X

Les origines des Kabyles

d'après les écrits consacrés à la Kabylie
par les anthropologues français
au 19ème siècle

Source : Naim Boumegoura    

CV :

Les Français ont consacré plusieurs écrits sur l'Algérie et son peuple, que ce soit avant ou après l'occupation, dans le but de les dominer. Dans cet article sur va essayer de traiter une question primordiale, celle des origines des Kabyles à travers l'étude des écrits établis par les Français au 19 ème siècle sur la Kabylie afin d'en extraire quelques idées sur notre passé et notre histoire pour comprendre la spécificité de la société algérienne dans son ensemble et dans ses particularités.


Introduction

La question des origines est une question primordiale, elle touche plusieurs champs d'investigations qu'ils soient historiques, anthropologique, sociologique, économique voire même politique.
Elle constitue l'un des piliers fondamentaux des sociétés contemporaines qui sont à la recherche de leurs identités, de leurs cultures et de leurs histoires afin de les déterminer et de les partager avec toute l'humanité.

Le Nord Africain reste un champ d'enquête vierge même de nos jours jusqu'au point où l'on peut se poser des questions dans tous les domaines.
La question des origines prend une place centrale au sein des travaux de recherche réalisés par des (chercheurs) qui s'intéressentun ce sujet soit à l'échelle interne ou externe.

A partir de cette question –des origines- on peut (isoler) un domaine socioculturel qui aborde l'identité (le soi et l'autre), la spécificité…etc. ne pas le mais de décrire, d'expliquer et de comprendre une réalité ambiguë à cause des finalités politiques et idéologiques qui (visent) l'exclusion ou/et l'inclusion de ce terrain varié.

Parmi les travaux réalisés autour de ce sujet on peut citer les écrits des Français au 19ème siècle qui traitent tous les aspects de cette région d'une manière profonde et détaillée.
Ils se sont intéressés à cette question (dans) le but de conquérir les peuples autochtones d'une manière générale et la Kabylie en particulier.

Les Kabyles font partie des composantes du tissu social de l'Algérie.
Les Français s'intéressent aux Kabyles et leur contrée pour des raisons objectives et subjectives.
Bien que leurs écrits restent des références essentielles pour comprendre le déroulement des événements historiques, socioéconomiques, politiques et culturelles de cette époque.

Dans cet article, on va présenter la question des origines des Kabyles selon les travaux réalisés par les Français au 19ème siècle.
On essayera d'exposer en détail toutes les informations disponibles qui concernent les Habitants de cette contrée.


I. Les origines des berbères

L'Afrique du nord est peuplée depuis plusieurs millénaires, et la question qui se pose n'est pas de savoir quand elle a été peuplée, mais par qui ? On va traiter la question des origines des berbères selon les écrits des français au 19 ème siècle, ces derniers constituant des ressources très importantes pour rassembler des informations autour de ce sujet et les discuter avec les autres soit dans le monde scientifique, culturel ou autres.

Les Français, entre autres, présentent leurs réflexions concernant ce sujet avec détail et examen minutieux.
Les faits historiques et légendaires restent toujours un élément essentiel pour la constitution de ces réflexions.
Pour eux « l'Algérie ne constitue pas un domaine ethnographique à part…, elle forme une des divisions artificielles que les circonstances politiques ont tracées dans cette grande région que nous appelions autrefois « Etats barbaresques » et à laquelle les Arabes continuer à donner aujourd'hui le nom du Maghreb.

Cependant, depuis 1830, l'occupation française a modifiée dans une certaine mesure les conditions d'existence des quatre races ou sous-races qui peuplaient l'Algérie et leur à déjà donné une physionomie particulière qui les différencie légèrement de celles du Maroc et de la Tunisie.
En outre, il se forme sous le nom d'Algériens une race nouvelle chez laquelle les caractères spéciaux apportés par chacun des éléments d'origine latine qui la compose ».

Selon l'étude ethnographique, on trouve en Algérie « les éléments suivants :

    1° les Berbères.
    2° les Berbères Arabisés.
    3° les Arabes,
    4° les Algériens,
    5° les Juifs.

Quant aux Nègres et Couloughlis, métis issus de Turcs et de femmes indigènes, ils sont très peu nombreux et ne méritent pas une mention spéciale ».
L'auteur a essayé même de chiffrer la population selon ses composantes.
Ici on va essayer de s'intéresser au premier composant de la société algérienne selon la classification élaborée par les Français.

