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Printemps berbère    (3 / 5)

 

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Printemps berbère 1980 : Aux origines du combat démocratique.


Cette année aussi, la célébration du 41e anniversaire du Printemps berbère intervient dans un contexte particulier, marqué notamment par le retour de la mobilisation populaire enclenchée depuis le 22 février 2019 pour exiger le changement du système.

Deux anciens détenus d’Avril 1980 et un universitaire que nous avons interrogé, hier, à Tizi Ouzou, nous ont expliqué que le hirak est le cheminement logique des événements du Printemps berbère qui ont servi de catalyseur pour la protestation citoyenne. Saïd Khellil, animateur du MCB et l’un des 24 détenus, nous dira que «fondamentalement, le soulèvement d’Avril 1980 est un cri de désespoir et de soif de liberté contre la chape de plomb du régime. Il est parti de l’université où il était interdit d’organiser une conférence, une pièce théâtrale ou une autre activité. C’était intolérable. Pour ce qui est du mouvement populaire actuel, le peuple est engagé aussi pour arracher la liberté.

D’ailleurs, il ne faut pas que la révolution s’arrête avant la satisfaction de toutes les revendications». tout en précisant que, certes, la marge de manœuvre se réduit surtout avec la situation sociale. «Le marasme social que traverse le pays peut influer sur la révolution car le citoyen est durement pénalisé, mais tout mouvement a des perspectives politiques. Habituellement, à l’occasion du 20 Avril, nous organisons des rappels historiques, cette année, nous devons parler de l’avenir du mouvement populaire», a-t-il suggéré.

Le même animateur du MCB a souligné qu’il faut des voies et moyens pour anticiper et prévoir quoi faire s’il y a négociation de sortie de crise. «Sinon, on risque d’aller vers l’essoufflement du mouvement. C’est le moment d’engager le débat pour un projet de societé», a-t-il souhaité. Pour lui, «l’initiative du RAJ est intéressante car elle permet à des militants de se mettre autour d’une table. Il y a des personnalités qui ont émergé pendant le hirak, à l’image de Brahim Lalami et Mohamed Tadjadit.

Il y a aussi Mostefa Bouchachi, Karim Tabbou et plusieurs avocats, comme Madjid Hachour, Nabila Smail et Kaci Rahem, ainsi que d’anciens militants, comme Nacer Haddad. Je veux dire aussi que dans chaque région, il y a des personnes qui ont marqué cette dynamique révolutionnaire», a-t-il fait remarquer. Saïd Khellil nous a précisé, en outre, que «la révolution a réussi à annuler le 5e mandat de Bouteflika et rejeter les élections du 4 juillet, et ce, jusqu’au coup de force du 12 décembre 2019, suivi de la pose imposée par la crise sanitaire provoquée par le coronavirus. Cette pose a, d’ailleurs, été utilisée par le régime pour réprimer des manifestants et essayer de bloquer le retour de la mobilisation. Aujourd’hui, une forme d’organisation et de représentation est nécessaire», a-t-il soutenu.

Un autre détenu du Printemps berbère, Mohand Naït Abdellah, en l’occurrence, que nous avons fait parler, voit que le 22 Février 2019 et l’aboutissement de décennies de combat démocratique qui a permis la conscientisation des Algériens et leur mobilisation autour des questions fondamentales allant dans le sens à réclamer le changement du régime.

Pour lui, depuis Avril 1980, il y a eu des événements qui ont encouragé à libérer la parole. «Aujourd’hui, le régime n’a pas pu singulariser la protestation, comme il l’avait fait pour le Printemps berbère. Il a tout fait pour discréditer les animateurs des événements d’Avril 1980, pour dissuader les habitants des autres régions du pays à adhérer au mouvement.

Ensuite, il y a eu la révolte populaire d’Octobre 1988, qui a brisé le mur de la peur. Toutefois, ce sont les islamistes qui ont profité de ce soulèvement pour exploiter le côté social et occuper le terrain. Nous avons vécu aussi les événements de 2001 qui ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés en Kabylie», nous a confié M. Naït Abdellah, estimant que toutes ces actions populaires ont encouragé la naissance du hirak. «Aujourd’hui, les habitants de toutes les régions du pays ne veulent plus marcher dans la combine du pouvoir.

D’ailleurs, lors de l’interdiction du drapeau amazigh, toutes les régions se sont élevées contre cette décision. Ceci dit, on est arrivés au fruit d’Avril 1980, où tous les Algériens sont sortis dans la rue pour décrier un régime qui a confisqué notre indépendance depuis 1962», a-t-il poursuivi, avant d’ajouter que le 20 Avril 1980 a réussi à créer une prise de conscience nationale et à «faire reculer le régime qui, aujourd’hui, célèbre les acquis du combat pour lequel nous avons été emprisonnés. C’est une remise en cause de la répression du pouvoir à l’égard des militants de la question identitaire», a-t-il martelé.

Par ailleurs, nous avons également sollicité le regard d’un universitaire. Koussaila Alik, docteur en langue et culture amazighes et maître de conférences à l’université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou, que nous avons interrogé, a expliqué la question identitaire de manière académique.

Il a ainsi précisé que 1949, 1963, 1980, 1998, 2001, 2017 sont des dates historiques qui symbolisent la revendication identitaire. Selon le même enseignant-chercheur, «toutes ces dates, implicitement ou explicitement et sous des angles divers, évoquent la même question de l’identité berbère, voire amazighe, même s’il elle était exclusivement posée par des Kabyles.

Chaque génération a conçu la revendication identitaire selon les données et les possibilités de son époque. Sans oublier le rôle prépondérant joué par l’Académie berbère dans l’immigration sur le plan culturel et scientifique», a-t-il dit. «La jeune élite, qui a posé le problème de l’identité et de la culture berbère en 1980, et ce, pour la première fois depuis l’indépendance, se référait à la crise antiberbère de 1949 et aux événements de 1963, comme repères d’ancrage de la revendication amazighe», a-t-il analysé. Toutefois, pour lui, le combat des militants culturalistes remonte très loin dans l’histoire, «en démontant les méandres et les constructions erronées et démagogiques du pouvoir unique dont ils dénoncent les amalgames.

Il s’agissait cette fois-ci de revendiquer dans le même temps l’amazighité et la liberté d’expression, les libertés fondamentales et les droits de l’homme qui ont toujours été bafoués en Algérie». «Les universitaires s’opposaient au parti unique en s’appuyant sur ces points de divergence, quelle que fût leur attache idéologique (culturalistes, communistes, trotskystes…).

Le mouvement de revendication identitaire ayant pris naissance en Kabylie a vite fait réagir les services de propagande du pouvoir, qui contrôlait pratiquement tous les médias nationaux et l’appareil judiciaire pour rendre la question berbère suspecte aux yeux de la majorité des Algériens», a-t-il conclu, avant de paraphraser le sociologue français Lapierre J. W, qui a écrit dans son livre Le Pouvoir politique et les langues, que «la langue n’est pas seulement un moyen de communiquer de l’information, du savoir ou de raisonner sur des concepts, elle est aussi un véhicule de transmission et de propagation des symboles qui remémorent les souvenirs de la mémoire collective et évoquent le vif sentiment de l’identité collective».

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