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04 - Kabylie en flammes : Le combat
silencieux des femmes résistantes

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ARTICLE 04

Kabylie en Flammes : Le Combat Silencieux des Femmes Résistantes


Par : Si Hadj Mohand Abdenour (academia.edu)


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M E N U


Femmes résistantes .................................... Page 01
Fellak Louiza ................................................ Page 08
Guenif Louiza ............................................... Page 18
Aroua Turkia ................................................. Page 23

Si Hadj Mohand Abdenour .......................... Page 29


Dans les montagnes de Kabylie, là où les villages s’accrochent aux pentes comme pour défier le vent et l’occupant, la résistance ne se limitait pas aux fusils et aux embuscades.
Elle vivait aussi dans les gestes discrets, les pas rapides, les regards silencieux des femmes.
Elles n’avaient ni uniforme ni grade, mais leur courage tenait debout tout un peuple.

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Amrane Djamila – La poseuse de bombes à Alger

Amrane Djamila fut l’une de celles qui acceptèrent les missions les plus périlleuses.
À Alger, elle participa aux opérations clandestines en déposant des charges explosives dans des lieux stratégiques.
Elle se fondait dans la foule, avançant avec sang-froid, consciente que chaque mission pouvait lui coûter la vie.
Son engagement, risqué et déterminé, fit d’elle une figure essentielle de la lutte urbaine.


Amrane Ouerdia – L’infirmière des maquis et la passeuse
de produits pharmaceutiques

Amrane Ouerdia était infirmière, formée aux gestes essentiels qui sauvent des vies.
Elle joua un rôle crucial dans le soutien médical aux maquisards.
Grâce à sa position, elle parvenait à approvisionner les maquis en produits pharmaceutiques, indispensables pour soigner les blessés : pansements, antiseptiques, médicaments, matériel de suture.
Ces produits, elle les obtenait en puisant discrètement dans les stocks du camp militaire français, avec la complicité de quelques collaborateurs qui, malgré les risques, refusaient de servir aveuglément l’occupant.
Elle transportait ensuite ces fournitures à travers les sentiers de montagne, consciente que chaque flacon pouvait sauver une vie.

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Asma Ouerdia – La gardienne de l’abri clandestin

Asma Ouerdia n’était pas seulement une passeuse d’armes et de vivres. Elle gérait un abri clandestin, un refuge secret où les maquisards pouvaient se reposer, se cacher ou se soigner.
Elle organisait les rotations, surveillait les alentours, cachait les armes dans des niches de pierre et veillait à ce que chacun ait de quoi manger.
Grâce à elle, de nombreux combattants purent survivre aux périodes les plus dangereuses.

Abed Zineb – L’ombre courageuse de l’Opération Jumelles

Pendant l’Opération Jumelles en 1959, Abed Zineb assurait l’approvisionnement des maquisards, malgré les commandos de marche des patrouilles coloniales.
Elle transportait nourriture, eau et parfois médicaments, empruntant des chemins connus seulement des habitants.
Mais en 1959, près de Aït Ouatas, elle tomba dans une embuscade.
Tuée en pleine mission, elle laissa derrière elle l’image d’une femme droite et courageuse, morte pour que d’autres puissent continuer la lutte.

Chara Ouerdia – L’âme de l’approvisionnement alimentaire

Chara Ouerdia jouait un rôle vital dans la survie des maquisards : elle assurait l’approvisionnement en produits alimentaires.
Elle organisait un réseau de femmes qui cuisinaient en secret, économisant farine, huile et légumes pour nourrir les combattants.
Elle planifiait les trajets, choisissait les moments les plus sûrs et préparait souvent elle-même le pain la nuit.
Son travail nourrissait la résistance autant que les armes.

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Les autres femmes – Une résistance de survie

Il ne fallait pas confondre ces femmes engagées dans des missions précises avec les autres femmes du village, qui vivaient sous une menace permanente.
Celles qui ne pouvaient ni rejoindre les maquis ni participer aux réseaux clandestins étaient exposées aux violences et aux humiliations.
Pour se protéger, elles adoptaient une stratégie douloureuse mais efficace : elles se couvraient le visage et les vêtements d’excréments, de cendre, de bouse de vache, et portaient des habits sales et rapiécés pour paraître repoussantes.
Ce n’était pas un geste de honte, mais un acte de survie. Elles transformaient la répulsion en bouclier, la misère en protection.


