordre, en marge des manifestations et hors de son contrôle. Organisés, puisqu’ils s’y sont préparés en forgeant des armes la veille, qui les menait ? Cela reste encore à préciser aujourd’hui. De Gaulle et le 8 mai 1945 - Roger Benmebarek- 9 mars 2012 6 La consultation approfondie des archives et les recherches que je mène actuellement dans le cadre d’une thèse à Paris IV, recentrent l’attention sur d’autres faits survenus dans la région nord de Sétif avant ce 8 mai tragique et le jour même. Elles me font conclure que l’éloignement de Messali et les violences de Sétif se rattachent à d’autres raisons. D’autres raisons justifiaient l’éloignement de Messali. D’abord, lors de réunions tenues à Constantine, le 14 avril 1945, il fut question de Messali et une information des renseignements généraux en date du 15 avril, remontée à Paris, était si alarmante qu’elle ne pouvait rester sans suite. Elle révélait un plan d’insurrection en Algérie, détaillé et précis, lié à la toute proche conférence des Nattions Unies de San Francisco.

Tenues en marge de la commémoration de la disparition de Ben Badis, fondateur des Oulemas, ces réunions ont élaboré le projet de faire libérer Messali et plus encore. La convocation à Constantine du président de la section AML de Périgotville, un centre du nord de Sétif, modeste tailleur qui n’hésita pas à braver le refus de sauf-conduit que lui opposa l’administrateur (celui-là même qui fut victime du guet apens le 8 mai), autorise à penser qu’il s’agissait avec lui d’installer Messali à la ferme Maïza, à 6 kilomètres de Périgotville. Dans cette localité, les bâtiments officiels furent étonnamment préservés lors des troubles du 8 mai - j’en ai fait personnellement le constat - voire protégés par les émeutiers11. C’est dans le massif des Babors qui l’entoure, que devait être proclamé un gouvernement que les Nations Unies auraient reconnu comme l’amorce d’un État algérien. Des réunions à Périgotville en avril 1945, le stockage d’armes dans la montagne et des complicités avérées dans le personnel de la commune mixte, suggèrent un complot. Ajoutons pour étayer cette thèse, le fait aujourd’hui avéré, confirmé par Roger Vétillard12, qu’à Sétif, le 8 mai 1945, les premiers crimes furent commis avant même le départ du défilé qui réclamait la libération de Messali. Dans ce but, des armes furent forgées la veille, par un forgeron du parc aux bestiaux de Sétif ; ceci veut dire que le complot fut préparé indépendamment de la manifestation populaire ; la dérive de celle-ci ne fut qu’en apparence, provoquée par l’éloignement du leader. La mesure d’éloignement répondait à une menace précise d’insurrection qui devait commencer ce jour là, le 8 mai, à Périgotville.

Mohamed Harbi, Guy Pervillé, Anne Rey-Goldzeiguer, Benjamin Stora qui les premiers, évoquèrent l’évasion de Messali et son installation à la ferme Maïza, ont eu tort de ne pas aller plus loin dans leurs investigations. Ces faits expliquent la brusque décision du gouvernement du général de Gaulle, de neutraliser au plus vite Messali, de l’éloigner quel que soit le risque de trouble de l’ordre public. Implication du général de Gaulle dans les événements du 8 mai 1945. Si la décision du général de Gaulle d’éloigner le leader répondait à la crainte d’une insurrection - répétons que lui-même n’a pas lié directement les violences du 8 mai à sa décision, y ayant toujours vu la main de l’étranger - on ne saurait affirmer, que l’attention qu’il porta sur ces événements et leur déroulement, lui permit une connaissance vraiment précise des opérations de maintien de l’ordre. Le Général n’en connut que la synthèse que lui en faisaient son ministre de l’Intérieur et le gouverneur général. Sur les points forts portés à sa connaissance, il a sûrement exercé son autorité, notamment : 11 Déposition devant un OPJ, le commissaire Vernet, du secrétaire de la section AML de Périgotville. 12Sétif, Mai 1945, Massacres en Algérie, Préface de Guy Pervillé, Éditions de Paris 2011. De Gaulle et le 8 mai 1945 - Roger Benmebarek- 9 mars 2012 7 - Une rapide reprise en main de la situation. Conformément à ses ordres, l’armée maitrisa le terrain dès le 12 mai. Il peut écrire : « commencement d’insurrection étouffé ». - La légalité des opérations de maintien de l’ordre. Souci ostensiblement affirmé dés le début des troubles, on pressent une consigne du gouvernement. 20 commissaires de la police judiciaire sont envoyés sur les scènes de crime dès le 9 mai et avec les premières unités militaires, on dépêche dans la nuit du 8 au 9, deux administrateurs civils en vue d’accompagner les militaires dans les Babors.

Du bilan de ces opérations, le Général ne put connaitre que le chiffre établi par les autorités, 1500 victimes. - Le démarrage immédiat de la phase judiciaire, le 15 mai. Le général de Gaulle a-t-il incité le ministre de l’Intérieur à conseiller la modération au commissaire du gouvernement près du tribunal militaire de Constantine, le Colonel Halpert ? C’est possible ; on ne peut que le présumer ; ce dernier s’est donné la mort sans laisser d’explication de son geste, immédiatement après un entretien avec Adrien Tixier à Constantine. - Un souci certain d’apaisement qui apparait dans l’action judiciaire, étonnamment clémente vu l’état de siège, après l’assassinat de 102 européens, quoi qu’on en dise aujourd’hui. Sur 134 peines de mort, 34 seulement furent exécutées ; sur 924 peines criminelles, 342 furent amnistiées et 382 soumises à examen en vue d’une grâce amnistiante ; les 876 peines correctionnelles furent toutes amnistiées.13 L’amnistie votée somme toute rapidement, le 9 mars 1946, au vu de sa date, a du être décidée et préparée avant que le général ait quitté la tête du gouvernement, le 20 janvier 1946. En conclusion, nous retiendrons s’agissant du général de Gaulle et du 8 mai 1945 : 1. Que le général de Gaulle s’est senti confronté à une agression d’ordre international ; il y a répondu en se plaçant au même niveau. La souveraineté de la France était en cause, l’exemple de la Syrie et du Liban lui donnant toutes raisons d’y penser. Interrogé lors de sa conférence de presse du 2 juin 1945 sur une éventuelle corrélation entre les événements de Syrie et le même jour et à peu près à la même heure en Algérie, la réponse du général n’est pas nette et reste encore à cette date, dubitative : « Le gouvernement a beaucoup de raisons d’inquiétudes ; il reste néanmoins optimiste, malgré toutes nos raisons de préoccupations ».

Il n’y a rien de moins obscur. 2. Qu’il n’a pas cru à un soulèvement populaire. Il est avéré depuis qu’il na pas eu lieu, comme le vocabulaire des communiqués de l’époque le faisait penser, les chefs militaires (Général Henry Martin, général Raymond Duval) étant encore marqués du souvenir du Maroc où ils étaient passés et de la guerre du Rif. 3. Qu’il a voulu que l’affaire fut traitée rapidement ; elle le fut. Il en fait le constat dans ses Mémoires de guerre. Sans doute ne voulait-il pas - parce qu’il ne le pouvait pas - engager des opérations militaires d’envergure, compte tenu des moyens nécessaires. 4. Qu’il prôna la modération, manifeste dans les suites judiciaires. Elle a pu dicter l’attitude du gouvernement provisoire après son départ. Les leaders furent libérés. Des protagonistes directs de la conspiration des Babors ont pu siéger dans les assemblées. Sur le fond, pour le général de Gaulle, la souveraineté française sur l’Algérie était sans équivoque en 1945, et la politique qu’y menait la France était du seul ressort français. Cette politique était dans la ligne de l’ordonnance du 7 mars 1944 ; les discours le prouvent. Celui de Constantine du 12 décembre 1943, en passant par celui du 12 octobre 1947 à Alger - Saint Eugène, se poursuit dans celui du 4 juin 1958 à Alger et se continue 13 Vr annexe : Bilan judiciaire au 10 juillet 1947. De Gaulle et le 8 mai 1945 - Roger Benmebarek- 9 mars 2012 8 dans celui du 4 octobre 1958 annonçant le Plan de Constantine. Tout montre que jusqu’à l’offre d’autodétermination de 1959, le général de Gaulle a maintenu fermement le cap du principe de « l’Algérie, ensemble de départements français », affirmé en 1943, et ce malgré les multiples tentatives d’internationalisation de l’affaire à l’ONU.

La cohérence de la pensée du général de Gaulle sur l’Algérie est flagrante ; son attachement quasi viscéral au respect de la souveraineté nationale autorise à penser qu’il n’a pu que ressentir « douloureusement » 14 l’issue de l’autodétermination algérienne, mais la raison d’État devait prévaloir. Interprétant d’autres mots du général, extraits des «Mémoires de guerre » (déjà cité) « à la condition, toutefois, que nous nous tenions droits et fermes, comme une nation qui sait ce qu’elle veut, ne revient pas sur sa parole, mais exige qu’on soit fidèle à celle qu’on lui aura donnée. Cette directive, je l’ai lancée à partir de Brazzaville. A présent, c’est en Indochine et en Afrique du Nord qu’il nous faut d’abord l’appliquer », disons que dans son esprit, il apparait que la IVe République s’est détournée du cap fixé. Il est alors permis de se demander si de Gaulle resté au gouvernement après le 20 janvier 1946, le problème algérien n’aurait pas pris une autre tournure dés avant 1954. Roger Benmebarek, préfet honoraire Annexe 1 : Message du 11 mai 1945 Adressé à GOUVERNEUR GENERAL ALGER Diffusion : CAB/C CAB/DP CAB/M SG Par : MINISTRE INTERIEUR PARIS 34166 PARIS 0256544 102 11 1230 Primo - Veuillez transmettre aux familles des victimes agression de Sétif la sympathie du Général de GAULLE et du Gouvernement tout entier. Secundo - Veuillez affirmer publiquement la volonté de la France victorieuse de ne laisser porter aucune atteinte à la souveraineté française sur l’Algérie - Tertio- Vous recevrez incessamment tous renforts militaires nécessaires pour faire respecter ordre public et maintenir autorité française - Quarto - Veuillez prendre toutes mesures nécessaires réprimer tous agissements anti-français d’une minorité d’agitateurs -Quinto -Veuillez affirmer que la France garde sa confiance à la masse des Français musulmans d’Algérie. 14 Selon l’amiral Philippe de Gaulle. De Gaulle et le 8 mai 1945 - Roger Benme

 


 

X

    Article (11/15)

Deux légendes de la guerre de libération

Proposé par Djaffer LAMANI (Ancien Moudjahed)

 


 

Ah! Si ces arbres savaient parler comme dans les contes de fée pour nous révéler les grands secrets inavoués à ce jour; de l’histoire de la révolution Algérienne, secrets concernant cette zone particulière de l’Algérie, et de ses habitants.
En effet, c’est devant ces 2 arbres et sous leur ombre que fut prise la décision fatale; celle de passer du mouvement politique à la lutte armée par les 31 héros de l’Os (organisation spéciale). En l’occurrence Benbella; Reguimi; Mohammed Maroc, Ait Ahmed, Yousfi, C’est, et tant d’autres valeureux guerriers sous la férule de Belhadj Djillali Abdelkader. ( Voire précedent article : Qui Est Kobus ? )

Ces deux caroubiers appartenaient à la ferme de ce dernier, dans la région de Zeddine commune de Rouina (à cette époque), située à 160 Km à l’Ouest d’Alger
Cela se passait par un jour de décembre 1948. Le peuple Algérien venait de panser ses plaies du 8 Mai 1945, que Kobus (nom de guerre), de son vrai nom Belhadj Djillali Abdelkader originaire de Zeddine convaincra les membres d’Etat-major de l’OS de siéger leur réunion chez lui dans sa propre ferme pour décider de l’action armée.
Ces militants qui appartenaient au parti MTLD-PPA et qui étaient indécis de l’avenir de leur mouvement devaient choisir entre participer au vote ou prendre les armes.

Ils devaient s’entraîner au maniement des armes, aux combats d’attaque et de riposte et toutes tactiques de guerre: chose que Kobus leur assura. Car c’était un militant qui a grandi les armes à la main, fils d’un lieutenant de l’armée française, on l’appelait dans son Douar Oueld-el-fessiane (fils de l’officier). Une fois l’entraînement des soldats assuré; tous les membres, à l’unanimité optent pour la lutte armée; lutte qui va changer le destin des Algériens du néant à l’indépendance et la liberté.

