
Introduction

Le littoral algérien en période estivale ? c'est du soleil à coup sûr, une mer cristalline, en feston de plages de sable fin. Et, pour rêver, un décor à remonter le temps.
UN BALCON NORD-AFRICAIN SUR LA MER MÉDITERRANÉE
De quoi peut-on avoir envie en début de saison estivale ? De vacances paisibles, de farniente, de dépaysement, pardi ! Mais on peut avoir
aussi besoin de mouvement, de découverte, d'évasion ...
Alors, pourquoi ne pas se laisser charmer par les 1200 km de littoral algérien ? Entre mer diaphane et montagnes boisées de pins, ils ont bien
davantage à offrir !
En majorité jalonné de criques désertes, de petites anses, de baies profondes et abritées et nonobstant le feston de plages de sable fin
dont il est paré —, le littoral algérien fait assurément le bonheur des randonneurs, des baigneurs, des amateurs de pêche, de sports
nautiques... La faune et la flore marines y sont encore parfaitement préservées. Liberté des rythmes, des déplacements et des rencontres,
il se prêle merveilleusement à l'impromptu du séjour. Une kyrielle de foisonnants centres côtiers
Ici donc, pas de bords de mer bétonnés à outrance comme en possèdent tant de rivages de la Méditerranée : hôtels, stations balnéaires et
centres côtiers s'intègrent au mieux dans le paysage, d'un charme particulièrement prenant. Et ce n'est pas tout ... Le soleil et la mer
confèrent à ce littoral un style de vie particulier, un visage singulier où se conjuguent nature et culture, modernité et tradition, intimité
et convivialité. Et puis c'est simple, vous vous trouverez tout naturellement associé(e) à la vie quotidienne des habitants. Ce qui, en
définitive, reste la meilleure façon de mieux les connaître. Et, pourquoi pas, de se faire des amis. Dans une telle perspective, que ce soit
aux abords des grands centres portuaires, véritables poumons économiques et culturels, ou à l'échelle des petites stations balnéaires,
merveilleux havres de paix traditionnels au confort convivial et sans prétention aucune, c'est toute une kyrielle de foisonnants centres
côtiers qui autorisent à pénétrer plus intimement au cœur de l'univers maritime algérien. Le littoral algérien semble d'ailleurs conçu pour
tous ceux qui aiment autant la mer que les découvertes touristiques et culturelles. C'est tout à l'honneur de l'Algérie, dès lors que ce sont
là trois des plus séduisants visages qui font de ce pays un incomparable balcon marin sur la rive nord du continent africain. Une extraordinaire richesse archéologique
Entre les inoubliables baignades aux senteurs iodées et l'homérique découverte de fonds marins fascinants, chacun campera pour une journée ou plus
sur les plages blanches ou ocres, calmes ou animées des complexes balnéaires, sportives ou très «farniente» des alentours urbains, ou sur des
criques et calanques désertes. Autre atout majeur pour les passionnés d'aventures créatives donc, l'extraordinaire richesse archéologique,
historique et culturelle de ce littoral. Quand, par exemple, vous irez à la découverte de cette nature généreuse, baignée de mer cristalline, de
soleil complice, et ponctuée d'innombrables vestiges archéologiques, vous remonterez le temps. Vous le remonterez sans contredit jusqu'au berceau
des civilisations de ce monde ! Certes, les ruines antiques — pour ne citer que ces prestigieux pans de notre patrimoine n'y sont guère plus,
aujourd'hui, que les débris témoins d'une très belle chose, une strophe harmonieuse d'un poème que nous avons perdu. Mais votre imagination
suppléera à cette perte. Ou peut-être trouvera-t-elle son compte, car le champ libre s'offrira à vos réminiscences ou à votre idéal pour compléter
cette configuration, à la mesure de l'humaine destinée. Le littoral algérien : un véritable «livre» d'histoire
Alors, vous comprendrez pourquoi il fallait quelque part une terre, une dimension pour réunir en un espace si vaste et en même temps si étroit
tant de monuments. tant de documents, tant de témoignages sur la longue marche de l'humanité. C'est que, destins géographique et culturel
obligent, le littoral de l'Algérie est loin d'être banal. C'est un véritable «livre» d'histoire où régnent sans partage le soleil et la mer. C'est,
somme toute, un immense musée à ciel ouvert, unique au monde. A visiter bien sûr, à sauvegarder surtout. On retiendra, en effet, que c'est grâce
à ses ports naturels, vastes et abrités que le pays a — depuis l'aube de la navigation — toujours occupé une position stratégique fort enviable :
celle de sentinelle de la Méditerranée. Et c'est, de toute évidence, à quelques encablures à peine du sud de l'Espagne, là où l'Europe se
rapproche le plus du continent africain, qu'il a exercé une position de contrôle. Position idéale qui, par là même, en a fait un tremplin
géographique rêvé. L'étendue du littoral, une réserve de calme et de beauté
Pas étonnant, dès lors, que les puissances de l'Ancien Monde aient tour à tour conquis ou occupé l'Algérie et y aient laissé leur plus forte et plus
évidente empreinte... Aux Phéniciens succédaient ainsi les Carthaginois, puis les Romains, les Byzantins, les Arabes, les Ottomans et, enfin, les
Français qui domineront le pays jusqu'en 1962. année à laquelle l'Algérie devient une république indépendante. Lorsque demain des flots de touristes
étrangers se déverseront à leur tour sur l'Algérie, il faut seulement espérer que le danger de submersion, voire de pollution. restera minime.
