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Une notice historique sur la Kabylie (1857)




N’étant pas historienne, je ne prétends pas donner une presentation digne de ce nom sur un document relatif à l’histoire d’une région de l’Algérie, la Kabylie occidentale communément appelée la grande Kabylie. Ce texte n’est pas un inédit et les circonstances de sa découverte sont très simples. Alors que je faisais des recherches sur l’iconographie algérienne du XVIIIème et du XIXème siècles, le hasard a voulu que je trouve cet article dans l’Illustration . Cette édition monumentale, où il est imprimé, n’a aucune prétention scientifique ; si bien que ce texte n’est jamais cité d’aucun historien s’intéressant à cette période mouvementée de l’histoire de l’Algérie, période  allant de 1509 à 1830.

Si Saïd Boulifa, auteur du Djurdjura à travers l’Histoire  n’en a fait aucune mention ; et il en fut de même du Père Henri Genevoix dans sa Légende des rois de Koukou : Sidi ’Amer ou-Elqadi, Sidi Hend le Tunisien .

Ce document est de 1857. Et cette date a son importance : ce fut le parachèvement de la conquête française de l’Algérie du Nord et la plus grande défaite que les populations du Djurdjura n’avaient jamais essuyée face à une puissance militaire supérieurement armée. La Kabylie qui avait soutenu une longue résistance fut donc, en cette année de 1857, un sujet d’actualité : plusieurs gazettes parisiennes ouvraient leurs colonnes sur ces hauts faits d’armes, les « mœurs et coutumes des Cabiles (sic) » et les « Voyages, pittoresques en pays kabyle ».

L’auteur a voulu,écrire une esquisse historique très circonscrite géographiquement puisqu’il se borna à étudier le seul village de Tizi-Ouzou , et ses environs. C’est l’introduction à cette esquisse qui est publiée ici. Cette dernière est le résultat de la compilation de divers éléments historiques plus ou moins connus ; il s’agit soit d’éléments tirés des sources livresques  soit des renseignements pris de la tradition orale kabyle ou encore, avec quelques allusions, l’auteur dut consulter quelques chroniques (en arabe) conservées dans des papiers de familles ou appartenant à des éta-blissements d’enseignement religieux, (Zaouïas).

Apparemment, très prudent, Gustave Rey, l’auteur de cette, note, dans son investigation, n’a pas youlu remonter à la nuit des temps. Il commença sa, notice par le moment de l’installation des Turcs en Algérie, dans les débuts du XVIème siècle, et avec l’établissement de la Régence d’Alger dès 1516, date à partir de laquelle la Kabylie entretint avec le pouvoir central des rapports le; plus souvent belliqueux. Mais il arrivait que la position des uns et des autres change.par moments ; par exemple avec Ali Khodja Dey qui pratiqua ouvertement une politique pro-kabyle et scellant 1’alliance avec les Ben Zaâmoum, famille aristocratique des Flissa Oum-lil, et avec l’aide des contingents Zouaoua, il mâta durement la rébellion des janissaires d’Alger en 18l7.

Hussein Dey lui succédant (1817) avait une politique plus ambivalente. Le nouvel agha des Arabes, Yahia, qu’il nomma, guerroya contre les Aït Djennad pour fournir le bois nécessaire aux constructions navales. Il mena aussi plusieurs campagnes contre les Ameraoua du Sébaou et les Guechtoula de la cuvette de Boghni mais sans grand succès (1824).

Cet article introductif qui va suivre est un panorama bref mais dense où. sont jetées de nombreuses indications et en particulier celles relatives à l’histoire de la domination turque qui commence à être mieux connue de nos jours.
Nous espérons que cette note puisse constituer une nouvelle pièce à verser au dossier de l’Histoire de la Kabylie ...
et de l’Algérie.



  L’Illustration, 1857


L’origine du peuple kabyle remonte à des temps assez reculés et n’a pas encore été dégagée de certaines obscurités qui jusqu’ici n’ont pas permis de la déterminer d’une manière satisfaisante. Au point de vue physique, le Kabyle diffère sensiblement de l’Arabe, dont il ne parle pas même la langue ; de plus, il n’observe que bien imparfaitement la religion musulmane comme culte, moins encore comme loi civile. Si l’on considère, en outre, que le même peuple, à quelques nuances près, se rencontre sur tous les points où les habitants du pays ont pu trouver un asile au moment des invasions, il est permis de supposer qu ’à une certaine époque, il a dû occuper la plaine et la montagne.

