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CHREA : AVIS DE NEIGE, COL OUVERT ...
La station climatique la plus grande du pays. En hiver, elle est souvent cachée dans les nuages. Haute et lointaine, au cœur d'une forêt de sapins. Les citadins du piémont guettent le jour où le vert vire au blanc. Chréa est un pèlerinage païen, et son chemin une route en serpent qu'on prendra un jour ou l'autre.
La route annonçait la couleur depuis quelques dizaines de lacets. La place du village est toute blanche. Les toits des chalets aussi. L'air est froid et chargé de petits sons. C'est bien l'élévation promise des sens. Il a neigé cette semaine sur Chréa. "70 cm en une seule nuit, de mardi à mercredi", selon l'employé de la mairie chargé de la voirie; et il ajoute, comme insatisfait : "70 cm seulement." Pourquoi "seulement", alors que sur tous les fronts la nature a renoncé à résister au blanc ? "Il y a dix ans, les bourrasques de fin janvier -début février, c'était autre chose.
Avant il y avait de la neige du début décembre au début avril. Maintenant, quinze jours après une chute il ne reste plus rien." Réchauffement de la planète ? Pas de quoi refroidir les ardeurs des Blidéens. Chréa, c'est leur parcelle aérienne de Liban. Ils y sont montés tout le temps. Beaucoup moins ou un peu plus, selon les années.
Une crête boisée de plusieurs kilomètres à 1 500 m d'altitude. Procession abondante de cèdres et de sapins. Avec, ce matin de soleil, panorama jusqu'à la mer et aux portes de la capitale. "Vendredi dernier il n'y avait pas de place stationner ici. Des familles sont venues d'Alger aussi."Les 19 km entre Blida et sa céleste station climatique sont bien sécurisés. Et les nouvelles vont vite dans la Mitidja. "Cela n'a rien à voir avec les rushs d'antan, lorsque tout était paisible et que le téléphérique fonctionnait entre Blida et ici." Mais tout de même.
La location de luges en bois a repris au Ski Club et la petite piste était bien garnie de monde. En semaine, c'est un autre décor. Chréa recompte ses fidèles. Il y a là, loin du bruit et de la fureur de la vallée, construits pour la plupart de longue date, quelques centaines de chalets, parfois somptueux, presque tous déserts. Bruit et fureur ont fait des incursions retentissantes dans les hauts bois du massif blidéen. Alors la mairie se blottit chaudement contre ses 900 habitants permanents. L'APC peut-être la moins peuplée du nord de l'Algérie mais qui trône sur un territoire, partie du parc national de Chréa, plus grand que plusieurs principautés réunies. Blottie pour attendre la reprise des affaires.
L'hôtel-restaurant Les Cèdres est en cours de réfection. En face, de l'autre côté de la place, le snack-bar Le Terminus se prépare à rouvrir aussi. Il y avait des dizaines de commerces à Chréa lorsque les séjours des propriétaires de chalets étaient conséquents. Ce matin pas moyen d'avaler une infusion pour se réchauffer. Les deux cafés ont déjà fermé leurs portes. A dix heures du matin, en jour de semaine, il ne reste plus de clients. Ils sont descendus dans la vallée. Réouverture le soir à leur retour. Entre deux assauts de citadins décidés à frissonner sous les émanations subtiles des conifères ployant sous le poids de la neige, Chréa continue de vivre. Grâce à sa mystique céleste, au froid vivifiant et plus prosaïquement aux lourds équipements de télécommunications implantés sur sa dorsale et qui en ont fait une priorité sécuritaire, une place imprenable par les temps les plus incertains. Chréa n'a jamais tout cédé à fait aux nouveaux rites de la vallée. Elle a gardé son col ouvert par temps de blizzard. Comme son pittoresque hôpital pour enfants ashmathiques qui n'a jamais fermé, masqué derrière les arbres. "Il peut accueillir jusqu'à deux cents enfants. Les enseignants montaient de Blida pour donner des cours. Il y a tout ce qui faut à l'intérieur. Mais après ce n'était plus possible. Quarante-deux élèves sont toujours là. Ils poursuivent leurs études dans les établissements du village." Ils sont d'ailleurs et vivent à Chréa.
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