L'étendue du littoral est en soi une garantie, et le relief puissant et complexe qui fragmente le territoire en une multitude de contrées
difficilement pénétrables apporte l'assurance que l'Algérie demeurera un «sanctuaire», comme l'on dit outre-Atlantique. Sur ce rivage de
Méditerranée si fréquemment dégradé, elle continuera d'apparaître — c'est le moins qu'on puisse souhaiter comme une réserve de calme et de
beauté. LES ROUTES CÔTIÈRES
On peut évidemment schématiser à l'extrême l'aspect physique du littoral algérien : une «fenêtre» immensément large sur la mer Méditerranée pour
les uns, un incommensurable balcon marin sur la rive nord du continent africain pour les autres.
La réalité est plus complexe quelle n'y paraît. Restons les «pieds dans l'eau» puisque c'est la saison estivale et que c'est le littoral qui nous
intéresse. Ce qu'on peut d'ores et déjà noter, c'est que tout au long de ce littoral élevé et rocheux, des falaises abruptes interdisent toute
approche, que ce soit par terre ou par mer.
Des massifs dépassant souvent 1 000 m d'altitude isolent la côte de l'interland : d'ouest en est on peut citer les Traras devant Tlemcen, les
Dahra devant Chlef et Khemis Miliana, le Sahel devant Blida, la Grande et la Petite Kabylie devant Tizi Ouzou, Sétif et Constantine, la Medjerda
devant Souk Ahras, l'Edough près de Chetaïbi (Annaba).
Les routes côtières sont des corniches
«Corniche des Dahra» entre Mostaganem, Ténés et Cherchell, «Corniche du Chenoua» entre Cherchell e( Tipasa. prolongée par la «Corniche du Sahel»
jusqu'à Alger. «Corniche kabyle» de Dellys à Bejaia et «Corniche Jijélienne» de Tichy à Jijel. Elles ont presque toutes des chaussées étroites,
carrossables certes, mais le parcours sinueux et escarpé offre quelques-uns des plus beaux sites méditerranéens. En de nombreux secteurs,
construire de telles corniches était impossible : au long de la «Côte des Traras», de la «presqu'île de Collo» ou celle de Chetaïbi notamment.
Ici et là. des plaisanciers venus par mer peuvent trouver des mouillages propices, solitaires, et les excursionnistes aimant les sentiers de
bergers ou les pistes forestières, découvrir des points de vue uniques, admirables. Grands complexes industriels et petites stations balnéaires
Aux cassures de ces reliefs littoraux, les villes portuaires se sont développées, les fleuves côtiers ont déversé leurs alluvions sablonneuses,
donnant naissance à des plages et à des cordons de dunes qui tapissent des baies et des anses plus ou moins largement ouvertes. Là se sont édifiés
soit de grands complexes industriels — c'est le cas d'Arzew, Alger, Béjaïa, Skikda, Annaba, soit de véritables villages de vacances : les
Andalouses (près d'Oran), Tipasa, Zéralda, Sidi Fredj, Tichy. Schems El Harnra (Annaba)... Les baies, les anses, les criques plus ou moins faciles
d'accès ont reçu ou vont recevoir des aménagements conséquents : hôtels de vingt ou trente chambres, bungalows, colonies de vacances, terrains de
camping, bassins pour la plaisance... Ainsi en va-t-il ou en ira-t-il pour Marsat Ben M'hidi, Béni Saf, Dellys, Tigzirt, Azzefoun, Ziama
Mansouria, Collo, Stora, Chetaïbi, El Kala.
