13 - La guerre invisible, Introduction
Benjamin Stora
100 000 morts et une image
L’image a fait le tour du monde : une femme éplorée pleure la mort de ses proches, le 28 septembre 1997 devant l'hôpital Zmirli, dans le bourg de Bentalha en Algérie. La photographie de cette femme, baptisée «Madone » ou «Piéta » par des journalistes occidentaux, fera la «une » des journaux du monde entier. Elle sera publiée en octobre 1997... six ans après le début du conflit en Algérie, et restera comme la marque essentielle dans les mémoires collectives de la terrible guerre civile qui a ravagé ce pays tout au long des années 1990. Un conflit qui a fait plus de 100 000 morts, selon les déclarations du président algérien Abdelaziz Bouteflika en juillet 1999. Une seule image donc, signée du photographe algérien Hocine, de l'AFP, et qui obtiendra pour ce cliché le prix «World Press Photo » en février 1998. Une photographie, seule image fixe devenue icône…
Dans les représentations de cette guerre en Algérie, l’important est la persistance d’absence, une sensation de «vide » d’images. Dans une Algérie abstraite, insaisissable, une violence apparemment incompréhensible s’est déployée. Un territoire de lumière, situé au sud, se trouve assombri d’une immense tache noire. A l’heure du bombardement massif, sauvage des images (et la vitesse de leur propagation), la grande «invraisemblance » de ce conflit tient aux aspects matériels de sa représentation : l’effacement des lieux de la tragédie procure une impression d’étrangeté. L’Algérie, longtemps interdite d’accès aux caméras, se transforme en un décor plongé dans l’ombre. Est-ce une guerre du sud, chaude et sèche, un conflit boueux et glacial, une guérilla urbaine, imprévisible et froide… ? On ne le saura jamais vraiment. A propos d’autres conflits maintenus au secret, l’écrivain Philippe Sollers dans la préface d’un ouvrage d’Amnesty international consacré aux personnes disparues écrit : « Tout ce que la télévision n’est pas susceptible de montrer ou d’exhiber sur-le-champ a une réalité douteuse. L’opinion, désormais, c’est l’écran. Une grande famille devant l’écran, spasme d’audimat émotif, voilà le théâtre. Si rien n’est diffusé, organisé en images prescrites, c’est que tout est supportable.» Une guerre non montrée peut-elle exister ?
Puisque la diversité du réel fait défaut, il sera bien difficile de partager une expérience sensorielle de cette guerre. Ainsi privé de « paysages », l’événement échappe aisément à la chronologie. Ensuite, dans cette guerre civile où tout le monde se trouve toujours près du « front », où l’on peut se sentir en permanence en danger, il semble absurde de ne pas trouver les acteurs (les guerriers) du conflit. Volontairement, ils tentent de se dissimuler aux regards. Le régime et les islamistes se déplacent sans cesse sur l’échiquier politique, modifiant leurs actions, changeant de programmes, de rôles, se plaçant toujours en position de victimes. Dès lors, à qui et comment s’identifier ? L’invisibilité de cette guerre vient aussi de son impossible identification à l’un ou l’autre des acteurs qui s’affrontent férocement. Et comment trouver la « majorité silencieuse » qui résiste au monde truqué qui l’entoure ? Lorsque le voile se lève parfois, apparaissent les récits et les images d’une incroyable violence, donnant de ce conflit de l’extrême fin du XXe siècle, l’aspect d’un cloaque se transformant en tableau non figuratif. La mécanique folle des tueries qui s’emballe et semble ne plus finir, est un spasme de violence et de défis à toutes les lois connues de perception et de visibilité. Comment voir, lire, trouver une cohérence à ce conflit ?
Tout au long des années 1990, la situation algérienne a donc souvent été évoquée comme une « tragédie à huit clos » en l’absence d’images. Ne disait-on pas déjà la même chose pour la « première » guerre d’Algérie contre la présence coloniale française, entre 1954 et 1962 ? L’interprétation du drame s’est opérée (installée) par accumulation de comparaisons entre les deux séquences. Mais plus qu’une simple correspondance entre les années 1950 et les années 1990, les écrits et les représentations à propos de ce drame font penser plutôt à une rechute, une récidive dans le terrible, ainsi relevée en 1996 par le sociologue Pierre Bourdieu : « On a l’impression que la guerre d’Algérie se rejoue de manière d’autant plus dramatique qu’il s’agit, des deux côtés de la Méditerranée, d’une répétition avec les mêmes phobies, les mêmes automatismes barbares, les mêmes réflexes primitifs de la barbarie militaire ». Si cette comparaison s’impose un temps, elle s’exténue rapidement d’elle-même. L’Algérie des années 1950-60 n’a plus grand chose à voir avec celle des années 1990. Et l’on verra comment cette persistance du comparatisme entre les deux guerres, loin d’investir et d’éclairer le réel, le schématise par la fabrication de clichés répétitifs. Après les images muettes et sombres, les clichés nous replongent dans l’obscurité d’un pays voué à un drame éternel. Pourquoi cette vision d’une Algérie toujours emportée dans la malédiction, guidée par un crescendo morbide ? Et y a-t-il moyen de sortir des clichés et de cette sensation d’absence, de trouver, de repérer les traces de ce conflit ? Cet ouvrage dira les écrits, les livres de celles et de ceux qui ont voulu expliquer et se raconter dans ce drame, sur les images de cinéma tentant de forcer le blocus du mur de l’invisibilité. Pour poser cette question, lancinante : la représentation de cette guerre en Algérie n’est-elle pas inscrite, dans le siècle qui s’ouvre, dans une tendance générale qui va à l’invisibilité des conflits ?
14 - Les mots de la guerre d’Algérie. Avant Propos
Renaud de Rochebrune, Benjamin Stora. Préface de Mohammed Harbi
La guerre d’Algérie a commencé le 1ier novembre 1954 par l’initiative de groupes armés agissant au nom du FLN, et s’est achevée, officiellement, par la proclamation de l’indépendance de l’Algérie, le 5 juillet 1962. Après cette date, la guerre s’est poursuivie dans l’été 1962 avec les massacres de harkis, les enlèvements d’Européens, les affrontements entre dirigeants algériens pour la prise du pouvoir, et il en a été tenu compte dans l’élaboration de cet ouvrage. Mais s’agissant d’une guerre non reconnue pendant des années dans l’espace public officiel en France, le choix des mots a été bien difficile. Le vocabulaire militaire ne peut ainsi rendre compte, a lui seul, de la complexité d’une situation où se sont affrontés militaires français et indépendantistes algériens, mais aussi adversaires et partisans de l’Algérie française, ou militants divisés de la cause nationaliste algérienne. A une guerre de soldats d’une armée régulière s’affrontant à des « partisans », est venu s’ajouter le conflit opposant des civils entre eux. S’il fallait donc citer les mots classiques de la guerre, il était impossible d’oublier la dimension forcément politique de la double guerre civile, entre Français et entre Algériens, et les lieux où se sont déroulés des combats à la fois « militaires » et « civils ». De courtes biographies des principaux acteurs permettent de mesurer la singularité de ce conflit, où certaines personnalités de gauche ont basculé dans le camp de l’Algérie française, et des officiers ont préféré le choix de l’indépendance pour l’Algérie.
