
Seroual (Pantalon)
Les Origines du Serouel Algérois
Le pantalon fait partie de ces nombreuses innovations originaires d’Asie qui se sont progressivement introduites dans le costume méditerranéen; il se propage à l’ouest à partir des steppes d’Asie centrale où il constitue le « vêtement essentiel de ces cavaliers nomades indissolublement lié à l’usage du cheval ». En Afrique du Nord, les cavaliers numides, pourtant réputés pour leurs prestations à cheval, sont représentés jambes nues sur les stèles puniques, simplement vétus de tuniques courtes. Certes, le climat méditerranéen n’a pas la rigueur de celui de l’Asie centrale ou de l’Europe septentrionale et l’influence grecque, alors dominante en Numidie, n’est pas porteuse de cette nouveauté car a malgré leurs contacts avec les Scythes, qui diffusèrent le pantalon long en Europe, les Grecs n’adoptèrent pas ce vêtement, à l’exception d’Alexandre qui l’utilisa pour ses troupes à cheval [W siècle av. J.-C.] » ».
Plus tard, vers le IIe siècle après J.-C., probablement au contact des Gaulois qui portent des pantalons depuis cinq siècles déjà, « les Romains les adoptèrent pour leurs troupes, après les avoir trouvés d’abord si étranges », ils demeurent toutefois réservés aux soldats. Enrôlés dans l’armée romaine ou, plus tard, dans les troupes vandales, byzantines puis arabes, les hommes berbères se sont peu à peu accoutumés au pantalon dans leurs tenues de combat, plusieurs siècles avant l’intégration de ce vêtement dans le costume civil.
A l’autre bout de la mer intérieure, les Syriens, longtemps soumis à l’occupation perse, connaissent le pantalon depuis l’Antiquité. Lorsqu’Abderrahmane, le dernier souverain umeyyade de Damas, établit sa capitale à Cordoue en 756, il tente d’y recréer le faste de la cour damascène; le serouel se généralise alors en l’espace de quelques décennies à l’ensemble de la population andalouse dont l’aristocratie était souvent elle-même originaire des cités syriennes. D’autre part, les prédécesseurs wisigoths des Umeyyades, ainsi que les Ibères plusieurs siècles auparavant, portaient déjà des pantalons entourés de cordelettes entrecroisées autour de la jambe ; ce modèle se transforme et perdure jusqu’au XVIe siècle où on le retrouve, par exemple, sur les jeunes femmes grenadines les plus pauvres.
Quant au pantalon importé du Proche-Orient, il se porte ample et long jusqu’aux chevilles; seule sa partie inférieure reste visible car la tunique, qui conserve le statut de pièce dominante du costume, le recouvre. Le serouel se doit d’être blanc, non seulement parce qu’il se porte à même la peau et garde d’une certaine façon la « fonction d’un vêtement de corps, mais le blanc, symbole de distinction, est aussi la « couleur » royale des Umeyyades. Il fait d’ailleurs son entrée dans les villes du Maghreb en tant que signe de distinction sociale : plus forte sera la classe dominante, plus il deviendra visible et tendra à devenir une pièce externe du costume.
Au début du second millénaire, les héritiers du trône cordouan travaillent à activer leurs relations avec les villes maghrébines pour parer à la montée de leurs concurrents fatimides ; « plusieurs campagnes furent nécessaires aux Umeyyades pour conserver au Maghreb leur zone d’influence, qui s’étendait approximativement de Sijilmassa à Alger», Ces campagnes ne sont pas militaires, mais politiques et diplomatiques, et comme cela s’est souvent répété au cours de l’histoire du Maghreb médiéval, la situation géographique d’Alger amène la ville à se trouver au carrefour des zones d’influence de deux puissances régionales. Au XIe siècle, le départ des Fatimides vers l’Egypte et l’essor de la dynastie hammadite favorisent les contacts entre les cités du littoral de l’Algérie centrale et celles de l’Andalousie.
Parallèlement, l’arrivée des Almoravides en Espagne, suite aux troubles qui ont suivi la chute des Umeyyades de Cordoue, et Fatomisation du pays en petits royaumes indépendants lient davantage Alger – elle-même incluse dans l’empire almoravide – à ses voisines ibériques. L’unification du Maghreb et de l’Andalousie sous l’autorité almohade au XIIe siècle accélère l’introduction du serouel andalou dans le costume des femmes d’Alger, la croissance qui résulte de l’organisation rigoureuse et du dynamisme commercial des Almohades ayant renforcé le besoin de nouveaux apports vestimentaires pour traduire une distinction sociale plus marquée au sein de la population des grandes métropoles.
