
Résultats et discussions
Les communes, chargées de la gestion des déchets comme le stipule la Loi n°01-19 du 12
décembre 2001 relative à la gestion, au contrôle et à l'élimination des déchets, se sont données
comme priorité d'évacuer les déchets de leurs lieux de production vers les lieux de stockage
appropriés (décharges ou CET) et ce pour répondre aux exigences hygiéniques et
environnementales. L'augmentation sans cesse des déchets en quantité et en qualité présente de
véritables enjeux environnementaux, économiques et sociaux. Ces enjeux incluent, entre autres,
la saturation des décharges et des CET, l'augmentation de la demande de service public de la
collecte et par conséquent son coût, la pollution notamment visuelle qui altère l'attractivité des
territoires et leurs images.
Face à l'importance du gisement des déchets valorisables, et à l'importance du taux de
chômage, des initiatives locales de recyclage et de récupération des déchets se sont de plus en
plus développées sur le territoire de notre étude empirique. En effet, Il ressort de cette enquête
que les déchets plastiques sont les plus convoités à Tizi-Ouzou. Sur les 30 récupérateurs et
recycleurs enquêtés 87% se spécialisent exclusivement dans la collecte, la récupération et le
recyclage les déchets plastiques, dont 50% associent à la récupération des déchets plastiques
d'autres déchets récupérables (déchets métaux ferreux et non ferreux).
D'après nos entretiens avec les récupérateurs et recycleurs, le choix des déchets plastiques est lié à plusieurs facteurs
tels que: la disponibilité d'un potentiel important de déchets plastiques, la facilité de
conditionnement (généralement stockés à ciel ouvert), un système d'approvisionnement
territorialisé (les recycleurs s'approvisionnement essentiellement au niveau local), etc.
Ces activités de valorisation des déchets plastiques seront à la source de nouvelles logiques
et dynamiques locales qui feront l'objet du point suivant.
4.1. De l'organisation des activités de valorisation des déchets plastiques: acteurs et activités
Le recyclage des déchets plastiques n'est pas une activité aussi simple qu'elle ne paraît.
Cela est dû principalement à une grande diversité des matières plastiques, de techniques de
traitement et d'acteurs y intervenant. A Tizi-Ouzou, la valorisation des déchets plastiques
pratiquée est la valorisation dite mécanique ou matière, qui consiste à réutiliser les déchets
plastiques avec une transformation minimale. La valorisation des déchets plastique regroupe les
activités suivantes: la récupération, le recyclage proprement dit et la commercialisation. A cet
effet, des circuits informels se sont alors mis en place, constituant des réseaux d'acteurs
intervenant à plusieurs niveaux: la collecte, le tri et le stockage, la commercialisation et la
transformation. Ces activités sont organisées sous forme d'un édifice pyramidal, comme le
montre la figure N°2 en annexe.
La collecte des déchets plastiques est assurée par des collecteurs informels indépendants.
Dans les villages, cette activité est plutôt assurée par les associations de protection de
l'environnement. Sur le plan opérationnel, la collecte est effectuée de deux manières. En milieu
rural, les collecteurs font du porte-à-porte auprès des ménages, alors que dans les centres urbains,
elle est pratiquée directement au niveau des dépôts de déchets ou des bacs à ordures. Les
collecteurs sillonnent ainsi ces lieux très tôt le matin avant le passage des camions de collecte
des déchets du service communal.
Il est important de noter que la récupération effectuée au niveau des décharges et du CET doté de centre de tri depuis 2017, est insignifiante du fait que les
déchets plastiques sont contaminés par les autres déchets, en particulier par les déchets
organiques. Deux entreprises seulement pratiquent la récupération des déchets au niveau du
centre de tri du CET de Oued Falli, il s'agit d'une entreprise locale et une autre hors wilaya (de la wilaya de Bouira).
La seconde catégorie d'acteurs de cette filière correspond à des micro-entreprises, appelées
des parcs de déchets (généralement informels), qui rachètent aux collecteurs tous les déchets
recyclables, pas uniquement les déchets plastiques, déjà pré-triés. A ce niveau, les déchets
plastiques seront triés en fonction de la couleur et du type de plastiques.
Après la collecte et le tri, vient l'opération de transformation. Une fois triés, les déchets
plastiques seront achetés par les entreprises de transformation (les regénérateurs) spécialisées
généralement dans un seul type de déchets: films plastiques, bouteilles en polyéthylène
téréphtalate (PET), etc. C'est à ce niveau qu'intervient réellement le secteur formel.