Surtout, au moment où les effets de cette époque continuent d’exercer leurs effets, puissants, dans les deux sociétés, française et algérienne, je me suis attaché à évoquer tous les groupes porteurs de cette mémoire qui saigne encore : pieds noirs et harkis, soldats ou immigrés, porteurs de valises du FLN et activistes de l’OAS, Algériens partisans ou adversaires du FLN.
La guerre d’Algérie a été aussi le moment où des mots sont apparus, forgés en grande partie par des journalistes de l’époque, et se sont installés dans le vocabulaire quotidien, et d’autres ont disparu (les barbouzes…). Le lecteur sera quelquefois étonné de la destinée qui nous sont parfois devenus étrangers, ou qui ont conservé une grande actualité (colonisation, assimilation ou intégration). Enfin, j’ai tenu compte, bien sûr, de mots arabes qui ont été le plus utilisés, par tous les camps, pendant cette histoire (du Djebel au Moudjahid).
15 - Photographier la guerre d’Algérie
Benjamin Stora
Territoires du visible, territoires de l’invisible
Ce livre est le bilan le plus complet possible sur la manière dont cette guerre a été photographiée. Il présentera des tirages d’époque, des albums et de la presse. Elle sera complétée par une série d’entretiens avec des photographes et (éventuellement après négociation des droits avec l’INA) d’extraits d’images télévisées.
Trois parties le composent : quels photographes ? Quel regards ? Quelles images publiques ?
Mais il faut d’abord s’interroger sur le caractère inégalitaire de cette guerre, observable dans le déséquilibre de la production d’images. D’un côté, une énorme masse de clichés, produite notamment par les services de l’armée française. De l’autre, quelques photos prises par les Algériens dans les maquis et retrouvés sur eux au moment de leur arrestation et de leur mort (donc saisis par les troupes française), ou des reportages effectués par des reporters étrangers dans des zones étroites contrôlées par l’ALN. Les Algériens sont donc les grands absents des représentations de ce conflit, même si quelques photographes ont fait l’effort de les « regarder ». Ainsi les clichés de Marc Garanger, qu’ils aient pour modèle une femme algérienne des Hauts P¨lateaux, ou un paysage se refusent aux facilités de l’exotisme ou de la propagande. Ce photographe veut comprendre l’Autre, si éloigné soit-il. Dans ce travail de retrouvailles de mémoires visuelles, on trouvera donc, surtout, deux « reportages » montrant le côté algérien de cette guerre si peu présent dans les collections, expositions et albums consacrés à la guerre d’Algérie. L’un, réalisé dans les maquis du Constantinois en 1957 par un photographe suédois, a longtemps été censuré en France. Il est montré ici pour la première fois. Un autre, réalisé par un photographe de France Soir, présente des images inédites de la répression des Algériens à Paris dans la nuit du 17 octobre 1961.
Quels photographes ?
insiste sur la diversité du statut des auteurs de photographie. Elle montrera le travail des agences ou des « pools » créés par les journaux (Paris-Match). Elle consacrera aussi une part importante à ce qui est produit par les services de l’armée et soulignera la différence de pratique entre deux auteurs : Marc Flament et Marc Garanger. Le voile sur cette guerre a été levé avec la publication des livres poignants de Marc Garanger, alors jeune appelé photographiant des femmes algériennes pour les besoins de l’état civil. Le regard de ces femmes en disait long alors beaucoup sur les tragédies de cette guerre. Dans un autre registre, et d’un autre bord idéologique, le travail de Marc Flament livre les visions de la guerre avec des albums photographiques disant l’Algérie des théâtres d’opérations, et de « l’abandon » de populations restées fidèles à la France. De leur côté, les appelés ont fait paraître leurs souvenirs accompagnés de quelques photos prises par eux. Le rythme de publication de ces livres-témoignages ira en s’amplifiant tout au long des années 1990, au fur et à mesure des retours de mémoires autour de la séquence-guerre d’Algérie.
Quels regards ?
fera l’inventaire des « figures » de cette guerre. La mémoire photographique de la guerre d’Algérie semble avoir laissé peu de traces dans la société française, après l’indépendance de 1962. Les Français ne paraissaient pas éprouver le besoin de revisualiser cette séquence noire, à la différence des Américains transformant sans délai leur défaite au Vietnam en fait d’histoire. Pourtant un stock important de d’images existe. Quelles sont les scènes photographiées ? Qu’occulte-t-on ? Des patrouilles aux attentats, des massacres à la torture, des joies et des drames, où se porte le choix photographique, l’instant décisif cher à Cartier-Bresson ? Cette guerre est-elle exemplaire ou renvoie-t-elle à des schémas anciens ? Retrouvons-nous aujourd’hui le même visible et surtout le même invisible ?
Quelles images publiques ?
insiste sur un point essentiel : qu’en ont vu les populations d’Afrique du Nord, de métropole, et dans le monde ? Quel fut le tamis de la censure et l’amplificateur de la propagande ? La presse, mais aussi les tracts illustrés et les affiches, permettront d’aborder la question de la diffusion de masse des stéréotypes, mais aussi d’indiquer tout ce qui s’en échappe, toutes les visions non contrôlée d’une guerre qui ne dit pas son nom. Dans cette partie, pourra être évoquée en parallèle la télévision en pleine ascension (journal télévisé et « Cinq colonnes à la une »). Cette guerre a été l’occasion de la « fabrication » d’une importante quantité d’images de toutes sortes, ne se limitant pas à la période de l’après-1958, marquée par la présence imposante du général De Gaulle. Il suffit par exemple de consulter la collection de Paris Match des années 1954-1958, première période d’une guerre qui ne s’avouait pas, pour découvrir des reportages photographiques impressionnants : les opérations de « ratissage » menées par les commandos de l’armée française, des « plongées » au cœur de la Casbah pendant la « bataille d’Alger », la peur des colons européens dans le bled, ou « la vie quotidienne » d’immigrés algériens à Paris confrontés à la terrible guerre que se livraient le FLN et la MNA. Il faudra aussi prendre connaissance de l’énorme travail visuel entrepris par les services de l’armée française dans les villes et les campagnes d’Algérie, travail pour observer, s’informer, surveiller des populations jugées « perméables » à l’influence de l’indépendantisme algérien ; mais aussi, travail photographique en vue de construire des tableaux de propagande, de soldats qui soignent, éduquent, enseignent, bref… « pacifient » le pays. Au moment de l’ouverture des archives militaires en 1992, cet énorme amoncellement d’images montrant une image particulière de l’Algérie en guerre est apparue. Quelques-unes de ces photographies ont été montrées au public au moment de l’exposition La France en guerre d’Algérie au musée des Invalides à Paris. Entre censure et propagande, toutes ces photos anticipent sur la vague du photo-journalisme de guerre qui ira crescendo après la guerre d’Algérie.
