
Une histoire coloniale
Quand la France conquiert l’Algérie en 1830, c’est la sidération, mais très vite la résistance s’organise avec Abdelkader ou encore en Kabylie. C’est aussi le long chemin pour s’émanciper jusqu’à la Toussaint Rouge, le 1er novembre 1954, au commencement de la guerre d'indépendance algérienne.
Sidération et résistance, l'Algérie face à la conquête française
14 juin 1830. Les troupes françaises de Charles X débarquent à Sidi-Ferruch puis s’emparent d’Alger. Face au choc de la conquête française, une première forme de résistance algérienne s’organise autour de l’émir Abdelkader et ses milliers de cavaliers qui luttent pour conserver leurs terres.
À Alger, le 30 avril 1827, le consul de France, Paul Duval, est souffleté à coup d’éventail par le dey d’Alger (les puristes précisent qu’il s’agit plutôt d’un chasse-mouche en plumes de paon). C’est la grande affaire de l’éventail (qui n’en est donc pas un), un affront diplomatique et patriotique, qui serait à l’origine de la conquête de l’Algérie par la France en 1830. Il est là une justification simpliste et fausse, évidemment… à balayer d’un coup de chasse-mouche !
La prise d’Alger en 1830
Au début du 19ᵉ siècle, le territoire de l'actuelle Algérie – nom dérivé du mot El Djezaïr – est une province ottomane depuis près de trois siècles. S’il n’existe pas encore de "nation algérienne", la Régence d’Alger se structure autour d’une organisation politique propre. Le territoire est dirigé par un dey à Alger, ainsi que par trois beys à Oran, Titteri et Constantine.
De l'autre côté de la Méditerranée, la France, qui vit les derniers mois de la Restauration, s'intéresse au territoire algérien, motivée par des raisons géostratégiques – l'espace méditerranéen est sous domination anglaise –, économiques – l'Algérie est vue comme un Eldorado et une réponse aux maux sociaux –, et idéologiques – s'appuyant sur la théorie de l'inégalité des races et la notion de "mission civilisatrice" qui en découle. Selon cette notion, "l'esprit français, considéré comme supérieur, [doit être] exporté et [avoir la possibilité] d'illuminer des sociétés indigènes", rapporte l'historien Alain Ruscio, auteur de La Première Guerre d’Algérie. Une histoire de conquête et de résistance. 1830-1852 (La Découverte, 2024).
Le 14 juin 1830, une escadre française partie de Toulon débarque à Sidi-Ferruch, à 30 kilomètres à l’ouest d’Alger. Conçue au départ comme une expédition punitive contre les forces barbaresques, la prise d’Alger ouvre la voie à une politique de conquête plus vaste du territoire algérien. Les officiers français optent d'abord pour une tactique d’occupation restreinte. Les possessions françaises en territoire algérien se restreignent principalement aux villes du littoral : Alger, Oran et Bougie. Après d’intenses combats, Constantine est finalement prise en 1837. À partir de 1840, les officiers français entament une guerre totale afin de s’emparer de la quasi-entièreté du territoire
Abdelkader, résister coûte que coûte
Dès le début de la conquête, les dirigeants et officiers français font face à une résistance accrue des populations algériennes. À partir de 1832, une figure est en particulier centrale : l’émir Abdelkader. Né en 1808 à Mascara au sein d’une tribu soufie, Abdelkader tente d’unir les tribus autour d’un seul idéal : le jihad contre le conquérant français. Accompagné de cavaliers et fantassins émérites, l’émir prône la guérilla populaire dans l’idée de harceler constamment les colonnes françaises. "Il reprend les techniques traditionnelles de la lutte du faible contre le fort, qui refuse le combat frontal, qui harcèle l'ennemi et qui tisse progressivement un réseau de soutien dans la population. Abdelkader est le précurseur [...] d'une nation algérienne, alors en gestation, qui va se cristalliser autour de ses combats", remarque l'historien Alain Ruscio.
La lutte par les armes s’accompagne d’une volonté de construction politique. Dans les années 1830, Abdelkader met en place un premier noyau à vocation étatique. Il fonde une capitale, Tagdempt, crée une monnaie ainsi qu’un système juridique, administratif et fiscal. De fait, s’il n’existe pas encore de sentiment national algérien, il y a déjà la conscience parmi les populations algériennes d’appartenir à une seule entité commune, unifiée contre la présence française.