La question des origines des berbères est un fait objet de recherche pour plusieurs auteurs : historiens, hommes politiques, des militaires et autres. De nos jours il y a plusieurs recherches réalisées sur cette question ce qui prouve qu'elle n'a pas été résolue et ouvre les portes sur plusieurs suppositions et suggestions d'autres interprétations. Bien qu'elle reste toujours un problème posé, cette thématique ne donne pas une réponse précise et exacte même pour les populations autochtones car « Leurs généalogistes eux-mêmes confessent que l'origine des Africains est un problème très complexe et presque insoluble »

Pour les Français la question se pose toujours autour de l'origine des hommes qu'ont habité cette région, « ultérieurement-ils de l'occident à travers le 5 détroit nouveau creusé par l'océan ? Sortis de l'Asie, comme toutes nos races européennes actuelles, avaient-ils gagné, à travers l'Égypte et les plages sablonneuses de la grande Syrte, la Berbérie raffermie sur ses bases ; ou bien enfin, issue de l'ancien continent africain,avaient-ils poursuivis jusqu'au delà du désert la mer qui les avait fui ? »

La thématique des origines des berbères soulève des questions sur leur identité, leur histoire et leur existence au sein de l'Algérie qui a connu plusieurs invasions au cours de son histoire.
Ces questions nous permettent de dévoiler la réalité sur ce sujet à travers les éléments suivants.


1 - Le nom berbère

Le nom berbère est le nom donné à la population de l'Afrique du Nord, ce nom est inconnu par les Grecques et les Romains.
C'est les Arabes qui l'ont utilisé les premiers
Ce nom est utilisé par les historiens pour designer « toutes les peuplades qu'Hérodote, Strabon, Pomponius Mela, Pline, Ptolémée, Procope, Corippus, et les inscriptions,avaient toujours désignées par des noms plongeurs : Libyens, Mazices, Afri, Massyles, Massésyles, Gétules, Numides, Maures, Musulans, Bavarès, Ketama, Quinquégentans, Louata.
Les Arabes avaient cru sans doute rencontrer dans le Sous El Adna, où ni les armées romaines ni le christianisme n'avaient pénétré, les représentants les plus purs d'une race indigène, et ce nom de Berbères auquel on peut donner le sens de Balbutiant, murmurant des sons intelligibles leur paraissait bien convenir à des peuplades dont ils ne comprenait pas les dialectes »
Ibn Khaldoun confirme également cette hypothèse sur l'origine de cette appellation qui a une relation avec la langue parlée qui ressemble aux cris des lions

D'un autre point de vue, ils ont confirmé que le nom Berbère a une relation avec l'appellation. Barbare lancé par les Grecs et les Romains sur les autres peuplades qui n'appartenaient pas à leur civilisation (n'ont pas ni la même langue ni la même religion)

On peut dire que la dénomination Berbères a une relation directe avec la langue parlée ou le langage utilisé par les Habitants du Nord-africain. Ce langage est différent, distinctif, il joue un rôle de premier plan dans la protection et la préservation de l'identité berbère.


2 - La race berbère

La question de la race est parmi les questions qui constituent l'identité, elle trouve ses racines. dans plusieurs facteurs morphologiques, linguistiques, historiques et même dans la religion et le mode de vie des habitants.

En ce qui concerne les berbères, nous n'avons pas une réponse ou une théorie solide ou cohérente mais nous avons des suppositions et des hypothèses en état de concurrence et de dialogue pour les confirmer ou les infirmer en vue d'introduire ou de conclure certaines réponses précises et judicieuses.

Pour commencer, on peut dire quela race berbère trouve ses origines dans les flux migratoires des peuples qui se sont déplacés vers le Nord-africain pour plusieurs raisons (guerre ou invasion, commerce, découverte…etc.).

Les auteurs français confirment que « les anciens ne nous ont transmis aucun document précis sur les populations qui, à l'origine, ont peuplé l'Algérie. Au dire de Salluste, le Nord de l'Afrique aurait été d'abord habité par deux races aborigènes : les Gétules et les Lybiens. Plus tard, les Gétules auraient fait alliance avec les Mèdes et les Perses venus à la suite d'Hercule et, de la fusion de ces deux éléments, l'un, autochtone, l'autre, asiatique, serait né les Numides, dont les Berbères actuels seraient les représentants ».

Pour Ibn Khaldoun les berbères sont les « enfants de Canaan, fils de Cham, fils de Noé, leur Aïeul se nomme Mazigh ; leurs frères étaient les Gérséens (Akrikch), les philistins, enfants de Balushim, fils de Misraïm, fils de Cham, étaient leurs parents. Le roi, chez eux, portait le titre de Djalout (Goliath) ».

Bien qu'Ibn Khaldoun constitue une référence importante pour les Français ; ils cherchent à minimiser cette importance par la dénégation de ses suppositions mettant l'accent sur l'originalité des Berbères et leur race indo-européenne.