La conclusion présentera quelques photos exemplaires du propos d’ensemble. Ce sont les photos qui, de toute façon, « tiendront » par leur force d’expression l’ensemble du propos. Traces fragiles, friables, presque perdues, quelques photographies se sont incrustées dans un stock de souvenirs : le général De Gaulle à Alger en juin 1958, les bras en « V », juste avant de lancer le fameux « je vous ai compris » ; le même général devenu chef de l’Etat s’adressant aux Français à la télévision dans des discours disant la fin de l’Algérie française ; le regard fatigué des généraux putschistes en avril 1961 ; le visage défiguré de la petite Delphine Renard victime d’un attentat de l’OAS à la « une » des journaux parisiens en février 1962 ; et puis l’exode des pieds-noirs en juillet 1962, avec cette couverture de Paris Match d’un jeune couple sur un bateau serrant leur bébé….. Ces images témoignent d’un autre temps, celui des débuts de la Véme République, et qui, en vieillissant, ont perdu un peu de leur force, de leur douleur pour devenir des « icônes » admirées, reconnues.
16 - Imaginaires de guerre, Préface à l’édition algérienne, par l’historien Hassan Rémaoun
Benjamin Stora
Avec Imaginaires de guerre, Benjamin Stora continue un travail de publication entamé voici bientôt vingt ans sur l’Algérie, et qui s'est traduit jusqu'ici par la production d'une (bonne) quinzaine de livres, et un grand nombre d'articles et de contributions à des œuvres collectives. La production de cet universitaire est ainsi devenue incontournable pour quiconque s'intéresse à la question. Même s'il a fallu attendre ces dernières années pour que certains de ses livres aient commencé à être réédités et diffusés en Algérie, le pays où il est né et autour duquel se concentre l'essentiel de ses écrits. C'est d'ailleurs la première fois qu'un de ses ouvrages est mis à la portée du public algérien l'année même de son édition en France. Ceci est révélateur du chemin parcouru dans notre pays, vers un regard moins conformiste sur tout ce qui touche à une période essentielle pour l'émergence de ce qui fait notre présent. En fait, il s'agit moins ici d'un travail historiographique au sens traditionnel du terme, que d'une production visant l'exploration de la mémoire de la guerre, en continuité avec le livre décapant pour la pensée que constitue La gangrène et l'oubli (édité une première fois en 1991). Imaginaires de guerre est cependant original d'un triple point de vue.
12_Imaginaires_DeGuerreTout d'abord, Benjamin Stora fait une approche croisée entre deux guerres qui ont marqué le mouvement de décolonisation en ce XXe siècle, celle qui concerne, nous dit l'auteur, le pays de sa vie (l'Algérie qu'il a quitté très jeune) et celle du pays de son combat politique quand il était jeune (le Viêt-Nam).
Il aborde ensuite la question de la mémoire de ces guerres, telle qu'elle fonctionne dans les pays dont les velléités dominatrices sont à l'origine de ces guerres : la France pour ce qui est de l'Algérie, et les États-Unis d'Amérique pour le Viêt-Nam. L'auteur nous indique comment l'histoire et les enjeux de ces conflits influent sur la façon dont fonctionne jusqu'à nos jours la mémoire de ces guerres. L'approche comparatiste devient d'autant plus passionnante qu'elle induit en fait une série de drames où interviennent quatre protagonistes qu'on peut croiser par couples, de plusieurs façons différentes : Algérie-Viêt-Nam,/ France-Algérie,/ France-Indochine (dans une moindre mesure dans l'ouvrage), /Etats-Unis-Viêt-Nam et/ France-état-Unis.
La mémoire est interrogée à travers un outil privilégié, l'image sous ses différents aspects : photographique, télévisuelle ou cinématographique, bande d'actualité et documentaire ou film de fiction (contemporain ou postérieur aux deux guerres). Il faudra, bien entendu, faire la part des choses entre ce qui relève des nécessités du travail de propagande mené par chacun des pays, et ce qui relève du témoignage. Le rapport à l'image, en France et aux Etats-Unis, ne semble pas avoir fonctionné de la même manière à propos des deux guerres. Durant les conflits, tout d'abord, puisque la guerre d'Algérie était surtout couverte à travers les informations transmises par la radio et le transistor, ainsi que des reportages de magazines (tel Paris-Match) ou les actualités cinématographiques ; tandis que le conflit du Viêt-Nam, plus récent et contemporain de la génération du poste T.V, fera durant des années la une de journaux télévisés, et sera couvert par un flot d'images chaque jour renouvelées. Après la guerre ensuite, le cinéma de fiction français n'a pas produit à propos de l'Algérie l'équivalent des superproductions américaines touchant à la guerre du Viêt-Nam.
Benjamin Stora nous permet cependant de vérifier combien la réalité est en fait plus complexe. La lecture de son livre devrait par ailleurs inciter les Algériens à approfondir une recherche à travers la mémoire par l'image et le cinéma, d'autant plus que quelques écrits, il est vrai épars et pas toujours accessibles à notre public, ont déjà commencé à aborder la question. L'idée d'approches comparées avec d'autres mouvements nationaux, peut aussi être porteuse de fécondité pour la compréhension de notre présent.
Hassan Remaoun, historien, avril 1998. Préface à l'édition algérienne
17 - Les trois exils. Juifs d’Algérie. Avant-propos.
Benjamin Stora
Retours.
La « question juive » a fait un retour remarqué dans la société française, notamment au moment du meurtre atroce du jeune Ilan Halimi en février 2006. Des manifestations de protestations se sont succédées à Paris et en province, où le gros des cortèges était composé de membres de la communauté juive. Certains observateurs ont alors évoqué les « dérives identitaires » ou « la fin d’un modèle républicain français » allant vers plus d’affirmation religieuse, de séparation avec le reste de la société ; où l’on peut désormais répertorier en France les personnes en fonction de leur origine, devenir bourreaux ou victimes en raison de son sang. D’autres ont préféré deviner dans ce processus, face à la montée de l’antisémitisme, un réflexe d’auto-protection d’une communauté de plus en plus isolée, ou cherchant à se rassembler dans l’adversité. Il était possible également de voir dans les attitudes différentes adoptées au moment de l’assassinat d’Ilan Halimi, la grande diversité sociale, politique, culturelle, des Juifs de France.
Ce dernier aspect a retenu mon attention. Est-ce vraiment nouveau, singulier que d’aimer passionnément la République en France, se sentir concerné par ce qui se passe en Israël, et pratiquer la religion dans un cadre privé ? Non, d’autres juifs français dans un passé récent ont su combiner l’attachement très fort aux valeurs républicaines, tout en restant fermement ancrés dans leurs traditions religieuses : les Juifs d’Algérie, devenus français par le décret Crémieux de 1870. Comme les Juifs de France d’aujourd’hui, ceux d’Algérie n’avaient pas le profil triomphant et dominateur de la haute finance, beaucoup étaient très pauvres et l’unique façon de payer leur billet d’entrée dans la société française consistait simplement à manifester leur lien étroit à la République. Mais dans l’Algérie coloniale, il était fréquent d’entendre des propos venant de la vieille société médiévale sur le juif commerçant et trompeur, celui qui possède le pouvoir (de manière occulte), l’argent … Le juif dans cette imagerie ancienne apparaissait un banquier-sangsue vivant en parasite sur le corps de la société. Evidemment, aucune analyse de classe, aucune « preuve », fût-elle vaguement sociologique, ne venait jamais étayer cette identification magique du juif et de l’argent….
