
Récits de Kabylie : Introduction
Depuis des temps immémoriaux, les hommes se font la
guerre : soif de pouvoir, rivalités entre nations, nécessités économiques, prosélytisme idéologique ou religieux...
La conquête de l’Algérie par les armes s’inscrit dans le courant expansionniste en vigueur dans l’Europe du XIX e siècle.
Difficile de comprendre de nos jours les ressorts profonds
justifiant l’implantation, à partir de 1830, d’une colonie de peuplement se réclamant de l’occident au cœur d’une population aux traditions orientales.
Conduite pour l’essentiel par la Monarchie de Juillet, la
conquête du pays sera longue et difficile et durera près de 30 ans ;
le bastion kabyle, peuplé de montagnards aux traditions démocratiques, retranchés dans leurs villages accrochés au sommet de montagnes escarpées, va résister vaillamment comme en témoigne
l’« Histoire du Chérif Bou Bar’la » . Un livre écrit en 1884 par le commandant Robin, chef du Bureau Arabe Divisionnaire d’Alger.
Le livre d’Émile Carrey, lui a été écrit à chaud. Un véritable
reportage de la campagne de 1857. Une campagne sans précédent
par son ampleur et les moyens mis en œuvre.
L’auteur de « Récits de Kabylie », un civil, accompagne durant l’été
1857 le corps expéditionnaire placé sous les ordres du Maréchal
Randon.
Celui-ci mesurant les difficultés à vaincre, ne lésine pas sur
les moyens : une armée de plus de 35 000 soldats (des professionnels et des autochtones) et construction au coeur du pays kabyle
d’une forteresse imposante et de sa route d’accès depuis à Tizi Ouzou.
Les guerriers kabyles retranchés dans leurs villages vont cependant résister farouchement à cette armada. Ils vont combattre
vaillamment avant de succomber et de passer sous les fourches
caudines du vainqueur.
Comme il est inconséquent de soumettre un peuple à moins
de vouloir l’intégrer dans la famille nationale, les conditions de la
conquête de 1857 ne pouvaient que conduire à plus ou moins brève
échéance à des insurrections.
La première, durement réprimée sera celle de 1871. La dernière une centaine d’années plus tard en 1954 débouchera sur
l’indépendance après une guerre inutile de 8 ans. La Kabylie rattachée à la Willaya III, sous la poigne de fer d’un de ses chefs, le Colonel Amirouche sera un des hauts lieux de lutte armée contre la
France.
En 1959, pour que l’armée redevienne maîtresse du terrain, il
faudra l’opération Jumelles, une répétition de la campagne de 1857
avec des moyens gigantesques en hommes et en matériel.
« Récits de Kabylie » passionnera non seulement les Algériens, mais tous les Français passionnés par l’histoire.
Quant à ceux qui ont fait la guerre d’Algérie notamment en
Grande Kabylie ils mesureront l’inanité de leur combat : les conditions de la conquête portaient en elles-mêmes les germes de
l’indépendance.
PREFACE
L'exactitude étant, selon moi, la première condition de toute publication historique, je crois devoir expliquer comment je suis à même de
raconter exactement la dernière campagne de Kabylie. Pendant un séjour de quelques semaines que je faisais à Alger,
pour santé, durant le dernier hiver, le gouverneur général de l'Algérie m'a autorisé à assister à l'expédition de Kabylie, qui devait se
faire au printemps.
Animé par le désir de voir une campagne militaire et un pays peu
connu, j'ai suivi l'expédition, depuis le premier jour jusqu'au dernier,
regardant tout de mon mieux, les hommes et les choses.
J'ai fait cette campagne de mon plein gré, sans mandat, ni mission
de personne : je n'y ai rien cherché qu'un nouvel horizon : je n'ai
rien demandé à en recueillir, que le juste salaire de mon travail,
c'est-à-dire les prix des ventes de ma publication, soit en articles,
soit en volume.
Quant à cette publication elle-même, entière liberté d'écrire m'a été
laissée : tous les renseignements que j'ai demandés, sans exception, m'ont été donnés : ma plume n'a été dirigée par aucunes
considérations de personnes, par aucun désir d'honneurs, ni de lucres : je regarde la vérité comme le premier devoir de l'écrivain : j'ai
de mon mieux, avant tout, accompli ce devoir.
Je puis m'être trompé souvent dans mes appréciations des hommes
et des faits : errare humanum est ; mais je n'ai écrit que ce que j'ai
cru être la vérité absolue de fond comme de forme, rendant fidèlement aux chefs, aux soldats, à l'ennemi, suun cuique, à chacun le
sien.
EMILE CARREY. Septembre 1857.
Source : xxxxxxxxxxxx.
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