
Tandis que s'effondre la puissance almohade, on voit s'organiser les royaumes de Tiemcen, de Tunis et de Fez. TIemcen a derrière elle un passé glorieux. Métropole du Kharidjisme, site privilégié des Aimpravides qui bâtirent Tagrart et la dotèrent de la grande mosquée, c'est à TIemcen que prit naissance l'Empire Almohade au cours duquel la gloire de la ville et sa prospérité allèrent toujours croissant.
Yaghmorasan, fils de Zaiyân, qui fut le fondateur du royaume de Tlemcen poursuivit l'œuvre de construction : de son
époque datent le minaret de la mosquée d'Agadir, et celui de la grande mosquée de Tagrart au dôme ajouré.
Yaghmorasan, pourtant grand prince, ne put éviter, durant son long règne, les guerres et les difficultés qui devaient
affaiblir le pouvoir de ses successeurs. Afin de réparer les malheurs de la guerre, ces derniers appelèrent à Tlemcen
les habitants des régions voisines. Ils y construisirent des hôtels •et des palais ornés de jardins, des collèges, des
mosquées, des marchés. Ils favorisèrent le développement des Sciences et des Arts. Sous la dynastie des Zianides,
Tlemcen devint une des plus belles capitales du monde musulman et l'un des sièges les plus importants du Khalifa.
Le géographe Arabe El Idriss (Xlle siècle) a écrit que la ville de Tlemcen pouvait être considérée comme la clef de
l'Afrique Occidentale.
L'historien Yahia Ibn El-Khaldoun, au XIVe siècle la décrit ainsi : " Cette capitale, située dans le Maghreb, entre le
Sahara et le Tell, est appelée Tilimcin dans la langue des Berbères, mot composé de Tilim qui signifie " elle réunit et
de " cin " qui signifie " deux ", c'est-à-dire le Tell et le Sahara... C'est une ville solidement bâtie, jouissant d'une
température agréable, pourvue d'eaux douées et possédant des terres fertiles et riches. Construite au flanc de la
montagne, elle s'allonge d'Est en Ouest.
Des hauteurs de Tlemcen se précipitent des ruisseaux qui fournissent aux habitants l'eau qui leur est nécessaire. Elle
leur est amenée, pure et limpide, par plusieurs canaux et conduits souterrains puis est distribuée aux collèges et aux
mosquées au moyen de fontaines et de bassins. Elle passe également dans les maisons particulières et les établissements
de bains où elle est reçue dans des citernes et des réservoirs. L'excédent va arroser en dehors de la ville les vergers
et les champs ...
Selon Léon l'Africain, elle compte alors plus de 16 000 âmes et ce, jusqu'à la prise de Tlemcen, par les Merinides, en
1334.
A partir de cette époque et jusqu'en 1384, la gloire de la capitale du Maghreb va peu à peu s'éclipser. Elle parvient à
se relever avec le rétablissement de la dynastie des Zianides et recouvre son ancienne splendeur. Les Arts et les
Lettres furent de nouveau florissants et les savants y étaient accueillis avec considération. L'on fonda pour eux des
Ecoles et des Collèges où les rois eux-mêmes venaient se mêler aux étudiants.
Durant le déclin du royaume de Tlemcen, les rois perdirent peu à peu leurs places fortes : Alger, conquise par les Turcs,
Oran par les Espagnols. En 1552, Moulay Hassen, dernier roi de Tlemcen est détrôné par les Turcs. Tlemcen et tout son
territoire sont annexés par Barberousse en 1560 et Alger devient Régence.
Mais nombreuses sont les traditions de l'âge d'or que conserveront les habitants de la capitale déchue : en particulier
les tisserands dans leurs ateliers vont perpétuer la fabrication des étoffes de laine, la grande spécialité de la ville
de Tlemcen. Yahia Ibn-Khaldoun nous apprend que les ha'iks et les burnous Tlemcéniens étaient recherchés en Orient et en
Occident. Au XVIe siècle, l'historien espagnol Marmol qui demeura vingt deux ans au Maghreb, vante la finesse des étoffes
de laine.
Une centaine de métiers produisaient des couvertures colorées, héritage des tissus jadis réputés. Autre legs du passé,
la broderie sur velours et sur cuir compte toujours des artisans habiles.
Tlemcen est considérée, jusqu'à nos jours comme le conservatoire de la musique andalouse.
Ces souvenirs du moyen âgé, qui fut l'âge d'or de Tiemcen, ont traversé les siècles, intacts.
Au début du XVIe siècle, de nouvelles données vont transformer l'orientation et la destinée du Maghreb et surtout de
l'Algérie.
L'Algérie turque n'aura rien de comparable à la splendeur des royaumes de Tlemcen et de Bejaïa. Elle deviendra toutefois
une puissance maritime mondiale. Les chantiers navals et les flottes maritimes contribueront à la renommée du pays.
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