Contexte de l’adoption du serouel Algérois
Le fait que le port d’un serouel oriental ne se soit pas imposé à Alger dès les débuts de l’islamisation, entre le VIF et le VHP siècle, pourrait s’expliquer par le déclin, voire même l’abandon relatif, de la ville autour de cette période. Mais en réalité, à cette époque, le serouel ne concerne pas plus les autres villes de la région car ce n’est qu’« aux XI et XII siècles, lorsque l’unité politique fut réalisée entre l’Espagne musulmane et le Marocpuis toute la Berbérie, précisément aux temps almoravides et almohades, que l’arabisme et l’orientalisme du Maghrib se développèrent; mais ce fut par Al-Andalus. Ce ne fut pas l’inverse.
Le grand foyer arabomusulman était alors en Espagne et non en Berbérie. » Le nombre d’Arabes installés dans les villes maghrébines étant faible, ce sont les souverains berbères qui travaillent à répandre la langue arabe, mieux adaptée à la gestion des affaires, à l’accès à la culture dominante du moment en Méditerranée, ainsi qu’à la participation active au commerce international. Il faut aussi attendre l’essor et l’activité « en profondeur » de ces dynasties berbères musulmanes pour qu’un élément d’origine orientale, comme le serouel, parvienne à s’acclimater dans les villes algériennes.
L’intensification des relations du littoral maghrébin avec le reste de la Méditerranée, en particulier avec l’Andalousie et avec les royaumes italiens, a été décisive pour la croissance d’Alger à cette époque- En effet, « les commerçants italiens avaient précédé en Afrique les Barcelonais; dès le XIIe siècle, les Génois fréquentaient même une ville de l’intérieur: Tlemcen ». Avec eux, Pisans, Vénitiens, Siciliens, Napolitains, Florentins étaient présents sur tous les rivages du Maghrib, comme Provençaux et Languedociens.»
Enfin, il faut insister sur l’importance pour Alger de la proximité de Béjaïa qui est au XIIe siècle « la capitale du Maghrib central et la ville la plus importante des Etats des Hammâdites^ » selon El-Idrissi, et de Tiemcen, plus éloignée géographiquement mais de plus en plus présente dans sa vie politique et qui, toujours selon ce même auteur, « peut être considérée comme la clé du Maghrib, car elle se trouve sur la grande route et on ne peut ni entrer dans le Maghrib occidental ni en sortir sans la traverser». Après le démantèlement de l’empire almohade, Tlemcen inclut épisodiquement Alger dans son royaume et malgré les rivalités entre royaumes voisins suite à la désunification du Maghreb, le dynamisme des villes, axé en grande partie autour du commerce de l’or africain avec l’Europe, ne décroît pas.
L’activité des Catalans et leur transit par les cités côtières d’Afrique du Nord s’intensifient car « l’Egypte, la Crète, Chypre, la Roumanie, Constantinople furent fréquentées par Barcelonais, Majorquins et Valenciens. […] Il n’y avait pas de cloison entre les deux bassins de la Méditerranée; la vie de chacun d’eux était en rapport avec celle de l’autre » et « en allant à Chypre, en Egypte ou en Syrie, on faisait escale dans les ports de Berbérie». L’essor du commerce catalan en Méditerranée n’éloigne pas pour autant le « rival italien » : «c’est ainsi que les Génois ont joué un rôle dans la « république » d’Alger vers 1303-1305». Enfin, situées en face d’Alger, les Baléares y ont des représentants particulièrement nombreux et au XIV siècle, « les activités et l’influence majorquines tendent singulièrement à se développer a Alger».
La croissance d’Alger depuis le début de ce second millénaire, et particulièrement depuis la fin du XIIIe siècle, n’a pas suffi a, en faire une capitale intellectuelle donnant naissance à des savants et à des artistes aussi réputés que ceux de Tlemcen; cette dernière étant devenue, selon Ibn Khaldoun, « la plus prestigieuse des cités du Maghreb». Mais s’il faut attendre le XV siècle pour qu’une réelle envergure culturelle se manifeste à Alger, il n’en demeure pas moins que son importance durant le dernier quart du XIVe est illustrée par deux faits qui indiquent son accession au rang de seconde ville du royaume : en 1378, Abou Hammou, le roi de Tlemcen, projette d’en faire la capitale du royaume pour se soustraire à la menace mérinide et en 1391, elle accueille le plus grand nombre de Juifs majorquins fuyant les massacres et les conversions forcées de la Reconquista.
« Des savants font partie du voyage […], ils seront à l’origine d’une vive renaissance culturelle et resteront dans l’histoire comme les grands rabbanim d’Alger. » Dans ce contexte dynamique amorcé dès le x’ siècle, renforcé au XV et confirmé au XV, le serouel gagne du terrain. Au xv siècle, la politique expansionniste de la puissance espagnole modifie le paysage du bassin occidental de la Méditerranée, la multiplication des offensives contre les villes du littoral africain, la chute de Grenade en 1492 et l’expulsion massive des Juifs, suivis des Musulmans (les édits d’expulsion se succèdent de 1502 à 1614, date de départ des derniers Morisques vers le Maghreb) créent un climat de tension nuisible à la vie commerciale de la région.
