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L'Algérie et son passé    (1 / 3)

 

 

Histoire de l'Algérie


1 - 240 av. J.-C. à 1962 : La difficile gestation de la nation algérienne.


Le territoire de l'actuelle Algérie entre dans l'Histoire avec Massinissa, chef des tribus numides tiraillé entre Carthage et Rome.

Intégré à l'empire romain, il en devient une province prospère. Dans les premiers siècles du christianisme, il s'honore de quelques grands esprits dont le plus célèbre est saint Augustin.

Les Vandales (barbares venus d'outre-Rhin) et les Byzantins ne font qu'y passer. Les Arabes musulmans s'en emparent enfin au prix de quelques difficultés. Au Moyen Âge se multiplient de petits royaumes arabo-berbères, farouchement attachés à leur indépendance. Ils déclinent à partir du XVe siècle et disparaissent sous les coups portés par les Turcs, les Barbaresques, les Espagnols ou encore les Marocains.

Jusqu'à la conquête française, seule est reconnue par les chancelleries la Régence d'Alger, inféodée au sultan d'Istamboul.


■ Naissance d'un État


Un corps expéditionnaire français investit Alger en1830 pour des raisons de politique intérieure, le roi Charles X cherchant à redorer son blason.

Les Français s'en tiennent d'abord à l'occupation du littoral. Mais, en 1839, une révolte suscitée par Abd el-Kader les entraîne malgré eux dans la conquête de l'arrière-pays. S'ensuit une guerre brutale et longue.

En 1871, tournant le dos au rêve de Napoléon III de créer un « royaume arabe » sous protectorat français, la IIIe République transforme l'Algérie en colonie de peuplement.

Après l'invasion de la France par la Wehrmacht en 1940 puis l'occupation de l'Algérie par les Alliés anglo-saxons, quelques poignées de militants algériens se prennent à rêver d'indépendance.

Le massacre de Sétif (8 mai 1945) et la « Toussaint rouge » (1er novembre 1954) inaugurent une guerre d'indépendance impitoyable, marquée par des cruautés insignes dans tous les camps.

L'Algérie devient enfin indépendante le 3 juillet 1962. Dans le même temps, les protectorats voisins du Maroc et de la Tunisie auront recouvré leur indépendance aussi aisément qu'ils l'avaient perdue, par un accord d'État à État.


■ Enfance douloureuse


La lente descente aux enfers de l'Algérie « socialiste » des années 1970 et la guerre civile des années 1990 témoignent de la difficulté de la nation algérienne à trouver son identité, entre la modernité occidentale et le repli islamiste.

Avec le retour d'une relative stabilité politique, l'apaisement des relations avec la France, illustré par la légitimation officielle de la langue française en 2004, et l'occidentalisation des moeurs, dont témoigne un indice de fécondité proche de celui des Européennes, l'Algérie semble en ce début du XXIe siècle bien engagée dans la voie de la paix.

Il n'empêche que ses représentants éprouvent toujours le plus grand mal à aborder leur Histoire avec sérénité.



2 - 240 av. J.-C. à 680 : L'Algérie des origines à l'occupation romaine.


L'Algérie entre dans l'Histoire avec Massinissa et son petit-fils Jugurtha, qui commandent les tribus numides établies à l'est de Constantine, à cheval sur l'Algérie et la Tunisie actuelles.


■ Antiquités algériennes


La vie des deux héros, racontée par l'historien romain Salluste dans Les guerres numides, ressemble en tous points à une chanson de geste.


► Les amours contrariés de Massinissa et Sophonisbe :

Massinissa est élevé à Carthage, prospère colonie phénicienne implantée au nord de Tunis. Devenu adulte, il met sa cavalerie au service des Carthaginois et combat avec eux son rival Syphax et les Romains. Puis il change de camp et rejoint le Romain Scipion. Les Carthaginois, qui devaient lui donner en mariage la princesse Sophonisbe, fiancent celle-ci à Syphax.

Qu'à cela ne tienne. Massinissa capture Syphax. Il récupère sa promise et se dispose à l'épouser. Mais voilà que son allié Scipion exige d'exhiber Sophonisbe lors de son prochain triomphe, à Rome. Plutôt que de livrer la malheureuse, Massinissa lui donne du poison la nuit même de ses noces. «Moi, je ne perds que la vie», aurait-elle alors dit.

