X

Sport

 

Web Site    

 

 

Histoire du sport féminin - 1000 ans d’évolution (pas toujours)


Une évidence ou une exception ? Quels étaient LES sports phares dans l’Antiquité ? Au Moyen- ge ? Et comment les femmes y trouvaient (ou pas) leur place ? Beaucoup de questions… mais aussi beaucoup de réponses dans cet article. En route pour un saut dans le passé !
“C’était mieux avant”, vraiment ? En Chine, en Grèce ou à Rome, la place des femmes dans le sport… ce n’était pas vraiment toujours ça. Tour d’horizon des sports incontournables qui ont jalonné l’Histoire.



  Sport de l’antiquité : la course de chars



L’histoire du sport féminin démarre dès l’Antiquité : la discipline reine, c’est la course de chars. Mycéniens, Étrusques, Grecs, Romains, Égyptiens, Byzantins... Tout le monde la pratique, et avec ferveur. Ferveur, parce qu’en plus d’être très physique, en associant la puissance, l’endurance et l’adresse du cheval à celle de l’humain, la course de chars est aussi une pratique religieuse.
Il est ainsi très intéressant de noter que les femmes sont alors interdites de courses. Eh oui ! Elles sont complètement mises à l’écart du plus grand sport de l’époque.

Ce constat reste néanmoins à nuancer : si les femmes ne peuvent effectivement pas participer à la course, elles peuvent malgré tout recevoir une coupe. Comment ? Parce que c’est le ou la propriétaire de l’attelage qui l’emporte… Il est donc fréquent que des femmes soient primées en tant que staff, coach ou directrice d’écurie et qu’elles reçoivent donc le trophée d’une course à laquelle on leur a interdit de participer.

Aussi, alors que le monde méditerranéen est plutôt patriarcal, il restait très ouvert à la question du sport féminin. Certes les hommes et les femmes sont séparés, en Grèce comme à Rome, mais chacun a le droit de faire le sport qu’il veut, et comme il le veut.

À Rome, où la séparation était très poreuse, les femmes pouvaient même assister et, occasionnellement, participer aux combats de gladiateurs. Même s’il est vrai qu’il s’agissait alors plus d’un spectacle sportif que d’un sport.



  Comment les gladiatrices s’habillaient-elles ? (non, elles n’étaient pas seins nus)



Les gladiatrices portaient une tenue adaptée, une sorte d’armure, malgré les représentations qui nous en restent, qui les montrent seins nus et sans casque.
Les mosaïques de la ville de Cascale, en Sicile, nous renseignent quant à elle sur la sorte de “bikini” que portaient les femmes pour leur entraînement et jeux quotidiens.
Il y a d’abord le subligaculum, qui varie entre le string et le caleçon, porté par les hommes comme par les femmes. Alors non, pas au quotidien, mais uniquement pour certaines pratiques, comme la gymnastique.
Les femmes portent en plus le facies spectoralis, une sorte de bande de tissu qui sert à couvrir et à maintenir la poitrine.



  Quelle était la place des femmes dans les compétitions sportives ?


Tout d’abord, les femmes ne pouvaient pas participer aux Jeux Olympiques masculins.
En effet, il s’agissait avant tout de cérémonies religieuses, avec une part de rituels, originellement initiatiques, ce qui rimait souvent avec séparation des sexes.
Alors elles n’avaient pas le droit, mais se débrouillaient bien avec leurs propres jeux sacrés : les Hêraîa, que nous fait découvrir le voyageur Pausanias le Périégète dans sa Description de la Grèce.
“Seize femmes choisies à cet effet, font tous les cinq ans un voile pour Héra [...] Ces jeux sont des courses de jeunes filles. [...] Le stade olympique est raccourci environ de la sixième partie. On donne à celles qui ont remporté la victoire une couronne d'olivier et une portion de la vache qu'on sacrifie à Héra ; on leur permet en outre de se faire peindre et de placer leurs portraits dans le temple.”
Pausanias, Description de la Grèce, Liv. V, chap. 16, 3.



