Kabylie : Géographie ↓

La Kabylie, principale région berbérophone d’Algérie, occupe une place très particulière dans l’ensemble du monde berbère contemporain ; cette situation justifie une attention particulière, avec un dossier considérable qui rassemble 18 notices – et qui bien sûr est loin d’être exhaustif ! Le poids démographique de la Kabylie, son rôle dans l’histoire récente de l’Algérie, l’importance et le dynamisme de ses élites de tous types, son rôle décisif dans l’émergence de la conscience et de la revendication berbères contemporaines en font, à tous égards, une région phare du monde berbère. Les évolutions actuelles et à venir de la Kabylie seront sans aucun doute déterminantes pour l’avenir et la survie même de l’identité berbère, bien au-delà des frontières de l’Algérie.
On s’est attaché à présenter dans ce dossier les aspects les plus structurants, sur la longue durée, de la société kabyle et de son histoire ; ceux aussi qui permettent de rendre compte de ses évolutions récentes, en évitant cependant les pièges d’une actualité chaude, aux développements et à la signification incertains. La Kabylie, à l’évidence, est porteuse d’avenirs multiples.
La plupart des contributions étant conséquentes, elles ont été organisées en notices indépendantes, pour éviter une notice « Kabylie » énorme, subdivisée en de trop nombreuses rubriques et sous-rubriques.
La (ou les) Kabylie(s) forment un segment du système montagneux de l’Atlas tellien du Nord-Est de l’Algérie. C’est un véritable isolat géographique et physique, semblable à une oasis dans le désert ; – ne l’appelle-t-on pas la « Suisse africaine » ou « l’Auvergne africaine » ?
Les géographes ont l’habitude de distinguer plusieurs « Kabylies » : Grande-Kabylie, Petite Kabylie et Kabylie de Collo ou numidique. Elles sont toutes « comprimées » entre quatre grands espaces naturels : la Méditerranée au Nord, les Hauts Plateaux au Sud, l’Algérois à l’Ouest et le Constantinois à l’Est. Elles correspondent au Tell de l’Algérie orientale, soit 13 000 km2 (0,6 % du territoire de l’Algérie).
Cette chaîne de montagnes berbérophones se subdivise, d’Ouest en Est, en quatre massifs : la Kabylie du Djurdjura à l’Est d’Alger ; la Kabylie des Babors sur la rive droite de la Soummam ; la Kabylie des Bibans à l’Est de l’Oued Sahel ; la Kabylie de Collo ou numidique à l’Ouest de Annaba et au Nord du Constantinois.
Les Kabylies constituent une région naturelle homogène par ses traits physiques (90 % de relief montagneux), son climat (plus de 1 000 mm par an de pluviométrie), sa couverture végétale (60 % de forêts et maquis), son peuplement (densité supérieure à 250 habitants au km2), son habitat, sa langue (berbère), son histoire récente (ex-wilaya III de l’ALN-FLN), ses sols et sous sols, son économie trop pauvre pour fixer sur place et nourrir des millions d’habitants, son degré élevé de sismicité.
Par simplification, les géographes les désignent aussi par deux autres vocables : « Kabylie occidentale » et « Kabylie orientale ». La première englobe la Kabylie du Djurdjura ainsi que la Basse-Kabylie, espace géographique situé entre la plaine de la Mitidja à l’Ouest et le massif du Djurdjura à l’Est. La seconde, qualifiée de Petite-Kabylie est composée de la vallée de la Soummam-Sahel, des Babors, des Bibans et du massif numidique.
► La Haute-Kabylie dite Grande-Kabylie (3 000 km2)
Est délimitée au Nord par la mer Méditerranée (100 km de littoral desservi par la RN24, comptant trois petites agglomérations portuaires : Dellys, Tigzirt et Azzefoun), à l’Ouest par la dépression formée par l’oued Sahel, et au Sud/Sud-Est par la chaîne du Djurdjura, en arc de 60 km de longueur environ, culminant à 2 308 m, au sommet de Lalla Khedidja. La « capitale » régionale étant Tizi-Ouzou.
