
Les services aux particuliers et à la collectivité
LES SERVICES DE NETTOYAGE DES LOCAUX
Généralités
Le nettoyage consiste à épousseter, laver et polir des surfaces ou des murs, à éponger, balayer et faire briller les sols ainsi qu’à évacuer les déchets et les eaux usées. Ces activités ont lieu dans des bureaux, des bâtiments publics et commerciaux, dans des usines et au domicile de personnes privées, mais aussi parfois dans des espaces clos et peu ventilés ou dans des lieux qui n’ont pas été conçus en fonction de leur nettoyage ultérieur. Les employés de nettoyage peuvent travailler comme indépendants ou pour le compte de sous-traitants privés ou être employés par l’entreprise à laquelle appartiennent les locaux à nettoyer. Les personnes qui nettoient sont appelées femmes de charge, hommes à tout faire, gardiens (gardiennes) ou concierges, techniciens (techniciennes) de surface selon les espaces nettoyés et les tâches qui leur sont confiées. Les gardiens et les concierges, par exemple, peuvent effectuer à la fois le nettoyage et les travaux de réparation.
Les employés de nettoyage ont de tout temps travaillé de façon relativement autonome, en comparaison à d’autres catégories professionnelles qui ont le même type d’image auprès du public. L’inspection est assurée par des superviseurs, mais les utilisateurs des espaces nettoyés ne manquent pas eux aussi de faire des observations sur la tenue des locaux. Les travailleurs ont tendance à organiser eux-mêmes leurs tâches et à mettre au point leurs propres méthodes de travail (Messing, Haëntjens et Doniol-Shaw, 1993). Toutefois, en Amérique du Nord, il est de plus en plus fréquent d’établir le trajet des employés de nettoyage au moyen de logiciels informatiques pour tenir compte de l’ameublement, du type de sol et de l’encombrement des lieux. En fonction de la fréquence de nettoyage souhaitée, des zones à nettoyer et du temps jugé nécessaire pour chaque type de zone, on calcule le temps total requis pour le nettoyage. L’inspection peut être faite grâce à un programme informatique de contrôles ponctuels aléatoires. Certaines de ces méthodes sous-estiment parfois beaucoup les tâches à effectuer, notamment si l’inventaire du mobilier et du matériel n’est pas tenu à jour (Messing, Chatigny et Courville, 1996).
Au Canada, le nettoyage arrive en huitième et dixième position parmi les professions les plus couramment exercées par des hommes et des femmes respectivement (celles-ci représentent 46% des effectifs de la profession) (Armstrong et Armstrong, 1994). En 1991, en France, 229 000 personnes travaillaient pour 9 000 entreprises de nettoyage; environ un tiers d’entre elles étaient des travailleurs immigrés et 64% étaient des femmes (Bretin, 1994). Au Danemark, 85% des 130 000 employés de nettoyage sont des femmes (Nielsen, 1995). Dans certains pays, les travaux de nettoyage dans les secteurs secondaire et tertiaire sont classés en deux catégories: les tâches «lourdes» et les tâches «légères» et sont attribués officiellement ou officieusement aux hommes ou aux femmes, respectivement, et rémunérés selon des barèmes différents (Gouvernement du Québec, 1994). Les femmes sont chargées, par exemple, d’épousseter et d’encaustiquer, de nettoyer les salles de bains et de vider les poubelles, alors que les hommes balaient, essuient, polissent les sols et portent les déchets aux incinérateurs (Messing, Haëntjens et Doniol-Shaw, 1993; Messing, Doniol-Shaw et Haëntjens, 1993; Messing, Chatigny et Courville, 1996). Dans d’autres pays, les hommes et les femmes sont affectés indifféremment à n’importe quelle tâche de nettoyage (Nielsen, 1995; Hagner et Hagberg, 1989). Les employés de nettoyage sont souvent relativement âgés par rapport aux travailleurs d’autres secteurs (Bretin et coll., 1992; Messing, 1991; Nielsen, 1995).
Les facteurs de risque et les stratégies de prévention
Le nettoyage peut être effectué au moyen d’outils à main (brosses, balais, chiffons, serpillières, etc.) ou à l’aide de machines. Pour enlever la poussière et rendre les surfaces propres et brillantes, on se sert de produits chimiques très divers. La difficulté de la tâche dépend de la surface à nettoyer (rugueuse, lisse, alvéolée), de la hauteur et de la forme des objets, de l’encombrement des espaces et des activités professionnelles exercées par les occupants. Dans certains cas, la nécessité de nettoyer peut être réduite (et parfois carrément supprimée) en modifiant la conception même des objets à nettoyer (par exemple, en installant des toilettes à vidange automatique).
