
Le travail de bureau et le commerce de détail
LA NATURE DU TRAVAIL DE BUREAU
L’organisation du travail et le stress
On pense habituellement que dans le commerce et les bureaux, le travail est propre, facile et sans risques. S’il est vrai que les accidents graves ou mortels y sont rares, il existe néanmoins dans ces secteurs des risques professionnels qui affectent la qualité de la vie et peuvent, dans certains cas, provoquer de graves lésions et entraîner la mort.
On peut définir le stress comme un stimulus physique ou psychologique, responsable de tension ou de perturbation de l’équilibre physiologique normal de la personne. Il peut notamment être la cause de maux de tête, de troubles gastro-intestinaux et du sommeil, d’hypertension et autres maladies cardio-vasculaires, d’anxiété, de dépression et d’une augmentation accrue de la consommation d’alcool et de médicaments. Si le travail est source de stress dans le commerce et les bureaux, c’est à la fois en raison de la structure de l’emploi dans ces secteurs et de la façon dont le travail y est organisé.
La structure de l’emploi
De plus en plus souvent, les employeurs ont recours à des travailleurs à temps partiel (temporaires par intérim ou en sous-traitance). Ce type d’arrangement permet d’obtenir la souplesse souhaitée des horaires de travail, mais elle a un prix. Les statistiques officielles de la main-d’œuvre montrent qu’aux Etats-Unis, par exemple, le salaire horaire moyen d’un travailleur à temps partiel atteint à peine 60% de celui d’un travailleur à temps complet. Moins bien payés, ces travailleurs sont également défavorisés sur le plan des prestations sociales, telles qu’assurance maladie, retraite, congé maladie payé et vacances, qui sont nettement inférieures à celles dont bénéficient les travailleurs à temps complet. Moins de 25% des travailleurs à temps partiel sont couverts par une assurance maladie payée par l’employeur, contre près de 80% pour les travailleurs à temps complet. Soixante pour cent des travailleurs à temps complet sont affiliés à un régime de pension de retraite, contre 25% seulement des travailleurs à temps partiel. En 1990, près de cinq millions de travailleurs à temps partiel auraient préféré travailler à temps complet. Cette même transformation de l’emploi se retrouve dans d’autres pays. Par exemple, dans l’Union européenne, 15% de la population active et près de 20% des salariés du commerce et des bureaux étaient employés à temps partiel en 1991, et 8,4% des employés de bureau étaient des intérimaires (De Grip, Hoevenberg et Willems, 1997).
A l’infériorité des salaires et des prestations s’ajoutent d’autres aspects négatifs de cette restructuration de l’emploi. Les travailleurs temporaires vivent souvent dans le stress de ne pas savoir quand ils vont avoir du travail. Ils ont également tendance à faire plus d’heures supplémentaires parce qu’ils sont souvent engagés en période «de forte presse». De nombreuses législations n’accordent l’égalité de traitement en matière de protection sociale ni aux travailleurs à temps partiel ni aux travailleurs temporaires, notamment en ce qui concerne la sécurité et la santé au travail, l’assurance chômage et les régimes de retraite. Rares sont les travailleurs de ce type qui sont syndiqués. Selon une étude de cas effectuée à la demande de l’Administration américaine de la sécurité et de la santé au travail (Occupational Safety and Health Administration (OSHA)) sur le travail en sous-traitance dans l’industrie pétrochimique, ces travailleurs reçoivent moins de formation à la sécurité et à la santé au travail et le nombre d’accidents du travail est plus élevé dans cette catégorie de travailleurs que chez les travailleurs des entreprises (Murphy et Hurrell, 1995). Les conséquences que cette augmentation de la main-d’œuvre temporaire et non syndiquée peut avoir sur le plan de la santé ne sauraient être sous-estimées.
L’organisation du travail
L’étude à long terme menée aux Etats-Unis sur les maladies cardio-vasculaires, à laquelle ont participé les habitants de la ville de Framingham (Massachusetts), a examiné la relation entre le statut professionnel et l’incidence des maladies coronariennes et a constaté, à cet égard, que 21% des femmes occupant des emplois de bureau développaient une insuffisance coronarienne, soit près de deux fois plus que les employées d’autres secteurs ou que les femmes au foyer. Selon le modèle «exigences/autonomie» de Karasek du stress d’origine professionnelle, le travail le plus stressant est celui qui se caractérise par des exigences élevées et un faible degré d’autonomie ou de latitude décisionnelle en raison du déséquilibre qu’il présente entre les responsabilités du poste et la capacité du travailleur d’y répondre (Karasek, 1979, 1990). Les emplois tels que ceux du travail de bureau, de la fabrication de matériel électronique, de la confection ou de l’abattage des volailles se caractérisent par la monotonie, les risques ergonomiques et le faible degré d’autonomie dans l’exécution des tâches. D’après ce modèle, le travail de bureau figurait parmi les plus stressants.