Des défilés que les oueds côtiers ont ouverts jusqu'à la mer
Dans tous les cas ou presque, les villes portuaires élaguent immeubles, maisons et monuments au flanc de la falaise, de la colline, voire de la
montagne qui les protège. Ce qui fait le charme des petits ports et le cachet hautement pittoresque des cités comme Annaba, Skikda, Béjaïa, Alger,
Oran et Ghazaouet. Les routes reliant les agglomérations du littoral aux villes de l'intérieur empruntent souvent des défilés que les oueds côtiers
ont ouverts jusqu'à la mer. Les larges vallées offrant un couloir facile de communication sont peu nombreuses : celles du Chéliff et de la Soummam,
les plus importantes, s'étirent parallèlement à la côte. Aussi les touristes nationaux et étrangers connaissent-ils mieux la Tafna, la Chiffa, le
Kaddara, l'Isser. l'Agrioun, le Kébir et le Rhummel qui coulent sur de longs secteurs au fond de gorges étroites. Mémoires de sanctuaire ...
«Parfois, en certains jours de lumière parfaite et exacte, où les choses ont toutes la réalité dont elles portent le pouvoir, je me demande à
moi-même tout doucement pourquoi j'ai moi aussi la faiblesse d'attribuer aux choses de la beauté.»
Il fallait, dans ce reportage, se distancer d'un certain nombre de clichés, d'une idée reçue floue et courante, qui fait de l'extrémité occidentale
du littoral algérien un ensemble uniforme, pour ne pas dire abstrait. Montrer au contraire la diversité de cet ensemble de petites et moyennes
localités, dotées chacune d'un port; ce qui exclut, en cette région frontalière, la notion ravageuse de province enclavée. Hormis celui d'Oran,
qui présente les caractéristiques d'une grande métropole économique, les ports de la région, paradoxalement, ont d'autant plus d'identité qu'aucun
d'entre eux ne peut prétendre à l'hégémonie. Ou alors, on le verra pour Ghazaouet, les autres cités s'alarment ...
En partant à la (re)découverte de l'extrémité occidentale du littoral algérien par la visite de quelques sites portuaires, il nous a semblé que
c'était la meilleure manière d'en donner une idée contemporaine. C'est en effet dans ses tissus urbains — là-dessus l'Algérie n'échappe pas à la
règle — que notre époque se détruit et se reconstruit; imagine et bâtit l'avenir, se met en question, se met en chantier. Il a cependant fallu
nous limiter. Aussi avons-nous choisi de parler de trois localités — Béni Saf, Ghazaouet, Marsat Ben M'hidi — chiffre forcément arbitraire.
D'abord parce que ce sont les plus proches de la frontière algéro-marocaine, autrement dit les plus éloignées de la capitale algérienne et même
d'Oran.
Ensuite parce que ce sont les plus importantes par la population et le trafic maritime. Enfin, parce qu'elles expriment, chacune à sa façon, la
prodigieuse variété du littoral algérien et que s'y dessine, depuis peu, une nouvelle manière de penser, de voir et de travailler. Ce reportage
n'est donc ni un guide touristique ni un vade mecum de la région. Les promenades et/ou incursions qu'il propose brouillent d'ailleurs cette
perspective. Derrière les façades cossues et les jardins gentillets, au-delà des apparences lisses, la sociologie des lieux change, au rythme du
pays, tiraillée comme partout ailleurs entre le poids du passé et les exigences de la modernité, entre les nouvelles richesses et les nouvelles
pauvretés.
Pourtant, après l'avoir lu, les visiteurs débarquant dans l'une ou l'autre des bourgades en question auront peut-être l'impression familière d'y
avoir vécu un peu, rencontré les habitants et partagé leur existence. Bref, ils seront devenus, l'espace d'une lecture, d'une visite, des Béni
Safiens, des Ghazaouis ou des enfants de Marsat Ben M'hidi.
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