La charge musculo-squelettique
Le nettoyage, et plus particulièrement celui des meubles et des salles de bains et le vidage des poubelles, impose des changements posturaux rapides et de nombreuses postures forcées et inconfortables (voir tableau 100.1). Beaucoup d’objets doivent être nettoyés, à des hauteurs très diverses; dans une chambre d’hôpital, on a noté la séquence typique suivante: table (81 cm), téléviseur (196 cm), téléphone (81 cm), lampe (jusqu’à 188 cm), pieds de table (11 cm), chaise (46 cm), paravent (81 cm), fauteuil (46 cm), rebord de fenêtre (89 cm), tensiomètre mural (154 cm), pieds de chaise (du sol jusqu’à 46 cm), appareils à oxygène (137 cm) (Messing, Chatigny et Courville, 1995).
Tableau 100.1 Postures observées pendant des tâches d'époussetage dans un hôpital
Tableau en cours de préparation ...
Selon l’étude de Sögaard, Fallentin et Nielsen (1996), le nettoyage des sols exige des mouvements répétés (cycle chronologique de base de 1 à 2 secondes) et une flexion modérée prolongée du dos. Les mains exercent une pression constante pour pousser les aspirateurs et les cireuses, tâche qui requiert une force de près de 10 kg (Messing, Chatigny et Courville, 1996). Sögaard, Fallentin et Nielsen (1996) ont constaté que la flexion moyenne du dos pendant l’épongeage des sols est de 28° et la flexion moyenne du cou de 51°. Hagner et Hagberg (1989) ont relevé la présence de charges musculaires statiques, notamment au niveau de l’articulation de l’épaule. Nordin et coll. (1986) ont fait état de flexions intensives du tronc vers l’avant lors de la simulation d’une tâche typique des gardiens d’immeuble (lorsqu’ils passent une serpillière sur le sol). Pour nettoyer les sols et les objets, il faut refaire sans cesse les mêmes gestes. Selon Sögaard (1994), la répétition constante de certains mouvements, entrecoupés de trop rares pauses, peut conduire à une sursollicitation de certaines fibres musculaires, toujours les mêmes, et provoquer des troubles au niveau des muscles.
Un grand nombre d’objets doivent être déplacés pour être nettoyés. Ainsi, pour nettoyer et polir des sols pendant 66 minutes, les préposés ont dû déplacer 0,7 objet par minute, pouvant peser jusqu’à 10 kg, et pendant 23 minutes d’époussetage, 3,7 objets par minute, pouvant peser jusqu’à 2 kg (Messing, Chatigny et Courville, 1995).
Winkel et coll. (1983) et Hagner et Hagberg (1989) relèvent qu’il est de moins en moins facile de varier les gestes et les postures parce que les tâches de nettoyage sont toujours plus spécialisées et normalisées. De même, la répartition des tâches, en fonction du sexe, qu’elle soit officielle ou non, limite elle aussi la diversité des mouvements et constitue un facteur de risque supplémentaire de troubles musculo-squelettiques. Il est donc important de prévoir des temps de pause suffisants pour permettre aux travailleurs de récupérer (Messing, Haëntjens et Doniol-Shaw, 1993).
La charge cardio-vasculaire
La charge cardio-vasculaire peut être très lourde. Johannsson et Ljunggren (1989) ont enregistré le rythme cardiaque de femmes de ménage pendant le nettoyage de bureaux ou de toilettes et ont relevé des rythmes de 123 pulsations à la minute, soit 65% du maximum correspondant à l’âge moyen de ces employées (29,8 ans), ce qui équivaut à environ 35% de leur consommation d’oxygène maximale estimée, ou VO2max, soit pratiquement celle des travailleurs du bâtiment. Le récurage à grande eau ou à la serpillière provoque des rythmes cardiaques à peu près du même ordre: 122 à 127 pulsations à la minute. Hagner et Hagberg (1989) ont constaté une consommation élevée d’oxygène (jusqu’à 40% du VO2max) chez des nettoyeuses qui passaient la serpillière sur le sol dans des conditions expérimentales. Sögaard (1994) a relevé une charge cardio-vasculaire relative des nettoyeuses de bâtiments scolaires, mesurée sur le lieu de travail, de 53% du VO2max.