"L’armée faite féroce par l’Algérie"
"L’armée faite féroce par l’Algérie". Tels sont les mots écrits par Victor Hugo en 1852 pour évoquer la violence de la conquête. De la région de Tlemcen jusqu’au Constantinois, on ne compte plus les razzias, décapitations de masse et enfumades pratiquées par les troupes françaises pour terroriser les populations civiles. En juin 1845, les enfumades du Dahra par le lieutenant-colonel Pélissier provoquent un tollé dans l’opinion publique française. Des protestations ont lieu et certains crimes sont dénoncés jusque dans la Chambre des députés. Pourtant, les mots ne suffisent pas à calmer la virulence de la conquête. En près de vingt ans, la population algérienne est décimée par la guerre. Plus de 400 000 algériens et algériennes périssent face aux dégâts d’une armée mieux équipée militairement. L’histoire de l’Algérie avec la France commence dans la violence. "Dès le début de la présence française, il y a la nécessité de dominer [le] territoire", explique l'historien Alain Ruscio. "La résistance algérienne est le pendant de la conquête française".
La Kabylie en colère, résister dans l’Algérie coloniale
Dès les débuts de la colonisation de l’Algérie, les populations rurales opposent des formes de résistance diverses. En 1871, elles mènent une insurrection à l’ampleur inédite. Entre révoltes armées et banditisme, il s’agit, au long du 19e siècle, de résister à l'expropriation des terres.
En avril 1871, le Moniteur de l’Algérie annonce que "quelques bandes de Kabyles, animées d’intentions hostiles, se sont montrées entre le Sebaou et le Col des Beni-Aïcha, notamment dans la plaine des Issers. Le voisinage de ces bandes de dévastateurs a jeté l’inquiétude parmi les colons du Boudouaou. Un grand nombre de ces colons, craignant de voir leur sécurité personnelle compromise, se sont réfugiés dans les centres voisins. Quelques-uns même se sont rendus à Alger, où leurs récits ont contribué à jeter l’alarme dans les esprits." Expropriation, dépossession, déportation et insurrection : la Kabylie en colère, résister dans l’Algérie coloniale.
De l’expropriation des terres à la révolte "d’El Mokrani"
Dès le début de l'Algérie coloniale, dans les années 1830, les expropriations bouleversent les équilibres économiques et sociaux traditionnels et appauvrissent les populations rurales. La famine qui survient à la fin des années 1860 aggrave cette situation. "On assiste à la construction d'une sorte de millefeuille législatif qui permet de légaliser, parfois a posteriori, les formes de transfert foncier. Tout au long du 19e siècle, on [assiste à] l'adoption de mesures qui vont des ordonnances royales à des sénatus-consulte impériaux, à des lois républicaines, en passant par des arrêtés et des décrets qui s'empilent progressivement", précise l'historien Antonin Plarier. "Ce sont autant d'outils qui permettent de favoriser ce transfert foncier extrêmement massif. De 1830 à 1917, 11,5 millions d'hectares changent de main, des propriétaires algériens aux propriétaires européens. Pour donner une idée de comparaison, c'est mille fois la ville de Paris ou trois fois la Belgique."
C’est dans ce contexte qu’éclate, en 1871, l’insurrection dite "d’El Mokrani". Le 16 mars 1871, le cheikh Mohammed El Mokrani lance l’offensive sur la ville kabyle de Bordj Bou Arreridj avec l'appui de paysans appauvris et de propriétaires terriens déclassés. Le 8 avril 1871, le cheikh El Haddad, chef de l'importante confrérie soufie des Rahmaniyya, appelle à la guerre sainte. L'alliance de ces chefs, l'un militaire, l'autre religieux, permet à l’insurrection de trouver des relais dans l’Algérois et jusqu’aux portes du Sahara. Près des deux tiers de la population se soulèvent.
"[Auparavant], les révoltes sont sporadiques, mais [la révolte de] 1871 est une forme d'amorce de prise de conscience nationale. Ce n'est pas Abdelkader qui [dirige] une armée, ce sont des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards. C'est toute la population. La prise de conscience populaire qui va naître là [est] tout à fait inédite dans l'histoire de l'Algérie", explique l'anthropologue Tassadit Yacine.
Déportation et dépossession : une violente répression
Si cette insurrection se singularise par son ampleur, sa répression se distingue par sa brutalité et ses conséquences dans le temps long : les chefs de guerre et des centaines d’accusés sont déportés au bagne en Nouvelle-Calédonie. Le paiement forcé du lourd tribut de guerre et le séquestre massif des terres achèvent de ruiner les sociétés algériennes. Les terres cultivables sont désormais aux mains des colons.