Reconnaître les déterminants sociaux, économiques et physiques des effets sur la santé du stress professionnel plutôt que de s’attacher uniquement à la pathologie de la personne est le premier pas à franchir pour traiter de manière complète et durable les problèmes liés au stress. Sans nier les bienfaits des méthodes d’adaptation individuelle et des exercices de relaxation, il est important que les programmes de gestion du stress sur le lieu de travail prennent aussi en compte l’ensemble des contraintes sociales et économiques que subissent les travailleurs dans leur vie quotidienne.
La qualité de l’air
De nombreux bâtiments présentent de sérieux problèmes de pollution de l’air intérieur. Dans les bureaux, les effets combinés d’une mauvaise conception de la ventilation, de bâtiments trop hermétiques et de produits chimiques émanant des matériaux de construction, des machines de bureau et de la fumée de cigarette créent une atmosphère délétère. Des micro-organismes (moisissures, bactéries) peuvent proliférer dans les systèmes de climatisation et d’humidification, les condenseurs à ruissellement et les tours de refroidissement de nombreux immeubles de bureaux. Il peut en résulter le syndrome des bâtiments malsains, dénomination qui recouvre toute une série de symptômes selon la situation et, notamment, les allergies et les infections respiratoires, telles que la maladie des légionnaires, qui peuvent parfois avoir un caractère épidémique. Le polluant le plus courant est peut-être la fumée de cigarette, qui peut multiplier par cinq la quantité de particules inhalées par rapport à celle d’un bureau où l’on ne fume pas. Depuis que la recherche a établi qu’un non-fumeur court un risque accru de cancer du poumon si son conjoint est fumeur, ce risque pourrait être pris en compte chez les employés de bureau non-fumeurs.
Les risques ergonomiques
Les risques ergonomiques ont augmenté ces dernières années dans le commerce de détail avec l’apparition des nouvelles technologies et la transformation des structures organisationnelles. Ce commerce a évolué vers les libres-services et les grandes surfaces. L’introduction du scanner électronique a créé des cycles plus courts et une répétitivité accrue. De plus, l’espace de travail est souvent mal adapté à ces nouvelles technologies et de nombreuses pratiques de travail peuvent être sources de contrainte du système musculo-squelettique.
Un grand nombre d’études et d’enquêtes ont relevé chez les caissières un taux particulièrement élevé de troubles liés à des traumatismes répétitifs et établi une relation dose-réponse entre ce travail et ces troubles. Ces postes exigent généralement une forte activité des membres supérieurs, ce qui est à l’origine d’un pourcentage élevé de syndromes du canal carpien, de tendinite ou de ténosynovite chez cette catégorie de personnel. Chez les manutentionnaires, on observe un niveau modéré d’activité du poignet, mais un niveau élevé d’activité des chevilles. La conception de la caisse peut influencer fortement les gestes et les postures de la caissière, l’amenant à prendre des positions peu commodes et à effectuer fréquemment des hyperextensions et des gestes de soulèvement pour atteindre les articles, d’où les douleurs dans le cou, l’épaule, le coude et le dos. La station debout prolongée des caissières et des manutentionnaires peut aussi provoquer des lombalgies dues aux forces de compression qu’implique leur activité. De plus, la station debout prolongée peut être douloureuse pour les jambes, les genoux et les pieds et provoquer des varices. Le fait d’avoir à déplacer des piles de marchandises, parfois trop lourdes ou trop volumineuses, constitue un autre risque pour le dos.
On constate le même genre de troubles, ainsi que d’autres, dans plusieurs des métiers du commerce de détail. Par exemple, les métiers de fleuriste et de coiffeur sont souvent associés à des problèmes cutanés tels que l’eczéma et la dermite chronique. Dans les cafés et les restaurants, ce sont les coupures et les brûlures qui sont les lésions les plus courantes. Si l’on ajoute à ces facteurs le taux de rotation élevé de la main-d’œuvre qui caractérise ces professions, et la formation inadaptée qui en résulte, on comprend que ces métiers soient propices à l’apparition de douleurs chroniques, de malaises et, éventuellement, de lésions liées à des efforts répétitifs.