Cette décision est prise dans la ferme de Ould fessiane où l’on voit dans cette photo ses ruines. Et dire que ces dernières ont abrité les débuts de la révolution Algérienne ainsi les 31 Héros de l’Os (Voir Origine 1er Novembre 1954) qui par la suite ont pris les armes de la guerre qui a aboutit à l’indépendance de Notre Pays Ces arbres relatent encore leur âmes et leur présence, il faut y mètre pour le savoir. Ces décideurs de la lutte armée, qui par la suite vont devenir des chefs d’état et des hauts cadres et responsables sont tous passés par ces ruines sans valeur, désolées et désolants, voire même inaperçues. Ils ont été tous initiés à la manipulation des armes dans cette ferme, la plupart d’entre eux pour la première fois de leur vie

Voila ce qui reste de la caserne de Kobus où plus de 1600 soldats ont été formé ; ces mêmes soldats destines à combattre la rébellion vont par la suite des événements renforcer les rangs du maquis

C’est dans ces vieilles maisons, que les fondateurs et pères de la guerre d’Algérie se sont entraînés pour la première fois, pour engager une lutte qui va embraser toutes les casernes françaises avec un engagement de non retour
C’est pour cela que ces régions méritent des éloges ne serait ce qu’un respect et la reconnaissance des faits. Car qu’on le veuille ou non, cette ferme fait partie de l’histoire Algérienne et de la reprise de conscience du peuple et de sa bravoure. N’est elle pas le berceau de la révolution? C’est ici que le président Ben bella a reçu la première arme des mains de Belhadj; cette arme qui va faire l’objet du 1er attentat à Oran et donner un coup de boutoir à toute la suite de la révolution (Voir Journal Benbella)


C’est en bas de cette photo qu’on voit la maison de Ould Fessiane dont les poteaux démolis. C’était là qu’il organisait son armée, on racontait qu’elle se composait de plus 1500 soldats; tous entraînés par lui à l’art du combat, dans sa ferme où tous les membres de l’Etat-major ont été initiés par lui au combat, ils venaient de toutes les régions. d’Algérie, ils les formait pour 1 semaine dans sa ferme, et qui eux mêmes par la suite, passaient à leur tour, leur savoir à d’autres soldats dans leurs régions respectives. C’est à Zeddine que fut le déclic d’une lutte armée. Chaque groupe de soldat passait une semaine d’instruction dans la ferme Kobus ,jusqu’au jour où on l’alerta que l’armée française était sur le point de faire un rapt chez lui, alors on changea le lieu de réunion et d’instruction vers Blida et là Belhadj voit tous ses rêves changer en cauchemars, mais il continua son rôle de N02 de l’OS à Blida où ils furent tous capturés par les services spéciaux français ; et là débuta ses malheurs ;car sous l’effet de la torture et des sévisses endurés, il reconnaît les faits de l’OS.

Cette reconnaissance lui était fatale jusqu’a son dernier soupir où il rendit l’âme car c’était contraire au règlement. Cet homme, No 2 de l’OS, le plus dur de tous, se voit écarté du peloton, redouté même et voit sa personnalité s’amenuise, d’où ses rapports avec ses collègues commençaient à se périclitée jusqu’a devenir conflictuels. Et là dieu seul sait, peut être! il a succombé aux avances des services spéciaux français. Qui peut rester insensible a la tentation sinon aux sarcasmes, ou peut être par vengeance de son humiliation. Déchu, révolté, Il créa l’ALN, une armée avec deux 2 drapeaux Français et Algériens pour combattre la rébellion Algérienne qui était officielle sous l’emblème du FLN. Ainsi il signa son arrêt de mort. Il forma à coté de sa ferme la plus grande armée Algérienne sous direction française, et il mena plusieurs combats fratricides à ses collègues. Le nombre de ses soldats était estimé à plus de 1600, tous armés par l’occupant français

Quel que soit ses intentions, à l’instar de ses prédécesseurs ; son assassinat déclencha un ras de marée de ses soldats qui ont rejoins le maquis le lendemain de son exécution, la guerre était acquise donc, car si l’esprit de la volonté était chez ses exécuteurs, il leur avait céder des vrais bras combatifs en la personne de ses soldats.
Quel que soit la raison de son acte, en toute évidence, ses intentions étaient l’Algérie et la liberté. N’oublions pas, les procèdes utilisées par l’une des meilleures armées du monde envers les algériens de cette époque. On ne peut porter de jugements ni de position maintenant mais cette Algérie est bel et bien Libre et Indépendante et à jamais.
L’une des maisons de Belhadj ou il grandit dans les armes, la seule activité qu’il manifesta jusqu’a la fin de ses jours c’était sa passion. On racontait que dés son plus jeune âge il ne montra aucun goût sauf pour le combat ce qui lui valut d’être à la tête de la fondation de la première armée Algérienne combattante et guerrière et No 2 de l’Organisation spéciale et instructeur de soldats, Voire même dans sa ferme au risque de sa vie et celle de sa famille. Il fallait le faire pour comprendre ensuite la déchéance et quelle déchéance !


On peut voir les deux chambres couvertes de tuiles qui devaient servir de prison, de part et d’autres de ces maisons il y avait l’infirmerie et la pharmacie. Cette caserne depuis l’incident de Belhadj est, à ce jour, inhabitée comme hantée par son âme. C’est sur cette photo où on voit cette roche que le sieur Belhadj a rendu son âme, il a servi d’exemple, non pas à ses soldats seulement mais à toute une région qui est restée consternée jusqu’à présent. Rien qu’en évoquant le nom de Ould Fessian les gens ont la chair de poule.
Son cousin racontait avec regret qu’il était présent le jour de son ultime heure, il avait 12 ans; tous les soldats l’appelaient de son prénom car il leur rendait d’innombrables services d’après lui.


Ce jour là 28 Avril 1958, Belhadj était assis devant son bureau qu’on peut voir démoli, en bas de la photo droite. Il était accompagné de ses fidèles subordonnés en l’occurrence; de leur nom de guerre, Hamid, Madjid, el Maroki et Rachid. Il leur tournait le dos et était devant la fenêtre .Son cousin racontait comme si cela date d’aujourd’hui, qu’il était dehors quand l’un des 4 subordonnés lui tira dans le dos. Il affirma avoir vu Kobus, malgré grièvement blessé il a pu joindre sa voiture à coté de cette roche (photo de gauche) où on le rejoignit pour lui assener le coup fatal (ensuite faire de lui l’exemple le plus cruel jamais vu) ce qui poussa à l’insurrection de tous les soldats. Seule cette roche qui a goutté au sang de Belhadj renferme dans sa mémoire les derniers soupirs de la légende de ce dernier.

Malgré tous les dires qui courent sur le compte de ce dernier qu’elles indignent ou honorent. Cet homme était et demeure dans l’histoire de l’Algérie;le premier à encourager les moudjahidine a toucher des armes et les utiliser dans un seul but combattre pour l’ALGERIE. Quoi qu’il fut; (Voir article : Origines 1er Novembre), il a participé a fonder l’OS, il a instruit les plus valeureux guerriers Ait Ahmed, Benbella, et autres, tout ça chez lui dans sa ferme pour la première fois dans l’histoire. Il a payé de sa vie.
C’est pourquoi, si ce n’est pas lui, sa région mérite une reconnaissance
Cette route semble mener nulle part, jadis était le sentier d’où a jaillit la première étincelle qui illuminera toute l’Algérie. Demandons le à Benbella, Messali, Ait Ahmed, C’est et tous ces autres valeureux guerriers.


En somme si Machiavel pensait que: »la fin justifié les moyens « dans une époque d’affrontement, et de guerre, vint ensuite Lenine pour dire que : Nulle révolution n’est reconnue si elle est en mesure de se défendre A quand l’humanité ne saura ni l’une ni l’autre ? Albert Camus disait dans ce sens : Quand le meurtrier, et la victime auront disparu la communauté se fera sans eux. Et pour finir l’apôtre de la paix Alfred Nobel pensait que toutes les guerres menaient à une paix et que la vraie guerre du 21esiecle c’est la guerre surtout aux maladies incurables(sida,cancer,Parkinson), de la préservation de l’environnement(océans,fleuves,déchets nucléaires,l’ozone,co2 ,effet de serre), croissance démographique,famine,l’eau potable, crime organisé. Les faits mentionnés dans ce recueil nous ont été révélés par le cousin de Belhadj et les habitants de Zeddine – Rouina, et en se referant aussi au livre Les Origines du 1er Novembre et l’article Kobus, et le journal Ben Bella Non sans oublier de signaler l’accueil des cousins de Belhadj et leur générosité, en effet ils nous ont ouvert leur coeurs et leurs bras. Ils se sont sentis comme délivrés d’un lourd fardeau en nous racontant cette légende

 


 

X

    Article (12/15)

L'affaire Kobus

Proposé par Djaffer LAMANI (Ancien Moudjahed)

 


 

Kobus, de son vrai nom Belhadj Djillali Abdelkader, est un ancien militaire formé à l’école de Cherchell. Fils d’un lieutenant de l’armée française, il adhère au PPA-MTLD, fréquente l’aile la plus radicale, pour devenir numéro deux de l’OS dont où il est chargé de l’entraînement militaire.

En cette fin des années 1940, Kobus est très connu des militants, mais aussi de la direction. Il est si puissant qu’un congrès du MTLD se tient dans le haouch (ferme) familial à Zeddine, à l’époque une toute petite localité située dans la wilaya de Aïn-Defla, en retrait de la route Alger-Oran, en allant vers l’Ouarsenis.

Le démantèlement de l’OS par la police française aboutit entre autres à l’arrestation de Belhadj Djillali. Malgré les consignes de l’Organisation, il reconnaît les faits. C’est, pour lui, le début de la déchéance.

Il est mis en quarantaine jusqu’à sa sortie de prison en 1955. Les militants se méfient de lui. Il tente de prendre contact avec le FLN-ALN mais personne ne veut de lui. Au sein du FLN, il est fortement soupçonné d’avoir été retourné par les services spéciaux français, qui veulent l’injecter au sein de l’ALN.

Cette méfiance, ajoutée au dépit d’un homme qui a été au sommet et se voit rejeté, en fait une proie facile pour les services spéciaux français, qui le poussent à monter un maquis parallèle à celui de l’ALN.

Son prestige auprès de ceux qui l’avaient connu dans les années quarante reste cependant important. Ils lui font confiance, peu d’entre eux pensant à une trahison. Bon organisateur, il monte rapidement une milice dans la région de Zeddine, se procure des armes auprès des autorités françaises, organise des unités, et promet de passer à l’action armée.

Il réussit à faire illusion pendant de longs mois. Il hisse les drapeaux algérien et français côté à côte, parle comme un chef de guerre sur le point de passer à l’action, tient un discours nationaliste, et s’en prend au FLN-ALN dont il qualifie les militants de « communistes », « aventuriers » ou « bandits ». Seuls quelques hommes très proches de lui semblaient réellement être au courant de ses projets.

Fin 1956, il disposait de plus 500 hommes, dans des cantonnements situés entre la route Alger-Oran et l’Ouarsenis. Il a recruté dans la région, mais aussi à Alger et dans de nombreuses villes, où il était connu comme ancien militant nationaliste.

A partir de début 1957, commencèrent des accrochages entre ses milices et l’ALN. Mais toujours aucune action contre les forces coloniales. Le doute commença alors à s’instaurer parmi ses hommes, dont certains prennent contact individuellement avec le FLN et le rejoignent.

Kobus poursuit ses actions contre le FLN-ALN. Il coordonne son action avec le bachagha Boualam, dont les troupes se trouvent un peu plus à l’ouest, dans la région de Beni Boudouane.

En 1957, durant le Ramadha, le commando Djamel, dirigé par Si Mohamed Bounaama, alors capitaine, chef de la zone trois, lance une attaque contre le fief de Kobus. Cette fois-ci, l’aviation française intervient ouvertement, pour la première fois, aux côtés de Kobus.

Le doute n’est alors plus permis. Des hommes, de plus en plus nombreux, cherchent une issue pour rejoindre le FLN. C’est le cas notamment de l’un de ses proches, Ahmed Belkacem, que Kobus décide d’exécuter lui-même.

Rachid Bouchouci, responsable des liaisons et renseignements de la zone trois, multiplie les contacts avec les hommes de Kobus. Il ne s’agit plus, désormais, de l’éliminer seulement, mais de faire un exemple, de renverser la vapeur, et de tirer le maximum d’armes de l’opération. Ceci après les précautions d’usage. Les dirigeants de la Wilaya acquièrent la conviction totale que la majorité écrasante des hommes de Kobus l’avait rejoint en pensant réellement œuvrer pour l’Algérie, et qu’ils ne cherchent qu’une issue pour se rattraper. La pression de leur part se fait forte, et il faut leur demander de patienter pour bien préparer l’opération.

Si M’Hamed Bougara, chef de Wilaya, donne son accord pour que les hommes de Kobus rejoignent l’ALN, à condition de ramener leur armement et la tête de Kobus. Ce sera fait dans la nuit du 27 au 28 avril. Près de 1.000 hommes rejoignent les monts de Amrouna, sur les contreforts de l’Ouarsenis, avec armes et bagages et la tête de Kobus. Près de 800 d’entre eux sont armés, bien que leur armement ne soit pas très perfectionné qu’ils ne ramènent aucune arme lourde : les services spéciaux français s’étaient montrés prudents et avares en dotation pour Kobus.

L’armée française lança aussitôt une opération de poursuite gigantesque, tant l’enjeu était important. Elle dura trois jours entre Amrouna, Bethia et jusque dans la forêt El-Medad de Theniet El-Had. L’aviation fut utilisée de manière intensive, et les pertes parmi ceux qui venaient de rejoindre l’ALN furent très élevées. Plus de cent d’entre eux furent tués avant même d’être intronisés au sein de l’ALN.

