
La voie socialiste de développement choisie par le pays, avec ce qu'elle implique en fait de bouleversements profonds dans les divers secteurs économiques, exige, de façon impérative, le contrôle des finances et du crédit, sous toutes leurs formes et à tous les stades de leur application.
L'absence de ressources propres et de centres autonomes de décisions confinait les finances algériennes dans les
premières années de l'indépendance, dans une dépendance étroite vis-à-vis de l'ancienne puissance colonisatrice.
Issues d'une économie capitaliste, hostiles au nouvel Etat algérien, les banques privées, succursales d'organismes
étrangers, ne pouvaient ni ne voulaient se prêter aux données de l'évolution économique nouvelle de l'Algérie, et, ce
faisant, elles constituaient un goulot d'étranç'e-ment particulièrement gênant en raison du caractère essentiel des
structures de financement dans une économie moderne.
Les responsables du secteur socialiste, tant agricole qu'industriel, réclamaient vivement la création d'organismes
bancaires adaptés à leurs besoins spécifiques.
Encore une fois, l'Algérie indépendante se heurtait au problème de la dépendance, financière cette fois-ci.
L'ETATISATION DU SECTEUR BANCAIRE
La liquidation du système bancaire privé hérité de la période coloniale devenait donc indispensable. La nationalisation
s'imposait. La décision fut donc prise dès 1965 d'arriver, par un effort continu, à libérer les finances algériennes de
toute tutelle extérieure et à organiser progressivement un système bancaire à même de soutenir un développement
indépendant et accéléré de l'économie nationale
L'étatisation sera donc opérée par étapes successives, facilitant tout d'abord le rachat du minimum des installations, et
activités étrangères puis l'institution du monopole d'Etat.
Cette méthode, choisie de préférence à la nationalisation immédiate susceptible d'engendrer de graves perturbations, permettait
d'éviter le recours aux diverses formes d'associations possibles qui auraient présenté le danger de renforcer l'attitude
négative du secteur bancaire privé. L'organisation bancaire algérienne s'établit donc ainsi, avec la prudence qui sied aux
problèmes financiers, mais avec la sûreté qui reflète l'esprit de décision du Pouvoir Révolutionnaire.
C'est selon ce processus que furent mis en place les différents organismes de financement actuellement en activité: Banque
Nationale d'Algérie (B.N.A.), Banque Extérieure d'Algérie (B.E.A.), Crédit Populaire d'Algérie (C.P.A.), Ca/sse Algérienne de
Développement (C.A.D.), Ca/'sse Nationale d'Epargne et de Prévoyance (C.N.E.P.), la Banque Centrale d'Algérie (B.C.A.), étant
un institut d'émission et de contrôle.
La Banque Nationale d'Algérie (B.N.A.), créée le 13 Juin "'966, reprit, dès sa naissance, l'ensemble des activités et installations du Crédit Foncier d'Algérie et de Tunisie, du Crédit Industriel et Commercial et de la Banque Nationale pour le Commerce et l'Industrie. Première banque de dépôts de l'Etat Algérien, la B.N.A., avec une centaine de sièges, succursales et agences, exerce aujourd'hui ses activités dans de multiples secteurs, assurant plus particulièrement aux entreprises agricoles et industrielles, tant du secteur privé que du secteur socialiste, les facilités nécessaires.
La Banque Extérieure d'Algérie (B.E.A.) a, depuis sa naissance, le 1er Octobre 1967, pour principale mission la
promotion des relations économiques de l'Algérie avec l'étranger. Plus que n'importe quel autre établissement bancaire,
elle est habilitée à exécuter des opérations financières avec les autres pays, mission qui la porte à intervenir, par
ses propres finances, sa garantie ou son aval, ses accords de crédits, dans toutes transactions commerciales, opérations
d'assurance et de crédit en liaison avec l'étranger.