Son histoire, si jamais elle peut être faite d’une manière précise, jettera sans doute un jour nouveau sur les événements qui ont suivi l’occupation romaine dans le nord de l’Afrique. Le but de cette notice n’est pas aussi ambitieux. Nous nous proposons seulement de donner quelques détails historiques sur le bordj de Tizi-Ouzou, occupé anciennement par les Turcs, et qui sert aujourd’hui de base d’opérations à nos colonnes déjà victorieuses. Mais, en bornant cette étude à de si minimes proportions, nous avons l’espoir que notre introduction dans le pays, notre contact plus intime avec la population, feront découvrir dans les anciennes zaouïas quelques monuments littéraires, quelques vieux manuscrits, dans lesquels des officiers studieux puiseront les éléments de nouveaux travaux qui viendront s’ajouter, en les complétant, aux œuvres si remarquables de MM. Daumas et Carette.

Vers le milieu du seizième siècle, les Turcs n’avaient point encore pénétré dans la vallée des Amaraouas : le pays était complètement indépendant. L’histoire raconte que la direction générale des affaires était entre les mains d’un marabout, Si-Ameur-el-Cadhi, surnommé Bou-Khetouche, l’homme à la lance ; on dit que, venu de l’est, il s’établit à Temgout, le pic le plus élevé de la montagne qui s’étend le long de la mer de Dellys à Bougie.

Le marabout dut sa position dans la vallée des Amaraouas à une grande influence religieuse qu’il avait su se créer par son savoir et aussi, dit-on, par quelques miracles. Déjà, à cette époque, le Kabyle aimait peu à payer l’impôt et à obéir ; à ce sujet on raconte l’anecdote suivante :

« Bou-Khetouche, dit la chronique, avait un éléphant qui mangeait une forte charge de fèves tous les jours ; cet appétit pesait aux Kabyles appelés à le satisfaire : on résolut de se plaindre. Mais Bou-Khetouche était craint ; aussi, celui qui, dans la députation, porta la parole ne put-il d’abord articuler que le mot… éléphant. Quand le marabout le regardant fixement, le pria de continuer, le Kabyle, saisi par la peur, ne se sentit pas le courage d’achever sa première pensée : Comment, ô seigneur ! lui dit-il, n’as-tu qu’un seul éléphant, au lieu d’en avoir deux ? Bou-Khetou-che de répondre : Qu’à cela ne tienne, mes bons serviteurs, vous serez satisfaits… Mais bientôt des troubles éclatèrent… ».

Le narrateur ne manque jamais d’ajouter que la charge de fèves était l’impôt ; l’éléphant et son maître, le fisc et le pouvoir, toutes choses dont le Kabyle a toujours été l’ennemi juré.

A la mort de Bou-Khetouche, le calme n ’était pas encore rétabli ; deux grands partis s’étaient formés :les tahta et les fouaga (ceux du bas de la vallée et ceux du haut). Cette division a joué un grand rôle dans le pays, même depuis notre arrivée.

Malgré ces circonstances désavantageuses, le fils de Si-Aameur, Sid-Hamed-el-Tunsi (le Tunisien), également appelé Bou-Khetouche, parvint à reprendre une certaine influence sur les populations ; il voulut même fixer son autorité plus que ne l’avait fait son père : dans ce but, il fit élever un bordj (espèce de fort), dont les ruines se voient encore aujourd’hui à côté de la smala de Tizi-Ouzou, sur un mamelon dit Bordj-el-Ahmer (le fort rouge).

Cependant, les Turcs s’avançaient toujours, lentement il est vrai, vers la grande Kabylie, en suivant les vallées et le pays facile.

Des Issers, ils pénétrèrent dans la rivière des Amaraouas, dans sa partie inférieure où elle porte le nom de Oued-Nessa. Ils y bâtirent un premier bordj à Merissa, et en élevèrent bientôt un autre dans une forte position, sur les bords mêmes de la rivière, au point où elle se trouve reserrée entre la montagne des Flissat-oum-Ellil et celle des Beni-Ouaguenoun ; ce dernier devint par la suite le centre du commandement que les conquérants organisèrent dans le pays.