Les rescapés furent disséminés à travers les zones et secteurs. Beaucoup cependant manquaient s’entraînement et de formation, e-t succombèrent rapidement.

L’histoire de Kobus était close.

 


 

X

    Article (13/15)

Trois réactions "algériennes" sur l’avenir de l’Algérie : 1830-1834

Proposé par Djaffer LAMANI (Ancien Moudjahed)

 


 

Les premières années de la colonisation française restent une période de l’histoire coloniale algérienne peu connue ou peu étudiée. Très souvent, l’histoire se focalise sur la résistance du peuple algérien à travers des personnages illustres tels que l’émir Abdelkader ou Ahmed Bey, et tant d’autres. Qu’en est-il de la résistance politique ? Comment la question algérienne allait-elle être abordée sur un plan politique pendant que dans les zones rurales on préparait la résistance et l’offensive ? Pour ce faire, la présente étude met en scène trois personnages : Hamdan Khodja, Ahmed Bouderba, et le cheikh al Hadj Sidi Saadi, tous aussi différents des uns des autres de par leur prise de position et de leur appartenance communautaire. Ils n’hésiteront pas à défendre les intérêts de la société, chacun selon sa propre perception des faits. Même si leur démarche laisse paraitre une controverse ou prêter à confusion, il n’en demeure pas moins que tous œuvraient pour un même et unique but qui était : sauver l’avenir de l’Algérie.

Résistance politique, Algérie, colonisation Alger 1830
1 - Hamdan Khodja et sa politique libérale Ses prises de positions
2 - Ahmed Bouderba et sa politique de coopération
3 - Hadj Ali sidi Saadi

Même si la résolution de conserver Alger avait été définitivement prise le 20 juillet 1830 ; aucune décision réfléchie n’avait été réfléchie pour convenir de l’avenir de la future Algérie : « Alger était tombée entre nos mains, il s’agissait maintenant de décider ce que nous ferions de la Régence. Malgré le soin avec lequel il s’était appliqué à réserver notre liberté d’action, M. Polignac était encore incertain sur ce point ». Divers documents font référence à des projets étudiés et proposés au cabinet de Polignac, tels que restituer la Régence à la Sublime Porte sous certaines conditions, la partager entre les États européens, ou la céder à l’ordre de Malte, mais rien dans l’immédiat ne laissait envisager une colonisation totale.

La politique de la France, pendant les quatre premières années de sa présence, fut caractérisée par l’incertitude et l’inquiétude d’où la politique d’improvisation que menèrent les chefs militaires de cette époque. Ces derniers administrèrent Alger selon leurs aspirations et priorités du moment : adaptant leurs démarches et leur commandement en fonction des réalités du terrain, des chefs indigènes influents, ainsi que des populations locales qui allaient devoir composer avec l’arrivée des futurs colons. La société de l’ex-Régence allait, une fois de plus, changer et devoir composer avec de nouveaux schèmes de pensées venus d’un monde tout à fait différent du sien, de sa langue, de sa religion et de ses mœurs. Mais sur un plan politique, qui allait, parmi cette société et en ce début de colonisation, s’imposer pour défendre l’avenir de l’Algérie ?

Avant de répondre, il nous semble important de revenir sur la structure sociale de la Régence d’Alger à la veille de conquête française. A la mort de ses deux frères (ʽArūğ et ᾿Isḥāq) lors de la bataille de Tlemcen en mai 1518 contre les Espagnols, Ḫayr al-Dīne se retrouve avec un héritage qu’il ne peut défendre seul, il fait appel au sultan ottoman Selim Ier afin de se placer sous sa protection. La même année, Alger fait officiellement partie de l’empire ottoman. Le pouvoir devient vassal, il est soumis à l’autorité suprême du sultan. Par la suite, ce pouvoir passa par différentes phases avec la même constante qui est : le pouvoir restait aux mains de la gent militaire, laquelle prenait plus d’assurance et affirmait son autonomie : donc une république militaire semi-indépendante. Alger évolua d’un état de vassalité à celui d’un État-Empire autonome, jouissant d’une indépendance de fait, prenant ses propres décisions, mais qui restait rattachée à l’autorité turque, l’assurant de sa loyauté et de sa fidélité. Un État dans lequel gravitaient plusieurs communautés :

Les Turcs et leur milice des janissaires, représentants absolus du pouvoir exécutif. Ils occupaient les plus hautes fonctions de l’État. Si au début du XIVesiècle, ils restaient en retrait des nationaux. Au XIXe siècle, ce n’était plus le cas ; c’est-à-dire avaient fini par s’intégrer et à assimiler les systèmes de croyances et de valeurs de leur nouveau pays et à réussir leur intégration.

Les Kouloughlis, cette classe désignait les métis nés d’un père Turc ou d’une Mauresque ou d’une Indigène, même s’ils étaient issus d’une noblesse, il n’en demeurait pas moins qu’ils étaient inférieurs aux Turcs. Ces derniers avaient peur qu’ils ne se dressent contre eux et ne prennent le pouvoir, comme ce fut le cas en 1595, appuyés par les Kabyles, mais le projet fut découvert et il se termina par un massacre. Plus tard, la révolte de 1633 essuya un terrible échec et subit une répression implacable ; les rescapés réussirent à se sauver et se réfugièrent dans les montagnes, et se baptisèrent les « Zouatnas ». Ils se mirent à la culture des oliviers ; d’ailleurs c’est de là que leur vint leur nouvelle appellation. Dès le XVIIIe siècle, le statut des Kouloughlis évolue. Ils progressent dans la hiérarchie sociale et se voient confier des postes dans l’administration et la politique.

Les Maures, réfugiés d’al-Andalus, représentaient la classe bourgeoise des cités. Ils vivaient en retrait des autres populations autochtones. Ils n’occupaient pas vraiment de postes politiques mais exerçaient leur influence par les mariages avec les hauts fonctionnaires turcs.

Les Arabes et les berbères Kabyles et Mozabites formaient une quatrième classe, les premiers semi nomades ou nomades occupaient les plaines, et les seconds, les montagnes qualifiés par certains auteurs comme indépendants.

Chacune de ces communautés et en fonction de son environnement, rural ou citadin, formait une sorte de microsociété, qui obéissait à une hiérarchie constituée de trois classes sociales : les djouads représentants de l’aristocratie militaires de l’épée, suivaient les chorfas (les hommes de religion), et enfin les hadars représentants la classe bourgeoise des cités.

Aussi, il ne faut pas oublier les communautés minoritaires que constituaient les israélites et les esclaves. La communauté israélite était répartie en trois catégories : les Juifs indigènes, les Juifs andalous, et les Juifs livournais. Ces derniers bénéficiaient de privilèges et étaient dispensés des interdits. Ils deviennent en quelques années les confidents et banquiers des deys. Quant aux esclaves, généralement des noirs, ils provenaient soit des razzias que certaines tribus alliées des Turcs effectuaient dans le grand Sud d’où elles ramenaient les prisonniers pour les revendre sur le marché de Biskra, de Bou- Saada ou M’sila… , soit de de la filière des traites marocaines, soudanaises ou nigériennes qui se chargeaient de leur vente dans les grandes villes. Il arrivait, aussi, que quelques fois, lors des razzias qu’effectuaient les tribus makhzen, que des Arabes et des Kabyles soient capturés, ces derniers étaient revendus aux grands de la bourgeoisie des grandes cités. Quant aux esclaves chrétiens, ils étaient pris lors des courses des corsaires.

Ainsi, La société, à l’époque ottomane, formait un conglomérat de populations où se greffaient différentes mentalités et ethnies ; une société à la fois homogène et hétéroclite administrés par les institutions beylicales. Une hiérarchie qui met l’accent comme le souligne J.-C. Vatin sur : « la prépondérance d’une aristocratie composée de deux éléments : militaires étrangers ou assimilé d’une part, Turcs et Kouloughlis et autochtones, grandes familles de commandements et grandes familles maraboutiques d’autre part ».

Après la reddition du Dey Huseïn et l’effet de surprise passé, l’heure était à l’organisation politique et à l’action offensive. L’administration ottomane n’existant plus, il fallait trouver des intermédiaires capables de représenter la Régence et de défendre les intérêts de ses populations. C’est dans ce contexte, et en parallèle de la résistance armée populaire menée à l’Ouest par l’Emir Abdelkader et à l’Est par le Ahmed Bey, que la politique algérienne allait faire ses premiers pas à travers des hommes cherchant à s’imposer comme les nouveaux interlocuteurs : les représentants d’un ordre nouveau. Le rôle politique qu’ils jouèrent, reste peu connu ou n’a pas eu l’intérêt qu’il méritait.

Nous tenons à rappeler que ce travail est une étude qui cherche, avant tout, à mettre en avant les premiers acteurs de la politique algérienne, et cela dès les premières années de la colonisation, de même que leur ligne de conduite vis à vis de cette nouvelle donne, ainsi que leur position envers la société « algérienne » telle qu’elle était à l’époque. C’est-à-dire restituer les faits et leur interprétation dans leur contexte historique sans aucune lecture nationaliste ou colonialiste.

Pour le besoin de cet article et afin d’illustrer notre analyse, nous avons choisi trois figures : Hamdan Khodja, Ahmed Bouderba, et Hadj Ali Sidi Saadi.

L’importance de ce choix réside dans le fait que chacun d’entre eux appartenait à une communauté différente. Dans le cas de Hamdan Khodja, Kouloughli d’origine, ses prises de positions restent plus au moins ambigües, difficiles à cerner par moment : d’une part il était pour une indépendance du pays, tout en souhaitant voir Alger restituée aux Ottomans, tout comme il n’était pas contre un protectorat français où le pouvoir serait entre les mains d’un musulman. A l’inverse, Ahmed Bouderba, morisque d’origine, était pour collaborer et accepter la colonisation, à condition que la Régence soit sous domination française, tout en étant dirigée par un arabe. Ce qui n’était pas le cas pour Hadj Ali Sidi Saadi, lequel était prêt à se soumettre à condition que le trône d’Alger lui revienne.

 

1 - Hamdan Khodja et sa politique libérale

Kouloughli de naissance, proche de l’oligarchie turque, Hamdan Khodja serait né à Alger en 1773. Il apprit le Coran auprès de son père qui était enseignant théologien à Alger, fonction qu’il reprit à la mort de ce dernier. Après ses études primaires, il fut envoyé à Istanbul pour y poursuivre ses études de théologie. A son retour, il enseigna quelque temps, fonction qu’il abandonna pour se lancer avec son oncle dans le commerce. Ses nombreux voyages lui permirent d’apprendre le français et l’anglais ; à ce sujet, nous devons être assez prudent quant à son niveau car lui-même reconnaissait que son niveau de français était assez modeste : « Ce consul (Deval) parlait aussi mal la langue turque que moi la langue française et n’en connaissait ni les nuances ni la délicatesse ». Après l’occupation d’Alger, il fut nommé membre de la municipalité que Bourmont constitua. Selon H. Khodja, ce n’était qu’une mascarade, car : « Les délibérations étaient silencieuses et pour la forme ; enfin notre participation était nulle au fond ».

Face aux exactions commises par les troupes françaises, il rédigea en 1833 un manuscrit qui se voulait à la fois historique et politique, Aperçu historique et statistique sur la régence d’Alger, intitulé en arabe al Mir’āt’ (Le Miroir). Un témoignage qui demeure avant tout, un plaidoyer et un réquisitoire : un plaidoyer en faveur de la Régence et un réquisitoire contre l’administration de Bourmont et de Clauzel. Le manuscrit a été écrit par lui en arabe, et a été traduit en français par H.-D. Oriental et publié à Paris en 1834 aux éditons Goetchy fils et Cie.

Les initiales H.-D. nous poussent à croire que le travail de traduction fut l’œuvre du Tripolitain (Tripoli d’al Gharb) : Hassouna Daghiss. Ce dernier, sur l’initiative de son père reçut une éducation européenne. Il commença sa carrière politique comme ambassadeur à Londres où il se lia d’amitié avec le philosophe Jérémie Bentham. Puis en 1826, après son retour à Tripoli, il fut nommé par Youcef Karamanli ministre des Affaires étrangères. Avec Jérémy Bentham, il complota dans le but de renverser le pacha, mais se ravisa au dernier moment. Il prit la fuite et se réfugia à Istanbul où il eut la direction du Moniteur ottoman, premier journal francophone destiné aux populations de l’Empire. Ce qui est sûr est que Hassouna Daghiss, était un homme d’influence, sa carrière a fait de lui un homme aguerri aux affaires politiques, et surtout qu’il maitrisait le français et l’anglais.

