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La Kabylie (Algérie) a livré un certain nombre d’éléments sur le niveau linguistique et culturel de ses populations antiques, d’abord des Libyques, puis des élites romaines ou berbéro-romaines, mais aussi, plus discrètement dans d’autres couches de la population.
On ne s’étonne guère de trouver des épitaphes latines versifiées dans les nécropoles des colonies augustéennes de la région (Tubusuctu, Saldae, Rusazus), voire dans la ville ancienne d’Auzia (Sour el-Ghozlane, ex-Aumale), « romanisée » seulement sous Hadrien.
Ceci amène à se demander comment s’est propagé ce savoir.
À Tigzirt, antique Iomnium, pagus de Rusuccuru (Dellys), on note au ive siècle l’épitaphe d’un magister liberalium litterarum chrétien.
On est plus étonné de voir sporadiquement dans des zones montagneuses accidentées, rebelles à plusieurs reprises aux iiie et ive siècles, des inscriptions et des décors funéraires gréco-romains parfois de fort bonne latinité.
Quelques découvertes anciennes et récentes amènent à évoquer la question des rapports culturels entre les villes « romaines », en fait rapidement berbéro-romaines, et les peuples autochtones restés plus ou moins, mais jamais complètement, à l’écart de ce qu’il est convenu d’appeler la « romanisation ».
En fait, tout ceci procède du plurilinguisme qui s’installe naturellement lors du contact prolongé d’une population avec une autre culture, imposée ou acceptée : certains se tournent plus nettement vers l’une ou l’autre langue, d’autres utilisant des sabirs complexes et évolutifs mélangeant des éléments de l’une et de l’autre.
La Kabylie du Djurdjura s’étend entre 100 et 200 kilomètres à l’est d’Alger et sur 100 km du nord au sud à partir de la côte.
Elle est constituée d’un grand arc montagneux, le Djurdjura, qui culmine à plus de 2 300 m d’altitude, de deux massifs qui culminent entre 1 000 et 1 500 m, d’une chaîne côtière élevée de 700 m et enfin au nord-ouest d’une zone de plaine, la basse vallée de l’Isser (fig. 1).
Il s’agit d’une région très peuplée, avec une forte tradition de résistance à l’occupant et au pouvoir central, quels qu’ils soient.
✓ Fig. 1 : Le relief de la Kabylie du Djurdjura. Plan A. Bernard, 1937, p. 207
Description de l'image par IA :
- Carte topographique détaillée avec relief, rivières, routes et localités. Région méditerranéenne avec villes, montagnes et plaines.
- Cette image représente une carte détaillée d'une région géographique.
- La carte est orientée avec le nord en haut. Elle inclut une légende en haut à gauche, indiquant différentes symbologies pour les caractéristiques du terrain telles que les zones boisées, les zones habitées, les routes et les cours d'eau.
- Les principales caractéristiques de la carte sont les suivantes :
1. Une région côtière le long de la Méditerranée, indiquée en haut de la carte.
2. Plusieurs villes et villages nommés, tels que Dalys, Tigzirt, Port-Gueydon, Corbeil, Bougie, et Bougie.
3. Des zones montagneuses et des collines, représentées par des hachures et des lignes.
4. Des routes et des chemins, indiqués par des lignes continues ou pointillées.
5. Des cours d'eau, tels que des rivières et des ruisseaux, représentés par des lignes sinueuses.
6. Des zones habitées et des infrastructures, telles que des ports et des camps militaires, marqués par des symboles spécifiques.
7. Des altitudes et des reliefs, indiqués par des lignes de niveau et des hachures.
- La carte semble être une représentation historique ou stratégique, probablement utilisée pour des objectifs militaires ou de planification géographique.
- Les détails topographiques et les noms de lieux suggèrent une importance géographique et historique.
✓ Fig. 2 : Les inscriptions libyques de la grotte d’Ifigha (RIL 848)
Description de l'image par IA :
- Dessins de gravures rupestres avec inscriptions libyques dans une grotte.
- L'image représente une gravure ou une inscription rupestre intitulée "Les inscriptions libyques de la grotte d’Ifigha (RIL 848)".
- La gravure est divisée en plusieurs sections distinctes, chacune contenant des symboles et des caractères qui semblent être des inscriptions.
- Les sections sont délimitées par des lignes et des formes géométriques simples, telles que des cercles et des lignes droites.
- Les inscriptions sont disposées de manière à former des motifs ou des motifs spécifiques, avec certaines parties plus denses en symboles que d'autres.
- La gravure est située sur une surface rocheuse, suggérant un contexte naturel ou préhistorique.
- Les symboles varient en taille et en complexité, certains étant plus grands et plus détaillés que d'autres.
- L'image est en noir et blanc, ce qui met en valeur les contrastes entre les inscriptions et la surface rocheuse.
D’après Musso et Poyto, Corpus, 1969, p. 11.
Agrandir Fig. 2
I. La population autochtone
À l’origine, il s’agissait de Libyques, ancêtres des actuels Berbères, qui occupaient l’Afrique du Nord depuis les Canaries jusqu’à la rive occidentale du Nil.