Ces mesures punitives accélèrent le basculement vers un régime civil – par opposition à un régime militaire – qui est animé par des élites européennes et des intermédiaires coloniaux nouvellement nommés. Les structures de gouvernance traditionnelles sont démantelées. L’humiliation née de cette répression alimente la mémoire collective. De nombreux poèmes mettent en scène la sidération d’une société bouleversée dans ses structures économiques et sociales. Ils alimenteront le mouvement national algérien du 20ᵉ siècle.
"On retrouve cette révolte et les deux héros, El Mokrani et le cheikh El Haddad, dans la mémoire nationaliste. Dans la majorité des écrits du Parti du Peuple Algérien (PPA) et du Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques (MTLD), on retrouve tout le temps [leur] nom. Ils sont une sorte de carburant pour mobiliser et pour dire qu'on n'a jamais cessé de s'opposer, de résister à la colonisation. C'est extrêmement important dans le discours nationaliste", souligne l'historien Ali Guenoun, spécialiste de l'histoire des mouvements nationalistes algériens.
Refuser l’expropriation des ressources : illégalismes ruraux et banditisme
Les acteurs de la colonisation défendent la prétendue "protection" des espaces naturels et accusent les populations locales d’être responsables, par leurs pratiques d’élevage, du recul des massifs forestiers. Pour autant, la colonisation repose dans un même temps sur une logique extractiviste. À travers ce discours paradoxal, il s’agit de s’approprier des espaces, pourtant indispensables aux économies de subsistance traditionnelles. Des gardes-forestiers sont envoyés pour faire appliquer un code forestier restrictif et des maisons forestières sont construites.
À travers des actes isolés ou par l’action de bandes organisées, les sociétés rurales commettent des illégalismes pour remettre en question cette présence coloniale. Certains massifs sont incendiés, des armes sont dérobées, des soldats-bûcherons assassinés... Les bandits qui s'associent apparaissent dans ce contexte comme des contre-pouvoirs locaux. En bénéficiant de la protection des populations locales, ils instaurent une forme de rivalité avec les autorités coloniales.
"L'Algérie est ma patrie" : les voies du nationalisme dans l'Algérie coloniale
De l’Étoile nord-africaine de Messali Hadj au Manifeste du peuple algérien de Ferhat Abbas, les voies du nationalisme algérien sont multiples dans l'Algérie coloniale. Ces courants sont le produit de plusieurs décennies de maturation politique avant même le début de la guerre d’indépendance.
“Voie”, avec un e, comme le chemin, entre politique de rattachement, d’assimilation et indépendance ! “Voix”, avec un x, quand Messali Hadj, Ibn Ben Badis ou encore Ferhat Abbas prennent la parole… Algérie, un nationalisme à plusieurs voix !
Un nationalisme algérien à plusieurs voix
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, des revendications politiques émergent dans l’Algérie coloniale. Le courant des Jeunes Algériens, incarné par Ferhat Abbas, prône l’égalité des droits politiques face à l’impossibilité de s’intégrer dans la citoyenneté française. Bien qu’ils réfutent la France coloniale, les Jeunes Algériens sont en faveur de l’assimilation. Face à un système colonial qui empêche les appareils locaux de fonctionner, les voix de l’indépendantisme naissent en exil.
En 1926, l’Étoile nord-africaine est fondée à Paris par le Parti communiste français. Regroupant des militants algériens de la classe ouvrière, l’association réclame l’indépendance de l’Afrique du Nord et affirme la primauté de la langue arabe. Son principal dirigeant, Messali Hadj, pense la future Algérie comme une nation arabo-musulmane, excluant de facto la composante européenne et juive. “[Ces mouvements] pouvaient tendre la main ou donner l'impression de tendre la main aux autres composantes de l'Algérie, notamment à travers un mot d'ordre généreux issu de la Révolution française et du mouvement ouvrier : celui de l'Assemblée constituante souveraine. C'est un des mots d'ordre du nationalisme révolutionnaire. Mais dans le même temps, [...] il y a des moments de raidissement à l'égard des populations européennes et juives” explique le politologue Nedjib Sidi Moussa.
"L’islam est ma religion, l’arabe est ma langue, l’Algérie est ma patrie"
Durant l’entre-deux-guerres, la sauvegarde de la culture algérienne et la religion musulmane jouent un rôle essentiel dans la construction de la nation. En mai 1931, l’Association des oulémas musulmans algériens (AOMA) est créée à Constantine. Son président, le cheikh Ibn Ben Badis, défend une conception essentiellement réformiste de l’islam, éloigné de la superstition et des marabouts. Pour diffuser leur doctrine, les oulémas mettent en place un vaste réseau d’écoles libres sur le territoire algérien. Indépendants de l’administration coloniale, des professeurs y enseignent la langue arabe, les sciences religieuses ainsi qu’une histoire proprement musulmane. Dans un territoire où très peu d’enfants algériens musulmans sont scolarisés – seulement 10 % en 1937 – l’école dispensée par l’AOMA joue un rôle politique de défense de l’arabité et de l’islam en situation coloniale.