Pourtant, nous ne pouvons ni affirmer ni infirmer si c’est bien lui l’auteur de la traduction, car H. Khodja, lui-même, ne le confirme pas. Ce dernier, dans une lettre datée du 28 décembre 1833 qu’il adresse au général Voirol, écrivit que l’ouvrage a été imprimé à Paris et, que son fils Hassan en aurait reçu un exemplaire qu’il devait remettre à la Commission. Chose qui n’a pas pu se faire car le livre arriva tardivement. Par contre, il ordonna à son fils de le remettre au général afin qu’il examine son travail : « J’ai donné ordre à mon fils de vous le remettre et je réclame .de votre justice d’examiner ce travail sans faire attention à son auteur, car chacun écrit d’après l’éducation qu’il a reçu et de son propre jugement ». D’ailleurs, ce qui est singulier c’est que dans le Miroir, il ne fait aucune allusion à l’aide que lui aurait apportée Daghiss : en effet, la seule fois où il parle de lui, c’est quand il souligne la traduction que fit ce dernier de l’œuvre de Vattel14, traduction qu’il a fait du français vers l’arabe.

La question est : pourquoi ne l’a-t-il pas clairement spécifié, étant donné qu’il ne manque pas de le féliciter pour son travail de traducteur : « Je ne lis pas le français, cependant j’ai bien connaissance de la traduction fidèle en arabe, que M. le chérif Hassuna Deguiz a faite du droit des gens de Wattel ».

Le texte original en arabe du Miroir n’a jamais été retrouvé, seule la version en français existe ; et c’est à partir de cette dernière, qu’il fut traduit, présenté et commenté en langue arabe par Mohamed Larbi Z’biri. Non pas que nous voulions mettre en doute l’authenticité ou réfuter l’ouvrage, là n’est pas l’ objet de cette étude, mais nous sommes bien obligés d’admettre que l’original nous aurait mieux permis d’appréhender toute la richesse du texte et d’en exploiter les idées et, surtout de mettre fin aux doutes et aux rumeurs qui supposaient que le manuscrit avait été écrit par un publiciste français, donc n’aurait jamais été traduit. D’autre part, il existe une autre publication du Miroir où le texte est suivi d’une réfutation des amis du maréchal Clauzel ainsi que d’une réponse à la réfutation.

En 2009, lors du symposium organisé à Alger, portant sur thème « L’Algérie, durant la période ottomane : Les relations politiques, économiques et culturelles », les Archives Nationales d’Alger (A.N.A) se sont vues offrir par le gouvernement turc, deux manuscrits écrits en langue arabe. Le premier, intitulé Le miroir de l’Algérie, écrit en 1837 par Mohamed Redha, le fils de H. Khodja et le second est une copie d’un deuxième livre de H. Khodja dans lequel il traite et appuie les réformes engagées par le sultan ottoman, Abdelhamid II ».

Le Miroir se divise en deux parties. La première est répartie en douze chapitres, les six premiers sont consacrés à décrire le pays, les habitants en faisant d’eux des êtres attachants, respectueux de leurs traditions ancestrales. Nous remarquons que pour désigner les habitants : Algérois, Kabyles, Arabes, Turcs ou Kouloughlis, il utilise le mot « Algériens », est-ce à dire que déjà les notions d’Etat et de nation avaient pris forme dans son esprit, et que de ce fait, il pouvait les appliquer à la Régence en rassemblant les différentes communautés qui se côtoyaient sans vraiment avoir à l’esprit ce sentiment d’unité ? Était-il le seul à le penser ou bien d’autres partageaient-ils sa vision ? Car par rapport aux correspondances qu’il adressait à l’administration turque, et telles qu’elles ont été traduites en arabe, nous pouvons observer que les vocables utilisées généralement pour désigner les populations sont « ‛ahl » ou « raʽiyya » ou sujets ou tout simplement il oppose les musulmans aux infidèles.

Les chapitres restants sont consacrés au gouvernement, à ses lois et à sa législation. Il insiste sur le fait que la Régence était un Etat fondé sur des principes républicains, qui n’a rien à voir avec un Etat corsaire sans foi ni loi comme le pensait l’Europe, Il écrit :

« Dans le cours de mon voyage en Europe, j’ai étudié les principes de la liberté européenne qui fait la base d’un gouvernement représentatif et républicain. J’ai trouvé que ces principes étaient semblables aux principes fondamentaux de notre législation, si ce n’est qu’il existe une différence imperceptible dans l’application ».

Toutefois, il ne nie pas l’aspect négatif de certains deys, de leurs erreurs qui ont entrainé le déclin de l’Etat algérien et l’occupation française.

La seconde partie relate le début de l’occupation française, de son administration et des erreurs tactiques et des exactions commises envers la population et ses biens. Il met l’accent sur les promesses non tenues de certains généraux, il les accuse d’avoir déshonoré leur intégrité ; c’est la partie miroir ou la partie négative de l’occupation, son but étant de faire passer un message libéral et de toucher l’opinion publique sur la question de l’indépendance de l’Algérie.

Ce n’est plus le Turc ni le Kouloughli qui parle mais l’Algérien qui est attaché à sa patrie : » […] chez nous nous n’étions pas hommes d’Etat, ce n’est que sur cette terre que nous avons acquis nos titres, et nos dignités… ; ce pays est donc notre patrie ! ».

Avant de poursuivre, cette citation mérite que l’on s’y arrête, car elle soulève plusieurs interrogations par rapport à la perception de « patrie » qui elle-même renvoie à des interrogations sur les notions de peuple, de communauté et de nation.

A travers le bref aperçu que nous avons donné de la société d’Alger, nous avons établi l’existence d’un monde rural et d’un monde citadin. Dans le premier, la résistance armée se mit immédiatement en place, exprimant ainsi « un patriotisme combatif et guerrier autant par instinct de conservation, leur terre étant l’enjeu principal de la conquête, que par esprit communautaire où se fondaient des concepts nationaux, spirituels et moraux ». Quant au second, il resta plus au moins en retrait. Nous pourrions dire que la cité allait former une matrice, qui pendant des décennies durant prépara l’éveil des consciences des nationaux lesquels reprirent le flambeau dès le début du XXepour exprimer la volonté des Algériens.

Par ailleurs, Lemnouar Merouche a su démontrer l’évolution du concept de nation en levant les ambiguïtés liées aux différentes notions que sont « patrie » et « nation algérienne ».

En effet, à partir de sources, l’historien explique qu’après l’arrivée des Turcs, l’Algérie était désigné sous l’appellation de Qotr al Jazā’ir ou waṭan al Jazā’ir, termes qui remplacèrent l’ancienne appellation al Maġrib al awsaṭ. Et, que pour faire la différence entre Alger et l’Algérie dans son ensemble géographique, la première était désignée par Dzayer et la seconde par al Jazā’ir. Puis à parti du XVIIe siècle, dans la langue française et dans les correspondances françaises, la Régence était appelée Royaume d’Alger ou la République d’Alger, formule utilisée seulement pour en désigner le territoire le pays. Quant à la notion de « patrie », selon L. Merouche, elle désignait le pays d’où le mot patriote retrouvé dans une correspondance datant de 1751, terme qui était associé aux habitants autochtones. Ce qui explique pourquoi après pourquoi le mot « algérien » commence à être très utilisé dès le XIXe siècle pour désigner les habitants de la Régence mais aussi pour les distinguer des Turcs.

Ainsi, nous comprenons que pour H. Khodja, lorsqu’il parle de patrie il désignait sa terre natale, et par peuple(s) l’ensemble des communautés de la Régence qui formaient une nation , un peuple de tribus tous unis par leur attachement à leur terre, ou comme le souligne M. Lacheraf : « Quoi qu’il en soit, nation Etat, ou nation communauté ou simple patrie solidairement agissante, et par cela même « nationale », quelque chose existait qui a permis à l’Algérie de s’opposer au cours de 130 ans à une grande puissance impérialiste et à la forcer en définitive à capituler ».

Ses prises de positions A défaut de pouvoir présenter un texte en arabe, nous proposons dans ce qui suit une des correspondances de H. Khodja que nous avons retrouvée aux Archives Nationales d’Alger, laquelle a été traduite du turc vers l’arabe. La lettre originale est écrite à la main, en osmanli et tient sur une page, pas de cachet ou de signature apparente. La correspondance est adressée à un ami très haut placé du Sérail dont le nom n’est pas cité. Nous n’avons utilisé et traduit que les passages qui ont un rapport direct avec ses aspirations et motivations politiques. Dans un premier temps, il rend compte de la réunion de la Commission d’Afrique, tenue début 1834, pour étudier la question algérienne. Il se veut confiant et sous-entend que l’occupation française est une question de temps ;elle ne peut avoir aucun bénéfice ou intérêt du fait de la différence de religion, de langue et de mœurs. Il insiste sur l’opinion française, laquelle est excédée par ces dépenses de guerre. Il ne fait aucun doute pour lui que : » …En gardant la Régence, la France n’en sera que dans un grand embarras, bien plus que les bénéfices et avantages qu’elle croit pouvoir réaliser ». Puis il se lance dans une analyse selon laquelle le gouvernement français essaierait de s’en débarrasser au profil de la Sublime Porte, sous réserve de garder quelques avantages pour les Français en conservant les zones côtières. Il affirme que les avantages pécuniaires, jusqu’à ce jour, n’ont rien donné, et quant à leur rendement dans l’avenir, cela reste incertain. Bien qu’il pense fermement que la France va quitter Alger et la restituer aux Ottomans, il avoue à demi-mot, que le Roi est impuissant et ne peut prendre de décisions seules, il est pieds et poings liés face à son gouvernement : « …Même si en vérité le Roi serait pour restituer Alger à l’Empire Ottoman, il n’est pas libre de ses faits et gestes car il doit se plier à la volonté et aux décisions du Conseil. C’est pour cette raison que le Roi essaierait, en utilisant les affres de la guerre et de ses dépenses, à pousser l’opinion publique, à le forcer ainsi que le conseil à abandonner la Régence en la restituant aux Turcs ». Il dénonce la propagande faite autour de la fertilité des terres et des produits qui pourraient être cultivés, Il qualifie la politique de la France de ce que nous appellerions à notre époque d’aujourd’hui une « opération de marketing » où la Régence apparait comme un nouvel Eldorado : terres fertiles, richesse… : « …propagande qui a pour but d’accélérer la venue des colons. Cette dernière a eu des conséquences néfastes : elle a ancré l’idée de colonisation et a su récupérer l’opinion publique en sa faveur ». Le second point de la correspondance est consacré à son rival Ahmed Bouderba : homme politique de la communauté mauresque, qu’il accuse d’user de son influence sur certains caïds afin de saborder ses tentatives de négociations et pourparlers, aussi bien avec les Français qu’avec les autres communautés (Morisques, Arabes et Khouloughlis). Pour H. Khodja, A. Bouderba est un traitre car il pousse les gens à se défaire de l’autorité ottomane en maintenant la paix avec les troupes françaises, et il serait même prêt à accepter un infidèle comme Roi : « …Il aurait suggéré de faire monter le fils de Louis Philippe sur le trône de la Régence ou sinon de désigner comme nouveau représentant des Français un Arabe en contrepartie d’un tribut… ». Ce passage mérite toute notre attention : il ne peut accepter de vivre sous une autorité autre que celle d’un musulman même si c’est un Arabe ; en effet il vient contredire un autre passage du Miroir dans lequel il cite : « …Que ce soit Pierre ou Paul qui nous gouverne, qu’importe, pourvu que nous soyons bien gouvernés »31 Cette pensée se confirme dans les paragraphes suivants, où il rapporte une entrevue entre les deux hommes. A. Bouderba serait venu lui demander son appui et son aide pour tenter de trouver une solution sur l’avenir d’Alger. A partir de là, chacun des deux expose son point de vue. A. Bouderba est pour une soumission et une pleine collaboration avec les Français. Face à ce raisonnement, H. Khoja répond : « Jamais cela ne pourra se faire. En aucune façon, les sujets (…) n’accepteront l’idée que la Régence(…) soit vassale des Français. Ahmed bey et ses partisans refuseront. De plus, l’aide provenant de Tunis, du Maroc et de Fez vient du fait que la Régence soit vassale du calife Mahmoud II, donc ce projet ne pourra jamais voir le jour ». Ce à quoi A. Bouderba réplique : » Les Arabes et les autres ne savent rien de ce qui se passe entre les Français et nous. Il suffirait qu’un drapeau musulman ou un étendard flotte pour qu’Ahmed bey se soumette et s’il refuse, ce seront ses hommes qui le tueront ». H. Khodja : « Le problème n’est pas de connaitre l’attitude ou le destin d’Ahmed Bey ; la question n’est pas aussi simple que tu le crois ; elle dépasse la frontière : assurer l’allégeance de Arabes de l’est et de l’ouest n’est pas une affaire aisée. La soumission des Arabes à l’administration algérienne dépend du fait que l’Algérie est la vassale du calife musulman, le sultan Mahmoud II ». Une administration algérienne, laquelle ne doit pas être confondue, avec le service administratif mais prise dans le sens de régence et d’autorité. Nous remarquerons ici que, pour H. Khodja malgré la domination française, il considérait toujours la Régence comme province ottomane, espérant son retour dans le giron de l’Empire. En comparant ses propos dans le Miroir et dans la correspondance, il est question d’une Régence indépendante capable de rivaliser avec les pays européens : » Ce n’est pas avec une administration française ni avec la violence que l’on a pu réformer en Égypte et y rétablir l’influence française, ce n’est que par la présence du Vice-Roi et son nom qu’on est parvenu à civiliser ». Nous devons aller au-delà de ces interprétations et y voir un parallèle entre Alger et l’Égypte de Mehmet Ali, une manière détournée de dire que la réussite est due au fait que le vice-roi est musulman, qu’il demeure avant tout sujet du Sultan et son vassal, malgré le soutien des Européens. Il faut aussi y voir un rapprochement, même s’il est implicite, avec Ahmed Bey, sur lequel H. Khodja fondait l’espoir de le voir régner et être à l’origine du renouveau. Quitte à être dominé et occupé, autant que cela soit par l’administration d’un musulman plutôt que celle d’un infidèle. D’ailleurs, dans son mémoire adressé à la Commission d’Afrique, il dit bien que si la France veut préserver ses intérêts au mieux, il lui serait judicieux : « …d’élire un prince mahométan connu et capable auquel la France confierait le sort de ce peuple avec le soin de le gouverner à l’aide des principes libéraux, compatibles avec les lois et les mœurs de ces peuples ». Ici le terme « peuple » est à prendre dans sa conception la plus large ; c’est-à-dire l’ensemble des communautés sans distinction d’ethnie qui formerait plus au moins une unité.

