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Les communes, chargées de la gestion des déchets comme le stipule la Loi n°01-19 du 12 décembre 2001 relative à la gestion, au contrôle et à l'élimination des déchets, se sont données comme priorité d'évacuer les déchets de leurs lieux de production vers les lieux de stockage appropriés (décharges ou CET) et ce pour répondre aux exigences hygiéniques et environnementales. L'augmentation sans cesse des déchets en quantité et en qualité présente de véritables enjeux environnementaux, économiques et sociaux. Ces enjeux incluent, entre autres, la saturation des décharges et des CET, l'augmentation de la demande de service public de la collecte et par conséquent son coût, la pollution notamment visuelle qui altère l'attractivité des territoires et leurs images.

Face à l'importance du gisement des déchets valorisables, et à l'importance du taux de chômage, des initiatives locales de recyclage et de récupération des déchets se sont de plus en plus développées sur le territoire de notre étude empirique. En effet, Il ressort de cette enquête que les déchets plastiques sont les plus convoités à Tizi-Ouzou. Sur les 30 récupérateurs et recycleurs enquêtés 87% se spécialisent exclusivement dans la collecte, la récupération et le recyclage les déchets plastiques, dont 50% associent à la récupération des déchets plastiques d'autres déchets récupérables (déchets métaux ferreux et non ferreux).

D'après nos entretiens avec les récupérateurs et recycleurs, le choix des déchets plastiques est lié à plusieurs facteurs tels que: la disponibilité d'un potentiel important de déchets plastiques, la facilité de conditionnement (généralement stockés à ciel ouvert), un système d'approvisionnement territorialisé (les recycleurs s'approvisionnement essentiellement au niveau local), etc.

Ces activités de valorisation des déchets plastiques seront à la source de nouvelles logiques et dynamiques locales qui feront l'objet du point suivant.


  4.1. De l'organisation des activités de valorisation des déchets plastiques: acteurs et activités


Le recyclage des déchets plastiques n'est pas une activité aussi simple qu'elle ne paraît.

Cela est dû principalement à une grande diversité des matières plastiques, de techniques de traitement et d'acteurs y intervenant. A Tizi-Ouzou, la valorisation des déchets plastiques pratiquée est la valorisation dite mécanique ou matière, qui consiste à réutiliser les déchets plastiques avec une transformation minimale. La valorisation des déchets plastique regroupe les activités suivantes: la récupération, le recyclage proprement dit et la commercialisation. A cet effet, des circuits informels se sont alors mis en place, constituant des réseaux d'acteurs intervenant à plusieurs niveaux: la collecte, le tri et le stockage, la commercialisation et la transformation. Ces activités sont organisées sous forme d'un édifice pyramidal, comme le montre la figure N°2 en annexe.

La collecte des déchets plastiques est assurée par des collecteurs informels indépendants.

Dans les villages, cette activité est plutôt assurée par les associations de protection de l'environnement. Sur le plan opérationnel, la collecte est effectuée de deux manières. En milieu rural, les collecteurs font du porte-à-porte auprès des ménages, alors que dans les centres urbains, elle est pratiquée directement au niveau des dépôts de déchets ou des bacs à ordures. Les collecteurs sillonnent ainsi ces lieux très tôt le matin avant le passage des camions de collecte des déchets du service communal.

Il est important de noter que la récupération effectuée au niveau des décharges et du CET doté de centre de tri depuis 2017, est insignifiante du fait que les déchets plastiques sont contaminés par les autres déchets, en particulier par les déchets organiques. Deux entreprises seulement pratiquent la récupération des déchets au niveau du centre de tri du CET de Oued Falli, il s'agit d'une entreprise locale et une autre hors wilaya (de la wilaya de Bouira).

La seconde catégorie d'acteurs de cette filière correspond à des micro-entreprises, appelées des parcs de déchets (généralement informels), qui rachètent aux collecteurs tous les déchets recyclables, pas uniquement les déchets plastiques, déjà pré-triés. A ce niveau, les déchets plastiques seront triés en fonction de la couleur et du type de plastiques.

Après la collecte et le tri, vient l'opération de transformation. Une fois triés, les déchets plastiques seront achetés par les entreprises de transformation (les regénérateurs) spécialisées généralement dans un seul type de déchets: films plastiques, bouteilles en polyéthylène téréphtalate (PET), etc. C'est à ce niveau qu'intervient réellement le secteur formel.