Elle dispose de la faculté d'ouvrir des succursales en dehors du territoire national d'une part, et de prendre des
participations dans des établissements étrangers, d'autre part. Elle agit enfin en tant que banque classique de dépôt
et, de ce fait, joue le même rôle que les autres établissements nationaux. La B.E.A. a repris, les activités après leur
rachat, du Crédit Lyonnais, de la Société Générale, de la Barclayls Bank, de la Banque de Paris et des Pays-Bas, du
Crédit du Nord et de Banque Industrielle de l'Afrique et de la Méditerranée.
Le Crédit Populaire d'Algérie (C.P.A.) a été créé le 29 Décembre 1966, à la suite du rachat des Banques Populaires
Commerciales et Industrielles d'Alger, de l'Oranie et du Constantinois, des Banques Régionales Commerciales et
Industrielles d'Annaba et d'Alger, et de la Banque Algérie-Misr. La mission du C.P.A. est d'offrir un soutien, par
l'attribution de prêts et crédits, aux petites et moyennes entreprises, à l'artisanat, à l'hôtellerie et au tourisme, à
la pêche et aux coopératives non agricoles.
Le C.P.A. peut également intervenir dans les opérations de vente à crédit de même qu'il peut financer des opérations de nantissement concernant l'outillage et le matériel d'équipement, sans limitation prévue pour leur volume et leur importance, en faveur de toutes les entreprises publiques ou privées, industrielles, agricoles ou commerciales.
Son action s'exerce, surtout par l'attribution de crédits à long et moyen terme.
La C.A.D. qui a, au lendemain de l'indépendance, remplacé la Caisse d'Equipement et de Développement est le principal
organisme de crédit national, gérant tout à la fois le budget d'investissement et les dotations ou prêts en provenance
du Trésor ou de l'étranger. A ce titre, elle a souvent représenté l'Etat, soit dans les opérations d'économie mixte,
soit dans le lancement d'entreprises nationalisées, soit comme partenaire dans les organismes internationaux.
Elle a été ainsi amenée à jouer un rôle important dans la définition des objectifs du Plan Quadriennal en cours de
réalisation.
LE MONOPOLE DE L'ETAT SUR LES ASSURANCES
Le secteur des assurances est un instrument financier des plus importants. Près de quatre années après l'indépendance,
ce secteur échappait totalement au contrôle de l'Etat du fait même qu'il continuait à être dominé par de nombreuses
compagnies étrangères. Il était devenu donc indispensable de prendre en main ce secteur pour mieux l'organiser et le
mettre au service du développement national.
C'est ainsi que l'Ordonnance du 27 Mai 1966 a institué le monopole de l'Etat sur les assurances en vue d'adapter cet
instrument financier aux objectifs de la planification.
Elle répartit ce monopole entre deux importantes sociétés nationales :
• La Société Algérienne d'Assurance (S. A. A.)
• La Caisse Algérienne d'Assurance et de Réassurance (C.A.A.R.).
CREATION D'UNE MONNAIE NATIONALE : LE DINAR
Depuis les temps les plus reculés, l'un des actes les plus caractéristiques, par lesquels une nation affirmait sa
souveraineté, consiste à "battre monnaie". Aussi, l'Algérie, dès son accession à l'indépendance, n'a-t-elle pas failli
à cette tradition. Le Franc céda la place à la monnaie nationale, le Dinar.
L'Institut d'Emission de notre monnaie est la Banque Centrale d'Algérie, (B.C.A.) établissement public qui a succédé,
le 1er Janvier 1963, à la Banque d'Algérie.
Billets et pièces de monnaie Instrument essentiel de la politique financière du Gouvernement, le Dinar bénéficie
aujourd'hui d'une confiance certaine sur tous les marchés internationaux, car c'est une monnaie entièrement
indépendante, ne bénéficiant d'aucun appui, contrairement à l'opinion communément admise à l'étranger.
