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Santé : Risques

 

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LE CHANGEMENT CLIMATIQUE À L’ÉCHELLE PLANÉTAIRE ET L’APPAUVRISSEMENT EN OZONE




  Le changement climatique


Les principaux gaz à effet de serre (GES) comprennent le dioxyde de carbone, le méthane, l’oxyde nitreux, la vapeur d’eau et les chlorofluorocarbures (CFC). Ces gaz permettent à la lumière du soleil de pénétrer jusqu’à la surface de la terre, mais empêchent la chaleur radiante infrarouge de s’échapper. D’après les conclusions du Groupe intergouvernemental d’experts des Nations Unies sur l’évolution du climat (IPCC), les émanations gazeuses, notamment celles provenant de l’industrie, et la destruction des «puits» des gaz à effet de serre (en raison d’une mauvaise utilisation des terres et, principalement, du déboisement) font que les concentrations de GES ont augmenté fortement au-delà de celles résultant des processus naturels. Sans un changement radical de politique, on prévoit que les taux de dioxyde de carbone préindustriel vont grimper, ce qui fera augmenter la température moyenne de la planète de 1 à 3,5 °C d’ici à 2100.

Les deux principales composantes du changement climatique sont: 1) une élévation de la température qui s’accompagne de conditions atmosphériques instables et extrêmes; 2) une élévation du niveau de la mer due à la thermoexpansion. Ce changement peut entraîner une augmentation de la fréquence des vagues de chaleur et des épisodes de pollution atmosphérique dangereux, une diminution de l’humidité du sol, une incidence accrue des accidents climatiques et des inondations côtières (IPCC, 1992). Sur le plan sanitaire, le changement climatique peut aboutir à une aggravation des phénomènes suivants: 1) mortalité et morbidité en rapport avec la chaleur; 2) maladies infectieuses, notamment celles qui sont transmises par des insectes; 3) malnutrition due à la pénurie d’aliments; 4) sursollicitation des infrastructures sanitaires publiques découlant de catastrophes climatiques et de l’élévation du niveau de la mer, aggravée par des migrations humaines attribuables au climat (voir figure 53.12).


Figure 53.12 Effets des principales composantes du changement climatique au niveau mondial sur la santé de la population



L’être humain possède une très bonne capacité d’adaptation aux conditions climatiques et environnementales. Mais l’ampleur des changements climatiques et écologiques prévus préoccupe le corps médical et les spécialistes des sciences de la terre. Beaucoup de problèmes de santé découleront de conséquences écologiques de la modification du climat. La propagation de maladies transmises par un vecteur, par exemple, dépendra de la façon dont évolueront la végétation, la présence de réservoirs d’hôtes ou d’hôtes intermédiaires, conjointement avec des effets directs des variations de température et d’humidité sur les parasites et leurs vecteurs (Patz et coll., 1996). Pour bien comprendre les conséquences du changement climatique, il faudra donc une évaluation complète des risques écologiques, ce qui exigera des moyens nouveaux et complexes comparativement à la méthode classique qui consiste à analyser pour un seul agent les rapports de cause à effet à partir de données empiriques (McMichael, 1993).



  L’appauvrissement de l’ozone stratosphérique


L’appauvrissement de l’ozone stratosphérique résulte principalement de réactions avec des radicaux libres halogénés de chlorofluorocarbures (CFC), ainsi qu’à d’autres hydrocarbures halogénés et du bromure de méthyle (Molina et Rowland, 1974). Plus précisément, l’ozone empêche la pénétration des rayonnements ultraviolets B (UV-B), qui couvrent les longueurs d’onde biologiquement les plus destructrices (290-320 nanomètres). On s’attend à ce que la quantité d’UV-B augmente d’une façon disproportionnée dans les zones tempérées et arctiques, car il est maintenant clair que plus la latitude est élevée, plus la couche d’ozone diminue (Stolarski et coll., 1992).

On a calculé que pendant la période 1979-1991, la couche d’ozone a diminué en moyenne de 2,7% tous les dix ans, compte tenu des cycles solaires et d’autres facteurs (Gleason et coll., 1993). En 1993, des chercheurs de Toronto (Canada) ont découvert, grâce à un nouveau spectroradiomètre très sensible, que l’appauvrissement de l’ozone stratosphérique avait provoqué localement une augmentation du rayonnement d’UV-B ambiant de 35% en hiver et de 7% en été par rapport à 1989 (Kerr et McElroy, 1993). D’après des calculs antérieurs du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), une diminution de 1% de l’ozone stratosphérique devrait entraîner une augmentation de 1,4% des UV-B (PNUE, 1991a).

La réduction de l’ozone stratosphérique, qui provoque une augmentation du rayonnement UV-B ambiant, a des retombées directes sur la santé: cancers de la peau, troubles oculaires et immunosuppression auxquels peuvent s’ajouter des effets indirects dus à une détérioration des cultures par les rayons ultraviolets.