L’arrivée de ces exilés favorise cependant l’enrichissement des cités maghrébines car elle concerne de nombreuses familles de riches commerçants, d’artisans et de lettrés. La présence de ces Andalous apporte certains changements au niveau du costume local, mais il faut rappeler que leur influence n’a pas attendu les bouleversements des XVe et XVI siècles pour se manifester; les premiers exodes étaient antérieurs d’un siècle, et parfois même de deux, à la chute de Grenade. Les contacts avec la péninsule étaient d’ailleurs devenus tellement étroits depuis le début du millénaire que c’est en Espagne que « le vêtement musulman subit au cours du XIVe siècle quelques modifications dues aux modes maghrébine et ifriqyenne ». Pourtant, tout porte à croire que c’est bien par le biais des Morisques que le serouel acquiert ses titres de noblesse au sein des costumes féminins des métropoles maghrébines.
Le serouel Algerois
En se transformant pour s’adapter aux nouvelles données de la vie algéroise, le serouel a mieux survécu au XXe siècle que la chemise. Cette dernière lui était cependant antérieure de plusieurs siècles puisqu’il faut attendre le réveil des villes maghrébines à l’époque des dynasties berbères musulmanes du début du second millénaire pour assister à l’introduction du serouel dans le costume des dames d’Alger.
Comme la chemise, le serouel est porté par les citadins des deux sexes dès son adoption en Afrique du Nord car « dans l’islam médiéval, et particulièrement en Occident, beaucoup de vêtements de même tissu, de même forme et de même nom sont communs à l’homme et a la femme».
Cette caractéristique s’est globalement maintenue sur tout le pourtour de la mer intérieure durant l’Antiquité.
Vers le milieu du second millénaire, la différenciation entre costumes féminins et masculins se confirme dans certaines régions. « Que, dans l’Europe déplus en plus chrétienne des premiers siècles, les costumes des hommes et des femmes n’aient guère différé, des textes nous en apportent le témoignage », mais suite aux changements sociaux qui touchent l’Europe entre le XIV et le XV siècle, « avec l’apparition du costume court pour les hommes, une différence très nette va désormais s’établir entre les vêtements masculins et féminins », Les autres riverains de la Méditerranée maintiennent plus longtemps une forte similarité entre les costumes des deux sexes. A Bejaïa, les sévères critiques d’Ibn Toumert au sujet des tuniques jugées trop « féminines » des hommes n’ont qu’un écho minime.
De la même façon, les édits proclamés au Caire au XIIIe siècle pour interdire aux femmes de porter des vêtements dits « masculins » ne tardent pas à être transgressés. A l’époque ottomane, malgré les décolletés profonds des caftans féminins et les voiles de visage que les citadines portent pour sortir, « hommes ou femmes turcs ont des vêtements sensiblement identiques4 », En effet, les citadines de Turquie « vont aussi richement vestues, leurs habits ne diffèrent pas de beaucoup de ceux des hommes : «comme eux portent les chemises dessus leurs caleçons ». Au XVIIe siècle, selon le chevalier d’Arvieux, les dames syriennes d’Alep « portent de longs caleçons comme les hommes, sur lesquels elles mettent une longue et ample chemise de mousseline rayée, ou d’autre toile fine, qui ne diffère en rien de celles des hommes ».
L’évolution du costume féminin d’Alger reste elle aussi étroitement liée à celle du costume masculin; cette donnée aide a, retrouver le parcours du serouel féminin au cours des siècles.
Le serouel de sortie des Algéroises
Pour composer leur pantalon de sortie, les Algéroises ont commencé par lier des jambières blanches au serouel court, comme dans le modèle andalou d’origine.
Cette partie du costume ne retient pas l’attention des voyageurs européens car elle est cachée sous le voile sur l’essentiel de sa longueur; Haedo ne lui accorde par exemple qu’une seule phrase ; « Quand elles sortent, toutes portent des pantalons de toile très blancs qui leur descendent sur les chevilles et des souliers noirs. » Vers 1724, Laugier de Tassy observe qu’elles « vont habillées à peu près comme les hommes.
Leurs caleçons vont jusqu’à la cheville ». Six décennies plus tard, Venture de Paradis se contente de relever que « leur sarwal [pantalon] de satin ou de toile fine leur descend jusque sur les papouches ».
Le serouel de sortie doit être blanc, mais cette blancheur est réservée aux femmes mariées ; Shaw précise vers 1732 que « les caleçons des filles sont distingués de ceux des femmes mariées, en ce qu’ils sont ouvragés à l’aiguille ou rayés de bandes de soie et de toile », et jusqu’au XIXe siècle, « les jeunes filles se distinguaient par un pantalon de plusieurs couleurs».
