X

Nubel, Sammac, Firmus
et les autres (Algérie, Kabylie)

Source : Jean-Pierre LAPORTE    

Une famille berbère dans l'Empire romain Jadis fort mal considérés par les auteurs antiques, tous pro-romains, puis par des auteurs modernes qui ne l'étaient guère moins, Firmus et Gildon sont souvent vus aujourd'hui comme des nationalistes au sens moderne du mot, perspective anachronique également biaisée.
Leurs révoltes contre Rome ne peuvent être comprises qu'en les replaçant dans l'ascension dans la hiérarchie de l'Empire d'une famille autochtone très romanisée, même si les circonstances allaient conduire certains de ses membres à affronter violemment la politique impériale.


Une large partie des clefs réside dans le sort à réserver à quatre documents : d'un côté une inscription de Rusguniae et la dédicace dite du «col des Beni Aïcha», qui doivent à notre sens être résolument écartés, et de l'autre une dédicace de M'lakou et un court passage d'Ammien Marcellin qui jettent une lumière directe sur notre sujet.


Restituer à Firmus sa qualité de fils d'une concubine permet de compren-dre la querelle familiale à l'origine de la plus violente révolte en Mauréta-nie Césarienne.
Lui rendre une place très élevée dans l'administration romaine de la province permettra de mieux comprendre par la suite le déclenchement et l'importance de cette révolte.
Constater les liens étroits de Gildon avec la famille impériale un quart de siècle plus tard donne égale-ment un autre éclairage sur l'importance des grands officiers d'origine "barbare" dans l'Empire du ive siècle finissant.


Jadis fort mal considérés par les auteurs antiques, tous pro-romains, puis par des auteurs modernes qui ne l'étaient guère moins, Firmus et Gildon sont souvent vus aujourd'hui comme des nationalistes au sens moderne du mot, perspective anachronique également biaisée.
Leurs révoltes contre Rome ne peuvent être comprises qu'en les replaçant dans l'ascension dans la hiérarchie de l'Empire d'une famille autochtone très romanisée, même si les circonstances allaient conduire certains de ses membres à affronter violemment la politique impériale.
Une large partie des clefs réside dans le sort à réserver à quatre documents : d'un côté une inscription de Rusguniae et la dédicace dite du «col des Beni Aïcha», qui doivent à notre sens être résolument écartés, et de l'autre une dédicace de M'lakou et un court passage d'Ammien Marcellin qui jettent une lumière directe sur notre sujet.
Restituer à Firmus sa qualité de fils d'une concubine permet de comprendre la querelle familiale à l'origine de la plus violente révolte en Maurétanie Césarienne.
Lui rendre une place très élevée dans l'administration romaine de la province permettra de mieux comprendre par la suite le déclenchement et l'importance de cette révolte.
Constater les liens étroits de Gildon avec la famille impériale un quart de siècle plus tard donne également un autre éclairage sur l'importance des grands officiers d'origine barbare dans l'Empire du ive siècle finissant.

De la révolte de Firmus, on connaît surtout la répression par Théodose l'Ancien, père du futur empereur.
Comme l'indique ex-plicitement Ammien Marcellin, l'origine de la révolte de Firmus est à chercher dans une querelle de succession au sein d'une famille autochtone: «L'un de ces fils [de Nubel], Zammac, client (acceptus) du comte [d'Afrique] nommé Romanus, fut assassiné secrètement par son frère Firmus, ce qui provoqua discordes et guerre».
Examiner les membres connus de la famille est nécessaire pour aider à comprendre l'ensemble des événements.


  1 - Des sources à trier


Ammien Marcellin constitue la source principale sur la famille de Firmus en donnant le nom de plusieurs des enfants de Nubel. On a parfois évoqué rapidement d'autres documents qu'il convient d'examiner un à un. Une inscription de Rusguniae doit être résolu- ment écartée. Avec elle, disparaît la généalogie détaillée qui en avait été tirée, et qui désormais ne concerne plus la famille qui nous intéresse. On avait également rattaché à Nubel et à Firmus la dédicace d'un domaine de Kabylie. On lisait à la seconde ligne le nom de Nubel, et à la quatrième l'adverbe firme, dans lequel on voyait un calembour faisant allusion à Firmus. Il faut y renoncer : le prétendu château-fort est une ferme antique de dimensions mo- destes, qui ne gardait pas un col, et n'a rien à voir avec le mauso- lée tardif dit «de Blad Guitoun» qui lui est parfois attribué. En revanche, après Gsell et divers autres auteurs modernes, nous re- tiendrons comme particulièrement significative la dédicace du praedium/praesidium de M'lakou.


