
L'Algérie est entrée dans l'histoire dès la plus haute antiquité
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L'Algérie est entrée dans l'histoire dès la plus haute antiquité. Elle porte successivement les noms de Lybie, Maurétanie, Numidie, Africa, Ifriquiya.
La pénétration carthaginoise en Algérie revêtit un aspect pacifique : échanges commerciaux, influence culturelle des formes de civilisation sur tout le pays Libyque. Mais durant toute cette période, les Algériens conservèrent leur propre vie. Leurs royaumes restèrent indépendants.
La première tentative intéressante de l'unification politique du territoire, qui recouvrait une grande partie de l'Algérie actuelle, remonte à l'antiquité. Deux grands royaumes des Massaesyles à l'ouest avec la ville de Siga et celui des Massyles à l'est avec la ville de Cirta. Ces royaumes, sortes de grandes confédérations de régions, avaient un chef de guerre commun : l'aguellide. Au IIIe siècle, un vaste royaume apparut de la Moulouya à Tabarka, la Numidie, dont les frontières correspondaient remarquablement avec celles de l'Algérie actuelle.
L'unité du pays fut l'œuvre de Massinissa, qui fut «le plus grand entre les plus grands souverains». Grecs et Romains reconnaissaient en lui un vrai monarque et son culte se perpétua à travers les siècles. L'unité du pays procédait non seulement de la personnalité de Massinissa mais surtout « de son aptitude à utiliser les conditions économiques, sociales de son temps ». Massinissa était arrivé à occuper presque toute l'Afrique du Nord, ne laissant à Carthage qu'un territoire restreint. Son programme était résumé par la formule «l'agriculture, pour développer le commerce ; les monnaies numides se répandirent même en Europe. L'unité du pays fut une réalité et s'imposa à Rome. Et cette dernière le comprit si bien qu'elle s'empressa, dès la mort de Massinissa, de diviser le pouvoir que le grand aguellide laissait à ses successeurs.

Rome réussit à diviser le royaume numide. Elle s'acharna contre Jugurtha, dont un des traits majeurs du caractère était la passion de l'indépendance, et qui, bénéficiant de l'appui populaire, avait réussi à grouper autour de lui, afin de s'opposer à l'occupation romaine, toutes les forces numides. Mais la Numidie succomba devant les manœuvres romaines ; Rome sut après la chute de Carthage, diviser les Numides, opposer les populations au pouvoir royal ; elle s'appuya sur les chefs leur donnant des terres, des privilèges, et également sur l'aristocratie municipale pour développer la colonisation de la Numidie.
Cependant la Numidie est restée elle-même face à la domination romaine. Elle avait été divisée en Maurétanie Césarienne et en Province de Numidie. mais elle ne recouvrait pas toute l'ancienne Numidie.
Les Aurès, la Kabylie, l'Ouarsenis, même une grande partie des Hautes plaines restaient indépendants et menaçaient les villes romaines. Les Romains étaient, obligés de s'abriter derrière leurs remparts. Les montagnes furent des foyers permanents d'insurrection. Rome, obligée d'appliquer contre les Numides les méthodes de colonisation les plus draconiennes, expropria les populations, les refoula vers les régions les moins fertiles, les montagnes, les déserts.
Rome finit par transformer son protectorat ; elle annexa purement et simplement la province de Numidie et la Maurétanie. Face à ces mesures, l'ancienne Numidie imposa sa personnalité par la fréquence des révoltes. « La paix romaine » ne fut qu'une vaine tentative pour étouffer cette résistance acharnée à l'envahisseur.La libération des territoires occupée par Rome prenait une grande ampleur à partir du III' siècle : un véritable et énorme soulèvement eut lieu en 429 à l'annonce de l'arrivée des Vandales. A la faveur des guerres que Rome dut mener contre ces nouveaux envahisseurs, la majeure partie de l'Algérie se dégagea de toute domination étrangère. Le pays se présenta alors sous la forme de petits royaumes qui n'avaient, hélas, ni l'unité, ni la puissance qu'il avait eues sous Massinissa et même à l'époque de Jugurtha. En outre les Vandales s'installèrent dans une partie du Constantinois.
l'Europe retomber dans une période assez obscure. l'Afrique du Nord accueillit, au VII' siècle, une civilisation qui,
tout en se basant sur les acquisitions du monde antique, de la civilisation grecque notamment, les avait largement
dépassées. La Libye antique devient le Maghreb.
En même temps qu'une civilisation, les Arabes apportaient avec eux une religion : l'Islam.
Religion nouvelle, elle séduisit les populations d'alors par sa simplicité, sa tolérance, les formes d'organisation
sociale très simple qu'elle prônait. Profondément égalitaire, interdisant l'injustice, elle entraîna la conversion
massive et rapide des populations d'alors.
Rapidement islamisées, ces populations allaient contribuer efficacement à la propagation de la Fol musulmane, puisque
l'un d'eux, Tarik Ibn Zyad, qui a donné son nom à Gibraltar (Djebel Tarik) allait, à la tête d'une armée, envahir
l'Espagne en 711. Plusieurs royaumes furent fondés dans les siècles qui suivirent l'Islamisation.
Mais ce fut sourtout l'aspiration à l'unité du Maghreb qui ne cessera de s'affirmer tout au long des siècles à venir.
Adeptes tout d'abord du Kharidjisme, ensuite du Chi'isme, ce fut davantage l'orthodoxie sunnite qui fut l'élément
catalyseur des maghrébins. Par ailleurs, cette longue « marche » vers l'unité ne fut pas sans convulsions et la grande
révolte de Abu Yazid contre les fatimides et qui oppose douloureusement Ziri ben Marrad, ancêtre des Zirides. et ce
Kharédiite révolté et intrépide, contribua pour beaucoup à créer les conditions politiques de l'unité qui se réalisa
pleinement au XI' siècle sous l'almohade Abd' l Moumen Ben Ali.

