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Les arts préhistoriques des Ijjers


Ce n'est qu'au début du XXe siècle que les arts préhistoriques furent découverts, très fortuitement d'ailleurs, donnant: ainsi naissance à une science nouvelle : la recherche préhistorique. C'est la .fille du propriétaire d'un terrain dans la région d'AItamira, en Espagne, qui découvre les premières peintures préhistoriques. Elle revient toute bouleversée à la maison après avoir vu les oeuvres qui, aussitôt, attireront des dizaines de visiteurs, dont le roi d'Espagne en personne.

Cependant, le propriétaire a beau être un comte (le comte de Santuola), les scientifiques du Congrès de Madrid le prennent pour un faussaire, d'autant que quelques mois plus tôt il avait reçu la visite d'un artiste peintre auquel on attribue les peintures réalisées sur les parois de ladite grotte. En ce début du XXe siècle, la science historique savait que l'Égypte était plus ancienne que la Grèce et, grâce à Napoléon, le pays des pyramides pharaoniques avait suscité la curiosité scientifique dont celle du Champollion qui réussit à décrypter l'écriture égyptienne. Pourtant même la Mésopotamie (dont les vestiges étaient visibles) n'avilit pas encore attiré la curiosité des historiens ou historiens de l'art. Quelques années plus tard, en France, en visitant une grotte de Fond-de-Gaume, le jeune abbé Breuil fait une découverte tout aussi surprenante que celle de la fille du comte de Santuola.


Au fond de la grotte, il voit des bisons peints sur la paroi et qui ressemblent étrangement à ceux d'Altamira. Le doute est enfin levé sur Altamira car Font-de-Gaume apporte la preuve irréfutable que l'on était face à un art très ancien, préhistorique. L'abbé Breuil deviendra un éminent préhistorien. Un peu plus tard, les grottes de Lascaux et de Rouffignac sont découvertes respectivement en 1940 et 1956. Quant aux fresques du Tassili, il est patent que les habitants de la région les connaissaient bien avant l'arrivée de Henri Lhote, leur découvreur scientifique. C'est un officier méhariste, le lieutenant Brenans, qui informe Lhote de l'existence de ces fresques. Ce dernier accourt, prend un guide, Djebrine, et se met en tâche de répertorier les milliers d'œuvres que lui et ses coéquipiers découvraient chaque jour, sans omettre d'en exécuter des copies conformes par le peintre qui l'accompagnait. L'équipe de Lhote était constituée de quatorze personnes, dont sa femme.


 LE PLUS GRAND MUSEE A CIEL OUVERT DU MONDE


Ce couple, Henri Lhote, un scientifique sensible et méticuleux, et Djebrine, un Targui coriace el silencieux qui connaît chaque grain de sable de son désert natal, fera sortir le Sahara du silence qui pesait sur lui. Grâce à ces deux hommes; on sait qu'il y a à peine quelques millénaires, cette région était très prospère, avec des pluies abondantes, des prairies, des lacs. des cours d'eau et des forêts giboyeuses, et qu'elle était également le lieu d'habitation d'une communauté dont les nombreuses traces (outils- armes. parures, peintures, gravures, ossements..,) attestent de son degré d'émancipation et de sa sensibilité, de son organisation et de ses pratiques culturelles et religieuses.



Aujourd'hui, le Tassili est le plus grand musée à ciel ouvert du monde. Classé par l'Unesco patrimoine universel, le Parc national du Tassili, un plateau vaste comme un pays. est constitué de petits massifs secondaires fortement érodés entre lesquels on circule par d'étroits couloirs surplombant des falaises et des forêts de colonnes et de pitons gigantesques qui accentuent le mystère du lieu et lui donnent une beauté incomparable. Paysages lunaires, pour reprendre un cliché, d'où surgit parfois une guelta avec un acacia ou un cyprès venu de la nuit des temps et encore tout verdoyant.