"Il faut voir la concurrence et la compétition, mais aussi la convergence [de ces différents mouvements]. Certains [militants] ont d'abord été socialisés politiquement dans les cercles et dans la mouvance des oulémas et ont ensuite rejoint le mouvement de Messali Hadj”, souligne Nedjib Sidi Moussa, auteur de l’Algérie, une autre histoire de l’indépendance. Trajectoires révolutionnaires des partisans de Messali Hadj (Presses universitaires de France, 2019). “Ça a été le cas d’un des bras droits et des grands martyrs de la révolution algérienne, Embarek Filali, qui est d'abord un disciple de Ben Badis et qui va être le cofondateur du Parti du peuple algérien”.
Le choc de la Seconde Guerre mondiale
La période des années 1930 est un moment de clarification des nationalismes algériens. En 1936, le projet Blum-Violette consiste à accorder la pleine citoyenneté française à près de 21 000 Algériens musulmans. Cette décision suscite un regain d’espoir parmi les organisations politiques algériennes, à l’exception de Messali Hadj qui refuse le projet. “Un congrès musulman algérien est organisé à l'été 1936 et vise à créer une sorte de plateforme de revendications, portées en délégation devant le gouvernement français ” ajoute l’historienne Charlotte Courreye, autrice de L’Algérie des Oulémas. Une histoire de l’Algérie contemporaine (1931-1991) (Éditions de la Sorbonne, 2020). “[Ces demandes] reçoivent au final, en 1938, une fin de non-recevoir, parce qu'il y avait notamment le projet Blum-Violette pour accélérer les mouvements de nationalisation ou de citoyenneté ”.
L’Étoile nord-africaine est dissoute en 1937. Le 11 mars, le Parti du peuple algérien (PPA) remplace l’ancienne association. Messali Hadj devient dès lors le responsable d’un parti représentant le peuple algérien, à base d’islam et de socialisme. Lors du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, le leader du PPA se rallie au Manifeste du peuple algérien (MNA) de Ferhat Abbas, qui appelle à un nouveau statut pour l’Algérie, en février 1943. C’est la première fois que le mouvement national algérien est uni dans la lutte vers l’indépendance.
Toussaint Rouge, au commencement de la guerre d'indépendance algérienne
Dans la nuit du 31 octobre au 1ᵉʳ novembre 1954, des nationalistes algériens lancent une série d'attentats en Algérie. Cet événement, connu sous le nom de "Toussaint Rouge", marque la première apparition du Front de libération nationale (FLN) et plonge le pays dans la guerre d’indépendance.
Toussaint Rouge, au commencement de la guerre d'indépendance algérienne. Dans son édition du 2 novembre 1954, le journal Le Monde évoque "La Toussaint à Paris". Journées de la Toussaint, journées du souvenir... Dès que les portes des nécropoles furent ouvertes on vit d'interminables cortèges de visiteurs s'avancer, les bras chargés de fleurs, le long des allées bien ratissées, entre les cyprès, les ifs et les tombes, cependant que, poussées par le premier vent de novembre, tourbillonnaient les feuilles mortes. Dans le journal Le Monde, d'autres victimes sont évoquées...
Définir la "guerre" d’Algérie
En France, l'expression "guerre d'Algérie" n'est officiellement reconnue que depuis la loi du 16 octobre 1999. À l’inverse, en Algérie, les organisateurs du soulèvement parlent dès 1954 de "guerre de libération nationale", source de légitimité pour l'État algérien. Entre 1954 et 1962, le terme de "guerre" est banni et remplacé par "opérations de maintien de l'ordre". Après 1962, ce tabou persiste, reflet d'une volonté d'amnésie.
La Toussaint Rouge, début du conflit ?
Au lendemain des attentats du 1ᵉʳ novembre 1954, les populations algériennes et françaises font le bilan de leurs morts. Au total, ce sont près de soixante-dix attentats dispersés sur plus de trente points du sol algérien, qui ont saboté des installations indispensables et qui ont cernés plusieurs casernes afin d'y récupérer des armes. Ces attentats, qui doivent épargner les civils, font huit morts, dont un instituteur français, Guy Monnerot.
La réaction est immédiate : le gouvernement de Pierre Mendès France organise une répression dite de "remise en ordre intérieure". La Toussaint Rouge est dès lors perçue comme le point de départ d'un conflit armé majeur. Elle représente un tournant décisif car elle active la lutte pour l'indépendance algérienne, et elle se fait le reflet des violences quotidiennes du colonialisme et des questions complexes d'identité nationale.