  2 - Nubel et son pouvoir


Le premier membre connu de cette famille est un certain Nubel. Ce nom est attesté à plusieurs reprises en épigraphie libyque et punique, ainsi sous la forme nbl sur deux stèles puniques de Cons- tantine 7. S'il s'agit d'un nom punique, cette forme, vocalisée par l'éditeur en Nabal, peut également se lire N(u)b(e)l, qui présente alors la vocalisation -u-e- caractéristique du participe punique dans la forme simple comme sufes (spt), rucem (rqm) 8. Mais on peut tout aussi bien, et cette solution a notre préférence, le considérer comme libyque, car la racine NBL est phonologiquement tout à fait possible en berbère, sans que son étude fournisse pour l'ins- tant un sens précis 9. Ce nom est également attesté sur des inscrip- tions libyques ", ainsi que sur une inscription latine à Tigisi 11 dans le cas de Félix, fils de Nibil, princeps des Suburbures". Selon Ammien, Nubel était originaire de la tribu des Jubaleni, dont le territoire était couvert de montagnes entre lesquels s'ou- vraient des gorges tortueuses, qui remplirent d'appréhension Théo- dose l'Ancien ". Gsell, qui a noté que cette tribu devait être assez proche d'Auzia ' 4, a été tenté de la placer soit aux Portes de Fer (à 6o km à l'ouest d'Auzia), soit aux gorges de Lakhdaria, ex- Palestro (à 5o km au nord-ouest de la même ville), en tenant plus au moins compte dans ce second cas de la dédicace du col des Beni Aïcha. La question reste d'autant plus ouverte que les fonde- ments logiques de la seconde proposition paraissent faibles. Ammien souligne l'importance politique de Nubel: Nubel, velut regulus per nationes Mauricas potentissimus", c'est-à-dire le roi le puissant parmi les nations maures. Cette désignation, un peu énig- matique et souvent sous-estimée, est à notre sens pleinement expli- quée par un passage de la dédicace du praedium/praesidium de son fils Sammac 16: Denique finitimae gentes deponere bella, / in tua concurrunt cupiente foedera. («En conséquence, les peuples voisins, désireux de cesser la guerre, accourent en recherchant la paix dans tes traités»). La mission romaine du fils est bien définie: ramener les peu- ples maures dans la paix et les y maintenir par des traités. C'est pour nous la même que celle de son père, Nubel, qui était déjà un rouage essentiel pour le contrôle des parties tribales, c'est-à-dire les moins romanisées mais aussi les plus étendues, de la Maurétanie Césarienne.


