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Bijou traditionnel algérien :
Histoire d’une symbolique ancienne



De tous les bijoux algériens, ceux des Aurès et de Beni Yenni en Kabylie sont les plus hautement traditionnels. Massifs et bruts comme les montagnes qui les ont engendrés, ils possèdent une vieille histoire transmise sous forme de légendes. Ici, quelques témoignages de l’auteure Wassila Tamzali.


«Si l’âge du pétrole a fait reculer les vieilles superstitions en Algérie, si le temps a estompé le pouvoir magique des signes, l’objet-parure garde souvent un prestige qui va au-delà de sa beauté ou de sa valeur marchande…

L’éclat de verre au centre de la fibule qu’elle porte, la bédouine le dira elle-même, c’est un œil «qui me protège contre l’envieux quand il m’envie». Cette jeune fille kabyle qui va chercher de l’eau fait sonner ses bracelets car leur cliquetis chasse les mauvais esprits. Le pendentif recouvert de cinq cauris (coquillages) que porte la femme enceinte de Djanet, «c’est pour que l’enfant ne tombe pas». Qui oublie de suspendre au-dessus de l’enfant qui vient de naitre le «poisson» ou la «khamsa», le premier bijou, en or ou en argent, en plastique parfois ?

On retrouve sur les bijoux traditionnels algériens les signes rémanents de sémiologies très anciennes, voire datant de l'époque préhistorique. C'est ainsi que les décors et les formes des bracelets de chevilles des Aurès d'aujourd'hui renvoient aux bracelets et autres objets trouvés dans les dolmens ou dans les «bazinas». Les extrémités des uns et des autres se ressemblent ; ce sont, très stylisées mais facilement reconnaissables, des têtes de serpent…

De très nombreux éléments nous permettent de situer la puissance prophylactique de cet animal et son utilisation constante et très répandue dans l'antiquité méditerranéenne. Ils ornèrent les portraits d'Athéna, princesse lybienne. Comme ils sont au cœur du mythe du tissage en Kabylie et quand on connait l'importance culturelle de cet art pour la région, on peut mesurer l'importance de ce symbole dans la mythologie berbère.

C'est ainsi que Tahittust, femme d'Ahittus le forgeron, trouva une peau de serpent sur un tas de fumier et qu'elle essaya de reproduire la peau de l'animal avec des laines de couleur. Les losanges furent disposés dans des bandes parallèles qui représentaient les champs kabyles. Ce tapis est reproduit, de nos jours encore, dans l'Akfadou, et les femmes l'appellent «abboudh buzrum», le ventre du serpent.

Souvent, chroniques et légendes d'Algérie et du Maghreb nous rapportent des événements liés à l'existence du serpent ou à sa puissance magique. C'est Cléopâtre Séléné, fille de la grande Cléopâtre et femme de Juba II, prince numide, qui en aurait célébré le culte à Lambèse. A Carthage, on a trouvé autour des ruines du temple de Sérapis, dieu égyptien, de nombreuses statuettes de serpent.

La déesse Astarté (ou Tanit), déesse de la fécondité, est presque toujours représentée avec un serpent.

La légende veut aussi que la mère de Scipion l'Africain ait été stérile jusqu'au jour où on surprit un serpent couché près d'elle. Plus près de nous, au cinquième siècle de l'ère chrétienne, les habitants de Tipasa adorèrent longtemps un serpent de bronze jusqu'à ce que Sainte Salsa l'enlevât et le jetât à la mer».


  D’après Wassyla Tamzali, in «Abzim, parures et bijoux des femmes d’Algérie». Edition Enap, 1984.


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