Cette présentation montre que la dénomination de berbères est réservée « 1° à la partie des courses libyennes qui n'étaient ni égyptiennes, ni éthiopiennes, 2° à la partie des races barbaresques et sahariennes qui ne sont ni nègres ni arabes ». C'est « un peuple encore extrêmement composé, mais il ne semble pas possible de reconnaître les premiers et cependant les principaux facteurs ».

Sans mentionner tous les détails historiques et légendaires on peut présenter les origines de la course berbère dans ce schéma :







La généalogie de la race berbère est fondée sur plusieurs critères, on peut les regrouper comme costume : La langue, la morphologie, le territoire ou la géographie, les coutumes et les traditions, la religion…etc.

A ce moment là, on peut déduire que la race berbère est variée parce qu'elle regroupe plusieurs peuplades qui partagent la même langue ; la même religion (avec ses conférences), et qui se différencient par leur morphologie et leur mode de vie, on peut trouver les Kabyles, les Chaouites, les Mouzabites, les Chalhites, les Znatas, les Touaregs…etc. Ces appellations sont liées à des territoires bien précis où on peut les trouver « dans la région montagneuse du Djurdjura, dans celle de l'Aurès, sur les plateaux de Chabkha, du Mzab et dans la dépression d'Ouargla ; plus loin, dans le désert, au pays des Touareg ».

Dans l'ensemble, les berbères représentent les premiers autochtones du Nord-africain, quoi qu'il en soit de leurs origines, ils ont peuplé cette région et ont constitué une civilisation propre et différente qui était la résultante de ce contact avec plusieurs civilisations, que ce soit avec le dialogue ou par le conflit. Ces rapports caractérisent la région et ses habitants par des traits et des attributs spécifiques qui les rendent différents des autres peuples.


II. Les Kabyles

Les Kabyles sont les habitants d'une contrée précise et un territoire bien déterminé, de Dellys à Colo et d'Aumale à Sétif, cette précision est fondée sur l'élément linguistique. Ils ont confirmé qu'ils « ne parlent qu'une seule et même langue, celle des Libyens… mais leurs visages sont tellement différents qu’il est presque impossible de deviner quels ont été leurs pères ». Donc, la question des origines se pose de façon insistante et pressante car elle s’articule autour de plusieurs éléments identiques. La réponse à cette question exige aux chercheurs de se référer aux écrits anciens et historiques qui constituent, même de nos jours, une source riche et essentielle pour l’explication et la compréhension du déroulement des faits historique.

On peut signaler que l’origine des Kabyles reste ambigüe, elle est très obscure car « le Germain s’y heurte au Romain, le Chananéen à l’Indou et à l’Arabe.Ils forment tous ensemble une section bien nette, une tâche isolée dans l’Afrique du Nord, et cependant ils n’ont pas de nom. Nous faisons comme les Arabes, nous les appelons les ligues « Qebaîl » parce que ce sont leurs ligues, les plus puissantes, qui ont d’abord tenu tête à nos soldats, et de là chacun d’eux est dit « Qebaîli », ligueur, ils ont, eux-mêmes, adopté cette dénomination bizarre et étrangère ».

A partir de là, on va se référer aux écrits des Français pour donner un aperçu précis sur ce sujet qui regroupe la dénomination et la genèse de la généalogie des Kabyles.


1 - La dénomination Kabyle

Les Français ont exclu tous les sens étymologiques désignés par les anciens, qu’ils soient présenté par les phéniciens ou par Hérodote. Par contre, ils n’ont trouvé aucune trace sur le sens du mot Kabyle chez les successeurs surtout les Romains. Le mot Kabyle et Kabylie trouvent leurs racines dans la langue arabe qui détermine trois racines pivotantes, « Kuebila : tribu, Kabel : il a accepté, Kabel : devant. La première s’expliquerait par l’organisation même des Kabyles en tribus fédérées. La seconde par leur conversion à l’Islam. Vaincus et refoulés, ils n’auraient eu, comme tant de peuples, aucune autre ressource, pour se soustraire aux violences du vainqueur, que d’embrasser sa religion. Ils auraient accepté le Koran (Coran). La troisième n’est pas moins plausible. En appelant les Kabyles ses devanciers, l’Arabe aurait seulement constaté un fait en harmonie avec toutes les traditions, et conforme d’ailleurs au génie de l’histoire qui nous montre toujours les autochtones, puis les races vaincues, refoulées tour à tour dans les montagnes par suite des conquêtes successives de la plaine ».

A partir de ce sens, on trouve que l’appellation Kabyle et Kabylie est la forme européanisée de l’appellation arabe Qbaîl et Qabaîl. Bien que cette signification soit en contradiction avec le sens étymologique qui désigne la confédération ou l’agglomération ce qui ouvre la porte sur d’autres noms utilisés par les Kabyles eux-mêmes.