H. Khodja poursuit en ces termes : « Je lui ai demandé, après cela, comment est-ce qu’il comptait faire pour obtenir cet argent pour organiser l’armée et pour payer le prix de la capitation. Bouderba me répondit. « Nous allons faire savoir aux populations algériennes (d’Alger) que nous avons acheté l’Algérie. J’ai en ma possession des lettres de notables « d’al watan » disant : « achetez l’Algérie et nous nous chargeons de rassembler la somme et si cela ne suffit pas, nous passerons un accord avec les Français pour nous laisser deux années sans rien payer… »

H. Khodja : « …le pays est une province ottomane, comment justifier soustraire ce pays à l’autorité de ses maîtres légitimes et comment pouvons-nous promettre de payer un impôt (ḫarāğ) à des infidèles sans la permission de l’empire ottoman ? Je lui dis que je ne pouvais cautionner une affaire aussi grave. Si cela venait à se produire, je ne pourrais plus vivre en Algérie, sous une administration autre que celle des Ottomans, de plus je ne pourrais jamais être d’accord sur le fait de payer un tribut à des infidèles ».

La position de H. Khodja est un paradoxe en soi : il parait être pour une indépendance ou une autonomie de la Régence, il est conscient que des réformes sont nécessaires pour la bonne marche du pays et sa sauvegarde, propos qu’il réitère dans la lettre qu’il adresse à la Commission d’Afrique :

« Non, les Algériens ne méritent pas qu’on les repousse de la société, ils font partie de la famille humaine… Veuillez prendre en pitié leur position, un changement de système peut seul rétablir l’ordre à Alger et faire renaitre la confiance. Le concours de vos hautes lumières a été jugé nécessaire et les Algériens espèrent en vous ». Il est pour qu’elle soit sous une tutelle ou un protectorat, Il va même à solliciter et à interpeller les puissances européennes pour reconsidérer la question algérienne et aider les Algériens, tout comme elles l’ont fait avec les Grecs, les Belges et les Polonais et pourtant, dans sa correspondance avec le Sérail, il espère le retour d’Alger dans le giron ottoman.

Face à ces enjeux économiques et politiques qui se jouent en cette partie de la Méditerranée, H. Khodja était lucide sur le fait que ce rêve de faire d’Alger un État moderne semblable à celui d’Égypte était une utopie. Ses choix et ses positions ne diminuent en rien sa sincérité à vouloir défendre son pays, ses compatriotes : car pour lui : « Cet ouvrage n’est qu’un simple rapport […] car je ne suis que l’écho des faits et l’organe de mes compatriotes ».

Voyant ses actions sans effets, il retourne à Istanbul d’où il continua à suivre l’évolution de la question algérienne. Il décède en 1842.

 

2 - Ahmed Bouderba et sa politique de coopération

Négociant, d’origine mauresque, il vécut à Marseille, marié à une française. Étant donné qu’il vécut en France, il parlait français et l’écrivait, mais surtout il connaissait ses lois et sa législation. Suite à une banqueroute, il retourna à Alger, et c’est par lui, avec le fils de H. Khodja, que fut négociée la reddition du dey Ḥuseïn en 1830. C’est à partir de ce moment qu’il s’imposa comme homme politique. Bourmont constitua le conseil municipal et le nomma à sa tête, siégeaient également à ce conseil des notables et des Juifs de la ville. Les opinions à son sujet étaient partagées : pour les uns, il était un collaborateur, pour les autres une victime des Français. Pour certains, il était un allié influent, et pour d’autres un ennemi. Il est vrai que dans les premiers temps, il aida les Français en servant d’intermédiaire, croyant leur action juste, cela n’empêcha pas que l’on se méfia de lui et qu’on le considéra comme un espion à la solde de l’émir Abdelkader. Aux dires de Pellissier de Reynaud, A. Bouderba était : » un homme d’esprit fin et rusé mais sans le moindre principe de moralité, et plus tracassier qu’habile. Abou Qacem Saadallah reconnait en lui un personnage ambigu dont les motivations patriotiques et politiques restent difficiles à cerner, surtout après son témoignage devant la Commission d’Afrique, et le mémoire qu’il rédigea à l’intention de l’administration française pour asseoir son autorité.

Voyant ses approches politiques échouer et déçu par les Français et leurs fausses promesses, il se consacra au commerce et se rallia à la cause de l’émir Abdelkader : « …Ainsi, nous dirons que Ahmed Bouderba, faute d’avoir pu tirer avantage de la présence française afin de réaliser ses ambitions personnelles et patriotiques, et ayant perdu espoir en la France, il se rallia à l’émir Abdelkader ».

A. Bouderba insiste sur le fait que les populations locales sont pour que les Français restent pour les gouverner et que la différence de religion n’est qu’un détail secondaire : » Nous ne serions musulmans que de nom mais administrativement nous dépendrions de l’autorité française ».

Ses propos semblent intéressants, en effet à partir de 1834, la France décide de garder l’Algérie, elle devient possession française. De ce fait, A. Bouderba serait pour une administration régie par les lois françaises, ce qui est, dans le contexte de l’époque, en contradiction avec les fondements du statut personnel musulman. Et d’un autre côté, sa position, vis-à-vis de la question de l’islam serait de le reléguer à un domaine spirituel sans pour autant y porter atteinte ; chose sur laquelle il insiste dans son mémoire où il conseille à l’administration française de respecter l’aspect religieux, qui reste l’un des moyens les plus sûrs pour la paix :

« Il faut que l’autorité tâche de faire tout son possible de ne changer rien, ni dans leurs mœurs, ni dans leurs usages ou habitudes surtout pour la religion, qui est la première base qu’il faut établir solidement avec les musulmans ».

A. Bouderba mit tout en œuvre pour s’opposer aux sympathisants et éléments turcs ; il intrigua contre tous ceux qui manifestaient des sentiments pour le retour du régime ottoman. Même les Juifs eurent droit à ses intrigues car ils représentaient des concurrents contre ses commerces. Toutes ses manœuvres lui valurent des plaintes, ce qui lui valut d’être exiler par deux fois : une première fois en février 1832, mais ce fut un exil volontaire qu’il sollicita de peur de représailles de la part de Rovigo, lequel pensait qu’il complotait avec un comité Maure contre les intérêts de la France, mais rien ne le prouvait réellement, et une seconde fois le 24 spetembre1836 par Clauzel qui voyait en lui un espion à la solde de l’émir Abdelkader.

Il ressort, après la lecture de diverses correspondances, qu’il jouissait d’une grande influence auprès des chefs arabes, beaucoup plus considérable que celle de H. Khodja. Les lettres qui lui sont adressées, par exemple, par Al hadj Muhieddine as-Seghir ben Sidi Ali ben Moubarak, chef maraboutique de Kolehah, le montrent clairement. Ce dernier lui fait le rapport des moindres faits et gestes de ce qui se passe aux alentours des tribus arabes et kabyles, et que la sévérité la plus implacable doit être appliquée envers les agitateurs ou les tribus récalcitrantes :

« Les tribus ont prêté serment sur le Coran de ne point attaquer les Français parce qu’ils ne leur ont rien fait et aussi à cause de vous ».

Il n’était pas le seul à penser la même chose, comme l’atteste cette lettre, datée de 1831, dans laquelle cheikh Zeïd ben Allal, autre chef arabe influent, laisse entendre que les rebelles méritent la mort et que ce n’est que par ce moyen radical que la paix sera possible :

« …Je vous apprends que les tribus qui méritent de périr entièrement sont celles de Wād el Zitoun, car c’est le refuge de tous les malfaiteurs. Béni Misera et Béni Saleh ont également beaucoup de mauvais sujets. Mais les plus méchants sont les habitants de Blidah car ils sont la cause ».

L’ascendant de A. Bouderba, comparé à celle de H. Khodja, parait beaucoup plus important, et il mettait un point d’honneur, à travers ses relations, à garantir cette paix, à tel point qu’il lui est demandé de conseiller à l’administration française un chef pour les musulmans. Par ailleurs, dans une autre correspondance, l’agha Al hadj Muhieddine as-Seghir ben Sidi Ali ben Moubarak recommande à A. Bouderba de conseiller aux Français d’élire le plus vite possible un chef parmi eux, que cela serait bénéfique pour les deux parties : « …de dire au général de nommer un gouverneur pour les musulmans cela va de votre intérêt et du notre ». Qui désigne-t-il en ces termes : Les Arabes de la plaine ? Ou tous les musulmans sans distinction d’ethnie ? Nous en doutons, vu les difficultés qui subsistaient entre Arabes et Kabyles, et à titre d’exemple, al Hadj Saadi et ses alliés refuseront de se soumettre à l’autorité de Moubarak.

Henry Laurens souligne l’implication de A. Bouderba et celle de sa communauté dans la régénération de la race arabe, c’est-à-dire réactiver son implication politique : Rôle que confirme H. Khodja lorsqu’il se plaignait que A. Bouderba mettait tout en œuvre pour que les Français placent l’Émir Abdelkader sur le trône d’Alger. Il ne faut pas oublier que A. Bouderba ne voulait pas voir les Turcs reprendre le pouvoir. Choisir un chef parmi les Maures, n’était pas possible ; jusqu’à présent, aucun ne pouvait relever le défi du leader charismatique du schéma Khaldounien : un homme possédant à la fois les qualités d’un chef de guerre mais aussi un chef religieux qui saurait réunir autour de lui des alliés au nom de la religion. Donc le candidat archétype était, sans l’ombre d’un doute, Abdelkader, donc il se rallie à lui, et entame sa propagande avec l’aide des autres Maures. Nous savons que cette idée n’était pas du gout de H. Khodja, même s’il finit par accepter l’idée par défaut après la chute d’Ahmed bey en 1837. A. Bouderba retourna, à Marseille et de là à Paris, d’où il continua ses activités politiques. En 1834, sur la demande de la Commission d’Afrique il témoigna en faveur de la présence française.

A travers cet échange, il apparait que le terme de nation et de patrie chez les deux hommes n’a pas le même sens. L’un est attaché au pouvoir ottoman et souhaiterait le voir réinstaurer, alors que le second est pour une paix entre Arabes et Français. Là où H. Khodja voit une patrie : « Mes enfants et toute ma famille sont sous la domination des infidèles et moi je suis dans leur pays, combattant et luttant de toutes mes forces pour ma patrie (waṭanî) l’Algérie », A. Bouderba, lui, y voit une nation algérienne où tous les différentes communautés finiraient par opter pour une politique de vassalité : « Si vous voulez que la nation algérienne vous obéisse, donnez un roi français ou prenez le parmi les Arabes musulmans ». Même si Saadallah fait de A. Bouderba un leader national et l’insère dans un parti politique arabo-musulman en disant de lui : » Il est Algérien d’origine andalouse ». Cela est contradictoire ; en effet dans le contexte de l’époque, les notions de parti national ou patriotisme ne sont pas clairement définis et se contredisent. Où commence le patriotisme, concerne-t-il l’ensemble de la Régence ou seulement la province d’Alger et de ses environs (Blida, Koléa, Dellys, Cherchell). Ce qui nous amène à notre troisième figure : Hadj Ali Sidi Saadi.

 

3 - Hadj Ali sidi Saadi

Les documents et sources le concernant laissent paraitre un personnage complexe : tantôt d’origine modeste, tantôt chérif respecté, ou bien fervent résistant à l’occupation française, ou comme lui-même se qualifie : un héritier qui cherche à reprendre un trône qui lui revient de droit. A partir des différentes versions : sources écrites et témoignages contemporains, nous avons essayé de reconstituer quelques bribes de la vie de ce personnage en mettant en évidence ses prises de position par rapport au contexte de l’époque.

