
La colonisation a créé en Algérie un déséquilibre économique, caractérisé notamment par la faiblesse de la production
industrielle, l'absence de production de biens d'équipement, la pénurie de cadres administratifs et techniques, la
dépendance économique et financière à l'égard de la France et des monopoles français.
En 1962, le secteur industriel était insignifiant.
Les unités artisanales qui constituaient la quasi-totalité de l'industrie algérienne avaient été sabotées et abandonnées
par leurs propriétaires européens, et, tout comme pour les domaines autogérés, réactivées avec des moyens de fortune,
grâce à la volonté des ouvriers algériens.
La nécessité de résorber le chômage, en attendant la mise en place des structures du nouvel État algérien, avait
conduit les autorités à lancer, sans grand espoir d'ailleurs, un appel à l'investissement étranger et à offrir de
sérieuses garanties consignées dans le premier code des investissements de 1963.
Les options socialistes de l'Algérie semblaient toutefois effrayer les investisseurs éventuels, tout comme
l'indépendance avait apparemment refroidi le zèle des sociétés déjà installées dans le cadre du "Plan de Constantine",
lesquelles s'étaient peu à peu transformées en unités parasitaires, vivant de l'économie algérienne, sans procéder à de
nouveaux investissements, sans marquer un quelconque souci de moderniser leurs équipements.
Elles se situaient en somme en marge de l'effort national, ne se souciant guère de l'intérêt du pays, bornant leur
action à la recherche de sur-profits et au maintien d'un statu quo nuisible à l'Algérie: exportation des bénéfices,
maintien de cadres non algériens, absence de politique de formation, etc...
Aussi l'Algérie socialiste prit-elle des mesures nécessaires en vue d'une restructuration industrielle globale.
C'est ainsi qu'en Mai et Juin 1968, 45 entreprises industrielles appartenant à des sociétés étrangères furent
nationalisées dans des secteurs importants: constructions mécaniques et électriques, engrais, matériaux de
construction, produits d'entretien, industries alimentaires.
Les 45 entreprises nationalisées représentaient près de 7.000 emplois et une cinquantaine de milliards d'anciens francs
de chiffres d'affaires. Cette force industrielle non négligeable a pu alors être réellement mise au service du
développement du pays.
Parallèlement à ces nationalisations l'assainissement du secteur industriel a été réalisé principalement par la création
de Sociétés Nationales regroupant toutes les industries d'une même branche d'activité.
Unités de gestion intégrée, ces Sociétés Nationales, comme celles qui agissent au niveau de la consommation finale, ont
leur capital constitué par des apports de l'Etat, soit sous forme d'unités de production, c'est-à-dire de biens en
nature, soit sous forme d actifs monétaires dans le cadre du budget d'équipement.
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