Cet immense ensemble culturel à la fois homogène et déjà différencié possédait une écriture particulière, le libyque, qui subsiste aujourd’hui dans l’écriture tifinagh des Touaregs.
Il s’écrivait en principe de haut en bas et de droite à gauche, mais on trouve parfois le contraire, ainsi que des inscriptions horizontales.
En Kabylie, un exemple remarquable est fourni par les très nombreuses inscriptions indéchiffrées qui couvrent la paroi d’un abri sous roche à Ifigha [1] (fig. 2).
II. La toponymie libyco-punique
Très tôt, cette population autochtone eut des contacts avec des marchands venus de la mer.
La plupart des toponymes de la côte sont libyques, puniques ou bilingues, alliant un préfixe punique (rus- = cap, ou i- = île) et un radical libyque ou punique.
Le nom de Rusazus, rus-azus, est entièrement punique et signifie le « grand cap » [2].
Le plus ancien témoignage matériel de ces contacts culturels est fourni par une stèle d’Azeffoun [3] qui montre deux personnages tenant apparemment des poteries et une grenade, et se dirigeant vers un autel de type sémitique (fig. 3).
Indatable en elle-même faute d’éléments directement comparables, elle paraît très ancienne avec un caractère égyptisant assez marqué (visage de profil sur un corps de face, œil de face dans une tête de profil).
Les contacts avec la lointaine Égypte ont probablement été réalisés par l’intermédiaires de marchands phénico-puniques dont la culture et l’iconographie furent longtemps égyptisants.
✓ Fig. 3 : Stèle découverte à Rusazus / Azeffoun
Description de l'image par IA :
- Deux figures humaines stylisées, l'une tenant un objet, sur une stèle.
- L'image représente une stèle découverte à Rusazus/Azeffoun.
- La stèle est une pierre de forme irrégulière avec des gravures.
- Sur la stèle, il y a deux figures humaines représentées de manière stylisée.
• La première figure est debout, tenant un objet dans sa main droite et semble porter un vêtement avec des plis. • La deuxième figure est également debout, tenant un objet dans sa main gauche et semble porter un vêtement similaire avec des plis.
- Les deux figures ont des visages simplifiés avec des traits essentiels.
- La stèle elle-même a des bords inégaux et des motifs gravés qui ajoutent du détail à la surface.
Dessin J.-P. Laporte. H. et l. 0,70 m
Agrandir Fig. 3
Dans les villes de la côte, on a découvert quelques inscriptions puniques notamment à Cap Djnet (antique Cissi) [4]. Sur l’une d’elles (fig. 4a) M. Sznycer a lu la mention d’une assemblée du peuple.
Ceci montre que l’on parlait la langue punique dans cette petite ville côtière, de plus organisée à la manière punique.
DRK ’DNB‘L H Š KŠY ’Š / [B]‘M LKŠ L’[DN…]
[Stèle] qu’a érigée DRK ’DNB‘L, l’homme de Kissi (ou le Sexite), qui [appartient] au peuple de Lixus. Au Seigneur… [5].
La même petite ville a livré une bilingue libyco-punique (fig. 4b), c’est-à-dire qu’il y avait déjà dans la région, au moins dans les villes de la côte, coexistence dans la population de deux langues et donc de deux cultures.
En revanche, dans la mesure où on la connaît, la toponymie de l’intérieur du pays, paraît entièrement libyque, ce qui montre les limites de ces contacts.
✓ Fig. 4 : Deux inscriptions punique et punico-libyque de Cap Djinet
Description de l'image par IA :
- Deux inscriptions punique et punico-libyque de Cap Djinet.
- Dessins Laporte.L'image montre deux inscriptions anciennes.
- La première inscription est située sur la gauche et présente des caractères cursifs.
- Les lettres sont disposées en lignes courbes et sinueuses, couvrant une surface triangulaire.
- La deuxième inscription, à droite, est plus verticale et contient des symboles plus géométriques et linéaires.
- Les caractères incluent des lignes droites, des cercles et des formes angulaires.
- Les deux inscriptions sont dessinées sur des surfaces irrégulières, avec des lignes de mesure en bas pour indiquer les dimensions.
Dessin Laporte
Agrandir Fig. 4
III. Les stèles libyques figurées
Non loin de là, à l’intérieur du pays, parfois à quelques kilomètres seulement des villes punicisées de la côte, une iconographie particulière apparut pour les chefs libyques dans les derniers siècles avant notre ère.
L’iconographie est purement autochtone, sans la moindre trace d’influence punique ou romaine.
Ces stèles montrent un cavalier au corps de face et au bassin de trois-quart, sur un petit cheval barbe de profil (fig. 5).
Ce cavalier brandit de la main gauche un bouclier rond et des javelines, et lève le bras droit, dont la main ouverte montre souvent un anneau, sans doute un signe de pouvoir.
