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Article (1/8)

La colonisation de l’Algérie racontée par la presse française


Par L'Obs, publié le 7 août 2019.


Portrait de 1852 de l’émir Abdelkader, l’un des principaux résistants à l’armée française au XIXe siècle. (AFP)

 "L’Obs" revient, en partenariat avec RetroNews, le site de presse de la BNF, sur l’histoire de l’Algérie coloniale à travers les journaux de l’époque.

Dès 1830, la résistance des Algériens à la colonisation française
Les Algériens ont affronté l’armée française dès son débarquement en juin 1830 à Sidi-Ferruch. De l’émir Abdelkader à Messali Hadj en passant par Lalla Fatma N’Soumer, retour sur cent trente-deux ans de révoltes.

Femmes et enfants asphyxiés : le scandale des « enfumades » du Dahra pendant la conquête de l’Algérie
Dans les années 1840, pour mater la révolte algérienne, l’armée française allume des feux à l’entrée des grottes où sont réfugiées les tribus rebelles. Dans le massif du Dahra, plus de 700 personnes meurent asphyxiées.

Quand Maupassant était reporter dans l’Algérie coloniale
Envoyé en Algérie en 1881 par le quotidien « le Gaulois » pour enquêter sur un soulèvement dans le sud-oranais, l’écrivain dresse un réquisitoire implacable contre la colonisation française.

Quand la France fêtait la colonisation en Algérie
En 1930, la France célèbre le centenaire de la colonisation en Algérie et les débuts de la conquête armée qui a démarré un siècle plus tôt, le 5 juillet 1830, par la prise de la régence turque d’Alger.

Quand le choléra et la famine décimaient un cinquième de la population algérienne
A partir de 1866, des catastrophes sanitaires et naturelles suivies d’une crise alimentaire s’abattent sur l’Algérie. En proportion, l’hécatombe sera supérieure à celle de la Première Guerre mondiale sur le territoire français.

Code de l’indigénat dans les colonies : un siècle de répression
En février 1946, il y a soixante-treize ans, le gouvernement provisoire français mettait fin au régime de l’indigénat dans l’empire colonial. Pendant plus d’un siècle, les populations autochtones ont été soumises à des peines spéciales.



Article (2/8)

La Wilaya II Historique (L'ombre de Constantine) d’Abdelaziz Halfallah


Par Amina Z - Liberté-Algérie -

L’ouvrage d’Abdelaziz Khalfallah paru récemment aux éditions Chihab, se veut un témoignage sur l’une des wilayas les plus emblématiques de la guerre de Libération nationale. L’auteur, lui-même, haut responsable et militant de la cause nationale, raconte, à travers son propre parcours et celui de ses camarades de combat, les prémices du mouvement national et le déclenchement de la lutte armée à Constantine et dans le Nord-Constantinois.

L’ouvrage se compose de trois parties plutôt inégales. La première, et c’est la plus importante, concerne la création de la Wilaya II, d’abord en zone du Nord-Constantinois avec à sa tête Didouche Mourad, tombé au champ d’honneur en janvier 1955, ensuite avec pour commandant en chef Zighoud Youcef, qui lança l’of-fensive historique du 20 août 1955. La zone II qui englobait tout l’Est algérien, jusqu’aux frontières tunisiennes, se transforme en la Wilaya II au lendemain du Congrès de la Soummam. Elle possède une dimension géographique et un capital humain de militants aguerris essentiels dans la stratégie de lutte contre l’adversaire colonial.

A. Khalfallah détaille les premières ébauches de l’organisation de la Wilaya, la personnalité et le rôle de ses chefs tels Bentobal, Ali Kafi et Salah Boubnider dit Sawt el-Arab, son fonctionnement, ses difficultés, sa résistance au “plan Challe” qui exerça une pression infernale sur les maquis et les militants en zone urbaine de Constantine et des autres villes du territoire. Un volet particulier concerne la ville de Constantine, dont l’auteur maîtrise le terrain parfaitement. Elle est, dès le début du siècle dernier, “un haut lieu du fida” par l’engagement et l’adhésion de ses élites et de sa population au mouvement national partisan, syndical et associatif, notamment au sein du PPA-MTLD, à l’OS et enfin au FLN.

La deuxième partie, moins étoffée, mais tout aussi captivante que la première, relate la fin de la guerre et la crise de l’été 1962 qui s’ensuivit. Dès l’amorce du cessez-le feu en mars, l’auteur rapporte les dissensions sous-jacentes dans les rangs des premiers responsables. Ces divergences ont toujours existé et se sont souvent traduites par des exécutions sommaires et l’élimination politique ou physique de militants sincères. La crise de 1962 et le congrès de Tripoli révèlent à quel point les oppositions et les ambitions de pouvoir vont rejeter du fleuve de la Révolution ses sédiments les plus progressistes et les plus modernistes. Ce qui, pour l’auteur, va laisser place à un courant dont certains de ses animateurs visaient peut-être l’édification d’un État national mais, hélas, vidé de sa substance démocratique et éloigné des idéaux des premiers Novembristes. Il s’est appuyé pour cela sur une faune d’opportunistes, marginalisant beaucoup de militants de la première heure, écœurés de la tournure qu’avaient prise les événements de l’été 1962.

Été 1962 ou l’intimement douloureux.

La troisième partie est constituée principalement d’annexes englobant des documents, des articles de presse de l’époque et des portraits photo de militants de la Wilaya. Elle pourrait éventuellement intéresser des chercheurs ou ceux qui veulent pousser davantage leurs connaissances sur l’histoire de ce territoire durant la guerre de Libération. Elle sert également à étayer les faits restitués par l’auteur. Le plus grand intérêt du livre de M. Khalfallah est certainement d’avoir fourni nombre de données historiques sur cette Wilaya, mais surtout de mener le lecteur, malgré le flux des noms, des dates et des événements, dans l’atmosphère de la lutte clandestine et de la guerre, en donnant aux protagonistes une dimension humaine que l’on trouve rarement dans les manuels de l’histoire officielle. Il se sert, pour cela, d’un style d’écriture fluide à la fois concis et précis, sans fioriture ni redondance. A. Khalfallah réussit, loin de tout anecdotisme ou même de toute polémique, à nous attacher à ces hommes et à ces femmes qui, avec leurs forces et leurs faiblesses, ont osé défier un système de répression parmi les plus atroces.

Avec l’auteur, on reste sidéré devant la volonté, le courage, la détermination et les sacrifices de combattants, fauchés, pour beaucoup d’entre eux, à la fleur de l’âge. Nous sommes loin de l’unanimisme aseptisé du discours officiel ; avec ce témoignage, l’auteur rend justice à nombre de militants de la cause nationale en les nommant et en donnant corps à leur dévouement et à leur sacrifice pour rendre au peuple algérien sa liberté et sa dignité. La peur de la récupération politique est, certes, légitime, mais occulter le rôle indéniable joué par des hommes avant-gardistes à la vision révolutionnaire, avec leurs succès, leurs échecs et aussi leurs erreurs, n’empêche pas qu’aujourd’hui encore, et 60 ans plus tard, de voir des slogans douteux fleurir, tels que “Novembre badissien” ou des revendications d’appartenance à Novembre 1954 qui n’ont rien à voir avec la vérité historique.

Ce livre se lit d’un trait, tant la tonalité de l’expression cadence les faits rapportés. On peut toutefois reprocher à la démarche éditoriale une iconographie mal disposée. Celle-ci aurait pu rythmer la lecture plus avantageusement en étant insérée entre les pages des deux premières parties. Bien que l’intérêt des nouvelles générations envers l’histoire de notre pays se soit émoussé, il est certain et plus que nécessaire que des acteurs de cette période, si cruciale, se doivent de laisser les traces de leur combat et celui de leurs frères d’armes. Viendra le jour où notre jeunesse saura renouer avec son passé de manière apaisée et intelligente ; c’est alors que la pertinence de ces témoignages trouvera tout leur effet.



Article (3/8)

Témoignage d’un combattant de l’ALN dans la Wilaya III


Par : Badreddine Mohamed. Journaliste - Liberté-Algérie -

Ce 67e anniversaire du déclenchement de la valeureuse guerre de Libération nationale est une opportunité pour rappeler le parcours de l’un de ses grands acteurs ayant combattu dans la Wilaya III, aux côtés des Amirouche, Mira, Mohand Oulhadj et bien d’autres héros de notre glorieuse révolution.

LE MOUDJAHID MEDJAHED MAHMOUD

Partant du fait que le témoignage historique constitue une source majeure pour l’écriture de l’histoire, nous allons tenter de faire connaître au public une figure et un nom qui sont longuement restés dans l’ombre. Fils de Medjahed Mohand Saïd et de Salmi Dehbia, Medjahed Mahmoud, appelé Si Mahmoud, est né en 1937 au village Alma (commune de Chellata), sur les hauteurs d’Akbou.

Ayant vécu son enfance dans une famille modeste, confrontée à la rude vie de montagne, que la neige souvent isole durant plusieurs semaines en hiver, Si Mahmoud a eu son premier contact avec les maquisards en 1956. Ces derniers, poursuivant le travail de mobilisation de la population et d’organisation de la lutte armée, ont organisé une réunion dans son village.

À la fin de la réunion, son cousin Medjahed Hassen lui demande d’accompagner la patrouille au village Felden, situé à quelques kilomètres d’Alma. “Muni d’un fusil de chasse, je me suis mis à la disposition de la troupe. Mais au cours du trajet, nous avons croisé une patrouille de l’armée française qui a ouvert le feu sur nous, causant la mort du sergent-chef qui nous accompagnait et la blessure de Medjahed Hassen ainsi que moi-même. Étant légèrement atteint, je l’ai secouru et caché dans une maison avant qu’il ne rende l’âme en raison de la gravité de sa blessure.” Comme conséquence directe de cet événement, l’armée française a procédé à un ratissage du village, suivi de fouilles et de tortures des villageois. Un des villageois présents et sous la pression des militaires français, dénonça Si Mahmoud pour possession d’arme à feu, ce qui le mena à l’emprisonnement au centre de torture de Tizi n Slib.


Tizi n Slib, un centre de détention et de torture

Situé au-dessus d’Akbou et près du col de Chellata, ce sinistre lieu, marqué par la présence des éléments de la Légion étrangère de l’armée française, accueille des dizaines de détenus qui subissent toutes formes de torture et de sauvagerie. Malgré mon jeune âge, qui était de 19 ans lors de mon arrestation, poursuit Si Mahmoud, “j’ai été entassé avec 11 personnes dans une cellule de 1/2 mètre. Collés les uns aux autres, on faisait nos besoins et notre toilette devant le groupe. De temps à autre on nous faisait sortir pour creuser des tombes sans savoir à qui elles étaient destinées. Le premier jour déjà nous avions enterré trois détenus”. Parfois, la personne choisie pour être tuée était chargée de creuser sa propre tombe.

De longues journées sont passées dans des conditions inhumaines jusqu’au jour où il ne restait que lui et son cousin Medjahed Cherif (dit Cherif n Ath Bessaï). “Je me souviens, c’était un jour de Ramadhan, lorsqu’on nous a chargés de creuser une tombe. Une fois le travail achevé, on nous a ramené à manger. Mon compagnon, croyant que s’est moi qui allait être tué, me demanda de manger. Ayant jeûné, j’ai catégoriquement refusé. Quelques instants plus tard, un officier se présente et lui demande de se lever avant de lui tirer dessus et de le jeter au fond de la tombe.” Après avoir subi des atrocités et assisté à la mort de dizaines de personnes, Si Mahmoud est libéré au terme de quatre mois de détention.


Engagement dans les rangs de l’ALN

Après une courte période passée au village Alma durant laquelle il s’est marié, il a reçu, en juillet 1956, la convocation pour passer le service militaire. Sachant qu’il sera recherché et mobilisé de force s’il ne répond pas à la convocation, il a rapidement pris contact avec l’ALN dans l’objectif de s’engager dans les rangs de la révolution. Se souvenant bien des premiers moments au maquis, Si Mahmoud raconte qu’il a “retrouvé Khezzaz Arezki et d’autres moudjahidine de la région avec lesquels nous avons fait un long parcours. Étant de grande taille, on m’a doté du fusil type 86, qui tire à longue portée”, ce qui lui donne “le privilège” d’être toujours au premier rang et “le premier à ouvrir le feu sur l’ennemi”.

Évoluant dans la Wilaya III sous le commandement de Si Alaoua, il se souvient bien de la bataille d’Ighram – non loin d’Akbou – où, à l’accueil d’une patrouille venant de Tunisie et munie d’armements et de munitions, et bien que l’ennemi les encerclait, ils ont pu résister et s’échapper vers Ath Mlikech grâce au courage et au sacrifice de moudjahidine, tels que Lahlou Imouhouchen, Si Brahim, Ismaïl Ath Alaoudia, et à la parfaite connaissance du terrain.

De Selloum (Aghbalou), Toudar (Tamokra), Tazrout (Awzelaguen), la forêt du Zan (Akfadou), Iamouren, Ath Ziki… Si Mahmoud, en compagnie de Touahri Mohand Ouamar et de Kaci n Tifrit (toujours en vie) ou encore de Meraï Mohamed, décédé en 2015 – à qui il a sauvé la vie en 1958 en lui coupant le bras gauche après avoir été gravement blessé par un tir d’un lance-patates (Grenades) –, a écrit de belles pages d’histoire pleines de courage, de sacrifice et de gloire et ce, de 1956 jusqu’à 1962.

Ayant eu l’occasion de le croiser plusieurs fois et de partager avec lui à maintes reprises des moments inoubliables, celui qui fut le chef de la Wilaya III, connu pour son héroïsme et son charisme, a marqué ses compagnons du maquis – dont Si Mahmoud – par sa gentillesse, sa modestie et même parfois son sens de l’humour. “Un jour, se retrouvant au quartier général de l’ALN à Akfadou, en train de préparer ensemble la galette pour les djounouds, il me lança avec un air de gaîté et de convivialité : Si Mahmoud, nous allons leur préparer ce soir laasban sauté.” Toujours le dernier à manger, il se distingue par ses grandes qualités morales et humanistes, ainsi que le sens de la justice et du sacrifice.


Témoin de la mort d’Abderrahmane Mira

Dès juillet 1959, la Wilaya III a eu à affronter une grande opération militaire dénommée “opération Jumelles”. Conduite par le général Challe, des dizaines de milliers d’hommes de l’armée française sont déployées dans la Wilaya III, y compris dans notre région, ajoute Si Mahmoud. “Nous sommes en novembre 1959, le destin nous a réunis avec Abderrahmane Mira à Ath Annan, non loin des villages d’Aït Hyani et d’Aït Mquedem, lorsque l’ennemi a procédé à un grand ratissage. À la fin de cette opération et en tentant avec son secrétaire de se retirer, il tombe au champ d’honneur dans une embuscade tendue par l’ennemi. Nous avons vu de loin la dépouille de celui qui devait succéder à Amirouche à la tête de la Wilaya III, transportée vers Tizi n Slib, puis à Akbou.”

Après plusieurs opérations militaires, menées dans la région, la section de Si Mahmoud s’est retrouvée sur une crête située sur les hauteurs de Chellata. “Sans savoir que nous étions encerclés par l’ennemi, j’ai chargé deux djounouds, dont Akilal Meziane, de se rendre à Ath Ziki pour nous ravitailler. Cette mission n’a pu être accomplie puisque, non loin du lieu où nous étions repliés, les patrouilles de l’ennemi qui nous encerclaient avaient ouvert le feu sur eux, les laissant pour morts.”

Ce regrettable événement causant la mort de deux de ses valeureux compagnons, ajoute Si Mahmoud, “est gravé dans ma mémoire et constitue le plus amer des souvenirs de la guerre de Libération, d’autant plus qu’il a eu lieu quelques jours seulement avant la proclamation du cessez-le-feu”. Sans pouvoir les enterrer en raison de l’encerclement, ils sont restés sur leurs gardes dans cette crête pendant plusieurs jours, supportant ainsi la faim et le froid de ces hauteurs de Chellata.

“Un jour, en prenant du repos sous un arbre de pin, mes compagnons, qui écoutaient les nouvelles de la révolution à l’aide d’un transistor que j’avais emporté, se sont précipités brusquement sur moi pour m’annoncer la fin de la guerre. Ne m’attendant guère à une pareille nouvelle, j’ai hurlé devant eux en leur disant que cela ne pouvait être qu’une manœuvre de l’ennemi. Je leur ai demandé également de me laisser profiter de ce temps de repos avant de reprendre le chemin. J’ai aussi saccagé mon poste récepteur de radio pour qu’ils ne relaient plus de ‘fausses informations’.” Quelque temps après, “des youyous éclataient dans les villages environnants, confirmant ainsi l’information du cessez-le-feu et la victoire du FLN-ALN sur l’ennemi après près de sept ans de guerre de libération”. Un grand jour de gloire, de liberté et de fierté qui a mis fin à 132 ans de colonisation “barbare, sauvage et sanglante”.

Si Mahmoud, âgé de 25 ans au lendemain de l’indépendance, rejoignit quelques compagnons de maquis mobilisés par le ministère de la Défense nationale et intègre l’Armée nationale populaire (ANP) de l’Algérie indépendante. Affecté à l’école militaire de Cherchell, il eut droit à une formation militaire jusqu’en avril 1964 et fut démobilisé à sa demande pour reprendre la vie civile, jusqu’au jour où nous mettons sous presse ce modeste portrait.



Article (4/8)

L'histoire de l'Algérie : des Numides (IVe siècle avant J.-C.) à 1962


Par le Pr Abderrahmane Mebtoul - Le Matin DZ du 12 Jui 2012 -

 Bien informés, les Algériens sont des citoyens, mal informés, ils deviennent des sujets.

L’histoire étant le fondement de la connaissance, cette présente contribution, dont l'objectif est de démystifier l'histoire millénaire et combien riche de l'Algérie, certainement imparfaite comme toute recherche à approfondir, en espérant qu’elle suscitera un débat contradictoire au profit exclusif de l’Algérie, sera scindée en cinq parties : l’Algérie de la période des Numides à la période romaine ; de la période du kharidjisme à la dynastie des Almohade ; l’occupation espagnole et ottomane ; la colonisation française de 1830 à 1962 et du nationalisme algérien à la révolution du 1er novembre 1954. Le plus grand ignorant étant celui qui prétend tout savoir, toute critique productive sera la bienvenue.

L’Algérie va fêter le 5 juillet 2012, cinquante années d’indépendance politique. De juillet 1962 à juillet 2012, elle a connu sept dirigeants. Ahmed Ben Bella (1962 à 1965), Houari Boumediene (1965 à 1978), Rabah Bitat (1978 à 1979), Chadli Bendjedid (1979 à 1992), Mohamed Boudiaf (1992), Ali Kafi (1992 à 1994), Liamine Zeroual (1994 à 1999) et Abdelaziz Bouteflika (1999 à aujourd'hui). Cependant ce serait une erreur de ne relater que 50 années de 1962 à 2012 de l’indépendance pour comprendre la situation tant politique, sociale, économique que culturelle de l’Algérie, car l’histoire d’une nation ne se découpe pas en morceaux. En effet, ce serait un déni de mémoire, l’histoire d’une nation ne se découpant pas en morceaux, de relater que 50 années de 1962 à 2012 de l’indépendance, pour comprendre la situation tant politique, sociale, économique que culturelle de l’Algérie.

