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L'ancienne Kabylie

Source : Elyasmine AGGOUNI    

  RÉSUMÉS


La Kabylie a été témoin du passage de diverses civilisations à travers les âges, laissant derrière elle un héritage, traces archéologiques et historiques.
Parmi ces périodes historiques, on trouve la période romaine. Après la chute de Carthage, Rome s'empara de son territoire et commença à étendre son influence en conquérant le reste de l'Afrique du Nord.
Une fois cette conquête achevée, Rome subdivisa l'espace nouvellement conquis en provinces, dans le but de mieux les administrer.
À cette époque, la région de Kabylie faisait partie de la province de Maurétanie Césarienne, et se situait au nord-est.
Cette époque romaine commença à laisser son empreinte dans la région de l'actuelle Kabylie.
La période romaine, marquée par d'importants bouleversements politiques, sociaux et culturels dans la région, et dans notre époque actuelle.
La Kabylie est divisée en petite, grande, haute et basse Kabylie, cette division ayant été établie pendant la période française, la colonisation, même si, géographiquement parlant, il s'agit d'un ensemble de montagnes.


  I - INTRODUCTION



La Kabylie unconnue, une riche et fascinante histoire au cours de l'Antiquité.
Pendent des milliers d'années, cette région a été habitée par des peuples autochtones, qui ont vu se succéder de nombreux civilisations et cultures différentes.
Alors on va explorer l'origine du terme "kabyle".
Ensuite, nous dépeindrons le cadre géographique de la Kabylie.
Cette région a été subdivisée en deux appellations par l'armée française : la Petite Kabylie, également connue sous le nom de Kabylie des Babors, et la Grande Kabylie, également appelée Kabylie du Djurdjura.
Ca facilite notre explication de lalocalisation géographique de la région à la fois dans l'Antiquité et dans le contexte actuel, tout en détaillant son climat et son réseau hydrographique.
Comprendre ces aspects est essentiel pour appréhender l'histoire de cette région de manière approfondie.
Et en passant par un aperçu historique de la Kabylie en évoquant les périodes libyco-puniques, les royaumes berbères et la période romaine.
Il est essentiel de comprendre les influences qui ont façonné cette région pour apprécier pleinement son histoire, en suite la période des royaumes berbères, qui a connu un déclin avec l'assassinat de "Ptolémée" par "Caligula".
Enfin, nous évoquerons la période romaine, marquée par d'importants bouleversements politiques, sociaux et culturels dans la région.
Et on parlera des tribus de la Kabylie durant l'Antiquité.



1. Étymologie du mot "Kabyles" :

1.1. Origine phénicienne

L'étymologie du mot "Kabyles" une origine phénicienne "Baal" est un nom générique de divinités syriennes, et K, dans la langue hébraïque, sert à lier les deux termes d'une comparaison (k-Baal, comme les adorateurs de Baal).
Daumas et Fabar rejettent cette étymologie, d'après eux il n'y a pas suffisamment de preuves pour le prouver.
On ne trouve le nom "Kbal" qu'une seule fois dans les écrits d'Hérodote, appliqué à quelques tribus de la Cyrénaïque, mais il n'y a pas d'autres mentions dans les documents historiques sur les Maurétanies.


