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La résistance du peuple Algérien     (3 / 3)

 

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En Algérie, une guerre de cent ans contre la colonisation


Jusqu’aux années 1990, la fermeture des archives, en particulier militaires et policières, freinait les travaux scientifiques sur la guerre d’Algérie. Les témoignages (de rapatriés, d’anciens combattants, etc.), les œuvres des cinéastes et les textes d’intellectuels n’en donnaient qu’une vision parcellaire. Depuis, la torture, les « camps de regroupement » et les autres exactions de l’armée française apparaissent au grand jour.

Si l’on en croit bien des livres d’histoire, la guerre d’Algérie débute le 1er novem­bre 1954, lorsque sont échangés les premiers coups de feu et qu’apparaît un groupe inconnu auparavant : le Front de libération nationale (FLN).

En réalité, la résistance du peuple algérien commence… dès le début de la colonisation française, lors du débarquement de 1830. La « pacification » ne s’achève qu’en décembre 1847, avec la reddition d’Abd El-Kader – l’unificateur des forces algériennes contre la conquête, proclamé « émir des croyants ». Depuis cette date, les insurrections, locales ou régionales, n’ont plus cessé. Une des dernières manifestations pour l’indépendance, à Sétif en mai 1945, est réprimée dans le sang, laissant dans la société algérienne une cicatrice jamais refermée.

Constat d’échec pour les solutions pacifiques et les soulèvements sporadiques.

Ces insurrections furent-elles toutes menées au nom de la nation algérienne ? Pour la phase initiale, au XIXe siècle, les historiens en débattent encore. Ce qui est certain, c’est que le sentiment patriotique algérien s’affirme progressivement face à l’occupation étrangère. En témoignent la naissance de l’Etoile nord-africaine (1926), puis celle du Parti populaire algérien (1937), deux organisations marquées par la forte personnalité de Messali Hadj – lequel sera écarté par ses camarades plus jeunes lors du déclenchement de l’insurrection de novembre 1954, qui débouchera sur la guerre d’indépendance.

A ce moment, le mouvement nationaliste parvient à la conclusion que, les solutions pacifiques et les soulèvements sporadiques ayant échoué, un mouvement de révolte structuré, centralisé, est devenu nécessaire. D’autant que, quelques mois plus tôt, à l’autre bout du monde, la victoire vietnamienne de Dien Bien Phu (mai 1954) a éveillé d’immenses espoirs chez tous les colonisés (lire p. 118).

Les gouvernants ne comprennent pas ce qui est en train de se passer. Les formules « L’Algérie, c’est la France. Des Flandres au Congo, une seule nation, un Parlement » et « Pas de négociation » (François Mitterrand, ministre de l’intérieur) emplissent les discours. Pour ces officiels, la réplique va de soi : « la fermeté », c’est-à-dire la violence, « la guerre » (Mitterrand).

La quasi-totalité du monde politique et journalistique préconise les mêmes « solutions ». Seules quelques voix protestent : Charles-André Julien, François Mauriac, André Mandouze, Francis Jeanson chez les intellectuels ; Témoignage chrétien, L’Humanité et France-Observateur dans la presse. Les communistes, unique force politique nationale à s’élever contre la répression et à affirmer le caractère spécifique de la question algérienne, ne vont pas pourtant jusqu’à l’affirmation du droit à l’indépendance de l’Algérie.

Guerre ? Le mot n’apparaîtra jamais dans le vocabulaire officiel de 1954 à 1962. Il ne sera adopté qu’en… octobre 1999, après une décision de l’Assemblée nationale !

C’est pourtant bel et bien une guerre coloniale qui commence en 1954. Dès ce moment sont mis en place des moyens proprement inhumains pour terroriser non seulement les combattants, mais toute la population, considérée comme complice, donc coupable : ratissages, arrestations, usage de la torture, évacuations de villages entiers et regroupements par la force des populations civiles, bombardements au moyen parfois du sinistre napalm.


Le désastre de Guy Mollet


Les mois passent, la guerre s’installe. Durant cette première phase, les dirigeants français, endormis par plus d’un siècle de certitudes coloniales (« Nous sommes porteurs de la civilisation… les indigènes nous sont reconnaissants… »), ne comprennent pas les enjeux. Les gouvernements de la IVe République qui se succèdent (Pierre Mendès France, Edgar Faure, Guy Mollet…) adoptent, avec des nuances, la même politique.

Le pire survient avec le gouvernement Mollet, dit de « front républicain » : élu en 1956 sur un programme de prise de contacts avec le FLN, soutenu par des communistes qui regretteront, mais bien tard, leur vote, il s’engage en fait vers une aggravation de la guerre. C’est ce gouvernement qui couvre les exactions de la féroce chasse à l’homme pudiquement appelée bataille d’Alger (début 1957).


La guerre a commencé depuis quatre ans quand Charles de Gaulle est porté au pouvoir par les réseaux de la mouvance Algérie française. Selon plusieurs manuels scolaires français, le Général est alors « hésitant » au sujet de l’indépendance algérienne. Pourtant, sa stratégie ne fait guère de doute. Pendant les dix-huit premiers mois de son mandat, de Gaulle cède sur les apparences pour préserver l’essentiel : la domination française.


Commencée dans une indifférence quasi générale en 1954, la guerre d’Algérie finit par miner le régime. Devant les piétinements de gouvernements de plus en plus discrédités, un homme, silencieux depuis quatre ans, attend son heure : le général Charles de Gaulle. En 1958, les réseaux plus ou moins occultes de la mouvance Algérie française, qu’il couvre de son autorité, s’agitent ; le 13 mai, profitant d’une nouvelle crise gouvernementale, ils participent au coup de force qui permet à de Gaulle de revenir au pouvoir. Si le héros de la Résistance préserve les apparences de la légalité, ce sont bel et bien les factieux qui lui permettent de reprendre les commandes de l’Etat.

Nombre d’historiens se sont interrogés pour connaître sa pensée profonde à ce moment-là : était-il favorable à l’Algérie française ou bien s’est-il servi de ses réseaux pour prendre la tête du pays et élaborer un plan de sortie de guerre ? En fait, durant les dix-huit premiers mois de son pouvoir, le Général fait tout pour détruire la résistance du Front de libération nationale (FLN). Simultanément, il lance un plan, d’une ampleur inédite, dit « de Constantine », de mise en valeur de l’Algérie au sein, évidemment, du système français. Son calcul consiste à céder sur certaines apparences – comme l’acceptation d’un vrai suffrage universel (une première, en Algérie) ou l’association de certains Algériens à la nouvelle politique (ce qui a pour effet de diviser le FLN) – afin de préserver l’essentiel. Cette politique porte un nom : le néocolonialisme. Elle a également une logique : elle ne peut être appliquée qu’avec un minimum de coopération des populations colonisées (...)

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