
Patrimoine
Témoin d’une identité millénaire
L’Algérie recèle un riche patrimoine matériel et immatériel qui sera célébré, du 18 avril au 18 mai. Sa beauté et sa diversité seront mises à l’honneur et en valeur lors de multiples manifestations. Monuments, mausolées, mosquées, palais, hammam, casbahs, architectures et procédés de construction sont la partie visible d’une richesse qui reflète un parcours historique. Notre pays, comme en témoignent les fragments de squelettes découverts à Tighennif, près de Mascara, ou plus récemment sur le site d’Aïn Boucherit, dans la région de Sétif, prouvent que l’Algérie plonge ses racines très loin dans le temps avant de devenir un carrefour de civilisations dont chacune a apposé son empreinte sur son sol.
L’Algérie est réputée pour ses vestiges et monuments, dont certains comme les ruines romaines de Timgad ou de Tipasa et la Casbah d’Alger sont classés par l’Unesco sur la liste du patrimoine mondial. On y lit, comme dans un livre ouvert, la succession des peuples qui ont façonné leurs cités et leurs paysages. On peut s’extasier devant la finesse d’une mosquée de Tlemcen, se laisser séduire par l’architecture typique du M’Zab. Ces sites ont une grande valeur historique, culturelle et artistique, et sont des témoins précieux de l’histoire de l’Algérie qu’il est judicieux de mettre en avant à des fins touristiques et culturelles.
Concernant le patrimoine immatériel, l’Algérie foisonne de traditions orales, de musiques, de danses et d’artisanat et en cuisine. Ces mêmes plats, gâteaux et préparations reconnus à l’international pour leur goût sans aucun pareil. Le pays a également une grande variété de dialectes et de langues, ainsi qu’une richesse de cultures et de coutumes qui reflètent la diversité de ses populations. Combien de chants tels que Ahelil des tréfonds du Gourara ou de coutumes comme la célébration du S’boue sont classés au patrimoine immatériel mondial de l’Unesco ?
Chaque année, des dizaines de dossiers sont déposés afin de faire valoir et de donner une visibilité mondiale aux richesses des coutumes et savoir-faire algériens. Le couscous, le raï, les habits traditionnels de chaque région sont tant de témoins précieux de la grandeur de l’héritage et du patrimoine de notre vaste pays.
Le désert algérien, riche de sa diversité de paysages, son histoire qui remonte aux temps anciens et sa beauté ensorcelant plus d’un sont un exemple de la richesse du patrimoine du pays. Les casbahs, qu’elles soient à Dellys ou Alger, ayant abrité moudjahidine, artisans et hommes de culture, sont des viviers pour le patrimoine algérien.
Les ksour anciens dans les différentes contrées, qu’elles soient verdoyantes ou dans le désert, rendent comptent du génie architectural des anciennes générations et sont préservés par les associations locales pour rester riches d’histoires.
Les ruines romaines, les vestiges des anciennes civilisations et les racines africaines sont tant d’autres aspects de la complexité du patrimoine qu’il est nécessaire de mettre en avant et de préserver.
Le Mois du patrimoine est une occasion importante de célébrer et de préserver ce patrimoine culturel et historique. C’est un moment pour sensibiliser le public sur l’importance de préserver et de promouvoir le patrimoine matériel et immatériel, ainsi que pour encourager la participation de la communauté dans les activités liées au patrimoine. Ce pourquoi des activités sont organisées à travers le pays.
Célébrer le Mois du patrimoine permet également de renforcer le sentiment d’appartenance et de fierté nationales, ainsi que de mettre en valeur l’identité culturelle de l’Algérie. Enfin, c’est une occasion pour les générations futures de découvrir et d’apprécier leur patrimoine culturel et historique.
Tipasa : Un musée à ciel ouvert
Deux importantes découvertes archéologiques ont été réalisées dans la wilaya de Tipasa depuis le début de l’année. Il s’agit, selon les prospections préliminaires de vestiges, d’une ferme antique située dans une exploitation agricole dans la commune de Bourkika et d’une stèle funéraire richement décorée dans le site classé des «Trois Îlots» à El Hamdania, dans la commune de Cherchell. Sabiha Tahrat, directrice de la culture et des arts à Tipasa, assure que «toutes les mesures sont prises et se poursuivront jusqu’à ce que ces deux découvertes soient totalement protégées et mises en valeur». S’agissant de la stèle funéraire, elle a été acheminée, par mesure de sécurité, au musée de Cherchell où l’on procède à l’étude des inscriptions qu’elle contient.
«C’est une stèle en marbre portant une transcription qui remonte à l’époque romaine. Raffinée et ouvragée, elle a sûrement servi de sépulture pour un personnage de haut rang», nous dit-elle. Concernant l’autre découverte, tout a commencé lorsqu’un citoyen a signalé, le 21 février dernier, au responsable des sites archéologiques de Tipasa la présence de pierres de taille en bordure d’une route. Immédiatement, une équipe du service patrimoine culturel de la direction de la culture et des arts de la wilaya s’est rendue sur les lieux pour une première prospection et une expertise du périmètre. Cette première opération a permis d’identifier les éléments découverts comme étant des vestiges archéologiques.
