Figure 01
Figure 2 : immeuble de rapport n° 59-61, rue Larbi-Ben-M’Hidi,
(anciennement rue d’Isly), Alger. Mosaïque du hall d’entrée.
Outre l’exécution de mosaïques en marbre, émaux ou en
grès cérame, la restauration des mosaïques anciennes.
L’arrivée de nouveaux procédés sériels de fabrication
et de pose va accélérer cette technique sur la scène
architecturale. Mise au point d'un système de mosaïque
décorative sans joints appelé « dallage granité ».
Très bien adapté aux lieux réclamant les meilleures
conditions d’hygiène, ce système sera largement utilisé
dans les écoles et les hôpitaux. Ces avancées techniques,
conjuguées au savoir et au savoir-faire des artisans des
ateliers Tossut, vont largement alimenter la création
artistique.
Figure 02
Figure 02
Immeuble de rapport, 11, rue Émir-El-Khetabi, Alger.
Mosaïque à l’entrée de l’immeuble.
Les mosaïques employées comme revêtement de sol
sont aussi utilisées pour recouvrir les
soubassements d’appui panneautés des murs du
hall d’entrée. Le dessin floreale ou Liberty
réinterprète les qualités linéaires de la plante
et son essence organique faite de courbes
stylisées. Mais les motifs évoquent aussi la
magnifique tradition de l’intarsia italienne,
telle qu’elle s’exprime sur les tables de marbre
dès la Renaissance.
Figure 03
Figure 03
Hôtel de ville de Skikda. Source : « Le nouvel hôtel
de ville de Philippeville. Architecte Charles Montaland »,
Les chantiers nord-africains, décembre 1932
Cette expression algérienne fondée sur une forme
de métissage renvoie aux croisements des arts dans
une tentative de renouvellement des codes esthétiques,
sans pour autant rester en marge ou remettre en cause
les acquis de l’architecture moderne. Ce langage qui
puise aussi bien dans les motifs géométriques de l’art
berbère que dans l’architecture néo-mauresque ou encore
dans l’Art déco parisien est à l’origine de nouvelles
compositions artistiques
Figure 04
Figure 04
immeubles, 2, rue Ali-Boumendjel (anciennement rue
Dumont d’Urville) et n° 64, rue Larbi-Ben-M’Hidi
(anciennement rue d’Isly).
Le revêtement au sol du hall de l’immeuble (Auguste
Guillet arch., 1897) s’inspire des mosaïques antiques,
et fait notamment écho au chien de garde que l’on retrouve
sur le seuil de certaines demeures romaines, à l’image
de celles mises au jour lors de fouilles archéologiques
effectuées dans la maison du poète à Pompéi portant
l’inscription « Cave Canem », c’est-à-dire « Prenez garde
au chien ! ». Des motifs inspirés de l’Antiquité qui
permettent d’élargir la gamme des répertoires décoratifs
en revisitant sous des formes nouvelles les modèles
découverts lors des fouilles.
Figure 05
Figure 05
Immeuble de rapport, 11, rue Émir-El-Khetabi, Alger.
Mosaïque à l’entrée de l’immeuble.
Parallèlement à la tendance Art nouveau, des styles
majoritairement influencés par les modèles esthétiques
européens et caractéristiques de l’éclectisme architectural
se déploient le long des rues et boulevards d’Alger. Au
n° 21, boulevard Mustapha-Ben-Boulaid (anciennement
rampe Bugeaud), les thèmes de l’Antiquité sont aussi
revisités dans le décor de la mosaïque du hall d’entrée
de l’immeuble. Cette mosaïque propose une composition
classique, à trame géométrique, encadrée de motifs qui
mêlent la symbolique du trident à la représentation
du dragon.
Figure 06
Figure 06
Hall d’entrée des immeubles situés aux nos 4 et 6,
boulevard Khemisti (anciennement boulevard Laferrière).
Très présents, les motifs floraux propres à l’Art nouveau
sont aussi couramment utilisés. On les retrouve dans les
revêtements au sol ou encore au niveau des soubassements
des murs des halls d’entrée des immeubles, comme au n° 17
du boulevard Mustapha-Ben-Boulaid (anciennement rampe
Bugeaud) et aux nos 4 et 6, boulevard Khemisti
(anciennement boulevard Laferrière). Ces modèles qui se
diffusent dans de nombreuses villes, à Oran, Annaba
(anciennement Bône), mais aussi à Paris, sont souvent
tirés de catalogues que se procurent les architectes pour
sélectionner des ornements standardisés.
Figure 07
Figure 07
Musée national Ahmed Zabana à Oran. Le péristyle et
détail de la mosaïque.
Couramment utilisée à Paris ou à Casablanca à la même
période, l’iconographie Art déco se révèle aussi au
musée des Beaux-arts d’Oran (ancien musée Demaëght)
construit par l’architecte Georges Wolff (Saint-Étienne
1873–Nice 1970). À un moment où l’art mural tient une
place importante dans le décor des bâtiments publics,
l’occasion est donnée aux artistes de réaliser des
œuvres artistiques pour la décoration de pans entiers
de murs afin de recevoir des fresques, des bas-reliefs
ou encore de grandes peintures murales à l’occasion de
la célébration du Centenaire.
Figure 08
Figure 08
Palais de la culture (anciennement Maison du Colon)
à Oran. La mosaïque des Tossut, encadrée par deux
bas-reliefs, représente Bacchus et Cérès.
Sous forme de frise, encadrée par des bas-reliefs
évoquant des scènes de la mythologie, elle participe à
la mise en scène de la puissance novatrice du projet
tout en s’intégrant à l’esthétique sévère et rythmée
de l’architecture du bâtiment. La fresque se prolonge
derrière l’imposant péristyle de la façade formé par
quatre colonnes encadrant les portes d’entrée. Dans
le même esprit, et faisant référence au même langage,
on collabore une nouvelle fois pour exécuter les
mosaïques de la Maison du Colon d’Oran, aujourd’hui
Palais de la culture.
Figure 09
Figure 09
Mosaïque du hall d’entrée de l’immeuble, nos 15.
et 17, rue Didouche-Mourad Alger.
L’esthétique simple et géométrique des modèles utilisés
pour les revêtements en mosaïque des soubassements des
escaliers sont les seules concessions faites aux décors.
La disparition du figuratif au profit des formes
géométriques véhiculées par l’architecture moderne est
perceptible dans les nombreux immeubles de rapport des
années 1930. Le revêtement au sol réalisé intègre
parfaitement cette démarche artistique où simplicité et
dépouillement, découlant du discours des avant-gardes,
sont devenus la règle.
Textes et photos : Boussad Aïche, Maître de conférences Département d’architecture, Université M. MammeriTizi-Ouzou
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