Les emplois de bureau
L’idée selon laquelle le travail de bureau serait propre et sans risques est souvent trompeuse. Les profondes transformations qui ont marqué ce type de travail, aujourd’hui caractérisé par une augmentation de la spécialisation et de la répétitivité des tâches et des efforts physiques et par une diminution de l’espace de travail, sont à l’origine de nombreux accidents et de maladies de nature ergonomique. Les accidents les plus courants relèvent de la sécurité du travail, comme le fait de tomber sur un sol glissant, de trébucher sur un fil électrique, de se cogner au tiroir d’un classeur laissé ouvert ou de déplacer des objets lourds tels que boîtes de papier ou meubles de bureau. Cependant, avec l’informatisation de ces emplois, un nouveau type de problèmes de santé est apparu. Les parties du corps les plus fréquemment affectées par les troubles liés à des traumatismes répétitifs sont les membres supérieurs et le cou, mais le travail prolongé devant un terminal à écran de visualisation (TEV) peut aussi entraîner une inflammation des muscles, des articulations et des tendons du dos et des jambes. Des troubles graves du poignet, comme le syndrome du canal carpien, les tendinites et les ténosynovites, sont souvent associés à l’utilisation d’un TEV. Ces troubles peuvent résulter d’une extension continue du poignet pendant l’utilisation du clavier ou d’une pression mécanique directe exercée sur le poignet par l’arête du bureau, par exemple.
Les mouvements rapides et nombreux des doigts pendant la frappe peuvent entraîner des problèmes à ce niveau. Le haussement statique des épaules imposé par un plan de travail trop haut peut aussi être la cause d’une tendinite. De même, la station assise prolongée, qui est caractéristique du travail sur écran, peut ralentir la circulation sanguine et favoriser l’accumulation du sang dans les jambes et les pieds du fait de la compression des tissus mous des jambes. Les douleurs lombaires sont souvent associées à la station assise prolongée, car la compression peut être élevée au niveau de la colonne vertébrale, en particulier si le siège est mal conçu. L’écran provoque aussi fréquemment une fatigue oculaire et des maux de tête dus à un mauvais éclairage ou au scintillement. L’ordinateur est rarement le seul appareil utilisé dans les grands bureaux. Le niveau sonore produit par l’association des photocopieurs, des machines à écrire, des imprimantes, des téléphones et du système de ventilation dépasse souvent les 45 à 55 dBA recommandés pour travailler et téléphoner confortablement dans un bureau et il peut nuire à la concentration et élever les niveaux d’irritation et de stress, que l’on a associés aux maladies cardiaques.
Les risques liés à l’environnement
Les risques environnementaux les plus courants dans le secteur du commerce de détail et des bureaux sont essentiellement liés à la société de consommation: ouverture de grands centres commerciaux et incidence sur les eaux souterraines dues à la transformation des «espaces verts». Dans un grand nombre de collectivités suburbaines des pays industriels, le déplacement du commerce de détail et des bureaux dans de grands centres commerciaux est une menace pour la viabilité à la fois des centres-villes et des espaces libres des banlieues. En Asie et en Afrique, les problèmes sont différents: la croissance considérable et anarchique des zones urbaines s’est accompagnée d’une séparation géographique des classes sociales beaucoup plus prononcée. Mais, au Nord comme au Sud, certaines villes sont devenues des dépotoirs pour les pauvres et les démunis, à mesure que les centres commerciaux et les complexes de bureaux — et, avec eux, les classes les plus favorisées — abandonnaient le centre des villes. Celles-ci n’offrent plus ni les perspectives d’avenir professionnel ni les possibilités de consommation qui vont de pair, et le milieu urbain n’a donc cessé de se dégrader. Le débat sur l’aménagement des quartiers, le mode de vie, les activités commerciales et les possibilités d’emploi dans les villes a été relancé grâce aux efforts que déploient les organisations de défense de l’environnement.
La multiplication des bureaux pose aussi la question de l’utilisation excessive de papier. Cette dernière contribue en effet à la diminution des ressources (l’abattage des forêts pour la production de pâte à papier) et pose un problème en raison des déchets qu’il faut éliminer. Une campagne internationale contre le chlore a également mis l’accent sur les risques chimiques associés à la production du papier. Toutefois, le recyclage du papier a frappé l’imagination de ceux qui se préoccupent d’écologie, amenant l’industrie du papier et de la pâte à papier à augmenter la production de produits en papier recyclé et à trouver des solutions de remplacement à l’utilisation de composés chlorés. Les systèmes de courriers et de fichiers électroniques pourraient apporter une solution à long terme à cette situation.
Le problème considérable que posent les emballages superflus est aussi une préoccupation écologique majeure. Par exemple, Fresh Kills, la décharge de New York pour les ordures ménagères, la plus importante des Etats-Unis, couvre environ 1 500 hectares et reçoit près de 14 000 tonnes d’ordures par jour. A certains endroits, la couche de déchets a près de 50 m d’épaisseur et pourrait bien dépasser les 140 m d’ici à dix ans. Ces chiffres ne comprennent pas les déchets commerciaux ou industriels non toxiques. Une grande partie de ces déchets sont constitués de papier et de matières plastiques qui pourraient être recyclés. En Allemagne, les fabricants sont tenus de reprendre les emballages de leurs produits. Les entreprises sont ainsi vivement encouragées à limiter ce gaspillage dans leurs pratiques commerciales de marketing.
LES CADRES ET LES DIRIGEANTS
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