La valorisation matière, pratiquée à Tizi-Ouzou, repose sur la technique de la régénération utilisée pour les thermoplastiques. Elle permet d'obtenir des matières secondaires sous forme de granulés, de poudre, de paillettes (en fonction de type de plastiques récupérés), destinées au recyclage ou à l'industrie en vue de remplacer les matières plastiques vierges. Techniquement, la régénération comprend le broyage, le lavage, granulation ou la transformation des déchets en matières premières secondaires.

Les régénérateurs utilisent une technologie légère, en disposant d'un broyeur pour traiter les plastiques rigides et d'un agglomérateur pour les plastiques souples. Cette activité s'opère en plusieurs étapes: tri, lavage, broyage, extrusion et granulation. La matière secondaire obtenue à base des déchets plastiques est vendue à des industriels situés hors wilaya. En effet, l'enquête a révélé que 75% des matières premières secondaires obtenues sont vendues hors wilaya de TiziOuzou ( Alger, Boumerdes, Blida, Setif, Bouira, Béjaia), contre 25% vendues au niveau de la wilaya à des entreprises de fabrication de sacs poubelles, de gaine électriques et de tuyaux, etc.


  4.2. Dominance des activités de récupération et du secteur informel


Il ressort de l'enquête que la valorisation des déchets plastiques dans la wilaya de TiziOuzou est dominée par des activités de récupération au détriment du recyclage. En effet, 80% des entreprises enquêtées pratiquent la récupération des déchets plastiques, contre seulement 20% qui se sont investies dans le recyclage.

Deux raisons principales sont à l'origine de cet état de fait. Premièrement, la complexité des matières plastiques fait appel de manière inéluctable à la maitrise d'une technologie adaptée, chose qui fait défaut sur le terrain d'étude. D'ailleurs, les équipements utilisés dans la récupération des déchets plastiques dans la wilaya en question sont purement artisanaux (broyeurs, laveuses, séchoirs, extrudeuses) et sont rares les récupérateurs disposant de chaine de tri mécanique, le tri des déchets se fait manuellement. Deuxièmement, l'absence de statistiques fiables sur le gisement de déchets plastiques valorisables, une donne élémentaire pour évaluer l'opportunité de l'investissement, constitue une entrave majeur au développement des activités de recyclage.

L'histoire nous enseigne qu'en situation de crise de l'économie formelle (collecte partiel des déchets, saturation des décharges, prolifération des dépôts sauvages illégaux des déchets, ...), des actions de proximité informelles se développement. En effet, à l'issue de cette enquête, force est de constater que la dynamique locale de valorisation des déchets plastiques dans la wilaya de Tizi-Ouzou, en particulier la récupération, est à 80% assurée par le secteur informel. Ce constat n'est pas nouveau, ni réservé au territoire en question. Des situations similaires sont relevées en Amérique Latine, au Maroc, en Egypte, au Mexique, etc.

D'après notre enquête, la récupération informelle implique de nombreux acteurs: les éboueurs du service communal, les récupérateurs ambulants qui font du porte-à-porte ou sillonnent des lieux de pré-collecte, ceux qui récupèrent sur le site des décharges et des CET, etc.; qui travaillent dans des conditions difficiles et avec une absence notoire de professionnalisme. Cela ne sera pas sans impact sur les conditions hygiéniques et sanitaires des récupérateurs, d'une part, sur la qualité des déchets plastiques récupérés, d'autres part.

Les effets économiques, sociaux et environnementaux du secteur informel sont contingents et ambigus. Sur le plan économique, la récupération informelle est un secteur pourvoyeur d'emplois. Selon le CNIS, le secteur informel en Algérie reste le premier générateur d'emplois dans la récupération des déchets avec environ 20000 emplois par an et un revenu moyen de 30000DA/mois. Les récupérateurs ambulants enquêtés à Tizi-Ouzou déclarent qu'ils exercent ce métier comme un emploi permanent. Il récupère en moyenne 40 à 60kg de déchets plastiques par jour, avec un revenu moyen de 30 000 à 35 000DA par mois.

De plus, la récupération informelle contribue à la réduction de la quantité des déchets plastiques à traiter par le service communal et à évacuer vers les CET et les décharges. Cela se traduit inévitablement par des coûts de gestion des déchets évités à la collectivité. Pour autant, certains récupérateurs revendiquent d'être payer en contre partie de ce service rendu à la collectivité, comme l'a déclaré un récupérateur enquêté :" En tant que recycleur, nous avons toujours revendiqué d'être payé pour notre service de récupération".