Le travail de l’historien est alors indispensable pour rentrer plus profondément dans la connaissance de la colonisation qui a divisé les communautés indigènes, émancipant les uns au détriment des autres. Replacés dans leur contexte, liés à d’autres, les événements et les textes illuminent sans fard ni simplification, jusque dans leur style et leur vocabulaire parfois ardus, les mentalités d’autrefois (en particulier l’antisémitisme européen si puissant dans l’Algérie coloniale), et tout ce qu’on souhaite aujourd’hui retrouver de ce passé si peu étudié. Car il s’avère que la connaissance de l’histoire coloniale, et de ses querelles comme la fameuse loi du 23 février 2005 qui vante les « aspects positifs de la présence française », est de plus en plus indispensable pour comprendre les spasmes qui agitent la France contemporaine.
Retour de la question juive, retour de la nécessité de l’Histoire, retour du passé colonial dans la société française… : tous ces « retours » ne pouvaient pas, pour ce qui me concerne, s’accomplir indépendamment d’un retour physique au pays qui avait vu naître mon père, dans les Aurès, à Khenchela…
Khenchela
Khenchela est un lieu mystérieux de mon enfance où ma sœur allait chaque été, et moi jamais. Dans ce berceau séculaire de la famille de mon père, un gros bourg, chaud du printemps à l’automne, que j’imaginais froid à cause de la montagne toute proche, mes grands parents, comble de l’aisance, de puissance et de modernité, possédaient un cinéma. La description que faisaient ma sœur et mes tantes de la maison du grand-père est restée vive, énigmatique et captivante, comme celle d’un paradis interdit. Il faut dire qu’avec la guerre d’Algérie, les routes de cette région des Aurès étaient devenues particulièrement dangereuses.
En novembre 2004, suis allé pour la première fois à Khenchela avec mon fils Raphaël. J’ai découvert cette ville de l’Est Algérien entre le massif de l’Aurès et les plateaux des Nementchas, dans ce qui, au fil du temps et de l’exil, est devenu pour nous le creuset des origines. Cinquante ans tout juste après le début de la guerre d’Algérie, je voulais également voir l’endroit où les premiers coups de feu ont été tirés contre les Français.
Le cinéma n’existait plus, la synagogue avait disparu, mais nous avions pu entrer dans l’une des anciennes maisons familiales. J’y ai rencontré un vieil homme fatigué, malade, ému, qui avait été à l’école primaire avec mon père. Et puis, j’ai écouté un ancien militant indépendantiste des années cinquante expliquer devant une foule de jeunes médusés et ignorant tout de la longue présence juive en Algérie, comment le frère de mon grand-père, Elie Stora, alors adjoint au maire de la ville, avait sauvé de la mort des Algériens arrêtés par des parachutistes français en 1957. Nous nous sommes aussi attardés dans le vieux cimetière juif. Cherchant sur les tombes écroulées le nom de mes ancêtres, j’arpentais cet espace désolé, à moitié détruit où se dressaient quelques colonnes, tandis que d’autres gisaient, brisées, mangées par les broussailles. Je mesurais là, comme à chacune de mes visites dans les cimetières de ce pays, l’effacement de notre histoire, celle d’une des plus vieilles communautés juives du Maghreb… Difficile, entre ces ruines, de ne pas succomber à une méditation morose et un peu vaine.
Raphaël, lui, ne s’intéressait guère aux vielles pierres, même s’il était sensible à l’émotion de son père. Pendant notre séjour, il a surtout observé les jeunes Algériens, leurs attitudes, leurs vêtements, leur façon de parler. Son regard et ses silences me disaient que cette histoire était déjà lointaine. Khenchela, haut lieu du souvenir familial, s’effaçait derrière une autre réalité.
L’idée de ce livre est née au cours de ce voyage, comme une tardive évidence. Depuis des années, j’explore en effet les continents compliqués du monde colonial, je circule entre les communautés, à l’écoute des acteurs d’un drame situé à la périphérie de l’histoire française. Après avoir étudié si longtemps l’histoire de l’Algérie, pourquoi ne pas mener une recherche sur sa composante juive, à partir de l’histoire de ma propre famille. Car à travers la saga des Stora et des Zaoui, bijoutiers de Constantine présents bien avant la présence française, se révèle le devenir d’une communauté dans sa diversité, au gré des passions, des affrontements, des convivialités, des échanges entre Juifs et Musulmans. Un devenir ponctué de bonheurs et jalonné d’arrachements.
Les photographies, elles aussi en témoignent. J’en ai choisi et commenté trois qui introduisent chacun des chapitres de ce livre. Deux photos de famille prises l’une en juin 1914, l’autre en 1939, la troisième étant une image d’archives du véritable exode que fut le départ des Juifs d’Algérie en 1962.
Trois photos pour trois exils, c’est le fil de ce propos.
18 - Les immigrés algériens en France : une histoire politique, 1912-1962
Benjamin Stora
Des jeunes exaspérés et des quartiers en ébullition, des protestations et des peurs qui se répandent d’une « communauté » à l’autre : c’est peu de dire aujourd’hui que la question des enfants de l’immigration en provenance des anciennes colonies (maghrébine ou africaine) est sur le devant de la scène en France. Mais autour des réponses possibles à cette situation dangereuse, tout est vu, souvent, par le seul prisme du religieux, celui de l’Islam. Cette référence est bien sûr décisive. Mais elle n’est pas la seule si l’on veut bien se donner la peine de comprendre les enchaînements historiques d’une telle situation. Et concernant l’immigration algérienne, une des plus anciennes en France[1], très enracinée socialement et culturellement, il y a bien d’autres histoires à raconter. En particulier celle de l’engagement politique.
Cet ouvrage, paru aux Éditions Fayard sous le titre Ils venaient d’Algérie en 1992, a été l’un des premiers à faire resurgir l’histoire politique oubliée de l’immigration algérienne en France, de la première guerre mondiale en 1914 à la fin de la guerre d’Algérie en 1962. Il est la version condensée d’une thèse d’Etat en histoire, soutenue en 1991 à l’université de Créteil sous la direction du professeur Charles Robert Ageron. La masse imposante d’archives consultées à l’époque (comme les sources policières ou les documents internes de l’activité militante), nécessaire à l’élaboration de ce travail universitaire n’a pas pu être conservée au moment de la publication. Il a en effet fallu pour la première édition réduire considérablement le volume de cette thèse, près de 1 300 pages, et réécrire le tout pour permettre une lecture facile. Mais l’essentiel du propos a été conservé.
Depuis, d’autres études universitaires ont vu le jour, comme le travail de Linda Amiri, en 2003 sur l’histoire de la Fédération de France du FLN ; de Laure Pitti, en 2005, sur les ouvriers algériens à Renault-Billancourt, de la guerre d’Algérie aux grèves d'OS des années 1970 ; ou de Naima Yahi, en 2008, sur l’histoire culturelle de l’immigration algérienne en France. Des films de fiction aussi ont été réalisés sur les immigrés algériens en France comme le beau film de Boualem Guerdjou, en 1999, Vivre au paradis qui raconte la vie d’une famille ouvrière dans les bidonvilles de la région parisienne, dans les années 1950 ; ou Nuit noire d’Alain Tasma, en 2005, qui montre la terrible répression d’octobre 1961. Toutefois, cette histoire de l’après-indépendance algérienne et de l’installation définitive dans la société française reste encore largement à écrire.