► Jugurtha, le dernier résistant :

Brutal et cynique, Jugurtha massacre les deux fils de Micipsa et réunit la Numidie sous son autorité. Il s'en prend aussi aux marchands romains. Sommé de se justifier, il tente pendant un temps d'éteindre la colère de Rome en stipendiant sénateurs et consuls. «Ville à vendre», s'écrie-t-il en quittant Rome, «il ne te manque qu'un acheteur».

Rome envoie une première armée à la poursuite de Jugurtha mais elle est battue et contrainte de passer sous le joug. Le consul Metellus et son adjoint Marius partent à leur tour combattre les Numides. Après l'éviction de Metellus, Marius prend la tête des opérations avec le titre de consul.

Jugurtha résiste à Marius et aux Romains en pratiquant la guérilla. Mais le questeur de Marius, Sylla, soudoie le beau-père de Jugurtha, Bocchus, qui règne sur la Maurétanie, à savoir l'Algérie occidentale et le Maroc actuel. Le roi des Maures attire son gendre dans un guet-apens et le livre en 105 avant JC aux Romains.


■ C'est la fin des guerres numides.


Bocchus devient le nouvel ami des Romains cependant que Jugurtha est exhibé au triomphe de Marius puis étranglé dans la prison du Tullianum, comme plus tard un autre héros national... le Gaulois Vercingétorix. Les Tunisiens d'aujourd'hui voient dans Jugurtha le premier symbole de la résistance nationale à l'oppression. Habib Bourguiba, fondateur de la Tunisie moderne, se présentait volontiers comme son héritier.



3 - 680 à 1546 : L'Algérie de la conquête arabe à la conquête turque.


Après quelques siècles de paix relative sous l'autorité de Rome, le littoral algérien passe sous l'autorité de Byzance, héritière de Rome. Mais voilà que font irruption en 680 les armées de l'islam sous la conduite du célèbre Oqba, compagnon du Prophète.


■ Pénétration musulmane


La conquête arabe, à partir de la base de Kairouan, en Tunisie centrale, se révèle ardue du fait de la résistance opiniâtre des Amazigh). Ceux-ci perpétuent le souvenir d'une héroïne, la Kahina, qui combattit avec succès les troupes du général Oqba.

D'après les récits tardifs du grand historien musulman Ibn Khaldoun, la Kahina, de son vrai nom Dehia, était une Berbère des Aurès d'origine juive (son surnom aurait la même racine que l'hébreu Cohen). Nombreux en effet étaient en Afrique du nord les Berbères convertis au judaïsme depuis le début de notre ère.

Par réaction contre les exactions des gouverneurs arabes, les autochtones se rallient au kharidjisme, une secte musulmane qui évoque le protestantisme chrétien par son puritanisme et son rejet de la hiérarchie.

L'Afrique du nord est brièvement unifiée au XIe siècle par les Almohades venus du Maroc qui s'emparent du royaume berbère de Bougie et écrasent les Arabes de la tribu des Banu Hilal, venus d'Égypte un siècle plus tôt. La décomposition rapide de l'empire almohade entraîne à nouveau le fractionnement de l'actuelle Algérie en royaumes rivaux (Tlemcen, Bougie...).

Les Espagnols en profitent au début du XVIe siècle pour prendre pied dans les ports : Mers el-Kébir, Oran, Bougie, Le Penon (en face d'Alger). Menacé, le roi d'Alger appelle à son secours des corsaires, les frères Barberousse.

En 1516, ces musulmans d'origine albanaise s'installent à Alger. Ils évincent le roi et, quatre ans plus tard, instituent la Régence et se placent sous la protection virtuelle du sultan d'Istamboul. Ils s'allient à l'occasion avec François 1er pour combattre l'empereur Charles Quint et favoriser les desseins du roi de France en Italie.

Alger, après la disparition en 1546 du dernier des frères Barberousse, reste sous la domination des corsaires, qu'ils soient musulmans ou renégats (chrétiens convertis à l'islam). Les Occidentaux prennent très vite l'habitude de les appeler Barbaresques bien qu'ils ne soient pas de souche locale.

Le dey, qui représente le sultan à Alger, est assisté de janissaires de diverses origines. Les enfants de ces janissaires et des femmes berbères ou arabes donnent naissance à la communauté des Kouloughis, près de Tlemcen...



4 - 21 mai 1529 : Barberousse et les Turcs s'emparent d'Alger.