C'est au XI' siècle que les Rostémides créent le royaume de Tahert, ville qui se situait aux environs de la ville
actuelle de Tiaret. Animé par le mouvement Kharédjite, ce royaume se caractérisa par une organisation qui se rapprochait
de celle des premiers Khalifes de l'Islam. L'Imam élu était tout-puissant mais ne devait s'écarter en rien du Coran et
de la tradition.
Le royaume de Tahert connut une grande prospérité intellectuelle et économique. El-Yacoubi et les géographes arabes du
Xe siècle nous ont révélé un pays riche avec un retour très marqué de l'agriculture et de l'arboriculture. La vie culturelle
connut également un grand développement. La ville s'érigea en centre universitaire où étaient élaborés et développés les
éléments de la doctrine kharédjite.
Cependant, le royaume de Tahert n'avait pas une assise populaire solide et il succomba sous la poussée d'un autre mouvement
plus profond et plus vigoureux : le chi'isme.
Alliés et soutiens puissants des Fatimides qui allèrent s'installer en Egypte, les Sanhadjas fondèrent le royaume des Hammadides
dont la capitale fut tout d'abord la Kal'a — à proximité de la ville actuelle de M'Sila — puis Bédjaïa.
Les Hammadides rayonnèrent sur le Maghreb pendant les X' et XI'' siècles. Hammad s'illustra particulièrement par son génie
militaire. Mais cette période fut marquée davantage par la construction de villes, de routes et d'institutions à
caractère social.
C'est au Xe siècle qu'Alger, Miliana, Médéa, Souk-Hamza (Bouïra), Achir, Kal'a, Béni-Hammad, Bédjaïa et d'autres villes
de moindre importance furent bâties. D'autres villes furent agrandies et aménagées, telles que Ténès et Cherchell.

El-Idrissi donne par ailleurs une description détaillée de la prospérité économique de cette époque où l'agriculture et
l'artisanat étaient en plein développement.
A Bejaia où une véritable industrie, particulièrement l'industrie du bois et des constructions navales, prenait une
importance de plus en plus grande ; la vie culturelle connut un essor encore jamais égalé. L'université de la ville
attirait un grand nombre d'étudiants, venus de tous les coins du bassin méditerranéen. Des maîtres illustres enseignaient
toutes les disciplines connues à l'époque.
C'est à la fin du XI' siècle que les Sanhadjas du Sud de l'Algérie, puritains excédés par la prospérité de Bédjaïa,
allèrent s'installer, sous la direction du prédicateur Abdallah Ibn Yassin, dans un ribat (sorte de monastère fortifié)
dans une île du Bas Sénégal. Ils remontèrent par la suite sous la conduite de Youssef Ibn Tachfin, vers le Nord pour
fonder Marrakech. Ils furent connus sous le nom des Almoravides (Al murabitum) 1055-1146. La mosquée Malékite d'Alger,
celle de Nédromah et celle de TIemcen datent de cette époque.
C'est également l'état de décadence morale où se complaisaient les Sanhadjas de Bedjaïa et ceux de Marrakech qui
indignèrent Ibn Toumert et Abd El Moumen Ben Ali, fondateurs des Almohades (Al mouwahidoun) 1130-1266.
Animés par le souci de mettre fin à des signes évidents de décadence et par l'aspiration à l'unité du Maghreb et à la
propagation des idées unitaires et égalitaires de l'Islam, ces deux hommes issus l'un du Sud marocain et l'autre de
l'Ouest algérien et dont le hasard les fit rencontrer à Mellala, aux environs de Bedjaïa, conjuguèrent leurs efforts et
parvinrent à créer un grand Maghreb où la prospérité économique et culturelle connut un développement prodigieux.
Le Maghreb devint une grande place commerciale vers où convergeaient les routes de l'Afrique, de l'Europe et d'Orient,
où vivaient des hommes illustres, tels Ibn Tofail et Ibn Rochd (Averroès).
Cependant, vers la moitié du XIIL siècle, le grand Maghreb perdit son unité et à Tiemcen — comme d'ailleurs à Fès et à
Tunis — un royaume s'érigea. Son fondateur fut Yaghmorassen Ibn Zyan, dura trois siècles (1235-1554) et eut pour
capitale Tiemcen.
La position des Abd El Wadides de Tiemcen entre les Hafcides de Tunis et les Mérénides dp Fès, les livrait aux ambitions
et aux coups de leurs voisins, en particulier de Fès. Tiemcen connut une situation précaire. A deux reprises, elle fut
assiégée par les Mérénides.
Mais les soucis de sécurité n'empêchèrent pas pour autant le développement économique et cultutel du royaume et Ibn
Khaldoun n'hésita pas à mettre son génie au service des Abd El Wadides dont il retraça l'histoire avec admiration.