  En résumé, le sport féminin en Grèce antique c’est :


•   Une compétition
•   Un acte politique
•   Une cérémonie religieuse



  Le desport au moyen-âge et les origines du sport féminin


Du XIe au XIIe siècle la compétition par excellence, c’est le tournoi à pied (et pas la joute, qui se fait à cheval, on confond souvent les deux).
Et là, surprise… comme pour la course de char, les femmes en sont exclues. Ah non, donc pas de surprise en fait. En effet, le tournoi descend directement de l’entraînement guerrier du Haut Moyen-Âge, qui a évolué en pratique festive. Et comme les fonctions militaires étaient dévolues quasiment uniquement aux hommes… c’était un peu fichu dès le départ.
Bien sûr, le tournoi est loin d’être la seule pratique “sportive” de l’époque. Au contraire le mot
français desport (enfin, ancien français), dérive du latin de-portar, désignant le fait de se porter ailleurs, loin, en dehors de... là où l’on est habituellement.
Plus clairement : le desport, c’est s’évader de son quotidien, c’est le loisir, c’est sortir du travail, des obligations, pour entrer dans une phase de plaisir, de récréation. Cette notion à la fois physique, intellectuelle et spirituelle, peut aussi bien servir à désigner un tournoi très physique... qu’une partie d’échecs.
Les médiévaux font du desport un instant privilégié, l’occasion de s'élever et de devenir excellent·e et vertueux·se, et où la femme a toute sa place.
On notera néanmoins que dans “privilégié”, il y a... “privilège”. Le sport est donc entre les mains de l’élite sociale, qui a le temps et les moyens de s’adonner aux loisirs. Le desport des moins fortunés existait, mais il est beaucoup moins connu par manque de sources.



  Mais alors, les femmes médiévales elles font du sport ou non ?


Savoir si les “femmes du peuple” participaient au desport... est encore plus difficile à déterminer. Chez les riches, on en a cependant une meilleure idée : les femmes ont souvent une fonction supérieure, honorifique. Le chevalier, par exemple, concourt pour la dame. Dès que la situation devient moins physique, les femmes peuvent participer activement et à égalité avec l’homme, mais souvent dans des circonstances qui paraissent, à l’époque, adaptées à son genre. Par exemple la noble, comme le noble, chasse. Mais ce n’est pas elle qui embrochera un sanglier avec une lance… Non, la noble s’intéressera plutôt à la chasse au vol, ou à la fauconnerie.
Il reste toutefois à noter que si l’on passe de la pratique physique au jeu de l’esprit, les femmes deviennent, enfin, les strictes égales de l’homme, aux échecs comme en poésie.



  Et la lumière fut : le jeu de paume


Finalement, pour que les femmes puissent enfin accéder pleinement au sport physique, il faut attendre le XIIIe siècle : le tournoi disparaît peu à peu, remplacé par un nouveau sport-phare, le jeu de paume, l’ancêtre de notre tennis. Pour faire court, le fanatisme médiéval pour le jeu de paume est 1000 fois, environ, plus important que pour le football aujourd’hui.
Les gens, pauvres ou riches, hommes ou femmes, tous les gens, aiment tellement ce sport qu’ils abandonnent parfois leur travail, leur famille, pour y jouer. Il y a des triches, des accidents -parfois mortels- et des sommes misées extrêmement importantes. Au XIVe siècle, le prévôt de Paris est même obligé d’interdire le jeu de paume, à l’exception du dimanche.

Le jeu est fondé sur la force, mais aussi sur l’agilité, et beaucoup de femmes s’y adonnent. La plus célèbre est Margot la Hennuyère, qu’un bourgeois anonyme nous décrit dans son journal du XVe siècle.