Elles ont porté la liberté

Amrane Djamila, Amrane Ouerdia, Asma Ouerdia, Abed Zineb, Chara Ouerdia… Leurs noms ne figurent pas dans les manuels, mais ils vivent dans la mémoire des villages.
Elles ont résisté sans reconnaissance, sans protection, souvent sans sépulture.
Elles ont porté la lutte comme on porte un enfant : avec douleur, avec force, avec une détermination inébranlable.

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La Kabylie était en flammes.
Et dans ces flammes,
les femmes ont tenu la lumière.

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Fellak Louiza
une femme au PC
du colonel Amirouche


Par : Si Hadj Mohand Abdenour (academia.edu)




Aït El Mansour est un village accrocher au mamelon de Timesguida, face au Djurdjura et au Rocher du Zénith, Azro n'T'Hor.
C'est là que réside Fellak Louiza.

Un peu plus loin, un éperon de constitution argileuse et rocheuse s'avance vers la montagne.
C'est sur cet éperon, en position dominante, que fut installé en septembre 1956 le camp de la 2ᵉ compagnie du 6ᵉ Bataillon de Chasseurs Alpins, comme pour obstruer l'issue menant au village et contrôler tout mouvement dans la zone.
À l'extrémité de cette crête se dresse Iferhounène comme une garnison berbère, le plus grand village de la région.

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Quelques mois plus tard, en 1957, le mari de Louiza rallie les forces armées françaises, devenant harki.
Et c'est sur son instigation que toutes les sections de cette compagnie feu additionnellement dans la foulée de leur mission essentielle de réduire la rébellion, de la capture de Louiza un objet accessoire mais permanent.
Aussi, tu l'avais-il également une raison importante de s'en préoccuper, connaissant ses liens supposés avec certains éléments importants de la hiérarchie militaire du FLN, dont précisément le chef de secteur de l'ALN, Mohand Oussaid du village de Taourirt Ali Ouanacer ?
Quant aux raisons du choix de son mari de s'allier avec les forces coloniales, elles seront élucidées à la fin de cet ouvrage.

Pour l'instant, nous nous consacrons au témoignage de Louiza, qui avait pris le nom de guerre de Nouara Michelet, et qu'elle nous a confié de son vivant, quelques années seulement avant son décès.
Parallèlement, nos enquêtes auprès d'anciens maquisards et maquisardes nous ont permis d'établir la vérité, que nous vous livrerons avec fierté et engagement
Contrairement à ce que l'armée française imaginait, les maquisards ne la surveillait pas.
Ils l'avaient récupérée, elle et ses enfants, pour éviter qu'elle ne tombe entre les mains de l'ennemi.

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Ils savaient que, traquée par les sections du 6ᵉ BCA, ellerisquaitd'êtrearrêté, utilisée ou utilisée comme moyen de pression.
Ils l'avaient donc pris en charge, non par méfiance, mais par devoir et par solidarité.
Louiza dut quitter sa maison, ses terres, et laisser derrière elle sa petite fille de trois ans, important avec elle deux de ses enfants, âgés de 2 et 7 ans.
Cette séparation la déchira, mais la guerre impose des choix que seule une mère peut porter.
Son objectif était de rejoindre le PC du colonel Amirouche, situé à quelques kilomètres à vol d'oiseau, mais à une dizaine d'heures de marche en empruntant les sentiers de chèvres.
Le relief était impitoyable : oueds profonds, mamelons abrupts, adrets brûlants, ubacs sombres, végétation dense hérissée d'épines et de cactus.
Chaque pas était une lutte, chaque bruit un danger.
Avant d'atteindre Akfadou, elle fit halte quelques jours à Aït Antar, dans une famille recommandée par l'Organisation FLN.
C'est là que son plus jeune enfant, affaibli par la faim et l'épuisement, succombe à la malnutrition.
Ce drame la marqua à jamais, mais même la douleur d'une mère ne pouvait arrêter la marche de la guerre.
Après plusieurs jours et nuits d'errance, elle parvint enfin au PC d'Akfadou, où elle rejoignit un groupe de sept ou huit femmes.