Entre le Djurdjura (traversé par six cols) et la Méditerranée, l’espace est divisé en plusieurs zones naturelles : le massif littoral, la dépression du Sébaou (asif n Ɛemrawa, asif n Sabaw) longé par la RN12, le massif central traversé par plusieurs oueds et axes routiers longitudinaux, la dépression de Draa El Mizan, longée par la RN30.
► La Basse-Kabylie dite Petite-Kabylie (5 000 km2)
Est divisée en quatre zones géographiques homogènes :
• La dépression centrale formée par la vallée Sahel-Soummam, longée par la RN 26, reliant la ville portuaire de Bejaia ou Bgayet (l’ancienne capitale des Hammadites) à Bouira (Tubirett), porte des Hautes-Plaines orientales ; • Le versant Sud du Djurdjura formant la limite occidentale avec la Grande-Kabylie ; • La chaîne des Babors à l’Est, culminant au sommet du « Grand-Babor » à 2004 m ; elle sépare la wilaya de Bejaia de celle de Jijel ; • La chaîne des Bibans au Sud-Est (traversée par la RN5) ; elle sépare la Petite-Kabylie du Constantinois et du Hodna et la wilaya de Bordj-Bou-Arreridj de celles de Bejaia et Bouira. Elle culmine à 1 840 m au sommet du Djebel Maadhid ou Aguergour (Agergur).
► La Kabylie de Collo et la chaîne numidique (3 000 km2) :
C’est la région la plus arrosée d’Algérie, avec plus de 1 200 mm/an ; le massif est fortement boisé ; mais les densités démographiques sont nettement moins élevées que celles des Grande et Petite Kabylies. Trois oueds du Constantinois y prennent leur source : Rhummel, Oued El Kebir et Safsaf.
Qualifiés d’espaces « refuges » pour les populations berbérophones et d’espaces de « résistance » aux agressions externes, les Kabylies sont effectivement des « balcons » dominant la Méditerranée, la Mitidja, les Hauts-Plateaux ainsi que les profondes vallées intérieures ou littorales, véritable couloir de pénétration des envahisseurs.
Les Kabyles ne tournent pas volontairement le dos à la mer ; ce sont les Ottomans, puis les Français qui leur ont interdit le littoral, l’accès à la Méditerranée, aux métiers de la pêche et du commerce extérieur, devenus des activités exclusivement coloniales.
Le chapelet de massifs montagneux humides, salubres et forestiers, constitue un véritable « château d’eau », alimentant le réseau hydrographique régional. L’importante pluviosité et les chutes de neige hivernales assurent à elles seules l’essentiel de l’offre hydraulique pour des millions d’habitants.
Pays d’arboriculture, d’artisanat et de cultures domestiques, les Kabylies sont habitées par des populations villageoises sédentaires, en cours d’urbanisation. La pauvreté du sol et du sous-sol est compensée par le travail de l’artisanat traditionnel, le commerce, l’émigration et l’exode rural. Les populations kabyles constituent pour le reste de l’Algérie un gisement de main-d’œuvre et un réservoir de consommateurs à pouvoir d’achat de plus en plus élevé.
Malgré les fortes densités démographiques (400 hab/km2 dans la wilaya de Tizi-Ouzou), les montagnes kabyles n’ont pas sécrété de grandes villes. Mais depuis les années 1970-1980, avec les programmes de développement économique et social et les apports du secteur privé, on assiste à l’émergence d’un véritable réseau urbain, relativement dense, animé par plusieurs villes moyennes telles que : Tizi-Ouzou, Bejaia, Bouira, Bordj Bou Arreridj, Jijel, Mila, Sétif, Skikda et Boumerdes. L’urbanisation des populations croît d’année en année ; en 2003, on estime la population urbaine des massifs kabyles à plus de 40 % (contre 60 % à l’échelle nationale).
► Au plan administratif :
Les Kabylies sont divisées en neuf wilayas (départements) : Tizi-Ouzou, Bejaia, Bouira, Bordj Bou Arreridj, Jijel, Mila, Setif, Skikda et Boumerdes ; ceci correspond en gros à l’ancienne Wilaya III de l’ALN-FLN.