Abou Qacem Saadallah décrit Sidi Saadi comme un élément important de la résistance et fervent opposant à la présence française, qui refusa toutes tentatives de négociation ou de cohabitation avec les Français, tout comme il était opposé fermement au retour des Turcs. Il mena une guerre sans merci contre l’envahisseur, appelant et haranguant les foules à la guerre sainte. Cependant, il s’avère que ses aspirations politiques et religieuses dans le cadre de la résistance demeurent mitigées. Sidi Saadi fut impliqué dans les attaques contre l’escorte de Bourmont à Blida en juillet 1830, contre Clauzel en novembre 1830, et en dernier lieu contre la ferme-modèle de Maison Carrée (juillet 1831). Il subsiste des zones d’ombre quant à la concordance des faits par rapport à son arrivée et ses prétendues entrevues avec le dey Hussein. Si vraiment il était opposé aux Turcs, pourquoi cette entrevue ?

Le duc de Rovigo dans une lettre adressée au Ministre de la guerre Soult, rapporte qu’au moment du débarquement français, Sidi Saadi revenait du Pèlerinage, et qu’avant d’arriver à Alger, il s’arrêta à Livourne où il aurait rencontré dey Ḥuseïn. La première chose qu’il fit, dès son retour, fut de prendre attache avec les différentes tribus, et il s’associa à Ben Za’mûm chef de la tribu des Flissa pour mener la résistance. Dans une lettre adressée au duc de Rovigo, Sidi Saadi se présente comme étant de noblesse chérifienne et membre d’une zaouïa de la Grande mosquée d’Alger, dont ses ancêtres avaient eu la charge :

« Mes ayeux (sic) à moi, étaient empereurs à l’ouest, comme je vous l’ai dit. Au temps du sultan Akhal, un de mes grands-pères, il est dit dans notre histoire qu’ils gouvernaient depuis le Maroc jusqu’à Constantine. Mes ayeux (sic) ont construit la grande Mosquée d’Alger […] Dieu a voulu que ce royaume fut perdu pour nous »…

Avant de poursuivre, les propos de Sidi Saadi sur sa généalogie méritent réflexion, ils suscitent deux hypothèses. Il dit que ses aïeux auraient construit la Grande mosquée d’Alger, or la construction de celle-ci fut l’œuvre de la dynastie al Moravide, du temps de Yūsef ibn Tašfīn, en 1097. Par contre, le minaret fut construit, en 1324, par abū Tašfin (1318-1337), sultan zianide. Le territoire de cette dynastie s’étendait depuis la capitale Tlemcen, allant de la Moulouya et de Sijilmassa, à l’ouest, jusqu’au sud de la Grande Kabylie et à la Soummam, à l’est. La capitale fut l’enjeu des rivalités avec les dynasties Mérinides, Hafsides et Saadienne. Affaiblie par d’incessantes querelles et des guerres, le pouvoir des ʽAbdalwādides prend fin définitivement avec l’arrivée des Turcs en 1550.

Quant à son grand-père « sultan Lakhal » (le noir), l’histoire médiévale du Maghreb fait référence à deux souverains possibles. Il s’agit, du calife Abū Yūsuf al-Manṣūr (1184-1199), et du sultan mérinide Abū ʿInān (1348-1358). Ces deux souverains passaient pour être des guerriers zélés de la guerre sainte. D’un point de vue anthropologique, on peut remarquer qu’ils sont devenus des rois légendaires puisque jusqu’à aujourd’hui des contes maghrébins font référence à eux. Par ailleurs, dans la dynastie des Bendjellab (sultans de Touggourth), on trouve un sultan, Mohammed 1er(1729-1756), connu sous le nom de sultan Lakhal, et dont la branche serait issue des Mérinides.

Il va sans dire que faute de sources beaucoup plus avérées, ces hypothèses ne se sont que de simples spéculations, car cela nous pousserait aussi à remettre en question son appartenance confrérique. Par rapport à ce point, Saadallah affirme qu’il appartenait à l’ordre de la Rahmanyya, contrairement à ce qu’écrit Rovigo, dans un rapport envoyé au ministre de la guerre dans lequel il affirme qu’il est d’origine turque et négociant très proche de l’ancien dey, d’où la rumeur qui disait que le retour du dey était imminent et que Sidi Saadi l’aiderait à reconquérir la Régence. L’agha Al hadj Muhieddine as-Seghir ben Sidi Ali ben Moubarak rapporte que Sidi Saadi disait que Ḥuseïn pacha lui avait envoyé de la poudre en grande quantité ainsi que de l’argent, et c’est pour cela que les Kouloughlis et les Turcs l’auraient rejoint, et qu’il aurait même pris le titre de pacha .

Paul Azan nous dit que Sidi Saadi était le gendre de Ben Za’mûm, grand chef kabyle, mais que cette parenté ne lui donna aucune autorité, même, après avoir rejoint les rangs de l’émir Abdelkader en 1834. Certaines tribus le rejetèrent du fait de ses origines modestes. Ce qui est contradictoire avec la réalité du terrain et du contexte. Sachant que ce rejet semble chose assez rare, quand on connait les rapports qu’entretenaient les populations avec les marabouts et hommes de religion. Ce qui remet en question à la fois l’hypothèse de son appartenance à la Rahmanyya, et celle du grand chef kabyle commandant les montagnes Zwawa, comme le prétend Abderrahmane Mohamed al Djilali.

Dans une autre lettre à Rovigo, datée du 30 janvier 1832, et signée de Sidi Saadi, celle-ci suggère que les relations avec celui-ci avaient débuté fin décembre 1831, et que c’est Ben Za‛mûm qui, dans un premier temps, servit d’intermédiaire. Ce dernier adressa une lettre à Rovigo, dans laquelle il demandait de considérer Sidi Saadi comme étant leur seul représentant : « … au sujet de hadj Ali Sidi : il est notre chef et directeur de nos affaires ainsi que celles de notre pays. Nous acceptons tout ce qu’il acceptera, car c’est un homme versé dans le secret du gouvernement et qui saurait tout diriger. Lui seul peut être à la tête du peuple. Il vous demande par écrit qu’elles sont vos conditions. Ses intentions sont bonnes et pacifiques. Confiez-vous à lui avec sécurité, il n’en résultera que le bien être du pays(…) il convient aussi que vous reconnaissiez sa grandeur et sa puissance, puisque c’est lui de l’est à l’ouest qui commande sur nous. Je vous demande pour lui de le laisser hisser un drapeau rouge et loger à la Kassaba. Toutes les conditions que vous lui ferez, seront acceptées car il est notre roi ».

La lettre traduite par Zaccar (interprète français) semble apporter un tout autre discours concernant les véritables motivations de ce personnage, à aucun moment il n’est question de revendications fanatiques. Les propos laissent apparaitre un discours cohérent, logique et surtout il est question, à la fois, d’une manœuvre politique et économique : ses revendications étaient axées sur trois points : • Etre établi à la Kassaba et d’y hisser un drapeau rouge : sachant que le drapeau rouge étant la couleur de l’ancien gouvernement ;
• Lui livrer l’intérieur et l’extérieur de la ville ;
• Etablir des contrats commerciaux garantissant le libre commerce entre les deux parties.

En contrepartie, les Français seraient les maîtres de toutes les tribus.

« …Car les Français seraient alors maîtres de toutes nos tribus. La ville serait encombrée de nos produits et de nos minéraux. Nous nous arrangerons de manière que le pays ressemblera à celui de l’Egypte. Nous pourrons dire que votre arrivée nous aura fait du bien. Nous possédons chez nous des biens en abondance et un peuple nombreux. Si anciennement nous n’étions pas riches, c’est que le gouvernement d’alors était fourbe et nous n’y avons aucune confiance. Les Français trouveraient leur intérêt à un pareil arrangement, j’ai particulièrement bon cœur et je désire le bien-être général sans distinction de religion. Je serai juste avec les Français sans nul doute car j’aime l’esprit et les manières des Français. Le cœur de toutes les tribus vous appartiendraient si vous écoutez leur demande »

Sidi Saadi envoya une lettre au duc de Rovigo, datée du 29 février 1832, dans laquelle il réclamait le trône d’Alger, assurant que ce pouvoir lui revenait de droit. Rovigo, ne lui accordant aucun intérêt politique ou militaire, par dépit, Sid Saadi se rallia à l’émir Abdelkader qui en fera un de ses lieutenants à Mascara.

Nous sommes bien loin du portrait épique qui présente Sidi Saadi comme étant un patriote et un nationaliste sans faille. Au contraire, nous sommes en janvier 1832, soit après 19 mois d’occupation ; les propos que tient Sidi Saadi mettent en avant certes, une envie de paix qui ne va pas au-delà de la province d’Alger. Si le caractère du discours reste religieux, il est évident que l’intérêt politique et économique n’est pas négligeable. Lorsqu’il utilise « nous » à qui renvoie ce pronom ? A l’ensemble des populations : Arabes et Kabyles ?

Tout en reconnaissant Rovigo comme sultan, il glisse des menaces implicites en traitant les Arabes de la Mitidja comme des traitres :

« …Ne croyez pas que je prenne pour appui les faibles habitants d’Alger. Les Algériens sont tous sous vos ordres, ils n’ont aucune force et ne cherchent que vos grâces. Vous êtes maître de les faire souffrir ou non, ils sont vos sujets soumis. Nous ne comptons pas sur eux car ils sont trop faibles. Je ne ferai pas comme le général votre prédécesseur, je ne m’appuierai pas sur les Arabes de la Mitidja pour attaquer les Cabaïls. Je m’appuierai sur les forts (…) ce n’est que vous prouvez le ridicule de votre prédécesseur qui voulait prendre le plus fort par le faible, nous avons ri de sa combinaison et de sa politique »68.

Ces extraits de lettres remettent en cause ses motivations réelles, sinon comment expliquer qu’il était prêt à cohabiter et à reconnaitre la domination d’un non musulman et à se soumettre ? Et, quant au rôle qu’il aurait joué dans l’unité nationale cela reste encore à être défini. Une unité nationale exige une équité entre les membres des différentes communautés où l’appartenance tribale de ses membres ne serait que facultative : ce qui n’est pas le cas ; l’élément Kabyle est mis en avant puis viennent les Arabes d’Alger, et enfin les bédouins qui semble-t-il « ne diffèrent en rien des bêtes »69, ce qui est péjoratif. Et quant aux habitants d’Alger, les Algériens (algérois), ce sont des faibles : rancœur, sans doute, qui s’explique par le fait que trois siècles plutôt, les habitants d’Alger livrèrent la ville aux Turcs, puis aux Français sans émettre aucune opposition.

Sidi Saadi, reste un personnage très controversé par ses propos et les témoignages rapportés. Kabyle ? Turc ? Ou tout simplement un héritier déchu qui tenta de reconquérir et de reconstruire un passé révolu ? Après la défaite de l’émir Abdelkader, il se retira dans les montagnes dans une zaouïa où il décède en 1844.

 

Conclusion

Chaque protagoniste que nous avons cité tenta de préserver, comme dans le cas de H. Khodja, une politique déjà établie par les Ottomans, mais en y apportant des réformes adéquates d’où le fait qu’il ait tenté un rapprochement avec Ahmed bey qui échoua, ou d’accepter la domination comme le préconisait A. Bouderba en collaborant pour faire prévaloir la nationalité arabe : c’est-à-dire une collaboration qui aurait débouché , à long terme, sur une égalité de droits. Avec Sidi Saadi, c’est un autre cas de figure qui se présente : c’est plus l’individualisme et le communautarisme qui prévalent.

Hamdan Khodja, Ahmed Bouderba et Hadj Sidi Saadi croyaient, chacun à leur manière, qu’ils étaient « l’homme de la situation », mais ils avaient aussi leur talon d’Achille qui était de n’avoir pu dépasser les différences ethniques, d’une part ainsi que leurs querelles, d’autre part. Au lieu de s’engager dans une politique d’unification, c’est le contraire qui se produisit : une politique de division, laquelle servit la régénérescence non pas d’un courant mais de trois courants : turc, arabo-andalou, et kabyle. Leur démarche resta stérile, sans résultat, car ils oublièrent que l’idée d’un État-nation reposait avant tout sur l’esprit d’unité qui faisait défaut aux différentes communautés de la société de l’époque.

 


 

X

    Article (14/15)

Il ne faut croire qu'à la France

Proposé par Djaffer LAMANI (Ancien Moudjahed)

 


 

 

 

 

 

Ce que, généraux de l’occupation comme ou de la colonisation, gouverneurs généraux de l’Algérie, certains parmi les plus prestigieux écrivains, croyants et convaincus, inspirés par la bible et l’évangile n’ont pas manqué d’appliquer dans leur politique, agissement et comportement, comme versets justifiant la violence porté au pays conquis et a sa population au cours de tout un long siècle ...

 

En cours de préparation

 

 

 

 

 


 

X

    Article (15/15)

Indigénat

Proposé par Djaffer LAMANI (Ancien Moudjahed)

 


 

Un administrateur colonial français en « tournée » dans un avant-poste, 1905.
Décret du 27 avril 1848.
Abolition de l'esclavage à l'initiative de Victor SchœlcherLoi du 7 mai 1946.
Citoyenneté française accordée aux ressortissants des territoires d'outre-mer.

Le régime de l'indigénat est une législation d'exception et un ensemble de pratiques utilisées dans les territoires du second empire colonial français depuis le milieu du XIXe siècle jusqu'après la Seconde Guerre mondiale. Cet ensemble de pratiques est resté disparate, et bien que l'on parle fréquemment de Code de l'indigénat, il n'a pas été régi par un texte unique. En février 1944, la conférence de Brazzaville recommande la suppression de l'indigénat qui est aboli en Algérie par l'ordonnance du 7 mars 1944, puis 1946 ; mais certaines pratiques perdurent jusqu'aux indépendances.