1.2. Origine romaine

Les Romains utilisaient le nom "Mons Ferratus" pour désigner le Djurjura, et "Quinque Gentii" correspondant aux habitants de la région environnante.
Ce terme signifie « les cinq nations » ou « les cinq tribus ».
Selon "Si Amar Boulifa" le mot Quinquégentie nétait un surnom qui était appliqué à n'importe quel groupe de cinq peuplades, c'était un vocable ordinaire exprimant l'idée de collectivité, l'idée de nombre, mais nullement un terme ethnique, un nom particulier propre à une famille, une tribu, ou une confédération dont les membres descendraient de même ancêtre.
La tradition kabyle assure que le premier habitant de Djurdjura était un géant qui avait cinq enfants, tous des garçons.
Devenus grands et mariés, ils devinrent bientôt père et chef des familles, en pleine prospérité vinrent s'ajouter de nouveau groupement de familles moins importantes.
Ce fut ainsi que chacune des cinq familles primitives donna, avec son nom, naissance à une tribu et les cinq tribus réunies formèrent plus tard la confédération des Zouaouas.
C'est cette collectivité formé par les cinq tribus qui, pour défendre sa liberté, lutta longtemps contre la domination des Romains.
Selon lui Le vocable «quinquégentiens» ne serait donc qu'un emprunt fait à la légende des montagnards.
Selon nous, le mot « Kabylie », qui signifie « tribus », remonte à l'époque romaine et même bien avant et pourrait être étroitement lié au nom "Quinquegentien".
Il est important de noter que le mot "Kabylie" n'est pas considéré comme étant la diachronie (évolution linguistique) de "Quinquegentien".
Cependant, les deux termes, "Kabylie" et "Quinquegentien", partagent une signification similaire liée à l'idée de tribus.
Ils sont donc étroitement liés sur le plan sémantique.
Les tribus de cette région se sont autogérées et ont maintenu une organisation tribale depuis longtemps.
Elles ont toujours été autonomes, même à l'époque des royaumes berbères.
Ce qui a conduit les colonisateurs romains et arabes à utiliser des termes que "Kabylie" ou "Quinquegentien" pour décrire cette réalité tribale.
Ainsi, bien que les termes eux-mêmes puissent avoir des origines différentes (arabe et latin), ils incorporent tous les deux le sens de "tribu" et font référence à l'organisation tribale de la région.


1.3 Origine arabe

"Daumas" et "Fabar" affirment que l'origine du nom "Kabylie" se trouve probablement dans la langue arabe.
Selon eux, les racines possibles sont Kuebila (tribu), Kabel (accepter) ou Kobel (être devant).
La première racine pourrait s'expliquer par l'organisation des Kabyles en tribus fédérées.
La seconde racine pourrait être offerte à leur conversion à l'Islam, considérée comme une stratégie pour se protéger des violences des conquérants arabes.
Enfin, la troisième racine serait plausible car elle indique que les Kabyles étaient les habitants originaux de la région et ont été repoussés dans les montagnes après les conquêtes successives de la plaine par les vainqueurs