Les Français ont constaté que « les habitants de Jurjura ne se donnent pas le nom de Kabyles mais celui de *Imazighen* (au singulier Anzigh) ; c’est-à-dire les hommes libres ». Pour eux « cela est inexact ; ils se disent Gouaoua ou Zouaoua. Le mot « Imazighen » vint du Touareg « Amaher » au pluriel « Imohar », qui signifie pillard, et par extension, libre »

Malgré cette distinction, le nom Kabyle domine toutes les autres appellations soit chez les écrivains ou même chez les habitants autochtones ou les hommes des autres groupes sociaux, il désigne une contrée précise et ses habitants.

Dans l’ensemble, le nom Kabyle est adopté par les habitants d’une contrée précise celle de Djurdjura, c’est un territoire bien déterminé nommé la Kabylie, il commence à partir de Dellys jusqu’à Collo du côté littoral, et de Aumale à Sétif du côté de l’intérieur de l’Algérie. Ce nom garde toujours une relation directe avec deux autres appellations celle de berbère et celle d’amazighe.


2 - La généalogie des Kabyles

Les Français distinguent toujours deux races qui résident en Algérie celle des Kabyles qui constituent la population autochtone, les autres sont les arabes qui ont occupé le Nord-africain après leur invasion au 7 ème siècle. Ici le mot « Kabyles » regroupe aussi les autres composants des Berbères.

De l’autre côté, et comme on a signalé précédemment, le Kabyle est celui qui habite la Kabylie, une région montagneuse. Cette dernière représente le refuge naturel pour se protéger contre l’autre qui a toujours une vision de supériorité.

La question des origines de ce peuple reste en confusion car chacun des occupants de l’Afrique septentrionale cherche à les introduire dans une race précise pour réaliser ses propres finalités.

Pour déterminer la généalogie des Kabyles il faut chercher l’histoire disant que la genèse de la race Kabyle se situe dans l’enchainement des peuples qui sont venus à la région (voir figure ci- dessus) quelles que soient leurs objectifs.

Les Français citent la chronologie des civilisations qui avaient occupé la région d’une manière successive comme suit :





L’arrivée de ces civilisations a forcée les peuples autochtones à quitter leurs terres pour se protéger au sein des zones montagnardes. Bien qu’ils restent en contact avec ces arrivistes (occupants), ils n’ont jamais subi l’influence totale d’eux, c’est un contacte averti.Les Kabyles constituent pour eux les anciens indigènes après les Lybiens et les Gétules. Pour déterminer leurs origines, les Français ont soutenu la thèse qui européanise les Kabyles. Ils les ont lié avec les Vandales, les Gaules et les Celtes (24) . Cette thèse est fondée sur plusieurs données historiques, linguistiques, anthropologiques, morphologique…etc. Les autres thèses sont citées pour faire la comparaison et mettre l’accent sur les fondements de chaque thèse, dont le but de les dénier et refuser de reconnaitre leurs fondements afin de constituer et justifier les bases de leur thèse.

Dans l’ensemble, Le Kabyle est un homme attaché à ses origines surtout le sol et la langue. Il est marqué par son indépendance et sa liberté. Il acquit ces caractéristiques grâce à un contact « accidentel » avec les autres peuples où il ne reconnait pas l’autorité des autres sur lui et sur son territoire.

Conclusion

En bref, on peut regrouper les résultats de ces œuvres dans les points suivants :

•   « Les Kabyles ne sont autres que les Berbères ».
•   Leur race est européanisée (Ibères, Vandales, Celtes, Gaules).
•   Ils ne sont pas Numides car ils n’ont pas le caractère nomade.
•   La langue est le premier fondement de leur histoire et de leur Identité.
•   Leurs territoire est bien déterminé.
•   Leurs morphologie et leurs mode de vie sont différents des autres, en particulier les Arabes.
•   Parmi ses caractères on peut citer : l’attachement au sol, l’indépendance vis-à-vis de l’autre, Ils s’intéressent à l’immigration…etc.

Dans l’ensemble, ces travaux restent des références bibliographiques très intéressantes pour les chercheurs, on y extrait plusieurs données sur la réalité de cette contrée et de ses habitants, bien qu’on aille d’une manière calme et ouverte pour comprendre notre histoire, et la défendre d’une façon solide et efficace.

Finalement, l’Algérie constitue un terrain vierge et ouvert vis-à-vis de tous les changements qui arrivent dans l’avenir, parce que son histoire prouve qu’elle était un champ de rencontre et de diversité, qui manifeste plusieurs évènements historiques très importants pour comprendre la réalité sociale de notre peuple et de notre pays.