Il s’agissait d’abord dans cet ouvrage de remettre en question un stéréotype selon lequel la présence algérienne en France débuterait avec la guerre d’Algérie. Comme le lecteur le verra, la réalité est plus complexe. Les Algériens sont arrivés en métropole dès les années 1920. Cette immigration est alors essentiellement originaire de Kabylie et représente, à la veille de la seconde guerre mondiale, près de cent mille personnes. Elle est relativement âgée, les candidats à l’exil ont souvent la trentaine : des paysans envoyés par leur village avec, pour mission, de renvoyer des mandats postaux à leur famille. La première vague, celle de l’entre deux guerres, a laissé des empreintes en se fixant en région parisienne, dans la région lyonnaise, marseillaise ou encore dans le Nord-Pas-de-Calais : les Algériens ont épousé la carte de l’industrialisation de la France.
Ce livre raconte par ailleurs la naissance compliquée des organisations politiques algériennes en France. En 1926, Messali Hadj - le père fondateur du nationalisme algérien chez qui de nombreux responsables du Front de Libération Nationale (FLN) de la guerre d’Algérie feront leurs armes - crée l’Etoile Nord-Africaine (ENA). Interdite par les autorités coloniales, l’ENA sera remplacée par le Parti du Peuple Algérien (PPA) en 1937, puis par le Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques (MTLD) en 1946, qui, à sa dissolution le 5 novembre 1954, donne naissance au Mouvement National Algérien (MNA). Ces formations, qui se situent à mi-chemin entre l’idée républicaine et socialiste, et le sentiment d’appartenance à une identité religieuse, seront de formidables machines à rassembler et à sensibiliser les Algériens à l’injustice coloniale. Le FLN, dans la lignée également du MTLD fondé par Messali, (mais en opposition avec lui) verra le jour en novembre 1954.
Dans les baraquements du bassin minier du Nord de la France ou dans les cafés-hôtels des banlieues de la région parisienne, les hommes de Messali Hadj sont venus à la rencontre des immigrés pour leur prêcher la « bonne parole ». Dès les années 1930, les cafés-hôtels deviennent ainsi des lieux de vie et de mémoire. On y prend les nouvelles du « bled », on y écoute de la musique, on y recherche du travail ou on y fait la prière du vendredi. Le sentiment national va naître de l’exil. Loin de sa terre l’on découvre l’entre soi, une connivence avec d’autres exilés.
Dans le cadre colonial, il est difficile de s’organiser : il est paradoxalement nécessaire de rejoindre cette France, à laquelle il va falloir s’opposer, pour être en mesure de mettre en place un mouvement politique moderne.
Ce travail insiste ensuite sur la modification progressive de cette immigration d’« hommes sans nom », car comment appeler ces Algériens, qui ne sont pas de « vrais » citoyens français, mais se trouvent relégués dans leur condition d’« indigènes musulmans » ? Une seconde vague débarque entre 1945 et 1954, entre la fin de la deuxième guerre mondiale et le déclenchement de la guerre d’Algérie. Les hommes viennent maintenant de toutes les régions : du Constantinois (Est), fuyant la famine de 1944-1945, et de l’Ouest algérien. Les années 1950-1952 voient surtout le début de l’immigration familiale. On assiste alors à une autre construction de l’exil algérien. Celui-ci va s’enraciner. Ces immigrés sont davantage formés que leurs prédécesseurs. Ils comptent de nombreux ouvriers qualifiés qui investiront notamment les grands bastions de la métallurgie. La grande majorité de ces ouvriers rejoignent les syndicats, essentiellement la CGT. Ils sont surtout fortement engagés politiquement dans la Fédération de France du Parti du Peuple Algérien-Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques (PPA-MTLD), qui compte, avant 1954, près de 10 000 militants sur les 200 000 Algériens de France.
Ce sera l’occasion de révéler différentes figures, attachantes, dans la vie politique de l’immigration. Comme celle de Embarek Filali, qui longtemps dirigera la Fédération de France du PPA-MTLD, puis sera assassiné par d’autres nationalistes, ceux du FLN en octobre 1957. Cela permettra également de rendre compte de différentes questions posées par ces militants immigrés, questions qui ont conservé une brûlante actualité. Ainsi, au moment de la « crise berbériste » de 1948-1949, le mouvement nationaliste est alors agité sur l’identité d’une future Algérie indépendante. La nation à venir doit-elle se revendiquer comme uniquement arabe et islamique, ou doit-elle également souligner toutes ses particularités, notamment berbères ? On sait que les tenants du dogme arabo-islamique l’emporteront. Mais ces coups d’éclat auront cependant eu le mérite de provoquer de nombreux débats dans l’immigration.
Avant la guerre d’Algérie, les ouvriers exilés menaient ainsi une double existence. Une fois les sirènes des entreprises éteintes, la vie du militant débutait. Même si la plupart étaient d’un faible niveau d’instruction, les immigrés se passionnaient pour la politique. Ils discutaient ou écoutaient beaucoup la radio, lisaient ou se faisaient lire les journaux. L’image de l’immigré, ouvrier sans mémoire, sans politique, sans passé, malheureusement encore tenace aujourd’hui, ne correspond donc vraiment pas à la réalité.
Ce livre s’attarde bien évidemment sur la séquence décisive de la guerre d’Algérie, et sur la façon dont elle a été vécue par les immigrés algériens en France. Entre les violences policières françaises, comme la nuit tragique du 17 octobre 1961 où périrent de nombreux Algériens en plein Paris, et les cruels règlements de compte entre nationalistes algériens, ceux du MNA de Messali Hadj et ceux du FLN, l’immigration algérienne a été confrontée a un moment terrible de son histoire. La « lutte fratricide » empruntera davantage aux excès passionnels et sanglants qu’aux principes de la lutte révolutionnaire. Entre 1956 et 1961, elle fera 4 000 morts et 12 000 blessés, uniquement en métropole.
Comme beaucoup de membres de mouvements clandestins, les pères ou les grands pères des « beurs » d’aujourd’hui ont nourri la culture du secret. Plusieurs décennies après la fin de la guerre d’Algérie, ils hésiteront à parler. Certains, décédés, ont emmené avec eux des pans entiers d’une histoire tragique. Dans l’immigration, cette histoire est très difficile à affronter.Ce livre évoque enfin, comment, de la fin de la guerre d’Algérie à aujourd’hui, les enfants de ces premiers militants algériens se sont trouvés projetés dans la société française. Une société frappée d’amnésie à l’égard de ce qu’on n’osait pas encore appeler une guerre.
