
PRÉVENIR ET COMBATTRE LA POLLUTION DE L’ENVIRONNEMENT

Au cours du XXe siècle, on a pris de plus en plus conscience de l’impact des activités anthropiques sur l’environnement et la santé publique (étudié dans le chapitre no 53, «Les risques pour la santé liés à l’environnement») et cette prise de conscience a conduit à la mise au point et à l’application de méthodes et de technologies visant à réduire les effets de la pollution. Dans ce contexte, les gouvernements ont adopté des réglementations et d’autres mesures (examinées dans le chapitre no 54, «La politique de l’environnement»), afin de réduire le plus possible les effets défavorables et d’assurer le respect des normes de qualité de l’environnement.
Le présent chapitre vise à donner un aperçu général des méthodes utilisées pour prévenir et combattre la pollution. On y exposera les principes fondamentaux suivis pour éliminer les conséquences préjudiciables à la qualité de l’eau, de l’air ou de la terre; on verra comment la primauté est désormais accordée à la prévention et non plus à la lutte et l’on examinera les limitations auxquelles on se heurte lorsqu’on formule des solutions pour les divers milieux de l’environnement. Ainsi, pour protéger l’air, il ne suffit pas d’éliminer les traces de métaux des gaz de cheminée en se contentant de transférer ces contaminants aux sols par des méthodes inappropriées de gestion des déchets solides. Il faut des solutions intégrées prenant en compte les transferts de milieu à milieu.
Le principe de la maîtrise de la pollution
L’industrialisation rapide a eu sur l’environnement des conséquences qui ont été illustrées par les innombrables cas où les ressources en sols, en air et en eau ont été contaminées par des matières toxiques et d’autres polluants, mettant ainsi gravement en danger la santé des êtres humains et la salubrité des écosystèmes. Avec l’utilisation plus extensive et intensive des matières et de l’énergie, la qualité des écosystèmes locaux, régionaux et mondiaux a été soumise à des pressions cumulatives.
Avant que l’on ne fasse un effort concerté pour restreindre l’impact de la pollution, la gestion de l’environnement n’allait guère au-delà d’une politique de laisser-faire tempérée par l’élimination des déchets pour éviter des nuisances locales graves considérées dans une optique à court terme. La nécessité de mesures correctrices était admise à titre exceptionnel lorsque les dommages étaient jugés inacceptables. A mesure que l’activité industrielle s’intensifiait et que l’on comprenait mieux les effets cumulatifs, le principe de lutte contre la pollution s’est imposé avec force dans la gestion de l’environnement.
Deux concepts ont servi de fondement à cette approche:
• le concept de la capacité d’assimilation , lequel affirme l’existence d’un niveau déterminé d’émissions qui n’entraîne pas de conséquences inacceptables pour l’équilibre de l’environnement ou pour la santé humaine; • le concept du principe de la prévention , lequel postule que les dommages causés à l’environnement peuvent être évités si l’on agit sur les modalités, le rythme et le taux de pénétration des polluants.
Dans le cadre de la lutte contre la pollution, on a surtout cherché à isoler les contaminants de l’environnement et à utiliser des filtres et dispositifs d’épuration en fin de cycle. Ces solutions ont généralement mis l’accent sur des objectifs de qualité ou des limites d’émission propres aux divers milieux environnementaux et elles ont visé principalement les effluents provenant de sources ponctuelles qui étaient déversés dans ces milieux (air, eau, sols).
La mise en œuvre des techniques de lutte contre la pollution
L’application des méthodes de lutte contre la pollution s’est révélée très efficace dans la maîtrise des problèmes — en particulier ceux de caractère local. Elle repose sur une analyse systématique de la source et de la nature de l’émission ou du rejet en question, de son interaction avec l’écosystème et du problème de pollution ambiante à résoudre, ainsi que sur la mise au point de techniques appropriées pour atténuer et surveiller les impacts sur l’environnement.
Dans leur article sur la lutte contre la pollution de l’air, Dietrich Schwela et Berenice Goelzer expliquent combien il est important de concevoir l’évaluation et la maîtrise des sources ponctuelles et non ponctuelles de cette pollution dans une perspective globale, et montrent les implications de cette démarche. Ils exposent également les problèmes — et les possibilités d’action — des pays qui connaissent une industrialisation rapide sans que leur développement antérieur ait été accompagné de solides mesures antipollution.
Marion Wichmann-Fiebig décrit les méthodes utilisées pour modéliser la dispersion des polluants atmosphériques en vue de définir et de caractériser la nature des problèmes de pollution. C’est sur cette base qu’il faut concevoir les mesures à mettre en place et évaluer leur efficacité. Grâce à une meilleure compréhension des effets potentiels, on peut maintenant dépasser le cadre local et estimer ces effets à l’échelle régionale et même mondiale.
Hans-Ulrich Pfeffer et Peter Bruckmann donnent un aperçu de l’équipement et des méthodes utilisés pour surveiller la qualité de l’air afin de pouvoir évaluer les problèmes potentiels de pollution, ainsi que l’efficacité des mesures de prévention et de lutte.
John Elias présente une vue d’ensemble des types de mesures antipollution que l’on peut appliquer et des questions qu’il faut aborder pour choisir les formules adéquates de la gestion de la lutte contre la pollution atmosphérique.
Le défi soulevé par la lutte contre la pollution de l’eau est traité par Herbert Preul dans un article qui montre le processus par lequel les eaux naturelles du globe peuvent être polluées par des sources ponctuelles, non ponctuelles ou intermittentes et les fondements de la réglementation en la matière, ainsi que les différents critères à appliquer pour définir les programmes de lutte. Cet auteur explique comment les effluents pénètrent dans les masses d’eau et peuvent être analysés et évalués en vue d’apprécier et de gérer les risques. Enfin, il donne un aperçu des techniques employées pour appliquer à grande échelle le traitement des eaux usées et la lutte contre la pollution de l’eau.
