
La situation demeure tendue à Tlemcen
Au début d'octobre dernier, le jour même où était inaugurée la foire d'Oran et au moment où l'Assemblée générale de l'O.N.U. était saisie de la question algérienne, des troubles éclataient dans la région de Tlemcen, les plus graves étant signalés à l'Ouest et au Nord-ouest de la ville.
Les incidents rapportés depuis intéressaient surtout la région montagneuse à la frontière algéro-marocaine, et l'on y voyait des tentatives des rebelles pour constituer une zone d'insécurité à cheval sur les deux pays. Or la ville même de Tlemcen vient d'être le théâtre de troubles plus sérieux que ne l'indiquaient les premières dépêches : une sorte de " flambée " nationaliste a amené les autorités à réagir vigoureusement et à instituer le couvre-feu à partir de 16 heures.
À l'effervescence latente s'est ajoutée une cause précise. Tenu pour l'un des chefs locaux de la rébellion, un médecin de Tlemcen, le docteur Bendzerjeb, avait été arrêté au début de la semaine, puis, au cours d'une tentative de fuite, abattu par ses gardiens. Les services officiels ajoutaient que la tentative de fuite avait eu lieu au moment où une confrontation allait permettre de prouver sans conteste la culpabilité du docteur Bendzerjeb.
Cependant les milieux musulmans déclarent inacceptable cette version, et ils ont fait courir le bruit que le docteur, accusé de donner des soins aux hors-la-loi, aurait refusé de dénoncer ses blessés et serait mort pendant son interrogatoire.
C'est à l'occasion des obsèques du praticien que les premiers troubles ont éclaté. Les nationalistes avaient convié la population à y manifester ses sentiments, et la cérémonie avait été reportée.
Les renseignements parvenus à Paris permettent de reconstituer ainsi les incidents qui se sont produits à partir de mercredi à Tlemcen :
Dans la matinée un groupe de manifestants revenait du cimetière musulman, où il pensait pouvoir assister aux obsèques du docteur Bendzerjeb. Les manifestants croisèrent un convoi militaire, qu'ils lapidèrent. Après quoi, ils s'en prirent à une villa proche, qu'ils criblèrent de pierres.
Le propriétaire de la maison, armé d'un fusil, tira. Un manifestant, Khelaïd Si Ahmed, tisserand, fut mortellement blessé.
Peu après le préfet d'Oran décidait d'instituer le couvre-feu à partir de 17 heures et prenait toutes mesures pour la protection des personnes et des biens. Les C.R.S. recevaient en même temps la consigne de disperser tout attroupement.
Après une nuit relativement calme, jeudi à l'aube un accident survenait au poste de garde de la manufacture de tissage, où un jeune soldat qui n'avait pas répondu aux sommations d'une sentinelle était abattu.
Dans la matinée des attroupements se reformèrent. Des femmes et des enfants, obéissant à un mot d'ordre, lapidèrent quelques voitures. D'autres manifestants tentèrent d'incendier des véhicules en stationnement, puis des bâtiments militaires et des villas.
La police et les C.R.S. intervinrent. Vers 11 heures la tension persistait. Les magasins avaient fermé.
Au début de l'après-midi un nouvel attroupement, en plein centre de la ville, fut dispersé par la police. Les vitrines non protégées furent brisées et des magasins saccagés, tandis que les portes de deux cinémas étaient forcées. De nombreux manifestants étaient appréhendés.
A 15 heures la poste a fermé ses portes. La radio a annoncé alors que le couvre-feu était avancé à 16 heures, et la ville devint déserte. Les balcons et les terrasses étaient en revanche couverts de curieux qui regardaient passer les chars légers et les automitrailleuses.
On apprenait aujourd'hui en milieu d'après-midi que les manifestations avaient repris ce matin. Le service d'ordre disperse la foule qui se reforme inlassablement en petits groupes. Aucune effusion de sang n'a cependant eu lieu. Les écoles et les magasins sont fermés [...]
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