Le 21 mai 1529, les janissaires turcs de Barberousse s'emparent de la puissante forteresse espagnole qui se dresse face à Alger, le Peñon. Le pirate fait exécuter le gouverneur de la forteresse. Il devient le maître tout-puissant de la ville d'Alger et de ses environs immédiats. Lui-même et ses successeurs vont dès lors écumer la Méditerranée jusqu'à la veille du débarquement français en Algérie.


■ Une famille de pirates


Les Barberousse sont au début quatre frères, nés d'un Albanais converti à l'islam. Leur nom vient de la barbe rousse que porte l'aîné, Aroudj (ou Arudj).

Corsaires dès leur plus jeune âge, ils reçoivent du sultan Sélim 1er, qui règne à Istamboul, la mission de combattre et soumettre les Maures d'Afrique du Nord. À la tête de 2 000 janissaires (mercenaires turcs), ils s'acquittent de leur mission avec une brutalité remarquée en s'emparant d'abord de Tunis.

Dans le même temps, les Espagnols, qui ont abattu le dernier royaume musulman de la péninsule hispanique, commencent à manifester des envies de conquête sur le littoral nord-africain.

En 1512, le roi berbère de Bougie appelle à l'aide les frères Barberousse. Il veut récupérer la ville dont l'ont chassé les Espagnols. Quatre ans plus tard, c'est au tour du roi d'Alger d'appeler à l'aide les frères Barberousse. Il s'inquiète à juste titre de la menace que représente la forteresse espagnole du Peñon.

Peu au fait des lois de l'hospitalité, Aroudj exécute le roi d'Alger dans son bain et pourchasse ses fidèles. Ses janissaires tuent et violent à qui mieux mieux. Les corps des notables sont pendus aux remparts. Aroudj poursuit ses adversaires jusqu'à Tlemcen. Mais le roi berbère de cette ville est allié au gouverneur espagnol d'Oran qui surgit avec ses troupes, chasse Aroudj de Tlemcen et finit par le tuer.

Des quatre frères Barberousse ne survit plus que Kheir ed-Din. Celui-ci prend aussitôt la relève de son aîné. Il inflige une sévère défaite aux troupes de l'empereur Charles Quint sous les murs d'Alger et peut dès lors attaquer le Peñon d'Alger.



5 - 1546 à 1830 : L'Algérie à la veille de la conquête française.


Au début des temps modernes, au XVIe siècle, dans la Régence d'Alger comme dans les autres ports, Bougie ou Oran, les corsaires obéissent à un dey ou un pacha au pouvoir discrétionnaire, théoriquement vassal du sultan d'Istamboul mais en fait indépendant.

Leur principale source de revenus est la guerre de course en Méditerranée, en d'autres termes la piraterie. Des recéleurs européens revendent le fruit des rapines en passant par le port franc de Livourne, en Italie.


■ Repaire de corsaires


On évalue à un million le nombre d'Européens de l'Ouest qui sont enlevés par les Barbaresques au cours de batailles navales et de razzias sur les côtes européennes, entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Les prisonniers sont réduits en esclavage dans les propriétés et les harems d'Afrique du Nord.

Les plus chanceux, comme le soldat Cervantès en 1575, sont libérés contre rançon. Quelques-uns arrivent à s'évader. C'est le cas du prêtre Vincent de Paul, futur saint de l'Église catholique, qui a été réduit en esclavage à Tunis en 1605. Les autres prisonniers n'ont guère d'autre choix que de se convertir. Cela nous permet de penser que la plupart des Algériens actuels ont des ancêtres provençaux ou corses.

Au XVIIe siècle, le roi de France Louis XIV relance la guerre contre les corsaires d'Alger et de Tunis en vue d'assainir la Méditerranée (et pour s'acheter une conduite de bon chrétien).

Sur son ordre, un corps expéditionnaire français de quelques centaines d’hommes, commandé par le duc de Beaufort, tente de prendre pied en petite Kabylie, à Jijel, mais il heurte très vite les sentiments de la population en occupant un marabout (lieu saint) et un cimetière. Après trois mois d’escarmouches, il est défait le 31 octobre 1664 par les habitants, assistés des janissaires du dey d’Alger.

En 1683, les galères du lieutenant général Abraham Duquesne bombardent Alger. En représailles, le père Le Cacher et 20 autres captifs sont exécutés à la bouche d’un canon. Duquesne n’en obtient pas moins du dey la libération de tous les captifs et esclaves chrétiens.