Pour finir, une étude de cas offre un exemple éloquent de la façon dont les eaux usées peuvent être réutilisées, question d’une grande importance dans la recherche d’un emploi efficace des ressources de l’environnement, spécialement lorsqu’elles sont rares. Alexander Donagi expose la méthode suivie pour traiter les eaux usées municipales d’une population de 1,5 million d’habitants en Israël et pour recharger la nappe souterraine.
La gestion globale des déchets
Dans l’optique de la lutte contre la pollution, les déchets sont considérés comme un sous-produit indésirable du processus de production qu’il faut limiter pour éviter de contaminer les ressources en sols, en eau et en air au-delà du niveau jugé acceptable. Lucien Maystre donne un aperçu des problèmes à résoudre dans la gestion des déchets, ce qui permet de comprendre l’importance croissante de la prévention de la pollution et du recyclage.
Comme il est largement attesté que la mise en décharge sauvage des déchets donne lieu à une grave contamination, les gouvernements ont fixé des normes pour les pratiques acceptables de collecte, de traitement et d’élimination, afin d’assurer la protection de l’environnement. Ils ont accordé une attention particulière aux critères d’élimination sans danger pour l’environnement par l’utilisation de décharges contrôlées, de l’incinération et du traitement des déchets dangereux.
Pour éviter les contraintes que l’élimination des déchets pourrait faire peser sur l’environnement et les coûts qu’elle entraîne et pour encourager une gestion plus avisée des ressources peu abondantes, on fait une place croissante à la réduction de la production des déchets et à leur recyclage. Niels Hahn et Poul Lauridsen décrivent succinctement les problèmes qui se posent lorsqu’on donne la préférence au recyclage comme stratégie de gestion des déchets et ils examinent les conséquences que cette solution pourrait avoir sur le plan de l’exposition des travailleurs.
La priorité à la prévention
En réduisant la pollution en fin de cycle, on risque de la transférer d’un milieu à un autre, où elle pourrait créer des problèmes environnementaux tout aussi graves, ou même finir par être une source indirecte de pollution du même milieu. Sans être aussi onéreuse qu’une mesure correctrice, la réduction en fin de cycle peut augmenter sensiblement le coût des procédés de production sans ajouter de valeur. Cette démarche est d’ailleurs caractéristique des régimes de réglementation qui entraînent d’autres séries de dépenses dans la mesure où il faut assurer le respect des mesures adoptées.
Si la formule de la lutte contre la pollution a donné d’excellents résultats en remédiant à court terme aux phénomènes locaux, elle a moins bien réussi à résoudre les problèmes cumulatifs que l’on découvre de plus en plus au niveau régional (comme les pluies acides) ou mondial (comme l’appauvrissement de la couche d’ozone).
Un plan de lutte contre la pollution de l’environnement à visée sanitaire cherche à améliorer la qualité de la vie en ramenant les dégradations au niveau le plus faible possible. Les programmes et politiques de lutte, dont les implications et les priorités varient d’un pays à l’autre, englobent tous les aspects de la pollution (air, eaux, sols, etc.) et supposent une coordination entre divers domaines comme le développement industriel, l’urbanisme, la mise en valeur des ressources en eau et la politique des transports.
Thomas Tseng, Victor Shantora et Ian Smith prennent comme exemple une étude de l’impact multimilieux exercé par la pollution sur un écosystème vulnérable soumis à de nombreuses agressions — les Grands Lacs d’Amérique du Nord. Ils examinent en particulier l’efficacité limitée du modèle de lutte contre la pollution dans le cas des substances toxiques rémanentes qui se dispersent dans l’environnement. En mettant l’accent sur la solution adoptée dans un pays et ses conséquences pour l’action internationale, cette étude montre la portée des mesures qui s’attachent à la prévention aussi bien qu’à la lutte contre la pollution.
Comme les techniques de lutte sont devenues plus complexes et plus coûteuses, on s’est intéressé davantage aux moyens d’incorporer la prévention à la conception des procédés industriels, en vue d’éliminer les effets nocifs sur l’environnement tout en améliorant la compétitivité des entreprises. La prévention de la pollution, les techniques propres et la réduction de l’utilisation des substances toxiques ont notamment pour avantage d’offrir la possibilité de supprimer l’exposition des travailleurs aux risques qui pèsent sur leur santé.
David Bennett expose les raisons pour lesquelles on privilégie de plus en plus la prévention et comment elle se rattache aux autres méthodes de gestion de l’environnement. Cette approche joue un rôle capital dans l’instauration d’un développement durable, objectif dont l’importance a été largement reconnue depuis la parution du rapport de la Commission des Nations Unies sur l’environnement et le développement en 1987 et confirmée à la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement (CNUED) tenue à Rio de Janeiro en 1992.
La démarche de prévention met directement l’accent sur l’emploi de procédés, méthodes, matières et énergies qui évitent ou réduisent au minimum la création de polluants et de déchets à la source au lieu de préconiser des mesures qui interviennent en aval. Si la détermination des entreprises joue un rôle capital dans la décision de prévenir la pollution (voir l’article de Bringer et Zosel dans le chapitre no 54, «La politique de l’environnement»), Bennett souligne les avantages que présente pour la société la réduction des risques auxquels sont exposés les écosystèmes et la santé des humains, celle des travailleurs en particulier. Il indique les principes qui peuvent servir de base pour évaluer les possibilités d’application de cette formule.

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