Il est admis que les récupérateurs informels pratiquent les activités de récupération des déchets plastiques dans un but purement lucratif, et cela au détriment parfois de leur santé. Les récupérateurs se préoccupent moins de leur santé et de la préservation de l'environnement que de capter le maximum de déchets plastiques valorisables. En effet, l'observation de terrain montre que les récupérateurs travaillent dans des conditions sanitaires et hygiéniques déplorables. Ils sont sans cesse exposés aux risques sanitaires majeurs, notamment ceux qui font de la récupération sur le site des décharges et des CET. Il convient de noter également que les déchets issus de la récupération sont abandonnés sur des dépôts illégaux pour ne pas payer les droits d'accès aux au CET d'ordre de 1000DA/tonnes.

Dans l'état actuel des choses où la valorisation des déchets plastiques est dominée par les activités de récupération (tri, collecte, transport et commercialisation) véhiculées par le secteur informel, les emplois créés sont, sans nul doute, loin d'être des emplois verts qui répondent aux objectifs économique, sociaux et environnementaux.


  4.3. La valorisation des déchets plastiques: une filière en gestation et en état embryonnaire


Cette enquête nous a révélé que certes des initiatives de plus en plus nombreuses se sont développées à Tizi-Ouzou dans domaine de la valorisation des déchets plastiques, mais elles restent embryonnaires. Plusieurs facteurs imbriqués sont à l'origine de cette situation: le caractère artisanal des activités de valorisation, l'absence de synergies entre les acteurs de cette filière, le gisement local des déchets plastiques mal et sous-exploités, la prédominance du secteur informel, etc.

Les pratiques de récupération et de recyclage des déchets plastiques sont artisanales. Les techniques utilisées sont relativement simples, des machines et outils peu couteux facilement accessibles sur le marché local, le personnel manque de professionnalisme. Le traitement reste alors rudimentaire: lavage, tri, découpage, sont manuelles. Rare les entreprises qui possèdent des tapis de tri mécanique. Sans équivoque, cela influence les conditions de travail des récupérateurs, et la qualité des déchets plastiques récupérés. 25 à 30% font l'objet de valorisation

Selon les estimations de la Direction de l'Environnement, la wilaya de Tizi-Ouzou génère 30 000 tonnes de déchets plastiques par an, et le taux de valorisation ne dépasse pas 25%. ainsi, le gisement des déchets plastiques générés à Tizi-Ouzou est sous-exploité. En effet, l’enquête nous a révélé que les récupérateurs sont davantage intéressés par les corps creux propres et homogènes, le PET et les films plastiques. De plus, ils préfèrent collecter les déchets plastiques auprès des secteurs industriels et commerciaux (la zone de dépôt du Sud Ouest et celle de Anar Amellal pour le film plastique et les petites entreprises).

Deux raisons principales peuvent justifier cette préférence. Premièrement, les déchets sont concentrés sur un nombre restreint de sites, contrairement aux déchets ménagers qui sont hétérogènes et dispersés ce qui rend par conséquent la collecte difficile et couteuse. Deuxièmement, les déchets industriels et commerciaux sont relativement plus propres et mieux identifiés que les déchets ménagers.

Pour ces mêmes raisons, la majorité des récupérateurs refusent de récupérer les déchets sur le site des décharges et des CET.

Les déchets plastiques exploités sont les déchets essentiellement d'emballages, or les plastiques sont présents dans de nombreux domaines: équipements électroniques, domaine d'automobile, bâtiments, agriculture, etc. Les déchets plastiques issus de ces secteurs s'avèrent difficiles à garantir du fait que ces applications sont destinées à des usages plus au moins longs.

Le marché de recyclage des déchets plastiques n’est pas suffisamment développé. Son estimation reste difficile du fait de la prédominance du secteur informel. D'ailleurs, sont rares les récupérateurs et recycleurs qui nous fournissent des statistiques fiables sur leurs activités.


  4.4. Valorisation des déchets plastiques, secteur pourvoyeur d'emplois et d'insertion sociale


De manière générale et en situation de crise, travailler dans le domaine des déchets est une activité de survie, comme témoigne un récupérateur enquêté: "je n’ai plus rien trouvé ; je n’ai que ça, comme boulot".

