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TAMURT - TAMAZGHA - TAMAZIGHT

 



Une autre spécificité kabyle : un islam peut-être trop patriotique pour être islamiste ?

En Kabylie, en effet, les islamistes, qu’il s’agisse du FIS (Front islamique du salut) ou des GIA (Groupes islamistes armés), ou encore aujourd’hui des GSPC (Groupes salafistes pour la prédication et le combat), n’ont guère recruté de partisans. On leur connaît cependant quelques refuges dans certains massifs isolés et peu peuplés (près de la côte et surtout dans les Petites Kabylies).

Ils ont aussi une influence dans certains secteurs de plaine dont les habitants furent autrefois à la solde des Turcs, et où il y eut aussi, au début du XXe siècle, comme en d’autres régions de l’Algérie, des foyers d’un mouvement de renouveau islamique (le réformisme, avec ses savants, les « oulémas »). Or, si la faiblesse des islamistes est une spécificité kabyle, c’est que, dans cette région, l’islam a revêtu une forme particulière : l’islam kabyle est maraboutique, confrérique, populaire et modéré.

Les religieux musulmans, les imrabden, « marabouts », sont ainsi nommés parce qu’ils se disent venus d’un ribat, « forteresse et monastère », aux frontières du monde musulman; en l’occurrence, pour les marabouts installés en Kabylie, de la Seguiet el-Hamra, dans le sud marocain.

Installés en Kabylie à dater du XVIe siècle, ils se prétendent arabes sinon même descendants du Prophète ( chorfa, au singulier chérif) ].
En Kabylie, les marabouts constituent une sorte d’aristocratie religieuse.
Établis dans tous les groupements tribaux, ils habitent des villages ou des quartiers de villages propres et ne se marient qu’entre eux.

Ils enseignent le Coran, sacralisent les cérémonies et les rites, et jouent souvent un rôle médiateur dans les conflits.
S’il s’en trouve qui abusent de leur autorité pour faire payer cher leur protection et se sont compromis avec l’autorité coloniale, certains autres jouissent d’une grande réputation de sagesse et de sainteté; c’est souvent le cas de ceux qui appartiennent à la confrérie de la Rahmaniya.

Cette confrérie (ou ordre religieux) est tout particulièrement influente et dominante en Kabylie, où ses principes égalitaires et démocratiques ont fait son succès.
Car l’islam prôné et pratiqué par la Rahmaniya accepte et intègre le sacré traditionnel kabyle, son culte des saints locaux; il adopte une expression fréquente en kabyle (chants, prières) et accueille les femmes parmi ses affiliés.

Surtout, la Rahmaniya a toujours prôné et pratiqué un islam patriotique qui, dès la conquête coloniale, a su prendre des engagements très nationalistes :
après que le fondateur de la confrérie (au XVIIIe siècle), Sidi Abderhamane bou Qobrin, se fut installé aux Aït Smaïl en Kabylie où sont encore sa zaouïa (« monastère et école ») et l’un de ses deux tombeaux, l’un de ses successeurs appela à résister à la conquête en 1857 et fut exilé.

Peu après, son remplaçant, un ouvrier du fer d’origine laïque [19], le cheikh Aheddad, a été en Kabylie le principal instigateur de la grande insurrection de 1871 contre l’occupation française.
Plus récemment encore, nombre de religieux de la confrérie, comme cheikh Tahar de Timliline, ont payé de leur vie leur sympathie pour les partisans de l’indépendance pendant la guerre de libération nationale.
Les islamistes reprochent cette forme particulière d’islam aux Kabyles en rejetant le maraboutisme, qui n’existait pas dans l’islam des origines.

Ils leur reprochent pareillement d’être trop francophones (conséquence de la scolarisation et de l’émigration), en les accusant d’être « du parti de la France », bien injustement pour eux qui ont toujours donné tant de preuves de leur patriotisme.
Quoi qu’il en soit, l’islam pratiqué par les Kabyles est, en accord avec leur idéologie égalitariste, aux antipodes du fondamentalisme universaliste et fascisant des intégristes musulmans, ce qui explique son absence parmi eux.

Les jeunes Kabyles se reconnaissent plus volontiers dans l’islam patriotique et démocratique de leurs pères, même si, aujourd’hui, leur ardeur religieuse est parfois attiédie et si leurs soucis sont devenus essentiellement politiques.




 

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