Les Algéroises de confession juive ne semblent pas avoir manifesté d’intérêt particulier pour le serouel; à la fin du XVIe siècle, Haédo affirme que «les juives s’habillent de la même façon [que les musulmanes] si ce n’est qu’elles n’ont ni pantalons ni souliers, mais seulement des sandales de cuir». Les illustrations de costumes féminins juifs du XIX’ siècle représentent toujours de longues robes qui reflètent d’évidents antécédents andalous et européens, mais point de pantalons apparents. En effet, « les Juifs sont en très grand nombre à Alger. Il y en a, selon Grammaye, des descendants de ceux qui se réfugièrent en Afrique après la destruction de Jérusalem par Vespasien, ou qui abandonnèrent la Judée pendant les persécutions qu’ils eurent à essuyer de la part des Romains, des Persans, des Sarrazins et des Chrétiens.
Mais le plus grand nombre vient de ceux qui ont été chassés de l’Europe : de l’Italie en 1342, des Pays-Bas en 1350, de France en 1403, de l’Angleterre en 1422 et de l’Espagne en 1492». Les Majorquins qui s’installent à Alger dès 1391 et les Livournais arrivés aux XVIe et XVIIF siècles constituent aussi des branches importantes de la communauté juive de la ville et comme dans les autres métropoles maghrébines, « les Juifs établis de longue date dans le pays s’habillaient comme les Maures […]- il en était autrement des Juifs livournais qui s’habillaient à l’européenne et portaient chapeau et même perruque comme les chrétiens».
Le costume féminin des Juives algéroises ne semble toutefois pas avoir retenu les robes ajustées à la taille et encore moins les corsets européens ; l’ampleur, les plastrons brodés et le penchant persistant pour le bicolore des tuniques traduisent plutôt une origine andalouse. Le serouel reste une pièce de lingerie cachée sous la robe, comme à Tlemcen, à Constantine ou dans les villes européennes. Le fait que les Juives tunisoises portent par contre un serouel muni de jambières brodées, comme celui de leurs concitoyennes musulmanes, accompagné d’une tunique nettement raccourcie, confirme que le maintien des robes longues et l’absence de pantalons visibles dans le costume des Juives d’Alger est lié à la présence d’un grand nombre de familles d’origine européenne au sein de cette communauté.
Les métamorphoses du serouel algérois
Un siècle après l’arrivée des frères Barberousse à Alger en 1516, la fortune de la nouvelle capitale de l’Algérie et les changements sociaux qu’elle entraîne se reflètent de manière décisive sur le costume. Cette évolution concerne surtout les caftans et leurs dérivés qui ne sont pas encore omniprésents dans le costume à la fin du XVI » siècle. L’influence des modes levantines sur le costume algérois ne devient réellement perceptible qu’au cours du XW siècle, mais elle ne concerne pas le serouel car ce dernier lui est antérieur de quelques siècles.
Les pantalons des dames turques tels que les révèlent les illustrations du XVIe siècle produisent plus ou moins le même effet de plis horizontaux qui tombent sur le pied dans leur partie inférieure que ceux de leurs contemporaines morisques ou maghrébines. Le volume créé autour de la jambe est plus exagéré chez ces dernières, mais la différence essentielle réside dans le fait que le pantalon turc n’a pas recours au système des jambières et des « jarretelles » qui les retiennent. Alors que les houseaux amovibles se sont imposés aux Andalouses et aux Maghrébines pour compléter leur serouel court, le modèle de Méditerranée orientale se porte long, même à l’intérieur des demeures; la longueur distingue ainsi le serouel algérois de son contemporain turc ou proche-oriental, alors que l’usage d’étoffés variées les rapproche. En effet, les citadines turques « vont presque vêtues comme les hommes, et premièrement elles portent tout aussi bien que les hommes des caleçons sur la chair, qui leur vont Jusqu’aux talons, et sont selon la saison, de velours, drap, brocart, satin, ou toile».
Deux siècles plus tard, le serouel levantin devient plus volumineux. « C’est dans la première moitié du XVII siècle que le pantalon large et coulissé sur la cheville remplace, à Constantinuple, le pantalon rétréci vers le XI», mais ce changement ne s’est pas répercuté sur le costume féminin des provinces occidentales dont l’autonomie est déjà établie depuis longtemps. Dès le XVF siècle, l’influence turque sur le costume algérois est véhiculée par le biais de vêtements importés ou offerts aux dignitaires, et non par la présence de femmes turques à Alger; le pouvoir ottoman étant de nature militaire mats non coloniale, il ne s’est pas accompagné de l’arrivée massive de familles turques.
Ceci explique pourquoi seuls les vêtements « dignes » d’être importés ou offerts, c’est-à-dire les caftans de velours ou de brocart richement brodés, ont servi de modèle aux artisans locaux, avant d’aboutir à des formes dérivées spécifiques à Alger. Les pièces du costume moins coûteuses et moins fastueuses telles que les chemises, les serouels ou les voiles ne font pas l’objet d’importations et ne reçoivent donc pas l’écho des modes orientales. Ainsi, le serouel bouffant du XVII siècle ne parvient pas à Alger, d’autant que les bateaux en provenance de Turquie sont de moins en moins nombreux, l’essentiel des échanges commerciaux se faisant avec Livourne et Marseille, et avec l’Angleterre qui domine alors la mer Intérieure.