La valorisation matière, pratiquée à Tizi-Ouzou, repose sur la technique de la régénération
utilisée pour les thermoplastiques. Elle permet d'obtenir des matières secondaires sous forme de
granulés, de poudre, de paillettes (en fonction de type de plastiques récupérés), destinées au
recyclage ou à l'industrie en vue de remplacer les matières plastiques vierges. Techniquement, la
régénération comprend le broyage, le lavage, granulation ou la transformation des déchets en
matières premières secondaires.
Les régénérateurs utilisent une technologie légère, en disposant d'un broyeur pour traiter
les plastiques rigides et d'un agglomérateur pour les plastiques souples. Cette activité s'opère en
plusieurs étapes: tri, lavage, broyage, extrusion et granulation. La matière secondaire obtenue à
base des déchets plastiques est vendue à des industriels situés hors wilaya. En effet, l'enquête a
révélé que 75% des matières premières secondaires obtenues sont vendues hors wilaya de TiziOuzou ( Alger, Boumerdes, Blida, Setif, Bouira, Béjaia), contre 25% vendues au niveau de la
wilaya à des entreprises de fabrication de sacs poubelles, de gaine électriques et de tuyaux, etc.
4.2. Dominance des activités de récupération et du secteur informel
Il ressort de l'enquête que la valorisation des déchets plastiques dans la wilaya de TiziOuzou est dominée par des activités de récupération au détriment du recyclage. En effet, 80%
des entreprises enquêtées pratiquent la récupération des déchets plastiques, contre seulement
20% qui se sont investies dans le recyclage.
Deux raisons principales sont à l'origine de cet état de fait. Premièrement, la complexité
des matières plastiques fait appel de manière inéluctable à la maitrise d'une technologie adaptée,
chose qui fait défaut sur le terrain d'étude. D'ailleurs, les équipements utilisés dans la
récupération des déchets plastiques dans la wilaya en question sont purement artisanaux
(broyeurs, laveuses, séchoirs, extrudeuses) et sont rares les récupérateurs disposant de chaine de
tri mécanique, le tri des déchets se fait manuellement. Deuxièmement, l'absence de statistiques
fiables sur le gisement de déchets plastiques valorisables, une donne élémentaire pour évaluer
l'opportunité de l'investissement, constitue une entrave majeur au développement des activités de
recyclage.
L'histoire nous enseigne qu'en situation de crise de l'économie formelle (collecte partiel des
déchets, saturation des décharges, prolifération des dépôts sauvages illégaux des déchets, ...), des
actions de proximité informelles se développement. En effet, à l'issue de cette enquête, force est
de constater que la dynamique locale de valorisation des déchets plastiques dans la wilaya de
Tizi-Ouzou, en particulier la récupération, est à 80% assurée par le secteur informel. Ce constat
n'est pas nouveau, ni réservé au territoire en question. Des situations similaires sont relevées en
Amérique Latine, au Maroc, en Egypte, au Mexique, etc.
D'après notre enquête, la récupération informelle implique de nombreux acteurs: les
éboueurs du service communal, les récupérateurs ambulants qui font du porte-à-porte ou
sillonnent des lieux de pré-collecte, ceux qui récupèrent sur le site des décharges et des CET,
etc.; qui travaillent dans des conditions difficiles et avec une absence notoire de
professionnalisme. Cela ne sera pas sans impact sur les conditions hygiéniques et sanitaires des
récupérateurs, d'une part, sur la qualité des déchets plastiques récupérés, d'autres part.
Les effets économiques, sociaux et environnementaux du secteur informel sont contingents
et ambigus. Sur le plan économique, la récupération informelle est un secteur pourvoyeur
d'emplois. Selon le CNIS, le secteur informel en Algérie reste le premier générateur d'emplois
dans la récupération des déchets avec environ 20000 emplois par an et un revenu moyen de
30000DA/mois. Les récupérateurs ambulants enquêtés à Tizi-Ouzou déclarent qu'ils exercent ce
métier comme un emploi permanent. Il récupère en moyenne 40 à 60kg de déchets plastiques par
jour, avec un revenu moyen de 30 000 à 35 000DA par mois.
De plus, la récupération informelle
contribue à la réduction de la quantité des déchets plastiques à traiter par le service communal et
à évacuer vers les CET et les décharges. Cela se traduit inévitablement par des coûts de gestion
des déchets évités à la collectivité. Pour autant, certains récupérateurs revendiquent d'être payer
en contre partie de ce service rendu à la collectivité, comme l'a déclaré un récupérateur enquêté
:" En tant que recycleur, nous avons toujours revendiqué d'être payé pour notre service de
récupération".