Ces derniers, de retour en France, conservent le souvenir de leur captivité dans leur patronyme. Ainsi, les noms de famille comme Maury, Maureau, Moreau... tous dérivés de Maure, évoquent un lointain ancêtre délivré par les galères de Louis XIV.

Quand les Français débarquent à Sidi Ferruch, en 1830, la guerre de course est depuis longtemps moribonde et Alger n'est plus que l'ombre d'elle-même. Il n'empêche qu'à la veille de la conquête, les Français imaginent encore Alger comme une caverne d'Ali Baba, pleine de trésors. Les peintures de Delacroix (Femmes d'Alger...) reflètent ces fantasmes...



6 - 14 juin 1830 : Les Français débarquent en Algérie.


Le 14 juin 1830, les troupes françaises débarquent près d'Alger en vue d'une petite expédition punitive destinée à restaurer le prestige du gouvernement.


■ Dérisoire imbroglio


La ville et le territoire de l'Algérie actuelle (*) sont alors sous la suzeraineté théorique du sultan d'Istamboul depuis trois siècles sous le nom de «Régence d'Alger». Dans les faits, l'intérieur du pays est livré à l'abandon, insoumis et réticent à l'islamisation. Le territoire compte environ trois millions d'habitants (contre 36 millions pour la France de la même époque).

La conquête française, si lourde de conséquences pour la France comme pour l'Algérie, résulte d'un imbroglio dérisoire.

En 1798, le gouvernement du Directoire achète du blé à laRégence d'Alger pour les besoins de l'expédition du général Bonaparte en Égypte. Le blé est financé par un emprunt de la France auprès de familles juives d'Alger. Celles-ci demandent une garantie du dey qui gouverne la ville.

En 1827, le dey d'Alger, Hussein, frappe «du manche de son chasse-mouches» le consul de France Deval, un affairiste qui refuse non sans insolence de s'engager sur le remboursement du prêt.

Le président du ministère français, Villèle, demande réparation au dey pour l'offense faite à son consul mais n'obtient aucun semblant d'excuse.


■ Une affaire intérieure


Confronté deux ans plus tard à la fronde des députés, le roi Charles X éprouve le besoin de restaurer au plus vite son image. C'est ainsi que, le 3 mars 1830, dans le discours du trône, il évoque pour la première fois l'idée d'une expédition punitive destinée à obtenir réparation de la dette ainsi qu'à détruire le repaire de corsaires installé dans la régence d'Alger et mettre fin à l'esclavage !


Le comte Louis de Bourmont, ministre de la Guerre dans le gouvernement Polignac, est nommé «Commandant en chef de l'expédition en Afrique»

Les journaux de l'opposition multiplient les critiques à l'égard de ce militaire sans envergure. «M. de Bourmont veut être maréchal : il mérite le bâton !» écrit Le Figaro (en définitive, il aura bien le bâton de maréchal à l'issue de l'expédition d'Alger !). Mais la flotte n'appareille pas moins de Toulon le 25 mai 1830 avec 453 navires, 83 pièces de siège, 27.000 marins et 37.000 soldats.


■ Prise d'Alger


Les troupes françaises débarquent sur la plage de Sidi Ferruch, à 25 km d'Alger. Pendant ce temps, la flotte bombarde les défenses de la ville, en particulier la citadelle de Fort-l'Empereur, ainsi nommée en souvenir de Charles Quint !

Le dey capitule enfin le 5 juillet, après plusieurs jours de difficiles combats contre les troupes turques qui font 415 tués et 2160 blessés dans le corps expéditionnaire. 48 millions de francs prélevés dans son trésor permettent de couvrir les frais de l'expédition. Les soldats français se livrent quant à eux à une mise à sac de la ville qui ternit leur victoire.



7 - 1er novembre 1954 : «Toussaint rouge» en Algérie.


Le 1er novembre 1954, en Algérie, des indépendantistes commettent plusieurs dizaines d'attentats, dont certains meurtriers. C'est la « Toussaint rouge », à l'origine de la guerre d'indépendance de l'Algérie.

Ces événements surviennent dans une Algérie française découpée en plusieurs départements mais profondément divisée entre :
– 8 millions de musulmans qui ont un statut d'indigène et relèvent du droit coranique coutumier,
– près d'un million de citoyens français : immigrants de la métropole et du bassin méditerranéen, juifs locaux naturalisés en 1870, musulmans en très petit nombre ayant renoncé à leur statut coranique.