Les premières troupes d’occupation furent fournies par le bey de Tittery, Médéah, et ce n’est que plus tard que le caïdat du Sebaou releva directement d’Alger.

Ce fut vers la fin du seizième siècle que les Turcs se trouvèrent aux prises avec Bou-Khetouche dans les environs de Tizi-Ouzou.

Les premières luttes eurent lieu sur les bords de l’oued Bou-Doura, à l’endroit où Ali-ou-Khodja, qui commandait les Turcs, institua plus tard un marché qui prit son nom. Ce marché a depuis été rapproché de Tizi-Ouzou et jusqu ’à ces derniers temps, avait conservé le nom de son fondateur.

Bou-Khetouche, après des succès disputés, dût céder du terrain dans la plaine.

Ce fut alors que, pour assurer sa conquête, Ali-ou-Khodja bâtit en avant de Tizi-Ouzou, sur la rive droite du Sebaou, un bordj qui reçut le nom die Tazzat. Il y laissa une garnison qui, pour des raisons que nous verrons plus tard, ne put le conserver.

Hassein succéda à Ali-ou-Khodja, son père, comme Caïd du Sebaou. Son histoire ne présente pas de faits saillants.

A la même époque il y avait pour bey de Médéah un, homme de la même famille, le propre neveu de Hassein. Ce chef qui, dans sa jeunesse, avait fait ses études chez les Beni-Rater, et, par suite, connaissait parfaitement le pays, fit de grands efforts, une fois arrivé au pouvoir, pour étendre sa domination en Kabylie.

On raconte qu’ayant réuni des forces considérables, il parvint un jour à faire une razzia sur un marabout important des Beni-Raten, Si-Asklaoui, dont on aperçoit encore la Koubba blanche sur les premiers contre-forts de la montagne. Mais le marabout se vengea par un miracle : il obtint que lces cheveux et les seins de son ancien disciple, qui n’avait pas respecté sa propriété, fussent changés en cheveux et en seins de femme. Il va sans dire que Mohamed, c’était le nom du bey, se repentit et obtint son pardon, après toutefois avoir rendu les troupeaux qu’il avait enlevés et en y ajoutent une belle propriété dans la plaine qui porte encore le nom de Si-Asklaoui.

Malgré cet échec, et peut-être pour prendre sa revanche, le bey Mohamed tourna ses armes contre les Beni-Djenned ; mais, il n’obtint aucun résultat. Quelques autres tentatives sur d’autres tribus ne furent pas plus heureuses.

Tous ces insuccès augmentèrent naturellement la confiance des Kabyles : ils devinrent entreprenants, et bientôt ce furent les Turcs qui eurent à se défendre dans le bordj de Tazzat.

Les difficultés qu’ils éprouvèrent à le secourir et à le ravitailler, plusieurs accidents arrivés à la garnison démontrèrent. d’une manière évidente que cette occupation avait été poussée trop en avant et n’était pas suffisamment reliée au bordj Sebaou. Son abandon fut arrêté.

Le bey choisit, pour en construire un autre, une belle position militaire à environ 8 kilomêtres en arrière, vis-à-vis l’ancien bordj El-Ahmer, au point dit de Tizi-Ouzou (Col des Genêts)

Cette nouvelle position présentait le double, avantag d’être parfaitement à l’abri des insultes des Kabyles et de commander un grand nombre de communications.

La construction du bordj de Tizi-Ouzou fut plus soignée que ne l’avait été celle du, bordj de Tazzat ; il fut armé d’une di zaine de gros canons en fonte. Ces pièces, débarquées à Dellys, furent traînées sur le sable jusqu’à Tizi-Ouzou par les populations, au moyen de cordes et de rouleaux en bois. Un rez-de-chaussée servait de logement à la troupe ; l’officier avait un appartement au-dessus de la porte d’entrée. La terrasse dus rez-de-chaussée, soutenue par des voûtes solidement établies, formait une plate-forme en arrière des murs percés de créneaux ; une vaste citerne pouvait fournir de l’eau à la garnison pendant plusieurs mois, en cas de siège. Il y avait, en outre, dans l’intérieur, un moulin à blé, mû par un mulet et un four pour la cuisson du pain.