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Ensemble, elles allaient vivre l'enfer des combats, prises entre le feu des maquisards et celui des soldats français.
À Agouni Boufay, fils Mohand serré contre elle, elle assista à une bataille rangée. Les explosions s'approchant de la montagne, les rafales déchiraient l'air.
Elle ne savait pas nommer les armes, mais elle comprit que plusieurs avions de chasse avaient été engagés.
C'est là qu'elle vit pour la première fois un soldat mourir, fauché par une pommade de mitraillette.
Elle entendit son cri — un cri de bête blessée — avant qu'il ne s'effondre lourdement, comme une branche brisée.
Cette image la hantera longtemps.
Les femmes étaient escortées par Ammi Saïd, un homme respecté. Parmi elles se découvrent Zahia et Zakia, deux jeunes recrues salles d'Alger, instruites et déterminées.
Elles traduisaient les paroles échangées par les soldats français sur le front, permettant aux maquisards d'anticiper leurs mouvements.
Alors que les combats redoublaient d'intensité, le petit groupe escorté par Ammi Saïd s'éloigna et finit par atteindre Thighilt Bouksas à la tombée de la nuit.
Elles furent confiées aux soins de Si Mohand Aït Cheikh, par le commissaire politique de la région.
L'épouse de Si Mohand Ait Cheikh se joint au petit groupe de femmes pour participer aux tâches de logistique et de l'ordinaire des maquisards.

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Au levier du jour, Louiza fut prise de panique en s'apercevant que son fils Mohand avait disparu.
Le maquisard, Si Mohand Acharki, la rassura immédiatement :
— N'aie crainte.
Ton fils est en sécurité.
Nos hommes s'en occupent de la manière la plus sûre.
Je te fais le serment de maquisard que je te le ramènerai non seulement vivant mais aussi dans sa meilleure forme et dans les délais les courts.
Le serment kabyle et son expression idiomatique rassura Louiza qui est elle-même de cette race qui ne trahit jamais la parole donnée quitte à sacrifier sa propre vie.
Cela avait suffi à Louiza Pour reprendre son équilibre biologique, d'autant que cette promesse émanait d'un maquisard.
Le lendemain matin, fidèle à sa parole, Si Mohand et le petit Mohand se pointèrent devant la « patronne » d'un jour, les deux non seulement sains et saufs mais aussi en très bonne forme.
Elle apprit plus tard qu'il avait été dirigé vers le village de Ainsis pour le mettre à l'abri des projectiles que s'échangeaient rageusement maquisards et soldats français.
La bataille d'Agouni Bouffay, restera gravée dans la mémoire de ceux qui avaient survécu.
Louza avait ce jour assisté à un véritable Armageddon ; l'armée française avait utilisé de tous ses moyens pour réduire le PC du colonel Amirouche : aviation, canon, armes légères, lance-flammes, grenades et même la marine était de la fête.

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Fellak Louiza raconte la suite des événements.
Zahra s'occupe de moi.
On me prépare des steaks de bœuf et je me fis violence pour manger.
Elle me chauffa de l'eau et fit ma toilette, en retirant les taches de sang qui couvraient mon corps meurtri par les épineux lors de notre fuite à travers champs.
Elle me donna ensuite une robe que j'enfilai.
À Thighilt Bouksas, je me sens enfin un peu en sécurité et réconfortée. J'exprimai même le souhait d'y demeurer.
Ici a Tighilt, quelles que soient les conditions de vie, il ya du monde, et puis mon enfant, Mohand, pourra se remettre de la frayeur qu'il a subi en assistant à cette bataille infernale d'Agouni Bouffay.
Mais mon absence au PC fut vite remarquée.
Amar El Bass, un des chefs populaires au PC me réclama.
Sur m'informa, dans des termes idiomatiques kabyles, qu'il insistait pour me voir revenir : « Si elle est au ciel ou sur terre, je veux que vous me la rameniez ! »
Et il ajouté : « Je n'accepterai jamais que l'on perd une telle femme.
Si elle venait à nous quitter, qui serait capable d'assumer toutes les tâches quotidiennes de notre PC ? ».
On me fit donc savoir que je devais impérativement rejoindre mon poste, comme un soldat réquisitionné en temps de guerre.
Les ordres doivent être exécutés avec sourire, sans quoi le doux kabyle vous attend dans un talweg