  II - Périodelibyco-punique


Le peuple maure fait partie d'un grand groupe ethnique appelé Libyens, Le nom "Libyens" a été mentionné pour la première fois dans des écrits égyptiens, sous les formes "RBW" ou "LBW", qui pourraient être une variante de "Lébou" ou "Libou". Les Hébreux ont également utilisé ce terme sous la forme de "Lubium". Ce nom a été transmis par la suite par les Grecs et les Romains à travers les siècles. (YAHIAOUI, 2003, p. 21)les auteurs Grecs et Romains ont utilisé les termes "Libye", "Libyens" et "Libyques" pour désigner la région de l'Afrique. septentrionale. Homère, l'un de ces auteurs, Homère, a utilisé le terme "Libye" dans "l'Odyssée"Il a écrit :"et la Libye, où les agnelets ont des cornes dès leur naissance; car les brebis ont des petits trois fois au cours d'une année; là ni le maître ni le berger ne sont jamais à court de fromage, de viandes, de lait doux; tout au long de l'an les brebis s'offrent à la traite". (Homére, 1934, p. 45) Les conflits entre Carthage et les Grecs ont été la principale source de connaissances sur les territoires de l'Afrique du Nord. Avant cette période, peu d'auteurs avaient pris la peine de décrire cette région, (YAHIAOUI, 2003, p. 21) ne faisait pas partie de la Kabylie. Au cours de la période de la civilisation carthaginoise, l'une des premières civilisations de l'Antiquité à régner surtout le bassin méditerranéen, la Kabylie a été considérée comme une zone importante pour le commerce, les nombreuses populations du «Mons Ferratus» durant, dès l'antiquité, étant recherchées par le trafic carthaginois : par mer ou par terre, la Kabylie devait, en échange de ses fruits, de ses essences et peut-être aussi de ses richesses minérales, recevoir librement de Carthage ce qui lui manquait : armes, étoffes et outils de toutes sortes. (BOULIFA, 1925, p. 4). Depuis longtemps, les négociants phéniciens, puis puniques, ont entretenu des relations, principalement commerciales, avec la population libyque le long de la côte La première mention historique apparaît au Ve siècle avant J.-C. dans le "Périple de Scylax", rédigé vers 415 avant J.-C., Qui fait référence au toponyme "Sida", une ancienne forme de Saldae (Béjaïa). (LAPORTE J.-P. , 2004, p. 4001). Comme les avantages mutuels que ces relations apportaient étaient considérables, l'installation de points d'échange organisés et permanents est devenue rapidement indispensable. Les Phéniciens ont établi des comptoirs dans tout le nord de l’Afrique, y compris sur la côte kabyle, permettant ainsi au Djurdjura de découvrir les bienfaits d'une des plus anciennes civilisations de l'Antiquité, à savoir la civilisation punique. Grâce à sa position sur la route occidentale et sa proximité de Carthage, la Kabylie a rapidement été dotée de ports, dont les plus importants étaient Chullu (Collo), Idjildjili (Jijel), Saldae (Béjaïa) et Rusgunae (Cap Matifou). Des comptoirs de second ordre ont également été établis entre Béjaïa et Matifou, dont Rusuccurus (Dellys) , Ruspisir (Taksebt) et Rusazus (Azeffoun), qui étaient principalement responsables de l'approvisionnement du Djurdjura. Le nom de ces ports, ainsi que d'autres ports, témoignent de l'influence des Phéniciens en Kabylie. La linguistique, éclairée par l'épigraphie, explique que ces noms sont un mélange de termes kabyles et phéniciens, reflétant une influence culturelle partagée entre les deux peuples. (BOULIFA, 1925, pp. 5-7) Par exemple le nom de Rusuccuru (Dellys), n’est qu’un composé redondant du mot phénicien rus et du mot Kabyle aqeru qui ont tous deux une signification identique, (BIBESCO, (1829-1971), p. 869) à savoir "tête". La stèle bilingue libyque et néo-punique de Cissi (Cap Djinet) (fig.n°01)est également un vestige qui témoigne de cette influence. Les rares noms connus pour l'intérieur des terres sont exclusivement libyques, notamment ceux des trois grands fleuves : la Nasavath (Soummam), l'Addyma (Sebaou) et l'Usar ou Serbétès (Isser). (LAPORTE J.