Il est admis que les récupérateurs informels pratiquent les activités de récupération des
déchets plastiques dans un but purement lucratif, et cela au détriment parfois de leur santé. Les
récupérateurs se préoccupent moins de leur santé et de la préservation de l'environnement que de
capter le maximum de déchets plastiques valorisables. En effet, l'observation de terrain montre
que les récupérateurs travaillent dans des conditions sanitaires et hygiéniques déplorables. Ils
sont sans cesse exposés aux risques sanitaires majeurs, notamment ceux qui font de la
récupération sur le site des décharges et des CET. Il convient de noter également que les déchets
issus de la récupération sont abandonnés sur des dépôts illégaux pour ne pas payer les droits
d'accès aux au CET d'ordre de 1000DA/tonnes.
Dans l'état actuel des choses où la valorisation des déchets plastiques est dominée par les
activités de récupération (tri, collecte, transport et commercialisation) véhiculées par le secteur
informel, les emplois créés sont, sans nul doute, loin d'être des emplois verts qui répondent aux
objectifs économique, sociaux et environnementaux.
4.3. La valorisation des déchets plastiques: une filière en gestation et en état embryonnaire
Cette enquête nous a révélé que certes des initiatives de plus en plus nombreuses se sont
développées à Tizi-Ouzou dans domaine de la valorisation des déchets plastiques, mais elles
restent embryonnaires. Plusieurs facteurs imbriqués sont à l'origine de cette situation: le caractère
artisanal des activités de valorisation, l'absence de synergies entre les acteurs de cette filière, le
gisement local des déchets plastiques mal et sous-exploités, la prédominance du secteur
informel, etc.
Les pratiques de récupération et de recyclage des déchets plastiques sont artisanales. Les
techniques utilisées sont relativement simples, des machines et outils peu couteux facilement
accessibles sur le marché local, le personnel manque de professionnalisme. Le traitement reste
alors rudimentaire: lavage, tri, découpage, sont manuelles. Rare les entreprises qui possèdent des
tapis de tri mécanique. Sans équivoque, cela influence les conditions de travail des récupérateurs,
et la qualité des déchets plastiques récupérés. 25 à 30% font l'objet de valorisation
Selon les estimations de la Direction de l'Environnement, la wilaya de Tizi-Ouzou génère
30 000 tonnes de déchets plastiques par an, et le taux de valorisation ne dépasse pas 25%. ainsi,
le gisement des déchets plastiques générés à Tizi-Ouzou est sous-exploité. En effet, l’enquête
nous a révélé que les récupérateurs sont davantage intéressés par les corps creux propres et
homogènes, le PET et les films plastiques. De plus, ils préfèrent collecter les déchets plastiques
auprès des secteurs industriels et commerciaux (la zone de dépôt du Sud Ouest et celle de Anar
Amellal pour le film plastique et les petites entreprises).
Deux raisons principales peuvent justifier cette préférence. Premièrement, les déchets sont concentrés sur un nombre restreint de
sites, contrairement aux déchets ménagers qui sont hétérogènes et dispersés ce qui rend par
conséquent la collecte difficile et couteuse. Deuxièmement, les déchets industriels et
commerciaux sont relativement plus propres et mieux identifiés que les déchets ménagers.
Pour ces mêmes raisons, la majorité des récupérateurs refusent de récupérer les déchets sur le site des
décharges et des CET.
Les déchets plastiques exploités sont les déchets essentiellement d'emballages, or les
plastiques sont présents dans de nombreux domaines: équipements électroniques, domaine
d'automobile, bâtiments, agriculture, etc. Les déchets plastiques issus de ces secteurs s'avèrent
difficiles à garantir du fait que ces applications sont destinées à des usages plus au moins longs.
Le marché de recyclage des déchets plastiques n’est pas suffisamment développé. Son
estimation reste difficile du fait de la prédominance du secteur informel. D'ailleurs, sont rares les
récupérateurs et recycleurs qui nous fournissent des statistiques fiables sur leurs activités.
4.4. Valorisation des déchets plastiques, secteur pourvoyeur d'emplois et d'insertion sociale
De manière générale et en situation de crise, travailler dans le domaine des déchets est une
activité de survie, comme témoigne un récupérateur enquêté: "je n’ai plus rien trouvé ; je n’ai
que ça, comme boulot".