La législation de conquête, mise en place en Algérie dès 1834, y est confirmée par la loi du 28 juin 1881. Des décrets en étendent peu à peu la pratique, sous des formes variées, à l'ensemble de l'empire colonial français à partir de 1887. Il s'agit d'une justice administrative qui s'applique aux seules personnes définies comme « indigènes ». Elle ne respecte pas les principes généraux du droit français, en particulier en autorisant des sanctions collectives, des déportations d'habitants et en sanctionnant des pratiques que la loi n'interdit pas, sans défense ni possibilité d'appel.

Ce statut légal discriminatoire attribué aux populations autochtones est rapproché par certains auteurs de l'apartheid pratiqué en Afrique du Sud.

•  1 - Origine
•  2 - L'indigénat en Algérie
       - 2.1 Origine
       - 2.2 Contrôle militaire et administration
       - 2.3 Instauration de l'indigénat
•  3 - L'indigénat dans les autres colonies françaises d'Afrique
       - 3.1 Système des amendes et des peines
       - 3.2 Système des taxes et travaux forcés
       - 3.3 Résistances à l'indigénat
•  4 - L'indigénat dans les colonies françaises d'Asie
•  5 - L'indigénat dans les colonies françaises du Pacifique
•  6 - Réactions
•  7 - Démantèlement
•  8 - Les catégories d'« indigènes » selon Henry Solus
       - 8.1 Les « indigènes citoyens français »
       - 8.2 Les « indigènes sujets français »
       - 8.2.1 Les sujets français des Dakar, Gorée, Rufisque et Saint-Louis jusqu'en 1916
       - 8.2.2 Les « sujets français » des Établissements français de l'Inde
       - 8.3 Les « indigènes protégés français »
       - 8.4 Les « indigènes administrés français »
•  9 - Dans les autres empires coloniaux
• 10 - Notes et références

 

01 - Origine: Algérie française Citoyenneté et droits civiques en Algérie française.

Dès 1830, l'Algérie constitue la première colonie française moderne. Le traité de capitulation du dey d'Alger stipule que la France s'engage à ne pas porter atteinte à la liberté des habitants et à leur religion.

Après que la Cour d'appel d'Alger a reconnu la qualité de français aux « régnicoles » algériens le 24 février 18626, le sénatus-consulte du 14 juillet 1865 édicte que « l’indigène musulman est français » (art. 1er) et que « l’indigène israélite est français » (art. 2). Néanmoins, une jurisprudence constante ne leur confère pas la citoyenneté française, ce sont des sujets, sauf à faire une demande de naturalisation laquelle supposait cependant l'abandon du droit personnel islamique qui, notamment, autorisait la polygamie et la répudiation. Le 24 octobre 1870, les décrets dit « Crémieux » accordent cependant la citoyenneté française aux « indigènes israélites d'Algérie », excluant ceux du Mzab qui ne fait alors pas partie de la colonie française7.

Le 9 février 1875, est publié un arrêté local sur les infractions pénales de l'indigénat dans la préfecture d'Alger. Il est modifié et étendu à l'ensemble de l'Algérie par la loi du 28 juin 1881. Ces infractions s'ajoutent aux délits ordinaires sur le territoire de la colonie, uniquement pour les Français non citoyens originaires d'Algérie.

Dans les autres colonies, régies par décrets, un système comparable est institué, d'abord hors d'Afrique, en Cochinchine dès le 25 mai 1881, puis à la Nouvelle-Calédonie (18/7/1887). Le texte indochinois est adapté au Sénégal par un décret du 30 septembre 1887. C'est ce dernier texte qui sert de base à l'extension du système à l'ensemble de l'AOF (21/11/1904), à Madagascar (13/11/1899), puis à l'AEF (31/5/1910)8 et enfin en Côte française des Somalis (1912). Après la Première Guerre mondiale, s'ajoutent d'anciennes colonies allemandes dont la Société des Nations confie par mandat la gestion à la France : une partie du Togo et du Cameroun.

 

02 - L'indigénat en Algérie:

2.1 Origine

Le régime de l'indigénat établit un statut d'exception pour les habitants «autochtones» de l'Algérie. Il est établi par les militaires à partir de 1830 dans les zones conquises, puis perdure avant d'être formalisé dans les années 1870.

La loi du 17 juillet 1874, relative aux incendies de forêt, est la première à prévoir des sanctions particulières et exceptionnelles pour les indigènes d'Algérie. La loi du 28 juin 1881 étend largement ce statut particulier. Sa durée étant limitée dans le temps, elle est ensuite régulièrement reconduite.

Une première loi, du 27 juin 1888, proroge, pour deux ans la loi du 28 juin 18819. D'autres prolongations sont régulièrement votées. Les fonctions d'officiers de police judiciaire sont conférées aux administrateurs-adjoints des communes mixtes, par décret du 3 octobre 1888.

En matière pénale, les « indigènes » sont assujettis aux lois françaises, mais il leur est ajouté un régime d'exception. Il comprend des infractions et des peines particulières (internement, amende et séquestre) et exorbitantes, qui varient dans le temps et peuvent être collectives. En matière civile (état civil, mariage, héritage, etc.), les habitants dépendent par ailleurs de la juridiction de leur statut (en application est-il dit du traité de capitulation), le plus souvent la justice musulmane exercée par des « cadi » pour les autochtones et la justice «ordinaire» pour les Européens.

2.2 Contrôle militaire et administration

En 1845, une ordonnance royale établit trois types d'administration en Algérie. Les zones où une partie substantielle de la population est européenne (colons élus maires) sont déclarées communes de plein exercice. Les communes mixtes comprennent une large majorité non-européenne mais des administrateurs français, hauts fonctionnaires nommés. Les communes dites indigènes sont des zones reculées et seulement partiellement pacifiées : elles suivent le régime du sabre imposé par les militaires en poste.

2.3 Instauration de l'indigénat

Dès 1874, une liste de vingt-sept infractions spéciales est dressée spécifiquement à destination des indigènes11. À partir de 188112, les infractions spéciales suivantes (notamment) sont ajoutées : acte irrespectueux, réunion sans autorisation, départ du territoire de la commune sans permis de voyage (suppression de la liberté de circulation), propos offensant vis-à-vis d’un agent de l’autorité, même en dehors de ses fonctions13. Ces peines restreignent considérablement les libertés des indigènes et des confiscations vont permettre l'appropriation de leurs terres.

Les indigènes bénéficient du droit de vote limité. Ils participent ainsi notamment à l'élection des collèges musulmans des conseils municipaux. Ces derniers sont minoritaires au sein des conseils alors que la population musulmane est le plus souvent majoritaire au niveau démographique. Les musulmans représentent un cinquième du conseil jusqu’en 1919, puis un tiers.

 

03 - L'indigénat dans les autres colonies françaises d'Afrique.

Un décret du 30 septembre 1887 étend au Sénégal (en dehors des Quatre communes dont les habitants obtiendront la pleine citoyenneté en 1916) les pouvoirs répressifs des administrateurs établis en Indochine par un décret du 25 mai 1881. Petit à petit, le régime est étendu de façon disparate à l'ensemble des colonies françaises d'Afrique. Les protectorats (Tunisie et Maroc par exemple) ne sont pas concernés. Les derniers territoires concernés sont la Côte française des Somalis par un décret du 19 juillet 1912, puis le Togo, ancienne colonie allemande annexée après la Première Guerre mondiale, le 24 mars 1923. Il s'agit avant tout de faire régner le « bon ordre colonial ».

3.1 Système des amendes et des peines

Travail forcé : la construction du chemin de fer de Guinée par des «sujets» africains de l'AOF, c.1904.

Le commandant de cercle peut punir les indigènes sans procès contradictoire pour des infractions spéciales, variables dans le temps et l’espace, que la loi ordinaire ne punit pas14 sans appel possible15. Il existe une possibilité théorique d'appel devant le gouverneur, mais en pratique la sanction a déjà été exécutée.Ces infractions concernent des règles d'hygiènes (enterrement des animaux, refus de vaccination, etc.) ou d'urbanisme (constructions illégales, squat, etc.), mais surtout des manifestations de résistance à l'ordre colonial, politiques (refus d'aider les autorités, non-respect des administrateurs, révolte, etc.) ou économiques (appel à la grève, refus de travail, refus de l'impôt, etc.). Le système des peines et amendes est appliqué à tout l'AOF par le décret du 21 novembre 1904 relatif à l'internement des indigènes non justiciables des tribunaux français et précisé par l'arrêté du 14 septembre 190716. Elles peuvent être collectives, c'est-à-dire s'appliquer à un groupe entier quand les responsables ne sont pas identifiés. Les châtiments corporels sont régulièrement appliqués bien qu'illégaux17. Les peines comprennent amendes et emprisonnements jusqu'à 15 jours de prison applicables immédiatement18. Cependant, les amendes peuvent être converties en jours de prison, au tarif d'un jour pour 0,50 F. Plus de 1 500 infractions spéciales sont officiellement réprimées au Congo Moyen en 1908-190919.

3.2 Système des taxes et travaux forcés.

Derrière le système d'amendes et de peines se cache en fait un système de taxes20 et de travaux forcés21 dont le but est de tirer le maximum des sujets des colonies[réf. nécessaire]. Les autochtones subissent l’interdiction de circuler la nuit et les réquisitions11,22. Cela inclut la Corvée : ce service forcé aboli par la Révolution, est réintroduit sous le nom de Prestations23, ainsi que de nombreuses[Lesquelles ?] taxes coloniales, l'impôt de capitation et une « taxe de sang » (conscription forcée dans les unités de tirailleurs)24. Il est à préciser que l'impôt de capitation existait déjà en droit musulman (taxe de dhimmi).

Dans les milieux coloniaux, l'impôt de capitation est le tribut à payer par les indigènes pour la pacification, l'accès à la « civilisation », la protection25. Ainsi, l'impôt apparaît comme « la juste rétribution des efforts du colonisateur, l'application normale du droit absolu d'obliger les populations noires, auxquelles il apporte la paix et la sécurité, à contribuer dans la mesure de leur moyen aux dépenses d'utilité générale. »

Babacar Fall distingue cinq formes de travail forcé en Afrique-Occidentale française :
la réquisition de main-d’œuvre est la forme historiquement la plus ancienne : pression, intimidation, voire répression sont exercées principalement par les gardes de cercles et les agents recruteurs, mais le recrutement peut aussi se faire par l'intermédiaire des chefs indigènes qui apportent leur autorité et leur influence morale ;
la prestation est un impôt consistant en jours de travail au profit de chantiers publics d'intérêt local : travaux des routes, pistes et terrains d'aviation ;
la deuxième portion du contingent militaire est une forme de travail forcé dérivée de la législation militaire sur le recrutement des tirailleurs, avec des recrutements par tirage au sort ;
la main-d’œuvre pénale consiste à utiliser les prisonniers pour divers travaux urbains ou suburbains ;
l'obligation de cultiver consiste à imposer aux agriculteurs certaines cultures industrielles.

La plupart des grands projets d'Afrique française à cette époque (routes, mines ou plantations) sont réalisés par le travail forcé. Il est parfois payé mais une part importante du travail forcé est obtenue par les prisonniers purgeant des peines spéciales arbitraires28. Le taux de recrutement forcé atteint parfois des sommets. En 1906, 14 181 ouvriers sont recrutés à Savalou et Savè (Dahomey)29 pour une population totale de 39 822 (dont 13 682 hommes)30, soit 35 % de la population ou 100 % des hommes. En 1928, Albert Londres, journaliste au Petit Parisien, découvre que la construction des voies ferrées ou les exploitations forestières provoquent un nombre effroyable de morts parmi les travailleurs africains du Sénégal au Congo31. Son article fait scandale en métropole. À propos des indigènes, il déclare :

« Ce sont les nègres des nègres. Les maîtres n'ont plus le droit de les vendre. Ils les échangent. Surtout ils leur font faire des fils. L'esclave ne s'achète plus, il se reproduit. C'est la couveuse à domicile. »

Les travaux prestataires sont rapidement détournés comme une main-d'œuvre gratuite pour la culture des champs et autres activités économiques privées32,33. Les bénéficiaires de cet esclavage et des taxes sont les colons locaux du Cercle qui font fructifier leurs affaires personnelles34 et alimentent l'économie privée là où les entreprises privées ne parviennent pas à attirer de travailleurs35. Le travail forcé augmente très fortement entre les deux guerres sous la poussée des administrateurs locaux.

En Afrique équatoriale française, le travail forcé constitue l'une des causes de la guerre du Kongo-wara, de 1928 à 1932.

Les plantations, scieries et mines de sel du Sénégal37 ont continué d'être alimentées par le travail forcé jusque dans les années 1940. Le travail forcé est couramment utilisé pour la production agricole au profit de sociétés privées (Unilever, Compagnie française d'Afrique occidentale).

