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La guerre d'Algérie : 1959   (4 / 4)

 

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Le Plan de Constantine


Le 3 septembre 1958, en pleine guerre d'Algérie, le Général de Gaulle annonça, depuis la Préfecture de Constantine, le lancement d'un plan de développement économique et social de l'Algérie. Ce plan ne se situait pas, à la manière des plans soviétiques, dans le cadre rigide d'une économie administrée. C'était un plan "à la française", compatible avec l'économie de marché, semblable à ceux qui avaient été conçus par Jean Monnet puis par Pierre Massé quand, en Métropole, il avait fallu, après 1945, entreprendre la Reconstruction. Ce type de plan s'appuie sur de nombreuses études. Il repose sur des concertations poussées entre tous les acteurs de l'économie et sur une prospective des relations intersectorielles dont il s'efforce d'effacer les goulets d'étranglement. Il désigne des objectifs, et comporte des mesures d'incitation.

Les finalités du "Plan de Constantine" étaient claires. Ce Plan visait, en quelques périodes quinquennales et malgré une démographie galopante, à porter le niveau économique, social et culturel de l'Algérie à un niveau européen. Dans le contexte de guerre civile de l'année 1958, il prenait aussi figure d'une riposte politique au FLN.

Mais ce plan n'avait pas jailli fortuitement du rocher de Constantine. Il n'était pas né de l'imagination du nouveau Président de la République. Il était le fruit de longs travaux d'étude antérieurs. La nouveauté de l'annonce faite par le Chef de l'État tenait donc moins à son contenu qu'au fait que, pour la première fois et au plus haut niveau, les objectifs de développement de l'Algérie étaient pris en considération.

La première tentative en ce sens s'était située vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, alors qu'Alger avait été, durant près de deux années, le siège du Gouvernement provisoire de la République, l'opposition du ministère des finances et le manque d'intérêt du chef de l'État n'avaient guère laissé à cette première tentative la chance d'aboutir. En Métropole, dans un pays ravagé par la seconde guerre mondiale, la Reconstruction s'était imposée comme impérativement prioritaire. Moins que jamais, l'Algérie n'intéressait Paris. Observons simplement, écrit Guy Pervillé, professeur d'Histoire contemporaine à l'université de Toulouse, que « si le blocage des réformes politiques semble bien dû en grande partie aux pressions du "lobby algérien", l'insuffisance du programme de progrès économique et social paraît surtout imputable au gouvernement de la métropole »


Le Rapport Maspetiol dès 1955>


À Alger comme à Paris, le souci de sortir l'Algérie de son sous-développement continua cependant d'agiter les esprits. Mais un tel objectif était-il seulement à portée de l'économie française ? À quel niveau devrait se situer l'effort financier de la Métropole pour permettre à l'Algérie de décoller ? Un Conseiller d'État, Roland Maspetiol, fut chargé de trouver la réponse à ce genre de question toujours épineuse. Il présida les travaux d'un Groupe d'études des relations financières entre la Métropole et l'Algérie.

Le "Rapport Maspetiol" fut remis au gouvernement en juin 1955. Ayant procédé à des comparaisons avec d'autres pays de taille et de développement comparables, il évaluait les investissements nécessaires. Compte tenu des efforts que l'Algérie était elle-même en état de consentir, il chiffrait la contribution qui devrait être celle de la Métropole. Il montrait ainsi que cet effort se situait à un niveau parfaitement soutenable pour une France désormais engagée dans la brillante chevauchée des Trente Glorieuses.

Cette évaluation de la contribution métropolitaine servira d'hypothèse aux Perspectives décennales, puis au Plan de Constantine. Plus tard, elle servira encore à dimensionner le niveau de l'aide financière que la France accordera à une Algérie devenue indépendante.