La récupération des déchets (le chiffonnage) n’est pas un phénomène nouveau, mais les
données manquent pour le chiffrer. Bien qu’il n y ait pas de chiffres exactes, toutes les
ressources consultées s’accordent à dire qu’en Algérie les activités de récupération et de
recyclage de déchets ont pries de l’ampleur depuis le début des années 1990. Cela est, sans
doute, lié à la dégradation des conditions de vie de la population et à la montée du chômage suite
à la transition de l'économie nationale du système socialiste vers l'économie de marché entamée
durant cette période.
Pour pallier au problème du chômage et/ou au baisse des revenus, la récupération et le
recyclage étaient des opportunités offertes. Autrement dit, ce sont des activités de "refuge".
D'ailleurs, la décision de commencer cette activité repose dans la plus part du temps sur un
constat : absence d’autres possibilités de survie. Un enquêté déclare : « j’ai travaillé dans le
bâtiment, mais après je n’ai rien trouvé », un autre ajoute: « ma retraite est insuffisante, alors
j’ai décidé de faire ce travail, pour pouvoir vivre correctement ». A ce sujet, la valorisation des
déchets (collecte, tri, recyclage, etc.) est considérée comme l'une des filières qui offrent un
potentiel très significatif de création d'emplois (Ministère de l'Industrie, 2014).
Encore une fois, la pratique de recyclage des déchets de manière générale dans la wilaya de
Tizi-Ouzou s’est considérablement développée à partir des années 1990, suite à l’augmentation
du taux de chômage et le potentiel important des déchets plastiques valorisables.
Les emplois créés touchent essentiellement la main d’œuvres non qualifiées (le ramassage
des déchets, le tri, le nettoyage, le transport, etc.), et parfois la main d’œuvre infantile. Nous
avons toujours tendance à considérer ces activités comme l'apanage des classes sociales
marginalisées; toutefois, l'originalité de cette dynamique de valorisation des déchets plastiques à
Tizi-Ouzou tient au fait que cette filière est investie même par des universitaires. En effet, lors de
notre enquête, nous avons rencontré des universitaires (avocats, juristes, ingénieurs, …) versés
dans cette filière, essentiellement dans le recyclage. Paradoxalement, à croire que ce secteur est
mal vue, certains récupérateurs et recycleurs déclarent de ne pas trouver d'ouvriers à embaucher;
de plus rare les jeunes qui acceptent d'y travailler à long terme.
Concrètement, la filière de la valorisation des déchets représente, sans équivoque, une
source potentielle de création d'emplois. A titre d’illustration, selon l’Agence Nationale d'Appui
et de Développement de l'Entreprenariat (ANADE, ex ANSEJ), agence de Tizi-Ouzou, 143
emplois ont été créés, à la fin de 2018 dans le cadre de la récupération et de la transformation
primaire des matières plastiques, à Tizi-Ouzou. Cela représente 24% des emplois créés dans le
domaine de la gestion de l’environnement (voir le tableau n°1 en annexe).
Etant donné que 75% des déchets plastiques récupérés sont vendus hors wilaya pour le
recyclage, comme nous l'avons souligné précédemment, les emplois issus de cette activité
susceptibles d'être créés au niveau local seront ainsi délocalisés vers d'autres wilayas du pays.
Dans cet ordre d'idées, d'après notre enquête, 90% de PET récupérés sous forme de
paillettes (issus de la récupération des bouteilles en PET) sont vendus hors willaya (wilaya de
Sétif,, de Mila, de Batna, de Bourdj Bou Arriridj, D'Alger, ...). Quant aux granules de plastiques
(PEHD, PP et PEBD)9
, les entreprises de régénération réalisent 75% de leurs ventes de matières
premières secondaires hors wilaya (wilaya d'Alger, de Bejaia, de Setif, de Boumerdes, de Blida),
contre 25% vendues aux entreprises locales de fabrication de gaine électrique, de tuyaux en
PEHD et de sacs poubelles, situées respectivement à Beni Douala, Tizi N'Tlata et à Ouadhia.
4.5. La valorisation des déchets plastiques, un vecteur potentiel de développement local
Suite à la proximité spatiale (territoriale), organisationnelle et sociale, la valorisation des
déchets plastiques est une opportunité pour le développement local de la région (DURANT M.
2018). Elle s'avère très utile pour les collectivités locales soucieuses d'améliorer leur
environnement. Dans ce sillage, l'impact de la valorisation des déchets plastiques sur le
développement durable est perceptible ou appréciable sur le plan économique, social et
environnemental, que nous avons évoqué précédemment.