“Margot, assez jeune, comme de 28 à 30 ans [...], jouait le mieux à la paume qu'oncques homme eût vu, et avec ce jouait devant main derrière main très puissamment, très malicieusement, très habilement, comme pouvait faire un homme, et peu venait d'hommes à qui elle ne gagnât, si ce n'était les plus puissants joueurs.”
Anonyme, Journal d'un bourgeois de Paris, § 472.
Si Margot est la meilleure dans son domaine, ce n’est donc pas la seule : il est courant de voir une femme jouer. D’ailleurs, il semble normal que la compétition soit mixte : hommes et femmes peuvent s’affronter en toute égalité. D’ailleurs Margot vainc la plupart des hommes. En insistant sur cet aspect, le chroniqueur semble nous dire que c’est plutôt rare : il n’arrête pas de comparer Margot aux hommes.
Pourtant, il explique aussitôt son succès : elle ne se cantonne pas à l’habileté, mais mise aussi sur son sens de la stratégie (sa maîtrise du terrain), et sa puissance physique.
Avec l’engouement suscité par le jeu de paume à la fin du Moyen-Âge, on voit que l’époque moderne est déjà en marche en Occident ! On peut aussi conclure que les pratiques sportives sont religieuses durant l’Antiquité, et militaires au Moyen-Âge. Surtout, on observe que pas mal de ces pratiques sont excluantes pour les femmes. Le citoyen va bientôt pouvoir revendiquer le sport, et le loisir en général.


Et la citoyenne ? Tout ne sera pas si simple : sa conquête du sport est loin d’être terminée.



  Le sport à l’époque moderne


On l’a vu, à l’Antiquité, les femmes ne pouvaient par participer aux Jeux olympiques. Et pour les premiers Jeux modernes (1896), c’est la même chose : les femmes n’étaient pas autorisées à y participer. Là, c’est Pierre de Coubertin, qui explique les choses assez simplement : « Les jeux olympiques doivent être réservés aux hommes […] une olympiade femelle serait impratique, inintéressante, inesthétique et incorrecte. »

Ah, d’accord, c’est noté.

Les femmes ne furent admises aux Jeux olympiques qu’en 1928 et dans 5 épreuves seulement : saut en hauteur, javelot, 100 mètres, 800 mètres et relais 4 x 100 mètres. Le sport féminin se développa alors rapidement en France et les femmes abordèrent et même le football, la barette (rugby féminin) et la pelote basque. Des équipes féminines firent leur apparition dans les rencontres internationales.
En 1921, Alice Milliat, une Française, est nommée présidente de la Fédération sportive féminine internationale (FSFI). Pendant cette période, des “Jeux olympiques féminins du monde” furent organisés à quatre reprises. À Paris en 1922, en Suède, à Göteborg en 1926, à Prague en 1930 et à Londres en 1934.
Pionnière du féminisme, Alice Milliat ? S’il elle a joué un rôle indéniable, il reste intéressant de noter que le “développement harmonieux” du corps reste un point saillant.
Les archives du Figaro permettent de témoigner de cette préoccupation en republiant les recommandations d'Alice Milliat, parues dans leurs colonnes en 1921 : “L'aviron, l'escrime, l'équitation, le cyclisme, la pelote basque sont également des sports que la femme peut pratiquer avec succès. Mais il en est un, utile au premier chef et auquel nul ne saurait opposer d'arguments sérieux, c'est la natation qui développe le corps harmonieusement.”
Côté cyclisme, sport olympique aussi, c’est une affaire qui… ne roule pas non plus : la course cycliste pour les femmes était interdite entre les deux guerres, puis reprise. C’est à Reims qu’a eu lieu, en 1958, le premier Championnat du monde féminin, gagné par la Luxembourgeoise Elsy Jacob. Et si le cyclisme fait partie des sports olympiques, les femmes ne participent pas aux Jeux.
Et tout ceci semble répondre à une certaine logique, si l’on en croit cette vidéo de 1956 mise à disposition par l’INA… Avant de s’impliquer dans une activité sportive, il est alors important de souligner que non seulement elle a fondé une famille mais qu’en plus elles s’affairent pour “satisfaire à leur devoir de ménagère”... Des pré-requis avant de pouvoir s’intéresser au sport finalement. On notera malicieusement que les femmes présentées dans la vidéo n’ont néanmoins pas gagné le droit d’être nommée par leur prénom et leur nom. Non, ce sont “une jeune mère” ou encore “une jeune fille”. Dommage.