Dans les années 1960-1970, ils sont encore élevés dans l’idée de « retour » au pays. Certains s’engagent pourtant directement dans la vie politique française, comme les « événements » de 1968, les manifestations lycéennes de 1973 ou les actions étudiantes de 1976. Une avant-garde se politise aux côtés des mouvements politiques maghrébins en France, dans les luttes de foyer Sonacotra ou dans les comités en faveur des Palestiniens. Les « enfants de l’immigration », comme on les appelait alors, se battent sur le front de l’antiracisme, contre les meurtres d’adolescents dans les cités, et pour l’égalité des droits civiques. Des reportages commencent à apparaître sur les chaînes de télévision sur ces enfants « remuants » de l’immigration maghrébine (car arrivent dans les années 1970, d’autres migrants en provenance d’autres pays du Maghreb, du Maroc et de la Tunisie). Des aventures citoyennes apparaissent au travers de journaux comme Sans Frontière en 1978, ou Baraka en 1984. Une étape s’achève avec la marche de 1983, dite « marche des beurs » celle de la fin de l’espoir du « retour » dans le pays d’origine. La nouvelle « population », française, entend s’inscrire dans les débats et les combats livrés en France.
Ce livre entend seulement restituer une mémoire rarement transmise des luttes politiques, sociales et culturelles des années 1920 aux années 1970. Il vise à établir une filiation entre les générations de la société française d’aujourd’hui.
19 - Les guerres sans fin - Introduction
Benjamin Stora
Ce matin là, il y avait un drôle de courrier dans ma boite aux lettre : un petit cercueil en bois dans une grande enveloppe beige. La veille j’avais eu la surprise désagréable d’entendre sur mon répondeur téléphonique une voix d’homme qui psalmodiait des versets du Coran. Les jours suivants commencèrent des coups de téléphone, avec, au bout du fil, seulement le silence et le souffle d’une respiration. Nous étions en juin 1995. Je venais tout juste de sortir de l’hôpital, après une grave intervention chirurgicale, un quadruple pontage coronarien.
Le 24 janvier 1995, à la faculté de Saint Denis où je faisais cours, une sorte de flamme avait transpercé, brûlé ma cage thoracique. Par chance, par miracle un vieux monsieur qui assistait aux séances de mon séminaire se porta à mon secours, en me donnant une petite pastille à placer sous ma langue et en me disant de ne pas bouger. C’était un cardiologue à la retraite,. Son intervention m’a sauvé la vie. J’avais fait un infarctus mais ne mesurais pas la gravité de mon état et au Centre Cardiologique du Nord, j’exigeais de sortir, prétextant l’importance de mes « tâches ». Le professeur Deloche m’a opéré à l’hôpital Broussais, et je suis resté pendant deux mois dans un état aussi douloureux qu’étrange. Des sons et des images se contaminaient les uns les autres. Des visions d’enfance à Constantine ; des images de ma fille, morte d’un cancer à l’âge de 12 ans, en janvier 1992 ; des lumières blanches du néon de ma chambre ; des yeux d’amis, effarés en me regardant ; des visites silencieuses de ma femme, le visage livide, et des bruits d’infirmières dans le couloir ; des souvenirs de jeunesse, des manifestations et des prises de paroles militantes. Je ne « voyais » plus vraiment cette histoire cruelle de l’Algérie qui avait tant mobilisé mes forces, en particulier depuis la présence des islamistes sur la scène politique et l’arrêt des élections en janvier 1992. J’éprouvais de la souffrance, mais aussi une libération, une sorte de soulagement. Dans ma chambre d’hôpital, j’étais enfin « caché », à l’écart, à l’abri du tumulte de ces moments. La porte refermée, me laissait seul face à l’amoncellement des souvenirs.
Depuis 1992, j’avais été propulsé sur le devant de la scène médiatique française et algérienne, moins en tant qu’historien de ce pays, que comme « expert » de la terrible crise que traversait l’Algérie, et de la guerre que se livraient les islamistes et le pouvoir. Je sautais d’un plateau de télévision à une émission de radio, et mon téléphone sonnait en permanence à mon domicile (les mails et les « SMS » qui protègent aujourd’hui de l’intrusion téléphonique n’existaient pas encore). Ces quatre années d’effervescence médiatique, m’avait attiré à la fois reconnaissance et jalousie féroce (pourquoi lui ?).
Sur mon lit d’hôpital, je me sentais protégé, apaisé, presque euphorique. La souffrance qui tenaillait mon corps s’éloignait lentement. Avec les prises régulières de morphine, je flottais littéralement…. Images et sons s’agrégeaient pour créer un espace sensoriel, déroutant.
A ma sortie de l’hôpital, cette « surprise » désagréable m’était tombé dessus : je me retrouvais menacé de mort. Le petit cercueil, les musiques religieuses, les silences au téléphone…. Je figurais sur une liste d’hommes à abattre. C’est un commissaire de la DST qui est venu me l’expliquer, à domicile. Des inspecteurs de police sont allés chercher mon fils à l’école. Désormais nous devions vivre sous protection policière. Nous ne sortions plus de chez nous. Et puis, les choses se sont accélérées. Le 13 juillet 1995, l’Imam Sahraoui a été assassiné dans sa mosquée. Et les attentats ont commencé dans Paris en cet été 1995. On nous conseillait de partir à l’étranger. Ma femme, mon fils et moi sommes partis chez des amis en Suisse (pendant ce temps, notre maison fut cambriolée). On m’a demandé de choisir une destination, hors de France. J’ai opté pour…. l’Indochine, non, pardon le Vietnam ! Choix logique : autant aller loin et remonter le cours de l’Histoire, avant la guerre d’Algérie, il y avait eu celle d’Indochine. Et deux années auparavant, j’avais travaillé avec Régis Wargnier comme conseiller historique sur le film Indochine. Ce travail sur des images de cinéma m’avait fait découvrir la beauté du Vietnam.
Nous avons quitté la France pour Hanoi au début du mois décembre 1995 en pleine grève générale contre « le plan Juppé ». Un seul journal publiera, après mon départ, un article sur ces « événements », La Croix, du 18 décembre 1995[1].
« Aujourd’hui, Benjamin Stora ne veut plus se demander de quoi il est précisément coupable. (…), Il s’en va loin de France pour un travail d’historien sur la guerre américaine au Vietnam. Quoiqu’en dise Benjamin Stora, le lien existe entre le Vietnam et l’Algérie, deux pays qui ont vécu des guerres de libération sanglantes, qui se sont entraidés à l’époque, et qui ont défait des puissances occidentales, la France et les Etats-Unis. Avant de quitter la France, Benjamin Stora a eu du baume au cœur. La Tribune, l’un des quotidiens francophones les plus lus d’Algérie, sans être au courant de cet exil forcé, lui a consacré, il y a trois semaines, un article chaleureux sur son dernier ouvrage paru l’été dernier, L’Algérie en 1995 – La guerre, l’histoire, la politique (Ed. Michalon). La Tribune notait aussi que Benjamin Stora « était tour à tour monté au pinacle ou invectivé. Il est devenu, avec la croissance de la crise politique en Algérie, un des intervenants qui déchaînent le plus de passion. » Et le journal de noter qu’il recueille le prix d’une notoriété qui n’est pas toujours sans risques. A 45 ans, Benjamin Stora se dit « enfin heureux de commencer une nouvelle vie, dans un nouveau pays ». Alors, bon voyage, Benjamin, portez-vous bien et revenez-nous quand même, un jour, pas si lointain, pour nous parler de l’Algérie. Vous la connaissez si bien ».