Il faut attendre la seconde moitié du XIX’ siècle pour voir d’importantes transformations s’opérer sur le serouel. Si le modèle d’intérieur ne se modifie pas tout de suite, celui de sortie subit par contre une étrange métamorphose : il devient excessivement volumineux, au point d’être qualifié de serouel rond (serouel mdeouar) et d’impliquer le raccourcissement du voile jusqu’au niveau
des hanches. Nécessitant un minimum de six mètres de tissu – moyenne usuelle de neuf mètres, il est réalisé dans de la toile de coton non teintée, donc peu coûteuse. Cette mutation ne découle pas d’une simple mode ou d’une quelconque fantaisie passagère, mais s’applique au costume de sortie pour des raisons précises.
En effet, de vieilles Algéroises questionnées sur cet étrange phénomène révèlent que leurs grand-mères ont eu recours à ce volume inhabituel pour dissimuler leurs formes afin de se protéger du regard des occupants, de plus en plus nombreux dans la ville à partir de 1870 (surprenante technique de camouflage et d’autoprotection qui n’est pas sans rappeler la réaction de certaines créatures marines qui gonflent une ou plusieurs parties de leur corps à l’approche d’un prédateur). Etonnante démystification du voile aussi, puisque censé masquer le corps de la femme, il se voit détrôné par un autre vêtement lorsqu’il s’agit d’une situation grave où les Algéroises s’appliquent sérieusement à voiler leur féminité.
L’apparition de ce serouel volumineux correspond aussi à une volonté de démarcation identitaire qui se traduit par l’adoption d’une forme nettement plus orientale et plus proche des modèles levantins de l’époque. Jusqu’au XIXe siècle, un tel rapprochement avec les modes du bassin oriental n’avait pas de raison d’être, vu le statut autonome de la ville d’Alger, mais dès l’intensification du processus de colonisation, le besoin de se lier, ne serait-ce que symboliquement, avec l’empire ottoman duquel on espère que viendra la délivrance, se traduit par une vague de « turcophilie ». Alors que les trois siècles de tutelle ottomane n’ont pas amené les Algéroises à modifier leur serouel et a, s’aligner sur les modes levantines, quelques décennies de présence française ont suffi à provoquer cette tendance et à promouvoir l’apparition d’un serouel plus oriental.
Au début du XXe siècle, on assiste à une légère augmentation du volume du serouel court : d’une part, l’exemple du serouel rond porté à l’extérieur commence à se répercuter sur le costume d’Intérieur; d’autre part, cette évolution est autorisée par le raccourcissement continu de la chemise et par la raréfaction de la fouta dont l’industrie artisanale a quasiment disparu depuis l’interdiction des corporations d’artisans en 1868. Le serouel continue ainsi son évolution vers une position externe et s’éloigne de la situation intermédiaire qui a longtemps été la sienne dans le costume d’Alger. Dans le costume cérémoniel, la routa accompagne un serouel plus long et de plus en plus volumineux; elle perd de son prestige, puis finit par disparaître.
Symbolisant la féminité et la fécondité, elle transfère sa fonction signifiante au serouel : la forme de poire que prend ce dernier rappelle le pistil d’une fleur, comme les serouels des citadines de Méditerranée orientale. Dans les villes européennes du bassin occidental, le foie géniteur de la femme est aussi signifié par l’ampleur, parfois considérable, de la partie inférieure des robes. Il est d’ailleurs intéressant de constater que si l’apparition du serouel rond et volumineux de sortie coïncide avec l’installation massive de colons dès 1870 et correspond aux réactions précédemment évoquées, 11 est possible que l’influence des robes françaises, avec le volume que leur conféraient les crinolines et les jupons, ait d’une certaine façon suggéré aux Algéroises l’élargissement de la partie inférieure de leur costume.
Les anneaux de cheville appelés khiekhel servent depuis plusieurs siècles à relever la beauté des jambes des Algéroises caries attitudes assises au niveau du sol rendent cette partie du corps fort visible. Pour mettre en évidence ces bijoux, le serouel en forme de poire du début du XXe siècle se porte relevé au-dessus des chevilles; ceci lui confère une allure particulière qui le différencie de ses contemporains levantins. Cette implication du bijou dans la façon de porter un vêtement se retrouve tout au long de l’histoire du costume algérois; le décolletage des chemises et des vestes jusqu’au XIX’ siècle est par exemple directement lié au goût prononcé des Algéroises pour les colliers de perles.