La récupération des déchets (le chiffonnage) n’est pas un phénomène nouveau, mais les données manquent pour le chiffrer. Bien qu’il n y ait pas de chiffres exactes, toutes les ressources consultées s’accordent à dire qu’en Algérie les activités de récupération et de recyclage de déchets ont pries de l’ampleur depuis le début des années 1990. Cela est, sans doute, lié à la dégradation des conditions de vie de la population et à la montée du chômage suite à la transition de l'économie nationale du système socialiste vers l'économie de marché entamée durant cette période. Pour pallier au problème du chômage et/ou au baisse des revenus, la récupération et le recyclage étaient des opportunités offertes. Autrement dit, ce sont des activités de "refuge".

D'ailleurs, la décision de commencer cette activité repose dans la plus part du temps sur un constat : absence d’autres possibilités de survie. Un enquêté déclare : « j’ai travaillé dans le bâtiment, mais après je n’ai rien trouvé », un autre ajoute: « ma retraite est insuffisante, alors j’ai décidé de faire ce travail, pour pouvoir vivre correctement ». A ce sujet, la valorisation des déchets (collecte, tri, recyclage, etc.) est considérée comme l'une des filières qui offrent un potentiel très significatif de création d'emplois (Ministère de l'Industrie, 2014). Encore une fois, la pratique de recyclage des déchets de manière générale dans la wilaya de Tizi-Ouzou s’est considérablement développée à partir des années 1990, suite à l’augmentation du taux de chômage et le potentiel important des déchets plastiques valorisables.

Les emplois créés touchent essentiellement la main d’œuvres non qualifiées (le ramassage des déchets, le tri, le nettoyage, le transport, etc.), et parfois la main d’œuvre infantile. Nous avons toujours tendance à considérer ces activités comme l'apanage des classes sociales marginalisées; toutefois, l'originalité de cette dynamique de valorisation des déchets plastiques à Tizi-Ouzou tient au fait que cette filière est investie même par des universitaires. En effet, lors de notre enquête, nous avons rencontré des universitaires (avocats, juristes, ingénieurs, …) versés dans cette filière, essentiellement dans le recyclage. Paradoxalement, à croire que ce secteur est mal vue, certains récupérateurs et recycleurs déclarent de ne pas trouver d'ouvriers à embaucher; de plus rare les jeunes qui acceptent d'y travailler à long terme.

Concrètement, la filière de la valorisation des déchets représente, sans équivoque, une source potentielle de création d'emplois. A titre d’illustration, selon l’Agence Nationale d'Appui et de Développement de l'Entreprenariat (ANADE, ex ANSEJ), agence de Tizi-Ouzou, 143 emplois ont été créés, à la fin de 2018 dans le cadre de la récupération et de la transformation primaire des matières plastiques, à Tizi-Ouzou. Cela représente 24% des emplois créés dans le domaine de la gestion de l’environnement (voir le tableau n°1 en annexe).

Etant donné que 75% des déchets plastiques récupérés sont vendus hors wilaya pour le recyclage, comme nous l'avons souligné précédemment, les emplois issus de cette activité susceptibles d'être créés au niveau local seront ainsi délocalisés vers d'autres wilayas du pays.

Dans cet ordre d'idées, d'après notre enquête, 90% de PET récupérés sous forme de paillettes (issus de la récupération des bouteilles en PET) sont vendus hors willaya (wilaya de Sétif,, de Mila, de Batna, de Bourdj Bou Arriridj, D'Alger, ...). Quant aux granules de plastiques (PEHD, PP et PEBD)9 , les entreprises de régénération réalisent 75% de leurs ventes de matières premières secondaires hors wilaya (wilaya d'Alger, de Bejaia, de Setif, de Boumerdes, de Blida), contre 25% vendues aux entreprises locales de fabrication de gaine électrique, de tuyaux en PEHD et de sacs poubelles, situées respectivement à Beni Douala, Tizi N'Tlata et à Ouadhia.


  4.5. La valorisation des déchets plastiques, un vecteur potentiel de développement local


Suite à la proximité spatiale (territoriale), organisationnelle et sociale, la valorisation des déchets plastiques est une opportunité pour le développement local de la région (DURANT M. 2018). Elle s'avère très utile pour les collectivités locales soucieuses d'améliorer leur environnement. Dans ce sillage, l'impact de la valorisation des déchets plastiques sur le développement durable est perceptible ou appréciable sur le plan économique, social et environnemental, que nous avons évoqué précédemment.