La publication du "Rapport Maspetiol" souleva à Alger un vent de foi dans l'avenir. Sous la houlette de M. Tixier, directeur général des Finances, puis de son successeur, M. Yves Leportz, fort également du soutien de M. Salah Bouakouir, l'omniscient polytechnicien kabyle qui fut successivement directeur général de l'Industrie, puis Secrétaire général du Gouvernement pour les Affaires économiques, une équipe enthousiaste de jeunes hauts fonctionnaires et de dirigeants d'entreprise s'engagea ardemment dans l'élaboration d'un document qui prit le nom de : Les Perspectives décennales du développement économique de l'Algérie. Destiné à démultiplier les orientations du rapport Maspetiol, cet ouvrage était plus analytique. Présenté aux autorités début 1957, c'est lui qui fournit l'essentiel du contenu du discours présidentiel du 3 septembre 1958.

Début octobre 1958, pour mettre ce plan en œuvre, de Gaulle nomma Paul Delouvrier "Délégué général du gouvernement en Algérie". Paul Delouvrier était un brillant inspecteur des Finances qui avait fait carrière dans divers cabinets ministériels de la IVe République et qui, en 1946, avait travaillé auprès de Jean Monnet à la préparation du premier plan quinquennal français. Le Général lui donna mandat de "pacifier, administrer, mais en même temps transformer" Paul Delouvrier alla rue Martignac, au Commissariat général du Plan, pour recruter Jean Vibert qui s'y occupait de l'Outre-mer. Dès le 31 octobre, il le nomma à Alger directeur du Plan et Secrétaire général de son instance consultative : le Conseil supérieur du Plan. Il demanda à Pierre Massé, brillant successeur de Jean Monnet comme Commissaire général au Plan, de présider ce Conseil. La filiation entre le Plan de Constantine et les plans quinquennaux français apparaît ainsi comme ayant été particulièrement étroite.

Jean Vibert travailla d'arrache pied. Pour réaliser les études nécessaires, il mobilisa tous les grands bureaux d'études français: SCET, BERU, CREDOC, CEGOS etc… les rapports s'accumulaient sur sa table. Lui se réservait la rédaction des synthèses et celle des conclusions qui devraient guider l'action des administrations et des différents secteurs de l'économie.


Une stratégie volontariste de développement


Le Plan était ambitieux. Il visait à "transformer la condition des hommes et spécialement celle des plus déshérités". Il concernait tous les domaines: industrie lourde, industrie légère, agriculture, défense et restauration des sols (DRS), hydraulique, routes et ports, logement, enseignement, action sociale, etc.

La construction de logements y tenait une place particulière. L'exode rural et une (trop) rapide croissance démographique créaient d'énormes besoins. A condition de concevoir des logements adaptés à la demande, aux mœurs, au climat et au niveau de solvabilité des candidats, la construction drainerait des ressources qui entraîneraient dans son sillage toutes sortes d'industries sous-traitantes (carrières, industrie du bâtiment, matériaux de construction, peintures, industrie du meuble, voiries et réseaux divers, etc). La construction était ainsi chargée d'être l'un des principaux moteurs de la croissance.

Cette stratégie se révéla payante. En trois ans (1957-1960), le rythme des mises en chantier de logements fut multiplié par trois. Le financement en provenait pour l'essentiel du Fonds de dotation de l'habitat et des crédits de l'Habitat rural, deux rubriques inscrites au budget de l'Algérie. En pleine guerre, le bâtiment entraîna alors à sa suite, dans une croissance à deux chiffres, la plupart des indicateurs économiques. Les emplois créés devaient à leur tour alimenter les ressources. Seules certaines industries légères comme celles du secteur textile, n'entrèrent pas dans ce cycle vertueux.

Dans l'enseignement, sur la même période, les effectifs d'enfants musulmans scolarisés furent multipliés par près de trois et ceux du secondaire furent majorés d'un tiers, passant de 37.500 en novembre 1957 à 49.300 en novembre 1960.

Mais le 16 septembre 1959, les déclarations du Chef de l'État affichaient un retournement de politique. La confiance des entrepreneurs s'effondra. Les capitaux tentèrent de fuir. Bientôt, les disparitions et les enlèvements de civils allaient semer la panique dans les rangs des Européens qui choisirent la valise plutôt que le cercueil.

Né trop tard, le Plan de Constantine n'avait survécu que trois ans...

