
État d'urgence du 3 avril 1955.
Le texte de la toi du 3 avril instituant un état d'urgence, publié ce matin jeudi au " Journal officiel ", est accompagné d'un décret fixant les circonscriptions d'Algérie dans lesquelles les mesures prévues peuvent être appliquées " dans le cadre des instructions données par le gouverneur général ",
Ces circonscriptions sont l'arrondissement de Tizi-Ouzou, l'arrondissement de Batna, les territoires des communes mixte et de plein exercice de Tébessa. Ces zones recouvrent donc une partie de la Grande-Kabylie, l'Aurês et te territoire prolongeant ce massif jusqu'à la frontière tunisienne, régions habitées par environ 1 200 000 personnes.
C'est à la suite de conversations entre la gouverneur général, M. Soustelle, et un représentant du ministre de l'intérieur que ce décret a été signé hier par MM. Edgar Faure et Bourgès-Maunoury. Plusieurs formules avaient été envisagées. M. Jacques Soustelle a voulu que les zones d'application de l'état d'urgence soient aussi limitées qui possible.
Le gouverneur général ne pouvait en effet ignorer que, saluée avec faveur dam certains milieux européens et par la presse algéroise (à l'exception du journal communiste), la nouvelle législation a été accueillie avec inquiétude dans la population musulmane : les élus du second collège eux-mêmes ont été nombreux à s'en émouvoir. Une application très large eût fortement accentué un malaise qui n'est pas limité aux régions névralgiques. M. Jacques Soustella a donc tenu à ce que des mesures d'exception ne puissent être appliquées que là où la situation est elle-même exceptionnelle. C'est assurément, au premier chef, le cas de l'Aurès, où les engagements avec les hors-la-loi n'ont cessé de se multiplier depuis plusieurs semaines.
On n'ignore pas davantage à Alger que l'application de l'état d'urgence ne saurait seule permettre de résoudre toutes les difficultés. Le gouverneur général est d'ailleurs seul habilité à déterminer celles des nouvelles dispositions légales qui seront appliquées dans les régions délimitées. On n'a cessé d'indiquer dans son entourage que toutes les mesures prévues par la loi ne seront pas mises en vigueur, et qu'un choix sera fait suivant les nécessités sans que l'on puisse préjuger ni ce choix ni la durée d'application. On ajoute que cette application sera faite avec suffisamment da souplesse pour ne pas apporter de gène supplémentaire dans l'activité économique et dans la vie sociale. M. Bourgès-Maunoury précisait hier à Paris que la proclamation de l'état d'urgence n'empêcherait pas les prochaines consultations électorales d'être " absolument libres " [...]
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