
Oralité (Kabylie)
L’absence d’écriture a, en taqbaylit, stimulé une production culturelle riche de multiples formes littéraires orales tant en prose qu’en poésie.
En témoigne, en prose, l’abondance et la qualité des contes oraux que les mères ont transmis aux enfants, ainsi initiés à la vie sociale et à ses valeurs partagées afin d’en assurer la sécurité et la pérennité. Cette transmission orale grâce aux récits des contes a eu ainsi pour fonction d’enseigner à la fois un savoir partagé par tous, un mode d’appréhension du monde et un système de représentations à valeur symbolique.
La langue de ces récits est spécifique à l’oralité en prose, à la fois d’une grande simplicité et sobriété de l’énoncé certes, mais aussi d’une valeur sémantique appuyée en chacun de ses termes porteurs d’une telle charge que la seule nomination d’un acteur (tel tteryel « l’ogresse ») peut faire frémir l’auditoire de fortes significations concrètes et d’échos émotionnels.
Seul, le style narratif direct est employé en littérature orale, en une forme sophistiquée : des phrases courtes et une riche succession de verbes d’action lors des accélérations du récit, avec une structure construite en un système sémiologique particulier de ponctuation qui met en valeur son contenu. Les moments stratégiques du discours sont ainsi mis en relief dans un ensemble agencé en séquences grâce à une véritable ponctuation et l’emploi de mots-outils de l’oral, dont beaucoup de verbes de mouvement ou d’action, les nominations des personnages, des articulations et points forts du récit, sont des signaux qui, en des endroits stratégiques du discours, mettent l’auditeur en alerte ou le surprennent. Des formules connues encadrent le récit, l’initient puis le concluent, souvent versifiées et reconnues en connivence culturelle avec l’auditoire, en des séances théâtrales appréciées de tous.
En prose, existent différents genres. Ainsi les anciens mythes, plus ou moins apparentés au vieux fonds culturel méditerranéen, longtemps objets de croyance, évoquaient « la première mère du monde », comme aussi des mythes d’origine des êtres et des choses, quoique peu compatibles avec la religion musulmane. Encore en prose sont les contes plus ou moins « merveilleux », enseignés par les mères aux enfants, qui leur transmettent un savoir partagé par tous et un système de représentations à valeur symbolique, voulus instruments de consensus idéologique. Cependant, cette littérature peut être aussi un moyen d’action de la part de ceux ou celles, qui produisent et disent ces contes, pour qu’ils soient ainsi possiblement mis au service de la reproduction sociale ou, à l’inverse, de sa contestation.
D’autres expressions littéraires orales en prose peuvent rapporter des légendes, des récits d’animaux, d’autres hagiographiques, et certains peuvent être inspirés des Mille et Une Nuits, sans doute rapportés de la ville jusqu’au village par des voyageurs.
Existent aussi de multiples « formes courtes » : les Kabyles ne sont pas avares de dictons, proverbes, devinettes, jeux littéraires de formes poétiques élaborées et assonancées, aux rythmes et sonorités souvent recherchées...
Quant à la production versifiée poétique, dite et/ou chantée, les créations individuelles en sont multiples et mondialement appréciées désormais grâce à la diffusion par les médias à travers le monde entier, telles les chansons de certains poètes kabyles connues jusqu’au Japon ! Cependant que la production de sages et savants « maîtres de la parole », les imusnawen, est toujours appréciée. Beaucoup d’hommes surtout, mais de femmes aussi, s’expriment en diverses formes de poésie, dont le court asefru (isefra au pluriel) de trois strophes de trois vers, sur deux rimes, qui évoque le « sonnet » français. Les femmes ont aussi maintes occasions de chanter : berceuses, sauteuses, de fête, dont chants du henné de la mariée ou maintes autres réjouissances périodiques, dont souvent aussi, comme l’expression poétique masculine, en forme de joutes.
Il semblerait que l’oralité, jusqu’il y a peu de temps exclusive de tout écrit, ait de ce fait été d’une exceptionnelle prolificité et richesse, peut-être stimulée par sa spontanéité, de création et réception immédiate, directe, sans frein... Ces jeux culturels, souvent compétitifs, sont encore fort appréciés et constituent un précieux patrimoine particulièrement vivant, qui peut désormais se transmettre et se faire connaître plus largement par l’écrit ou les moyens audio-visuels.
La langue berbère, ou tamazight, est la langue autochtone de l'Afrique du Nord.
Elle regroupe un ensemble de dialectes (kabyle, chaoui, chleuh, touareg, etc.) parlés par plus de 45 millions de personnes à travers le Maghreb et le Sahara.
Écrite historiquement avec l'alphabet tifinagh, elle est aujourd'hui reconnue comme langue nationale en Algérie.
Variantes et Situation au Maghreb
Le terme "berbère" désigne en réalité une famille linguistique très unifiée sur le plan grammatical, bien qu'elle soit fragmentée en plusieurs parlers locaux.
• En Algérie : Le kabyle, le chaoui, le mozabite et le chenoui sont les principaux dialectes utilisés.
• Statut officiel : Le tamazight a été constitutionnalisé comme langue nationale en Algérie en 2002, puis reconnu dans la Constitution algérienne en 2016.
Écriture : Le Tifinagh
Le berbère utilise l'alphabet tifinagh, dont les origines remontent à l'Antiquité.
Cet alphabet a été standardisé sous une forme moderne (le néo-tifinagh) et est enseigné dans le système éducatif algérien.
Vocabulaire de base
Voici quelques expressions courantes en langue amazighe :
• Bonjour (comment vas-tu ?) : Azul, manzakin ? (Masculin) / Azul, manzakmin ? (Féminin)
• Comment t'appelles-tu ? : Mad ak ismn ? (Masculin) / Mad am ismn ? (Féminin)
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