“Le 3 avril 1955 [est proclamée] la loi d'état d'urgence, qui est une loi de pouvoirs spéciaux pour 'rétablir l'ordre en Algérie', dans le langage politique français. L'état d'urgence [est] déclaré par décret dans les zones du territoire algérien les plus engagées dans la lutte pour l'indépendance. Cela signifie du point de vue des contemporains, et en tout cas du gouvernement français, l'espoir de pouvoir étouffer [les affrontements] qui débutent" ajoute l'historienne Sylvie Thénault. "Le point de non-retour est l'insurrection du 20 août 1955. Dans le Nord-Constantinois, Zighoud Youcef, le chef local de l'Armée de libération nationale, appelle les paysans du Constantinois à l'insurrection. La presse française se fera l'écho des massacres d'Européens et une répression décuplée se déploie.”
Bataille d’Alger, FLN et conflits armés
Le Front de libération nationale (FLN), dès sa création, est marqué par des désaccords entre des militants aux conceptions divergentes, souvent séparés par des conflits antérieurs. Le FLN reflète malgré tout la société algérienne, et c’est pourquoi il s’impose rapidement comme le principal meneur pour la revendication à l’indépendance algérienne.
“Les fondateurs du FLN, et les forces qui commettent les attentats dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, ne sont pas très nombreux [...] Le matin du 1er novembre, un tract est diffusé. La proclamation fixe d'emblée l'objectif de l'indépendance et les fondateurs du FLN appellent tous les nationalistes à les rejoindre" explique Sylvie Thénault, autrice des Ratonnades d’Alger, 1956. Une histoire de racisme colonial (Seuil, 2022). "Les maquis grossissent même si Messali Hadj, de son côté, refuse le Front de Libération Nationale et crée le Mouvement National Algérien. Il voit dans cette Toussaint Rouge une forme de coup d'État contre sa personne [car] il considère qu'il est le chef historique et le leader légitime de la revendication d'indépendance.”
Quand la bataille d’Alger éclate le 7 janvier 1957, l'armée française essaie en vain d'inhiber le terrorisme du FLN à Alger par le démantèlement de ses réseaux et en menant une répression de masse. Le FLN répond par une série d'attentats, qui ciblent des lieux fréquentés par des Européens, comme des cafés. La bataille d'Alger se termine par une victoire militaire de l'armée française, mais s'accompagne d'un usage massif de la torture, qui suscitent rapidement de vives protestations, en Algérie comme en France. Cette escalade de la violence entraîne une radicalisation communautaire, rendant désormais difficile, voire impossible, la recherche d'un compromis. Aujourd'hui encore, cette intense répression militaire résonne comme le synonyme de terreur pour les Algériens et Algériennes.
| Algérie mon beau pays | |
La Kabylie a été un haut lieu de la résistance durant la guerre d'Algérie (1954-1962), constituant la Wilaya III, un maquis central pour le FLN. Région montagneuse, elle fut le théâtre d'affrontements intenses, de bombardements et d'opérations de ratissage français, marqués par une forte mobilisation populaire et un rôle crucial des femmes.
• Rôle Stratégique (Wilaya III) : La Kabylie était l'une des zones les plus organisées de l'Armée de Libération Nationale (ALN). Elle a servi de base arrière solide et de foyer de recrutement important pour les maquisards. • Intensité des Combats : Les maquis de Kabylie ont connu des combats féroces entre l'armée française et les combattants du FLN, comme raconté dans des témoignages sur la vie dans ces montagnes. • Impact sur la Population : La région a subi une répression sévère de l'armée française, incluant le déplacement de populations, la création de zones interdites et des opérations de bouclage-ratissage. • Engagement des Femmes : Les femmes kabyles ont joué un rôle actif, assurant souvent la protection des familles et la logistique en l'absence des hommes émigrés ou engagés dans le maquis. • Place à part dans le conflit : La Kabylie est souvent perçue comme ayant eu une place singulière dans la guerre, en raison de son identité berbère et de son histoire de résistance, analyse Benjamin Stora. • Conflits Internes : Le maquis de Kabylie a également été le théâtre de tensions internes au sein du mouvement nationaliste algérien.
Cette région, décrite dans Ma guerre d'Algérie au coeur des maquis de Kabylie par Yaha Abdelhafidh, a été fondamentale pour l'aboutissement de la guerre. Pour plus de détails sur le rôle des femmes kabyles, vous pouvez consulter cet article sur Hommes et femmes de Kabylie dans la Guerre d'Algérie.
Source : aperçu IA