■ Un soulèvement peu médiatique


Quelques mois plus tôt, en Indochine, les Français ont été défaits par le Vietminh. Quelques indépendantistes algériens y voient un encouragement à se lancer à leur tour dans la lutte armée contre la puissance coloniale, bien qu'ils soient en très petit nombre (quelques centaines au plus) et presque totalement dépourvus d'armes. Ils forment au printemps 1954 un Comité révolutionnaire d'union et d'action (CRUA) et choisissent la date du 1er novembre pour déclencher l'insurrection. Une trentaine d'attentats plus ou moins désordonnés ont lieu en ce jour de la Toussaint : récoltes incendiées, gendarmerie bombardée...

On compte au total dix morts. Les deux premières victimes, assassinées la veille de la Toussaint, sont deux Français d'Algérie : un chauffeur de taxi de confession juive, Georges-Samuel Azoulay et Laurent François, libéré depuis 6 mois du service militaire. Les autres victimes sont l'agent forestier François Braun, l'agent de police Haroun Ahmed Ben Amar et quatre appelés : le soldat Pierre Audat et le brigadier-chef Eugène Cochet, tués en pleine nuit dans le poste de Batna, dans le massif des Aurès, ainsi qu'André Marquet et le lieutenant Darneaud. Sont également tués le caïd Ben Hadj Sadok et Guy Monnerot, qui voyageaient ensemble.

La mort de ce dernier émeut plus particulièrement l'opinion. Ce jeune instituteur est venu de la métropole avec son épouse pour instruire les enfants du bled. Leur autocar est attaqué dans les gorges de Tighanimine. Ils sont extraits du véhicule ainsi que les autres passagers et touchés par une rafale de mitrailleuse destinée au caïd Hadj Sadok.

Guy Monnerot succombe sur le champ mais sa femme Jeanine survivra à ses blessures. Les meurtriers des deux Français auraient enfreint l'ordre de ne tuer que le caïd, membre de l'élite musulmane francophile. Ils auraient été plus tard sanctionnés par leurs chefs.

En définitive, les attentats de la « Toussaint rouge » ont très peu de retentissement dans l'opinion française et la presse métropolitaine en fait à peine écho. Ils n'en marquent pas moins le début de la guerre d'Algérie, huit années de tourments qui ont marqué durablement les esprits et les coeurs des deux côtés de la Méditerranée ...



8 - 1954 à 1962 : La guerre d'indépendance.


Occupée par la France en 1830, l'Algérie devient en 1954 le théâtre de la plus douloureuse guerre de décolonisation qu'ait connue la France et même l'ensemble des pays européens. C'est le résultat des maladresses gouvernementales, de l'égoïsme obtus des colons européens et des brutalités sans scrupules des indépendantistes musulmans.


■ Une « guerre sans nom »


Encouragés par la défaite française en Indochine, les indépendantistes algériens lancent une trentaine d'attentats plus ou moins désordonnés le 1er novembre 1954. C'est la « Toussaint rouge » : récoltes incendiées, gendarmerie bombardée... On compte sept victimes, toutes musulmanes sauf un instituteur venu de métropole.

Peu après est créé au Caire le Front de Libération Nationale (FLN), par Ahmed Ben Bella, un indépendantiste en rupture avec le MTLD de Messali Hadj, qu'il juge trop modéré. Le FLN et les messalistes, rassemblés au sein du MNA (Mouvement National Algérien), vont dès lors se livrer un combat meurtrier qui se soldera par le triomphe du FLN.

Sur le moment, la « Toussaint rouge » passe inaperçue dans l'opinion française. Le 25 janvier 1955, le président du Conseil Pierre Mendès France nomme au gouvernement général de l'Algérie l'ethnologue Jacques Soustelle (44 ans), homme de gauche, pacifiste, résistant et gaulliste de la première heure. Il se rallie à la thèse radicale de l'intégration et prône l'octroi de la nationalité française pleine et entière à tous les habitants.

Mais les « fellagha » (coupeurs de route) du FLN multiplient les meurtres de notables musulmans favorables à la présence française. N'arrivant pas à retourner la population musulmane en leur faveur, ils changent de tactique et s'en prennent aux Européens. Ce sont les massacres de Philippeville (20 août 1955), véritable tournant de la guerre.

Dès le 23 août 1955, le gouvernement décide le rappel du demi-contingent libéré en avril et le maintien sous les drapeaux du premier contingent de 1954.