-P. , 2004, p. 4001) À Dellys, la découverte d'une petite monnaie d'or datant de 320 à 300avant J.-C., émise par la Carthage punique, constitue le vestige datable le plus ancien de toute la région. Les villes côtières étaient fortement influencées par la culture punique. Igilgili a révélé une nécropole de style punique, avec des fosses et des caveaux creusés dans la roche. Cependant, non loin de là, la vie libyque suivait son cours. La région côtière de la Kabylie du Djurdjura a révélé plusieurs monuments mégalithiques d'un type unique dans le reste du Maghreb :de longues allées couvertes signalées à Ibahrissen, la pointe Ksila, Aït Raouna et peut-être à Takdempt, près de Dellys. Aït Raouna offre les exemples les mieux connus. À la fin du IVe siècle et pendant le IIIe siècle avant J.-C., à seulement 10km de l'escale punique de Rusazus (Azeffoun), la population libyque enterrait les restes de ses défunts, qui étaient soit décharnés, soit incinérés, dans ces sépultures collectives. Leurs ossement s’étaient accompagnés de poteries ou de fragments de poteries pouvant contenir des offrandes alimentaires. Par mile millier de tessons découverts par J.-C. Musso dans les allées couvertes d'Aït Raouna, environ 60% étaient des poteries modelées à la main, de type "protohistorique" (encore attestées de nos jours), 30% étaient des poteries "communes" tournées, probablement d'origine nord-africaines et apportées par la mer. Le dixième restant était composé de céramiques "à vernis noir" (appelées "campaniennes"),témoignant des échanges commerciaux maritimes puniques à plus longue distance. Cette composition reflète la culture locale, qui est restée globalement fidèle à ses traditions et à ses pratiques toute n’étant ouverte aux échanges méditerranéens. (LAPORTE J.-P. , 2004, p. 4001)L'influence punique a réussi à s'étendre jusqu'aux régions intérieures, pénétrant même au cœur des peuplements locaux. En plus de Tubusuptu (Tiklat), qui se trouvait relativement proche de la côte, on peut constater la présence de l'élément phénicien à Auzia (Sour El Ghozlane). Cette empreinte est confirmée par plusieurs inscriptions, mais c'est à Auzia que cette influence se fait particulièrement remarquer. On y trouve une fréquence assez marquée de noms d'origine punique, notamment dans les inscriptions telles que C.I.L., VIII, 9085,9102, 9 1 0 5 , 9106,9111, 9120, 9146, 20778, 20787, 20795,20799. (MESNAGE, 1913, p. 26) Vers la fin du IIIe siècle avant J.-C., il semble que les principales villes côtières étaient directement contrôlées par Carthage. Cela est corroboré par la découverte d'un trésor extraordinaire enfoui à Béjaïa vers 210 avant J.- C., pendant la seconde guerre punique (219 à 201 avant J.-C.). Ce trésor, composé de près de 3 000 pièces de monnaie, est entièrement punique, ce qui suggère à cette époque le contrôle direct de Carthage sur la ville. Il est probable que Béjaïa ait été entraînée dans le conflit, tout comme d'autres villes du Metagonium qui étaient soumises à Carthage et auraient probablement fourni des soldats en réponse à l'appel d'Hannibal. (LAPORTE J.- P. , 2004, p. 4001)