D’où vient ce terme Algérie ? L'étymologie du nom en arabe, Al-Djaza'ir (???????), rattache le nom aux îles qui faisaient face au port d’Alger à l'époque et qui furent rattachées à sa jetée actuelle. Le terme d'île pourrait selon des géographes musulmans du Moyen Âge désigner la côte fertile de l’actuelle Algérie, coincée entre le vaste Sahara et la Méditerranée, apparaissant alors comme une île de vie. En ce qui concerne Mezghenna, Tassadit Yacine rapporte l'hypothèse d'une forme arabisée d'Imazighen, donnant au pays le nom originel Tiziri At Imezghan, "Ziri des Berbères". Une autre étymologie situe son origine dans le nom de Ziri Ibn Menad Djezaïr alors de Dziri du berbère Tiziri. L'appellation Algérie provient du nom de la ville d’Alger qui dérive du catalan Aldjère lui-même tiré d’Al-Djaza'ir, nom donné par Bologine Ibn Ziri, fils du fondateur de la dynastie Ziride, lorsqu'il bâtit la ville en 960 sur les ruines de l'ancienne ville au nom romain Icosium, Djaza’ir Beni Mezghenna. Le nom en français, Algérie, utilisé pour la première fois en 1686 par Fontenelles pour qualifier la Régence d’Alger, est officiellement adopté le 14 octobre 1839 afin de désigner ce territoire faisant partie de la Côte des Barbaresques.

Ainsi, l’Algérie dans sa préhistoire est d’essence berbère et selon une version fréquente aurait le sens d'Homme libre, de rebelle, mais dans le cadre d’une rébellion organisée. Les Berbères sont un ensemble d’ethnies autochtones d’Afrique du Nord qui occupaient, à une certaine époque, un large territoire qui allait de l'Ouest de la vallée du Nil jusqu'à l'Atlantique et l'ensemble du Sahara. Ils y fondèrent de puissants royaumes, formés de tribus confédérées. Connus dans l’Antiquité sous les noms de Maures, ou encore Numides, l’Algérie connut la conquête romaine, l’invasion vandale, la conquête arabe, la conversion à l’Islam, la conquête espagnole, ottomane et française. Mais depuis de longs siècles, une conscience nationale "algérienne" s’est forgée, malgré bon nombre de péripéties tout au long de son histoire.


1. L’Algérie de la période des Numides à la période romaine

L'Algérie a été peuplée, dès l'aube des temps. Les vestiges de la présence humaine en Algérie remontent à 400 000 ans, âge attribué aux restes de l'Atlanthrope, découverts dans les sédiments du lac préhistorique Ternifine, en Oranie. L'Atlanthrope était un contemporain du Simanthrope et du Pithécanthrope de Java. Des ossements ont été retrouvés au milieu des outils de pierre taillée qu'il fabriquait. Des outils du même type ont été retrouvés sur d'autres sites attestant la présence de l'homme primitif. En Algérie, on assiste, d'une façon frappante, au voisinage immédiat de l'histoire et de la préhistoire. Hérodote et Saluste portent témoignage sur les formes maghrébines de la civilisation néolithique. Il faut souligner, que c'est au Sahara, que la civilisation néolithique a connu ses plus belles réussites avec une perfection technique inégalée, comme en témoignent les peintures du Tassili-N'Ajjers, du Tassili du Hoggar avec les pierres taillées et polies, comme on peut en voir dans la magnifique collection du musée du Bardo. A l'aube de l'histoire, l'Algérie, était peuplée par les Numides qui gardèrent, de la civilisation primitive, la famille Agnatique et l'Aguellid. Il est probable que c'est cette organisation sociale que trouvèrent les Carthaginois, à leur arrivée, au IX siècle avant J.C. Les Phéniciens fondèrent Carthage vers l'année 814 avant J.C et poussèrent leurs bateaux jusqu'en Espagne. Mais la côte africaine de la Méditerranée était très hostile : de nombreux récifs et de hauts-fonds rendaient la navigation très difficile.

D'est en ouest, la côte algérienne abritait des comptoirs qui sont devenus : Annaba, Skikda, Collo, Jijel, Bejaïa, Dellys, Alger, Tipaza, Cherchell, Tènes, Bettioua, près d’Arzew, Ghazaouet, comptoirs qui seront plus tard les assises des villes puniques, numides et romaines. Carthage étend son influence sur les populations de l'intérieur, à travers les relations commerciales. Ainsi apparurent des villes, où l'influence punique est incontestable. Alors que Carthage rayonnait de toute sa puissance, les Royaumes numide de Gaia, Massinissa et Syphax, avaient atteint un degré de développement exceptionnel sur les plans économique, social et culturel. Bien que peu, ou encore mal connu, cette période reste l'une des plus passionnantes de l'Histoire de l'Algérie. Au plan politique, la Numidie connut des tribus indépendantes, des républiques villageoises, de vastes royaumes dotés d'un pouvoir fort qui s'est superposé aux structures tribales. Quand la Numidie réapparut au IVe siècle avant J.-C, elle formait au couchant, le royaume des Massaeysiles limité par l'Ampsaga (Rhumel) à l'est et par la Moulouya à l'ouest, avec Siga pour capitale et le royaume des Massyles dans la partie orientale du Constantinois, avec Cirta pour capitale. Hérodote rapporte que des relations commerciales se développèrent très tôt entre Phéniciens et Numides, favorisant ainsi la pénétration de la langue et de la culture puniques assez profondément dans le pays. Les Numides apprirent des Phéniciens les procédés agricoles et industriels avec la fabrication de l'huile d’olive, du vin, l'exploitation et le travail du cuivre. L'influence culturelle, par contre, fut très limitée et s'exerça essentiellement par l'intermédiaire de Carthage. Elle ne se manifesta que dans le domaine de l'art, dont nous retrouvons des exemples dans les grands médracens de l'Aurès et de Tipaza. Au cours des années qui suivirent cette guerre, la puissance carthaginoise s'affaiblit, ce qui permit au roi des Massyles, Gala, grand père de Massinissa, d'entreprendre la conquête des villes côtières, dont Hippo-Régius, qui devint sa capitale, en chassant les Carthaginois.

Pendant la deuxième guerre punique (218-202) avant J.-C.) Romains et Carthaginois se disputèrent avec acharnement l'alliance des royaumes numides. Alliée à Hannibal, la cavalerie numide parvint à envahir l'Iberia, la Gaule, traversant les Pyrénéees, puis les Alpes, contribuant à remporter en 216 avant J.-C la bataille de Cannae, la plus célèbre victoire des troupes de Hannibal, demeurée, à ce jour, dans les annales militaires, comme un exemple de stratégie et de tactique. Lors de son couronnement, Massinissa avait 36 ans. Né en 238 avant J.C., il régna pendant 54 ans jusqu'à sa mort en 148 avant J.-C. Pendant son long règne, il entreprit la construction d'un Etat unifié et monarchique. D'abord il s'attacha à sédentariser les populations et transforma les pasteurs nomades en agriculteurs. Il favorisa l'urbanisation de la Numidie, poussant les cultivateurs à former de gros bourgs, auxquels il donna une organisation semblable à celle des villes puniques. Massinisssa qui regardait avec intérêt l'Orient grec, avait accepté la forme de civilisation que six siècles, placés sous l'influence de Carthage, elle-même hellénisée au cours des deux derniers siècles, avaient apportée aux élites Numides. Le projet politique le plus cher à Massinissa fut l’unification de tous les royaumes numides. La récupération des terres ayant appartenu à ses ancêtres lui permit d'introduire de nouvelles méthodes dans des domaines aussi variés que l'agriculture, l'hydraulique et la culture en terrasses. Pour mieux assurer sa puissance, il voulut diviniser la monarchie et établir le culte de la divinité royale. Au plan militaire, son pouvoir, aussi, fut considérable : il entretint une puissante armée et une flotte importante. Sur le plan économique, la Numidie occupa, pendant son règne, une place prépondérante dans l'économie mondiale de l'époque. Sa gestion fit de son pays un Etat très prospère qui commerçait avec la Grèce et Rome. Cirta en fut la capitale où à cette époque l’actuelle Europe vivait encore dans l’indigence. Dans son œuvre d'unification, il empiéta sur le domaine de Carthage, qui lui déclara la guerre. Massinissa en sortit vainqueur.

La puissance grandissante de Massinissa en Afrique inquiéta Rome, au point qu'en déclarant la guerre à Carthage en 149 avant J.-C, elle visait aussi Massinissa. En détruisant Carthage en 146 avant J.C et en créant la première colonie romaine en Afrique, Rome mettait une limite à l'extension territoriale de la Numidie et au renforcement de son pouvoir économique et politique. L'occupation romaine de l'Afrique du Nord, à partir de Carthage, se fit par trois axes principaux : Le premier, suit la côte de la Tunisie du nord au sud, puis vers l'est en passant par la Libye. Le second, qui va d'est en ouest, suit la ligne du plateau intérieur, nettement en arrière des massifs côtiers. Le troisième, en diagonale nord-est et sud-ouest, représente la voie de pénétration vers la frontière sud et vers l'Aurès par Ammaedara (Haïdra, Tunisie), Thevesti (Tebessa), Thamugadi (Timgad), et enfin Lambaesis (Lambèse). Trois de ces villes furent les bases de la légion romaine, qui occupa Ammaedara sous le règne d'Auguste. En l'an 75, elle s'installa à Thevesti, en 81 à Lambaesis, qui devint par la suite son siège définitif avant d'être la capitale de la Numidie.

La Numidie est un territoire militaire, dont le commandement est installé à Lambèse ; elle deviendra une province indépendante de la Proconsulaire en 198. A partir de 126, des voies de pénétration l'aideront à progresser par les pistes du Sud, mais elle se rétrécit vers le nord : Hippo Régius (Hippone) est en Proconsullaire, Igilgili (Jijel) et en Maurétanie Sétifienne. La côte de Numidie a deux ports : Rusicade (Skikda) et Chullu (Collo). Le reste de l'Algérie forme la Maurétanie Césarienne. La Maurétanie était gouvernée à partir de Césarée (Cherchell). Sa frontière est plus méridionale, loin des monts du Hodna.

Au-delà de cette bande côtière, les populations numides continuent à suivre leur mode de vie, et à se battre contre l'occupation romaine. Si la sédentarisation s'est faite au temps des Phéniciens et des Royaumes numides, c'est l'urbanisation qui constituera la base de l'empire romain. Le nombre et la splendeur monumentale des cités romaines que révèlent les imposantes ruines de Timgad, Lambèse, Djemila-Cuicul, Tiddis, Tipaza témoignent du rôle joué par les Cités africaines. Dans le monde, seules deux villes, demeurent intactes et témoignent de la perfection urbanistique des cités romaines : Pompéi, en Italie, ensevelie et sauvegardée par les cendres du Vésuve, et Timgad en Algérie, ensevelie et sauvegardée par le sable du désert. Les Berbères, christianisés par Rome résistèrent de façon différenciée à la chute de Rome, puis des Vandales et l'instabilité durant la période byzantine. Certains s'enfuirent en Sicile. D'autres, notamment dans les Aurès vont résister à l'arrivée des musulmans entre 670/702. Cette période a entraîné la reconstitution de plusieurs principautés berbères. De nombreux Berbères se convertirent ensuite en masse à la religion musulmane. La conquête musulmane de l’Espagne et du sud de la France qui s'ensuivit fut menée par un contingent arabo-berbère comptant beaucoup de convertis.


2. De la période du kharidjisme à la dynastie des Almohades

Durant le kharidjisme amazigh de 736/947, les Imazighen ne tardent pas à se révolter contre l'autorité du calife d'Orient, autant pour des raisons fiscales que politiques. Plusieurs royaumes amazighs autonomes font leur apparition. Dans le Maghreb central, l'un d'eux, la principauté de Tahert se développe durant 140 ans. À la suite du grand schisme de l'islam, lorsque Ali, gendre du prophète disputant le califat à Muawiya accepta une transaction, à la suite de laquelle Muawiya fut vainqueur. L'islam se divisa alors en deux branches principales : les adeptes de la branche dominante prirent le nom de sunnites et ceux qui se réclamaient d'Ali devinrent les chiites. La branche qui prévalut en Afrique du Nord est le sunnisme. Quant au kharidjisme, il disparut entièrement de l'Afrique du Nord où il n'a subsisté que dans le Sud algérien, au Mzab, les actuels originaires du Mzab, ou mozabites exerçant dans le reste de l'Algérie, les activités pacifiques, notamment le commerce contrastant particulièrement avec le goût pour le combat de leurs ancêtres. Vient la dynastie rostémide de 776/909, Ibn Rustom prenant comme épouse une femme berbère des Banou Ifren. Il fonde en 761 un royaume ibadite dans le nord du Maghreb avec Tabert pour capitale. Celui-ci, comme l’émirat de Cordoue depuis sa création en 756, conserve son indépendance du califat des Abbassides, malgré les pressions diplomatiques et militaires ainsi que les pertes de territoires. En 909, en proie à des crises intérieures, le chef chiite et fondateur de la dynastie des Fatimides, Obeid Allah, mit fin au royaume rostémide. Pour la dynastie Idrisside de 788/985, Idriss prend comme épouse une Berbère et eu un enfant, Idriss II. Deux versions des faits existent : selon la première, Abou Ourra invite Idriss vers 790 à séjourner à Tlemcen. Selon la deuxième version, Idriss regroupe ses alliés et fait une incursion à Tlemcen. Le chef des Maghraouas Mohamed Ibn Khazer fait allégeance à Idriss vers 790. Idriss va combattre les kharidjites et les Aghlabides, lorsqu'il prend pouvoir au Maghreb. La dynastie Ifrenide ayant régné de 790/1066 est anciennement établie dans leur royaume de Tlemcen. Les Banou Ifren sont des opposants à tous les régimes idéologiques. Ils choisissent d'être sufrites berbères au début VIIe siècle.

Au Xe siècle, Abu Yazid, vers 942, est le chef de la révolte contre les Fatimides. Mais, vers 947, il est tué et les Banou Ifren organisent une lutte contre les Fatimides. Les Banou Ifren reprennent leurs territoires et contrôlent tout l'ouest du pays. Yala Ibn Mohamed détruit complètement Oran et choisit Ifgan comme capitale militaire. Les Fatimides font ensuite alliance avec les Banou Ifren. Des luttes acharnées entre les trois dynasties (Maghraouas, Ifreides et Zirides) débutent pour le pouvoir du Maghreb. Il en ressort que les Banou Ifren ne cédent pas face aux deux dynasties et Tlemcen reste leur capitale. La dynastie Banou Ifren s'achève dès l'arrivée des Hilaliens et des Almoravides au Maghreb. Vient ensuite la dynastie Aghlabide de 800/909. En 800, le calife abbasside Haroun ar-Rachid délègue son pouvoir en Ifriqiya à un gouverneur arabe du Zab, Ibrahim Ibn Al-Aghlab, qui obtient le titre d’émir Al-Aghlab établissant la dynastie des Aghlabides, qui règne durant un siècle sur le Maghreb central et oriental. Le territoire bénéficie d’une indépendance formelle tout en reconnaissant la souveraineté abbasside, les émirs aghlabides prêtant allégeance au calife abbasside.



Au début du Xe siècle, une nouvelle dynastie supplante les Aghabides et les Rostémides et dans le Maghreb central : les Fatimides de 909/à 972. De doctrine chiite et pensant que le khalifat doit revenir à la descendance d’Ali, ils considèrent les khalifes Abbassides comme des usurpateurs. Aussi, dès sa prise de pouvoir en 909 à Raqqada, le premier représentant de cette dynastie, Ubayd Allah revêt le titre de Mahdi et celui de commandeur des croyants. Il constitue une armée parmi les Kutamas, et s'attaque aux Aghlabites dont il conquiert l'émirat en une quinzaine d'années (893-909). Cependant, les tribus berbères zénètes d’Abu Yazid en 944 s’emparent de Kairouan. Le chef berbère Ziri Ibn Menad, ayant réuni sous son autorité les tribus Sanhadja, met en déroute les tribus zénètes et sauve l'empire Fatimide. Il y gagne le poste de gouverneur du Maghreb central comme récompense de sa fidélité. Peu à peu, l'armée affaiblie des Fatimides se recompose, puisant toujours ses forces chez les Kutamas, mais aussi désormais en Perse et en Syrie. Ils parviennent finalement à se réimposer en maîtres du Maghreb occidental, avant de tourner leurs efforts armés vers l'Orient, pour aboutir à la conquête de l’Egypte en 969. À partir de ce moment, les Fatimides commencent à se désintéresser de leurs terres d'origine, les laissant au fur et à mesure tomber aux mains des Zirides à tel point qu’en 1060 la dynastie n'a plus pour territoire que l'Égypte.

Le Maghreb a connu également la domination de la dynastie Maghraoua de 970/1068 et celle des Zirides de 972 à 1152. Les Maghraouas sont une tribu zénète dont le royaume est dans le Chlef actuel. Les Maghraouas s'allient aux Fatimides puis aux Omeyyades mais finissent par former une dynastie indépendante avec pour capitale Oujda. Les Maghraouas, grâce à Ziri Ibn Attia, prennent les principales villes de l'ouest : Tlemcen et les Zibans. Les Maghraouas envahissent la partie nord, le Maghreb el Aqsa (actuel Maroc), et choisiront Fès comme capitale. Les deux dynasties Zénètes se font la guerre. Plusieurs chefs des Maghraouas commandent la dynastie jusqu'à sa chute vers 1068. Quant à la dynastie ziride fondée par Bologhine Ibn Ziri, originaire de ces tribus berbères sanhadjas, elle règne sur l’Ifriqiya et une partie d’Al Andalus pendant environ deux siècles avec successivement Achir Kairouan et Mahdia pour capitales. En 1046, alors vassaux des Fatimides, les Zirides rompent totalement leurs relations : en reconnaissant les Abbassides comme califes légitimes, les Zirides montrent ouvertement aux Fatimides qu'ils abandonnent le chiisme. Pour réprimer les Zirides, les Fatimides envoient en 1052 les Hilaliens qui détruisent Kairouan en 1057. Mahdia devient alors la nouvelle capitale de l'empire. De 1014 à 1152 lui succède la dynastie des Hammadite qui est une branche des Zirides puisque son fondateur Hammad Ibn Bologhine est le fils de Bologhine Ibn Ziri. Il gouverne sur un territoire correspondant à peu près à l'actuelle Algérie hors Sahara durant un siècle et demi. Hammad Ibn Bologhine fonde la dynastie en 1014 en se déclarant indépendant des Zirides et en reconnaissant la légitimité des califes Abbassides de Bagdad. Mais c'est seulement en 1018 que les Zirides reconnaissent l'autorité des Hammadides. Leur capitale est dans un premier temps Al-Qala, quand, menacée par les Hilaliens, elle devient Bejaïa. Les incursions des Hilaliens, à partir de 1052 affaiblissent grandement la dynastie jusqu'à ce qu'elle soit définitivement vaincue à l'arrivée des Almohades. À la suite de la rupture avec les Zirides et dans le but de les punir, les Fatimides envoient les Hilaliens, une confédération de tribus venues en majorité d’Egypte. Ils étaient alliés avec les Hammadides ce qui permit la destruction des Ifrenides. En 1152, un siècle après l’arrivée des premiers contingents bédouins, les Béni Hilal se regroupent pour faire face à la puissance grandissante des Almohades, maîtres du Maghreb el-Aqsa et de la plus grande partie du Maghreb central. Mais ils sont écrasés à la bataille de Sétif. Paradoxalement, cette défaite n’entrave pas leur expansion, elle en modifie seulement le processus. Les Almoha-des, successeurs d’Abd el-Moumen, n’hésitent pas à utiliser leurs contingents et ordonnent la déportation de nombreuses fractions Ryâh, Athbej et Djochem dans diverses provinces du Maghreb El-Aqsa, dans le Haouz et les plaines atlantiques qui sont ainsi arabisés.

