
Les matières et les déchets plastiques : Actualité et enjeux
Les matières plastiques occupent une place de plus en plus importante dans les débats
internationaux et nationaux depuis le premier choc pétrolier de 1973/1974. Comme nous l'avons
évoqué précédemment, cette importance grandissante accordée à ces matières s'explique, d'une
part, par la consommation des ressources naturelles nécessaires pour leur fabrication. Il est à
noter par ailleurs que ces matières sont fabriquées exclusivement à base du pétrole, ressources
naturelles non renouvelables.
Elles consomment environ 6% de la production mondiale du
pétrole (Commission des Affaires Européennes, 2019, P.14). D'autre part, le secteur des
emballages consomme lui seul 40 à 50% de la production mondiale des matières plastiques. Par
leurs usages uniques et leur durée de vie courte, les emballages plastiques prennent rapidement le
statut de déchets après la première utilisation. De plus, contrairement aux déchets organiques, les
déchets plastiques ne sont pas biodégradables.
Pour mieux saisir la problématique des déchets plastiques, il importe en premier lieu de
faire un tour d'horizon sur la production et la consommation mondiales de ces matières, et en
corollaire les déchets qui en découlent. En second lieu, nous allons présenter, de manière
simplifiée mais suffisante, les principales caractéristiques de la gestion des déchets en Algérie,
avant d'évoquer la situation au niveau local, en l'occurrence dans la wilaya de Tizi-Ouzou.
2.1. Production et consommation des matières plastiques: un essor sans précédent
Durant les 50 dernières années, la production et la consommation des matières plastiques
ont connu une augmentation sans précédent. En effet, la Banque Mondiale affirme que plus de
300 millions de tonnes de matières plastiques sont produites annuellement dans le monde, les
emballages en absorbent environ 50% (Banque Mondiale, 2018). La consommation mondiale de
ces matières est en moyenne 40kg/habitant/an (Banque Mondiale, 2018). Elle varie d'un pays à
un autre, elle est de 60kg/habitant/an en Europe, contre 80kg/habitant/an aux Etats Unis. Selon la
même source, les déchets plastiques représentent 12 à 14 % des déchets produits dans la
quantités de déchets générés dans le monde chaque année. Pour autant, il semble légitime de
s'interroger sur le devenir de ces déchets plastiques.
Sans équivoque, les différentes sources concordent sur les statistiques suivantes : 30 à 50%
des déchets plastiques sont dispersés dans l’environnement, 20 à 40% mis dans des décharges
contrôlées ou des centres d’enfouissement techniques (CET) et environ 25% sont répartis entre le
recyclage et l’incinération1.
Les tendances sont susceptibles d’être plus marquantes à l’avenir, si
les modes de production et de consommation sont maintenus. D'ailleurs, la Banque Mondiale
prévoie que les déchets plastiques augmenterons de 70% d’ici 2050 (Banque mondiale 2018).
Si la tendance mondiale de production et de consommation de matières plastiques est
haussière, l’Algérie n'en est pas en reste. D'ailleurs, selon les statistiques du Centre International
de Conférences d'Alger (CNI), la consommation de plastique, en Algérie, a enregistré une
augmentation annuelle d’environ 9% au cours des dix dernières années, avec une consommation
annuelle de 23,1kg/habitant/an en 2017, contre 10kg/habitant/an en 2007.
Elle est estimée à 25,8kg/habitant/an d'ici la fin de l'année 2020 (voir graphe N°01 en annexe). De plus, en 2017,
59,1% des matières plastiques produites sont utilisées dans les emballages (voir la figure N°01
en annexe), ce qui entraine dans son sillage la production accrue des déchets plastiques. Cette
tendance est susceptible d'être plus éloquente à l'avenir. Ainsi, il semble que le problème des
déchets plastiques est universel. La solution à ce problème l'est-elle aussi?
L'histoire nous enseigne que les solutions adoptées par les pays développés ne sont pas
adaptées aux PVD suite au caractère fortement contextuel de la gestion des déchets de manière
générale (DURANT M., 2018). A ce sujet, G. BERTOLINI et BRAKEZ M. notent que : " Il n’y
a pas de panacée universelle; les systèmes prétendus universels se traduisent le plus souvent par
« des éléphants blancs » ou « des usines orphelines », à défaut d’adéquation et d’appropriation"
(BERTOLINI G. et BRAKEZ M., 2008, P.17). Les auteurs considèrent que le bon choix n'existe
pas dans l'absolu, néanmoins, toute solution doit avoir un ancrage territorial.