La garnison n’était pas nombreuse ; aussi n’avait-elle d’autre mission que de garder le fort et ne prenait part, dans aucune circonstance, aux expéditions qui pouvaient avoir lieu contre les Kabyles. Elle se composait de trois seffare de vingt-cinq hommes chacune, commandées par un agha. Elle relevait directement du Bach-Agha commandant des troupes d’Alger, et était changée tous les ans.

Les cadres de la nouba étaient assez nombreux, et l’organisation de ce détachement semble assez bien entendue ; ainsi il y avait :

    • Un agha, commandant en chef ;
    • trois kahia ou chefs de seffra ;
    • un chaouch, pour l’exécution des ordres et pour les peines disciplinaires ;
    • un khodja, chargé des écritures ;
    • un oukil-el-herdj ou fourrier de distribution ;
    • un oudabachi, chargé de la police extérieure du détachement ;
    • un bouab ou portier.

Comme accessoires :

    • Un pétrisseur, Kabyle ;
    • un chtabi, Kabyle pour aller au bois ; un saqua, Kabyle pour aller à l’eau,
    • et trois mulets : un pour le moulin, un pour l’eau, un pour le bois.

Le détachement tirait les vivres du Bordj Sebaou ; ils consistaient en blé, en deux moutons chaque semaine, et une prestation de savon tous les mois. La solde était de 37 fr. 50 c. par mois.

Cette nouvelle installation complètement achevée, le bey Mohamed voulut tenter encore le sort des armes contre les Beni-Raten ; mais il ne fut pas plus heureux que dans ses précédentes entreprises contre cette tribu, et il trouva la mort dans un combat à Tala-Amara.

On prétend qu’il est enterré sur la route du Corso, à un marabout qui porte le nom de marabout Si-Mohammed-el-Debbah (le Tueur), ce qui se rapporterait assez à la mémoire qu’il a laissée d’un homme cruel et vindicatif.

A partir de ce moment, les Turcs n’ont pas fait un progrès dans le pays : toutes leurs tentatives pour pénétrer dans la montagne ont été inutiles, et, suivant la valeur du caïd du Sebaou, ils ont eu pour alliés ou pour ennemis les gens de la plaine en avant de Tizi-Ouzou.

C’est ainsi que, sous le successeur du bey Mohamed, l’agha Ali-ou-Bousebaa amène, à sept reprises différentes, les Turcs contre Flisset-oum-Ellil, et qu’à chaque fois ils sont repoussés avec des pertes considérables.

Nous n’entrerons pas dans le détail des révoltes, des luttes et des coups de main qui eurent lieu sous les caïds Brahim, Hamed, Osman, Ouznadji, Hadj-Hassen, et dix autres qui se succédèrent jusqu’en 1714, époque à laquelle l’agha Mustapha fut défait aux Ouled-Aïssa-Mimoum.

C’est à partir de ce moment que la famille des Ouled-ou-Kassi, dont nous ne pourrons plus maintenant séparer l’histoire de celle de la Kabylie, commence à jouer un rôle important.

Ce fut Saïd-ou-Kassi qui, en 1799, fit échouer une entreprise des Turcs sur Aqaoudj des Beni-Ouaguenoun.

En 1809, son fils, Mohamed-ou-Kassi, battit la célèbre agha Yahia à Makouda.

On conçoit que les succès que la famille des Ouled-ou-Kassi avait fait remporter successivement aux Kabyles sur les Turcs ont dû la placer bien haut dans l’opinion, et qu’elle en avait retiré une influence qui devait faire ombrage aux conquérants du pays. Ils résolurent de l’anéantir, ou au moins de l’abattre pour un temps assez long, en arrêtant la perte de Mohamed-ou-Kassi ; tous ses enfants étaient en bas âge, et l’on espérait que de longtemps ils ne pourraient venger la mort de leur père.

Le caïd El-Hadj-Ismaël, qui commandait à Bordj-Sebaou, chercha donc à l’attirer dans un piège ; mais ses intentions ne purent échapper complètement au chef kabyle qui, pendant assez longtemps, parvint à éviter les occasions de se rencontrer avec son ennemi. Il fallut, pour le forcer à se compromettre, une circonstance de guerre à laquelle il ne put se soustraire, sous peine de nuire à sa réputation et de se déclarer en état de rébellion.