Il y a lieu également de retenir l’importance de la dynastie Almoravide qui est une dynastie berbère en provenance du Sahara qui régna sur le Sahara, une partie du Maghreb et une grande partie de la péninsule Ibérique de la fin du XIe au début du XIIème siècle. C'est Yahya Ibn Brahim qui, en islamisant en 1035 sa tribu berbère, donne naissance à une communauté religieuse militaire qui sera à l'origine de la dynastie almoravide. Mais, c'est souvent Abdallah Ibn Yassin qui est considéré comme le père spirituel de ce mouvement. À la tête d'une armée de plus en plus impressionnante, il convertit par la force ses voisins, profitant du prétexte pour agrandir son influence territoriale. Dès 1054, il part à la conquête de l’empire du Ghana Le successeur d'Abdallah Ibn Yasin, Abu Bakr Ibn Omar est considéré comme le premier souverain almoravide. C'est lui, qui, aux alentours de 1070 fondera la ville de Marrakech avant de repartir au Ghana prendre sa capitale en 1076. Marrakech est la capitale d'un empire immense, du Niger au Tage. C'est l'apogée des Almoravides qui mènent l'une des plus grandes puissances méditerranéennes mais aussi africaines. Certaines sources indiquent aussi que les Almoravides prennent Tlemcen et Alger. D'autres sources signalent que les Almoravides s'arrêtent aux bornes des Zirides et aussi des Hammadides. D'autres sources, enfin, soutiennent que vaincus par les Hammadides délaissent Tlemcen en 1002. La prise de Marrakech par les Almohades en 1147 marque la fin de l'empire des Almoravides. Le mouvement almohade composé des Masmoudas et des Zénites, est né en réaction à l'autorité makeliste en place, à savoir les Almoravides en relation avec les dissidents exilés dans le Haut Atlas qui commencèrent par créer une communauté militaire et religieuse, dans les années 1120. La guerre éclate, et Tlemcen, Fès puis Marrakech tombent, annonçant la disparition des Almoravides en 1147. Au fur et à mesure des années et des différents règnes, les Almohades vont agrandir leur royaume, et finir par unifier tout le Maghreb et le sud de l'Al Andulus pendant un demi-siècle. La dynastie Hafside, d’abord alliée et vassale des Almohades se proclame indépendante en 1230. Elle est alors divisée entre deux capitales Bejaia et Tunis. C'est au XVe siècle, sous Muhammad IV al Mutansir que la dynastie connaît son apogée. Les Hafsides contrôlent alors un territoire qui s'étend de l'est de l’Algérie à partir d’Alger jusqu'au nord-ouest de la Libye. Au XVIe siècle, l'empire, de nouveau grandement affaibli par des luttes internes, subit les attaques des Espagnols qui débarquent sur les villes côtières comme Bejaia.

La dynastie des Zianides aussi appelés Abdalwalides est une dynastie berbère zénète ayant régné depuis Tlemcen de 1235 à 1556 fondé par Yaghmoracen Ibn Zyan et dont l'étendue du Royaume préfigurait une partie de l'actuelle Algérie. Les Abdalwadides, furent refoulés vers les hautes plaines d’Oranie par l'invasion des Hilaliens en 1051. Les Zianides sont vaincus par les Ottomans en 1556. Selon Ibn Khaldoun, la dynastie Mérinide a régné de 1258 à 1465. Elle serait d’origine zénète issue de la tribu des Wassin. Établis dans le sud des Aurès (Biskra- Algérie), les Banu Marin furent peu à peu, dès le XIe siècle, poussés vers l'Ouest par l'arrivée des tribus arabes des Banu Hilal. Les Mérinides dominent, diverses régions de l'actuel Maroc et imposent durant une année leur pouvoir sur une partie du Maghreb. Le centre de leur royaume se situe entre Taza et Fès. Ses frontières évoluent avec le temps, de l’océan Atlantique à l’ouest, la mer Méditerranée au nord, le domaine des Zianides à l’Est, et le Sahara au sud. En 1358 la mort d’Abu Inan Faris, tué par l'un de ses vizirs marque le début de la décadence de la dynastie qui ne parvient pas à refouler les Portugais et les Espagnols, leur permettant, à travers leurs continuateurs les Wattassides de s'installer sur la côte. La résistance s'organisera autour des confréries et des marabouts. Rappelons que les musulmans composés en en partie de Berbères islamisés ont régné près de huit siècles de 711 à 1492 en Andalousie. Une tête de pont musulmane s'est maintenue durant une période en Provence dans le massif des Maures et à Ramatuelle dans le sud de la France jusqu'à la fin du Xe siècle. La Sicile fut également sous domination musulmane pendant près de 250 ans, et la majeure partie de ses habitants se convertirent à l’islam jusqu’à ce que les armées chrétiennes et normandes ne récupèrent l’île, fondant le royaume de Sicile. A la suite du décret d’expulsion des Morisques, une partie d'entre eux s'installera ailleurs en Europe, plusieurs se convertirent au christianisme, le reste se réfugiera en Afrique du Nord.


3. L’occupation espagnole et ottomane

Au mois de juillet 1501 les Portugais lancent une expédition pour tenter d'accoster sur la plage des Andalouses. Il faudra attendre le débarquement de Mers El Khébir en 1505 pour voir l’Espagne s'engager dans la première expédition organisée contre Oran. Après l’occupation du port de Mers El Khébir et celui de la ville d’Oran - 1509 - la ville fut désertée, puis totalement occupée par les troupes espagnoles Au XVI siècle, les Espagnols font ainsi d’Oran une place forte et construisent une prison sur un éperon rocheux près de la rade de Mers El Khébir. Les juifs d’Oran n’eurent pas la vie facile avec les Espagnols, considérés comme des ennemis de la religion. Les juifs qui habitaient Ras El Ain et le Ravin Blanc furent expulsés hors d’Oran à partir de1669 durent habiter la montagne de La Corniche Supérieure (Misserghin). En 1510 les Espagnols attaquent la ville d’Alger et bâtirent sur un îlot de la baie d'Alger une forteresse, le Peñón d'Alger, destinée à bombarder la ville et à empêcher son approvisionnement. Pedro prend Bejaïa en 1510/1555. Cependant en 1514, grâce à une attaque combinée des Kabyles menée par Sidi Ahmed Ould Kadi à la tête de 20 000 hommes et des Turcs par la mer, la ville de Bejaia sera temporairement libérée de la présence espagnole. Les Espagnols en seront ensuite définitivement expulsés en 1555 par les Ottomans de 1515 à 1830 dirigés par Salah Rais Pacha. Là nous avons deux versions.

Selon la première version, le territoire de l'actuelle Algérie était considérablement divisé. Au sud le sultanat de Touggourt était indépendant depuis 1414, tandis qu'au nord-ouest la région était gouvernée par les zianides à l'exception de la ville d'Oran qui était gouvernée par les Espagnols depuis 1509. La conquête ottomane de la région d'Alger commença en 1518, et fut successivement gouvernée, pour le compte de l'Empire ottoman, par des beylerbeys (gouverneurs généraux) de 1518 à 1587, des pachas de 1587 à 1659, des aghas de 1659 à 1671 et des deys de 1671 à 1830. La région de Constantine, conquise en 1525, prit une relative autonomie administrative par rapport à Alger en 1567 et fut administrée par des beys jusqu'à la conquête française le 13 octobre 1837. Du côté d'Oran, la province fut annexée à l'empire ottoman de 1708 à 1732, puis à partir de 1792. Selon la seconde version, la conquête ottomane de la région d'Alger commença en 1518, et fut successivement gouvernée, pour le compte de l'Empire ottoman, par des beylerbeys (gouverneurs généraux) de 1518 à 1587, des pachas de 1587 à 1659, des aghas de 1659 à 1671 et des deys de 1671 à 1830. En principe, l'autorité des ottomans s'étendait sur l'ensemble de la Régence d'Alger, c'est-à-dire le nord de l'Algérie actuelle. Mais en réalité celle-ci variait selon l'époque et les régions concernées. Ainsi des régions montagneuses comme la Kabylie et ou les Aurès entraient à nombreuses reprises en révolte contre l'Autorité ottomane. À l'est de l'Algérie dans les Aurès plusieurs tribus s'unissent et déclenchent des luttes contre les Ottomans. Les Ouled Daoud ainsi que plusieurs tribus empêcheront les Ottomans de pénétrer dans leurs territoires. Pour la période ottomane nous avons, l’époque des Beylerbeys 1515 à 1587 et l’époque des Pachas 1587/1659. Cette période est surtout marquée par la lutte de Charles Quint et son vassal Barberousse. Pendant cette période, les trois règnes d’Hassan Pacha ou "Hassan Barberousse", fils du fondateur de la régence, furent marqués par des interventions armées au Maroc et des tentatives de reprises d’Oran. Le sultan ottoman a choisi la durée du règne d'un pacha de 3 ans. Le premier était Dali Ahmed Pacha 1589/1582, Pendant ce règne les relations entre la France et l’Algérie ont connu une détérioration suite à son soutien aux Espagnols contre l’Algérie. Ensuite l’époque des Aghas1659/1671 et l’époque des Deys 1671/1830. Les Aghas sont les officiers des forces terrestres ; l'agha était nommé par le conseil. Cette période a connu une grande attaque de la France sur El Kala en 1663 et une autre sur Jijel en 1664 mais toutes ont échoué. Vers 1600 se stabiliseront définitivement les frontières orientales et occidentales de la Régence, à la suite des victoires sur le sultan marocain Moulay Ismaïl en 1694. Le pouvoir de ces chefs s'accrut rapidement. Baba Ali en 1710 obtient l'investiture de la Régence. Comme leur pouvoir était électif, les deys restèrent toujours à la merci des janissaires, qui les déposaient à leur gré. Le dernier dey d'Alger, Hussein régnait depuis 12 ans au moment de la conquête française en 1830. Cependant des zones géographiques n’ont pas été dominées par les Ottomans de 1515 à 1830 ayant été incapables d'étendre leur autorité aux régions sahariennes. Le Sahara était l'axe principal des échanges commerciaux entre l'Afrique noire et le nord.. A Ouargla, les habitants étaient gouvernés par l'autorité des zaouïas. Les mouvements des marabouts étaient fort implantés dans toutes les régions du sud et dans une partie des Aurès. Dans l'extrême sud, une confédération targuie, les Kel Ahaggar fut formée dans le Sahara algérien vers l'année 1750.


4. La colonisation française de 1830 à 1962

Il semblerait, peut être un prétexte, que tout aurait commencé par la fameuse affaire de l’éventail. L'origine de la dernière querelle entre la France et la régence d’Alger remonte au Directoire des commerçants juifs de Livourne installés à Alger au milieu du XXVIIIe siècle, les Bacri et les Busnach, ont alors livré d'importantes quantités de grains pour nourrir les soldats participant avec Bonaparte à la campagne d’Italie. Bonaparte refuse de régler la facture qu'il juge excessive. En 1820, Louis XVIII éponge la moitié des dettes du Directoire. Le dey, créancier des Bacri pour 250 000 francs, exige de la France le versement de la somme destinée aux commerçants livournais. Comme il pense que la France n'a pas l'intention de rembourser le prêt, il se trouve déjà en froid avec le consul. Mais une affaire bien plus grave met le dey hors de lui : la France avait la concession d'un entrepôt commercial à La Calle, et par l'intermédiaire de son représentant Deval, s'était engagée à ne pas le fortifier. Or, elle a fortifié l'entrepôt. Lorsque le dey s'en rendit compte et qu'il demanda par écrit des explications au gouvernement français sans obtenir de réponse, il se contenta de demander des explications verbalement au consul de France qui choisit le parti de le prendre de haut. Le 30 avril 1827 à Alger, le dey soufflette avec son éventail le consul de France, Deval. L'épisode entraîne la rupture diplomatique avec la France. Le Conseil des ministres décide d'organiser une expédition en Algérie le 31 janvier 1830.

La conquête de l’Algérie de 1830 à 1871, marque la fin de la domination ottomane et le début de la domination française. D'abord nommés «possessions françaises dans le Nord de l'Afrique», ces territoires prendront officiellement le nom d'Algérie, le 14 octobre 1839. La population algérienne est estimée à 3 millions d'habitants avant la conquête française de 1830. Selon l'ouvrage Coloniser, exterminer de l'historien Olivier Le Cour Grandmaison je cite : « le bilan de la guerre, presque ininterrompue entre1830/1872 souligne son extrême violence ; il permet de prendre la mesure des massacres et des ravages commis par l'armée d'Afrique. En l'espace de quarante-deux ans, la population globale de l'Algérie est en effet passée de 3 millions d'habitants environ à 2.125.000 selon certaines estimations, soit une perte de 875.000 personnes, civiles pour l'essentiel. Le déclin démographique de l’élément arabe était considéré comme bénéfique sur le plan social et politique, car il réduisait avantageusement le déséquilibre numérique entre les indigènes et les colons." Plusieurs observateurs s'accordent à dire que la conquête de l’Algérie a causé la disparition de presque un tiers de la population algérienne. Guy de Maupassant écrivait dans Au Soleil en 1884 je le cite : "Il est certain aussi que la population primitive disparaîtra peu à peu; il est indubitable que cette disparition sera fort utile à l'Algérie, mais il est révoltant qu'elle ait lieu dans les conditions où elle s'accomplit". Nous pouvons scinder cette période historique en plusieurs phases.

Sous Louis Philippe 1er de 1830 à 1848, l’Emir Abd El Kader figure charismatique, fondateur de l’Etat algérien selon certains historiens, résista pendant de longues années à l’occupation coloniale. Il attaque des tribus alliées de la France et bat le général Trézel dans les marais de la Makta près de son fief de Mascara dans l'Ouest algérien. Il encercle la ville voisine d’Oran pendant 40 jours. Arrivé en renfort de métropole, le général Bugeaud inflige une défaite à Abd El Kader. Le traité de Tafna est signé le 30 mai 1837 entre le général Bugeaud et l’Emir qui reconnaît la souveraineté de la France. En échange de pouvoirs étendus sur les provinces de Koléa, Médéa et Tlemcen il peut conserver 59 000 hommes en armes. L'armée française passe, en septembre 1839, les Portes de fer dans la chaîne des Bibans territoire que l'émir comptait annexer. Abd El-Kader, considérant qu'il s'agit d'une rupture du traité de Tafna, reprend, le 15 octobre 1839 la guerre contre la France le 16 mai 1843. Le 14 août 1844 le général Bugeaud écrase l'armée du sultan marocain à la bataille d’Isly. L'armée marocaine se replie en direction de Taza. Le sultan s'engage alors à interdire son territoire à Abd El-Kader en traitant avec la France. Le 23 septembre les troupes d'Abd El Kader sortent victorieuses lors de la bataille de Sidi Brahim engagée par le colonel Montagnac. En décembre 1847, Abd El Kader se rend aux spahis (nomades des régions steppiques de l'Algérie). Placé en résidence surveillée pendant quatre ans en France, l'émir fut libéré par Napoléon III, visita plusieurs villes de la métropole avant de rejoindre Damas et résida le restant de sa vie en Syrie. Le 11 décembre 1848 la Constitution de 1848 proclame l'Algérie partie intégrante du territoire français. Bône, (Annaba actuellement) Oran, Alger deviennent les préfectures de trois départements français. Les musulmans et juifs d'Algérie deviennent "sujets français" sous le régime de l’indigénat. Le territoire de l'ex-Régence d'Alger est donc officiellement annexé par la France, mais la région de la Kabylie qui ne reconnaît pas l'autorité française résiste encore. L'armée française d'Afrique contrôle alors tout le nord-ouest de l'Algérie. Les succès remportés par l’armée française sur la résistance d'Abd el-Kader, renforcent la confiance française, et permettent de décréter, après débats, la conquête de la Kabylie qui doit intervenir à l'issue de la guerre de Crimée (1853 -1856) qui mobilise une partie des troupes françaises. C’est à cette époque que Fatma N’soumer la femme rebelle marqua une grande résistance. Née en 1830, l'année même de l'occupation française d'Algérie, en 1853, elle avait 23 ans dans son Djurdjura natal. Elle est arrêtée le 27 juillet 1857 dans le village de Takhliit Ath Atsou près de Tirourda. Placée ensuite en résidence surveillée à Béni Slimane elle y meurt en 1863, à l'âge de trente-trois ans, éprouvée par son incarcération.

En mars 1871, profitant de l'affaiblissement du pouvoir colonial à la suite de la défaite française lors de la guerre franco-prussienne (1870-1871), une partie de la Kabylie se soulève favorisée par plusieurs années de sécheresse et de fléaux. Elle débute au mois de janvier avec l'affaire des Spahis et en mars avec l'entrée en dissidence de Mohamed El Mokrani qui fait appel au Cheikh Haddad, le grand maître de la confrérie des Rahmaniya. La révolte échoue et une répression est organisée par les Français pour "pacifier" la Kabylie avec des déportations. À la suite d'un ordre qui a été donné par l'armée de les envoyer en France, les Spahis se soulèvent fin janvier 1871 à Moudjebeur et à Ain-Guettar, dans l'Est algérien à la frontière avec la Tunisie. Le mouvement est rapidement réprimé. Dès lors le seul moyen de prévenir les révoltes, c'est d'introduire une population européenne nombreuse, de la grouper sur les routes et les lignes stratégiques de façon à morceler le territoire en zones qui ne pourront pas à un moment donné se rejoindre. La loi du 21 juin 1871 (révisée par les décrets des 15 juillet 1874 et 30 septembre 1878) attribue 100 000 hectares de terres en Algérie aux immigrants d'Alsace-Lorraine. De 1871 à 1898 les colons acquièrent 1 000 000 d'hectares, alors que de 1830 à 1870 ils en avaient acquis 481.000. Le 26 juillet 1873 est promulguée la loi Warnier visant à franciser les terres algériennes et à délivrer aux indigènes des titres de propriété. Cette loi donne lieu à divers abus et une nouvelle loi la complétera en 1887. Son application sera suspendue en 1890. Le Code de l’Indigénat est adopté le 28 juin 1881 distinguant deux catégories de citoyens : les citoyens français (de souche métropolitaine) et les sujets français, c'est-à-dire les Africains noirs, les Malgaches, les Algériens, les Antillais, les Mélanésiens. Le Code était assorti de toutes sortes d'interdictions dont les délits étaient passibles d'emprisonnement ou de déportation. Après la loi du 7 mai 1946 abolissant le Code de l'indigénat, les autochtones sont autorisés à circuler librement, de jour comme de nuit, et récupérer le droit de résider où ils voulaient et de travailler librement. Cependant, les autorités françaises réussirent à faire perdurer le Code de l'indigénat en Algérie jusqu'à l'indépendance en maintenant le statut musulman et en appliquant par exemple le principe de responsabilité collective qui consistait à punir tout un village pour l'infraction d'un seul de ses membres. L'Algérie possède un nouveau statut en 1900 : elle bénéficie d'un budget spécial, d'un gouverneur général qui détient tous les pouvoirs civils et militaires.