Ainsi, leurs tenues de cérémonie ne cumulent ni l’association redondante de plastrons brodés, cachés par d’innombrables rangs de riches colliers comme à Tlemcen, ni la superposition de longs caftans qui dissimulent les anneaux de cheville, comme dans les cités marocaines où, « sous l’amoncellement de vêtements qui les couvrent, il est rare que les khalkhal apparaissent ». Ce goût particulier des Algéroises pour la mise en valeur épurée et rationnelle de leur costume de cérémonie et de leurs bijoux se perpétuera jusqu’au XXe siècle,
La quantité excessive d’étoffé que nécessite le serouel rond de sortie ne résiste pas à l’effondrement du pouvoir d’achat des Algéroises durant la première guerre mondiale; pour réduire son coût, une partie de son volume est sacrifiée. A partir de la seconde guerre mondiale, le niveau de vie des Algériens diminue encore : un modèle plus économique voit le jour; il s’agit d’un serouel utilisant un rectangle de tissu qui part depuis la taille, passe entre les jambes et rejoint la taille où Il est retenu par un simple élastique. Cousu sur les côtés jusqu’au niveau des genoux, il présente deux fentes latérales (pour frayer un passage aux jambes), d’où son nom : serouel chelqa, serouel à fente ».
Cette seconde métamorphose du serouel s’accompagne d’un retour au voile long et à une silhouette plus longiligne. Un parallèle pourrait être établi avec les changements survenus depuis la deuxième décennie du siècle dans la mode française, suivie par la population européenne d’Alger, où les volumes encombrants sont remplacés par des formes plus simples et plus déliées. En réalité, ce parallèle s’applique moins à des modèles de vêtements proprement dits qu’à une tendance à la simplification provoquée par les difficultés économiques conséquentes aux deux guerres mondiales.
Pratique pour la marche, bien aéré et peu coûteux, le serouel fendu ne tarde pas à s’imposer aussi dans le costume d’intérieur. Ce succès s’explique d’abord par une motivation d’ordre financier (on passe de deux serouels à un seul), puis par le déplacement de nombreuses familles vers la périphérie d’Alger, suite à l’avancée continuelle des quartiers européens sur la vieille ville. En effet, les lieux d’habitation et le mode de vie des Algéroises se modifient : le rapport au climat, à la mer, à l’architecture, au mobilier et au costume s’inscrit désormais dans un cadre plus modeste d’une part, et de plus en plus européanisé d’autre part. Privées du réseau de circulation par les terrasses, les Algéroises finissent par abandonner le serouel court.
Des le milieu du xx » siècle, le serouel fendu s’introduit dans le costume de cérémonie, sans abolir complètement son prédécesseur en forme de poire. Dans les années soixante, les Algéroises créent une forme de robe-serouel appelée hedroun, où le serouel fendu se prolonge par un haut qui habille le buste. Aujourd’hui, ce modèle a quasiment disparu mais les Algéroises accompagnent leurs caracos d’un serouel; certaines le choisissent ample et resserré par des élastiques au-dessus de la cheville, mais la majorité préfèrent le serouel fendu, ennobli par des satins soyeux ou des lamés dorés.
Favorisant la mise en valeur de la jambe en ne la découvrant que latéralement, il avantage et affine sa ligne. L’ampleur de ce serouel varie en fonction du goût et de la morphologie de la femme qui le porte : certaines y mettent des plis partant depuis la taille pour plus de volume, d’autres choisissent de le plaquer contre le corps comme un fourreau, pour allonger la silhouette.
Le serouel fendu n’a été repris par aucun autre costume algérien; il porte ainsi le nom de serouel dziri (serouel algérois) pour le distinguer du serouel tout court qui est le pantalon de Style européen, et peut-être aussi du modèle tunisois (les autres costumes cérémoniels maghrébins ne comportent pas de serouels). En se régénérant par cette ultime et originale métamorphose, le serouel algérois a donc réussi à survivre au XX1 siècle; défi que m la chemise, ni la fouta, ses compagnes séculaires, n’ont pu relever.
Le seronel d’intérieur
Jusqu’au début du XX’ siècle, les Algéroises portent à l’intérieur de leurs maisons un serouel « de petit modèle, ample sans excès, de couleur et par fois brodé, couvrant les cuisses ». Comme son ancêtre andalou, il s’arrête à mi-mollet et se porte sous la tunique; plus celle-ci raccourcit (elle arrive au niveau des hanches à la fin du xix’), plus il devient visible (même longue, la chemise le laisse entrevoir car elle est souvent transparente). Seul à couvrir le bas du corps ou accompagné de la fouta rayée, le serouel court s’enrichit du goût des citadines pour les étoffes fines et parsemées de petits motifs fleuris.
Léger et confortable, ce vêtement est parfaitement adapté à la posture assise qui reste l’attitude diurne habituelle. Alors que dans les pays moins tempérés, on s’éloigne du sol en surélevant les sièges et les talons des chaussures, « les climats chauds réclament que l’on s’asseoie au frais, donc près du sol. Le confort va se situer à cette altitude». Epurée et fonctionnelle. la conception des demeures algéroises et de leur mobilier obéit aussi à cette recherche de confort ; ainsi, « la fenêtre commence souvent à 35 cm du sol […], calculée pour satisfaire à la station assise». Les sols sont recouverts de pavés de marbre ou de céramique et « les systèmes de chaussures étaient d’ailleurs étudiés pour la facilité du déchaussement point de lacets ni de boucles ». Seul le port de babouches à semelles de peau reste autorisé dans les intérieurs.