 

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Mettons nous d’accord sur ce que c’est le plan de Constantine


Le plan de Constantine, c’est tout d’abord le discours du général De gaule du 03 octobre 1958 à Constantine pour le lancement de son plan de développement économique et social pour l’Algérie.

A l’occasion de sa deuxième visite en Algérie après son retour au pouvoir, le général de Gaulle annonce à Constantine, capitale de l’Est algérien, le lancement de son plan de développement économique et social pour l’Algérie. Ce plan vise à réduire, en cinq ans, les inégalités entre musulmans et Européens sur le territoire algérien.



Quelques passages du discours :


Algériennes, Algériens, Je suis venu ici pour vous l’annoncer : C’est la transformation profonde de ce pays si courageux, si vivant, mais aussi si difficile et souffrant qu’il faut réaliser. Cela veut dire qu’il est nécessaire que les conditions de vie de chacune et de chacun s’améliorent de jour en jour. Cela veut dire que le travail des habitants, les ressources du sol, la valeur des élites, doivent être mis au jour et développés. Cela veut dire que les enfants doivent être instruits. Cela veut dire que l’Algérie toute entière doit avoir sa part de ce que la civilisation moderne peut et doit apporter aux hommes en fait de bien-être et de dignité. Mais, les plus grands projets ne valent qu’en fonction des mesures pratiques qui sont prises pour les réaliser.

Voici les mesures que mon gouvernement va incessamment prescrire pour les cinq années qui viennent, en vertu des pleins pouvoirs qui viennent par la Constitution nouvelle de m’être tout justement conférés. Cette évolution profonde, à quoi peut-elle conduire quant au statut politique de l’Algérie ? ... Dans deux mois, l’Algérie élira ses représentants dans les mêmes conditions que le fera la métropole. Mais, il faudra qu’au moins les deux tiers de ses représentants soient des citoyens musulmans. Autre chose se rapporte à l’avenir. L’avenir de l’Algérie, de toute façon, parce que c’est la nature des choses, sera bâti sur une double base, sa personnalité et sa solidarité étroite avec la métropole française ... Devant la race des hommes aujourd’hui, il n’y a que deux routes : la guerre ou la fraternité. En Algérie comme partout, la France, pour sa part, a choisi la Fraternité. Vive la République, vive l’Algérie et la France !

Au lendemain du référendum constitutionnel par lequel 80% des Français (et 97% des votants en Algérie et au Sahara) ont approuvé les nouvelles institutions et témoigné leur confiance au général, celui-ci se rend pour la troisième fois en Algérie depuis son retour au pouvoir. Son discours se veut un constat de la preuve d’attachement » pour toujours » que l’Algérie vient ainsi de donner à la France. En contrepartie, de Gaulle détaille dans ce que l’histoire a retenu sous le nom de « Plan de Constantine » les mesures économiques et sociales annoncées à Alger le 3 juillet. Soulignant le progrès considérable que cette politique va faire accomplir à l’Algérie, il lance un appel aux combattants du FLN afin qu’ils déposent les armes et participent à l’effort commun et aux Etats arabes qui les soutiennent afin qu’ils cessent d’envenimer la situation.



Et voici un témoignage vivant du fils de l’entrepreneur Salas.


Arriva le 13 Mai 1958 et l’époque des promesses d’une Algérie Française, fraternelle et prospère. Promesses faites par Charles De Gaulle, que nous avions aidé à mettre en place, pour nous inciter par son porte-voix dans le cadre du fameux plan de Constantine à investir à outrance en Algérie car elle resterait “Française de Dunkerque à Tamanrasset jusqu’à la fin des temps” Nous n’avions aucune raison de douter de sa parole et de son “je vous ai compris “ sur la place du Forum d’ Alger et…. nous avions tellement envie de croire en ses déclarations qui nous paraissait sincères , avec ces trémolos dans la voix. Trémolos qui n’étaient en fait que les signes précurseurs de sa haine envers ces Pieds-Noirs qui avaient eu l’audace de mettre en doute son action en 1941. Pauvres naïfs que nous étions de prendre pour parole d’évangile ses discours aussi démagogiques et fallacieux que ceux d’un camelot marchand d’élixirs à l’époque du Far-West. Mais eux, on pouvait les lyncher.