Le travail forcé en Afrique occidentale française est l'objet de la loi Houphouët-Boigny adoptée le 11 avril 1946 ayant pour finalité sa suppression.

3.3 Résistances à l'indigénat

La résistance est principalement passive : d'importantes migrations ont lieu lorsque les réquisitions d'hommes (pour la conscription et les travaux obligatoires) sont trop grandes24. L'abandon de villages entiers pendant la construction des routes dans les années 1920 et 1930 contraint l'administration à diminuer progressivement le travail obligatoire. Robert Delavignette a rapporté la migration de plus de 100 000 Mossis de la Haute-Volta jusqu'à la Gold Coast britannique38. Le journaliste Albert Londres parle de 600 000 personnes fuyant vers la Gold Coast et de deux millions tentant d'atteindre le Nigeria. D'importantes migrations ont aussi pour but de diminuer un impôt trop important en changeant de cercle.

Afin de minimiser la résistance, les chefs locaux indigènes sont intéressés au système des taxes et du travail forcé20 (ce système d'intéressement est aussi pratiqué dans l'empire britannique avec l'Indirect Rule). Les indigènes doivent donc subir l'autorité de ces chefs locaux en plus de celle des commandants de cercle. En 1924, les chefs de canton sont exemptés de l'indigénat. Leur insubordination devient alors passible de dix ans d'emprisonnement.

En cas d'abus, la voie légale contre les colons français est rarement empruntée. Elle est plutôt utilisée contre les chefs locaux. Au Dahomey par exemple, cinquante-et-un procès contre ces chefs ont lieu en 1937 aux motifs de brutalité, confiscation illégale de terre ou taxes ou encore utilisation excessive des travaux obligatoires22. Certains procès aboutissent à la destitution desdits chefs.

 

04 - L'indigénat dans les colonies françaises d'Asie

En Indochine, l'indigénat est instauré dans la colonie de Cochinchine (correspondant au sud du Viêt Nam actuel) par un décret du 25 mai 1881. La colonie vietnamienne précède ainsi l'Algérie en ce qui concerne l'officialisation de ce régime dans les textes. Mais, pour des raisons peu claires, l'indigénat est partiellement aboli en Cochinchine par un nouveau texte du 6 janvier 1903. Ce changement semble s'être fait sous l'influence des partisans de l'assimilation des indigènes et de ceux qui dénonçaient en Indochine les abus du système. Néanmoins, l'indigénat ne disparaît pas totalement en Cochinchine : si le régime est supprimé dans la région de Saïgon où les Européens sont nombreux, il reste en vigueur dans certaines provinces, notamment celles où les tribunaux sont rares ou absents.

 

05 - L'indigénat dans les colonies françaises du Pacifique.

La mise en forme de cette section ne suit pas les recommandations concernant la typographie, les liens internes, etc. (juin 2019). Découvrez comment la « wikifier ».

En Nouvelle-Calédonie, les autochtones sont soumis au Code de l'Indigénat en 1887 et ainsi privés de leur liberté et de leurs droits politiques. Cette spoliation de leur identité a mené à de nombreuses révoltes dont la plus connue (et la plus mortelle) fût celle menée par le chef kanak Noël en 1917.

Contrairement à d'autres colonies un système de réserve est mis en place afin de différencier de manière stricte la population kanak et population européenne. Les premières populations européennes étant essentiellement masculines le gouvernement décide rapidement d’envoyer des orphelines depuis la France métropolitaine pour assurer une présence féminine auprès de ces hommes, mais nombreux sont ceux qui vont former des couples mixtes avec des femmes kanakes. Pour autant cela ne crée pas un monde métis contrairement à ce qui a pu se passer dans d’autres territoires d’outre-mer. La faute à la mise en réserves et à la division juridique stricte entre Européens et Kanaks. S’il est reconnu par son père, un enfant né d’un couple mixte devient européen à 100% : il accède pleinement à la citoyenneté et à la société des Blancs. S’il n’est pas reconnu par son père, il est élevé dans la réserve par sa mère et ses oncles maternels, et devient alors 100% kanak. En Nouvelle-Calédonie, jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale, la coupure est radicale entre ces deux mondes.

 

06 - Réactions.

Dès les années 1860, le statut d'Indigénat fait débat. De nombreux colons français ne partagent pas la vision de Napoléon III d'un royaume arabe en Algérie, dans lequel les musulmans jouiraient des mêmes droits de citoyen. Après la chute du Second Empire, la IIIe République tente bien de simplifier les procédures de naturalisation et même d'évoquer une naturalisation en masse, mais ceci provoque de vives réactions des colons. Les autorités locales traîneront d'ailleurs des pieds afin de compliquer la tâche aux musulmans candidats à la naturalisation française. Cette méthode porte ses fruits : entre 1865 et 1915, seulement 2 396 musulmans d'Algérie sont naturalisés français.

Après la Première Guerre mondiale, la loi du 4 février 1919 réforme la procédure d'accès à la pleine nationalité. Cette réforme est décevante puisque seulement 1 204 musulmans d'Algérie sont naturalisés de 1919 à 1930. Hubert Lyautey, qui suit de près les négociations avec les colons, note :

« Je crois la situation incurable. Les colons agricoles français ont une mentalité de pur Boche, avec les mêmes théories sur les races inférieures destinées à être exploitées sans merci. Il n'y a chez eux ni humanité, ni intelligence42. »

Ce propos est à rapprocher d'une déclaration très antérieure de Clemenceau à la Chambre des Députés.

En pratique, en entretenant l'illusion que l'indigène est français, le code de l'Indigénat a permis aux autorités françaises de placer une grande population des colonies sous leur contrôle tout en imposant une discrimination légale.

 

7 - Démantèlement.

Déjà divers selon les territoires, l'indigénat évolue aussi au cours de la période coloniale.

En Algérie, la responsabilité des condamnations est transférée à une instance judiciaire par un décret du 15 novembre 1924. Le nombre d'infractions spécifiques aux indigènes y est ramené à 24 puis 12. Les peines maximum passent de 25 à 15 francs pour les amendes et de 15 à 5 jours pour l'emprisonnement.

Un autre décret du 15 novembre 1924, modifié le 26 décembre 1924, unifie le régime juridique de l'indigénat en « Afrique occidentale française, Afrique équatoriale française, à Madagascar et à la Côte française des Somalis ». Il contient une liste de personnes exemptées de l'indigénat, comme les anciens combattants, les diplômés, les cadres de l'administration, les commerçants, etc., ainsi que leurs femmes et enfants. Cependant la liste des infractions reste fixée indépendamment pour chaque colonie.

En 1935, au Cameroun français on constate encore 32 858 peines de prison pour infraction spéciale (contre seulement 3 512 pour d'autres infractions)43.

Le régime de l'indigénat est démantelé en plusieurs temps. L'ordonnance du 7 mars 1944 supprime le statut pénal des « Français musulmans d'Algérie » (art. 2)44 mais maintient deux citoyennetés différentes. La loi Lamine Guèye du 7 mai 194645 accorde la « qualité de citoyen » à « tous les ressortissants des territoires d'outre-mer (Algérie comprise) ». Mais le système du « double collège » limite la portée de ce texte. Enfin, le statut du 20 septembre 1947 impose les principes d'égalité politique et d'accès égal aux emplois de la fonction publique.

Le décret no 45-137 du 22 décembre 194546 supprime les sanctions de police administrative prévues aux articles 1 à 21 du décret du 15 novembre 1924, c'est-à-dire les peines ordinaires (contraventions). Le décret no 46-277 du 20 février 194647 supprime les peines exceptionnelles de l'indigénat, c'est-à-dire l'internement, l'assignation à résidence et les amendes collectives prévues aux articles 22 à 24 du décret du 15 novembre 1924.

L'égalité juridique entre tous les citoyens dans les colonies n'est instaurée qu'en 1956, lorsque la loi-cadre (dite loi Defferre) accorde le droit de vote à tous les nationaux. En Algérie, il faut attendre 1958 pour que le double collège soit supprimé.

L'indigénat est encore une référence au moment des indépendances, lorsque l'accès des habitants à la nationalité française est soumis à des conditions particulières pour les anciens « indigènes » (en particulier la résidence en France métropolitaine) qui deviennent des nationaux de leur nouveau pays.

 

8 - Les catégories d'« indigènes » selon Henry Solus.

Dans son Traité de la condition des indigènes en droit privé48, Henry Solus49 distingue quatre catégories d’« indigènes » : les « citoyens français », les « sujets français », les « protégés français » et les « administrés français ».

8.1 Les « indigènes citoyens français ».

La qualité de citoyen français était, en principe, réservée aux « indigènes » de statut civil français.

Étaient de statut civil français :
• Les originaires des colonies de la Martinique, de la Guadeloupe50, de la Réunion et de la Guyane française;
• Les originaires des Établissements de Saint-Pierre-et-Miquelon ;
• Les originaires de l'île Sainte-Marie ;
• Les originaires des archipels des Établissements français de l'Océanie ayant fait partie de l'ancien royaume de Tahiti, en vertu de la loi du 30 décembre 188052 ;
• Les « israélites indigènes des départements de l'Algérie », en vertu du décret du 24 octobre 187053 ;
• Les originaires des Quatre communes du Sénégal en vertu de la loi du 29 septembre 1916 ;
• Les personnes qui avaient obtenu la reconnaissance judiciaire de la qualité de citoyen français ;
• Les personnes originaires des Établissements français de l'Inde ayant renoncé à leur statut personnel ;
• Les personnes qui avaient été admises à la qualité de citoyen français par décret ou en vertu d'une décision de justice ;
• Les personnes d'origine étrangère qui avaient acquis la nationalité française par l'effet de la loi ou par naturalisation ;
• Les descendants des personnes sus énumérées.

8.2 Les « indigènes sujets français »

Les « indigènes sujets français » étaient les « indigènes » des colonies proprement dites et des protectorats de droit interne. Les « sujets français » avaient la nationalité française mais la qualité de citoyen français leur était déniée. Les « sujets français » des quatre communes de plein exercice de Dakar, Gorée, Rufisque et Saint-Louis, étaient dans une « situation intermédiaire » jusqu'à la loi de 29 septembre 1916.

Les sujets français des Dakar, Gorée, Rufisque et Saint-Louis jusqu'en 1916.

Les « sujets français » des Établissements français de l'Inde.

Les « indigènes » des Établissements français de l'Inde régis par leur statut personnel étaient dans une « situation intermédiaire » entre « sujet » et « citoyen » français » de par la jurisprudence dite « Adicéam et Cadarsah ».

La Cour de cassation considérait, en effet, que « si, par des considérations spéciales à la colonie des établissements français de l'Inde, le droit de prendre part dans ces établissements aux élections soit politiques, soit coloniales et locales a été reconnu même au profit des natifs qui n'ont point renoncé aux us et coutumes de leurs castes qui forment leur droit civil local et en possession desquels l'arrêté du 6 janvier 1819 les a maintenus, cette concession d'un droit spécifié et localisé par les formes et les conditions qui le régissent n'a point eu pour effet de leur concéder les droits entiers et la qualité de citoyen français leur permettant de réclamer le bénéfice de l'électoral, soit dans les autres colonies, soit dans la Métropole »54.

8.3 Les « indigènes protégés français ».

Les « indigènes protégés français » étaient les « indigènes » des États protégés : en Afrique française du Nord, la régence de Tunis et, au Maroc, la « zone française de l'Empire chérifien » ; en Indochine française, le protectorat d'Annam, celui du Tonkin (correspondant respectivement au Centre et au Nord du Viêt Nam actuel, sur lesquels la dynastie Nguyễn continuait officiellement de régner), le Royaume du Cambodge et, au sein du protectorat du Laos, le Royaume de Luang Prabang. Les « protégés français » n'avaient pas la nationalité française ni, dès lors, la qualité de citoyens français.

8.4 Les « indigènes administrés français ».

Les « indigènes administrés français » étaient les « indigènes » des territoires administrés par la France en vertu d'un mandat de la Société des Nations : le Cameroun oriental, le Togo oriental ainsi que la Syrie et le Liban. Les « administrés français » n'avaient pas la nationalité française ni, dès lors, la qualité de citoyen français55. Leur situation avait fait l'objet de résolutions du Conseil de la Société des Nations du 22 avril 1923. Aux termes de ces résolutions, ils « n'acqu[érai]ent pas la nationalité de la puissance mandataire pat suite de la protection dont ils bénéfici[ai]ent » ; avaient un statut « distinct de celui de la puissance mandataire » et qui ne pouvait être assimilé à ce dernier par aucune mesure de portée générale ; pouvaient seulement, « par un acte individuel de leur volonté, obtenir par naturalisation la nationalité de la puissance mandataire » ; et devaient être désignés par une dénomination qui précisait leur statut.

 

09 - Dans les autres empires coloniaux.

Des pratiques semblables au code de l'indigénat se retrouvent dans les empires britannique[réf. nécessaire], portugais[réf. nécessaire], allemand[réf. nécessaire], italien[réf. nécessaire], belge56,57 ou néerlandais58.

 

Notes et références : 

Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de ???? en anglais intitulé « Indigénat » Entrée « indigénat (Code de l') »,  dans Jean-François Sirinelli.

 


 

Table of Contents