De ma part, cette discrétion était délibérée, je n’ai jamais voulu rendre publique cette affaire, et j’en parle dans ici pour la première fois. Rétrospectivement, le fait qu’en France, au milieu des années 1990, un universitaire ait été menacé de mort, obligé de se cacher, puis de partir à l’étranger avec sa famille pendant plusieurs années, et que cette affaire n’ait soulevé aucune émotion particulière, est évidemment surprenant. Mais à l’époque, aucune fuite n’est venue alimenter une presse pourtant déjà friande de sensations en matière de « menaces intégristes ». C’était avant le 11 septembre 2001, avant que se répande le sentiment de peur autour des questions touchant à l’islam ou à l’immigration. Nous étions en 1995, et à deux heures d’avion de Paris, des dizaines de milliers d’Algériens mourraient dans une tragédie cruelle.
D’où venaient les menaces contre moi ? Des islamistes, qui connaissaient mon parcours d’intellectuel laïc, juif de gauche ? Du pouvoir algérien de l’époque, qui voyait d’un mauvais oeil mes déclarations en faveur de la démocratie dans ce pays ? Des activistes d’extrême droite déguisés en intégristes musulmans, et qui ne supportaient plus mes travaux montrant la nature inégalitaire du système colonial ? Les services de police ne sont jamais parvenus à identifier l’origine de ces menaces. L’absence de revendications claires et de signatures d’auteurs rendait le chantage inquiétant, le danger bien présent.
L’incertitude sur les origines possibles de ce péril dit bien la difficulté d’analyser en historien le devenir de la société algérienne, sa complexité, à distance critique des idées reçues, des préjugés comme des pouvoirs établis. Toute cette histoire de menaces dit aussi combien en France la mémoire de la guerre d’Algérie est toujours présente, insistante. L’histoire dans la fébrilité, la mémoire jusqu’à l’obsession, la recherche des vérités dissimulées : écrire sur l’Algérie, ses rapports avec la France, ensanglantés et passionnés, reste un exercice périlleux. Ce livre est donc un retour sur les conditions de « fabrication » de toutes ces histoires algériennes et maghrébines, par les archives écrites, les témoignages, les images.
Il se présente également comme une suite de La dernière génération d’octobre qui racontait essentiellement mon engagement politique de 1968 à 1985. Il s’agit cette fois d’un autre engagement, à travers l’écriture de l’histoire de l’Algérie, du Maghreb, de l’immigration algérienne en France. Mais on découvrira au fil des pages que ces deux formes d’engagement ne s’opposent jamais vraiment, elles fonctionnent plutôt en miroir l’une de l’autre. Ces textes ont un double aspect : ils parlent à la fois de ce qui est arrivé, et de ce qui m’est arrivé. Chemin timide au début, emprunté non sans hésitations, mais frayé de plus en plus clairement dans mon ouvrage suivant, Les Trois exils, juifs d’Algérie. Cette fois encore, se mêlent clairement ici l’écriture méthodique de l’histoire et la plongée dans la subjectivité ; la « frénésie » d’une recherche rigoureusement scientifique et sa contre partie mélancolique, désabusée (le travail de l’histoire sur l’histoire algérienne n’arrive décidément pas à soigner les mémoires blessées qui s’affrontent).
Des histoires doubles donc, qui montrent un historien « classique », et un historien engagé, dans le seul temps qui vaille : le présent. Non pas un historien du présent, mais un historien au présent, par-dessus tout sensible à la présence de l’histoire, en son lieu actif, vivant, qui est la mémoire.
20 - Le mystère De Gaulle - Son choix pour l'Algérie
Benjamin Stora
Introduction
Il est des mystères qui s’épaississent à mesure qu’on s’échine à tenter de les résoudre. Depuis bientôt quatre décennies, pas un mois, pas une année ne passent, sans qu’un livre ne vienne ajouter une pierre, petit caillou ou imposant rocher, à l’auguste monument de papier consacré au général de Gaulle. Récits et analyses historiques, confidences de proche, mémoires de ministre, conversations de journaliste, romans vrais, ouvrages illustrés, bandes dessinées, s’ajoutent les uns aux autres pour allonger sans cesse une bibliographie qu’il devient de plus en plus difficile de maîtriser entièrement, mais dont les derniers ajouts révèlent les mutations de la figure gaullienne dans la mémoire collective française[1] et permettent de suivre à la trace les transformations apportées à la statue du général par ses mille et uns sculpteurs.
Dans ce foisonnement éditorial, très rares sont les auteurs qui n’abordent pas, de près ou de loin, la politique algérienne du général, considérée à juste titre comme l’un des enjeux majeurs, incontournables, de sa présidence. Parmi les acteurs de l’époque, tous ou presque ont livré leur témoignage sur la question, du Premier ministre Michel Debré au Président du Conseil constitutionnel Léon Noël, du gendre de de Gaulle Alain de Boissieu au directeur de L’Écho d’Alger Alain de Serigny, du général Jacques Massu au général Raoul Salan, du secrétaire général pour les affaires algériennes Bernard Tricot à l’avocat des partisans de l’Algérie française Jacques Isorni, sans oublier, côté algérien, les leaders nationalistes Ferhat Abbas, Saad Dahlab ou Ali Kafi, acteurs et témoins privilégiés de la lutte des factions au sein du FLN. Tous se confrontent — et répondent de manière différente — à la question de la décision prise par le général de Gaulle de s’orienter vers l’indépendance de l’Algérie, alors qu’il a été porté au pouvoir au mois de mai 1958 par les partisans de l’Algérie française. Certains, fidèles ou opposants du premier président de la Ve République, font le récit d’une histoire jouée d’avance, d’un plan tenu secret et appliqué par de Gaulle une fois revenu aux affaires. « Il n’exprimait pas toute sa pensée. Au-delà de la paupière lourde, du regard goguenard et de l’assurance impériale, il y avait la clarté des choix afin de réaliser les vœux cachés de la nation. Telle avait été l’offre lancée aux rebelles algériens, dès son retour au pouvoir, de conclure “la paix des braves” ou, plus récemment, le 16 septembre 1959, la proclamation que l’effort de guerre sans précédent en Algérie avait pour seul but de permettre au peuple algérien de choisir librement son destin », écrit ainsi Constantin Melnik, responsable de l’action des Services spéciaux et de la police à Matignon et premier entremetteur entre négociateurs français et dirigeants du FLN[2]. « En juin 1958, un homme qui avait été grand (et que nous, génération de la Résistance, avons commis la faute de rappeler), d’abord dans la lutte, puis dans l’isolement, une fois revenu au pouvoir, crut s’y assurer en dissimulant sa pensée. Tout ce grand malheur collectif, se répercutant en mille drames familiaux et individuels, découle de ce manquement premier à la vérité. Nous avions cru fonder sur le roc : ce n’était, hélas, que du sable, le sable des promesses non tenues et de l’espérance trahie » répond Jacques Soustelle, gouverneur d’Algérie de 1955 à 1956, ministre de l’Information en 1958 puis ministre chargé du Sahara, des DOM et TOM et des Affaires atomiques dans le gouvernement Debré de 1959 à 1960. Face à la « thèse » du secret, c’est précisément Michel Debré qui rappelle l’importance de resituer la politique gaullienne dans son contexte, sans tomber dans le piège téléologique, reprenant ici un impératif de la méthode historique : « Derrière la logique que l’histoire confère à cette évolution, que d’hésitations, que de tentatives !… La fatalité paraît aujourd’hui l’emporter alors que le résultat final est pour une grande part dû à des comportements et à des actions dont seul le récit permet de comprendre l’aboutissement[3]. »