Tous les axes routiers, des routes nationales aux pistes dites agricoles ou sociales, sont devenus des « couloirs » de développement et/ou d’aménagement ; ce sont eux qui portent la croissance de l’habitat, des activités économiques, des villages et des agglomérations urbaines. Le réseau électrique dessert 97 % des foyers ; la plupart des milliers de villages sont couverts par la carte scolaire et la carte sanitaire ; le réseau routier désenclave la quasi totalité des villages que comptent les Kabylies.
► L’environnement :
Est actuellement fortement dégradé par toutes sortes de pollutions : urbanisation sauvage, paysages saccagés, déforestation massive, exploitation agressive des sables des plages et des oueds, exploitation anarchique des carrières des massifs montagneux et forestiers, déchets industriels, ordures ménagères, gravats, effluents des huileries et des stations-service, « casses » autos sauvages, dégradation des monuments antiques et des villages traditionnels, absence de politique de reboisement...
L’offre touristique des Kabylies :
Est riche et variée : mer et montagnes, plages et forêts, pêche et chasse, randonnées et ski en hiver (stations de Tikjda et Tala-Guilef), artisanat (bijoux de Beni-Yenni, poteries de Maatkas et Ait-Yaala, tapis des Ait-Hichem...), paysages, faune et flore, us et coutumes, costumes et architecture, fêtes et folklore, cuisine, etc.

Wilaya III (Historique)
Tous les axes routiers, des routes nationales aux pistes dites agricoles ou sociales, sont devenus des « couloirs » de développement et/ou d’aménagement ; ce sont eux qui portent la croissance de l’habitat, des activités économiques, des villages et des agglomérations urbaines.
Le réseau électrique dessert 97 % des foyers ; la plupart des milliers de villages sont couverts par la carte scolaire et la carte sanitaire ; le réseau routier désenclave la quasi totalité des villages que comptent les Kabylies.
Géographiquement la wilaya III historique s’étendait de Boumerdes à Aokas sur le bord de la Méditerranée ; à l’Est, de Aokas à Sétif en suivant le tracet de la RN9 jusqu’à Boussâada ; au sud, de Boussâada à Sour El-Ghozlane et Bouira ville et à l’ouest, de Bouira à Boumerdes via Lakhdaria.
C’est un bloc de montagnes escarpées, disséqué par des rivières et ruisseaux et coupé en deux par le profond sillon de la Soummam, séparant la Grande Kabylie, tournée vers l’ouest, et la Petite Kabylie, tournée vers l’est. Elle est plus petite mais non moins importante que la précédente, du fait de la densité de sa population autochtone et de la faiblesse de la population européenne, de son homogénéité culturelle berbère (sauf sur ses marges arabophones) et de la précocité de l’implantation du nationalisme.
En effet, le nationalisme algérien est né parmi les travailleurs émigrés en France dans l’entre-deux-guerres, en très grande majorité des Kabyles.
Si la région n’a participé que marginalement à l’insurrection du 8 mai 1945, des militants ardents se préparent à passer à l’action dans la nuit du 22 au 23 mai en Kabylie. Certains se réfugient dans le maquis et y restent jusqu’en novembre 1954. La Kabylie est alors la première organisation régionale du FLN, la plus dense du point de vue de la concentration des hommes dans les années 1957-58, au début de l’insurrection elle compte environ 450 hommes armés, elle fournira, à plusieurs occasions des unités de combattants pour aider les wilayas limitrophes. Mais son chef, le maquisard Krim Belkacem, évite les actions spectaculaires pour, dira-t-il, ne pas l’exposer à la répression avant d’avoir obtenu le soutien de toute la population kabyle. En août 1956, il organise le congrès de la Soummam.
Les Chefs ( Allah Y Arham Houm Ouyarham Chouhadas )
• 1955 : colonel Krim Belkacem. Assassiné à Francfort-sur-le-Main
• 1957 : colonel Saïd Mohammedi (alias Si Nacer). Décédé le 05 décembre 1994
• 1957 : Commandant Saïd Yazourene ( alias Si Saïd / Vrirouche ). Décédé le 5 janvier 1988
• 1958 : colonel Amirouche. Tué au combat en mars 1959
• 1959 : colonel Abderrahmane Mira. Tué au combat en novembre 1959
• 1959-1962 : colonel Mohand Oulhadj. Décédé en décembre 1972
Source : Algérie Profonde -