5. Du nationalisme algérien à la révolution du 1er novembre 1954

Si l’Emir Abdelkader est considéré comme le précurseur de la fondation de l’Etat algérien, Messali Hadj est considéré comme un des fondateurs du nationalisme algérien. Ainsi Messali Hadj dès 1927 réclame l’indépendance de l’Algérie ayant été le fondateur du parti du peuple algérien (PPA), du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques et du Mouvement national algérien (MNA). Cependant, bien que la résistance ait toujours existé depuis toutes les invasions, ceux sont les guerres mondiales qui permirent une prise de conscience plus forte de l’injustice que frappait la majorité des Algériens souvent analphabètes et travaillant à des salaires de misère. Pour faire face aux pertes humaines de la Grande Guerre, la France mobilisa les habitants des départements français d'Algérie : musulmans, Juifs et Européens. 249.000 Algériens furent mobilisés (73.000 mobilisés dans la population française, et 176. 000 dans la population "indigène") avec 38.000 à 48.000 des leurs sur les champs de bataille d’Orient et d’Occident durant la Première Guerre mondiale. Durant la seconde guerre mondiale, en Algérie, la conscription engagea 123 000 musulmans Algériens et 93. 000 Européens d'Algérie (Pieds-Noirs) dans l'armée française; 2.600 des premiers, et 2.700 des seconds furent tués dans les combats de 1940. En 1942, (appel du général de Gaulle le 08 novembre 1942) et dans le cadre de l’opération Torch (débarquement des Anglo-Américains à Oran, Alger, Annaba) de nombreux Algériens furent engagés dans les forces alliées au sein de l’armé française de la Libération et engagés sur les fronts italiens et français. Entre 1942/1943, les effectifs mobilisés en Algérie s'élèvent sur la période à 304.000 Algériens (dont 134.000 "musulmans", et 170.000 "européens") Ils sont engagés en Tunisie de novembre 1942 à mai 1943, en Italie de novembre 1943 à juillet 1944, et enfin en France et en Allemagne d'août 1944 à juin 1945. Nous trouvons Ahmed Ben Bella, Mohammed Boudiaf, Mostefa Ben Boulaïd, Krim Belkacem. La guerre d’Indochine (1946-1954) absorbe les cadres militaires et fait combattre les volontaires et soldats de métiers, légionnaires et les troupes coloniales dont 35 000 maghrébins (Marocains & Algériens) qui comptent pour 1/4 de l'effectif du corps expéditionnaire. Le 08 mai 1945 alors que la seconde guerre mondiale prend fin en Europe, en Algérie, des manifestations nationalistes algériennes sont réprimées par l’armée française à Sétif et Guelma. On dénombre 103 Européens tués, selon la source officielle française 10 000 algériens et selon la source algérienne 45000. Suite au Manifeste du peuple algérien de Ferhat Abbas en 1943, les élections législatives de 1946 sont un succès pour l’Union démocratique du Manifeste algérien (UDMA). Son parti remporte onze des treize sièges réservés à l’Algérie à l'Assemblée nationale. La loi sur le statut de l’Algérie est promulguée en septembre 1947 : l’Algérie reste composée de trois départements et le pouvoir est représenté par un gouverneur général nommé par le gouvernement français. Une Assemblée algérienne est créée, composée de deux collèges de 60 représentants chacun. Le premier sera élu par les Européens et une élite algérienne (diplômés, fonctionnaires…) et le second par le reste de la population algérienne. Enfin l'article 2 précise "l'égalité effective est proclamée entre tous les citoyens français". En octobre 1947, le MTLD de Messali Hadj obtient une large victoire lors des élections municipales entrainant la répression des autorités françaises. En 1948 trente-six des 59 candidats du MLTD sont arrêtés.

Il est utile de préciser qu’au début du XX siècle plusieurs leaders algériens revendiquent le droit à l'égalité ou à l'indépendance. Plusieurs partis vont être créés et plusieurs pamphlets seront écrits pour défendre les droits des Algériens. Plusieurs penseurs algériens vont vilipender les plus importantes personnalités du régime colonial français. La plupart des figures du mouvement algérien vont être surveillées de près par les services policiers français, d'autres seront exilées vers d'autres pays comme l'a été l'émir Khaled El Hassani Ben El Hachemi en Egypte puis en Syrie. Nous avons des figures et sans être exhaustif, Messali Hadj, Malek Bennabi, Mohamed Hamouda Bensai, Ben Badis, Mohamed Bachir El Brahimi, Larbi Tebessi, Ferhat Abbas, Omar Ouezggane etc. La question algérienne est posée, encore qu’existe des divergences d’approche, avec la création d’organisations comme le Parti de la réforme ou mouvement pour l'égalité, l’Association des oulémas musulmans algériens, association de l’Etoile nord africaine, le Parti du peuple algérien , les amis du Manifeste des Libertés et le parti communiste algérien. À la suite de la mort d’Abdelhamid Ben Badis en 1940 et à l'emprisonnement de Messaali Hadj, en 1948, le parti Mouvement pour le triomphe des libertés revendique le statut de l'égalité ou de l'indépendance des Algériens. Les arrestations et les interdictions se multiplièrent. Dès lors, le CRUA est fondé en mars 1954 et organise la lutte armée. Le parti du Mouvement national algérien est fondé en juillet 1954 par les messalistes. Le Front de Libération nationale (FLN) lui succède en octobre 1954 par la branche du CRUA (Comité révolutionnaire d'unité et d'action). Par la suite, existera une divergence entre la tendance de Messali Hadj et celle du FLN, suite à l’échec de la médiation de Ben Boulaid ce qui entrainera par la suite des luttes fratricides.

L'action armée va venir du CRUA. Le déclenchement de la révolution algérienne a été décidé dans la Casbah d’Alger et à Batna sous la présidence de Mostefa Ben Boulaid dans la réunion des 22 cadres du Comité révolutionnaire d’unité et d’action CRUA), qui sont Badji Mokhtar- Belouizdad Athmane- Benboulaid Mustapha, Benabdelmalek Ramdane, Benaouada Amar, Ben M’hidi Larbi, Bentobbal Lakhdar, Bitat Rabah, Bouadjadj Zoubir, Bouali Said, Bouchaib Ahmed, Boudiaf Mohamed, Boussouf Abdelhafid, Derriche Elias, Didouche Mourad, Habachi Abdesslam, Lamoudi Abdelkader, Mechati Mohamed- Mellah Rachid, Merzougui Mohamed, Souidani Boudjema, Zighoud Youcef. L’une des décisions stratégiques du groupe est la mise en place d’un découpage territorial du pays en cinq zones coiffées par Mostefa Benboulaïd pour la zone 1, Didouche Mourad pour la 2, Krim Belkacem pour la 3 - Rabah Bitat pour la 4 et Larbi Ben M’hidi pour la 5, Mohamed Boudiaf assurant la coordination et les relations avec l’extérieur. La déclaration du 01 novembre 1954 est émise à partir de Tunis. Dans la nuit du 1er novembre 1954 la caserne de la ville de Batna est attaquée par les moudjahidines. Et c’est la guerre. 100 000 soldats français sont affectés dans les Aurès et plus tard ils seront plus de 400 000 en Algérie. Le massacre de Skikda (ex-Philippevillois) la mort d'une centaine de manifestants algériens, eut lieu du 20 au 26 du mois d'août 1955. La même année, à l'Assemblée générale de l'O.N.U, l'inscription de l'affaire algérienne est à l'ordre du jour. Le Congrès de la Soummam organisé par Abane Ramdane,Larbi Ben M’hidi, et Krim Belkacem le 26 aout 1956 au villages Ighbal et Ifri dans la commune d’Ouzellaquen (Kabylie) a été déterminant et a été l’ acte fondateur de l'État Algérien moderne et pilier déterminant pour la réussite de la révolution Algérienne. "La primauté du politique sur le militaire" constitua l'un des fondements du Congrès. Après le congrès de la Soummam, l'Algérie a été divisée en six wilayas ou états-majors. Une wilaya est divisée en quatre zones. Chaque zone est divisée en quatre régions. La région est divisée en quatre secteurs. Le Conseil national de la révolution algérienne CNRA désigné par le congrès de la Soummam se composait de 34 membres : 17 titulaires et 17 suppléants Pour les titulaires nous avons Mostefa Ben Boulaïd, Youcef Zighoud, Belkacem Krim,Amar Ouamrane, Med Larbi Ben M’hidi, Rabah Bitat Mohammed Boudiaf, Ramdane Abbane -Ahmed Ben Bella, Mohammed Khider, Hocine Aït Ahmed, Med Lamine Debba-ghine- Idir Aïssat, Ferhat Abbas, M’hamed Yazid, Benyoucef Ben Khedda, Taoufik El Madani. Après la condamnation de Larbi Ben M’hidi et après le déroulement du Congrès de la Soummam, le FLN intègre les dirigeants du mouvement national algérien (MNA). Plusieurs partis algériens adhèrent à la cause du FLN. Les Aurès, le Constantinois, l'Ouest de l'Algérie, la Kabylie, etc., seront les zones les plus sensibles du point de vue stratégique et logistique. Les deux pays (le Maroc et la Tunisie) sont sous protectorat français mais aideront le FLN. Ils hébergeront les deux armées de l'ALN aux frontières.

La délégation des principaux dirigeants du FLN Mohamed Khider, Mostefa Lacheraf, Hocine Ait Ahmed, Mohamed Boudiaf, et Ahmed Ben Bella est arrêtée, à la suite du détournement, le 22 octobre 1956 par l'armée française, de leur avion civil marocain, entre Rabat. En 1959, Messali Hadj sort de prison, il est assigné à résidence. Les étudiants algériens s’impliquent. Après la création de l’UGEMA en 1955 par Belaid Abdesselam, Mohamed Seddik Benyahia, Lamine Khène, et Ait Chalal, la section locale de Montpellier élit à sa tête Mohamed Khémisti ( futur ministre des affaires étrangères qui fut assassiné durant la période Ben Bella). Des intellectuels français vont aider le FLN comme Maurice Audin qui fut torturé et tué par les services français, Franz Fanon s'engage auprès de la résistance algérienne. Albert Camus, natif d'Algérie, fut un défenseur des droits des algériens, dans les années 1940, avant de refuser de prendre position pour l'indépendance avec cette phrase célèbre prononcée à Stockholm en 1957 : "Si j'avais à choisir entre la justice et ma mère, je choisirais encore ma mère". Dès 1956, Jean Paul Sartre, et la revue Les Temps modernes prennent parti contre l'idée d'une Algérie française et soutiennent le désir d'indépendance du peuple algérien. La découverte de pétrole dans le sud algérien favorise les convoitises et ainsi est annoncé le plan de développement économique et social dit Plan de Constantine visant à la valorisation de l'ensemble des ressources de l'Algérie, mettant en relief les relations financières entre l'Algérie et la métropole (juin 1955) et les perspectives décennales du développement économique de l'Algérie (mars 1958). Ce plan était surtout destiné à l'affaiblissement politique du FLN. Les principaux objectifs fixés par ce plan sont la construction de 200.000 logements, permettant d'héberger un million de personnes ; la redistribution de 250.000 hectares de terres agricoles ; le développement de l'irrigation ; la création de 400.000 emplois industriels ; la scolarisation de tous les enfants en âge d'être scolarisés à l'horizon de 1966 ; l'emploi d'une proportion accrue de Français musulmans d'Algérie dans la fonction publique (10%) ; l'alignement des salaires et revenus sur la métropole ainsi qu’une d'industrialisation s'appuyant à la fois sur des aides directes et indirectes aux entreprises privées investissant en Algérie (exemption de certains impôts, subventions à l'investissement à hauteur de 10%), l'aménagement de zones industrielles (notamment celle de Rouiba-Reghaïa, sur 1100 hectares, à l'est d'Alger) et la mise en valeur des ressources en hydrocarbures (pétrole et gaz naturel) découvertes dans le Sahara, susceptibles de fournir des ressources d'exportation et une énergie bon marché.



Article (5/8)

Archéologie : L’Algérie à l’époque préhistorique


Par Abdelhamid Benzerari - El Watan du 10 Aou 2010 -

  «Les vrais hommes de progrès sont ceux qui aiment le passé» (Paul Leon)

Notre préhistoire est riche en évènements et a toujours captivé les historiens. L’Algérie abonde en sites préhistoriques. La visite des musées, des lieux historiques : grottes, dolmens, menhirs, gravures rupestres… et la consultation d’archives sont indispensables et nécessaires pour le savoir et la culture de nos enseignants et potaches.Elles contribueront à assouvir leur soif de découvertes et de vérités sur le passé de notre pays : l’homme du Néanderthal (paléolithique), captiens et ibéromaurusiens (néolithique)… Par cette modeste contribution, je narre quelques phases de ce prestigieux passé éloigné que nous et nos enfants ne pouvons ignorer. La préhistoire est née de la conjonction de deux intelligences : celle de l’homme qui a fabriqué un outil ou dessiné sur une paroi, et celle de l’homme moderne qui a su déchiffrer le message de son ancêtre. Mille deux cents fois plus longue que l’histoire, la préhistoire est l’immense période qui s’étend des origines de l’homme à l’apparition de l’écriture. Evoquer les problèmes quotidiens des civilisations préhistoriques a toujours fasciné l’homme. Or, nous n’en possédons aucun texte, puisqu’elles commencent au-delà des 3 millions d’années avant Jésus-Christ. Faute de pouvoir solliciter des écrits, il reste heureusement d’innombrables documents à interpréter, vestiges archéologiques les plus divers : silex, os travaillés, poteries, œuvres d’art des grottes. La préhistoire est divisée en trois périodes dont la durée est très inégale : Paléolithique, Mésolithique et Néolithique. Elle s’achève avec la découverte de l’utilisation des métaux. Elle est en premier lieu une histoire de techniques.

  Il y'a 500 000 ans «L’histoire est une résurrection» (Michelet)

Comparée à l’époque historique, mieux connue grâce aux documents écrits, la préhistoire couvre au Maghreb Central plus de deux cents fois la période qui a commencé avec l’apparition de l’écriture, au premier millénaire avant J.C., et se poursuit jusqu’à nos jours. Pendant cette longue période qui varie, selon les datations proposées par les chercheurs, entre cinq cent mille et un million d’années, le territoire qui correspond à l’Algérie actuelle n’a pas cessé d’être habité. Sur le continent africain, les vestiges les plus anciens qui témoignent de la formidable aventure de l’homme ont été découverts dans les importants gisements du lac Turkana au Kenya, dans le site de l’Omo en Ethiopie et dans la gorge d’Olduvai en Tanzanie. La présence de l’homme y est attestée depuis plus de trois millions d’années par des ossements appartenant à l’hominidé, appelé australopithèque, dont dérivent les types d’Homo erectus, prédécesseur de l’Homo sapiens, ancêtre de l’homme actuel. Au Maghreb, et plus particulièrement en Algérie, des découvertes témoignent de la présence de l’Homo erectus, désigné également sous le nom d’archanthropien, contemporain des derniers australopithèques. En 1954 et 1955 Camille Arambourg a mis au jour sur le site de Ternifine près de Mascara trois mandibules dont une complète, exposés au musée de Bardo à Alger, ainsi qu’un os pariétal. Cette découverte eut un retentissement d’autant plus grand qu’elle a permis aussi d’identifier un outillage en pierre taillée, associé à l’Homo erectus mauretanicus que l’on situe au paléolithique inférieur. C’est là une des phases de développement les plus anciennes mise en évidence sur le territoire algérien, dans le long processus qui a vu l’homme préhistorique prendre conscience de l’importance de la création et de l’utilisation d’outils comme prolongement de la main.


Le Paléolithique

  «La culture historique vieillesse de l’humanité» (F. Nietzsche)

Au cours de cette période paléolithique, les hommes vivaient essentiellement de la chasse et de la cueillette et s’abritaient dans des grottes ou des abris sous roche. Les premiers outils taillés n’étaient à l’origine que de simples galets aménagés par percussion, tels qu’on en a trouvés dans les gisements de Aïn Hanech près de Sétif, à Reggane, à Aoulef et très récemment à Tan Kenna, dans le bassin d’Illizi, près d’ln Amenas. Plus tard au paléolithique moyen, qui correspond en Europe à la généralisation de la technique dite Moustérien-Levallois de production d’un outillage à partir d’éclats, le Maghreb se caractérisa par le développement d’une culture propre désignée sous le nom d’Atérien, du site éponyme de Bir EI Ater au sud de Tébessa, reconnaissable à la présence d’un pédoncule sur des éclats généralement terminés en pointe. Ce matériel lithique (de pierre) se retrouve dans d’autres régions, notamment sur les gisements côtiers de Mostaganem, Ténès et Aïn Tagouraït, où la présence humaine a pu être datée de 30 000 ans. L’homme qui vivait alors au Maghreb avait, avec des différences sur lesquelles les spécialistes débattent encore, à peu près les mêmes caractères morphologiques que celui dit de Néanderthal. Il préparait l’évolution vers l’Homo sapiens alors que l’hémisphère nord subissait une période de refroidissement intense, appelée glaciation de Würm. Durant ce long processus, l’homme s’adapta à l’utilisation du feu pour cuire la viande et se chauffer. Il acquit la maîtrise progressive de son environnement, inventant et perfectionnant les outils et les armes de pierre, d’os et de bois, et commençant à aménager ses premiers abris artificiels. A la fin du paléolithique, le paysage du Maghreb était proche de celui de l’Europe actuelle avec une forêt giboyeuse et des rivières au cours d’eau pérenne, coulant jusqu’aux confins du Sahara qui connut alors un climat de type tropical. Parallèlement, l’industrie lithique se transforma, annonçant déjà l’évolution culturelle postérieure. Les paysages que les hommes du paléolithique avaient sous les yeux différaient de ceux que nous connaissons : l’aspect des reliefs et la configuration de la côte n’étaient pas tout à fait les mêmes qu’aujourd’hui ; le climat était chaud et humide et la faune, dont les fossiles attestent l’existence, le type ( Tchadozambienne) ; on y trouvait éléphants, rhinocéros, hippopotames, lions, girafes, autruches et antilopes.

Capsiens et Ibéromaurusiens

  «Le bon historien n’est d’aucun temps, ni d’aucun pays» (Fénelon)

L’homme dit dé Mechta AI Arbi, porteur de cette culture improprement appelée ibéromaurusienne (car la navigation par le Détroit de Gibraltar ne put être pratiquée qu’à l’époque antique) attestée par les fouilles de Claude Brahimi, fut progressivement supplanté vers 7000 avant J.C., par les Capsiens d’après le nom du site de Gafsa en Tunisie, dont la culture connue jusque vers 4500-4000 s’étendit sur les Hauts-Plateaux de la Tunisie et l’Algérie centrale et orientale. lnstallés à l’intérieur du pays, les capsiens ont laissé des traces caractéristiques parfaitement visibles : d’importantes quantités d’escargots pris dans une couche de cendre (escargotière). Les escargotières ou «rammdyat» dans la région des Hauts-Plateaux de l’Algérie centrale et orientale où nous trouvons le biface acheuléen, sont des monticules brillants au soleil de l’éclat de ses grosses coquilles vides d’escargots blancs. Le biface, c’est l’instrument type. Le principal faciès culturel du paléolithique ancien est l’acheuléen (st Acheul), biface ovale, plat à tranchant rectiligne, sa pointe affinée. Les pointes pédonculées (atérien, du site éponyme de Bir El Ater Tébessa). Les pointes de flèches et de lance du néolithique (néo, nouveau et lithos, pierre) du capsien : lamelles de silex en forme de triangle, de trapèze qui servaient de dents de faucille (4500-5000 ans avant J.C.), des fragments de coquilles d’œufs d’autruche qui avaient la fonction de récipients pour faire cuire les escargots.

L’homme façonne alors des outils rudimentaires faits de galets aménagés et d’éclats. Il produit des pointes et des racloirs retouchés sur une face. Le silex taillé est aussi répandu dans certaines régions du Sahara. Une autre forme d’art apparaît : utilisation et décoration d’œufs d’autruche ou composition de colliers de perles. La finesse de la taille des microlithes géométriques, la variété des formes et des couleurs annoncent la perfection de la qualité des pointes de flèches néolithiques. Ce n’est que par la suite que l’on a pris conscience de la valeur de ces objets ramassés par centaines, notamment dans les gisements sahariens et ornant parfois les vitrines des collectionneurs privés. Ce matériel lithique dont sont friands les amateurs inconscients qui en dépouillant un gisement, privent parfois à jamais la recherche de renseignements précieux.