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Sur le chemin du retour, de Thighilt Bouksas à Bou Naaman, nous croisons cinq ou six groupes de maquisards qui nous posaient tous la même question : « L'avez-vous ramenée ? ».
Intriguée par cette insistance, je demandai à mon accompagnateur :
« C'est moi qu'on cherche ? Pourquoi me demander-ils ?
Suis-je recherchée ?
Serais-je condamnée au sourire kabyle ! ».
Les groupes éclataient de rire.
Arrivée au PC, Si Amar El Bass m'accueillit en plaisantant :
- Ça y est, elle est entre nos mains, nous allons l'exécuter.
- Je suis entre vos mains, vous avez le choix, répondis-je.
Quelques jours passèrent…
Le lieutenant Achour, présent au PC, est venu proposer aux femmes une permission pour celles qui souhaiteraient aller voir leurs familles.
Razika me demanda alors :
- Tu ne voudrais pas qu'on parte ensemble ? »
- Toi, tu peux y aller, tu habites tout près, et puis tu n'as pas d'enfants.
Quant à moi, je n'évoquerai mon départ qu'après l'indépendance… ou alors ma mort en décidera.
Je n'évoquai pas mon secret le plus intime : j'étais activement recherchée par l'armée française.
Razika accepte la permission. Achour la prise en charge et parti avec elle.

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Quelques jours plus tard, Mohand Acharki, accompagné de Si Mohand Arezki, vint nous annoncer :
- Achour s'est rendu aux forces ennemies.
Quant à Razika, nous n'avons aucune information.
Peut-être l'à-t-il abandonnée en route, ou bien l'a-t-il utilisé comme sauf-conduit pour sa propre protection ?
À l'appt ensuite qu'il ne l'avait pas amenée au camp.
Peu de jours après, une opération de grande envergure fut lancée, sur renseignements fournis par le traître Achour.
L'armée française déploie d'énormes moyens : aviation, marine…
Les responsables de l'ALN comprendre l'ampleur du danger.
Nos chefs nous ordonnèrent de nous tenir prêtes à quitter les lieux, pour une exfiltration vers Thiggounathine Aït Flik.
En arrivant, les femmes du village se révoltèrent, de crainte d'être mêlées à notre affaire.
Nous étions, nous, des Thimnouchines, l'équivalent féminin des moussebels, des volontaires engagés aux côtés des maquisards.
Un vieil homme de près de cent ans, Hadj El Kara, nous inspirons confiance et décidâmes de nous mettre sous sa protection :
« Nous nous abritons derrière ton dos, ta baraka nous protègera.
Nous lui déclarons.
Au village de Thighilt, nous y restâmes trois jours sans nourriture.
Les parachutistes ultérieurs d'égorger vingt-cinq jeunes kabyles.
Ils les avaient pendus aux arbres.
Achour y était présent ce jour-là, nous-à-ton appris.

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Après le ratissage, une femme, voyant mon fils Mohand se tortillant de douleur, terrassé par la faim, s'écria :
« Donnez à manger à cet enfant bandes de sans -pitié! Alors que vous gâtez les vôtres avec des fruits et des galettes ! »
Amirouche vint nous rendre visite.
Il s'enquit de notre situation et déclare :
« Je vous fais le serment, femmes !
Si Dieu nous prête vie, vous serez de celles qui habiteront Alger à l'indépendance.
Nous n'avons trouvé personne, à part vous, dans les moments les plus difficiles. ».

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Louiza Guenif
ses deux enfants et le colonel
Amirouche Akfadou – 1958


Par : Si Hadj Mohand Abdenour (academia.edu)




Guenif Louiza, épouse Fellak, est cette femme du Djurdjura qui, accusée par le destin dans une situation inextricable, prit seule — sous la contrainte de personne — la décision de s'opposer à l'ordre colonial français.