Pour prévenir les troubles musculo-squelettiques et réduire la charge cardio-vasculaire, le volume de travail et les temps de repos devraient être dosés de façon judicieuse. Il conviendrait d’accorder une plus grande attention au confort, à la facilité du nettoyage ainsi qu’au choix du mobilier dès le stade de la conception des espaces et des méthodes de travail. Il faut en effet moins de force pour passer l’aspirateur sur une moquette posée avec soin et ne plissant pas. L’utilisation d’outils adéquats est importante: l’emploi de brosses extensibles pour le dépoussiérage contribue, par exemple, à réduire les efforts nécessaires pour atteindre les objets et évite d’avoir à monter sur des escabeaux. Les flexions prolongées sont moindres si les produits et les instruments utilisés permettent un nettoyage plus rapide, et si celui-ci est suffisamment fréquent pour que la poussière ne s’accumule pas. La pratique courante consistant à réduire la ventilation des locaux le soir ou la nuit, au moment où a lieu le nettoyage, affecte la qualité de l’air que respirent les employés de nettoyage et devrait par conséquent être évitée. Pour prévenir le risque de surmenage lorsque cette activité est planifiée grâce à un logiciel, il conviendrait de vérifier par des observations soigneuses que les temps alloués sont réalistes et qu’ils tiennent compte des multiples usages des locaux. L’inventaire des pièces et des objets nettoyés devrait être fréquemment mis à jour.
Des procédures et des dispositifs ont été conçus pour vider les corbeilles à papier dans les poubelles, et les poubelles dans les incinérateurs de telle manière que les employés de nettoyage n’aient pas à les soulever à la main.
Les produits chimiques
On distingue parmi les produits de nettoyage les savons, détergents, désinfectants, poudres à récurer, poudres à laver, dissolvants pour cires et décapants, solvants, pesticides et produits de vidange des tuyaux. Tous peuvent contenir des parfums et des colorants. Ils peuvent pénétrer dans l’organisme par voie cutanée ou inhalatoire et provoquer des affections de la peau, des yeux, de la gorge ou des poumons. Leur toxicité dépend de la concentration du produit considéré et de la façon dont il est utilisé. Les atomiseurs produisent des aérosols et démultiplient l’exposition. Certains produits sont irritants à faible concentration et corrosifs à forte concentration (acides, agents oxydants ou bases). D’autres, tels que les solvants ou les détergents, attaquent la barrière cutanée et la rendent plus sensible aux agents chimiques. D’autres encore contiennent des métaux (nickel, cobalt, chrome) ou des substances qui peuvent avoir une action allergisante.
Les agents nettoyants sont souvent vendus sous forme très concentrée et dilués sur le lieu de leur utilisation. Comme pour les autres produits chimiques, les utilisateurs les emploient fréquemment à une concentration plus élevée que celle qui est recommandée, dans l’espoir de pouvoir nettoyer plus rapidement ou plus efficacement. Une information et une formation appropriées, ainsi qu’une adaptation de la charge de travail, devraient permettre de prévenir ce risque de surexposition. Les mélanges peuvent provoquer des intoxications et des brûlures accidentelles; la mise en œuvre de produits chimiques puissants dans des espaces mal ventilés constitue un risque pour les employés de nettoyage et devrait être évitée.
La base de données danoise sur les produits chimiques — Registre national des substances et préparations chimiques (PROBAS) — contient des informations sur 2 576 produits de lavage et de nettoyage. Sur ce nombre, 70 sont considérés comme potentiellement nocifs, provoquant des atteintes chroniques ou aiguës; il s’agit entre autres d’agents corrosifs, cancérogènes, toxiques, allergènes et neuro-toxiques (Borglum et Hansen, 1994). On en trouvera la liste au tableau 100.2. Une étude du Registre PROBAS recense 33 allergènes par contact parmi les produits de nettoyage (Flyvholm, 1993).
Tableau 100.2 Produits chimiques dangereux utilisés pour le nettoyage
Tableau en cours de préparation ...
La détermination de la toxicité a été effectuée par l’Institut danois de santé au travail. Note: les produits de nettoyage n’ont pas tous été testés en vue de connaî tre l’ensemble de leurs propriétés toxiques; cette liste n’est donc pas nécessairement exhaustive. Source: résumé d’après Borglum et Hansen, 1994.