Des paysages fascinants à tout moment de la journée ! Et si vous aimez faire un voya­ge dans la préhistoire, les fresques, par di/aines de milliers, rendront votre séjour dans cette région plus inoubliable encore. Le Tassili, ce n'est pas moins de 800 km de long et 50 à 60 km de large ! Cherchez les Fresques dans celle immensité ! Évidemment les guides vous y conduiront, mais une carte et une boussole suffiraient aux initiés. Le Tassili n'est donc ni Lascaux ni Altamira.
C'est beaucoup plus vaste et prodigieux car il ne s'agit pas de dizaines d'œuvres mais de dizaines de milliers que l'on découvre sur un site beau et surprenant à couper le souffle. Si a Lascaux, Altamira, la Pileta. Font-de-Gaume, etc., !es scènes sont animalières (bisons, chevaux, rhinocéros, cervidés, rennes, bœufs...) et souvent traitées dans un style naturaliste, celles du Tassili soin d'une tout aussi belle facture artistique que Ses œ livres préhistoriques européennes avec cette différence que les styles sont étonnamment variés, allant du naturalisme à des styles que Henri Lhote a dû définir d'après la période et la thématique des œuvres.


Nommons-les : le style des petits personnages cornus à tête ronde, le style des diablotins, le style des hommes à tête ronde de la période moyenne, le style des hommes à tête ronde évolué, le style des hommes à tête ronde décadent, le style des hommes à tête ronde très évolué, le style des «juges» de la période pré bovidienne, le style des hommes blancs longilignes de la période pré bovidienne. le style des chasseurs à peintures corporelles de la période bovidienne ancienne, le style bovidien, le style de la période des chars, enfin le style des hommes bitriangulaires, ou période du cheval monté. Douze styles en tout. selon la classification de Lhote ! Ces styles laissent parfois supposer que des communautés différentes se sont installées sur ces plateaux, recourant parfois à la surcharge des fresques de leurs prédécesseurs.


L'hote écrit :
«Mais ce qui est important, c'est que ces figures n'ont aucune parenté avec celles de la province franco cantabrique ou de l'Afrique du Sud et si, à un moment donné, on constate des influences égyptiennes et peut-être aussi mycéniennes. les plus archaïques appartiennent à une école jusqu'alors inconnue, née sur place, et dont les œuvres constituent aujourd'hui les données les plus anciennes que l'on possède de l'art nègre.»
Il ajoute :
«Pur ailleurs, si les peintures de la province franco-catabrique nous ont révélé certains traits des coutumes et des mœurs des hommes des cavernes, elles ne nous ont pas appris grand-chose sur la nature et les origines de ceux qui les ont tracés, sinon que notre pays fui autrefois habité par des chas­seurs de bisons, de mammouths, de rhinocéros et de rennes. A leur encontre, les peintures du Tassili constituent de véritables archives qui permettent d'avoir une idée très nette de l'ancien peuplement du Sahara, des différents types de populations qui s'y sont succédé, des vagues de. pasteurs qui S'ont parcouru, des influences étrangères qui sont intervenues...» Le découvreur du Tassili ajoute : «Incontestablement, de nombreux groupements humains on! du fréquenter ces lieux à des époques plus favorables, et chacun y a inscrit son histoire à sa manière, en fonction de ses préoccupations; pour les uns la chasse, pour d'autres l'élevage, pour d'autres encore la guerre...»


 DES CYPRES DANS L'ARIDITÉ DU DÉSERT


Acacias, genévriers, pins d'Alep, micocouliers, oliviers, aulnes, frênes, tamariniers et d'autres espèces d'arbres se dressaient sur ce paysage dont l'aridité et la sécheresse d'aujourd'hui laissent difficilement accroire que la chlorophylle y était reine autrefois et que l'eau y coulait en abondance, que toutes sortes d'animaux y vivaient comme ils continuent à vivre encore plus au sud, en Afrique.


Les quelques exemplaires millénaires des cyprès gigantesques qui persis­tent encore dans l'oued Tamrit sont une autre preuve vivante que la fertilité passée de cette région n'est pas une simple hypothèse des hommes de science mais l'évidence même. Les représentations figurées, les objets (parures, meules à broyer, armes, outils) et les ossements découverts sur des dizaines et des dizaines de gisements attestent eux aussi que si une communauté humaine a pu y vivre avec ses immenses troupeaux de bovidés, c'est que les conditions géographiques et climatiques étaient très favorables il y a à peine 6 000 à 10 000 ans de cela, soit durant la période néolithique, En lout cas. c'est à celte période que l'on a pu faire remonter les fresques du Tassili, selon la plupart des préhistoriens