  Le sport féminin de nos jours, ou presque


Nous sommes en 1972 et Jeannine Heraud publie Les sports au féminin - Où ? Quand ? Comment ?
Dans la préface, on y lit un certain nombre de notions qui, en 2021, font bondir (forcément, c’est toujours plus facile de juger avec 50 ans de recul) : “La femme française, par l’immense rôle qu’elle joue dans l’éducation des enfants, doit prendre conscience que les activités sportives sont un élément essentiel de l’éducation permanente.
L’influence de la femme conquise au sport exercera dans le cadre de la vie de famille et sur l’éducation des jeunes, sera alors le gage certain de l’essor du mouvement sportif.”
En bref, il est important que les femmes fassent du sport… pour qu’elles l’inculquent aux enfants ensuite. Logique.

L’ouvrage, qui se veut être l’état des lieux du sport féminin en 1972, distingue alors trois groupes de femmes :

•   les femmes déjà convaincues et même enthousiastes qui pratiquent le sport avec une intensité et une régularité suffisante pour qu’il soit “devenu un élément de vie précieux”,
•   les résignées. “Figées dans une apathie profonde, le sport leur apparait comme un paradis à jamais perdu soit tout simplement comme une perte de temps”,
•   entre les deux : “la grande masse des femmes indécises pour lesquelles l’idée du sport suscite, au mieux, des velléités. Certaines d’entre elles ont pu goûter, passagèrement ou dans leur jeunesse à cette source fraîche, et elles en ont gardé le souvenir. Cependant, elles se sont laissé ensevelir sous les obligations sociales ou familiales. D’autres, et c’est la majorité, trouveraient bien le chemin du sport, mais elles ne savent pas comment s’y prendre.”





  Est-ce qu’il y a quand même une lueur d’espoir ?


On l’a vu, la féminisation du sport s’opère au cours du XXe siècle et accompagne l’évolution des droits de la femme dans la société. “Néanmoins, les qualités morales et corporelles nécessaires à la production de performances dans les sports de tradition masculine restent, encore aujourd’hui, socialement associées à la masculinité et contraires à l’image de la féminité idéalisée. Celles qui transgressent ces normes encore le risque d’être étiquetée des gemmes “masculines”.” peut-on lire dans Le sport fait mâle, La fabrique des filles et des garçons dans les cités de Carine Guérandel, paru en 2016.
Et lorsque leur performance dépasse celle des hommes, les instances sportives instaurent durant plusieurs décennies le “test de féminité” pour s’assurer qu’il ne s’agit pas en réalité d’hommes.
En résumé : il semble plus probable de remettre en cause la “féminité” d’une femme, plutôt que d’imaginer une femme meilleure qu’un homme.

Peut-être la faute à une réalité un peu trop ancrée ? 17% des femmes, au début de leurs études ou formation, délaissent le sport, et encore 13% le font quand elles entrent dans la vie active (Source : DRDJSCS Nouvelle-Aquitaine – 2019).
Et par rapport aux hommes ? Encore une fois, l’écart est net...

Alors, pourrait-on enfin parler de parité ? Pas si sûr… Pour preuve, ce besoin d’ajouter “féminin” (comme dans le titre de cet article ? Oui, ça va hein). Faites le test : si je vous dis “coupe du monde de football”, sans rien préciser… vous pensez coupe du monde masculine. Eh oui, par défaut la plupart des compétitions sportives sont masculines. Le sport, par défaut, est perçu comme masculin. Et si la prochaine étape, c’était gommer cette perception ?


|  Algérie mon beau pays   |

Top