Par le développement des activités de valorisation des déchets plastiques, nous assistons à
l’émergence des récupérateurs ambulants des plastiques qui font soit du porte-à-porte, soit la
collecte sur les routes ou sur les décharges pour ramasser tous types de plastiques et d'autres
déchets récupérables. Ces activités sont désormais devenues des sources de revenues non
négligeables. Qu’elles soient formelles ou informelles, ces activités rendent un grand service
pour les communes par la baisse des dépenses de la gestion des déchets, sachant que, selon les
estimations publiées dans le schéma directeur de la gestion des déchets de la ville de Tizi-Ouzou,
1Tonne de déchets mise en décharge coûte environ 1500DA, contre 4000DA pour
l'enfouissement. La valorisation des déchets se traduit ainsi par des coûts de gestion évités à la
collectivité.
Ces activités de valorisation des déchets plastiques permettent aussi d'augmenter la
durée de vie des CET et de réduire par conséquent le besoin de nouveaux sites de stockage des
déchets. Il convient, par ailleurs, de signaler que le recyclage des déchets plastiques permet
d'économiser les ressources naturelles. Par exemple, 1Tonne de plastiques recyclée économise
7kg de pétrole.
Sur le plan économique, la récupération et le recyclage des déchets plastiques comme nous
l'avons présenté ci-dessus, génèrent des emplois et des revenus, qui restent difficilement
quantifiables en raison de la dominance du secteur informel. Ces activités améliorent aussi
l’attractivité du territoire par la réduction de la quantité des déchets plastiques (symbole de
pollution visuelle), par conséquent l'amélioration du cadre de vie.
Le développement de ce secteur permet de sécuriser les dynamiques locales de
développement en sécurisant (en exploitant) un gisement à proximité. C'est un moyen de lutter à
la fois, contre le chômage et la pollution générée par ces déchets; générer des emplois localement
et promouvoir l'attractivité locale.
Pour toutes ces raisons, la valorisation des déchets plastiques est ainsi considérée comme
filière stratégique capable de contribuer au développement local d'un territoire dans la mesure où
les avantages de cette filière sont ressentis plutôt localement à raison de la proximité des lieux de
production des déchets et des activités créées dans ce sens. Mais telle qu'elle est menée
actuellement dans la wilaya Tizi-Ouzou, elle est loin de répondre aux objectifs escomptés suite à
une batterie de difficultés rencontrées par les récupérateurs et les recycleurs, qui seront
examinées ci-dessous.
4.6. Les obstacles de recyclage des déchets plastiques
L'enquête menée dans la wilaya de Tizi-Ouzou sur la valorisation des déchets plastiques a
révélé que la dynamique de cette filière est confrontée à une galaxie de contraintes d'ordre
technique, organisationnelle, économique et sociale.
La diversité des matières plastiques associée au gisement dispersé et hétérogène des
déchets plastiques rend cette activité plus complexe. Cela impacte directement la qualité des
matières premières secondaires obtenues, d'autant plus que les récupérateurs n'ont bénéficié
d'aucune formation dans les métiers relatifs aux activités de récupération et du recyclage des
déchets plastiques.
Pour que le recyclage soit rentable, il est nécessaire d'assurer en amont la collecte sélective.
Force est de constater que dans la wilaya de Tizi-Ouzou, voire même au niveau national hormis
quelques expériences pilotes, le tri sélectif n'est pas pratiqué ce qui altère la qualité des déchets
collectés et le coût de traitement. En effet, il est admis qu'il n'y a pas de recyclage possible sans
la collecte sélective basée sur le tri sélectif, qui devait être pratiqué au niveau du générateur de
déchets (ménage, entreprise, commerçant, etc.) en séparant les différentes fractions de déchets en
fonction de leur nature et des débouchés possibles. Cela permet d'homogénéiser le flux des
déchets plastiques et de diminuer leur contamination par d'autres déchets.
Une autre contrainte relevée par l'enquête est relative au manque de synergie entres les
acteurs intervenant dans cette filière. Les récupérateurs, à travers les différents niveaux
d'intervention, ne travaillent pas en collaboration pour réduire leurs coûts et mutualiser leurs
efforts. Dans ce contexte, les enquêtés déclarent que leurs activités de récupération et de
recyclage ne sont pas rentables. Par conséquent, ils estiment que l'Etat ou les communes doivent
les aider en contre partie des services rendus en réduisant la quantité des déchets à traiter par les
services municipaux.