« Le Tassili, plus grand musée du monde à ciel ouvert »

  «Chacun a pu remarquer qu’une bonne chronologie dès qu’elle fait comparaître les évènements, les âges et les œuvres, exprime par elle-même, les plus importantes idées concernant le passé humain» (Alain)

C’est sans conteste l’art des parois gravées ou peintes qui, dans l’Atlas saharien, dans le Hoggar ou sur le plateau du Tassili, atteste par sa richesse et sa variété des qualités artistiques de l’homme du néolithique. Certains spécimens et quelques relevés sont présentés ça et là dans les musées, mais la quasi-totalité des peintures et gravures néolithiques et postnéolithique sont encore en place, dans les abris où elles furent exécutées, en bordure de vallées jadis verdoyantes et giboyeuses. Ces peintures et gravures rupestres ne furent découvertes qu’au début de ce siècle et leur inventaire systématique n’est pas encore établi de façon scientifique. A elles seules, les peintures et les gravures rupestres du Tassili N’Ajjers sont plus nombreuses que toutes celles trouvées à ce jour dans le reste du monde. Elles constituent l’un des plus remarquables témoignages de l’activité humaine pendant le néolithique. Ce vaste plateau et ses profondes vallées, qui ont vu se développer plusieurs civilisations pendant cinq ou six millénaires, sont également le creuset d’un art dont plusieurs courants modernistes se sont inspirés. Il n’est donc pas étonnant que l’Unesco ait inscrit, en 1982, le Tassili N’Ajjers sur la liste du patrimoine mondial culturel et naturel. L’état de conservation d’une quantité aussi importante de vestiges, qui font du Tassili le plus grand musée du monde à ciel ouvert, est inégal et plusieurs atteintes, dues à la fois à des causes naturelles (érosion, ruissellement) mais surtout à des déprédations humaines qui ont été relevées.


L’architecture funéraire

Le panorama des œuvres d’art préhistorique serait incomplet s’il passait sous silence les constructions funéraires. De tous les temps, il est vrai que les sociétés préhistoriques ont voué aux morts un intérêt particulier. Toutefois, jusqu’au néolithique, on ne distingue jamais avec vigueur la cité des morts de celle des vivants. Dans de nombreux gisements, les morts sont enterrés sur le lieu même de l’habitat; dans le meilleur des cas, ils sont enterrés ensemble, mais ces nécropoles sont toujours à proximité, sinon au-dessus du lieu de séjour des vivants. Au gisement de Columnata (Tiaret) où la fouille de la nécropole a révélé l’existence des premiers monuments funéraires connus : ce sont de modestes dalles dressées ou des amoncellements de pierres recouvrant les corps des morts.

Le mégalithisme
(méga : grand et lithos: pierre)

Le mégalithisme est un phénomène mondial né vers le Ve millénaire. Les communautés néolithiques créant des monuments qui ont deux fonctions : l’une funéraire, l’autre architecturale. Réalisés en ‘partie à l’aide de blocs de pierre de grandes dimensions, dolmens, menhirs, statues-menhirs constituent les plus anciens vestiges monumentaux que l’on connaisse. Bien avant les pyramides, antérieure de près de deux millénaires aux premières pyramides d’Egypte, l’existence des mégalithes est attestée au néolithique sur plusieurs continents : lnde, Japon, dans les Andes, à Madagascar… Trois grandes catégories de mégalithes : les dolmens, sépultures collectives, les menhirs : pierres levées dont la fonction demeure obscure, les statues-menhirs: dalles gravées de représentations de formes humaines (Aïn Abid, Djebel Ouach, dans le Constantinois). Certains menhirs atteignent des dimensions gigantesques, 20 mètres de haut, et peuvent peser plus de 300 tonnes. L’extraction des dalles nécessaires à la construction des dolmens demande un investissement matériel et humain important. Parfois, la carrière d’où sont extraites les dalles est située à plusieurs centaines de mètres du monument édifié. La fouille de ces nécropoles est d’un grand intérêt : elle a permis aux archéologues de retrouver des objets déposés près du mort et dont il y a lieu de croire qu’ils étaient semblables à ceux utilisés dans la vie quotidienne ; c’est ainsi que les belles séries de céramiques, les collections de bijoux exposés dans les vitrines du musée du Bardo et du musée Cirta à Constantine proviennent des grandes nécropoles ou des monuments funéraires protohistoriques: Gastel, Tiddis, Beni Messous, Roknia, Sigus, Bou Nouara …

Dolmens du djebel Sidi-M’Cid (Constantine): en 1849, des dolmens subsistaient et occupaient le lièu haut du djebel Sidi-M’Cid où se dresse actuellement le monument aux morts. D’autres apparaissaient à la base du rocher, au dessus de la Grotte des ours et surtout un peu plus au Nord sur la rive droite de l’oued Rhumel. Ce cimetière préhistorique se développera jusqu’au sommet du plateau de Bekeira.

Dolmens de Bou-Nouara : En allant vers Aïn Abid, sur le flanc et le sommet de la colline rocheuse qui surplombe le village de Bou-Nouara, se dressent ces monuments mégalithiques composés de monolithes disposés en pente. Au bas, longeant la route nationale, se sont installées des carrières qui ont donné un paysage hideux au site; elles ont grignoté, balafré la colline millénaire, porteuse d’un lieu de mémoire. L’image ·s’en est entachée et c’est un grand dommage porté à cet endroit prestigieux. D’autres sites mégalithiques se dressent à Tiddis (Constantine ), Roknia (Guelma), Rihane (El Tarf), Sigus entre autres. Les dolmens ne sont pas les seuls monuments funéraires. Outre les tombes en silos ou les allées couvertes, on rencontre en Algérie des formes complexes : les chouchets qui sont des petites tours dont le mur extérieur est construit avec soin, les bazinas, tumulus de pierres à revêtement extérieur; au Sahara, les monuments dits « en trou de serrure» ; enfin les grands monuments complexes comme le tombeau de Tin Hinan à Abalessa (Hoggar). Ce dernier se rattache à une tradition tardive : non pas celle des nécropoles mais celle des grands mausolées royaux d’Afrique du Nord, avec le tombeau royal de Maurétanie (dans les environs d ‘ Alger), la Soumaâ du Kroubs, le Maghlacen (Aurès), les Djeddars (Frenda). l’Algérie inaugure un nouveau moment de son histoire ; les sociétés qui la composent sortent de l’anonymat où elles ont été tenues durant les longs millénaires de la préhistoire, les tribus prennent nom, des chefs politiques apparaissent. C’est alors qu’apparaît la civilisation antique.


Patrimoine à preserver

  «L’histoire est une école de morale, de civisme et de patriotisme» (Fénelon)

Des travaux pour la restauration du mausolée de la Soumaâ au Kroubs sont en cours, c’est bien. Mais il ne faut pas oublier aussi ce cimetière de nos ancêtres, cet important site préhistorique de Bou Nouara. Il serait extrêmement utile de le protéger en alertant les opérateurs économiques sur son importance nationale ; en sensibilisant la jeunesse: écoliers, collégiens, lycéens par des visites répétées, guidées par les archéologues et historiens sur le terrain, clôturer l’endroit, l’entretenir, le rendre agréable aux visiteurs, assurer son gardiennage. Faire prendre contact avec la réalité historique : monuments, vestiges, ruines, musées, etc… est une activité capitale et éminemment éducative pour qui sait préparer et conduire. Cela permet de donner plus de vie à la classe, de dispenser une formation esthétique en même temps qu’une formation historique reposant sur des bases concrètes. C’est un gage d’efficacité. «Qu’on a beau faire croître l’effort, varier les méthodes, il n’en résulte jamais qu’une évidence qui est l’impossibilité de séparer l’observateur de la chose observée et l’histoire de l’historien», Paul Valéry. Sous d’autres cieux, les mégalithes de Stonehenge en Grande Bretagne, disposés en cercle formant un cromlech et les menhirs de Carnac en France répartis par rangées constituant des alignements reçoivent chaque année des milliers de touristes de différentes nationalités et sont la fierté des habitants de ces régions.

L’Algérie est riche en sites historiques qu’il reste à exploiter, mettre en valeur et protéger. Chez nous, le sous-sol de la ville de Constantine est un véritable musée enfoui, qui à chaque fois qu’on creuse, nous dévoile une partie de ses secrets qu’il tenait longuement et jalousement cachés dans la terre. Ce sous-sol, qui a su garder depuis des millénaires ses richesses, ses trésors (carrefour de plusieurs civilisations, d’innombrables groupes ethniques de la préhistoire à nos jours … ), demande à être encore fouillé pour nous dévoiler d’autres secrets : ossements, poteries, verreries, stèles, médailles, bijoux antiques, monnaies anciennes, mosaïques, amphores, statues, mobiliers funéraires… La découverte, en 1945, de sphéroîdes à facettes sur le plateau du Mansourah, permet d’estimer à un million d’années l’occupation du rocher par les australopithèques, dont on aurait retrouvé les outils. C’est beaucoup plus tard, au paléolitique(-45000 ans avant notre ère) que furent aménagés par l’homme du néanderthal des habitations permanentes dans les grottes ,notamment celles du mouflon et de l’ours au pied du versant de Sidi M’Cid. Les grottes constituent un terrain de fouilles favorables pour établir les chronologies de la préhistoire et surtout pour identifier l’homme «des cavernes». Elles ont conservé les principaux témoignages de l’art paléolithique.



Grottes paléolithiques et néolithiques de Sidi M’Cid


La majorité du mobilier archéologique se trouve actuellement au musée Cirta. Les grottes, situées au dessus de l’Aïn El Rhaba,ont été habitées par les hommes préhistoriques attirés en ces lieux par ce remarquable point d’eau : tel est le cas de la Grotte des ours ou Grotte qui gronde (Ghar Sahar) et de la Grotte du mouflon, creusées dans la muraille de Sidi M’Cid, au dessus de l’entrée du second tunnel de la voie ferrée de Skikda. De l’autre côté du ravin se trouve la Grotte des pigeons taillée dans la falaise qui porte le saillant nord de la Casbah. Fouillées par le professeur Debruge, ces cavernes ont présenté, en effet, des restes d’industrie paléolithique moyen(moustérien) et du néolithique (maurétanien). A ces témoins des civilisations des âges de la pierre, étaient associés des ossements de rhinocéros, zèbres, sangliers, cerfs, gazelles, gnous, bubales, mouflons, bufles et ours. Ces animaux vivaient sur les rives du Rhumel au pied du rocher. Il faut signaler, qu’à cette époque des troupeaux d’éléphants de Berbérie vivaient dans la région de Constantine (Boumerzoug,lbn Zied…), de Skikda (Filfila… ). C’est au paléolithique (-45 000 ans avant notre ère) que furent aménagées, par l’homme du néanderthal, des habitations permanentes dans les grottes, notamment celles du mouflon et de l’ours au pied du versant nord de Sidi M’Cid. A l’époque capsienne,( environ -14 000 à 9 000 ans avant notre ère) la Grotte des pigeons, (située sous le boulevard de l’abîme, près de l’ascenceur), aura certainement servi de point de repli aux habitants des Grottes de l’ours et du mouflon. Du néolithique ( environ -10 000 à 2000 ans avant notre ère) ont été retrouvés différents outils, principalement des lames et lamelles en silex finement taillées.

La civilisation mégalithique y a laissé de nombreuses traces : dolmens, monuments. De l’âge des métaux ont été retrouvés, en ‘particulier, un poinçon de bronze et une massette de fer. Pour cela, où sont nos archéologues et historiens pour mettre à jour d’autres découvertes et mener des campagnes de sensibilisation pour préserver ces vestiges préhistoriques, ces dessins rupestres, ces escargotières, ces mausolées, ces stèles libyques, puniques, ces menhirs, ces statues, ces mobiliers funéraires, ces dolmens, ces traces de civilisations numido-phénicienne, bysantines, vandales ? Les vieilles pierres parlent à l’imagination de celui qui sait les contempler.Elles l’émeuvent plus que des récits ou des gravures vite oubliées. A l’école la leçon d’histoire qui est aussi une leçon de morale, de civisme et de patriotisme doit rejoindre la leçon d’observation et en utiliser les procédés. Elle doit différer cependant de la leçon de choses qui se caractérise par la manipulation et l’expérimentation, en faisant appel à la sensibilité de l’enfant, à son imagination, à son goût du merveilleux. Mais la discipline rigoureuse de l’observation lui donne cette assise solide sans laquelle elle ne serait que fantaisie et roman.



Article (6/8)

Le Mausolée des ancêtres


Par Mohamed Arezki HIMEUR - Liberté Algérie.

MONUMENT FUNÉRAIRE ROYAL DE MAURÉTANIE Les premières questions que se pose le visiteur sont : comment a-t-on pu l’édifier ? D’où a-t-on ramené ces grosses pierres qui ont servi à sa construction ? Quels moyens a-t-on utilisés pour empiler ces volumineux blocs les uns sur les autres sur une hauteur de plus de 32 m ? Il en comptait une quarantaine à l’origine, selon certains archéologues.


“C’est ce que dit la légende”, concluait

le guide touristique devant le groupe de touristes qu’il accompagnait et quelques visiteurs. Il venait de raconter, au pied du Mausolée royal de Maurétanie, l’histoire du trésor que renfermerait ce monument funéraire. Un trésor qui s’était envolé, au sens propre du terme, vers l’Espagne, il y plusieurs siècles. Le vol fut, pour résumer, commis par un savant sorcier espagnol. Celui-ci offrit la liberté à son esclave algérien de la Mitidja sous une condition. Il lui demanda, une fois revenu au pays, de se rendre au Mausolée pour brûler un papier magique, une sorte d’amulette, qu’il lui remit. Dès que le papier fut consumé, un pan du mur du monument s’ouvrit et laissa sortir une nuée de pièces en or qui s’envolèrent, en file indienne, vers l’Espagne. Elles atterrirent, évidemment, dans l’escarcelle du fameux savant sorcier ibérique.

Une autre légende rapporte qu’un berger de la Mitidja devint immensément riche grâce à sa vache qui lui faussait compagnie chaque fin d’après-midi, sur le chemin du retour à l’étable. Un jour il a décida de la suivre pour comprendre la cause de sa quotidienne fugue. Le ruminant se détachait du troupeau, s’introduisait à l’intérieur du mausolée, pour n’en sortir que le lendemain. C’est en le suivant dans le monument que le berger tomba sur le trésor enfoui dedans.


Un remarquable monument

Le Mausolée royal de Maurétanie est désigné par des Algériens, surtout les habitants proches du site, notamment ceux du Sahel algérois, de Tipasa et de la Mitidja, par le nom de “Kbor Roumia”. La tombe de la Romaine. Les Français l’appelaient, l’appellent encore, dans une grande partie de leur littérature, le Tombeau de la chrétienne. C’est ce nom qu’on rencontre d’ailleurs dans les guides touristiques, accompagnés, dans les langues autres que le français, d’une traduction.

Édifié sur le sommet d’une colline, le mausolée est visible des quatre coins cardinaux et à plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde. Il se trouve près de la petite ville de Sidi Rached et à proximité de l’autoroute reliant Alger et Tipasa. Il ressemble, vu de loin, à une calotte, à la moitié d’un nid de guêpes. Il grossit, prend du volume à mesure qu’on s’approche de lui. Un monument impressionnant. Et les premières questions que se pose le visiteur sont : comment a-t-on pu l’édifier ? D’où a-t-on ramené ces grosses pierres qui ont servi à sa construction ? Quels moyens a-t-on utilisés pour empiler ces volumineux blocs les uns sur les autres sur une hauteur de plus de 32 m ? Il en comptait une quarantaine à l’origine, selon certains archéologues.

Ce remarquable monument accueille, chaque jour, surtout par beau temps, un grand nombre de visiteurs. Il affiche complet certains week-ends et les jours fériés. Les visiteurs viennent des wilayas limitrophes d’Alger, de Tipasa et de Blida. Ils débarquent également d’autres régions du pays, notamment d’Aïn Defla, de Chlef et de Relizane. Il fait partie, depuis longtemps, des sites proposés aux touristes étrangers par les tour-opérateurs et leurs partenaires algériens, en l’occurrence les agences de voyages et de tourisme locales.


Site historique et touristique

Il est vrai que le Mausolée royal de Maurétanie est un superbe monument à la fois historique et touristique. Il est impressionnant de par sa structure et son volume qui dépasse 80 000 m de pierres de grandes dimensions.

Il s’agit d’un édifice en forme circulaire mesurant 185,50 m de circonférence, 60,90 m de diamètres et 32,40 m de hauteur. Il est formé de 33 gradins et entouré de 60 colonnes engagées de type ionique supportant une corniche. Il compte également quatre fausses portes orientées sur les quatre points cardinaux, ornées, au milieu, de moulues ayant la forme de croix. Ce qui explique, peut-être, l’appellation de “Tombeau de la chrétienne” donnée au monument. L’intérieur renferme un caveau, un vestibule, un couloir circulaire voûté de 141 m qui mène vers deux autres caveaux, dont un abrite trois niches à l’ouest, au nord et au sud. On y accède par une petite porte basse et étroite, courbé, presque à quatre pattes, située sous la fausse porte de l’est. Dans les années 1970 et 1980, les visiteurs pouvaient y entrer. Aujourd’hui, l’accès y est interdit. Le site, lui, a été fermé pendant 27 ans, à partir de 1992, en raison de l’insécurité liée au terrorisme. Il a été placé sous la surveillance de la garde communale et des patriotes. Il n’a rouvert son portail au public qu’en mai 2019.

Le Mausolée royal de Maurétanie n’a pas livré, laissé percer tous ses secrets. Il en a fourni très peu depuis les deux premières fouilles effectuées respectivement en 1855-1856 et en 1965-1966 par Adrien Berbrugger, fondateur du premier musée-bibliothèque d’Alger, et Oscar MacCarthy, géographe et explorateur d’origine irlandaise. On n’avait découvert ni ossements humains ni cendres d’incinération.


Le mausolée de Juba II

Rien. Pas la moindre trace du roi Juba II à qui on a attribué l’édification du monument, ni de sa femme Cléopâtre Séléné, fille d’Antoine et de Cléopâtre, ni de son fils Ptolémée assassiné par son cousin Gaius Caligula à Rome, ou d’autres membres de la famille royale. On a tout juste, d’après les écrits du XIXe siècle, trouvé, éparpillés sur le sol dans ses galeries, couloirs et caveaux, quelques “petites perles en pierre rare”, une poignée de pièces du IVe et du Ie siècles, des fragments de bijoux, des débris de plats décorés de symboles chrétiens et des poteries de fabrication locale. Des poteries “ressemblant à la vaisselle kabyle actuelle (milieu du XIXe siècle), mais d’aspect plus ancien. Elles jonchent le sol”, selon Stephane Gsell, qui a effectué les premières fouilles.

“La violation du tombeau de la chrétienne a suivi de très près l’assassinat du roi Ptolémée à Rome. Le monument est ensuite resté ouvert jusqu’à l’invasion arabe” à la fin du VIIe siècle, selon Adrien Berbrugger. Cela signifie que pendant des siècles le monument était livré à lui-même, aux chapardeurs et autres chercheurs de trésors. Il est vrai que lorsqu’on recense le nombre d’assauts, de viols, d’actes de destruction et de profanation qu’il a subis, on ne peut imaginer trouver d’autres objets susceptibles de nous éclairer sur le site, son édification et sa destination. Il ne fait aucun doute “que c’est Juba II qui a élevé ce monument”, a souligné M. Berbrugger. “Ce souverain épris de luxe et passionné pour les arts, qui fit de Iol (Cherchell), à peu près inconnu au temps de Bocchus, une ville somptueuse, un tombeau aussi grandiose convenant bien à un tel prince…”, écrivait-il dans son Guide archéologique des environs d’Alger publié en 1896.