Tlemcen devint une grande ville de commerce. L'artisanat connut une extension considérable et l'enseignement se développa
rapidement. Partout dans la ville des monuments dont la beauté architecturale retient l'attention des visiteurs étaient
érigés et consacrés à des œuvres sociales : des mosquées, des fontaines, des médersas, des conduites d'eau, etc.
A la fin du XV" siècle, le Maghreb Central était très morcelé. Ce fut l'installation des Espagnols à Oran, à Bougie,
puis à Alger au début du XV' siècle qui provoqua l'entrée en scène des frères Barbe-rousse, Aroudj et Kheir Al Dine,
qui, installés depuis 1514 à Djidjelli, coururent à l'appel du Chef Cheikh Salem pour délivrer Alger de la menace
espagnole.
Kheir Al Dine fut à l'origine de la naissance de l'Algérie actuelle. Il obtint, avec le consentement de la population
d'Alger, à qui il expliqua la nécessité de recevoir des armées et des soldats d'Istanbul et de se lier à la lutte
générale de l'Empire Ottoman contre l'Espagne, l'appui du sultan turc, dont Alger reconnut la souveraineté. Il imposa
son autorité à l'intérieur du pays, détruisit le Pénon Espagnol (1529) qui surveillait la ville et fit du port d'Alger
une place imprenable.
Le rôle de l'Algérie dans la lutte qui opposait l'empire Ottoman et l'empire de Charles Quint fut très important.
L'empereur Espagnol connut à Alger, en 1541, une grande défaite ; son expédition contre la nouvelle capitale fut un
désastre et c'est depuis cette victoire qu'Alger apparut à l'Europe comme une ville-forteresse, comme une réelle
puissance.

La Régence d'Alger fut tour à tour gouvernée par des Beyierbcys (1519-1587), des pachas triennaux (1587-1659), des aghas (1659-1671) et des Deys (1671-1830). Sous les Beyierbeys. l'autorité d'Alger s'étendait à Tunis et Tripoli. La Régence d'Alger était considérée comme une province ottomane. Ce l'ut la période des Raïs. Grands capitaines, héros légendaires de la Méditerranée : des Beyierbeys comme Hassan-Pacha, Hassan Vénéziano, Eulj Ali, furent des personnalités de grande valeur. A partir de 1587, Istanbul, craignant de voir se constituer une forte puissance à Alger, décida de créer trois pachaliks : Alger, Tunis et Tripoli. Les liens avec Istanbul se relâchèrent. Le pacha fut le plus souvent un jouet entre les mains de janissaires ; 11 se contentait le plus souvent de contresigner les décisions du diwan de la milice turque. Alger finit par désigner un Dey et par régler ses propres affaires. La grande partie du pays était restée semi-indépendante ou indépendante. La réalité de l'Algérie à l'époque turque fut double, celle des villes administrées par les Turcs et celle de l'intérieur du pays qui demeurait libre. Par ailleurs, l'étude des rapports entre Alger et Istambul montre un réel mouvement d'indépendance à l'égard de la Porte Sublime dont l'aboutissement fut la grande révolution de 1817 opérée par le Dey Ali Khodja, révolution que l'attaque française de 1830 a rejetée dans l'ombre. Le Dey se soustrayait à l'emprise de la milice des janissaires Turcs en se retranchant dans la forteresse de la Casbah et en s'appuyant sur les contingents du pays. De la même façon, des Beys alliés aux grandes familles algériennes enrôlèrent sous leur bannière une grande partie de la population.
L'État algérien avait été organisé sous la domination des Turcs, l'unité territoriale de l'Algérie avait trouvé sa racine dans la nécessité, devant les menaces extérieures,de substituer une forte organisation militaire au morcellement du pays. Certes cet État avait eu des formes originales, mais l'effort de centralisation avait abouti à un gouvernement une administration, une hiérarchie sociale. L'Algérie des deys était une puissance internationale ayant de nombreuses relations économiques, une intense activité diplomatique. Une nation algérienne s'était constituée, une nation dont les difficultés économiques, la multiplication des ingérences étrangères au début du XIX' siècle, facilitèrent les ambitions coloniales françaises.
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