Fig. No 01- Stèle bilingue (libyque et néo-punique) de Cissi (Cap Djinet).       Voir Fig. 01  


  III - Période des royaumes berbères


À l’époque des guerres puniques, la Kabylie se confondait à l'intérieur des grands royaumes berbères qui y avaient pris part. Les historiens anciens ne parlaient de ces royaumes qu'à l'occasion de l'histoire de Rome et de Carthage. (ADLI, 2004, p. 21)Le géographe Strabon rapporte que le territoire des Maurusii est suivi par celui des Masasylii, qui s'étend du fleuve Malochath jusqu'au cap Trêtum, qui est une limite commune entre les Masæsylii et les Masyliai. (STRABON, 1880, p. 475) Ces trois royaumes berbères sont également connus sous les noms de Royaume des Maures, de Masaessyli et de Massyli. Ces deux derniers royaumes ont participé aux guerres puniques qui ont éclaté entre Rome et Carthage. La défaite de Carthage dans la deuxième guerre punique, a permis aux royaumes maures et numides qui contrôlaient déjà l'intérieur de la région de prendre le contrôle de la côte. Les Kabylies se trouvaient entre le royaume de Masaessyle de Syphax (région de Siga) et celui de Massyle de Gaia (région de Cirta). Elles ont probablement été conquises par Syphax lorsque ce dernier a conquis le royaume Massyle, puis par Massinissa lorsqu'il a triomphé grâce à l'aide de Rome. (LAPORTE J.-P. , 2004, p. 4002) Ce dirigeant du royaume de Numidie, est reconnu par les historiens Polybe et Strabon pour avoir réussi à sédentariser certaines de ses tribus nomades et à les convertir en tribus agricoles. Cet exploit a duré presque cent ans, sous le règne de "Massinissa" et de son fils "Micipsa", qui ont tous deux régné en tant que rois indépendants, mais avec une alliance étroite avec Rome. La révolte de "Jugurtha" a transformé Rome d'un allié en suzerain, ce qui a entraîné l'annexion de la Numidie occidentale avec le Mont-de-Fer à la Maurétanie. Sous le gouvernement de "Bocchus", qui ouvre la série des rois vassaux. (BIBESCO, (1829-1971), p. 872). À la mort de Bocchus II, roi de Maurétanie, en 33, Rome prit le contrôle de cette province sans pour autant procéder à une annexion officielle. En ce qui concerne les Kabylies, Octave fonda quatre colonies. Sur la côte, Igilgili (Jijel), Saldae (Béjaïa) et rusazus (azzefoun) et à l'intérieur , à une trentaine de kilomètres de Béjaïa, dans la vallée de la Soummam, Tubsuptu (Tiklat). Quant à la Maurétanie, dont faisaient partie les Kabylies, Auguste désigna Juba II comme roi. Juba II se passionnait pour les arts et la littérature. Ayant été éduqué à Rome, il maîtrisait le latin, le grec et le punique. Sa femme, Séléné, fille d'Antoine et de Cléopâtre, avait également été élevée à Rome. Malheureusement, peu d'informations subsistent concernant ses nombreux écrits. Il embellit sa capitale, qu'il baptisa Caesarea en l'honneur de l'empereur. (DESSOMMES, 1964, p. 13). Cependant, les tribus Maurétaniennes n'ont pas accepté les rois esclaves et ont fini par se rebeller contre Juba en l'an 6 de notre ère, puis contre Ptolémée en l'an 17. C'est à ce moment-là que les annales latines ont mentionné pour la première fois les montagnes du Djurdjura comme un lieu de révolte menée par le Numide Tacfarinas. Ptolémée fils de Juba II fut le dernier roi autochtone. Caligula l'a fait exécuter par caprice. En réponse à cela, l'affranchi Aedemon a tenté de venger Ptolémée en soulevant la Maurétanie et en appelant les barbares à combattre. (BIBESCO, (1829-1971), pp. 872-874). Deux trésors trouvés l’un à Cap Djinet (Cissi) et l’autre à Dellys (Rusuccuru), témoignent de la participation de la région à cette aventure. L’empereur Claude fit écraser la révolte et transforma la Maurétanie en province romaine (LAPORTE J.-P. , 2004, p. 4004) en l'an 40. La Maurétanie a ensuite été divisée en deux provinces distinctes, la Tingitane à l'ouest et la Césarienne à l'est, et le Mont-de-Fer est devenu une partie de la Maurétanie Césarienne. (BIBESCO, (1829-1971), p. 874). Il est difficile de savoir dans quelle mesure les royaumes maures et numides ont réellement contrôlé la région, car leur pouvoir était basé sur les allégeances tribales plutôt que sur la domination territoriale. Les vestiges de cette période ne sont pas clairement datés, mais une stèle libyque découverte à Kerfa la montre un chef massyle qualifié de GLDMṢK (LAPORTE J.-P. , 2004, p. 4002), chef (de tribu ?) en pleine région masaessyle. Cette stèle fait partie d'une série de stèles datables des trois derniers siècles avant notre ère, trouvées autour de la vallée du Sebaou et résumées en quelque sorte par la stèle d'Abizar (Fig. n° 02). Les stèles de la Kabylie du Djurdjura représentent un ensemble unique dans leur homogénéité stylistique et culturelle. Elles montrent des chefs coiffés d'un turban et portant une barbe en pointe, chevauchant de petits chevaux, armés de javelines et se protégeant d'un petit bouclier, armement de chasse mais également utilisé en temps de guerre. Les peintures libyques découvertes sur les masses de grès éparses sur la chaîne côtière, au nord du Djurdjura, datent probablement de la même époque. Ces peintures, ainsi que les multiples inscriptions peintes de la grotte d'Ifigha, ne montrent aucune lettre punique ou latine. (LAPORTE J.-P. , 2004, p. 4002)