  3 Les enfants de Nubel


Nous connaissons nommément sept descendants de Nubel en première génération. -- i) Sammac Les manuscrits d'Ammien donnent les deux formes Zammac (c. 2) et Salmaces (c. t3), sans que l'auteur semble d'ailleurs bien com- prendre l'unicité du personnage. Son nom est attesté sur la dédi- cace du praedium ou praesidium Sammacis de Mlakou ' 7 et c'est ce témoignage direct qu'il faut préférer. Sammac est un nom libyque bien attesté', à rapprocher probablement du berbère semmeg, «il est noir» de la racine (verbale) SMG, «être noir» (ismeg, «nègre, esclave»I 9). Les noms en apparence dépréciatifs étaient un moyen prophylactique bien connu. -- 2) Firmus Firmus, le chef de la révolte, est le seul à porter un nom qui pa- raît bien latin, dans une forme attestée par plusieurs sources dis- tinctes et donc probablement exacte. Il est en soi banal". -- 3) Gildon Le nom de Gildon" est clairement bâti sur la racine libyque GLD, aguellid - chef ou roi, ce qui montre le rang social qu'il était, dès la naissance, destiné à occuper dans la hiérarchie tradi- tionnelle. Pendant la guerre, il combattit dans le camp romain et fit ensuite une ascension remarquée jusque dans l'entourage immé- diat de l'empereur d'Occident". -- 4) Mascezel Les noms de Mascezel et de Mazuca commencent par le préfixe li- byque Mas - qui inclut une notion de pouvoir et/ou de protection. Mascezel doit être décomposé en: Mas-Kezel «maître Kezel». Kezel montre une racine trilitère KZL tout à fait possible en berbère Ce- pendant, Kezel pose un petit problème phonologique car une racine *KZL est peu probable: ce /y/ sonore médian est incompatible avec l'environnement sourd K-L: on attendrait plutôt *KSL (Aksil, Kocey- la) ou GZL (non moins intéressant: cf. l'ethnonyme Igezzulen/ Gezzoula, racine GZL - «être court»). Masceze123 commanda les Tyndenses et les Massinissenses contre Théodose l'Ancien. -- 5) Mazuca(n) Comme l'a noté M. Bénabou, l'orthographe Masauca, M'SWKN, se rencontre à plusieurs endroits: sur une inscription punique trouvée à Wadi el-Amud 24; sur des inscriptions puniques en caractères la- tins 25 (trois fois sous la forme Masauchan) 26; sous la forme Ma- zauca sur une inscription de Miliana commémorant un homonyme, ancien préfet des Mazices 27. La forme originale était probablement Mazucan, participe verbal à suffixe -n sur une racine MZK, le K pouvant correspondre aussi à un /y/ (gh) = «étant MZK». La forme latine Mazuca est tout à fait normale (de la même manière que le nom libyque MSNSN, Massinissan, se disait en latin Massi- nissa). Un lien avec le mot Mazigh est possible 28. Propriétaire probablement du Fundus Mazucanus, situé dans la vallée du Chélif 29. le Mazucan frère de Firmus fut particulièrement actif dans la prise et la mise à sac de la capitale provinciale, Caesa- rea, pendant l'hiver 3 7 1/2 3° . Il chercha refuge avec Firmus parmi les Isaflenses mais fut mortellement blessé et capturé par Théodo- se, qui envoya sa tête à Caesarea 31. -- 6) Dius Les deux noms suivants, ceux de Dius et de Cyria ne sont pas di- rectement classables d'un point de vue linguistique. D'une part ils ne sont cités qu'une fois par Ammien (on n'est donc pas à l'abri d'une déformation ou d'une erreur d'orthographe dans une source unique) et d'autre part ils ne sont apparemment pas libyques, du moins sous la forme qui nous est parvenue. Dius, frère de Firmus, commanda au début de la guerre les Tyndenses et les Massinissen- ses, et fut battu par Théodose 32 . On ignore ce qu'il devint par la suite. -- 7) Cyria Le nom de Cyria ne semble pas berbère, au moins sous cette forme, mais plutôt grécisant, hypothèse plausible, surtout dans un milieu chrétien. Cependant, une forme /Kurya/ n'est pas impensa- ble en berbère. Les noms de femmes sont généralement plus opa- ques car souvent hypocoristiques/affectifs, ou «cosmopolites». Soeur de Firmus, elle mobilisa des troupes pour lui, à prix d'ar- gent 33. Nous ignorons son sort par la suite. Bien que ces noms aient pu être tirés vers le latin par la source d'Ammien Marcellin, pas moins de quatre cognomina sont certaine- ment libyques, un seul latin (précisément celui du révolté Firmus), et deux d'origine incertaine (Dius et Cyria). Sur les quatre noms li- byques, trois comportent des notions de pouvoir et/ou de protec- tion (GLD, Mas-). On peut y voir la confirmation du rôle dirigeant de la famille dans la région. Lors de la révolte de Firmus contre Rome, les enfants de Nu- bel, quelle que soit l'origine de leur nom personnel, se situèrent dans l'un ou l'autre camp, c'est-à-dire qu'ils obéirent à des choix personnels.


