
Au XVIe siècle, les tentatives de conquête espagnole puis l’installation d’une régence ottomane inaugurent une nouvelle ère où l’urbanisme
algérien est marqué d’un nouveau style qui s’exprime dans les maisons, les mosquées et les palais.
Le style ottoman de 1516 jusqu’à la conquête française en 1830 va influencer l’architecture algérienne.
Lorsque Kheireddine, dit Barberousse, s’empare de la forteresse espagnole du Peñón en 1529, il la rase et fait construire avec les pierres une digue,
l’actuelle jetée Kheireddine, qui augmente considérablement la taille du port, et il fait fortifier la ville.
La mosquée elDjedid (p.125) dans le quartier de la basse Casbah à Alger, surnommée la mosquée de la
pêcherie en raison de sa proximité avec la mer, est l’un des édifices majeurs de la période ottomane.
Elle aurait été bâtie par le maître d’œuvre musulman al-Hâjj Habîb en 1660 dans les styles mauresques et ottomans.
Les arcs multiples, les dômes et les compositions polychromes en brique et en pierre témoignent de l’influence byzantine. Admirez le magnifique minbar en
marbre, fabriqué en Italie, qui provient de la mosquée al-Sayyida détruite en 1832.
On rencontre également des édifices algérois à l’architecture similaire, comme la mosquée d’Ali-Bitchnin, le « renégat » (chrétien converti
à l’islam), qui fit construire sa propre mosquée en 1622, ou encore la mosquée Ketchaoua (p.126), construite pendant le gouvernement
ottoman au XVIIe siècle dans la Casbah d’Alger.
Reflet des nombreux bouleversements politiques en Algérie, l’histoire de cette mosquée aux influences architecturales variées mêlant styles
mauresques et romano-byzantins est mouvementée.
Construite en 1436, elle a été profondément transformée au XVIIIe siècle sous le règne
d’Hassan Pacha, dey d’Alger de 1791 à 1798.
Remaniée en 1794, elle devient une mosquée à grande coupole centrale octogonale coiffée de coquilles abritant une salle de prière carrée et
entourée de petites galeries recouvertes de coupoles secondaires, une architecture religieuse souvent présente en Turquie et en Asie centrale.
Après sa réquisition en 1832 par les Français, la mosquée subit de nouvelles transformations et devient sous la colonisation la cathédrale SaintPhilippe.
Après l’indépendance de l’Algérie en 1962, la cathédrale est reconvertie en mosquée
Les anciennes maisons de la Casbah, fermées sur l’extérieur, semblent dépourvues de décorations. On accède aux demeures par une entrée en chicane,
ce qui permet de les laisser ouvertes sans qu’un regard curieux puisse y pénétrer.
La porte est vaste, parfois monumentale, décorée de couleurs et de symboles destinés à écarter le mauvais œil (heurtoir en forme de main, main imprimée
dans l’enduit frais, etc.).
La maison s’organise autour d’un wast ed-dar, espace central avec une circulation périphérique, une galerie à arcades entourant le wast ed-dar.
Les demeures présentent au passant un aspect austère et rébarbatif, sans ouvertures autres que la porte et des petites fenêtres, qui doivent gommer
les différences entre les maisons habitées par les plus démunis et celles habitées par les familles aisées.
C’est à l’intérieur que l’opulence se dévoile au visiteur.
Plus l’hôte est riche, plus la diversité des matériaux, la somptuosité des couleurs, la richesse des formes d’arcs et des colonnes
ainsi que les murs en zelidj (carreaux de céramique) seront présents. La salle de réception est la limite à ne pas dépasser pour l’« étranger ».
La plus grande partie de la maison est le domaine de la femme.
La maison, en règle générale à deux étages, se termine sur une terrasse fermée où les eaux de pluie remplissent
les citernes.
Les rues si étroites sont jalonnées par les encorbellements des maisons qui, ingénieusement, récupèrent l’espace perdu de la
rue au profit de la maison au premier niveau et
procurent de l’ombre aux passants.
Parmi les plus beaux palais de l’époque ottomane, citons Dar Khedaoudj el-Aâmia, bâti au XVe siècle, Dar Aziza, palais du XIVe siècle dédié à la femme
du bey de Constantine, Dar el-Hamra, bâti au XVe siècle par Mami Arnaute – le dey Hussein y vécut avant son départ définitif d’Alger.
Avec ses superbes portes en bois de cèdre sculpté, la sqifa (le vestibule) en faïence de Delft et la vasque en marbre du patio, le palais algérois
Dar Mustapha Pacha est une merveille. Construit à la fin du XVIIIe siècle et édifié pour le dey de la régence d’Alger, Mustapha Pacha, c’est l’un
des plus beaux palais d’Alger, orné de 500 000 carreaux de faïence sicilienne, espagnole, tunisienne et hollandaise.
Enfin, dans la banlieue algéroise, le palais du Peuple (anciennement palais d’Été) est à voir.
Construit à la fin du XVIIIe siècle, cette somptueuse résidence de vacances fut d’abord celle de Khodjet Mustapha el-Kheil (1748-1754)
puis de Dey Hussein Pacha (1818-1830).