En dernier lieu, il est impératif de mentionner que le marché des déchets plastiques n'est
pas réglementé. Les prix des déchets plastiques sont fixés essentiellement par les acteurs
informels, comme cela a été soulevé par un recycleur enquêté: "Le prix du déchet n'est pas
réglementé ce qui nous fragilise, les collecteurs auprès desquels on achète le déchet fixent euxmêmes les prix, ce qui entraine parfois des difficultés d'approvisionnement", un autre recycleur
poursuit: " Le marché est instable, comme il n'y a pas de réglementation, les prix peuvent
augmenter à chaque fois que les collecteurs le souhaitent".
A ce propos, à la lumière de cette enquête, le prix des déchets plastiques n'obéit ni aux
critères du marché en termes de l'offre et de la demande, ni aux coûts de production, encore
moins au prix de la matière vierge. Suite aux différents entretiens menés auprès des acteurs de
cette filière, le prix des déchets plastiques est déterminé par trois facteurs principaux: la qualité
des déchets, la provenance du déchet (les associations vendent les déchets plastiques de 15 à
20DA/kg, contre 30 à 50DA/kg pour les déchets cédés par les entreprises industrielles ou les
commerçants), la quantité des déchets à vendre.
Ainsi, un récupérateur nous a expliqué que "Si vous payer un kilogramme de déchets plastiques à 120DA chez l'industriel privé, vous pouvez
l'avoir entre 40 à 70DA dans l'informel", il continue "si le déchet existe, on ne peut pas dire
autant des entreprises désireuses de le valoriser". Cette instabilité des prix des déchets
plastiques met en péril le développement de cette filière et la fragilise davantage.
En somme, Il convient par ailleurs de souligner que ces difficultés et défaillances de la
valorisation des déchets plastiques, en particulier, et de la gestion des déchets en général, ne sont
pas propres uniquement à la wilaya de Tizi-Ouzou, encore moins à l'Algérie. En effet,
BERTOLINI G. affirme que la gestion des déchets dans les PVD se caractérise par: la collecte
formelle partielle, la mise en décharge non contrôlée, la dominance de la récupération
informelle, etc. (BERTOLINI G. et BRAKEZ M., 2008).
4.7. Défis à relever en vue d'une valorisation durable des déchets plastiques
Cette étude montre que les défis de la valorisation des déchets plastiques ne sont pas
seulement techniques, ils relèvent aussi d'enjeux organisationnels, économiques et sociaux. Il
convient par ailleurs de souligner que face à la situation actuelle, il devient impératif de mettre
en place des solutions techniquement, économiquement et environnementalement satisfaisantes
pour la valorisation des déchets plastiques afin de s'inscrire dans la voie du développement
durable.
La valorisation des déchets plastiques telle qu'elle est pratiquée dans la zone d'étude, à
l'image même de l'Algérie, impose une réflexion profonde sur les leviers d'encouragement avec
un triple objectifs: environnemental par la réduction des quantités de déchets à traiter par les
services communaux et la lutte contre la raréfaction des ressources naturelles; économique par la
création d'emplois, de revenus et de richesses; social par l'amélioration du cadre de vie et
l'insertion sociale.
De nombreux auteurs (BERTOLINI G., DURANT M., DJEMACI B., etc.) s'accordent à
dire que l’innovation constitue un facteur clé de la réussite de cette activité. L’innovation,
comme synonyme de changement, doit être technologique, organisationnelle, sociale et
territoriale. Notons également que la valorisation des déchets plastiques nécessite la mobilisation
de tous les acteurs concernés de manière directe ou indirecte (citoyens, industriels, associations,
collectivités locales, élus, commerçants, etc.) dans une approche globale et intégrée. Cela passe
inévitable par la bonne gouvernance, à travers la coordination et la concertation entre les acteurs
concernés autour des actions communes.
Les innovations doivent porter aussi sur la création d'un dispositif de tri à la source, la
mécanisation des pratiques de transformation (broyage des) ou encore sur le développement des
circuits de rachat des déchets plastiques (innovation organisationnelle)
Cette dynamique de valorisation des déchets plastiques ne peut, néanmoins, à elle seule de
résoudre le problème posé par les déchets de manière générale. Il est indispensable de revenir sur
la hiérarchie des modes de traitement des déchets, selon laquelle la prévention est le premier
mode de traitement ou la première priorité, la valorisation vient en seconde position. Le meilleur
déchet est celui qui n'est pas produit.
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