  4 - La religion de Firmus et de ses frères


On dispose de quelques éléments sur la religion de plusieurs mem- bres de la famille 34, même si, curieusement, la dédicace du praedium/praesidium de Sammac 35 , essentiellement politique, ne ----------- Tableau donne aucun indice religieux (pas d'allusion païenne, pas de chrisme, pas d'allusion chrétienne). Firmus fut un protecteur reconnu du donatisme 36. Lors de sa révolte, il trouva une compréhension certaine jusqu'au sein de l'épis- copat schismatique. Aux dires de saint Augustin, l'évêque donatiste de Rusuccuru lui ouvrit même les portes de sa ville moyennant la vie sauve pour lui et les siens 37. On sait par ailleurs que Firmus aida les Donatistes et Maximianistes à persécuter les Rogatistes qui, au- tour de Rogatus, évêque de Cartennas (Ténès), avaient quitté le schisme pour former une groupe à part 38 et traitaient leurs anciens amis de Firmiani 39. Il s'agissait certes d'une manoeuvre politique qui permettait de les discréditer aux yeux de l'autorité romaine, en place ou restaurée, mais elle était certainement fondée. Si nous ignorons sa position religieuse lors de la révolte de Fir- mus, Gildon, devenu comte d'Afrique en 385, favorisa les Donatistes autour d'Optat de Timgad au point qu'Augustin les qualifie Gildonis satelletes et ce dernier de Gildonianus 40. Ils furent en retour répri- més après sa mort, avec par exemple l'exécution d'Optat 4 '. Mascezel fut un chrétien zélé 42, catholique et non donatiste 43. Même si les renseignements manquent pour certains de ses membres, on peut penser que la famille était entièrement chré- tienne 44. A l'exception de Mascezel, qui semble avoir été catho- lique, les enfants de Nubel pour lequel ce détail est connu adhé- raient au donatisme, secte chrétienne d'ailleurs majoritaire en Césa- rienne au ive et au début du ve siècle. En anticipant sur l'analyse des causes de la révolte, on peut penser que la religion y tint un certain rôle, dans la mesure où Romanus, comte d'Afrique, se de- vait de pourchasser les Donatistes en exécution des édits impé- riaux 45, et où les Donatistes persécutés ne pouvaient que recher- cher l'appui des révoltés.


  5 - Qui était l'héritier légitime de Nubel ?


On tire en général du texte d'Ammien Marcellin une généalogie simple dans laquelle tous les enfants de Nubel sont mis sur le mê- me plan. Il convient en fait de mettre en valeur une petite incise du texte d'Ammien longtemps restée inaperçue : «Nubel, en quittant la vie, laissa des fils légitimes et des fils nés de concubines» 46. Bien que probablement chrétien, si l'on en juge par la religion de ses en- fants, Nubel était polygame, vieille tradition libyque que n'avait pu éliminer la christianisation certaine de toute la famille. Ses enfants étaient donc de statut différent. Si Ammien cite ce détail dans la première phrase de son récit, c'est parce qu'il était important pour la suite de son exposé. Nous y voyons une clef pour la compréhen- sion des événements. Elle est au coeur du sujet, en présentant direc- tement l'origine du conflit: le sort différent réservé dans la succes- sion de Nubel à ses enfants légitimes ou non. D'ailleurs Ammien précise aussitôt: «ce qui provoqua discordes et guerres». La règle libyque pour la transmission du pouvoir semble avoir été en principe agnatique à l'origine, mais à partir de Massinissa, la tendance fut à une transmission héréditaire au fils ainé et légi- time 47. Ceci apparaît nettement dans plusieurs cas, et notamment celui de la succession de Micipsa. Le roi avait deux fils légitimes, Adherbal et Hiempsal 48. Son frère, Mastanabal avait laissé deux fils. Gauda, faible d'esprit et malade, était hors de cause 49; l'autre, Jugurtha, ne pouvait accéder au trône parce qu'issu d'une concu- bine 5°. Impressionné par la bravoure de Jugurtha au siège de Nu- mance (133 avant J.-C.)", Scipion Emilien demanda à Micipsa d'adopter son neveu pour qu'il puisse lui aussi lui succéder 52. Dès lors, une question se pose: Qui de Sammac ou de Firmus était l'héritier légitime? Il n'y a que deux solutions: a) Firmus héritier légitime? On verrait mal que Firmus, s'il avait été le fils aîné et légitime de Nubel, n'ait pas hérité du pouvoir de son père. Cette solution a été explorée en détail par D. Lengrand qui en est arrivé de ma- nière tout à fait logique à une solution fort peu vraisemblable dans laquelle Sammac se serait mis dans la clientèle de Romanus pour compenser sa bâtardise, et dans laquelle il se serait vanté dans la dédicace de son fundus d'arrêter des guerres tribales qu'il aurait lui-même suscitées 53. b) Sammac héritier légitime? Sammac était directement lié au comte d'Afrique Romanus, dont il était probablement client'''. C'est entre ses mains, sur la dédicace de son praedium/praesidium", que nous retrouvons l'in- fluence et le pouvoir hérités de son père. En conséquence, c'était sans doute, au moins pour nous, l'héritier légitime. Dans ce sens, on comprend mieux que son ambitieux demi-frère Firmus l'ait as- sassiné pour récupérer le pouvoir. De même, on comprend mieux la réaction vive du comte Romanus devant l'assassinat de l'un de ses principaux auxiliaires, un rouage essentiel pour le contrôle de la Maurétanie césarienne. Il ne s'agissait pas d'une simple querelle de succession au sein d'une tribu maure, mais bien d'un conflit qui touchait directement l'administration romaine de la province sur un point particulièrement sensible: l'encadrement des tribus.


