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Les bijoux d’Algérie au Muséum



Les bijoux traditionnels d’Algérie ne sont pas des créations uniques, ils relèvent de l’artisanat.
Produits en grande quantité, ils ne portent bien souvent ni nom de l’auteur, ni date de réalisation.
Il est parfois difficile d’identifier des bijoux algériens dans les musées français.
Collectés comme objets d’étude ethnographique, souvenirs de voyage, objets de folklore et de conquête militaire, ils sont aujourd’hui conservés par milliers en France, éparpillés dans les collections de musées d’arts décoratifs, des beaux-arts, d’histoire naturelle, d’ethnographie ou encore d’archéologie.
Endormis en réserve, ils ne sont que peu exposés par manque d’intérêt, de prestige et de connaissance.
De ce fait, leur identification ainsi que leur récolement (1) sont complexes.

Image : Le costume historique, Auguste Racinet, 1888 Smithsonian Libraries, Internet Archives



  Comment sont arrivés des bijoux algériens en France ?


Les collections extra-européennes sont arrivées de différentes façons dans nos musées notamment par les conquêtes militaires ou les voyages d’amateurs éclairés. Toutefois, elles ont en grande partie été collectées par des ethnologues. Au cours d’une mission ethnographique est prélevé un certain nombre de matériel (2) à étudier afin de comprendre les mœurs et coutumes d’une population définie. En Algérie, comme dans tout le Maghreb, les bijoux sont un excellent support d’étude puisqu’ils reflètent l’identité de celui qui le porte. Une femme mariée et une jeune fille n’auront pas les mêmes parures. De même, une femme de Kabylie ou une femme Touareg ne porteront pas les mêmes bijoux. Certains ethnologues ont donc collecté des bijoux qu’ils ont ensuite rapportés dans les laboratoires et musées français.


Dans le cas des bijoux algériens, les collections arrivent en France bien souvent entre 1880 et 1940, au moment où l’on cherche à consolider l’installation française après la conquête militaire du début du XIXe siècle. Aux yeux de l’Administration française, la population algérienne ne se constitue plus uniquement d’Arabes (3). Elle prend conscience du territoire régionalisé et suit alors la devise « diviser pour mieux régner », afin de continuer à garder l’autorité sur le pays. En 1888, François Charvériat écrit que les Kabyles seront les “premiers à s’assimiler” (4). Présentés comme des autochtones montagnards sédentaires, sociables et âpres au travail comme le paysan français, ils sont opposés aux Arabes qui ne sont que des “étrangers au pays, des hommes des plaines et des steppes, […], nomades et barbares dans l’âme s’adonnant à l’indolence de la vie pastorale” (5).

Image : Diadème à chaîne Kabyle, photo. : Sarah Lakhal – coll. muséum, ETH.AC.382

Cette distinction entre Kabyle et Arabe est énormément abordée lors des questions d’administration du territoire algérien au cours du XIXe siècle. Considérés comme plus proche de la culture française que les Arabes, les Kabyles sont progressivement perçus comme un outil de colonisation (6), le journal Le Temps écrit alors : “la sagesse la plus élémentaire nous conseillait de maintenir, d’accroître les différences qui les séparaient des autres indigènes” (7). En 1924, Raymond Peyronnet rappelle les conseils de Fournel : “ne pas traiter uniformément deux races qui sont distinctes, manifester clairement son choix, sa préférence pour les Berbères et baser sur ce choix une politique plus hardie” (8). C’est sur cette base que l’ethnographie a développé ses explorations scientifiques en territoire berbérophone. Cela explique notamment pourquoi une grande partie de nos collections et de notre bibliographie sur les bijoux algériens est berbère. C’est le cas des bijoux algériens conservés au muséum d’Histoire naturelle de Toulouse. Par habitude, les bijoux berbères et plus spécifiquement kabyles vont devenir la vitrine des bijoux du Maghreb en France. Ainsi, il n’est pas étonnant de trouver des parures kabyles pour illustrer l’Afrique dans l’ouvrage d’Auguste Racinet sur le costume historique dans le monde en 1888 (9).



  Zoom sur un objet : le diadème à chaînes kabyle du muséum d’Histoire naturelle de Toulouse



Le musée conserve un diadème à chaînes kabyle sous le numéro d’inventaire ETH.AC.382. Appelé ta’ssabt, ce diadème est une production de la tribu kabyle des Beni Yenni, très connus pour leur production de bijoux en argent massif émaillé bleu, vert et jaune.
Il est constitué de sept plaques d’argent (trois centrales, deux supérieures et deux aux extrémités latérales) émaillés par cloisonnement filigrané.
Il est serti à divers endroits de corail. Chaque plaque est reliée au reste du diadème par des chaînettes composées d’alternance de perles en argent et de maillons.
La plaque supérieure est maintenue à un crochet destiné à maintenir le diadème à la coiffure.
Les trois plaques centrales retiennent douze pendeloques de forme d’amandes et de losange émaillées bleues et vertes.
Entièrement conservé, ce bijou d’époque coloniale se retrouve en grand nombre dans les musées français sans pour autant être visible dans les galeries des musées.
Cette parure revenue aujourd’hui à la mode en Kabylie fut abandonnée dans les années 1940 jusque dans les années 2000. Le diadème à chaînette était en effet un objet de grand format que toutes les femmes ne pouvaient posséder.
Il peut mesurer jusque 50 cm de long et 20 cm de haut.
Il est aujourd’hui rare d’en trouver dans le commerce avec du corail, le plus souvent remplacé par du celluloïd (10).


Image : Diadème à chaîne Kabyle, photo. : Sarah Lakhal – coll. muséum, ETH.AC.382


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