Le 6 avril dernier, une deuxième mission, accompagnée par des éléments de la protection du patrimoine de la gendarmerie, s’est déplacée sur le site, situé dans une exploitation agricole. «Les éléments découverts ont confirmé qu’il s’agit de vestiges d’une ferme antique remontant à l’époque romaine. Immédiatement, des instructions ont été données pour arrêter tous les travaux afin de protéger le site et éviter sa profanation en attendant son classement», souligne la même responsable. «Sur le plan historique et archéologique, la découverte de la ferme antique a une importance capitale», confie-t-elle. Et de poursuivre : «Nous y avons découvert plusieurs éléments architectoniques, à l’instar de vestiges de colonnes, seuils de portes en pierres de taille et autres éléments architecturaux en céramique qui indiquent qu’il s’agit d’une grande ferme.»
40 000 ans de présence humaine.
Mieux, outre des vestiges funéraires, une meule d’huilerie, des restes de dolias, jarres et cruches, dont une intacte, ont été exhumés. «Il s’agit maintenant d’entreprendre une opération de sondage par une équipe d’archéologues du Centre national de recherches en archéologie sous la supervision du ministère de tutelle», précise enfin la directrice. Les travaux de sondage permettront notamment la délimitation des champs de fouilles et de parvenir au classement du site, dont les mesures de protection sont déjà en vigueur suite à la mission de prospection menée le 6 avril dernier.
Rappelons que la wilaya de Tipasa renferme une immense richesse patrimoniale, dont des traces de présence humaine qui remontent à l’époque des dernières glaciations en Europe. Autrement dit, elles datent de 40.000 ans, comme en témoigne la découverte d’outils et d’instruments en pierre taillée.
Qualifiée de creuset des civilisations, Tipasa avec ses parcs archéologiques, son mausolée royal de Maurétanie, ses nécropoles et les vestiges de la ville antique de Cherchell est l’un des plus importants complexes archéologiques de l’Afrique du Nord. Des comptoirs phéniciens à la présence romaine, du royaume de Maurétanie jusqu’à l’époque de la régence d’Alger, elle demeure le témoin de l’évolution des civilisations qui ont marqué les pays du pourtour méditerranéen.
Commentaire : Sauver notre patrimoine
Un pays aussi vaste que l’Algérie, un pays-continent selon l’expression consacrée, qui se prévaut d’une histoire multimillénaire ne peut que s’enorgueillir d’une richesse culturelle et d’un patrimoine multiforme à la dimension considérable de la profondeur des civilisations bâties par le génie de ses populations et qui l’ont façonné au cours des âges. Qu’il s’agisse de patrimoine matériel (villes et monuments historiques, religieux, artefacts divers, etc.) ou immatériels (musiques, chants, peintures rupestres, littérature, contes et légendes, gastronomie, savoir-faire divers), chaque parcelle du territoire national respire la créativité.
S’il est naturel d’en tirer de la fierté, ce colossal patrimoine pose de réels défis pour le préserver non seulement des déprédations aussi bien des aléas climatiques et du temps que de l’ignorance et de la prévarication humaines, mais aussi de tentatives d’appropriations par les intérêts étrangers. Le pillage des pièces archéologiques et des œuvres d’arts n’est pas chose nouvelle et l’Algérie dispose pour cela d’un arsenal et des dispositifs qui lui permettent de protéger avec une certaine efficacité cette richesse nationale. Mais le mal ne se limite pas au patrimoine matériel, Le vol s’est même élargi à de nombreux biens culturels distinctifs de l’identité nationale.
Certains n’hésitent pas en effet à s’approprier des figures historiques, à l’instar d’Apulée de Madaure, de Saint Augustin ou de Tarek ibn Zyad, des recettes culinaires comme le couscous, un style musical, des bijoux et vêtements traditionnels, etc.
Le vol systématique fait partie d’un plan qui s’inscrit lui même dans une stratégie économique. Il s’agit de lustrer une image de marque, pour attirer le touriste étranger et le détenteur de capitaux, et s’offrir de la fierté et du prestige à moindre frais. L’Algérie ne pouvait décemment pas contempler sans rien faire cette vile entreprise et se laisser dépouiller de ses richesses ancestrales. Elle a entrepris ainsi d’inscrire au patrimoine mondial de l’humanité nombre d’entre elles : la Casbah, le M’zab, la Kalaa des Beni Hammad et les peintures rupestres du Tassili hier, le raï et le couscous plus récemment, en attendant d’autres actions. La protection internationale n’est que le pendant naturel de l’attention accordée à la préservation de ce patrimoine par les pouvoirs publics qui ont recours à tous les moyens technologiques.
Ainsi, en 2020, le ministère de la culture et l’agence spatiale nationale Asal ont ainsi signé des conventions de partenariat pour protéger et préserver le patrimoine culturel et la biodiversité dans les sites et parcs culturels. Récemment, l’Algérie, sur orientation du président de la république Abdelmadjid Tebboune, a pu récupérer un manuscrit rare appartenant à l’Emir Abdelkader, fruit des démarches pour rapatrier tout le patrimoine spolié. En mars dernier, le chef de l’État encourageait des artisanes en leur disant qu’elles redonnaient vie à notre patrimoine au moment où certains veulent se l’approprier indûment. «Vous avez le devoir de le développer et de le protéger. Nos traditions doivent être inscrites à l’UNESCO dans la liste du patrimoine de l’humanité». Au demeurant, sur ses orientations, le département de la Culture et des Arts a pris une batterie de mesures pour protéger le patrimoine matériel et immatériel des tentatives de pillage ou de dénaturation.
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