Par le développement des activités de valorisation des déchets plastiques, nous assistons à l’émergence des récupérateurs ambulants des plastiques qui font soit du porte-à-porte, soit la collecte sur les routes ou sur les décharges pour ramasser tous types de plastiques et d'autres déchets récupérables. Ces activités sont désormais devenues des sources de revenues non négligeables. Qu’elles soient formelles ou informelles, ces activités rendent un grand service pour les communes par la baisse des dépenses de la gestion des déchets, sachant que, selon les estimations publiées dans le schéma directeur de la gestion des déchets de la ville de Tizi-Ouzou, 1Tonne de déchets mise en décharge coûte environ 1500DA, contre 4000DA pour l'enfouissement. La valorisation des déchets se traduit ainsi par des coûts de gestion évités à la collectivité.

Ces activités de valorisation des déchets plastiques permettent aussi d'augmenter la durée de vie des CET et de réduire par conséquent le besoin de nouveaux sites de stockage des déchets. Il convient, par ailleurs, de signaler que le recyclage des déchets plastiques permet d'économiser les ressources naturelles. Par exemple, 1Tonne de plastiques recyclée économise 7kg de pétrole.

Sur le plan économique, la récupération et le recyclage des déchets plastiques comme nous l'avons présenté ci-dessus, génèrent des emplois et des revenus, qui restent difficilement quantifiables en raison de la dominance du secteur informel. Ces activités améliorent aussi l’attractivité du territoire par la réduction de la quantité des déchets plastiques (symbole de pollution visuelle), par conséquent l'amélioration du cadre de vie.

Le développement de ce secteur permet de sécuriser les dynamiques locales de développement en sécurisant (en exploitant) un gisement à proximité. C'est un moyen de lutter à la fois, contre le chômage et la pollution générée par ces déchets; générer des emplois localement et promouvoir l'attractivité locale.

Pour toutes ces raisons, la valorisation des déchets plastiques est ainsi considérée comme filière stratégique capable de contribuer au développement local d'un territoire dans la mesure où les avantages de cette filière sont ressentis plutôt localement à raison de la proximité des lieux de production des déchets et des activités créées dans ce sens. Mais telle qu'elle est menée actuellement dans la wilaya Tizi-Ouzou, elle est loin de répondre aux objectifs escomptés suite à une batterie de difficultés rencontrées par les récupérateurs et les recycleurs, qui seront examinées ci-dessous.


  4.6. Les obstacles de recyclage des déchets plastiques


L'enquête menée dans la wilaya de Tizi-Ouzou sur la valorisation des déchets plastiques a révélé que la dynamique de cette filière est confrontée à une galaxie de contraintes d'ordre technique, organisationnelle, économique et sociale.

La diversité des matières plastiques associée au gisement dispersé et hétérogène des déchets plastiques rend cette activité plus complexe. Cela impacte directement la qualité des matières premières secondaires obtenues, d'autant plus que les récupérateurs n'ont bénéficié d'aucune formation dans les métiers relatifs aux activités de récupération et du recyclage des déchets plastiques.

Pour que le recyclage soit rentable, il est nécessaire d'assurer en amont la collecte sélective.

Force est de constater que dans la wilaya de Tizi-Ouzou, voire même au niveau national hormis quelques expériences pilotes, le tri sélectif n'est pas pratiqué ce qui altère la qualité des déchets collectés et le coût de traitement. En effet, il est admis qu'il n'y a pas de recyclage possible sans la collecte sélective basée sur le tri sélectif, qui devait être pratiqué au niveau du générateur de déchets (ménage, entreprise, commerçant, etc.) en séparant les différentes fractions de déchets en fonction de leur nature et des débouchés possibles. Cela permet d'homogénéiser le flux des déchets plastiques et de diminuer leur contamination par d'autres déchets.

Une autre contrainte relevée par l'enquête est relative au manque de synergie entres les acteurs intervenant dans cette filière. Les récupérateurs, à travers les différents niveaux d'intervention, ne travaillent pas en collaboration pour réduire leurs coûts et mutualiser leurs efforts. Dans ce contexte, les enquêtés déclarent que leurs activités de récupération et de recyclage ne sont pas rentables. Par conséquent, ils estiment que l'Etat ou les communes doivent les aider en contre partie des services rendus en réduisant la quantité des déchets à traiter par les services municipaux.