LE CONTROLE DES CHANGES
La volonté nationale de développement exprimée à travers les objectifs du Plan Quadriennal se traduit pour notre pays
par la nécessité de réserver la plus grande partie de ses ressources à l'achat de biens d'équipement. Il est évident
que ces achats s'effectuant en devises fortes, l'Etat algérien se devait d'instaurer un contrôle sévère en vue de
mettre celles-ci à la disposition de l'économie nationale. L'équilibre de la balance des paiements exige donc une
surveillance particulièrement attentive afin d'éviter toute sortie inutile de capitaux.
Le tarif douanier, soigneusement mis à jour, permet de sélectionner les importations, au mieux des intérêts de notre
industrie naissante, en éliminant d'une façon systématique les produits superflus, tout en favorisant l'acquisition des
biens d'équipement nécessaires à la réalisation du plan quadriennal de développement.
LA MOBILISATION DES RESSOURCES NATIONALES AU SERVICE DU DEVELOPPEMENT
Le redressement des finances publiques, obtenu grâce à un effort considérable de mobilisation des ressources nationales
et souvent au prix de lourds sacrifices consentis par la Nation tout entière, est aujourd'hui une réalité vivante.
Le résultat de cette action opiniâtre est, qu'aujourd'hui, les dépenses courantes de l'Etat et les investissements
publics représentent quelque 60 % de la dépense nationale. Ce pourcentage considérable fait de l'Etat l'agent économique
principal, responsable non seulement de l'orientation de l'activité économique générale, mais également et surtout de
la quasi-totalité des initiatives en matière d'investissement, de production et de répartition des revenus.
Par ailleurs, près de 40 % du revenu national sont prélevés par l'Etat et dirigés vers les dépenses d'intérêt général
ou les investissements en faveur des régions et populations déshéritées, corrigeant ainsi chaque année davantage la
mauvaise répartition du revenu national héritée des longues années de colonisation.
Depuis 1966, le budget courant est largement couvert par les recettes fiscales et le niveau de l'épargne publique ne
cesse de croître d'année en année. La contribution du budget de l'Etat à l'épargne nationale est ainsi passée de 0,5
milliard en 1967 à quelque 3,6 milliards de Dinars en 1971.
Pour leur part, les collectivités locales, de même que les entreprises publiques participent à cet effort sous des
formes diverses et en réservant une part importante de leurs ressources aux investissements.
La création et le développement d'un système bancaire national a été, par ailleurs, un moyen sûr, pour l'Etat,
d'encourager d'autres types d'épargne, y compris l'épargne individuelle.
On peut se rendre compte du niveau d'indépendance atteint aujourd'hui par l'Algérie quand on sait que le financement
des investissements prévus par le Plan quadriennal est assuré sur ses propres ressources dans une proportion de plus
de 75%.
De 12% en 1966, la masse globale des investissements par rapport à la production intérieure brute est passée à 30 %
environ en 1971.
Cette politique d'indépendance financière et de répartition du revenu national a été en grande partie rendue possible
grâce à un réaménagement de la fiscalité dans le sens d'une plus grande justice et d'une meilleure adaptation aux
réalités socio-économiques du pays. Ce réaménagement s'est traduit par une progression constante des impôts
parallèlement à l'accroissement de la production, la définition d'un tarif douanier protectionniste ainsi que la mise
en place d'un tarif fiscal en vue d'une action plus efficace sur le modèle de consommation de la population. Les
résultats ont été, dans ce domaine, spectaculaires: entre 1965 et 1971, les recettes fiscales ont doublé, compte non
tenu des recettes provenant de la fiscalité pétrolière. Notons que ces dernières doivent accuser une augmentation de
100% en 1972 par rapport à l'année précédente, à la suite des nationalisations opérées en 1971.
Parallèlement à l'effort d'austérité et au réaménagement du système fiscal, l'épargne publique a connu, depuis les
dernières années, une progression importante. La Caisse Nationale d'Epargne et de Prévoyance a dû ainsi faire face à
un afflux de souscriptions, de même que la création de bons d'équipement à des taux intéressants a rencontré un succès
certain auprès des épargnants./font>
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