Le chef turc parlait depuis quelque temps de l’état d’insoumission de certaines tribus du Hamza, et annonçait qu’il serait probablement dans l’obligation de leur infliger un châtiment qui devait consister, suivant l’habitude, en un enlèvement de leurs troupeaux et de quelques prisonniers.

Un jour donc, par un ordre exprès, il convoqua tous les chefs et tous les cavaliers, et leur donna rendez-vous au bordj Sebaou, d’où l’on devait se mettre en route pour aller surprendre l’ennemi.

Bel-Kassem, quoique prévoyant le sort qui l’attendait et malgré les avis qui lui furent donnés par quelques amis, ne crut pas pouvoir manquer au rendez-vous ; l’agha Allel, qui existe encore aujourd’hui, voulut le retenir jusqu’au dernier moment, ou au moins l’empêcher de monter au bordj rendre ses hommages au caïd, ainsi que cela se pratiquait, et d’accepter l’hospitalité que ce dernier offrait dans ces circonstances aux grands chefs du pays.

Bel-Kassem ne pouvait douter du sort qui lui était réservé ; il résolut alors de se venger avant de succomber ; à cet effet, contre l’usage reçu, au lieu de se désarmer complètement avant de pénétrer dans las appartements du caïd, il garda un pistolet qu’il dissimula dans le capuchon de son burnous.

Au premier abord, la réception sembla franche et cordiale ; on s’adressa les compliments accoutumés ; mais au moment de passer dans la salle où on devait être admis à la table du caïd, un mouvement parmi les chaouchs, l’introduction de quelques personnes que l’on n’avait pas l’habitude de voir pénétrer dans les appartements intérieurs indiquèrent qu’il allait se passer quelque chose d’extraordinaire.

Enfin le caïd turc prit la parole, et les premiers mots qu’il prononça ne laissèrent plus de doute sur ses intentions hostiles à l’égard d’un de ses invités. Bel-Kassem, sans hésiter, saisit alors son arme et frappa presque à bout portant celui qui avait juré sa perte ; lui-même et deux de ses amis tombèrent presque aussitôt sous les coups des chaouchs.

La nouvelle de cet événement se répandit vite, et les enfants de Bel-Kassem, conseillés par quelques amis qui savaient que la vengeance des Turcs ne se ferait pas attendre, se réfugièrent chez les Beni-Raten.

Le dey d’Alger ordonna, en effet, les mesures les plus sévères ; on mit à prix la tête des enfants ; les Beni-Raten furent sommés de les livrer, et leur mère fut mariée à un simple domestique de leur maison.

Les Beni-Raten ne voulurent pas livrer les enfants qui étaient venus chercher un asile dans leurs montagnes, et ils préférèrent subir les conséquences d’un blocus et de mesures sévères poussées même jusqu’à la cruauté.

Les fils de Bel-Kassem devenus grands, aidés de leurs parents revenus de leur première frayeur, et comptant sur l’inviolabilité du territoire kabyle, prirent l’offensive et jetèrent un défi aux Turcs en assassinant le mari que ceux-ci avaient donné à leur mère.

La colère de ces derniers, on le conçoit, se changea en fureur ; les actes de rigueur se multiplièrent et s’étendirent sur tout le pays kabyle, à tel point que la révolte devint presque générale et que le grand marabout Ben-Zamoun, auquel obéissait alors la tribu importante des Flissat-oum-Ellil, se déclara en insurrection.

Les Turcs comprirent alors qu’il fallait céder, car ils ne pouvaient songer à lutter contre ces populations soulevées en masse.

La grâce fut accordée aux enfants de Bel-Kassem.

En 1824, l’agha Yahia réussit une attaque contre les Ouled-Saïd, fraction des Beni-Ouaguenoun ; mais il échoua complètement dans une tentative contre les Beni-Djenned.

A l’arrivée des Français à Alger, la nouba et le caïd évacuèrent les bordjs, qui forent pillés par les Kabyles ; ceux-ci enlevèrent tout ce qu’ils purent, ferrailles, boiseries, etc. etc.