Ce type de stèles, très stylisées (et non schématiques), dont la datation a été longtemps contestée [6], est maintenant placé avant la période romaine, dans les trois derniers siècles avant notre ère [7].
✓ Fig. 5 : Stèles libyques figurées d’Abizar (A) et Chemini/Semaoune (B)
Description de l'image par IA :
- Deux figures humaines montées sur des chevaux, ornées de symboles géométriques et de parures.
- Les deux stèles comportent des motifs géométriques et des symboles autour des figures principales.
- Les contours des figures et des objets sont clairement définis, et les stèles semblent être gravées sur une surface rocheuse.
- L'image montre deux stèles libyques ornées, nommées Abizar (A) et Chemini/Semaoune (B).
• La première stèle (A) représente une figure humaine avec une tête stylisée, tenant un objet circulaire et montée sur un animal à quatre pattes. • La deuxième stèle (B) montre également une figure humaine avec une tête stylisée, tenant un objet circulaire et montée sur un animal à quatre pattes.
Dessins J.-P. Laporte
Agrandir Fig. 5
IV. Trois colonies d’Auguste
La période romaine commença dans la région vers 25 av. notre ère, avec la déduction de vétérans d’une même septième légion dans trois colonies voisines [8].
Toutes les trois prirent le nom de Colonia Iulia Augusta, suivi de leur nom antérieur, libyque, punique, ou libyco punique : Rusazus, Saldae, Tubusuptu, du nom de la légion qui avait fourni les premiers vétérans, et enfin la précision de l’immunité fiscale.
C’est ainsi que Rusazus [9] prit le nom de Colonia Iulia Augusta Rusazus Legionis VIIa, immunis, et ses deux consoeurs de même.
Le nom officiel de chaque ville était ainsi bilingue.
Ces trois colonies, légalement des parties de Rome, étaient parfaitement latinisées, notamment dans les coutumes funéraires, dans leur épigraphie, dans l’onomastique de la plupart de leurs habitants, qui portent les duo puis tria nomina caractéristiques.
Il s’agissait en quelque sorte d’enclaves culturelles latines dans un pays qui ne l’était pas. On ne s’étonne donc pas d’y trouver des épitaphes latines de belle facture.
En revanche, il est plus étonnant de trouver des épitaphes latines versifiées dans la ville très ancienne d’Auzia (Sour el-Ghozlane, ex-Aumale), romanisée seulement sous Hadrien [10].
Ceci amène à se demander comment s’est propagé ce savoir, sans pouvoir pour l’instant répondre directement à la question.
V. Un chef libyque romanisé : Toudja
Le contact prolongé des villes romaines avec la population libyque des alentours entraîna une certaine acculturation chez une partie des autochtones et notamment les notables.
Une stèle (fig. 6) découverte à Toudja [11], dans la montagne au-dessus de Bougie, se présentait comme une dalle naturelle à peine équarrie, qui portait en haut une scène de chasse et en bas une scène d’interprétation encore incertaine.
Cette apparence bien libyque est modifiée en haut à gauche par une tabula ansata qui porte une épitaphe latine donnant le nom berbère du défunt, Vergi en Nerdocen, et précisant sa fonction romaine de princeps.
Un autochtone avait reçu de Rome la direction de la tribu locale (dans la mesure où ni le lieu, ni la tribu ne sont mentionnés).
✓ Fig. 6 : La stèle libyco-romaine de Toudja Dessin de la collection Rénier
Description de l'image par IA :
- Dessins de figures humaines et animales sur une stèle libyco-romaine.
- L'image représente une stèle libyco-romaine de Toudja.
- La stèle est ornée de dessins et d'inscriptions.
- En haut de la stèle, il y a une inscription en latin qui se lit "VEROI. EN-NER DOLEN. PRINCEPS V ANN. SZ.".
- L'image montre plusieurs figures humaines et animales.
- Sur le côté gauche, il y a deux figures humaines debout, chacune tenant un objet.
Sorbonne, ms 454 (2), doc 215.
Agrandir Fig. 6
✓ Fig. 7 : Stèle de Castellum Tulei. CIL, VIII, 9006
Description de l'image par IA :
- Stèle gravée avec des scènes de bataille et de cérémonie.
- Figures humaines et animales. Inscriptions en haut.
- La stèle de Castellum Tulei, CIL, VIII, 9006, est une pierre gravée ancienne.
- La stèle est verticale et présente des scènes sculptées en relief.
- En haut de la stèle, il y a une scène de bataille avec des cavaliers et des chevaux.
- Les cavaliers sont représentés en train de combattre, certains brandissant des armes.
- Sous cette scène de bataille, il y a une inscription en latin.
- Plus bas, une autre scène montre des figures humaines debout, certaines tenant des objets.
- La stèle est usée par le temps, avec des signes d'érosion et de dommages, mais les détails des gravures restent visibles.
- La stèle est placée contre un mur de pierre, probablement dans un cadre archéologique ou muséal.
Cliché Laporte.
Agrandir Fig. 7
VI. Stèles de chefs libyques du IIIe siècle
Plus tard, au iiie siècle, plusieurs stèles présentent au premier abord une apparence purement gréco-romaine.