Comment douter, selon le témoignage de ces milliers de fresques et l'incroyable richesse des gisements, notamment des pointes de flèches, que le Tassili devait être la région la plus peuplée de notre planète il y a quelques millénaires de cela ? Cependant, si cette masse d'informations donne une idée précise sur l'organisation sociale, le mode de vie. le Travail et la culture des habitants du Tassili. on ne sait pourtant les nommer que par des noms mythiques : Gétules. Aethiopiens. Atlantes, Troglodytes, Numides, Libyens. Garamantes... Puis progressivement, les cours d'eau et les lacs ont commencé à s'assécher, le désert à remplacer les prairies verdoyantes et les forêts luxuriantes, et les bêtes à quitter ces territoires devenus inhos­pitaliers pour eux. Le bison, le rhinocéros, la girafe et l'hippopotame sont certes partis, mais les hommes qui ont vécu ici ne sont-ils pas les ancêtres de ceux qui y vivent enco­re ? La science reste muette sur ce point-là. Celle part de mystère qui plane encore sur cette partie du Sahara le rend plus fascinant encore.


 JEBBAREN, LE LOUVRE DU TASSILI


On retrouverait les descendants de ces Gétules, Garamantes. Atlantes ou Numides fresquistes chez les Peuls, disent quelques scientifiques en établissant des liens d'après la culture et le type humain. Les coiffures des personnages représentés dans certaines Fresques du Tassili des Ajjer semblent similaires à celles portées par les Peuls d'aujourd'hui qui pratiquent également l'art de la peinture corporelle dont les Tassiliens d'autrefois étaient friands d'après les fresques. Plusieurs types humains se sont succédé dans les Tassili. et les Touaregs d'aujourd'hui seraient l'un d'entre eux. Avec l'avènement de la désertification, les autres populations tassiliennes se seraient-elles repliées vers le sud, vers le fleuve Nigris (aujourd'hui Niger) qui séparait le monde des Blancs de celui des Noirs ? Mystère.



Au sujet des populations tassiliennes, Lhote écrit : «Les profils nous ont étonnés par leur diversité : il y en a de prognathes, d'autres sont europoïdes, ce qui laisse supposer que le type physique n 'était pas uniforme et que plusieurs races vivaient côte à côte. comme aujourd'hui les Touaregs et leurs esclaves noirs. La variété des costumes, qui comportent de longues tuniques ou des pagnes courts, ou des vêtements en fibre, etc., confirmerait ce point de vue. Toutefois le type le plus commun évoque. Se profil éthiopien. C'est certainement de l'est que sont venues ces grandes vagues de pasteurs qui ont envahi non seulement le Tassili mais tout le Sahara.»


En tout cas, d'après les fresques, on sait que ces hommes artistes étaient des gens curieux et en contact avec les autres populations de l'Afrique du Nord. Ils devaient aller Jusqu'en Libye, à Oea (actuelle Tripoli). grande métropole à l'époque, mais également jusqu'en Égypte. A Jebbaren, il y a une fresque représentant une scène d'offrande égyptienne ainsi qu'une scène montrant quatre déesses à tête d'oiseau traitées à l'égyptienne ! Se rendaient-ils en Libye grâce à leurs chars Tirés par des che­vaux. comme le dit Henri Lhote, en suivant un itinéraire que ce chercheur appelle «la Route des chars» ? Cette Route des chars dont parle le découvreur du Tassili irait de Gao (sur le fleuve Niger, non loin de Tombouctou) pour arriver a Oea, en passant par le Tassili du Hoggar et le Tassili des Ajjer avant d'aboutir à la Méditerranée, en Libye. Pour d'autres chercheurs, les contacts des populations du Tassili ne pouvaient se faire à l'aide de chars tirés par des chevaux car, selon eux, des bêtes non ferrées ne peuvent parcourir de si longues distances. et des chars avec des essieux en bois ne peuvent servir que pour la guerre ou le prestige, pas à traverser des milliers de kilomètres.


Vers 3 000 avant J.C. le cheval disparaît des fresques, remplacé par le droma­daire, un animal plus adapté aux nouvelles conditions climatiques, probablement aggravées par la raréfaction du pâturage, cause de la prolifération des troupeaux de bœufs. Jebbaren, c'est le Louvre du Tassili. On y trouve plus de cinq mille sujets peints sur un quadrilatère de 600 m de côté ! Des peintures minuscules, de quelques centimètres seulement à cette gigantesque déesse de cinq mètre de haut ! Tous les styles tassiliens y sont représentés on presque mais les fresques sont éparpillées sur des milliers de kilomètres carrés. A vous de chercher. Pour préserver ce patrimoine de l'humanité, veuillez suivre les consignes des guides et des gardiens du parc

 

 

 

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