En dernier lieu, il est impératif de mentionner que le marché des déchets plastiques n'est pas réglementé. Les prix des déchets plastiques sont fixés essentiellement par les acteurs informels, comme cela a été soulevé par un recycleur enquêté: "Le prix du déchet n'est pas réglementé ce qui nous fragilise, les collecteurs auprès desquels on achète le déchet fixent euxmêmes les prix, ce qui entraine parfois des difficultés d'approvisionnement", un autre recycleur poursuit: " Le marché est instable, comme il n'y a pas de réglementation, les prix peuvent augmenter à chaque fois que les collecteurs le souhaitent".

A ce propos, à la lumière de cette enquête, le prix des déchets plastiques n'obéit ni aux critères du marché en termes de l'offre et de la demande, ni aux coûts de production, encore moins au prix de la matière vierge. Suite aux différents entretiens menés auprès des acteurs de cette filière, le prix des déchets plastiques est déterminé par trois facteurs principaux: la qualité des déchets, la provenance du déchet (les associations vendent les déchets plastiques de 15 à 20DA/kg, contre 30 à 50DA/kg pour les déchets cédés par les entreprises industrielles ou les commerçants), la quantité des déchets à vendre.

Ainsi, un récupérateur nous a expliqué que "Si vous payer un kilogramme de déchets plastiques à 120DA chez l'industriel privé, vous pouvez l'avoir entre 40 à 70DA dans l'informel", il continue "si le déchet existe, on ne peut pas dire autant des entreprises désireuses de le valoriser". Cette instabilité des prix des déchets plastiques met en péril le développement de cette filière et la fragilise davantage.

En somme, Il convient par ailleurs de souligner que ces difficultés et défaillances de la valorisation des déchets plastiques, en particulier, et de la gestion des déchets en général, ne sont pas propres uniquement à la wilaya de Tizi-Ouzou, encore moins à l'Algérie. En effet, BERTOLINI G. affirme que la gestion des déchets dans les PVD se caractérise par: la collecte formelle partielle, la mise en décharge non contrôlée, la dominance de la récupération informelle, etc. (BERTOLINI G. et BRAKEZ M., 2008).


  4.7. Défis à relever en vue d'une valorisation durable des déchets plastiques


Cette étude montre que les défis de la valorisation des déchets plastiques ne sont pas seulement techniques, ils relèvent aussi d'enjeux organisationnels, économiques et sociaux. Il convient par ailleurs de souligner que face à la situation actuelle, il devient impératif de mettre en place des solutions techniquement, économiquement et environnementalement satisfaisantes pour la valorisation des déchets plastiques afin de s'inscrire dans la voie du développement durable.

La valorisation des déchets plastiques telle qu'elle est pratiquée dans la zone d'étude, à l'image même de l'Algérie, impose une réflexion profonde sur les leviers d'encouragement avec un triple objectifs: environnemental par la réduction des quantités de déchets à traiter par les services communaux et la lutte contre la raréfaction des ressources naturelles; économique par la création d'emplois, de revenus et de richesses; social par l'amélioration du cadre de vie et l'insertion sociale.

De nombreux auteurs (BERTOLINI G., DURANT M., DJEMACI B., etc.) s'accordent à dire que l’innovation constitue un facteur clé de la réussite de cette activité. L’innovation, comme synonyme de changement, doit être technologique, organisationnelle, sociale et territoriale. Notons également que la valorisation des déchets plastiques nécessite la mobilisation de tous les acteurs concernés de manière directe ou indirecte (citoyens, industriels, associations, collectivités locales, élus, commerçants, etc.) dans une approche globale et intégrée. Cela passe inévitable par la bonne gouvernance, à travers la coordination et la concertation entre les acteurs concernés autour des actions communes.

Les innovations doivent porter aussi sur la création d'un dispositif de tri à la source, la mécanisation des pratiques de transformation (broyage des) ou encore sur le développement des circuits de rachat des déchets plastiques (innovation organisationnelle)

Cette dynamique de valorisation des déchets plastiques ne peut, néanmoins, à elle seule de résoudre le problème posé par les déchets de manière générale. Il est indispensable de revenir sur la hiérarchie des modes de traitement des déchets, selon laquelle la prévention est le premier mode de traitement ou la première priorité, la valorisation vient en seconde position. Le meilleur déchet est celui qui n'est pas produit.




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