Techniquement, après le réemploi et la récupération, actions du premier rang dans la
hiérarchie des modes de gestion des déchets, la valorisation des déchets plastiques peut être
• La valorisation chimique qui porte sur la dissociation des matières plastiques contenues dans les déchets en molécules de base pouvant servir à de nouvelles applications. Cette méthode n'est pas très répondue du fait qu'elle exige une technicité extrêmement élevée. • La valorisation energétique qui consiste à transformer les déchets plastiques en énergie par l'incinération. Cette technique est très pratiquée dans les pays développés, mais moins dans les PVD, et ce pour deux raisons. D'abord, elle nécessite un degré de technicité élevé pour gérer les émissions et les fumés des incinérateurs. Ensuite, l'incinération des déchets reste relativement couteuse comparativement à la mise en décharge ou à l'enfouissement technique de traitement des déchets pratiquée par la grande majorité des PVD, dont fait parti l'Algérie . • La valorisation matière (ou recyclage ) qui repose sur la transformation des déchets plastiques en granules, en poudre ou en paillettes (cela dépend du type de plastiques contenant dans les déchets plastiques), sans destruction de leur structure chimique, pour les réintroduire dans un processus de fabrication d'autres objets en plastiques. C'est la technique la plus utilisée et la plus adaptée aux thermoplastiques.
Au-delà de ces aspects techniques sur la valorisation des déchets plastiques et de l'usage excessif des matières plastiques, il est à priori admis que la gestion des déchets plastiques reste un défis planétaire. Qu'en est-il du cas algérien que nous illustrons ici à travers l'étude de la valorisation des déchets plastiques dans la wilaya de Tizi-Ouzou? Avant de présenter le cas empirique de cette étude, il serait question, dans ce qui suit de faire un tour d'horizon sur l'état des lieux de la gestion des déchets en Algérie, et ce en vue d'identifier les grandes orientations stratégiques de celle-ci.
2.2. Etat des lieux de la gestion des déchets en Algérie : des résultats mitigés
Sous l'effet conjugué de la croissance démographique, de l'urbanisation accélérée, de la
croissance économique, des profondes mutations des modes de production et de consommation,
la production des déchets en Algérie ne cesse pas d'augmenter. Elle est estimée par le ministère
de la tutelle à 34 millions de tonnes par an, dont 13 millions de tonnes sont des déchets ménagers
et assimilés, avec une augmentation annuelle de 3%. Selon la même source, la production des
déchets serra de plus de 70 millions de tonnes d’ici 2035 (MEER, 2018). Il faut par ailleurs
signaler que, selon le Décret exécutif n°06-104 du 28 février 2006 fixant la nomenclature des
déchets, les déchets plastiques sont classés dans les déchets ménagers et assimilés.
En parallèle à l'augmentation de la quantité des déchets générés et suite aux profondes
mutations des modes de vie et des conditions culinaires, la composition des déchets a évolué
aussi. Les matières organiques ont enregistré une baisse importante au profit d’autres produits
d’emballages, dont les matières plastiques qui sont passées de 3,10% en 1980, à 17% en 2017.
Alors que les matières organiques, même si elles restent la fraction dominante, elles sont passées
de 80% en 1980 à 62% en 2017 (DAFI K., 2019).
Quant à la gestion de ces déchets, l’Algérie a accusé un retard très remarquable comme le
témoignent les statistiques publiées par l'AND. En 2018, 80% des déchets générés sur le
territoire national finissent en décharges, le taux de recyclage reste inférieur à 10%, alors que
60% des déchets générés sont recyclables. Part conséquent, le MEER estime que l'Algérie perd
annuellement environ 40 milliards de dinars algériens (DA) par manque de valorisation des
déchets. Chose qui aurait, sans nul doute, contribué à la diversification de l’économie nationale,
permettant ainsi de rompre avec sa dépendance à l’égard des hydrocarbures.
Depuis l'élaboration du premier rapport national sur l'état et l'avenir de l'environnement
(RNE) en 2000, qui a mis en exergue la crise environnementale que traverse le pays, la gestion
des déchets est devenue l'une préoccupation majeure de l’Etat en matière de la protection de
l’environnement. A cet effet, entre 2002 et 2016, l’Algérie a engagé des investissements d’ordre
de 67,4 milliards de DA, dont 53% destinés pour la construction et l’aménagement des CET et
des décharges contrôlées (DAFI K., 2019), dans le cadre de la modernisation de la gestion des
déchets. Cette solution dite "d'urgence" avait pour objectif principal d'éradiquer les décharges
sauvages.