Quelle a donc été, dans la politique du général de Gaulle face à la guerre d’Algérie, la part des circonstances et celle des intentions ? A-t-il appliqué strictement un programme conçu de longue date par lui seul ou a-t-il évolué au gré des contingences et des conseils reçus, naviguant à vue, dans une mer agitée et truffée de mines? Que voulait-il vraiment ? Maintenir l’Algérie sous domination ? S’en débarrasser ? Du côté des historiens[4] et des meilleurs journalistes, c’est souvent, devant ces questions, une certaine perplexité qui l’emporte. L’historien Charles-Ageron explique ainsi combien il est impossible de se faire une idée claire des rapports du général de Gaulle avec l’Algérie. De son côté, Jean Daniel, affirme que le général de Gaulle avait exclu les hypothèses de l’intégration et de l’indépendance[5]. Jean Lacouture dans sa monumentale biographie de de Gaulle[6] décrit pourtant « un de Gaulle au pluriel », personnage multiple qui ne pense pas de la même façon le problème algérien selon qu’il porte la casquette du « sociologue de l’histoire », du général ou de l’homme politique. L’ouvrage paru dès 1974, La Guerre d’Algérie ou le temps des méprises, qui rapporte les analyses de plusieurs témoins importants de l’époque, parmi lesquels André Jacomet ou Hubert Beuve-Méry, s’arrête quant à lui sur cette question : « Que sait-on des intentions du Général ? » Il semble que même ses proches ne savaient pas ce que pensait de Gaulle. Et que ni ses discours ni ses actes ne permettent, le plus souvent, d’entrevoir une volonté de solution libérale, autonomiste[7]. Ainsi s’ouvre le passage du livre intitulé « l’Impossible exégèse » : « Cette reconstruction d’une vérité officielle se fonde en grande partie sur les indéterminations de la parole gaullienne ou sur son silence. Rien n’est dit qui engage vraiment l’avenir politique et national de l’Algérie : la paix des braves a été une formule sans lendemain ; le crédit et le verbe du Général se sont révélés insuffisants pour que cessent les combats. Jusqu’au discours du 16 septembre 1959 sur l’autodétermination, aucun signe ne donne à penser qu’il y ait quelque modification substantielle de ce que l’on croit être la volonté du Gouvernement. Même après ce discours, les incertitudes et les déclarations en sens divers du Président de la République comme des plus hautes autorités de l’État, dont on prend ce qui vient à l’appui de ce que l’on souhaite, alimentent les convictions et entretiennent la divergence des interprétations : l’exégèse s’avère multiple et par-là même impossible », disent les auteurs, Laurent Theis et Philippe Ratte. Contre cette incertitude fondamentale, l’historien américain Irwin Wall, dans son récent essai Les États-Unis et la guerre d’Algérie, a développé une thèse nettement plus tranchée. Selon lui, le général de Gaulle voulait garder l’Algérie française. Il ne faut pas, assure-t-il, se fier aux confidences faites aux uns et aux autres car elles se contredisent. De Gaulle a souvent agi sous la pression de l’ONU et surtout des États-Unis. Le choix de l’autodétermination, annoncé quelques jours seulement après la visite officielle du président Eisenhower à Paris en septembre 1959, exprime alors davantage la volonté d’une association forte de l’Algérie avec la France que une étape vers l’indépendance.
Peut-on, dès lors, sortir de la difficulté essentielle à résoudre le problème de la politique algérienne de de Gaulle ? Pour tenter, cinquante ans après, ce récit d’histoire, il faut repartir d’un moment oublié de la guerre d’Algérie, une daté clé, tombée depuis lors dans une sorte de trou mémoriel : le 16 septembre 1959. Ce jour-là, à 20 h, le général de Gaulle s’adresse aux Français dans un discours radiotélévisé. Alors que l’Algérie est à feu et à sang depuis cinq ans déjà, l’homme qui est revenu au pouvoir à la faveur de la crise secouant les départements français de l’autre rive de la Méditerranée lâche le mot : « autodétermination. » « La seule voie qui vaille », explique alors le président de la République, est celle du « libre choix que les Algériens voudront bien faire de leur avenir »… C’est un basculement décisif, qui ouvre grand, certes sans le dire tout de suite, la porte aux tenants de « l’Algérie algérienne ». Car si les Algériens votent pour décider de leur avenir, c’est la volonté de la population musulmane, très largement majoritaire, qui l’emportera. L’indépendance est encore loin, mais elle entre pour la première fois dans le domaine du possible.
Quel chemin de Gaulle a-t-il parcouru pour en arriver à ce choix ? Sa décision était-elle effectivement prise de longue date et gardée dans le secret, élément essentiel à toute action internationale du chef d’État comme le pensait le général ? A-t-il alors joué double jeu pour gagner du temps ou parce que les circonstances l’y ont contraint ? Ou bien, au contraire, l’autodétermination est-elle une idée apparue à la fin de l’été 1959, au terme d’un long cheminement ? L’analyse des faits, l’étude croisée des témoignages, nombreux et souvent contradictoires, la mise en perspective des événements précédant le discours du 16 septembre 1959 et des déterminants de la relation entre le général de Gaulle et l’Algérie, doivent permettre d’apporter des éléments de réponse à ces interrogations.
Pour cela, il nous a fallu entreprendre une plongée dans une immense littérature sur le sujet « De Gaulle et l’Algérie », consulter des dizaines et des dizaines d’ouvrages, qui sont la matière première de ce livre. À partir de cette substance, la narration qui suit développe différents points de vue et joue sur plusieurs temporalités. Elle s’intéresse à la fois aux positions des proches de de Gaulle et à celles de ses adversaires, français ou algériens. Elle alterne, comme par effet de zoom avant ou arrière, le récit détaillé, presque heure par heure, d’une journée, et celui d’une année entière. Elle passe de l’analyse précise d’une période de quelques semaines à l’étude nécessairement plus rapide d’un cycle de plusieurs mois.
Le premier chapitre s’arrête ainsi sur le jour du 16 septembre 1959, raconté du matin jusqu’au soir. Le deuxième resitue le discours sur l’autodétermination dans le contexte à la fois politique, social et culturel de l’année 1959, année « nouvelle » par excellence. La troisième partie porte sur les raisons profondes de la décision prise par de Gaulle, tandis que la quatrième suit le cours de l’été 1959 pour tenter de relater les événements qui ont précédé immédiatement l’annonce de la grande décision. Les cinquième et le sixième chapitres mettent en regard les réactions françaises et les réponses algériennes à l’intervention télévisée du 16 septembre. La septième et dernière partie rappelle, qu’aussi important soit-il, le choix fait par de Gaulle n’a pas mis fin à la guerre d’Algérie, qui va durer encore près de trois ans.
Au terme de cette histoire, on pourra retenir et discuter des propositions/analyses nouvelles sur la position du général, acquérir des certitudes ou au moins se poser de nouvelles questions, celles d’un historien qui travaille depuis trente ans sur la guerre d’Algérie et qui consacre pour la première fois un livre au général de Gaulle
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