Les employés de nettoyage qui travaillent dans des usines ou dans des établissements hospitaliers peuvent être exposés à des produits chimiques ou à des agents biologiques du fait des activités en cours dans les locaux dont ils ont la responsabilité. S’ils ne participent pas aux programmes de formation et ne sont pas intégrés au réseau de l’entreprise, ils ont moins conscience des risques que les autres travailleurs. Ainsi, une étude a montré que, de toutes les catégories de travailleurs hospitaliers, les employés de nettoyage étaient le groupe le plus fréquemment exposé à des produits chimiques nocifs (Weaver et coll., 1993).
La question du port de gants pour les travaux de nettoyage reste sujette à controverse. Les gants constituent une bonne protection de la peau contre les produits dangereux à condition qu’ils soient de la bonne taille et confectionnés avec des matières imperméables et résistantes. Mais le fait d’en porter constamment n’est pas sans inconvénient. La transpiration ne s’évapore pas et le milieu humide qui en résulte favorise le développement d’agents infectieux. Le port de gants a été associé à des troubles cutanés chez de nombreux préposés au nettoyage au Danemark (Nielsen, 1996). Il vaut donc mieux porter des gants le moins possible. On peut d’ailleurs éviter d’y avoir recours en se servant d’outils à longs manches ou en changeant de méthode de travail. Il est également faisable de réduire l’humidité des mains en proposant aux travailleurs d’intercaler, sous les gants en caoutchouc ou en plastique, des gants en coton qui les protégeront des allergies à quelques-unes des matières servant à les confectionner (Foussereau et coll., 1982). Certaines crèmes pour les mains contiennent elles aussi des produits irritants et devraient donc être utilisées avec modération (Hansen, 1983).
Plusieurs autres techniques permettent d’abaisser l’exposition aux produits chimiques. Ainsi, lors du stockage ou de la préparation des solutions de nettoyage, il faut prévoir une bonne ventilation et veiller à ne pas toucher ou inhaler les produits. Les employés de nettoyage sont moins tentés d’utiliser des produits chimiques non dilués s’ils disposent d’assez de temps pour faire leur travail et sont équipés d’un matériel répondant à leurs besoins. Il faut aussi les dissuader de recourir à des produits non dilués ou à des produits chimiques contenant des parfums allergénisants pour montrer qu’ils ont fait leur travail. Enfin, on peut aussi réduire l’exposition en procédant à des inspections précises ou encore par divers systèmes de communication avec les autres travailleurs et les clients des services de nettoyage.
On trouvera des informations utiles sur la prévention de l’exposition aux produits chimiques dans le manuel publié par la ville de New York (Michaels, non daté).
Les autres risques pour la santé
Les employés de nettoyage travaillent souvent par poste, le soir ou la nuit, afin de ne pas perturber les activités qui se déroulent dans les locaux dont ils assurent l’entretien. Ils sont donc susceptibles d’éprouver les effets habituels du travail posté sur les rythmes biologiques. Ils risquent, en outre, d’être la cible d’actes de violence s’ils se trouvent seuls dans des endroits isolés.
Les employés de nettoyage, plus spécialement ceux qui travaillent en dehors des heures d’ouverture ou qui ne font pas partie du personnel régulier, sont souvent marginalisés et exclus du réseau social de l’entreprise (Messing, 1998). Il arrive même qu’ils n’aient pas accès aux installations prévues pour les pauses et les repas. Aux effets psychologiques de cette exclusion s’ajoute le fait que, contrairement aux autres travailleurs, ils ne sont pas informés des risques auxquels ils sont exposés, même si la législation de nombreux pays oblige les employeurs à leur communiquer ces renseignements. Par ailleurs, malgré l’importance que revêtent la texture et la conception des surfaces pour leur travail, les employés de nettoyage et leurs superviseurs hiérarchiques ne sont pas consultés lorsque les décisions d’achat et de planification correspondantes sont prises. C’est notamment le cas lorsque ce travail est confié à des sous-traitants. Il est donc important de faire participer les employés de nettoyage aux activités de prévention. Les informations sur les produits chimiques, les méthodes de travail et la sécurité devraient leur être communiquées et être affichées visiblement dans l’entreprise.
Les effets sur la santé et les maladies les plus fréquentes
Les employés de nettoyage professionnels sont en général en moins bonne santé que les autres travailleurs (Nielsen, 1995; Association pour la santé et la sécurité au travail, secteur affaires sociales (ASSTSAS), 1993; Sögaard, 1994). D’après une comparaison faite dans le cadre d’une enquête sur la santé au Québec, il semble que, compte tenu de leur l’âge, les nettoyeuses sont les travailleuses qui ont le taux le plus élevé de dorsalgies et de cardiopathies chroniques et les employés de nettoyage, le taux le plus élevé de troubles musculo-squelettiques et de cardiopathies (Gervais, 1993). Les employées de nettoyage enceintes présentent un risque accru d’avortement spontané (McDonald et coll., 1986), d’accouchement avant terme (McDonald et coll., 1988) et d’enfant de faible poids de naissance (McDonald et coll., 1987).