A défaut d'une gestion rationnelle des déchets, ces derniers continus à s'entasser dans les
décharges sauvages sans aucune norme d'hygiène ou de sécurité, encore moins de protection de
l'environnement. La gestion déchets en Algérie obéit à une logique dite "linéaire", qui consiste à
collecter les déchets et à les transporter vers les lieux de stockage ou d'enfouissement, avec un
référentiel purement hygiénique. Par conséquent, 70% des casiers des CET en exploitation ont
atteint, actuellement, la saturation du fait du 'tout à l'enfouissement". Alors que techniquement,
les CET sont réservés exclusivement aux déchets ultimes (non récupérables). Ce constat n'est pas
propre uniquement à l'Algérie, mais: " Les décharges contrôlées constituent le maillon ultime et
indispensable de toute filière de traitement des déchets urbains.
En Afrique, elle est utilisée comme la seule filière d’élimination. (NGNIKAM E. et TANAWA E., 2006, P.35). Par ailleurs,
la mise en décharge ou l'enfouissement des déchets, qui est un maillon ultime et indispensable,
ne peut pas être utilisée comme filière unique de traitement des déchets, mais plutôt comme une
partie intégrante d'un traitement global et intégré des déchets.
Manifestement, la gestion des déchets en Algérie demeure traditionnelle, guidée par les
impératifs hygiéniques et environnementaux. En l'état actuel des choses, nous sommes loin d'une
gestion économique fondée sur, entre autres, la valorisation des déchets. Alors, faut-il attendre
que les décharges publiques et les CET soient entièrement saturés pour réagir et dépasser le stade
de la réflexion?
L'intérêt porté à la valorisation des déchets plastiques s'explique, d'une part, par
l'augmentation de la fraction des déchets plastiques dans la quantité globale des déchets générés,
comme nous l'avons déjà mentionné. D'autre part, cette activité est considérée comme l'un des
piliers d'un nouvel équilibre économique, social et environnemental à rétablir dans le cadre d'une
gestion rationnelle et durable des déchets.
A priori, il est nécessaire de préciser, sans être exhaustif, que la valorisation des déchets
plastique a un triple objectif. D’abord sur le plan environnemental, elle s'inscrit dans l'utilisation
rationnelle des ressources naturelles, en particulier les ressources non renouvelables, et dans la
lutte contre le gaspillage des ressources naturelles que requiert leur fabrication. A titre
d'exemple, 1tonne de plastique recyclée permet d'économiser 700kg du pétrole brut. Cette
activité permet aussi de réduire les quantités de déchets à transférer vers les CET, et réduit par
conséquent la demande du foncier nécessaire à l'aménagement de nouveaux sites de stockage des
déchets.
A ce titre, le besoin du foncier, en Algérie, pour enfouir les déchets est estimé à
260hectares/an selon le ministère de la tutelle. Il convient d'ajouter aussi la réduction de
l'accumulation des déchets plastiques sur les dépôts sauvages, la baisse des émissions de gaz à
effet de serre (GES), etc. Ensuite, sur le plan économique, la valorisation des déchets plastiques
permet la réduction de la facture d’importation de la matière première (50% des matières
plastiques consommées au niveau national sont importées), la création de richesses, de revenus.
Notons toutefois que les déchets plastiques valorisés sont des coûts de traitement évités à la
commune, chargée des la gestion des déchets plastiques intégrés dans les déchets ménagers et
assimilés6.
Enfin sur le plan social, cette activité est capable de générer des emplois et des
revenus, permettant ainsi l’insertion sociale et l’amélioration de la santé publique et du cadre de
vie. En somme, la valorisation des déchets plastiques permet de réaliser les trois objectifs
principaux du développement durable, en l'occurrence, la protection de l'environnement,
l'efficacité économique et l'équité sociale. Dans cet article, les activités de valorisation des
déchets plastiques sont inscrites au niveau local, c'est la raison pour laquelle nous avons lié les
deux concepts: valorisation des déchets plastiques et développement local durable.
Face à la défaillance de politique publique de gestion des déchets, centrée exclusivement
sur l'enfouissement, une dynamique prometteuse est observée, dans la wilaya de Tizi-Ouzou,
dans le domaine de la valorisation des déchets plastiques avec des effets non négligeables
notamment en matière de création d’emplois, d'insertion sociale, de réduction de la quantité des
déchets à transférer aux CET, etc. Cette activité est en plein développement mais problématique
suite essentiellement à la complexité de cette matière et aux pratiques artisanales développées au
niveau local.
La présente contribution se pose ainsi l’interrogation suivante : dans quelle mesure la
valorisation (récupération et recyclage) des déchets plastiques a un rôle à jouer dans le
développement local et durable d'un territoire, en particulier la wilaya de Tizi-Ouzou?
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