Fig. No 02 : stèle d’Abizar.       Voir Fig. 02  


  IV - Période romaine


Avec la chute de Carthage en 146 avant J.-C, l'influence punique diminua au profit de celle de Rome, qui devenait de plus en plus présente dans les échanges commerciaux avec les villes de la côte. Pourtant, certaines villes continuaient à émettre des monnaies où leur nom était écrit en lettres puniques plutôt qu'en lettres latines ou libyques. Le punique restait donc une langue de culture. Les villes de Saldae et Rusuccuru notamment émirent des monnaies de ce type. Une inscription néo-punique découverte fortuitement à Cap Djinet (Cissi) concerne un certain DRK ‘DNB’ L’habitant de KSY(Cissi), dont le nom, Derku Adonibaal, allie une partie libyque et une partie punique, ce qui montre l'interpénétration des deux cultures. (LAPORTE J.-P. , 2004, p. 4003) De 33 à 25, la Maurétanie est gouvernée sans être annexée officiellement par deux préfets romains, Octave y fonde une douzaine decolonies (CORNEVIN, 1967, p. 146) dont quatre sur le territoire de Kabylie ; trois sur la cote : Igilgili(Jijel), saldae (Béjaïa) et Rusazu (Azzefoun), et Tubusuptu (Tiklat) àl’intérieur du pays. La chute de Carthage a permis à Rome d’occuper les cotes kabyles tandis que la défaite de Jugurtha lui ouvrit l’intérieur du pays. Si le littoral constitua une colonie, et si les pleines permirent à l’élément latin d’absorber l’élément autochtone, il resta dans les montagnes kabyles des populations importantes qui subissaient les lois du nouveau conquérant sans se laisser dominer par lui. A cette époque les montagnes de Kabylie étaient les plus peuplées de l’Afrique du nord. (ADLI, 2004, pp. 21-22) Après avoir été intégrée successivement à la Massaessylie de Syphax, à la Numidie de Massinissa et à la Maurétanie de Bocchus, la Kabylie est finalement devenue une province de la Maurétanie césarienne en l'an 40après J.-C. (BIBESCO, (1829-1971), p. 874) Pendant le règne de Dioclétien, les divisions administratives de l'Empire romain ont été réorganisées, y compris en Afrique, ces réorganisations ont été effectuées par Maximien aux alentours de l'an296. Il a divisé l'Afrique en sept provinces distinctes, dont une, la Tingitane, a été rattachée à l'Hispanie. Les six autres provinces Nommément la Césarienne, la Sitifienne, la Numidie, l'Afrique proconsulaire, la Byzacène et la Tripolitaine, ont été regroupées en un diocèse d'Afrique, sous la supervision de la préfecture du prétoire d'Italie. A cette époque où les Maurétanies Sétifienne et Césarienne furent créées, la région qui s'étendait de l' Amsaga à Saldae appartenait à la Maurétanie Sétifienne, tandis que la région de Saldae à la Malua (Moulouïa) était à la Maurétanie césarienne. (AVEZAC, 1844, p. 259) Toute fois, il convient de préciser que depuis cette période, la petite Kabylie et une petite partie de la Grande Kabylie est incluse dans la province de la Maurétanie Sitifienne, tandis que le reste de la Grande Kabylie appartenait à celle de la Césarienne, tandis que Chullu faisait partie de la province de Numidie (Cte. n°01).