  6 - Gildon et la famille impériale, Mascezel et le pouvoir


Une idée supplémentaire du statut social de la famille peut être donnée en replaçant Gildon dans un contexte familial très particu- lier, celui de la famille de l'empereur Théodose. Le nom libyque de Gildon 56, le fait d'être le frère du révolté Firmus, ne l'empêcha pas de faire une remarquable ascension dans la hiérarchie romaine, au point de devenir vers 385 comte d'Afrique, la première autorité dans une région importante de l'Empire, vitale notamment pour l'approvisionnement de Rome 57, et d'approcher ui-même de très près l'empereur. Ses liens avec la famille impériale ont été récemment soulignés par F. Chausson". Sa fille Salvina fut donnée en mariage par Théodose ier, à Nebridius 59, fils d'un préfet du prétoire d'Orient et de la soeur d'Aelia Flaccilla, épouse de l'em- pereur 6°. Jérôme, qui la cite deux fois 6i , la considérait comme de très haute noblesse (coniugem nobilissimam) 62. Gildon a donc évolué une vingtaine d'années après la révolte de son frère dans un milieu de très hauts personnages appartenant à l'entourage immédiat de l'empereur dont il était même devenu parent par alliance compte tenu du mariage de sa fille. Feignant de se rallier à l'empereur de la partie orientale de l'Empire (Arcadius), Gildon interrompit l'annone à l'automne 396. Son frère Mascezel, qui avait eu vent de l'intention de coup d'É- tat, se réfugia en Italie, et Gildon fit exécuter ses deux fils. Gildon fut battu en 398 par un corps expéditionnaire, commandé par son frère Mascezel, et exécuté. Le parcours de Mascezel lui-même fut également remarquable. Après la défaite de Firmus, dont à l'origine il avait embrassé le parti, il avait obtenu le pardon de Rome dans des conditions in- connues, sans doute par l'intermédiaire de Gildon. Il parcourut par la suite une carrière enviable dans l'armée romaine, au point d'être choisi en 398 par Stilicon, le vrai maître du pouvoir, pour aller soumettre son propre frère Gildon 63. Un moment considérée comme une sorte d'otage en Italie pen- dant la révolte de son père en Afrique 64, Salvina, nièce de Firmus, le révolté châtié en 375, et fille de Gildon, le révolté vaincu de 398, resta proche de la famille impériale, au point que vers 400 l'empereur caressait ses deux enfants en bas âge et que l'impératri- ce les faisait sauter sur ses genoux 65. ----------- Image Fig. Le lien familial de Gildon avec la famille impériale. Nous en arrivons à plusieurs conclusions: 1. Nubel faisait partie de la haute administration provinciale ro- maine, par et pour laquelle il était chargé de l'encadrement des tri- bus, compte tenu sans doute de son origine autochtone. 2. Son fils légitime Sammac hérita de sa fonction et de sa posi- tion. 3. Son fils illégitime Firmus tua son demi-frère pour récupérer ce pouvoir. 4. Au moment de la révolte de Firmus, ses frères et soeurs se par- tagèrent en fonction de critères personnels, et non de critères eth- niques ou religieux. 5. La fidélité de Gildon à Rome lors de la révolte de Firmus lui permit d'une part de sauver son frère Mascezel et d'autre part de progresser dans la hiérarchie romaine jusqu'au niveau le plus élevé de l'Empire. Nous pouvons ajouter que si Romanus ne s'était pas formalisé outre mesure de l'assassinat de Sammac, la révolte de Firmus n'au- rait peut-être pas eu lieu et la Césarienne n'aurait pas été dévastée. Vu du côté de l'Empire, outre sa corruption qui était loin d'être exceptionnelle, Romanus avait commis une faute politique majeure qui rendait inéluctable sa mise à l'écart.