Quelle escroquerie ! Et comment avons nous pu être crédules et naïfs à ce point ?

On aurait dû se rappeler que parfois avec nos prétendus défenseurs ou amis, nous n’avons surtout pas besoin d’ennemis.

Certains, à la désapprobation générale mais comme on le verra par la suite à juste titre, peu convaincus des promesses gouvernementales s’empressèrent de mettre leurs avoirs en lieu sûr, et d’autres (la grande majorité) comme mon père, avec l’aide de l’état et l’appui de ses banques investit son argent gagné dangereusement (à la roulette de la vie) ,en l’achat de terrains et en la construction d’immeubles en copropriété tels le Trianon, le Lido, le Paris (Gros-œuvre achevé à 100% lors de notre repli en France)car en vertu de ce fameux plan de Constantine, la population européenne et algérienne avait repris confiance et l’essor factice fût spectaculaire, on ne trouvait plus un seul logement à acheter.

On se lança à corps perdu en la construction d’immeubles en copropriété tels le Bel Horizon, le Lido, Le Trianon, le Paris(plusieurs dizaines de logements de standing) et nous construisîmes même la célèbre “Maison de retraite des Anciens légionnaires”, au sein de la cité Bellat et inaugurée d’ailleurs par ce dernier, laquelle était un magnifique monument dû aux talents conjugués de M Mrs Benkemoun, architecte ,et Keller, Ingénieur de structures béton, lesquels étaient mes anciens Maîtres, qui comme je l’ai déjà dit, m’avaient transmis un peu de leur savoir-faire.

Après mon mariage et pendant que la guerre d’Algérie battait son plein, je devais reprendre des études de technicien du bâtiment auprès de la Fédération du Bâtiment et des Travaux Publics. Ces cours avaient lieu à Oran, le samedi toute la journée et ce là, malgré l’insécurité qui régnait sur les routes, nous accomplissions le trajet dans les deux sens pour suivre nos cours et le soir venu, nous emportions du travail à faire chez soi, pour toute la semaine.



Immeubles “Bel Horizon” et “Lido”


Construits par notre entreprise dans le cadre du plan de Constantine.

Mon objectif était d’acquérir une formation complète de Technicien du bâtiment et des TP. J’étais hyper motivé car je prévoyais que cette qualification me serait nécessaire pour m’ouvrir certaines portes dans un avenir proche que j’appréhendais un peu tout en le pressentant , ignorant encore de ce qui allait se passer.

Au terme de trois années d’études assez poussées, j’obtenais un diplôme de « Commis d’entreprise » lequel comme je devais m’en rendre compte quelques années plus tard, s’avéra pour moi d’une importance capitale.

Avant la guerre de libération les besoins annuels de l’Algérie en matière de logements nouveaux étaient estimés à 80 000 unités. Or, le rythme de constructions ne pouvait jamais atteindre ce nombre, si l’on considère les réalisations durant les trois années suivantes :

► 1954 : 12 000 logements;
► 1955 : 13 000 logements;
► 1958 : 18 000 logements.

Parmi les promesses faites par le Général De Gaulle dans son discours du 30 octobre 1958 à Constantine, à travers lequel il a dévoilé les grandes lignes du plan quinquennal ou appelé communément “Plan de Constantine ”, figure celle de la réalisation de 200 000 logements destinés à loger 1 000 000 de personnes. Ce qui veut dire qu’il est nécessaire de livrer chaque année 40 000 logements et ce durant tout le plan quinquennal. Or, les maisons de 2 000 000 de personnes déplacées à la suite de bombardements et de ratissages ont été systématiquement détruites par l’armée française, si bien que le nombre prévu par le plan suscité était tout à fait dérisoire et bien en deçà des besoins réels du fait qu’il ne pouvait guère remplacer les logements détruits auxquels il aurait fallu ajouter les habitats précaires, les bidonvilles, etc.

NB : les immeubles, sidi yacine, Kaid rabah, toba, leurs études ont été ficelées en 1955, les travaux lancés la même année, et occupés par leurs bénéficiaires en 1957.

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