Carte No 01 : Géographie des Kabylies dans l’antiquité.       Voir Carte 01  


  V - Les tribus de Kabylie dans l’Antiquité

5.1 Tribus de Grande Kabylie

La table Peutingérienne révèle que les anciennes tribus de la Grande Kabylie étaient appelées Nababes, tandis que Pline les appelait Nabades. Selon Ptolémée, il y avait des Nabathres au nord du pays des Cirtésiens. (BURBRUGGER, 1853, p. 4) Une inscription (CIL)montre qu’elle se trouvait entre l'Isser et la Grande Kabylie. (MESNAGE, 1913, p. 50) "Elhicus", qui décrivait la partie centrale de la côte algérienne, place les Quinquegentiani entre Saldae (Béjaïa) et Rusuccuru (Dellis), qui étaient en réalitéles Nababes sous un nom plus moderne. Plus précisément, ils étaient une désignation purement politique appliquée à une confédération de cinq tribus. "J. Honorius", dans une énumération qui semble faite de l'Est à l'Ouest, nomme ces Quinquegentiani entre les Fluminenses et les Bostreenses. Il est possible que les Fluminensiens soient les habitants de la vallée du Sahel, et que les Bostreens soient des Berbères Botr, dont une fraction, sous le nom de Louata, se trouvait encore au temps d'IbnKaldoun. L'anonyme de Ravenne place entre Saldae et le municipe de Rusazus, la cité (civitas) de Quintas, dont le nom rappelle assez celui des Quinquegentiani, sur le terrain des quels notre auteur indique son emplacement. Il résulte de tous ces passages que les Quinquégentiens habitaient le territoire de la Grande Kabylie, et qu'ilsétaient les mêmes que les Nababes, ou du moins, qu'ils vivaient sur le même terrain. (BURBRUGGER, 1853, pp. 4-5) Cependant, "Julien Orator" mentionne que les Abenni, qui habitaient sur le versant des Montes Caparii, avaient pour voisins les Quinquegentiani, les Masices, les Baouares et les Massyliens. Les Abenni avaient également les Ethiopiens très près d'eux, ce qui suggère que les Quinquegentiani étaient situés plus au sud, loin du littoral. Cette difficulté peut être résolue en considérant que le mot "Quinquegentiani" Signifie confédération de cinq tribus, peut avoir été appliqué à différentes peuplades. (BURBRUGGER, 1853, p. 5). Les Baniouri d'après "Ptolémée", étaient situés à l'est des Makkhourebi, une tribu que Pline (Macurebi) séparait des Nababes par le fleuve Usar (peut-être l'Oued Isser) et des Toulensii situés autour de Castellum Tulei (Diar Mami). Les Baniouri étaient également situés au nord des Makhoures. Il est probable que cette tribu fasse partie de la région côtière de la Grande Kabylie ou peut-être de la vallée de la Soummam. Il est possible qu'à la fin du IIe siècle, les Baniouri aient fait partie des Quinquegentiani. Toutefois, il est important de les distinguer clairement des Baiurae, Baniures et Bantourarii de l'Ouest algérois, même si les noms semblent apparentés. En outre, il est à se demander si les noms Baniouri, Baiurae et Baniures ne sont pas apparentés à celui des Wannûgha, une tribu qui s'étendait selon "Ibn Khaldoun", entre Miliana et les Bibans, "Iulius Honorius" mentionne les Barzufulitani après les Feratenses et avant les Fluminenses et les Quinquegentiani, toutes des tribus de Grande Kabylie. La recension Bajoute les Rusuccenses, qui sont situés à Rusuccuru, entre les Feratenses et les Barzufulitani. Bien que certains aient proposé un lien entre Barsuuli, une ville en Tingitane, peut-être à l'est de Volubilis, et les Barzufulitani, cela semble peu probable. De même, il est difficile d'établir un lien avec les Beni Berzal d'"IbnKhaldoun" ou les Oua-Zerual de "Léon l'Africain". Les Barzufulitani sont probablement une tribu de Grande Kabylie située près de la mer. (DESANGES, 1962, pp. 45-46) Les Feratenses sont les habitants du mont Ferratus, situé près de Tubusuptu, au nord de la route reliant Saldae-Tigisi-Rusuccuru. Ils sont mentionnés entre les Begguenses et les Barzufulitani. Les Fluminenses sont cités juste après les Feratenses et les Barzufulitani, et juste avant les Quinquegentiani. Ils semblent avoir vécu dans la Grande Kabylie, et leur nom a été rapproché de celui des BeniIloumi, mentionnés par "IbnKhaldoun", bienque cela soit une ressemblance phonétique approximative. (DESANGES, 1962, p. 51) Les Isaflenses habitant un pays âpre, d'accès difficile, et où les rebelles trouvaient un sûr refuge après la défaite (CAT, 1891, p. 72), mentionné par "Ammien Marcellin" à plusieurs reprises, mais leur emplacement exact reste incertain. Il a été suggéré que leur nom était lié à celui des flissa ou Iflissen. Si cette hypothèse est correcte et que leur emplacement géographique n'a pas trop changé au fil des siècles, on pourrait les situer approximativement entre l'Isser et Tigzirt, Les Rusuccenses ont été cités par "Iulius Honorius" à proximité des Feratenses, une communauté vivant sur le mons Ferratus. Toutefois, le nom Rusuccenses correspond plutôt aux habitants de la région de Rusuccuru, qui se situe probablement à Dellys. (DESANGES, 1962, pp. 56-68) Les Tyndense sont été mentionnés par "Ammien Mercellin" à proximité de Tupusuptu et des Masinissenses. Ils semblent être une tribu montagneuse du Djurdjura. (DESANGES, 1962, p. 71) Les Incampenses étaient installés dans la basse vallée de l'Oued Serbetes (Isser) en grande Kabylie (DESSOMMES, 1964, p. 38)