Vue fascinante sur la Mitidja

Lors de la première opération de fouilles, Berbrugger et MacCarthy avaient trouvé les caveaux et les couloirs vides, “car ils avaient été violés par les Romains qui n’y laissèrent que de menus objets et des débris de poterie”, selon le journal Le Tell du 18 septembre 1892 paraissant à Blida. Le monument avait été canonné et endommagé par deux pachas ottomans, Salah Raïs, en 1555, et Baba Mohammed, en 1766, à la recherche d’un éventuel trésor. Ils ne savaient pas que le site avait déjà été “visité” d’abord par les Romains, puis probablement par d’autres rois, princes, envahisseurs et les autochtones de la région. Mais les deux principaux trésors demeurent encore sur place. Il s’agit du Mausolée lui-même, un gigantesque tumulus de pierres de grandes dimensions, qui aurait servi de sépulture. Il y a ensuit le site. Il offre une extraordinaire vue panoramique, à couper le souffle, sur une longue et large partie de la riche plaine de la Mitidja, sur ses nombreuses villes et villages, ainsi que sur l’imposant massif montagneux de l’Atlas blidéen.

Un panorama ravissant, difficile à décrire, qui envoûte les visiteurs, ébahis par le tableau qui se déroule sous leurs yeux. Il constitue la principale attraction pour des habitués des lieux, qui, au retour d’une escapade à Cherchell ou à Tipasa, effectuaient un détour par le “Mausolée des ancêtres”, comme aimaient dire certains d’entre eux.



Article (7/8)

L'Algérie depuis 1962 : retour sur une histoire contrastée


Par Amine Ait-Chaalal dans Revue internationale et stratégique 2002/2 (n° 46) - CAIRN.INFO -



Depuis le recouvrement de sa souveraineté, le 5 juillet 1962, l’Algérie est un protagoniste significatif de la scène internationale. Son indépendance fut un moment marquant du vaste mouvement de la décolonisation, et pendant plusieurs années l’Algérie fut considérée comme un pays en développement influent. Cette influence s’est manifestée jusque dans les années 1980. Cependant, la décennie 1980 marque le début d’une phase d’amoindrissement de sa capacité d’action internationale. Cet effacement est en partie la conséquence de troubles internes et de l’affaiblissement de la dynamique tiers-mondiste. À partir de 1988, le pays est confronté à la mise en œuvre d’un processus chaotique de démocratisation, à la suspension du processus législatif en janvier 1992 – accompagnée de la démission du président Chadli Bendjedid –, à l’assassinat du chef d’État suivant, Mohamed Boudiaf, en juin 1992, et au déclenchement d’affrontements sanglants entre le pouvoir et une nébuleuse de groupes armés. Cette dégradation de la situation politique s’accompagne d’un phénomène similaire au niveau socio-économique.


UNE EVOLUTION SOCIO - ECONOMIQUE PREOCCUPANTE

Depuis 1962, l’Algérie a connu sept chefs d’État (aux statuts juridiques divers) : Ahmed Ben Bella (1962-1965), Houari Boumediène (1965-1978), C. Bendjedid (1979-1992), M. Boudiaf (1992), Ali Kafi (1992-1994), Liamine Zeroual (1994-1999) et Abdelaziz Bouteflika (depuis 1999). Sur le plan socio-économique, l’Algérie est un pays en pleine mutation. Sa population, passée de 13,7 millions d’habitants en 1970 à 30,8 millions en 2000, connaît ainsi des évolutions notables. Or cette croissance démographique continue pose de nombreux défis tels la santé et l’hygiène, l’éducation et la formation, l’emploi, le logement et les structures sociales. Au lendemain de son indépendance, l’Algérie est un pays profondément marqué par le traumatisme de la guerre et ses nombreuses séquelles. L’idéologie à orientation socialiste des nouveaux dirigeants est empreinte d’une volonté de manifester une prise en considération des sacrifices accomplis par une population très durement éprouvée, d’où l’importance du soutien officiel à la mobilité sociale et à la promotion des classes traditionnellement défavorisées. L’origine sociale d’une partie du leadership algérien au lendemain de l’indépendance explique partiellement cette tendance

Ces orientations se traduisent notamment dans le domaine de l’éducation. Ainsi, le taux de scolarisation connaît un accroissement substantiel tant dans le primaire que dans le secondaire et le supérieur. En effet, le taux de scolarisation passe, pour les 12-17 ans, de 30,8 % en 1972, à 59,3 % en 1992 ; et pour ce qui est du 3e degré, le taux augmente, pour les mêmes années, de 1,7 % à 11,8 %. Ainsi, l’analphabétisme recule de 75 % en 1970 à 39,4 % en 1992.

Des efforts substantiels sont également accomplis en matière sanitaire et médicale, que ce soit au niveau de la vaccination des enfants, de l’accès aux soins ou de la prise en charge par l’État de certaines opérations spécifiques à l’étranger. Ainsi, l’espérance de vie s’accroît de 52,4 ans en 1970 à 68,9 ans pour la période 1995-2000. Pour les mêmes années, le taux de mortalité infantile chute de 139,2 ‰ à 45 ‰ ; et le nombre de médecins pour 1 000 habitants passe de 0,13 en 1970 à 0,9 en 1990.

L’intensité et l’importance de ces efforts ont néanmoins leur revers. Au niveau de l’éducation primaire et secondaire, la massification de l’enseignement ne s’est pas accompagnée de résultats probants en ce qui concerne la qualité des enseignements dispensés. De plus, les déperditions scolaires sont particulièrement significatives et laissent de nombreux jeunes, qui constituent la majorité de la population, sur le bord de la route, sans formation ni diplôme, exclus du marché du travail et de ses réseaux classiques. Ainsi, le taux de chômage est estimé à plus de 26 % de la population active. La plupart du temps, la seule issue possible se trouve dans le secteur informel et ses ramifications opaques.

En termes de logement, d’infrastructures culturelles et d’installations hydrauliques, de sérieux manques se font sentir et cela de manière croissante, atteignant parfois des situations catastrophiques. Ces éléments ébranlent progressivement la structure sociale et portent atteinte à sa stabilité. Les années 1980 font apparaître de manière criante ces graves déficiences. L’urbanisation, souvent sauvage et désordonnée, l’abandon des zones agricoles pour le « miroir aux alouettes » des concentrations urbaines, la déstructuration du monde paysan par une réforme agraire de type collectiviste dans les années 1970 et l’absence d’une réelle politique de planning familial conduisent à une augmentation de la densité urbaine dans des villes qui n’y étaient pas préparées, menant à des situations ingérables et explosives. En découlent une exaspération socio-économique considérable, un manque de perspectives pour une jeunesse délaissée et le discrédit d’un pouvoir usé. Les émeutes d’octobre 1988 sont une première traduction particulièrement tragique de ces graves défaillances, tout comme le sont les événements qui se déroulent depuis le début des années 1990.

Sur le plan économique, il est possible de distinguer une phase de croissance suivie d’une phase de récession puis de crise. Le produit intérieur brut (PIB) par habitant augmente de 360 dollars à 1 940 dollars, entre 1970 et 1980, puis baisse à 1 839 dollars en 1991, et à 1 550 dollars en 1998. Par ailleurs, la dette passe de 0,9 milliard de dollars en 1970 à 19,4 milliards de dollars en 1980, puis à 26,3 milliards de dollars en 1991 et à 30,6 milliards de dollars en 1998. Mais l’élément d’évaluation plus significatif que constitue le taux du service de la dette par rapport aux exportations augmente, pour sa part, de 27,2 % en 1980 à 71,2 % en 1991, puis passe à 32,3 % en 1998. Ainsi, la dégradation est nette durant les années 1980.

La structure des exportations et des importations est aussi révélatrice d’une évolution préoccupante. Pour ce qui est des exportations, en quelques années les hydrocarbures ont vu leur part augmenter, passant de 70,5 % des exportations en 1970 à 95,5 % en 1991, avec tous les risques que comporte une telle concentration mono-exportatrice. Au niveau des importations, les faiblesses du tissu économique algérien et de son modèle de développement apparaissent. Ces importations se composent d’aliments, de produits manufacturés ainsi que de biens d’équipement. Ce contraste entre la structure des exportations et celle des importations met en lumière les défaillances structurelles de l’économie algérienne et sa dépendance à l’égard du marché mondial. Une telle évolution porte atteinte aux capacités d’action internationale de l’Algérie. En effet, dans une phase de croissance et d’expansion, un pays se présente comme un partenaire important et crédible dans les arènes internationales, tandis qu’une dégradation socio-économique et un recours de plus en plus fréquent à l’endettement obèrent ses capacités d’action extérieure.


LES TURBULENCES DE LA POLITIQUE INTERIEURE ALGERIENNE

Les trois premières années de l’Algérie indépendante, sous A. Ben Bella, constituent une période de transition et de gestation, souvent chaotique et agitée, mais fixant les jalons des évolutions ultérieures. Le discours est souvent populiste mâtiné de socialisme, indiquant la nécessité pour le « peuple » de recueillir les fruits des lourds sacrifices accomplis durant la guerre. Une vision socialisante est considérée comme le meilleur moyen de réformer la scène socio-économique, dans la continuation de l’optique adoptée durant la guerre.

Cependant le « socialisme algérien » n’est pas considéré comme une transposition des orientations d’Europe de l’Est. La composante religieuse joue ici un rôle significatif. En effet, la défense de l’islam a été l’un des slogans nationalistes mobilisateurs de la société algérienne durant la période de la colonisation, tout particulièrement pendant la guerre, et elle constitue une donnée très prégnante de l’univers socioculturel algérien. Il était donc nécessaire, pour les dirigeants algériens, de réaliser une adéquation entre un certain nombre de principes socialistes et l’islam.

L’entourage de A. Ben Bella était très influencé par une mouvance marxisante. De nombreux conseillers étrangers peuplaient son cabinet et faisaient de l’Algérie un « laboratoire de la révolution » assez hétéroclite, certains de ces conseillers algériens se rattachant également à cette mouvance.

Après la destitution de A. Ben Bella et la prise de pouvoir par H. Boumediène et son équipe, en juin 1965, la direction du pays se trouve concentrée entre deux institutions principales, d’une part le Conseil de la Révolution, instance d’orientation et de contrôle, et, d’autre part, le Conseil des ministres, organe d’exécution, H. Boumediène étant à la fois président du Conseil de la Révolution, président du Conseil des ministres et ministre de la Défense (fonction qu’il occupait déjà sous A. Ben Bella). Quelques membres du Conseil de la Révolution sont également ministres. Ce conseil est constitué à l’origine de 25 membres, ceux-ci représentent en fait les principales tendances du Front de libération nationale (FLN), parti unique au pouvoir, et les composantes de l’armée. Celle-ci est un protagoniste majeur, bien que souvent discret, de la scène politique algérienne. En effet, la plupart des chefs d’État algériens en sont issus ou bien choisis avec son assentiment. Elle exerce un rôle central dans les évolutions politiques depuis l’indépendance, et ce de façon encore plus manifeste depuis 1992.

Sur le plan institutionnel, le pouvoir cherche à se légitimer en organisant des élections au niveau communal, en 1967, et provincial, en 1969. En 1976, un projet de Charte nationale est proposé à la population pour discussion et amendement, avant d’être adopté par référendum. Ce document doctrinal de base constitue le recueil des principes organisateurs du régime. Symptômatiquement, la nouvelle Constitution est adoptée après la Charte. S’ensuivent les élections du président de la République au suffrage universel, en décembre 1976, et de l’Assemblée populaire nationale (APN), en février 1977. Dans le même temps, le FLN et ses organisations sont réactivés. Mais cette solidification politico-institutionnelle est interrompue par le décès du président H. Boumediène en décembre 1978.

Un Congrès du FLN a lieu en janvier 1979 pour désigner son secrétaire général, appelé à être candidat unique à la présidence de la République, l’armée jouant un rôle majeur dans la désignation du nouveau dirigeant. Deux tendances s’opposent : l’une, modérée, soutient le ministre des Affaires étrangères, A. Bouteflika (qui a exercé ces fonctions durant toute la période Boumediène) ; l’autre, attachée à la fermeté idéologique, pousse le secrétaire permanent du FLN, Mohamed Salah Yahyaoui. Tous deux sont membres du Conseil de la Révolution. Vu le blocage de la situation, le choix se porte sur un candidat dit de consensus, peu connu, le colonel C. Bendjedid, jusqu’alors chef de la région militaire d’Oran et également membre du Conseil de la Révolution. Du fait de son inexpérience politique.

Le nouveau président et son entourage entreprennent également le démantèlement graduel de ce qui avait été édifié par son prédécesseur. Ainsi, l’option de type socialisante est abandonnée pour aboutir à une plus grande libéralisation de l’économie.

Au niveau politique, le FLN retrouve une place importante. Un Bureau politique (BP) et un Comité central (CC) sont constitués. Le BP assume le rôle d’instance supérieure d’orientation et de décision pour ce qui est des options politiques, idéologiques et socio-économiques. Le CC adopte, quant à lui, à l’issue de discussions et de débats, les grandes décisions doctrinales.

L’abandon des options socialisantes et l’évolution vers une libéralisation de l’économie s’accentuent, notamment au profit de certains clients et obligés du nouveau pouvoir, souvent selon des méthodes de gestion des finances publiques assez particulières. Les faits et comportements de corruption, de malversation et de prévarication se développent.



Les émeutes populaires d’octobre 1988 déstabilisent gravement le régime et incitent le président algérien à se lancer dans un processus de « démocratisation ». C. Bendjedid, candidat unique, est réélu à la présidence en décembre 1988, et une nouvelle Constitution est adoptée en février 1989, ouvrant la voie au multipartisme. Un foisonnement de partis politiques se fait jour, dont certains sont très éphémères. Des élections municipales pluralistes ont lieu en juin 1990. Elles modifient profondément le paysage politique algérien, auparavant monopolisé par le FLN, avec l’émergence d’un parti fondamentaliste, le Front islamique du salut (FIS).

Le premier tour des élections législatives se déroule le 26 décembre 1991. Face à la perspective d’une éventuelle victoire du FIS au second tour, le processus électoral est suspendu suite à la démission de C. Bendjedid le 11 janvier 1992. Un Haut comité d’État (HCE) de cinq membres est établi pour remplacer C. Bendjedid démissionnaire, avec M. Boudiaf à sa tête. Leader historique du FLN durant la guerre d’Algérie, Mohamed Boudiaf était, depuis l’indépendance, un farouche opposant au régime en place. Le FIS est dissous, en dernier recours, par la Cour suprême en avril 1992. Cette période marque l’intensification de la confrontation armée entre le pouvoir et des groupes armés. Ces affrontements sanglants se déploient sur une large échelle. Les événements tragiques qui frappent l’Algérie ont, selon l’actuel président algérien A. Bouteflika, provoqué au moins 100 000 morts et affecté environ 1 million de personnes (déclaration effectuée en 1999).

Le président M. Boudiaf est assassiné le 29 juin 1992 à Annaba par un des membres des forces de sécurité chargées de sa protection, aux supposées connexions fondamentalistes. Les circonstances exactes de cet assassinat ne sont pas, à ce jour, élucidées. M. Boudiaf est remplacé par A. Kafi. En janvier 1994, une Conférence nationale désigne le ministre de la Défense, L. Zeroual, « président de l’État », A. Bouteflika, pressenti pour occuper ce poste, ayant finalement décidé de décliner cette proposition.



En novembre 1995, des élections présidentielles sont organisées. L. Zeroual, l’un des quatre candidats, remporte officiellement le scrutin avec 61,3 % des suffrages exprimés. Un an plus tard, une nouvelle Constitution est adoptée par référendum. Elle renforce les pouvoirs du président de la République et crée notamment une seconde chambre parlementaire, le Conseil de la nation (équivalent à un Sénat), la première étant, depuis 1977, l’Assemblée populaire nationale (APN). En juin 1997, des élections législatives ont lieu. Le parti présidentiel, nouvellement créé sous le nom de Rassemblement national démocratique (RND), n’obtient pas la majorité absolue à l’APN. Dès lors, un gouvernement de coalition est formé avec des ministres issus de plusieurs partis. Les élections locales et régionales se déroulent en octobre 1997. Elles tournent en faveur du RND. Les partis d’opposition en contestent vigoureusement les résultats et émettent de vives accusations de fraude.

En septembre 1998, L. Zeroual annonce qu’il n’ira pas au terme de son mandat et que des élections auront lieu l’année suivante. Les élections présidentielles d’avril 1999 aboutissent à l’élection d’A. Bouteflika. La totalité des autres candidats avaient décidé de boycotter le scrutin. Le nouveau président propose, peu après son arrivée au pouvoir, de mettre en œuvre un processus de concorde civile, dont le principe est accepté par la population à l’issue d’un référendum organisé en septembre 1999. Les conséquences de ce processus sont contestées tout comme la gestion de nombreux dossiers de politique intérieure, tels que la situation de la justice et de l’information ainsi que les revendications liées à la question berbère (graves émeutes populaires en Kabylie depuis avril 2001).


UNE DIPLOMATIE EN QUETE D’INFLUENCE

1962-1965 : une politique extérieure aux orientations idéologiques résolues

Sous la présidence de A. Ben Bella, les choix politiques et idéologiques du régime sont rapidement déterminés. Quatre options prédominent : la solidarité avec les mouvements de libération nationale, l’anti-impérialisme, le renforcement de l’indépendance et de la souveraineté nationale, et, enfin, le non-alignement actif.

La solidarité avec les mouvements de libération nationale est une conséquence logique de la récente expérience de la guerre. La sympathie pour ces mouvements est « naturelle », c’est pourquoi l’Algérie ne ménage pas son soutien, dès 1962, aux mouvements les plus divers, en Afrique (dont l’African National Congress [ANC] en Afrique du Sud), au Moyen-Orient (en particulier à l’égard des mouvements palestiniens) et en Asie.

La politique anti-impérialiste s’impose aussi comme une orientation essentielle de la diplomatie algérienne. Dans ce contexte, une certaine connivence se manifeste vis-à-vis de l’URSS, qui popularise à cette époque l’idée selon laquelle elle serait l’alliée naturelle des mouvements nationalistes du Tiers Monde. Cependant, cette orientation n’ira pas au-delà d’une certaine limite : le souvenir de la grande « prudence » de l’URSS durant la guerre d’Algérie sur la question de la reconnaissance officielle du gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA, fondé en septembre 1958) agit pour limiter la sympathie vis-à-vis de Moscou. De plus, la volonté des dirigeants algériens de conserver leur liberté d’action intervient pour garder les distances avec l’URSS, et, après une phase complexe sous A. Ben Bella, ensuite s’en éloigner.

L’optique du renforcement de l’indépendance et de la souveraineté nationale se situe, elle aussi, dans la continuité de la période de la guerre. La volonté des dirigeants algériens est de reconquérir les attributs de la souveraineté nationale à la fois politiquement, économiquement mais aussi culturellement. Politiquement tout d’abord, par l’affirmation d’une politique étrangère active et volontariste. Économiquement ensuite, par la réappropriation du potentiel économique algérien. Culturellement enfin, par la restauration du patrimoine national algérien, notamment en matière linguistique. L’arabe, langue nationale, occupe désormais la place qui lui revient et un processus d’arabisation est mis en œuvre. La France apparaît comme le partenaire essentiel, et souvent antagoniste, de ce processus de reconquête de la souveraineté nationale.