Dans le fronton, un aigle flanqué du soleil et de la lune, en dessous, un cavalier accompagné probablement de ses fils ; en dessous encore, le repas funéraire gréco-romain classique, avec le défunt allongé sur son lit de repas, flanqué, à droite, de son épouse assise et d’un enfant (ou d’un serviteur) et, à gauche, de trois serviteurs.
Le bandeau situé entre les deux registres inférieurs porte une épitaphe qui précise le nom libyque du défunt.
Il s’agit là aussi d’un notable autochtone, princeps de Castellum Tulei [12], dont la stèle a été érigée à la romaine [13].
C’est la mise en série (fig. 8) des stèles libyques figurées, de la stèle de Toudja et des stèles libyco-romaines de type Castellum Tulei qui a permis à la fois d’assurer enfin une datation des premières, antérieures à l’époque romaine [14], et d’illustrer la progression de la romanisation des chefs autochtones.
✓ Fig. 8 : Mise en série des stèles libyques et libyco-romaines. De gauche à droite : Abizar, Toudja, Castellum Tulei
Description de l'image par IA :
- Dessins de stèles libyques et libyco-romaines.
- L'image montre trois stèles distinctes disposées en ligne horizontale.
- À gauche, la première stèle, nommée Abizar, représente une figure humaine montée sur un animal, tenant un objet circulaire.
- Au centre, la deuxième stèle, nommée Toudja, illustre plusieurs figures humaines et animales, avec des inscriptions latines en haut.
- À droite, la troisième stèle, nommée Castellum Tulei, est divisée en deux parties.
- La partie supérieure montre une scène animée avec plusieurs figures humaines et animales, tandis que la partie inférieure représente un bâtiment avec des figures humaines à l'intérieur.
- Les dessins sont réalisés par Laporte.
Dessins Laporte.
Agrandir Fig. 8
Romanisation des campagnes
La romanisation relative des chefs entraîna celle d’une petite partie de leurs sujets, comme le montre une épitaphe bilingue libyco-latine [15] d’Ahmil (fig. 9).
Elle est à ce jour unique pour la Kabylie, ce qui montre la faiblesse de cette pénétration lingustique du latin parmi les paysans autochtones.
✓ Fig. 9 : Stèle libyco-latine d’Ahmil (Yakouren)
Description de l'image par IA :
- Dessin de la stèle libyco-latine d’Ahmil avec inscriptions.
- L'image représente une stèle libyco-latine provenant d'Ahmil (Yakouren).
- La stèle est une pierre rectangulaire avec des inscriptions en caractères latins et libyco-puniques.
- Les inscriptions sont disposées en lignes courbes et irrégulières.
- Les caractères latins sont plus grands et plus distincts, tandis que les caractères libyco-puniques sont plus petits et plus serrés.
- Certaines parties de la stèle montrent des signes d'usure et de dégradation.
- Les inscriptions semblent être des textes anciens, probablement des inscriptions funéraires ou des dédicaces.
- La stèle est mise en évidence sur un fond blanc, ce qui accentue les détails des inscriptions.
Dessin, RIL, 844.
Agrandir Fig. 9
Une romanisation par passage dans l’armée
Deux stèles récemment découvertes permettent d’évoquer l’une des manières dont une part de la culture romaine a pénétré la région au-delà des trois colonies augustéennes [16].
a) Stèle d’Ifoughalen
Une stèle d’Ifoughalen (fig. 10) porte deux inscriptions qui ont été gravées simultanément [17].
Selon le texte latin, il s’agit de l’épitaphe d’un certain Crescens, qui avait vécu 81 ans [18].
En revanche, le texte libyque le nomme Mustelyn, et le qualifie de MSW, c’est dire servant, qui semble bien s’appliquer à un ancien soldat d’une unité auxiliaire de l’armée romaine [19].
Chacun des deux textes précise ce qui intéressait ceux qui pouvaient le lire.
✓ Fig. 10 : Stèle d’Ifoughalen
Description de l'image par IA :
- Pierre gravée avec des inscriptions et des symboles.
- À droite, des transcriptions et des traductions.
- L'image représente une stèle, une pierre gravée, connue sous le nom de Stèle d’Ifoughalen.
- La stèle est de forme irrégulière et contient divers symboles et inscriptions.
- Sur la partie gauche de la stèle, il y a des symboles qui semblent être des lettres ou des caractères anciens.
- Ces symboles incluent des formes géométriques telles que des carrés, des triangles et des lignes.
- Sur la partie droite de l'image, il y a une transcription des inscriptions de la stèle avec des numéros et des correspondances de symboles.
- Les inscriptions sont divisées en plusieurs sections, chacune avec des symboles spécifiques et leurs interprétations possibles.
- Les symboles sont accompagnés de transcriptions en alphabet latin, indiquant les tentatives de lecture et de traduction des inscriptions anciennes.