L'année suivante, le socialiste Guy Mollet accède à la présidence du Conseil. Il annonce des réformes de structure et rappelle Jacques Soustelle. Mais quand lui-même se rend à Alger, le 6 février 1956, il est conspué par la population. C'est la « journée des tomates ». Guy Mollet revient à une politique de répression.


■ Les musulmans basculent dans le camp de la rébellion


En avril et mai, l'extension de la rébellion le conduit à rappeler partiellement les classes 1951 à 1954. Les effectifs engagés passent de 200 000 en début d'année à 400 000 en juillet dont une moitié de musulmans algériens (harkis, tirailleurs...). Mais la répression brutale fait basculer dans le camp de la rébellion de plus en plus de musulmans.

Les maquisards, qui étaient à peine un demi-millier à la « Toussaint rouge » sont désormais plus de quinze mille. Le FLN décide de s'en prendre aux villes mêmes, où vivent la plupart des pieds-noirs. Quelques dizaines d'Européens trouvent la mort dans les embuscades, ce qui ouvre le cycle des représailles aveugles.

Le 10 août 1956, un groupe de pieds-noirs, parmi lesquels un policier, déposent une bombe dans la Casbah d'Alger. On compte 70 morts de tous âges.

La réplique ne se fait pas attendre. Le 30 septembre 1956, deux bombes déposées par des jeunes femmes musulmanes explosent à Alger, l'une au Milk Bar de la place Bugeaud, l'autre à la Cafétéria, rue Michelet.

Désespérant d'en finir avec les attentats aveugles, le gouvernement confie le 7 janvier 1957 au général Jacques Massu les pleins pouvoirs de police sur le Grand Alger (800 000 habitants dont une moitié de musulmans).

Multipliant les arrestations, pratiquant les exécutions sommaires et les tortures, les parachutistes peuvent se flatter au bout de neuf mois d'avoir gagné la « bataille d'Alger ». Mais ce faisant, ils n'ont en rien gagné la guerre d'Algérie.


■ Lassitude de l'opinion publique métropolitaine


Le 12 décembre 1958, le général Maurice Challe succède à Raoul Salan à la tête des forces stationnées en Algérie. Il arrive à annihiler presque complètement la capacité de nuisance des indépendantistes, à Alger comme dans le djebel (la montagne).

Mais les chefs du FLN réfugiés à l'étranger n'en poursuivent pas moins leurs actions. Dans le camp d'en face, l'opinion publique métropolitaine se lasse de la guerre. Le gouvernement est intimement convaincu de l'impossibilité de garder au sein de la République un territoire aussi atypique que l'Algérie. Il juge le moment venu de négocier avec les indépendantistes « modérés ».

Les « pieds-noirs » d'Alger (dico) s'en inquiètent et leur révolte, le 13 mai 1958, amène au pouvoir le général de Gaulle. Celui-ci promet d'une manière évanescente de leur donner satisfaction.

Désespérant de trouver des interlocuteurs modérés au sein du FLN, le général de Gaulle propose la « paix des Braves » le 23 octobre 1958 avant de consentir à l'autodétermination le 16 septembre 1959 sans avoir obtenu entretemps une quelconque concession. Ce double jeu suscite d'ultimes sursauts de violence dans les deux camps, chez chez les indépendantistes comme chez les partisans de l'« Algérie française ».

Le 8 janvier 1961 se tient le référendum sur l'autodétermination. À cette occasion, 75% des Français approuvent la politique du général de Gaulle. Désireux de forcer son avantage, le FLN organise à Paris une manifestation nocturne qui tourne au drame le 17 octobre 1961.

Le cessez-le-feu, officialisé le 19 mars 1962, est suivi une semaine plus tard d'une manifestation désespérée et sanglante des Algérois. Le jour même de l'indépendance, le 5 juillet 1962, la population européenne d'Oran est sauvagement massacrée. Les musulmans loyalistes (« harkis ») qui ont été empêchés de s'enfuir par les autorités françaises sont eux-mêmes victimes de cruelles représailles.

On évalue à 1600 le nombre d'Européen(ne)s enlevés après les accords de cessez-le-feu et à plus de 50 000 le nombre de harkis massacrés. L'immense majorité du million d'Européens établis en Algérie choisit l'exil en métropole (« la valise ou le cercueil »), mettant fin à 130 ans d'Histoire.


 

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