
Tizi-Ouzou : Des stèles pour les 11 colonels de la wilaya III historique
Onze stèles seront érigées à la mémoire des 11 colonels originaires de la wilaya III historique et seront inaugurées, le 5 juillet prochain, à l’occasion des festivités célébrant la Fête de l’Indépendance.
C’est ce qu’a annoncé le directeur des Moudjahidine, M. Youcef Boubetina, lors d’une rencontre organisée, hier, au musée du Moudjahid de Tizi-Ouzou, par la Fédération de France, à l’occasion de la Fête de la Victoire qui coïncide avec le 19 mars de chaque année, date marquant l’entrée en vigueur du cessez-le-feu signé lors des Accords d’Evian en 1962.
En effet, les 11 colonels originaires de la wilaya III historique, à savoir :
• Slimane Dehilès (Ouadhias), • Ali Mellah (Tizi-Gheniff), • Abane Ramdane (Larbâa Nath Irathen), • Amirouche Aït Hamouda (Tassaft-Iboudraren), • Aissat Idir (Mekla),
• Krim Belkacem (Aït Yahia Moussa), • Mohamed Zamoum (Ouadhias), • Amar Ouamrane (Draâ El-Mizan), • Mohamed Saïd (Larbâa Nath Irathen), • Saïd Yazourène (Timizart), • Akli Mokrane dit Mohand Oulhadj (Bouzeguène),
auront leurs stèles qui seront érigées au niveau de tous les axes principaux de la wilaya de Tizi-Ouzou.
« Nous allons réaliser 11 stèles des 11 colonels originaires de la wilaya III historique. Elles seront inaugurées le 5 juillet prochain, à l’occasion de la Fête de l’Indépendance », a déclaré le directeur des Moudjahidines.
« Nous avons d’ores et déjà passé commande et les stèles, à dimensions humaines, sont en cours de réalisation par des artistes algériens. Elles rehausseront les axes principaux de la wilaya, de l’entrée Ouest à partir de Tadmaït jusqu’à Tamda », précisera M. Boubetina.
Par ailleurs, Si L’Mahfoud, membre du bureau de région de la fédération de France, déclarera à l’occasion de cette événement : « Cette rencontre s’inscrit dans le cadre de nos activités qui célèbrent les dates ayant trait à la Révolution. Là c’est pour le 19 mars 1962, la Fête de la Victoire, c’est aussi la date anniversaire de l’entrée en vigueur du cessez-le-feu après la signature des Accords d’Evian, le 18 mars 1962. Et si nous l’avons organisé aujourd’hui, c’est pour une raison de disponibilité de la salle qui ne le sera pas le jour J.
A cette occasion, nous avons honoré 21 Moudjahidine ayant activé à la Fédération de France, en leur remettant des médailles et des diplômes d’honneur ». Il ajoutera que « 80% du budget du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA) était alimenté par les cotisations des Moudjahidine de la fédération de France ».
M. Meziane Yemmi, l’un des Moudjahidine de la wilaya VII historique honorés, qui fut chef de la région (Alsace/Lorraine), nous racontera comment il a fini aux frontières marocaines après une évasion des plus spectaculaires : « J’étais aux frontières marocaines, affecté au 5ème bataillon (6ème section d’artillerie) après m’être évadé le 24 avril 1960, d’une prison française où j’étais incarcéré suite à une dénonciation sur mes activités qui consistaient à recueillir l’argent des cotisations des chefs de secteurs pour les donner aux supérieurs. Je profite de cette occasion pour rendre hommage à M. Mohand Akli Benyounès, dit Daniel, coordinateur des wilayas de l’Est et de l’Ouest en Europe. C’est grâce à lui que j’ai pu rejoindre la Suisse, l’Allemagne puis le Maroc par avion (Lufthansa), il m’a pris en charge, de mon évasion jusqu’au Maroc ».
M. Boussad Ouyed, chef de la région du nord de la France, dira quant à lui que « La fédération de France a combattu au même titre que les autres wilayas de l’intérieur du pays. Elle a été reconnue en 1959 comme la 7ème wilaya, mais malheureusement elle a été quelque peu marginalisée pour des considérations politico-politicienne ».
Chronologie des chefs de la wilaya III historique
| Début | Fin | Colonel | |||
| 1954 | 1957 | Krim Belkacem | |||
| 1957 | 1957 | Saïd Mohammedi | |||
| 1957 | 1957 | Mohand Ameziane Yazourene | |||
| 1957 | 1959 | Amirouche Aït Hamouda | |||
| 1959 | 1959 | Abderrahmane Mira | |||
| 1959 | 1962 | Mohand Oulhadj | |||
Les statistiques indiquent que sur les 18 colonels qui dirigeaient la guerre de libération de 1954 à 1962, 13 étaient des Kabyles. Des combattants kabyles sont même dispersés à travers toute l’Algérie
La Kabylie donnera :
✓ A la Wilaya 2, un colonel : Didouche Mourad. ✓ À la Wilaya 4, quatre colonels : Amar Ouamrane, Slimane Dehiles, Si Mhamed Bouguara, né à Miliana mais originaire de Petite Kabylie (Nord de Sétif) et enfin Salah Zaamoum.
| Algérie mon beau pays | |
La Kabylie a constitué l'un des plus importants foyers de lutte durant la guerre d'Algérie, portée par des figures stratégiques et des combattants de premier plan.
Figures historiques et chefs de maquis
Plusieurs dirigeants kabyles ont été les piliers du Front de Libération Nationale (FLN) et de l'Armée de Libération Nationale (ALN) :
• Krim Belkacem [1922-1970] : Surnommé le "père de la révolution", il est l'un des six membres fondateurs du FLN. Présent au maquis dès 1947, il a dirigé la Wilaya III (Kabylie) avant d'être le principal signataire des Accords d'Évian. • Abane Ramdane [1917-1957] : Considéré comme l'architecte de la révolution, il a organisé le Congrès de la Soummam en 1956, qui a structuré l'ALN et les institutions du futur État algérien. • Colonel Amirouche Aït Hamouda [1926-1959] : Surnommé "le Loup de l'Akfadou", il a commandé la Wilaya III à partir de 1957. Reconnu pour son courage et sa dureté au combat, il est mort les armes à la main lors d'une embuscade française. • Hocine Aït Ahmed [1926-2015] : Pionnier du nationalisme algérien, il a dirigé l'Organisation Spéciale (OS) et a été l'un des diplomates clés du FLN à l'étranger avant son arrestation en 1956.
Rôle stratégique de la Wilaya III
La Kabylie, par son relief montagneux difficile d'accès, a offert un refuge idéal pour les maquisards (moudjahidines). Elle a été le théâtre d'opérations militaires majeures, dont les offensives françaises du Plan Challe.
• Mohand Oulhadj : Successeur du Colonel Amirouche, il a dirigé la Wilaya III jusqu'à l'indépendance et a joué un rôle de médiateur durant les crises internes du FLN. • Combattants et civils : La région a payé un lourd tribut, avec des milliers de combattants tombés au front et des populations déplacées dans des camps de regroupement par l'armée française.
Traditions de résistance
Cet engagement s'inscrit dans une longue tradition de résistance kabyle à la colonisation, marquée au XIXe siècle par des figures comme Lalla Fatma N'Soumer et le Cheikh El Mokrani lors de l'insurrection de 1871.