Dessin J.-P. Laporte. Lecture L. Galand
Agrandir Fig. 10
b) Stèle d’Ighil Oumsed
Une stèle de la même région présente un aspect beaucoup plus classique (fig. 11).
Dans le fronton, une femme nue allongée devant un oiseau posé, probablement un aigle, et en-dessous les deux registres gréco-romains habituels : le cavalier sur son cheval et le repas funéraire.
L’épitaphe [20] inscrite sur le bandeau situé entre les deux précise qu’il s’agit de la stèle funéraire d’un certain Lesgig, ou Lescig, dont le nom unique, qui n’est pas latin, a toutes les chances d’être libyque.
Il est qualifié de miles, alors qu’il était âgé de 75 ans.
Il s’agit donc d’un ancien soldat d’une unité auxiliaire de l’armée romaine revenu dans son village de montagne où il avait repris son nom libyque.
Les deux stèles que nous venons de voir soulignent clairement que le passage par l’armée romaine a été une voie de romanisation pour certains autochtones.
On est plus étonné de voir sporadiquement des inscriptions et des décors funéraires gréco-romains parfois de fort bonne qualité dans des zones montagneuses accidentées, rebelles à plusieurs reprises aux iiie et ive siècles.
✓ Fig. 11 : Stèle 1 d’Ighil Oumsed
Description de l'image par IA :
- Stèle avec cavalier, lion, et scène familiale.
- Inscriptions latines.
- La stèle 1 d’Ighil Oumsed représente une scène gravée sur une pierre.
- En haut, il y a une frise avec des animaux, probablement des chèvres et des chiens.
- Au milieu, une figure humaine est représentée à cheval, tenant les rênes de l'animal.
- Sous cette scène, il y a une inscription en latin qui se lit "D(ei) L(ibens) M(erito) Vixit M(annorum) XXXV H(ic) S(itus) E(st)".
- En dessous, une autre scène montre une personne allongée, probablement morte, entourée de trois autres figures, deux adultes et un enfant, qui semblent être en deuil ou en prière.
- La stèle est de forme irrégulière, avec des bords inégaux.
Dessin J.-P. Laporte
VoAgrandir Fig. 11
c) Stèle de Tazrout
Certaines stèles présentent un aspect un peu différent.
Une grande stèle de Tazrout [21], un village de montagne à plus de 1 000 mètres d’altitude, montre tous les éléments précédents, dans une version particulièrement foisonnante qui couvre l’ensemble de la surface disponible.
Sur la face avant, on reconnaît un cavalier entouré de sa famille à pied, une série de gardes armés, et le repas funéraire (fig. 12).
La face arrière montre le départ pour la chasse, avec la famille et les serviteurs debout, puis une théorie de cavaliers, jusqu’à l’attaque du gibier à l’épieu.
La face principale comporte un champ épigraphique qui n’a pas été gravé.
La stèle était destinée à être regardée par des Libyques qui ne connaissaient pas le latin.
Les deux tranches sont également décorées : un petit atlante supporte une colonne surmontée d’un garde armé.
Le foisonnement des personnages est un élément nouveau qui sera plus tard caractéristique de l’art libyco-romain tardif qui tendit à couvrir toutes les surfaces.
✓ Fig. 12 : La stèle de Tazrout (largeur 1 m)
Description de l'image par IA :
- Trois stèles avec des scènes de personnes et d'animaux.
- L'image représente une stèle de Tazrout, une pierre tombale ancienne, avec une largeur d'environ un mètre.
- La stèle est divisée en trois sections verticales distinctes, chacune illustrant des scènes différentes.
- Sur la section de gauche, une figure solitaire se tient en haut, suivie d'une série de lignes verticales qui descendent le long de la stèle.
- En bas, il y a deux petites figures, chacune tenant un objet, probablement des symboles ou des outils.
- La section centrale est la plus détaillée.
- Au sommet, une grande figure est représentée, entourée de plusieurs petites figures.
- Juste en dessous, une scène de groupe est visible, avec des personnes rassemblées autour d'un grand rectangle vide, peut-être une table ou un autel.
- En dessous, une autre scène montre des individus assis et debout, engagés dans ce qui semble être une réunion ou une cérémonie.
- La section de droite montre une scène animée avec plusieurs figures et animaux.
- En haut, des personnes sont rassemblées, certaines tenant des objets.
- En dessous, des animaux, probablement des chèvres ou des moutons, sont représentés avec des figures humaines interagissant avec eux, peut-être en train de les conduire ou de les surveiller.
- La stèle est un exemple de l'art funéraire ancien, souvent utilisé pour représenter des scènes de la vie et des croyances de l'époque.
Dessin J.-P. Laporte
Agrandir Fig. 12
La romanisation de l’épigraphie des notables n’entraîna pas la soumission des tribus montagnardes qui se révoltèrent à plusieurs reprises.
Deux dédicaces romaines de 292 et 305 (fig. 13) mentionnent les Quinquegentanei, une grande confédération que l’on ne connaît que par des témoignages romains et contre laquelle les combats furent très durs [22].