Le non-alignement actif se traduit par la volonté algérienne de promouvoir une politique tiers-mondiste efficace et revendicative afin de faire (pré)valoir dans un nombre croissant d’enceintes internationales les visions et options sociopolitiques des pays en développement. La diplomatie algérienne est particulièrement active dans les cénacles mondiaux pour faire entendre sa voix, se posant elle-même comme le porte-parole du Tiers Monde. Les nouveaux dirigeants algériens proclament également, d’une part, la nécessité du soutien aux mouvements régionaux unitaires (au Maghreb, dans le monde arabe et en Afrique) ainsi que, d’autre part, celle de lutter contre la course aux armements nucléaires et le développement des essais.

Ces options restent valables au-delà des premières années de l’indépendance algérienne. Sur le plan personnel, A. Ben Bella est marqué par la guerre, qu’il passa de 1956 à 1962 dans les prisons françaises, où il se constitua une base culturelle politique à tendance marxisante. Son entourage et certains de ses conseillers sont eux aussi assez marqués par cette orientation idéologique. Cela se traduit notamment par la mise à l’écart du personnel politique algérien qui était actif avant l’indépendance.


1965-1978 : l’Algérie, un acteur autonome et influent

Sous H. Boumediène, les principes d’indépendance nationale, d’anti-impérialisme et de non-alignement sont réaffirmés. Ils forment la colonne vertébrale de l’action internationale de l’Algérie, ainsi que le président H. Boumediène le souligne : « Indépendance nationale, coopération désintéressée et ouverte à tout le monde sur des bases claires dans le respect de la souveraineté des partenaires, rejet de la politique des blocs et des bases militaires, refus de l’exploitation économique du Tiers Monde par le biais du commerce extérieur, par le truchement du capital international ou de la vente de ce qu’on appelle la “technologie”, tels sont les impératifs que notre pays doit défendre et respecter, pour contribuer à l’établissement de liens internationaux qui servent tous les peuples au lieu d’enrichir davantage les pays nantis et d’appauvrir de plus en plus les pays démunis.

Un autre élément à signaler est le credo boumediéniste selon lequel « la politique extérieure doit refléter la politique intérieure ». La diplomatie algérienne, notamment incarnée par le ministre des Affaires étrangères, A. Bouteflika, et son équipe, met ainsi en exergue certaines actions intérieures avec comme souhait leur diffusion à l’échelle du Tiers Monde, notamment dans le domaine de la récupération des ressources en hydrocarbures [7]

L’année 1967 marque l’affirmation de l’Algérie sur la scène internationale à travers le soutien aux pays arabes durant la guerre de juin 1967, la rupture subséquente des relations diplomatiques avec les États-Unis et la réunion à Alger du Groupe dit des 77 (pays en développement). Le tempo va crescendo avec une participation accrue et intensifiée à divers organismes tels que l’Organisation des Nations unies (ONU), l’Organisation de l’unité africaine (OUA), le Mouvement des non-alignés, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) et l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).

Cette évolution se combine avec une dynamique interne de réappropriation du patrimoine économique national, notamment des hydrocarbures, dont le point culminant est la nationalisation des sociétés pétrolières françaises, en 1971, et la crise qui s’ensuit. Au niveau international, ce volontarisme se traduit par l’organisation, à Alger, du sommet des pays non alignés, en septembre 1973 ; le sommet arabe de novembre 1973 (consécutif à la guerre israélo-arabe d’octobre 1973) ; la convocation d’une Assemblée générale extraordinaire de l’ONU sur les questions des matières premières et du développement, en avril 1974 ; l’organisation d’un sommet de l’OPEP, en mars 1975 ; et la participation de l’Algérie à la Conférence sur la coopération économique internationale (CCEI) de 1975 à 1977, conférence mieux connue sous le nom de « dialogue Nord/Sud ».

L’Algérie consacre une part importante de son action à la problématique moyen-orientale, en particulier à la question palestinienne. Par son passé récent et par choix résolu, elle est un soutien assidu de la cause palestinienne et une promotrice de son émancipation de toute sorte de tutelle, par nature dangereuse. Les questions moyen-orientales, qui mènent à la rupture avec les États-Unis en juin 1967, constituent un des facteurs indirects du rétablissement des relations entre les deux pays. En effet, suite à la guerre israélo-arabe d’octobre 1973, le secrétaire d’État américain Henry Kissinger estime pour sa part nécessaire, vu le poids et l’influence de l’Algérie dans la région, notamment vis-à-vis de la Syrie, de s’arrêter à Alger en décembre 1973 et en avril 1974, pour exposer au président H. Boumediène la politique américaine au Moyen-Orient, et obtenir ainsi l’assentiment algérien pour ses initiatives. Si celui-ci n’est pas refusé, il n’est donné qu’avec circonspection et réserve. Le président H. Boumediène est alors un des rares chefs d’État arabes à être tenu régulièrement au courant des progrès de la diplomatie américaine dans la région. Ainsi, les relations diplomatiques sont rétablies fin 1974.

L’Algérie développe également une politique de soutien aux mouvements de libération nationale, particulièrement en Afrique. Dans cette optique, à partir de 1975, la question du Sahara occidental est, dans les dernières années de la présidence H. Boumediène, un dossier particulièrement épineux. Il faut également signaler qu’Alger était vue, au début des années 1970, comme la « capitale des mouvements de libération ». On y trouve aussi, à l’époque, de nombreux réfugiés politiques latino-américains, notamment en provenance du Chili.

Pour analyser la politique étrangère algérienne durant cette période, il est nécessaire de souligner une caractéristique importante de la politique de développement algérienne. Sous H. Boumediène, cette dernière est en partie axée, sous la houlette du ministre de l’Industrie et de l’Énergie, Belaïd Abdesselam, sur un programme d’industrialisation lourde, nécessitant des apports en capitaux et en matériels importants. À part quelques cas spécifiques où l’URSS peut être considérée comme un partenaire intéressant, ces apports ont principalement pour origine les pays occidentaux. Or l’Algérie souhaite également remodeler ses relations avec la France.

Dès lors, l’optique algérienne consiste, autant que faire se peut, à diversifier ses partenaires commerciaux et ses fournisseurs de technologies avancées. Ainsi, les relations s’intensifient avec les États-Unis et les pays européens, principalement l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne. De prime abord, il peut sembler surprenant qu’il existe un tel degré de coopération avec des pays avec lesquels les oppositions politiques sont importantes, en particulier avec la superpuissance américaine. La remarque est d’ailleurs formulée en Algérie même et dans certains pays « frères » arabes.

Dès lors, l’hypothèse d’une forme de « découplage » entre, d’une part, la sphère politico-stratégique et, d’autre part, la sphère technico-commerciale peut être formulée. En effet, il apparaît de façon assez nette que, pour ses relations commerciales et techniques avec les États-Unis et les pays occidentaux, les orientations et choix idéologiques de l’Algérie n’ont pas eu d’impact décisif. De plus, on peut parler d’une réelle « autonomie » entre les sphères politico-stratégiques et technico-commerciales<




1979-1992 : vers plus de pragmatisme

La politique étrangère de l’Algérie sous C. Bendjedidest marquée par le contexte international ainsi que par sa situation interne en évolution rapide, notamment à partir de la fin 1988. Certains grands dossiers de l’époque précédente perdent de leur importance. Ainsi, la problématique du dialogue Nord/Sud et celle du non-alignement ne sont plus des thèmes porteurs sur la scène internationale. L’échec de la conférence sur la coopération économique internationale, se concluant en juin 1977 sur un constat de désaccord, marque le déclin de cette question. La dernière manifestation importante de ce dossier est le sommet de Cancun (Mexique), en octobre 1981, regroupant les leaders de 22 États développés et en développement, auquel participe le président algérien. Le mouvement des non-alignés perd de sa cohérence, et des événements comme la guerre Iran-Irak l’affaiblissent encore plus.

En ce qui concerne le Moyen-Orient, à partir de novembre 1977 (visite de Sadate à Jérusalem), le monde arabe est déstabilisé et n’arrive pas à trouver d’équilibre. Le mois de juin 1982 est marqué par l’invasion israélienne du Liban et le départ, quelques mois plus tard, des combattants palestiniens. L’Algérie continue à marquer son engagement par rapport à la cause palestinienne, en accueillant, à Alger, de nombreux Conseils nationaux palestiniens (CNP).

Le problème du Sahara occidental garde une certaine importance dans les premières années de la nouvelle présidence, mais, progressivement, l’intérêt porté à celui-ci décline jusqu’à finalement le faire passer au second plan, la dynamique maghrébine étant vue par le président algérien comme, d’une part, prioritaire, et d’autre part, par effet de synergie, susceptible d’apporter une solution à ce dossier délicat. Ce point de vue prévaut avec le rétablissement de relations diplomatiques entre l’Algérie et le Maroc, en mai 1988, et l’organisation du premier sommet maghrébin de Zéralda (Algérie), en juin 1988 . La concrétisation de cette dynamique sera par la suite affirmée, avec la création de l’Union du Maghreb arabe (UMA), en février 1989 à Marrakech, réunissant l’Algérie, la Libye, le Maroc, la Mauritanie et la Tunisie. Cette optique était celle du président algérien, et non celle de certains responsables algériens importants, notamment au niveau des Affaires étrangères. Ces derniers estimaient que le règlement de la question sahraouie était le préalable nécessaire au processus de construction maghrébine. L’enlisement actuel de la question sahraouie et, par conséquent, de l’UMA paraît leur donner raison.

La politique étrangère algérienne de cette période est souvent qualifiée de « pragmatique », de moins idéologique, et ce malgré l’attachement officiellement proclamé à certains principes de base. L’Algérie a progressivement adopté un profil discret, nettement moins incisif et plus intégré dans le circuit international.

La période 1979-1991 est marquée par une certaine « normalisation » de la politique étrangère de l’Algérie. Il apparaît que les évolutions internes de l’Algérie influent sur sa politique étrangère. Ainsi, les sérieux problèmes économiques et sociaux auxquels elle est confrontée, accentués au milieu des années 1980 par la baisse du prix des hydrocarbures et la dépréciation du dollar, se répercutent négativement sur sa politique extérieure. De plus, le ministère des Affaires étrangères perd certains de ses membres les plus expérimentés, soit lors d’événements tragiques (l’avion du ministre Benyahia et de ses collaborateurs est abattu au Moyen-Orient, en 1982), soit suite à des mises à l’écart à connotation politique. L’arrivée de nombreuses personnes non familières avec la fonction diplomatique, notamment comme ambassadeurs, fait perdre une part importante de sa cohésion et de sa cohérence à la diplomatie algérienne. En outre, des restrictions budgétaires, parfois importantes, sont appliquées, qui réduisent la capacité d’action des ambassades.

Plusieurs évolutions marquent le nouveau positionnement international de l’Algérie et sa volonté affichée de pragmatisme. Ainsi, par exemple, trois événements témoignent d’un nouveau climat dans les relations entre l’Algérie et les États-Unis. Au début de la décennie 1980, l’Algérie joue le rôle principal dans la négociation, entre les autorités américaines et iraniennes, qui conduisit à la libération des otages américains à Téhéran.

En septembre 1983, dans le cadre d’une tournée dans la région, le vice-président George Bush effectue une visite à Alger et établit un nouveau contact. Cette visite, bien que ne débouchant pas sur des résultats concrets immédiats, permet une meilleure connaissance mutuelle ainsi que la création d’affinités personnelles.

Finalement, en avril 1985, le président algérien effectue une visite officielle aux États-Unis, la première d’un chef d’État algérien.

Par conséquent, la qualification de l’Algérie dans les milieux officiels américains se modifie sensiblement. De pays qualifié de « radical » une décennie auparavant, l’Algérie devient un pays « ami », certains parlant même parfois de « complémentarité » entre les politiques étrangères des deux pays. Ainsi, le changement par rapport aux décennies 1960 et 1970 est net.

Les rapports s’accentuent avec les pays européens en général, les éléments de convergence prévalant sur ceux de divergence. Avec la France, notamment mitterrandienne, les rapports sont, comme à l’accoutumée, cycliques, avec des alternances de phases de réchauffement et de refroidissement. Les dernières années du mandat de Valéry Giscard d’Estaing sont marquées par une relative amélioration des relations bilatérales avec la volonté, de part et d’autre, de dépasser les problèmes récurrents et d’évoluer vers des rapports plus sereins.

En mai 1981, l’arrivée au pouvoir, en France, d’une nouvelle majorité initialement assez proche des préoccupations des pays en développement, notamment avec Claude Cheysson comme ministre des Relations extérieures, se traduit dans un premier temps par une embellie des relations entre les deux pays. Celle-ci se concrétise, quelques mois après son élection, par la visite officielle du président F. Mitterrand à Alger, au mois de décembre 1981, suivie par la visite officielle à Paris de C. Bendjedid, en novembre 1983 – la première d’un chef d’État algérien en France. Au niveau économique, ces relations nouvelles prennent la forme d’un accord politique sur le prix du gaz algérien, en 1982. Cependant, un contentieux oppose assez rapidement les deux partenaires que sont la Sonatrach et Gaz de France (GDF), qui entraîne des répercussions négatives sur les rapports politiques. De plus, certaines évolutions au Maghreb, comme le traité maroco-libyen d’Oujda de 1984, et le soutien implicite que semble apporter F. Mitterrand au roi Hassan II, affectent également les relations bilatérales entre la France et l’Algérie.

Le contentieux gazier est progressivement réglé, mais d’autres difficultés apparaissent. En France, la période de cohabitation (qui s’étend de mars 1986 à mai 1988) connaît un relatif réchauffement des relations bilatérales et une intensification des contacts dans le domaine de la politique extérieure, avec en particulier l’intervention des autorités algériennes auprès des factions au Liban pour obtenir la libération des otages français dans ce pays. Néanmoins, à la même période, les autorités françaises décident d’instaurer une politique de visas pour les citoyens maghrébins. Jusqu’au début de l’année 1992, qui marque la démission de C. Bendjedid, les relations entre les deux pays se poursuivent au rythme des fluctuations faisant se succéder phases d’amélioration et phases de dégradation.

De façon générale, suite aux émeutes d’octobre 1988, les dirigeants algériens, y compris le ministère des Affaires étrangères, ont comme principale préoccupation d’assurer la stabilité de l’État et la relance d’une économie très déstabilisée. Les dossiers plus classiques de politique étrangère deviennent secondaires dans un tel contexte. La période de la crise et de la guerre du Golfe (d’août 1990 à février 1991) marque cependant un relatif retour de la diplomatie algérienne sur l’avant-scène, sans pour autant se traduire par des effets durables.


1992 à nos jours : la diplomatie algérienne rattrapée de l’intérieur

Pour la société algérienne, la période qui commence en 1992 se caractérise par de graves tourments. Les années 1990 sont marquées par des événements d’une grande violence qui touchent l’ensemble de la population. Ils se déroulent notamment dans le contexte d’une confrontation entre le pouvoir en place et une nébuleuse de groupes armés. L’Algérie voit se succéder, à partir de la démission de C. Bendjedid, en janvier 1992, quatre chefs d’État : M. Boudiaf (de janvier à juin 1992), A. Kafi (de juin 1992 à janvier 1994), L. Zeroual (de janvier 1994 à avril 1999) et A. Bouteflika (depuis avril 1999).



Durant cette période d’instabilité, d’insécurité et de violence, la diplomatie algérienne ne peut développer une activité substantielle sur la scène internationale. En effet, la gestion externe de sa grave crise interne l’accapare. L’action diplomatique se structure alors en vue de préserver les relations de l’Algérie avec ses partenaires étrangers, notamment maintenir la crédibilité des équipes en place à Alger auprès des gouvernements occidentaux.



De manière schématique, on peut distinguer trois grandes phases dans l’attitude occidentale vis-à-vis de la crise algérienne. De 1992 à 1994, on constate une réelle expectative face au régime, à sa solidité et à sa capacité à faire face à la situation ; la prudence est de rigueur, et des contacts discrets sont mis en œuvre avec certains membres de l’ex-Front islamique du salut (FIS), installés à l’étranger. De 1995 à 1997, on note un progressif changement d’attitude par rapport au pouvoir algérien, avec une inclination plus favorable à son endroit, notamment à partir de l’élection de L. Zeroual en novembre 1995. Depuis 1998, on relève une appréciation significativement plus avantageuse à l’égard des autorités d’Alger et de leur capacité à gérer la situation.



L’élection de A. Bouteflika, en avril 1999, et ses premiers actes sur la scène internationale (sommet de l’OUA d’Alger à la mi-juillet ; déplacement aux obsèques du roi Hassan II, fin juillet ; participation à l’Assemblée générale des Nations unies en septembre ; présence dans les médias internationaux), ainsi que l’évolution de la situation politique interne (approbation par référendum populaire de la loi sur la concorde civile, le 16 septembre 1999) contribuent à réinsérer l’Algérie sur la scène internationale. Cette réinsertion se traduit, notamment, par l’intégration de l’Algérie dans le dialogue méditerranéen de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), en 2000, et par la signature d’un accord d’association avec l’Union européenne, en 2001. Au niveau bilatéral, elle se concrétise également par de nombreuses visites officielles à l’étranger, dont une visite d’État en France, au mois de juin 2000, et deux rencontres avec le président George W. Bush, à la Maison-Blanche, en 2001. Cependant, cette intense activité internationale est parfois critiquée en Algérie, comme se déployant au détriment des enjeux prioritaires de politique intérieure.


CONCLUSION

Durant ces quarante dernières années, la politique étrangère de l’Algérie se révèle être d’une densité notable et se traduit dans des contextes variés. La période qui s’étend de 1962 à 1978 (A. Ben Bella et H. Boumediène) s’avère dynamique et militante. Le début de la présidence suivante (C. Bendjedid, 1979-1992) bénéficie de la « force d’inertie » des années antérieures. Ainsi, la diplomatie algérienne, mettant à profit les expériences et les réseaux de la période Boumediène, joue un rôle déterminant dans plusieurs dossiers de médiation internationale.

Mais les transformations internes de l’Algérie et les évolutions internationales se conjuguent pour amoindrir son action extérieure. À partir de 1985-1986, les contraintes économiques intérieures et mondiales renforcent cette tendance. La phase qui suit les émeutes d’octobre 1988 révèle un effacement graduel de l’Algérie sur la scène internationale, ses dirigeants se focalisant sur la gestion des difficultés internes.

À partir de 1992, l’Algérie s’enlise dans une crise politique, économique et sociale d’une extrême gravité, dont elle n’est pas encore sortie. Son action internationale s’en ressent nettement. Après une phase de quasi-absence, l’Algérie se réinsère progressivement sur la scène internationale, à partir du milieu des années 1990. Cela étant, au niveau interne, elle demeure aux prises avec des difficultés structurelles majeures. Sans le règlement de celles-ci, l’Algérie ne sera pas en mesure d’avoir une action internationale significative.



Article (8/8)

France-Algérie (1830-1962). Des antécédents historiques aux "occasions manquées"


Par Gilbert Meynier dans Raison présente 2017/3 (N° 203) - CAIRN.INFO -

L’Algérie fait partie des pays de la rive sud de la Méditerranée avec lesquels l’Europe – la France notamment – partage de longue date des antécédents d’affrontements, mais aussi de contacts culturels, linguistiques… : le français était avant 1830 assez répandu dans telles villes commerçantes de l’Algérie qui, dans les siècles précédents, avaient abrité des commerçants européens.

En effet, suite à quatre siècles d’échanges commerciaux et culturels dominés par les pays du sud de la Méditerranée – musulmans à partir du viiie siècle – est advenu au xiie siècle le clivage des Croisades, puis l’accaparement de ces échanges par les cités commerçantes italiennes et, après coup, par les Marseillais et les Barcelonais. Au xve siècle, les Portugais contournent par voie de mer l’Afrique occidentale pour accoster au golfe de Guinée. Ils « long-circuitent » le vieux commerce caravanier saharien et tarissent l’antique route de l’or saharienne entre Afrique noire et Maghreb. D’où un appauvrissement au nord de l’Afrique : en quelques décennies, les prospères manufactures textiles de Tlemcen s’étiolent sans retour.