5.2 Tribus de Petite Kabylie

En Petite Kabylie se trouvaient les Zimizes (DESSOMMES, 1964, p. 37) (CIL)que la Table de Peutinger place entre Rusicade (Skikda) et Igilgili (Jijel) et qu'une inscription de128 nous montre arrivant jusqu'aux portes de cette dernière ville. (MESNAGE, 1913, p. 60)cettetribu avait pour voisins, au sud et sud-est, les Ucutumani dans la vallée supérieure de l'Amsaga (Oued el Kebir), ainsi que les Gedalusii au sud-ouest (DESSOMMES, 1964, pp. 37-38) qui devait se trouver entre Saldæ (Béjaïa) et Choba (Ziama). (MESNAGE, 1913, p. 60) Dans la basse vallée de la Navasath (Soummam) et dans les régions limitrophes en allant du nord au sud, on rencontrait les Massinissenses (DESSOMMES, 1964, p. 38) qui se trouvaient à l’Est de la Soummam plus précisément dans les M'sisna ou Imsisen. "Ammien Marcellin" mentionne les Iubalena, une tribu qui habitait des hautes montagnes comportant des gorges et des passages escarpés, probablement située dans la région des Bibans. Ils pourraient être liés aux Gebalusii des Babors. Certain sont émis l'hypothèse que leur nom était plutôt Nubaleni, car Nubel, père de Firmus, était originaire de leur peuple, mais cette supposition est incertaine. (DESANGES, 1962, pp. 56-61) La Table de Peutinger semble désigner une tribu sous le nom de Nagmus, indiqué au Nord d'une ligne Cuicul (Djemila), Tucca finesafricae et mauretaniae, Igilgili (Jijel), c'est-à-dire en fait au N.-W. de Cuicul (Djemila). On en a souvent rapproché le nom de l'actuel Djebel Nagmous (Actug), au milieu de la tribu des M'sisna, sur la rive droite de la Soummam. Selon la Table de Peutinger, les Musoni sont situés entre Sétif (Sitifis) et les monts Hodna, tandis que Ptolémée mentionne les Moukouni entre les Toulensii à l'ouest et les Khitouae au nord, à proximité de l'Amsaga et des Koidamosii. Bien que cette indication soit approximative, elle semble indiquer que les Moukouni sont une tribu du sud des Babors, étant donné que Ptolémée les place au sud des Makhoures. Il est possible qu'il y ait un lien entre les Moukouni et les Musoni, mentionnés par la Table de Peutinger entre Sétif et les monts du Hodna. (DESANGES, 1962, pp. 64-66) Les Isalensens ont été cités par "Ammien Marcellin" en rapport avec Auzia (Sour El Ghozlane). Ce sont sans doute des montagnards habitants les massifs voisins d' Auzia. (DESANGES, 1962, pp. 55-56) Les Bavares selon G. Camps se divisaient en deux confédérations : l'une établie dans les montagnes du Tell- Oranien, tandis que l'autre vivait dans le massif des Babors et pratiquait une forme de trans human ce montagnarde à petite échelle tout en étant sédentaire. (CAMPS, 1955, p. 280) Les Fraxinens, P. Salama a proposé de les situer à l’est d’Auzia, dans les monts de l’Ouennougha (DESANGES, 1998, p. 19), François Dessomes avance l'idée que les Fraxinenses pourraient avoir résidé au sud du Djurdjura. Les Ait Fraoucen, se trouvant au nord, suggèrent que la tribu a peut-être migré géographiquement. Une hypothèse plus plausible considère les Fraxinenses comme un regroupement de personnes sous l'égide du chef Faraxen, plutôt que comme une tribu à part entière. (DESSOMMES, 1964, p. 40) Nous avons essayé de reproduire l’ensemble de ces tribus sur la carte suivante :

Carte No 02 : Localisation des tribus Kabyles durant l’antiquité.       Voir Carte 02  


  VI - CONCLUSION



Nous avons exploré dans cet article l'étymologie du mot "Kabyles" à travers différentes théories, y compris son origine phénicienne, romaine et arabe.
Bien que les origines exactes restent sujettes à débat, il est clair que le terme "Kabylie" est intimement lié à l'idée de tribus, reflétant l'organisation tribale ancienne de la région.
Egalement nous avons examiné le cadre géographique de la Kabylie, localisant cette région géographiquement durant l'Antiquité.
Nous avons constaté que le climat sec actuel était déjà présent à cette époque.
La présence de citernes et de réservoirs près des ruines romaines ne témoigne pas de l'abondance d'eau, mais de sa rareté précieuse, incitant à une utilisation prudente.
Dans les régions où l'eau était abondante, comme la Kabylie, les Romains ont construit moins d'aqueducs, de citernes et de réservoirs.
Ce qui indique que cette région était bien arrosée durant l'Antiquité.
Nous avons également observé que de nombreux noms de montagnes en Petite Kabylie ont conservé leurs noms antiques, tels que le Mont Anini et le mont Matrona.
Cette région a été le témoin du passage de plusieurs civilisations au fil de l'histoire, notamment la civilisation libyco-punique, les royaumes berbères, et la civilisation romaine.
La Kabylie a occupé une place centrale dans l'intérêt de nombreuses civilisations antiques en raison de sa position stratégique le long de la côte méditerranéenne.
Les Phénicien sont établi des comptoirs commerciaux dans cette zone, ce qui a grandement contribué à l'influence punique dans la région.
Par la suite, la Kabylie est devenue intégrée à l'Empire romain, avec l'établissement de colonies romaines le long de la côte et à l'intérieur des terres.
À la fin, nous avons découvert les noms des tribus qui ont existé dans cette région durant l'Antiquité.
On constate que diverses tribus étaient présentes dans cette région, et une grande partie de notre connaissance sur ces tribus provient d'historiens anciens tels qu'Ammien Marcellin, Julius Honorius et Julien l'Orateur, qui ont préservé les noms de ces tribus à travers leurs écrits.