✓ Fig. 13 : Deux dédicaces témoignant de troubles dans la région a) CIL VIII, 8924 : Dédicace d’Aurelius Litua à Saldae en 292. b) CIL VIII, 20648 : Dédicace d’achèvement des horrea à Tubusuptu en 305-306.
Description de l'image par IA :
- Trois fragments d'inscriptions latines, incluant des dédicaces et des textes historiques, disposés verticalement et horizontalement.
- L'image montre trois fragments d'inscriptions latines anciennes.
- Le fragment supérieur gauche contient des lettres disposées en colonnes, avec des mots comme "TERISQ" et "BUSCRATW".
- Le fragment central est plus grand et présente également des lettres disposées en colonnes, avec des mots comme "INVICTISSIMO" et "IMPERATORIS".
- Le fragment inférieur droit est rectangulaire et contient des lettres disposées en colonnes, avec des mots comme "ET MAXIMIANVS" et "AVGVSTI".
- Les inscriptions semblent être des dédicaces historiques, probablement des monuments ou des pierres tombales.
- Les lettres sont gravées de manière à former des mots et des phrases, indiquant des messages ou des dédicaces spécifiques.
Dessins J.-P. Laporte.
Agrandir Fig. 13
VII. La christianisation
Le christianisme se répandit dans la région au iie siècle.
Après la paix de l’Église, en 313, la communauté chrétienne apparut en pleine lumière notamment dans les villes.
Des la fin du ive siècle, elle bâtit des basiliques parfois somptueuses comme celle de Tigzirt, antique Iomnium [23].
Cette petite ville côtière a livré l’un des seuls indices connus à ce jour de l’enseignement qui permit à la culture latino-chrétienne de se développer au-delà de son rôle de langue du culte chrétien, au moins dans les villes (fig. 14).
Marcus Domitius Rufinus, magister literarum litterarum, un homme libre (il portait les tria nomina), était sans doute employé au ive siècle (ou au ve) par des notables du lieu, peut-être la grande famille locale des Domitii (en raison de son cognomen).
L’évangélisation facilita par ailleurs une certaine pénétration du latin dans les montagnes.
✓ Fig. 14 : Tigzirt. La stèle du magister chrétien
Description de l'image par IA :
- Dessin d'une stèle avec inscription latine et symbole chrétien.
- L'image représente une stèle avec une inscription en latin.
- La stèle est de forme rectangulaire avec des contours irréguliers.
- Au centre de la stèle, il y a un cercle contenant du texte latin.
- Le texte est disposé en cercles concentriques.
- En haut du cercle, il y a une petite croix.
- Le texte latin commence par "DOMITIO" et se poursuit avec "RUFINOMA CISTRO LIBE RALI UM LITTE RARVM HOMI NUBO NO VA LXXV".
- La stèle semble être un objet ancien, probablement une pierre, avec des bords inégaux.
- L'inscription est soigneusement gravée, indiquant une signification historique ou religieuse.
Dessin J.-P. Laporte.
Agrandir Fig. 14
VIII. Des mausolées de notables autochtones
Hors des villes romanisées, la puissance de certains notables autochtones se traduisit par la construction de mausolées comme celui d’Akbou [24], dont l’épitaphe gravée sur une plaque de marbre, sans doute au iiie ou ive siècle, a malheureusement disparu dans sa plus grande partie.
IX. La dédicace de M’Lakou
Une très belle inscription (fig. 16) découverte en 1900 à M’lakou [25], dans la vallée de la Soummam, donne un aperçu saisissant de la situation dans la région au milieu du ive siècle.
Il s’agit de la dédicace d’un praedium / praesidium (les deux termes figurent dans le texte lui-même), celui de Sammac, frère du célèbre Firmus dont la révolte, vers 370, faillit faire sortir la Maurétanie césarienne de l’Empire romain.
Elle détaille ses fonctions romaines : ramener et maintenir les tribus de la région dans la paix.
✓ Fig. 15 : Le mausolée d’Akbou, du côté opposé à l’entrée
Description de l'image par IA :
- Un mausolée en pierre sur une colline, avec une petite fenêtre et un toit triangulaire, sous un ciel nuageux.
- Une structure en pierre ancienne, le mausolée d’Akbou, se dresse contre un fond de ciel bleu parsemé de nuages blancs.
- Le bâtiment, construit en blocs de pierre de couleur beige clair, présente une forme rectangulaire avec un toit incliné.
- La façade visible est marquée par une petite fenêtre ou une niche, encadrée de pierres plus claires.
- La structure est perchée sur une colline rocheuse, avec des rochers et des touffes d'herbe verte dispersés autour de sa base.
- L'ensemble de la scène dégage un sentiment d'antiquité et de tranquillité.
Cliché J.-P. Laporte
Agrandir Fig. 15
✓ Fig. 16 : La dédicace du praedium/praesidium de Sammac.
Description de l'image par IA :
- LInscription latine ornée de motifs décoratifs.
- L'image représente une dédicace latine inscrite dans un cadre orné.