En 1488, Bartholomée Dias franchit le cap de Bonne Espérance, concrétisant un demi-millénaire plus tard les réflexions du savant persan al-Birūnī  (973-1050) sur la route maritime devant relier Atlantique et océan Indien. En 1519-1522, c’est l’expédition de Magellan et le premier tour du monde. Au xvie siècle, les Européens s’aventurent de plus en plus en Asie et, là aussi, soutiennent le commerce maritime de la mer Rouge et de l’océan Indien, jusque-là aux mains des Arabes, dès lors relégués aux entreprises caravanières asiatiques. Hispaniques, Anglais, Français… se sont rendus maîtres de la route de la soie et des épices. Mais, dès les xiie-xiiie siècles, les pouvoirs du Maghreb avaient attiré les marchands européens, moyennant divers avantages, dont l’attribution de fundūq(hotel). Ils vivaient dans les grandes cités commerçantes en toute quiétude en jouissant de notables privilèges, avec pour objectif principal d’en retirer une rente douanière  au détriment de la production et du commerce locaux : on ne craindra pas de dire qu’il s’est agi, avant la lettre, d’un quasi-processus d’auto-colonisation.Le mot douane vient de l’arabe dīwān (bureau d’une… au détriment de la production et du commerce locaux : on ne craindra pas de dire qu’il s’est agi, avant la lettre, d’un quasi-processus d’auto-colonisation.

À partir de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb en 1492 – l’année de la chute de Grenade, date emblématique de la Reconquista – puis de l’ouverture atlantique de l’Europe, le Nord de l’Afrique, supplanté dans les circuits d’échanges, se tourne vers la rente corsaire et la traite, dans les « régences » ottomanes de Tripoli, de Tunis et surtout d’Alger.

Il ne faut pas croire que les révoltes des Algériens contre leurs pouvoirs datent de l’époque française : elles sont bien antérieures – le beylik « ottoman » eut à en affronter en Algérie sans doute bien autant que le pouvoir colonial français. Et on ignore généralement que ce même pouvoir français calqua durant des décennies son administration sur celle du beylik : la hiérarchie des pouvoirs régionaux et locaux resta sensiblement la même, avec les chefs de tribus, les caïds, les aghas, les bachaghas… Et les lourds impôts existant avant 1830, dénommés par l’administration française « les impôts arabes », restèrent inchangés jusqu’en 1918. Le sort de l’Algérie, formellement incluse dans l’Empire ottoman, s’explique donc, aussi, par sa déréliction, liée à un assujettissement ancien à des gouvernances autoritaires et despotiques : la société algérienne fut gouvernée et malmenée sans vergogne par les segments dirigeants, régis par ou appuyés sur les castes des chefs corsaires, les milices de janissaires, les chefs de tribus du pays profond plus ou moins inféodés au pouvoir central, les élites citadines, à la fois subjuguées et localement régnantes, fournissant les cadres administratifs et culturels/religieux – les fuqahā (jurisconsultes) et autres ulamā (savants) musulmans. Elles eurent à partir de 1830 à affronter la sujétion coloniale.

De fait, l’histoire de l’Algérie de 1830 à 1962 est celle d’un conflit algéro-français. La conquête de l’Algérie fut sanglante. Elle ne se termina pas avec la reddition d’Abd El Kader en 1847 ; pas davantage avec la soumission de la Kabylie (1857). Périodiquement, ici des révoltes, pouvant se propager en insurrections, là l’insécurité endémique dans certaines régions, secouèrent la quiétude toujours aux aguets des conquérants. Tout cela traduisait le désespoir et la haine des bas-fonds ruraux, des paysans chassés de leur terre et matraqués par la logique d’une mainmise, à la fois nationale française, et capitaliste terrienne – cela surtout à partir de 1871. Le florilège des injures à l’égard du Rūmi, du Gawrī, du Kāfir, du Naṣrāniyy (roumi, chrétien, infidèle,…), le rêve millénariste de la venue du mūl al-sa’a (le maître de l’heure), rejoignant l’espérance en un débarquement turc salvateur en 1914 dont on espérait qu’il chasserait les Français, tout indique une constante : la résistance à l’oppression vécue, l’espoir d’une émancipation.

La guerre d’Algérie n’a donc pas commencé en 1954. La pax gallica fut largement vécue comme une attente patiente de la libération, vécue dans la continuité : il y eut, lors de la violente insurrection de l’Aurès-Belzma en 1916-1917, de jeunes maquisards pour se révolter à nouveau en 1926, puis en 1945, et reprendre du service en 1954, la cinquantaine passée …

Ceux qui assumèrent au premier chef la violence conquérante professionnelle furent naturellement les militaires français. Mais ce fut, aussi, le même milieu militaire qui manifesta le plus de scrupules et de mauvaise conscience à l’égard des Algériens vaincus et dominés. Il ménagea d’une main à l’égard des vaincus de menues complaisances pour atténuer les agissements de son autre main. Le pouvoir militaire paternaliste marqua de son empreinte une tradition plurivalente de l’administration des indigènes, des bureaux arabes – le premier fut institué en 1833 – aux SAS (Sections d’Administration Spécialisée) de la guerre d’indépendance algérienne de 1954-1962. Curiosité et sympathie, étude de l’islam, apprentissage de l’arabe, connaissance approfondie du « terrain indigène », dévouement aux œuvres sociales, firent de bien des officiers les plus lucides des Français en Algérie. Bugeaud lui-même l’avait quittée en 1847 sur l’avertissement adressé aux colons qu’ils auraient un jour à payer leur arrogance et leur mépris. Napoléon III comprit cette situation. Il tenta d’y remédier par la politique du « royaume arabe » qu’il demanda aux militaires d’appliquer. Ce fut l’hostilité des Français d’Algérie – « républicains » contre le « régime du sabre » impérial – répercutée à Paris, qui vint à bout de l’ébauche de « royaume arabe » conçu par Napoléon III sous les auspices de l’apôtre de l’« indigénophilie » que fut Ismaÿl Urbain – arabisant converti à l’islam, proche de l’émir Abd el-Kader – et appliqué par des officiers des bureaux arabes comme le général Lapasset. Le dernier gouverneur de l’Algérie (1873-1879) à n’avoir pas ignoré la langue arabe fut un général, le général Chanzy – il fut rappelé de son poste suite à l’élection de Jules Grévy à la présidence de la République.

Le triomphe de la République fut en Algérie celui des civils. Ceux-ci étaient déterminés à dominer sans partage sur la masse algérienne vaincue et appauvrie. Ils y trouvaient leur intérêt, l’assouvissement de désirs de pouvoir de ci-devant contestataires (les révoltés de 1848, ceux de 1871), la solution fantasmatique à leurs angoisses latentes de dominateurs minoritaires menacés de submersion par une masse hostile. Et pourtant, ces civils formaient une société obligée de cohabiter avec la société dominée. Davantage que des administrateurs professionnels, ils étaient tenus à lancer au quotidien des passerelles avec les Algériens. Il y eut des colons « de gauche », des journaux colons indigénophiles à tonalité jacobine, socialisante ou libertaire, dont les démêlés avec l’autorité coloniale furent incessants. La situation de nombre de petits colons fut souvent misérable. L’un d’eux, Victor Spielmann, fils d’un optant alsacien de 1871, fut dans la première moitié du xxe siècle, un infatigable militant de l’émancipation des « indigènes ». Il fut le fervent conseiller de l’émir Khaled, l’ami de Ferhat Abbas, le directeur des éditions du « Trait d’Union » et du journal du même nom.

Et à la même époque, quels que fussent les discours communistes officiels, le parti communiste fut, à l’échelle des passerelles intercommunautaires, longtemps la seule vraie école de militantisme unitaire. Le mouvement ouvrier français fut, en France comme en Algérie, modèle d’organisation et creuset de solidarités militantes. En témoigna l’aventure du journal Alger Républicain, auquel collaborèrent entre autres Albert Camus, Henri Alleg, Abdelhamid Benzine… Le Parti Communiste Algérien (PCA) fut fondé au congrès de Villeurbanne, début 1936, à un moment où le militantisme indépendantiste des années 1920 avait déjà pratiquement disparu. Si le premier mouvement patriotique indépendantiste, l’Étoile Nord-Africaine, créé à Paris en 1926, émergea du communisme français, l’ÉNA rompit vite avec lui : la solidarité de classe entre Algériens et Européens prolétaires fut historiquement moins productive que les solidarités communautaires respectives (Européens, Algériens musulmans). Dans le contexte colonial de discrimination et de racisme, la revendication sociale était destinée à se confondre avec la revendication nationale et à la nourrir. Un schéma de couple divorcé marqua tragiquement les relations entre le PCA et le FLN.

Une des plages de rencontre fut ce que le discours officiel français nomma la « conquête morale des indigènes ». À l’école française, les séductions entre maîtres et élèves furent jusqu’à un certain point réciproques. Mais jamais l’école française ne fut un creuset ; elle offrit un modèle à assimiler. Jamais elle ne suscita d’allers et retours culturels. Un peuple en dominait un autre, une culture en dominait une autre. Les instituteurs républicains, bien souvent de qualité, eurent certes leur grandeur. Mais à leur corps défendant, ils firent aussi courir à un peuple entier le risque de mettre en doute des valeurs universelles qu’ils enseignaient, mais qui ne pouvaient pas ne pas être en permanence truquées par le système de domination. L’école française, chichement dispensée (5 % d’enfants algériens scolarisés en 1914, 10 % en 1939, moins de 15 % en 1954), suscita marginalement des espérances sociales et culturelles que le système colonial était incapable d’assumer, mieux : qui en étaient la contradiction. Les élites algériennes anciennes avaient été infériorisées par les Français. Les élites nouvelles, pourtant formées par leur système d’éducation, furent suspectées et infériorisées par les mêmes Français comme autant d’agents de subversion potentiels. Ainsi, même les ponts jetés en Algérie coloniale pouvaient être des vecteurs de fractures. Le feed-back entre la masse et les élites exista bien sur le plan social mais la masse était trop massivement hostile à la France colonisatrice pour prêter attention aux sirènes assimilationnistes qu’elle fit un temps retentir.

Le mythe de la bonne France fut pourtant opérant. Il s’installa en Algérie, notamment après le décret de 1912 instaurant la conscription obligatoire, par le canal de l’armée française, de la guerre de 1914-1918 (dans laquelle combattirent 173 000 Algériens), puis de la Seconde Guerre mondiale (134 000 combattants). L’ordre militaire parut somme toute moins répressif et discriminatoire que l’ordre colonial dans le contexte de la boucherie des tranchées, puis de Monte Cassino. Et l’on avait promis aux hommes l’apanage de l’impôt du sang : les droits du citoyen. Par un paternalisme actif, l’armée française se donna aux Algériens comme une Algérie idéale où le chef-colonel commandait efficacement, où la solidarité de corps transposée renvoyait à la solidarité rêvée de la culture tribale ancestrale, mais aussi à une préfiguration de la solidarité nationale accomplie. Finalement, le mythe – pile – de la bonne France eut son côté face : l’acculturation à la française spécifique du milieu militaire catalysa dialectiquement des réflexes de solidarité patriotiques algériens et aida à tracer des itinéraires de libération vers cette solidarité supra-tribale qu’on dénomma, en français le nationalisme, en arabe algérien al waṭaniyya [7] Le mythe de la bonne France fut aussi édifié par les « indigénophiles », de Jules Ferry au gouverneur général de l’Algérie, Yves Chataigneau (1944-1948), en passant par son prédécesseur Maurice Viollette (1925-1927). Une volonté de politique coloniale libérale exista bel et bien, au nom de la même République française qui, à la fois, codifiait en Algérie la discrimination et l’inégalité, et mettait sur pied un embryon de système scolaire à substrats théoriques égalitaires. Or, furent formés par l’école française des êtres hybrides, biculturels, jamais aussi complètement francisés qu’ils purent parfois l’affirmer. Ils ne purent jamais pleinement réaliser, en situation coloniale, ni leurs espérances de carrière à la française ni leur simple désir d’être les égaux des Français. Même l’apparent prototype de notable et politicien français que fut Ferhat Abbas n’accepta jamais de renier son statut personnel musulman en échange de la naturalisation française. C’est que l’assimilation des « indigènes » à la cité française se heurtait toujours, côté français, vu les rapports de pouvoirs – image inversée du rapport démographique menaçant – à la barrière coloniale intangible, laquelle signifiait et codifiait sur le terrain la domination coloniale. Encourager l’assimilation fut toujours ressenti comme le risque d’affaiblir la domination coloniale. Et, du côté algérien, la volonté parfois proclamée par les assimilables potentiels – le milieu « jeune-algérien » de l’élite francophone – de devenir pleinement français, mais avec le maintien du statut personnel musulman, fut prioritairement revendication d’égalité. Une volonté – une lâcheté ? – française symétrique, maintint une discrimination interdisant aux talents algériens de s’épanouir. Ainsi, jamais un budget scolaire ridiculement disproportionné par rapport aux besoins des Algériens, ne fut, après son vote par des assemblées algériennes dominées par les colons, refusé par un Parlement français dont l’approbation était obligatoire pour qu’il eût force de loi. Il n’y eut jamais de volontarisme parisien assimilateur décisif. Et cela malgré la petite cohorte des Français libéraux actifs, et de France, et d’Algérie.

Les retrouvailles de 1919 et 1920, suite à l’épisode relativement assimilateur des tranchées, en Oranie citadine surtout, prirent la forme d’un front intercommunautaire qui entraîna en 1919 et en 1920 un mouvement de grèves combatif et solidaire : on vit des dockers musulmans mobilisés pour le pinard moins cher de leurs camarades européens, cela au lendemain de la bénigne loi Jonnart à quoi se réduisirent les promesses de citoyenneté faites avant 1914. La famine de 1920 généra l’insécurité menaçante de ruraux affamés, pratiquement tous « indigènes » désespérés. La répression contre le front transcommunautaire fit le reste.

Le moment d’euphorie de 1936 fit vite long feu : le projet Viollette, qui comportait la naturalisation dans le statut musulman d’une vingtaine de milliers d’hommes auxquels on reconnaissait les « services rendus » à la France, ne fut même jamais discuté à la Chambre. Sans guère combattre, le gouvernement Blum céda finalement au lobby colonial, à la consternation des deux députés socialistes d’Algérie, Marcel Régis et Marius Dubois. Les socialistes au pouvoir ne voulurent rien changer qui ne reçût l’approbation des ennemis les plus acharnés de toute marche vers l’égalité. La déception s’était déjà installée que, début 1937, le Front Populaire fit dissoudre l’Étoile Nord-Africaine, pourtant membre du Rassemblement Populaire d’où il était issu.

Un cheminement somme toute analogue se reproduisit après le vote, encore bien marqué d’apartheid politique, du statut de 1947 qui instituait deux collèges électoraux : le collège français et le collège « indigène », chacun élisant le même nombre de représentants. Mais les « indigènes » étant huit fois plus nombreux que les Français, l’équation coloniale fut 1 = 8. Ce statut sembla pourtant offrir un ultime espoir au lendemain de la répression sanglante de 1945 du Constantinois, de Guelma à Sétif. Il fut déconsidéré par les pratiques d’une administration coloniale décidée à le traiter comme on traitait les « indigènes » : par le mépris – ce que figurèrent bien les élections truquées du gouverneur général socialiste Naegelen. On connaît la suite : la guerre de 1954-1962. Les ultimes mises en scène transcommunautaires furent les fraternisations de mai 1958 : mime fou d’un mariage démonstratif algéro-français sur fond même d’un divorce irrémédiable. Les parts respectives de truquage volontariste organisé par l’armée française et de réelle émotion furent indistinctes.

Alors, occasions manquées par la France, qui auraient pu prévenir la tragédie terminale ? Occasion manquée, le Royaume Arabe ? Occasion manquée, la grande promesse non tenue de donner les droits politiques aux Algériens enrôlés dans l’Armée française en 1914-18 ? Occasion manquée, le projet Viollette ? Occasion manquée, le statut de 1947 ? Occasion manquée, l’intégration des Algériens dans l’armée française ? Occasion manquée, l’école française ? Occasions manquées, toutes les passerelles qui existèrent bel et bien entre Algériens et Européens, en Algérie, et qui purent fugitivement donner l’impression que tout n’était pas joué, que la décision de l’histoire pouvait cheminer d’autre façon ? Séculairement, la barrière coloniale s’était toujours structurellement confondue avec le pouvoir français en Algérie. L’emporta donc une logique surdéterminante : garder à l’empire français menacé son fleuron d’Outre-Méditérrannée : il était sa seule grande colonie de peuplement, il comportait une charge émotionnelle particulière.

L’Algérie fut, après la défaite de 1940 et Vichy, après Dien Bien Phu, l’ultime investissement, en transfert, d’un nationalisme français déconsidéré et défait. Ce fut le réflexe des officiers de carrière, celui des poujadistes et de Le Pen, d’un côté, des SAS, de Robert Lacoste et Max Lejeune, du de Gaulle du plan de Constantine de l’autre. Fut tenté in extremis de faire prévaloir par des mesures d’égalisation une assimilation à contre-temps à la France quand l’aboutissement violent d’une sédimentation séculaire d’injustices et d’humiliations en avait d’ores et déjà décidé autrement. Le conflit national franco-algérien a laissé des traces : l’historien René Gallissot a fait remarquer le contraste entre l’immigration portugaise « invisible » et l’immigration algérienne, objet de tant de fantasmes récurrents : c’est qu’il n’y eut jamais de contentieux national entre la France et le Portugal ; jamais de sentiment inconscient d’une défaite nationale vis à vis du Portugal …

En bref, pour qu’il y eût occasions manquées, il aurait fallu qu’il y eût occasions vraiment tentées. Et rien de ce qui fut tenté ne fut jamais poursuivi par cet ensemble de projets mûris portés par un volontarisme efficace que l’on nomme une politique. La seule politique jamais faite, par défaut signifiant, fut celle du statu quo. Les « occasions manquées » jouèrent un rôle du fait de leur échec programmé. Les débats sur l’Algérie, pendant longtemps, jusqu’au choc final, ne firent jamais recette au Parlement. Il y eut un enchaînement logique de l’échec des réformes. Ces réformes qui, au mieux, suivirent la pente d’une dérivée dérisoire de la courbe exponentielle des attentes et des revendications des Algériens. Maurice Viollette le pressentait bien qui, dès 1931, écrivait L’Algérie vivra-t-elle [8] Paris, F. Alcan, 1931, XXIII, 503 p. « L’Algérie » de Viollette … ?

La phase sanglante de la décolonisation de l’Algérie – une guerre de sept ans et demi, qui fit, selon le démographe Kamel Kateb, autour de 400 000 morts, déboucha sur l’affranchissement politique de la sujétion coloniale. Mais, en un sens, la société algérienne fit retour sur elle-même en installant un pouvoir néo-sultanal inconsciemment référé au beylik d’avant 1830, dont la brutalité de la sujétion coloniale n’avait guère donné de contre-exemple à ce que la mémoire inconsciente algérienne avait enregistré comme norme de pouvoir d’État. À l’été 1962, les Algérois, devant la violente conquête militaire du pouvoir mise en œuvre par le système Boumediene et son « armée des frontières » sous le parapluie du fusible politique qu’était Ben Bella, manifestèrent aux cris de « sept ans, ça suffit ! » : venant à peine de se libérer de l’oppression étrangère, ils commençaient à découvrir qu’il leur faudrait bien aussi se libérer d’eux-mêmes.>