Accompagnée de ses deux enfants, Mohand, âgé de sept ans, et Madjid, encore nourrisson, elle dut quitter le village précipitament pour échapper aux recherches de la 2ᵉ compagnie du 6ᵉ Bataillondeschasseursalpins d'Iferhounène, avec son ex-mari avait rallié pour des raisons que nous éluderons dans un prochain récit.

Commença alors pour la petite famille une longue et épuisante errance.
Ils pendant laisser derrière eux, au village, une fillette de trois ans confiée à sa grand-mère.

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Organisée par les maquisards sous la direction de Mohand Ooussaid Aït Saïd, la première étape de cette fuite les mena au village de Kerrouche.
C'est là que le petit Madjid mourut de maladie, faute de nourriture et de soins, conséquence directe des restrictions sévères imposées par le colonialisme français dans cette zone entièrement quadrillée.
La courageuse mère, Fellak Louiza, enterra elle-même son bébé après quatre jours d'attente, en raison du ratissage qui ravageait la région.
À Kerrouche, où elle fut confiée à une famille du village, Louiza connut la faim, la souffrance et la privation.
Elle dut supporter la jalousie de la femme qui l'hébergeait, laquelle la privée du peu de nourriture disponible dans ces temps de guerre.
Mohand Fellak, né en 1950, a vécu sa petite enfance auprès du colonel Amirouche, au cœur de la zone militaire de la wilaya historique III : Bounaamane, Béni Ksila, Atroche, Akfadou…
Il a vécu deux années auprès du colonel, qui le protégé et le choya.
Celui qui fait la propagande coloniale décrivait comme sanguinaire ne se privé pourtant pas de prendre soin de Mohand : il le prenait sur ses genoux, lui découpait lui-même, à l'aide d'un poignard, un bon morceau de viande fraîchement prélevé sur un bœuf abattu pour nourrir les djounouds.
Il s'écartait ainsi des règles strictes de gestion des vies qu'il avait lui-même-établi et correspondant il tenait au plus haut point.

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Vers la fin de l'année 1958, Mohand devait être envoyé en Tunisie pour poursuivre ses études et, selon les propres mots du colonel, « servir l'Algérie de demain ».
Ce projet fut abandonné en raison du refus de sa mère, Louiza Fellak — dite Nouara Michelet — de se séparer de son jeune fils.
Mohand était devenu le seul garçon de la famille depuis la mort de son petit frère à Kerrouche, où la la famille s'était réfugiée avant de rejoindre le quartier général du colonel Amirouche, sur instruction de ce dernier.
La mort de Madjid, âgé de quelques mois seulement, fut due au manque de soins imposé par les restrictions du système colonial.
L’histoire de ce jeune « maquisard » vous sera bientôt racontée sur ce blog.
Il sera évidemment question de faim, de privations, de bombardements, d’affrontements sanglants, mais aussi du légendaire colonel, des chefs militaires de l’ALN, des traîtres, des menaces, et de cette nuit sans fin qu’était la guerre.
Mais Mohand survécut à cet enfer.
Il nous livre ses mémoires sans fard ni complaisance.
Il nous fait revisiter le maquis d’Akfadou à travers ses longues et incessantes marches nocturnes pour échapper à la traque lancée par les services de renseignement contre sa mère, une femme qui avait choisi de s’opposer courageusement à l’occupation coloniale en participant activement à la lutte de libération, notamment dans la logistique du Front de libération nationale.

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« La région était complètement encerclée par les troupes de l’armée française.
Les premiers soldats commençaient à apparaître en direction de nos maquisards de l’ALN.
Si Mohand Améziane, M’hanna Izemraken et son fils Si Brahim, qui formaient notre escorte armée, nous donnèrent cet ordre :
“Vous devez rester groupés et ne fuir individuellement qu’au signal, qui se matérialisera par nos premiers tirs.
À ce moment-là, chacun devra prendre ses propres initiatives pour sauver sa peau.
Tant qu’aucun tir ne vient de nous, vous devez rester cachés dans ce oued.”
Alors que nous étions regroupés, transis, dans le lit de l’oued, un soldat français surgit soudain, à peine à dix mètres, se dressant de toute sa hauteur, surpris par la présence des maquisards.
Au même instant, un avion de chasse apparut au-dessus de nos têtes, volant presque à basse altitude, et commença à mitrailler.
La réaction de Si Mohand Améziane fut immédiate : une rafale jaillit du canon de sa mitraillette et transperça le corps du soldat, qui hurla de douleur avant de s’effondrer comme un mur.
La scène terrifia encore davantage les femmes, déjà traumatisées par les éclats d’obus et les bombardements incessants.
Dans un ultime effort, épuisant leurs dernières forces, les huit femmes, encadrées par une protection d’élite, cherchaient désespérément une issue à cet enfer.