- Le cadre est bordé de motifs complexes et de motifs en spirale sur les côtés.
- Le texte latin est disposé en plusieurs lignes, écrit en majuscules.
- Les lettres sont soigneusement espacées et alignées, créant un aspect structuré et formel.
- Le texte semble être une dédicace ou une inscription officielle, probablement liée à un domaine ou une propriété.
- Le dessin est détaillé et met en valeur l'importance historique et culturelle de l'inscription.
Dessin J.-P. Laporte
Agrandir Fig. 16
Quelques découvertes récentes amènent à se poser la question des rapports culturels entre les villes « romaines », en fait déjà berbéro-romaines, et les peuples autochtones restés plus ou moins, mais pas complètement, à l’écart de ce qu’il est convenu d’appeler la « romanisation ».
Non loin de la mer, dans le village de montagne d’Iaggachen [26], une inscription difficilement lisible (fig. 17) est l’épitaphe d’un certain Aurelius Illilasen, rusuccuritain, ancien préfet et curateur, sans doute de la tribu locale. Elle doit dater du début du ive siècle, après les combats de Maximien Hercule contre les Quinquegentanei en 297-298 [27].
Au ve siècle, non loin du mausolée d’Akbou, on a découvert récemment la dédicace (fig. 18) du praedium de Flavius Mastien [28], un notable local, vir clarissimus, qualifié de comes [29]. Ce domaine se nommait kaput Draconis, « tête de dragon », toponyme qui décrit une particularité du relief : la présence d’un piton isolé qui semble jaillir de la plaine alluvionnaire de la Soummam. La forme est parfaitement romaine et chrétienne, avec la formule in nomine Christi dans une forme abrégée. Le développement de la date est rendu difficile par une ligature. Il s’agit soit de 367, soit de 407 de la province [30], c’est-à-dire 406 ou de 456 de notre ère. Dans le premier cas, on se situerait vers la fin, la période romaine avant l’arrivée des Vandales en 429. Dans le second cas, on se trouverait à l’époque vandale, alors que ce peuple germanique avait déjà conquis Carthage en 439 et venait de reprendre l’ancienne Césarienne en 455, ce qui montrerait que les Vandales se sont eux aussi appuyés sur des notables locaux romanisés, et que le latin a continué à être la langue officielle, ce que l’on sait par ailleurs. Compte tenu de leur petit nombre face à des populations romaines, libyco-romaines et libyques, il n’aurait d’ailleurs pas pu en être autrement.
✓ Fig. 17 : L’épitaphe d’Iaggachen.
Description de l'image par IA :
- Stèle funéraire avec inscriptions anciennes, usée par le temps.
- L'image montre une pierre ancienne et usée, probablement une stèle funéraire.
- La surface de la pierre est gravée de caractères anciens, disposés en lignes régulières.
- Les inscriptions sont partiellement effacées par l'érosion et le temps, mais certaines parties restent lisibles.
- La pierre est encadrée par un cadre vert et est placée sur un sol avec des éléments naturels autour, comme des plantes.
- Un ruban rouge et blanc est positionné au premier plan, servant de repère pour l'échelle.
- La pierre semble être un artefact historique, probablement une épitaphe ou une inscription commémorative.
Cliché J.-P. Laporte, 1970.
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✓ Fig. 18 : Dédicace du praedium de Fl(avius) Mastien, près d’Akbou
Description de l'image par IA :
- Inscription latine sur une stèle rectangulaire avec texte en majuscules.
- L'image représente une dédicace ancienne inscrite sur une pierre ou un objet rectangulaire.
- Le texte est écrit en latin et semble être une inscription dédiée à un domaine nommé "praedium" appartenant à un individu nommé "Fl(avius) Mastien".
- Le texte inclut des lettres majuscules et minuscules, ainsi que quelques symboles, dont une croix et une étoile.
- La disposition du texte est verticale, avec certaines lignes plus courtes que d'autres, créant un effet visuel irrégulier.
- L'écriture est manuscrite, avec des lignes et des espaces inégaux, donnant une impression d'antiquité et d'importance historique.
Dessin J.-P. Laporte
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Quelque temps après le débarquement byzantin à Caput Vada [31], puis la prise de Carthage en 533, la Maurétanie césarienne tomba rapidement, mais partiellement (surtout la côte), au pouvoir de Byzance
✓ Fig. 19 : L’inscription du col de F’doulès
Description de l'image par IA :
- Manuscrit ancien avec texte latin, inscription de F'doulès, copies d'Halmont et d'Yanville, 1857.
- L'image montre deux inscriptions anciennes en latin.
- La première inscription est située en haut et est écrite en majuscules.
- Elle est intitulée "Inscription de Fdoulès, copie du Commandant d'Halmont."
- Le texte est légèrement incliné et présente des lettres distinctes avec des espaces entre les mots.
- La deuxième inscription est située en dessous de la première et est également en latin, mais écrite en minuscules.
- Elle est intitulée "Inscription de Fdoulès, copie de M. le Capitaine d'Yanville."