Des études épidémiologiques portant sur de vastes échantillons de population mettent en évidence un taux élevé de cancers dans cette profession. Une proportion particulièrement forte de certaines tumeurs du cerveau a été rapportée chez les travailleurs américains de race blanche des services de nettoyage (Demers, Vaughan et Schommer, 1991). La fréquence du cancer du col de l’utérus invasif est presque cinq fois plus élevée chez les nettoyeuses que chez les autres femmes (Savitz, Andrews et Brinton, 1995). Ces résultats sont attribués aux expositions aux produits chimiques, plus particulièrement aux solvants.
Les troubles musculo-squelettiques sont fréquents. Au Danemark, par exemple, Nielsen (1995) a observé que les employés de nettoyage qui avaient quitté la profession présentaient moins de symptômes de troubles musculo-squelettiques que ceux qui l’exerçaient encore. Le nettoyage est l’une des cinq activités professionnelles où l’on constate le plus de douleurs à l’épaule et au cou, de ténosynovites et de dorsalgies (Sögaard, Fallentin et Nielsen, 1996). Selon une étude épidémiologique basée sur un échantillon de population en Suède, les nettoyeuses sont les travailleuses qui ont le plus de risque de présenter une ostéoarthrite du genou (Vingard et coll., 1991). Dans les hôpitaux du Québec (Canada), les employés de nettoyage ont deux fois plus d’accidents du travail et de maladies professionnelles que le travailleur québécois moyen du secteur de la santé: 23,8 contre 13,9 pour 100 équivalents travailleurs à plein temps par an, la plupart des lésions impliquant le tronc ou les membres supérieurs (ASSTSAS, 1993). En France, une étude comparative réalisée dans cette catégorie professionnelle en région parisienne a montré que les hommes souffrent plus souvent de dorsalgies et les femmes de troubles articulaires (Opatowski et coll., 1995). Ces différences s’expliquent probablement par les particularités des tâches qui leur sont confiées respectivement (Messing, Haëntjens et Doniol-Shaw, 1993; Messing, Doniol-Shaw et Haëntjens, 1993; Messing, Chatigny et Courville, 1996).
Les employés de nettoyage ont un taux élevé de troubles cutanés tels que dermites et eczéma (Gawkrodger, Lloyd et Hunter, 1986; Singgih et coll., 1986). Sur de larges échantillons de ces employés en milieu hospitalier, on a constaté un taux de prévalence de 15 à 18% d’affections cutanées, et cela pendant 39% de la durée totale de leur emploi dans la profession (Hansen, 1983; Delaporte et coll., 1990). Plus les employés de nettoyage passent de temps avec les mains mouillées, plus ils souffrent de troubles cutanés (Nielsen, 1996). Ils peuvent également se blesser ou s’infecter avec du verre cassé, des aiguilles ou d’autres objets coupants quand ils manipulent des déchets (ASSTSAS, 1993).
Des spécialistes de la santé au travail ont relevé chez les employés de nettoyage en milieu hospitalier des symptômes de stress liés au travail et ont préconisé de procéder à une étude de leurs conditions de travail (Toivanen, Helin et Hänninen, 1993). Le faible prestige de la profession pourrait jouer un rôle dans la détresse psychologique chez ces travailleurs (Messing, 1998).
La prévention des accidents, des infections et de la contamination de l’environnement passe par l’élaboration de directives précises pour l’élimination des déchets dangereux dans les usines, les hôpitaux, les bureaux et les bâtiments publics. Les contraintes auxquelles sont soumis les autres travailleurs peuvent les empêcher d’accorder toute l’attention voulue à la prévention des risques qu’encourent les employés de nettoyage. Il conviendrait d’organiser des consultations entre ces employés et le personnel des entreprises au moment de choisir la dimension et l’emplacement des poubelles, ainsi que lors de la conception du système de tri et d’étiquetage des déchets. Si l’on veut que les méthodes proposées tiennent compte des conditions réelles, qu’elles répondent véritablement aux besoins, il conviendrait d’associer les intéressés à la planification et à la modification des pratiques relatives à l’élimination des déchets.
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