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Elles ressemblaient à des aveugles en quête d’une lumière, cette force inexplicable qui permet de surmonter la peur.
À quelques dizaines de mètres, des rangées entières de combattants des deux camps s’affrontaient dans un terrible corps-à-corps, avançant et reculant comme les vagues d’une mer agitée.
Pendant ce temps, le petit groupe armé de M’hanna Izemraken, chargé de nous escorter, mit en œuvre son plan pour sauver les femmes de la capture ou de la mort qui les menaçait à chaque instant. M’hanna leur ordonna de progresser sur le ventre, en remontant le lit de l’oued à contre-courant, afin de quitter la zone de combat.
“N’ayez crainte ! Nous sommes là, nous vous défendrons jusqu’à la mort !” répétait M’hanna Izemraken pour encourager les femmes à fournir un effort physique toujours plus intense, à ramper, grimper, avancer dans ce terrain escarpé et densément boisé.
En moins d’une heure, nous atteignîmes le village d’Atroche, que nous trouvâmes désert.
Les soldats français en avaient vidé la population.
Dans ce bref moment de répit, nous remarquâmes que nos vêtements et nos chaussures n’étaient plus que des lambeaux, déchirés par les ronces qui avaient lacéré nos cuisses et nos bras.
Le sang, mêlé à la sueur abondante, avait imbibé ce qui restait de tissu sur nos jambes affaiblies ...

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Fellak Aroua Turkie
Iferhounene 1957
Les femmes au cœur de la guerre


Par : Si Hadj Mohand Abdenour (academia.edu)




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Nous avions été expulsés en 1957, depuis l'installation de la 2ᵉ compagnie du 6ᵉ BCA à Iferhounene vers la fin de l'année 1956.
Nous nous sommes réfugiés début 1957 au village Tikilsa, à environ trois kilomètres en contrebas de l'éperon sur lequel sont perchés le village et le camp d'Iferhounene.
Au retour de la population de mon village, Aroua Mohand Oussalem, mon mari, avait déjà pris le chemin du maquis. Pour ma part, je dus me réfugié au village Soumer, chez mes parents.
Mon mari, Aroua Mohand Oussalem en l'occurrence, fut affecté par l'organisation du FLN au Djebel Zan, où il reste neuf mois.
Nous avions pensé qu'il était mort, car son déplacement avait été entouré d'une totale discrétion.
À son retour, pour une permission de huit jours, il vint me rendre visite au village Soumer, chez mes parents.
Mais son passage n'était pas passé inaperçu, et les services de renseignements français avaient été mis au parfum de son retour dans les maquis et de ses moindres déplacements.
Zahia Aït H., l'épouse d'un supplétif rallié aux forces françaises de la 2ᵉ compagnie du 6ᵉ BCA stationnée à Iferhounene, une ancienne connaissance de la famille qui servira d'ailleurs de soutien actif aux maquisards du FLN, nous envoyons un messager pour nous informer que j'étais recherchée.
Elle me conseilla de quitter les lieux immédiatement, sous peine d'être capturée, conduite au camp, torturée et incarcérée.