- Cette inscription est plus petite et plus dense, avec des lettres serrées et quelques annotations manuscrites, y compris une petite illustration en bas à droite.
- Les deux inscriptions sont encadrées par des lignes verticales et horizontales.
Copies d’Halmont et d’Yanville, 1857.
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X. Une inscription byzantine du col de F’doulès
Une inscription perdue, mais connue par deux dessins du xixe siècle (fig. 18), avait été découverte un peu à l’est, dans la Kabylie des Babors [32]. La forme des U rapporte à la période byzantine. Il s’agit de l’épitaphe d’un personnage dont le nom nous échappe, mais dont la fonction est bien claire : rex gentis Ucutuman (orum ?), roi de la tribu des U-Cutumani [33], connus plus tard sous le nom de Kotamas [34], convertis au chiisme dès le début du viiie siècle, qui, plus tard, allaient mener les Fatimides jusqu’à Madhia, puis jusqu’au Caire.
Après la conquête musulmane, le latin recula devant l’arabe, langue du Coran. Cependant, au xie siècle encore, il y avait à Bougie [35] des chrétiens autochtones portant des noms latins. En 1076, moins de dix ans après avoir refondé la ville, l’émir hammadide de Bougie, En Nacer, écrivait au pape Grégoire VII pour lui demander des prêtres pour les chrétiens de sa ville. Le pape lui répondit directement [36] et écrivit parallèlement une lettre adressée « clero et populo Buzee in Mauritania Sitifense » [37]. La communauté latino-chrétienne autochtone disparut sans doute peu après la prise de la ville par Abd-el-Moumen en 1152. Mais les montagnes parlaient toujours berbère.
Ainsi donc, les Kabylies, toujours restées profondément berbères à travers toute l’Antiquité (et jusqu’à nos jours), ont connu des bilinguismes, voire des trilinguismes au moins partiels, en absorbant le punique, puis le latin [38], avec sans doute production de sabirs mélangeant des mots et des formes des diverses langues. On ne sait pas exactement comment ces langues étrangères se sont implantées à côté du berbère. Dans l’Antiquité romaine, on peut pencher pour l’implantation coloniale dans les villes, les échanges commerciaux avec les montagnes, le passage de montagnards dans l’armée romaine avant leur retour dans la montagne. Il est probable que la tradition et la transmission orales ont joué un grand rôle dans l’acculturation qui ne fut toujours que partielle, et inégale selon les lieux et les individus.
L’appprentissage du Coran devait ensuite répandre l’arabe, et l’école française naturellement le français, puis l’école algérienne, l’arabe en principe littéral [39], et depuis quelques années le(s) berbère(s) [40]. Le pluri-linguisme évolue rapidement sous nos yeux [41]. Il y aurait beaucoup à apprendre de la situation linguistique et de son évolution récente dans la Kabylie actuelle.
✓ Abréviations
BAA : Bulletin d’Archéologie Algérienne.
EB : Encyclopédie berbère.
Atlas : voir Gsell, Atlas, 1905-1911.
RIL : Recueil des inscriptions libyques, cf. Chabot, 1940.
RSAC : Recueil des Mémoires et Travaux de la Société archéologique de Constantine.
XI. Annexe : des Mastieni en Ibérie
Le nom bien libyque Mastien, lu sur l’inscription d’Akbou (ci-dessus, p. 35 et fig. 18, p. 36) a suggéré à J. Desanges, que nous remercions, des remarques importantes pour les populations autochtones de l’Afrique du Nord et sur les rapports entre l’Afrique du Nord et l’Ibérie préromaines. Stéphane de Byzance mentionne des Mastieni, mais en Espagne, non loin du détroit de Gibraltar [42]. Ceci montre comment l’extrême Sud de la péninsule ibérique a été libycopunicisé, sans que l’on puisse bien faire le distinguo entre les deux origines linguistiques.
Il faut probablement mettre en rapport avec les Mastiênoi/Mastianoi la ville de Mastia Tarseiôn (Mastia des habitants de Tarsis ?) du second traité entre Carthage et Rome : Polybe, III, 24, 2. À noter une interprétation erronée dans le commentaire de M. Molin, éd. Budé, p. 32 (traduction) et p. 189 (commentaire), car Mastia n’est pas proche de Carthage. Le verbe (proskeitai) signifie que Mastia Tarseion est ajouté dans le traité par les deux parties au Beau Promontoire, comme borne aux entreprises romaines, et non que Mastia Tarseion soit située à côté de ce promontoire. D’ailleurs Polybe dans le même livre (III, 33, 9) classe les Mastianoi parmi les soldats d’Ibérie qu’Hannibal fit passer en Libye (Afrique) en 219/218 avant J.-C. Il les fit stationner dans les cités métagonites, c’est-à-dire celles qui sont situées en bordure maritime à l’ouest du cap Bougaroun (voir Desanges, « Métagonion, une expression de la localisation relative ? », dans Orbis disciplinae. Liber amicorum Patrick Gautier Dalché, Turnhout, 2016, p. 345-351.