Ces positions ne servirent pas aux défenseurs du pays quand nous nous présentâmes dans cette vallée ; à plusieurs reprises nos colonnes sont venues les visiter, mais ce n’est qu’en 1851 que nous avons fait occuper le bordj de Tizi-Ouzou par le bach-agha Bel-Kassem-ou-Kassi, auquel, lors de sa soumission, on avait donné le commandement de la vallée du Sebaou.

En 1854, on a ajouté au bordj quelques constructions, mais ce n’est que l’année dernière que nos troupes l’ont occupé définitivement et ont jeté les bases d’un établissement qui prend chaque jour un développement sensible, et sera bientôt d’une grande importance agricole et commerciale.

L’ensemble du bordj turc et des constructions nouvelles constitue un solide établissement militaire qui est la clef de la vallée du Sebaou ; une ligne à crémaillère, transversale à la vallée, protège le fort et le village naissant contre tout coup de main, et vient se relier au bastion sud-est des fortifications en pierre. L’enceinte bastionnée du fort renferme des bâtiments qui peuvent s’approprier, suivant les circonstances, à des dépôts de vivres, de malades, ou au logement de troupes valides. Mille hommes, et tout l’accessoire personnel et matériel qui comporte ce chiffre, pourraient y être installés. Des pavillons confortables abritent les officiers, et une poudrière solide et capable permet un approvisionnement de munitions considérable.

Tout cet ensemble de constructions se trouve sur un des points culminants du col, et sur le col même s’élève tout à coup, et comme par enchantement, le village proprement dit ; les deux parties qui le composent ont pour trait d’union le jardin des Zouaves, ainsi nommé parce que leurs pioches, leur sueur et leur intelligence l’ont fait, bien qu’il soit encore inachevé, ce qu’il est aujourd’hui. La sollicitude éclairée de l’autorité supérieure a favorisé de tout son pouvoir la prompte et solide installation des colons, qui, grâce aux travaux déjà, exécutés, pourront, l’an prochain, braver l’hiver le plus rigoureux.

← Cour intérieure et maison kabyle (Fin du XIXe siècle)

Description de l'image par IA : Femmes kabyles dans une cour, fin XIXe siècle. Une femme debout tenant un plateau, d'autres assises cuisinant.Cette photographie en noir et blanc représente une cour intérieure et une maison kabyle à la fin du XIXe siècle. Au premier plan, une femme vêtue d'une robe traditionnelle kabyle se tient debout, tenant un plateau. À côté d'elle, deux autres femmes sont assises sur le sol, occupées à cuisiner dans des marmites.


La cour est entourée de murs en pierre brute, avec des objets divers tels que des paniers et des récipients éparpillés autour. En arrière-plan, plusieurs autres femmes et enfants sont perchés sur une structure rocheuse, observant la scène en contrebas.

L'ambiance générale de l'image évoque la vie quotidienne et les activités traditionnelles d'une famille kabyle à cette époque.
Sous le canon de la place se tient, tous les samedis, le marché du Sebt, très fréquenté et abondamment pourvu de tout ce qui peut intéresser les populations environnantes : bestiaux, chevaux, mulets, étoffes, armes, fers, laines, cuirs, etc., etc., tout s’y trouve, jusqu’aux aiguilles et aux petits miroirs du juif ambulant. Le mamelon de Tizi-Ouzou, comme tous ceux qui soulèvent en vagues la plaine du Sebaou jusqu’au Djebel-Faraoun, est nu comme un nid d’hirondelle.

Pas un arbre, pas un arbuste ; à peine une rare broussaille servant de limite à deux champs ; mais en revanche le massif du Djebel-Belloua s’élève majestueusement entre Tizi-Ouzou et le Sebaou, comme pour protéger le fort contre le vent du nord.

Ses flancs boisés, verdoyants et broussailles reposent l’œil lassé de la monotonie de la vallée ; la riche et vaste smala des Tizi-Ouzou étale ses nombreux gourbis sur les premières pentes du Belloua (le Bach-agha y a sa demeure en pierre).
Si vous avez un jarret de zouave ou de chasseur de chamois, montez ces pentes rapides, et vous serez dédommagé en arrivant au sommet.



Gustave Rey : Payeur adjoint de l’armée d’Afrique.
Source : Latifa Sahli et Gustave Rey - Cairn Info ( https://shs.cairn.info ) - 03 Jan 2023



 

 

 

 

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