Outre son confort pour la position assise, l’expansion du serouel court a aussi été favorisée par la configuration de la ville d’Alger, Durant le XVI’ siècle, l’arrivée massive de Morisques, d’officiers et de soldats ottomans et, plus encore, d’Européens attirés par les possibilités offertes par l’essor de cette capitale, oblige les bâtisseurs algérois à concevoir les édifices en hauteur. Située sur une colline naturellement limitée par des ravins, « voici donc Alger prisonnière dans ses murs, ne pouvant ni avancer ni reculer, tant sa géographie la contient dans le microclimat d’une orientation protégée et favorable.
Bien d’autres villes ont pu s’étendre et s’entourer de remparts successifs. Elle non. Sa condition est inexorable ». Circonscrite dans son célèbre « triangle blanc », la ville accumule les constructions à étages et pour parer aux tremblements de terre, les maisons sont agencées de façon à se rapprocher, souvent même à se toucher sur les niveaux supérieurs, par-dessus les ruelles étroites. Un réseau parallèle de circulation par les terrasses se constitue alors à travers la ville car chaque maison, aussi modeste soit-elle, doit avoir sa terrasse et « sa portion de mer » à regarder.
La différence de hauteur d’une bâtisse à l’autre étant réduite, les Algéroises n’hésitent pas à faire de ces terrasses le domaine privilégié de leurs allées et venues, traversant parfois des quartiers entiers en enjambant quelques ruelles ; le port d’un serouel n’entravant pas le mouvement des jambes, tout en assurant décence et agilité, répond aussi à cette particularité urbanistique. Au XVIIIe siècle, le voyageur anglais Thomas Pellow décrit le costume des citadines : « Entièrement voilées, elles ne montrent que leurs jambes, qui sont généralement découvertes quand elles sont chez elles ou quand elles se rendent visite par les toits des maisons. »
Ce mode de déplacement n’étant probablement que très peu ou même jamais pratiqué par les dames aristocrates de la ville, il poursuit : « Seules les femmes de condition portent de longues culottes dont les plis entourent la cheville. » Toutefois, une fois descendues de leurs terrasses, même les Algéroises moyennement aisées munissent leurs serouels de jambières moins longues et donc moins plissées que celles des plus riches pour sortir, Le serouel court connaît une grande faveur auprès des Algéroises du fait de ces raisons pratiques, mais aussi parce qu’une autre composante du costume, la fouta, couvre les jambes sans entraver leur mobilité.
Les autres costumes méditerranéens qui comportent un pantalon (non seulement ceux des citadines maghrébines, mais aussi des Egyptiennes, des Syriennes, des Grecques, des Turques, etc.) ne connaissent pas cette forme de pagne : le serouel, lorsqu’il est court, reste dissimulé sous la longueur des tuniques et des caftans. Seules les Tlemcéniennes portent la fouta, mais réputées pour leur conservatisme, elles n’affichent jamais leur serouel court, Jugeant indécent le fait de « montrer leur culotte » et plus encore de la porter comme les hommes.
Seules la finesse et les teintes des tissus permettent de différencier le serouel féminin d’Alger de son équivalent masculin, répandu dans tout le Maghreb et au-delà (Grèce, Albanie, etc.). En signifiant leur féminité à travers la fouta, les Algéroises n’éprouvent pas le besoin de cumuler les éléments distinctifs ; elles peuvent se passer des robes et des manteaux couvrants qui encombrent leurs voisines méditerranéennes et profiter du confort du serouel court. Le costume cérémoniel algérois se distingue ainsi de celui des autres villes par son serouel qui conserve ses titres de noblesse jusqu’au XIX’ siècle ; en 1830, Raynal remarque au cours d’une fête algéroise que « la mariée avait une culotte à raies blanches, rouges et bleues, en soie et fort éclatante; la forme en est semblable à celle des culottes des hommes».
Au-delà des explications fonctionnelles analysées ci-dessus, faut-il voir dans cette spécificité algéroise un apport andalou particulier, distinct de celui des autres citadines d’Afrique du Nord ? Il convient de rappeler que l’afflux des Espagnols musulmans et juifs s’étale sur plusieurs siècles : les premiers arrivés ne sont pas vêtus de la même façon que ceux qui émigrent au XVIIe siècle- De plus, chaque royaume espagnol se caractérisait par un costume spécifique, malgré une composition générale commune. Or les exilés ne sont pas seulement originaires d’Andalousie, mais aussi de Castille, d’Aragon et d’autres régions de la péninsule ibérique; il est donc possible que l’origine précise et la date à laquelle sont arrivés les émigrés les plus nombreux, qui ont été par conséquent les plus influents sur la vie culturelle d’Alger, participent à l’explication du statut particulier du serouel court dans le costume féminin. Mais la recherche de ces origines s’avère complexe car le mélange avec la population locale s’est rapidement effectué.