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Le chef de front, Ahcène Aït Ramdam, qui n'est autre que mon oncle, vint me chercher de nuit.
Il dut alerter mon mari, qui devait prendre une décision me concernant.
Ensemble, mon oncle et moi prîmes le chemin des maquis, un parcours entrecoupé de haltes dans les villages situés sur l'itinéraire, qui devaient nous conduire le plus loin possible hors de la région sous contrôle de la 2ᵉ compagnie.
Un périple de huit jours nous mène à Aït Sellan.
Nous fumes accueillies dans ce village par un parent proche qui nous accorda le gîte pendant douze mois.
Après ce séjour, j'ai été dirigé vers Ahdouche, village situé à moins de trois kilomètres d'Iferhounene, bivouac de la 2ᵉ compagnie du 6ᵉ BCA. Là, j'ai pu faire connaissance des compagnons de lutte de mon mari.
Il y avait également avec nous ma belle-mère. Nous avions été chargées de menus tâches, entre autres l'approvisionnement des maquisards en victuailles et en effets négatifs.
Nous assurons même la garde.
Nous avions sillonné, moi et mes collègues femmes, épouses de maquisards — je citerai entre autres les épouses de Mohand Oussaïd — les champs de Aït Saci, Aït N'Zar, Ibelkissen et Ahdouche, dans notre mission d'approvisionnement des maquisards.

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J'ai pu faire connaissance, à cette occasion, des maquisards de la première heure, entre autres : Ramdane Aït Baha, Belaïd de Tirourda,
Si Ouarab, Mohand Oussaid Aït Saïd, Si Omar, Si Mansour.

Ils étaient au nombre de 45.
Younes Aït A., supplétif et ancienne relation, contribue à notre protection.

Me considère comme citoyenne du village d'Ahdouche et sachant que j'étais recherchée, il me demanda de quitter le village en même temps que les autres villageois.
Nous quittâmes Ahdouche pour nous réfugié à Tazrouts, où nous fumes accueillies par El Djouher

Aït Ouichen, une citoyenne d'Iferhounene réfugiée dans ce village.
Le village de Tazrouts fut ensuite évacué par l'armée française dans le cadre de la politique coloniale de concentration des populations.
Je me réfugiai alors à Iferhounene, en tant que résidente et citoyenne du village de Tazrouts.

À Iferhounene, j'habitais chez les Hattab, dans l'anonymat total.
Je continueai à travailler pour les maquisards, en compagnie de leurs compagnons de lutte, en leur préparant leurs repas et en lavant leur linge.

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Mohand Oussalem Aroua, grâce à mes signaux codés :

  •   Un tissu blanc, placé en contrebas du village sur l'unique rue, signifiait que les soldats avaient encerclé les parages : les maquisards ne devaient en aucun cas s'approcher du village.

  •   Trois pierres signifiaient que la voie était libre : les maquisards pouvaient pénétrer au village en toute sécurité.

  •   De nuit, avant de pénétrer dans la maison, les maquisards devaient signaler leur arrivée par le jet de trois pierres sur le portail.
Généralement, ils annoncent leur arrivée vers minuit ou une heure du matin.

Ils étaient assez nombreux, ses compagnons. Je peux citer entre autres : Belaïd Tirourda, Si Mansour, Si Ouarab, Akli Aït Oufella d'Ahfir, Si Idir de Djennad, Abdellah de Tizit, Ramdane AïtBaha et Mouloud Aït Baha.

Nous sommes à quelques jours de l'indépendance.

Au moment de sa mort, Aroua Mohand Oussalem était accompagné de Aït Baha Mouloud.

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Si Hadj Mohand Abdenour
historien, romancier, geopoliticien.




Né le 17 février 1950 à Iferhounene, en Haute Kabylie, Abdenour Si Hadj Mohand grandit dans un environnement où l'histoire se vit dans la chaire avant de s'écrire dans les livres.

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Issu d'une famille de huit enfants, il traverse les années les plus sombres de la guerre d'indépendance algérienne.

Deux tragédies fondatrices marquent son enfance et façonnent durablement sa conscience :

- Décembre 1958 : son frère aîné tombe au champ d'honneur à Aït-Mahmoud.
- Juillet 1959 : son père est arrêté, torturé puis exécuté lors de l'opération Jumelles, accusé d'appartenir aux OPA du colonel Amirouche.

Ces événements, loin de se réduire à des blessures intimes, deviennent les matrices profondes de son rapport au monde : une sensibilité aiguë aux mécanismes de domination, une attention constante aux fractures de l'histoire, et une fidélité indéfectible à la vérité.


Notes de wikilane.net

ALLAH YARHEM CHOUHADA