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TAMURT - TAMAZGHA - TAMAZIGHT

 



Les Kabyles sont d’abord des imesdourar « montagnards », ce dont ils sont fiers.
Tamourt leqbayl, le « pays des Kabyles » ou la « patrie kabyle » et la « terre kabyle » tout à la fois, à laquelle ses habitants sont très attachés, est en effet un ensemble montagneux, la Grande Kabylie, très densément peuplé (en moyenne 200 hab./km2) qui, à une cinquantaine de kilomètres à peine à l’est d’Alger, s’étend sur un peu plus de 200 km d’ouest en est et une centaine du nord au sud.
Je distingue ici de cette Grande Kabylie les « Petites Kabylies » qui lui font suite et comprennent, vers l’est, les massifs de Jijel, des Babors et, vers le sud, la région de Bordj Bou Arreridj, plus arabisés.
Et je considère que la région à l’ouest de Béjaïa fait partie de la Grande Kabylie.

Bordées au nord par la Méditerranée, les montagnes de la Grande Kabylie surplombent vers le sud, par la haute sierra calcaire du Djurdjura, la large vallée de l’oued Sahel-Soummam, qui rejoint, au nord, la côte méditerranéenne au port de Béjaïa.
Cette longue et large vallée fertile accueille les grandes voies de communication qui relient le centre de l’Algérie et sa capitale à toute sa région orientale (par les centres de Bouïra et d’El-Kseur), vers la ville de Constantine et au-delà vers la Tunisie.

Après avoir quitté Alger, et traversé, en une quarantaine de kilomètres, la partie orientale de la plaine de la Mitidja, l’autoroute de Tizi-Ouzou file droit vers l’est en franchissant, après Boudouaou, les portes de la Kabylie : c’est là, près du pont de l’Isser, un lieu stratégique où ont eu lieu maintes célèbres batailles et là où, plus récemment, les hommes au pouvoir à Alger établissent le « cordon sécuritaire »
qui fait barrage aux manifestations kabyles interdites à Alger, ainsi bloquées en Kabylie.
C’est là aussi, sur le pont même de l’oued Isser, que les gendarmes avaient empêché l’écrivain kabyle Mouloud Mammeri venant d’Alger de poursuivre jusqu’à Tizi-Ouzou, où il devait faire une conférence à l’université sur les poèmes kabyles anciens; c’est cette interdiction qui avait déclenché les émeutes du « printemps berbère » de 1980.
C’est encore en ces lieux que, le 8 août 2001, d’autres gendarmes ont stoppé la marche des jeunes Kabyles sur Alger.
Tout près de là, sur les collines, au col de Thénia, l’on découvre Tamourt leqbayl, le pays des Kabyles : des montagnes qui dominent de part et d’autre le bassin du fleuve Sebaou et de ses nombreux affluents, où se niche la capitale régionale de la Kabylie, Tizi-Ouzou (le « col des genêts »). Cette large et riche plaine du Sebaou sépare en effet la Grande Kabylie en deux parties.

Au nord, la Kabylie maritime est une chaîne côtière dont les sommets dépassent de peu 1 000 m ( 1 278 m au tamgout des Aït Jennad); son relief escarpé s’allonge
d’ouest en est et domine abruptement la Méditerranée par un rivage accidenté (avec les ports de Dellys, Tigzirt, Azefoun).

Au loin, vers le sud, l’horizon est fermé par la grande sierra calcaire du Djurdjura (Djerjer), appelée aussi par les Kabyles adrar budfel, la « montagne de la neige », dont le sommet, la pyramide de Lalla Khedidja (à 2308 m), domine le col de Tirourda qui permet de redescendre dans la vallée de la Soummam; enfin, au centre, entre le bassin du Sebaou et le Djurdjura, les hauteurs d’un massif ancien culminent à 1000 m à Larbaâ n’aït Iraten – anciennement Fort-National –,
où l’armée française avait, dès la conquête, construit une citadelle. Ces hauteurs, entaillées de profonds ravins où dévalent les torrents, sont disposées en un ensemble de longues digitations nord-sud qui descendent depuis les abords du Djurdjura, à une moyenne de 800 m d’altitude, en de longues croupes, chacune d’elles couronnée de nombreux villages et petites villes jalonnant les chemins des crêtes.
Les Kabyles appellent cet ensemble le massif Agawa, du nom que se donnent ses habitants : les Igawawen (au singulier : Agawa, devenu « Zouaoua » en arabe et « Zouave » en français).
La montagne adrar, dans sa diversité, occupe une place de choix dans les représentations des Kabyles, dans leur culture comme dans toute leur vie et leurs activités [Lacoste-Dujardin, 2000].
Alors que le Djurdjura est, pour eux, le domaine d’une nature sauvage, inhospitalière, résidence d’êtres surnaturels ou lieu de refuge de bandits, juste en dessous, la montagne moyenne est celle qui accueille et abrite les maisons des hommes.
Ils s’y concentrent en gros villages, perchés au-dessus des plaines, celles-ci certes fertiles et propres à la céréaliculture,
mais tout aussi dangereuses autrefois que la haute montagne, car à la merci d’incursions hostiles de cavaliers turcs.

Ce massif Agawa est la partie la plus densément peuplée de la Grande Kabylie; les villages s’y pressent, avec, autrefois, leurs maisons à toits de tuiles rondes et rouges, sur les crêtes de la montagne surpeuplée
– on compte environ 4 millions d’habitants en Grande Kabylie –, au point d’y atteindre plus de 200 hab./km2, ce qui n’a pas manqué d’étonner les premiers voyageurs stupéfaits de trouver,
juchés sur les montagnes, des « centres de population où le nombre d’habitants est dix fois supérieur aux chiffres des villages de la plaine » [Carette, 1848, t. II, p. 327]. Ce massif est aussi la partie la plus connue, et celle d’où sont venus jusqu’en France le plus grand nombre d’émigrants.




 

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