D’autres domaines de la vie culturelle algéroise peuvent toutefois proposer des indices : les musicologues expliquent par exemple les différences stylistiques entre les musiques des grandes cités maghrébines par l’attribution à chacune d’elles d’une capitale andalouse qui lui aurait légué les traits caractéristiques de son patrimoine musical ; c’est le cas de Tlemcen avec Grenade et « à l’instar de Tlemcen, d’autres villes cultivent un jumelage avec leur terre d’origine. Séville pour Testour, Valence pour Fès, Cordoue pour Alger». Il est difficile de mesurer les traces de ce jumelage dans le costume, mais il est intéressant de noter que le blanc, symbole de la dynastie umeyyade de Cordoue, garde longtemps un statut particulier dans le costume algérois ; voile, foulard, serouel de sortie et chemise se doivent d’être blancs, « très blancs » même, selon Haëdo.
En fait, cette blancheur répond à la chaleur du climat méditerranéen durant une bonne partie de l’année et l’importance accordée par les Algéroises au confort serait plus à l’origine de cet attrait pour le blanc qu’une éventuelle réminiscence cordouane; d’ailleurs, cette influence cordouane sur les Algérois serait-elle à dater du XIII’ siècle, suite à la reconquête chrétienne de la ville en 1236, ou du XVIP siècle, alors que la blancheur des Unieyyades n’est plus qu’un lointain souvenir et que les Morisques qui représentent «plus de 10 % [6 % à Séville] de la population totale de la capitale » du royaume de Cordoue prennent le chemin de l’exil vers le Maghreb ?
Un autre aspect de la vie culturelle algéroise pourrait Indiquer la provenance précise d’une grande partie des exilés espagnol. Au début du XVI siècle, Léon l’Africain précise que, de passage à Alger, il a logé « chez l’ambassadeur qui avait été envoyé en Espagne et qui avait rapporté environ trois mille manuscrits arabes qu’il avait achetés a Sativa [Jàtiva], ville du royaume de Valence». Un tel intérêt pour des manuscrits anciens peut surprendre quand on sait qu’à cette date, la situation d’Alger, paralysée par le Penon espagnol, n’est pas des plus favorables. L’hypothèse suggérée par M. Larechaf selon laquelle les émigrés installés à Alger entre fa fin du XV’ et le début du XVIe siècle pourraient être « originaires en majorité de Jàtiva où ils avaient dû abandonner leurs biens lors de cet exode massif, et d’où, plus tard, les lettrés et hommes de science exilés en terre algéroise voulaient tenter de sauver les riches bibliothèques ayant appartenu a leurs proches et lointains aïeux, ou à d’anciens concitoyens andalous», est intéressante.
Sur la paroi d’un bassin de marbre de Jàtiva datant probablement du XI siècle, des personnages masculins munis d’instruments de musique portent des costumes dont la souplesse retient l’attention : tuniques aux manches pendantes ou retroussées et longs pantalons. On pourrait y voir un parallèle avec l’ampleur et la souplesse caractéristiques du costume algérois, mais l’étude d’une telle hypothèse nécessiterait une recherche plus approfondie sur le costume de Jàtiva,,.
Les quelques indices relatifs à l’origine précise des principales composantes de la population andalouse qui auraient été accueillies a. Alger ne révèlent pas de contradictions avec les particularités du costume de cette ville; Us ne suffisent pas non plus à les expliquer car l’essentiel de ces caractéristiques semble découler de conditions géographiques, climatiques et sociales. Adopté par les Algéroises dès les premiers siècles du second millénaire, le serouel gagne du terrain sur la chemise et se taille une place de plus en plus externe et visible dans le costume, sous l’influence des Morisques arrivés au début du XVIe siècle; à cette époque, sur un total d’un peu moins de 150 000 habitants, Alger compte environ 25 000 Morisques (cinq fois plus qu’un siècle auparavant) pour seulement 15000 Algérois « d’origine » !
Cependant, les grandes différences qui persistent entre le costume d’Alger et celui de Tunis – ville qui a accueilli un nombre encore plus grand de Morisques – démontrent que les costumes citadins du Maghreb ne se sont que modérément inspirés des modes morisques. Une nette distinction persiste en effet dans la forme et dans l’évolution des serouels respectifs des deux métropoles, alors qu’il s’agît de la composante du costume la plus concernée par l’influence morisque, puisqu’on dehors des Algéroises et des Tunisoises, les autres citadines maghrébines n’ont Jamais admis de serouels apparents dans leur costume et encore moins dans leur costume cérémoniel. Plus sobre que son voisin tunisois, le serouel algérois garde une grande simplicité, tant dans sa forme d’intérieur que dans celle de sortie.
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