  Les effets de la modification des températures et des précipitations sur la santé



L’influence du réchauffement sur les taux de morbidité et de mortalité

Physiologiquement parlant, les êtres humains possèdent une grande capacité de thermorégulation, cela jusqu’à un certain seuil. Lorsque la chaleur ambiante dépasse ce seuil et persiste pendant plusieurs jours consécutifs, la mortalité augmente. Facteur aggravant, les mauvaises conditions de logement s’ajoutent, dans certaines villes, à la concentration de chaleur en milieu urbain. A Shanghai, par exemple, les écarts peuvent atteindre 6,5 °C les soirées d’hiver sans vent (IPCC, 1990). La plupart des décès qui résultent de la chaleur se produisent dans le groupe des personnes âgées et sont attribués à des troubles cardio-vasculaires et respiratoires (Kilbourne, 1989). Certaines variables météorologiques clés contribuent à faire augmenter la mortalité explicable par la chaleur, la principale étant la température élevée observée pendant la nuit. On pense que l’effet de serre va faire sensiblement grimper ces températures minimales (Kalkstein et Smoyer, 1993).

On s’attend à ce que les régions tempérées et polaires se réchauffent comparativement davantage que les zones tropicales et subtropicales (IPCC, 1990). Si l’on en croit les prévisions de l’Administration nationale de l’aérospatiale américaine (National Aeronautics and Space Administration (NASA)), un doublement du taux de CO2 ambiant entraînera, par exemple, une augmentation de 3,1 et 3,9 °C, respectivement, de la température moyenne en été à New York et à Saint Louis. Même si l’on tient compte de l’acclimatation physiologique, le taux de mortalité enregistré chaque année en été dans des villes tempérées de ce type pourrait plus que quadrupler (Kalkstein et Smoyer, 1993).

Les réactions chimiques qui se produisent dans l’atmosphère contribuent fortement à la formation du smog photochimique urbain, phénomène dans lequel la photodécomposition de NO2 en présence de composés organiques volatils produit de l’ozone troposphérique (au voisinage du sol). L’augmentation du rayonnement UV ambiant et l’augmentation de la température accélèrent toutes deux ces réactions. Les effets nocifs de la pollution atmosphérique sur la santé sont bien connus, et l’utilisation continue de combustibles fossiles ne fera qu’ajouter aux maladies aiguës et chroniques (voir l’article intitulé «La pollution atmosphérique» dans le présent chapitre).


Les maladies infectieuses et les modifications du climat et des écosystèmes

Des modèles qui reproduisent à la fois la circulation générale de l’atmosphère et des océans nous font prévoir que c’est aux latitudes élevées de l’hémisphère Nord que la température à la surface de la terre se réchauffera le plus, d’après les hypothèses de l’IPCC (IPCC, 1992). Selon toute vraisemblance, les températures minimales en hiver changeront d’une manière disproportionnée, en conséquence de quoi certains virus et parasites atteindront des régions dans lesquelles ils ne pouvaient vivre auparavant. Outre les effets directs du climat sur les vecteurs, la transformation des écosystèmes pourrait avoir une forte incidence sur des maladies pour lesquelles l’extension géographique du vecteur, ou du réservoir de l’hôte, est définie par ces écosystèmes.


Les maladies transmises par un vecteur pourront s’étendre aux régions tempérées des deux hémisphères et s’intensifier dans les zones où elles ont un caractère endémique. La température détermine l’infectiosité des vecteurs en influant sur la réplication des pathogènes, leur maturation et leur période d’infectiosité (Longstreth et Wiseman, 1989). Une élévation de la température et de l’humidité peut aussi accroître l’agressivité de certaines espèces de moustiques. Une chaleur extrême, en revanche, peut raccourcir la durée de vie d’un insecte.

Les maladies infectieuses qui font intervenir dans leur cycle de vie une espèce à sang froid (invertébrée) sont les plus sensibles aux variations climatiques légères (Sharp, 1994). Parmi les maladies dont l’agent infectieux, le vecteur ou l’hôte sont influencés par le changement climatique, on compte le paludisme, la schistosomiase, la filariose, la leishmaniose, l’onchocercose (cécité des rivières), la trypanosomiase (maladie de Chagas et maladie du sommeil), la dengue, la fièvre jaune et l’encéphalite à arbovirus. Le nombre de personnes exposées à ces maladies est donné au tableau 53.12 (OMS, 1990c).


Tableau 53.12 Situation dans le monde des principales maladies transmises par un vecteur


Tableau en cours de préparation ...


Parmi les maladies transmises par un vecteur, le paludisme est la plus répandue dans le monde, provoquant entre 1 et 2 millions de morts par an. Selon Martens et coll. (1995), il pourrait s’y ajouter 1 million de pertes humaines attribuables au changement climatique d’ici au milieu du siècle prochain. Le territoire de l’anophèle, moustique vecteur du paludisme, s’étend jusqu’à l’isotherme hivernal de 16 °C, ce parasite ne pouvant se développer au-dessous de cette température (Gilles et Warrell, 1993). La survenue d’une épidémie à des altitudes plus élevées coïncide en général avec des températures supérieures à la moyenne (Loevinsohn, 1994). Le déboisement favorise aussi le paludisme, étant donné que de nombreuses masses d’eau douce où la larve d’anophèle peut prospérer se forment dans les zones défrichées (voir l’article intitulé «L’extinction d’espèces, la diminution de la biodiversité et la santé humaine» dans ce chapitre).

Les efforts déployés depuis deux décennies pour lutter contre le paludisme n’ont donné que des résultats médiocres. Le traitement ne s’est pas amélioré, la résistance aux médicaments étant devenue le principal problème posé par la souche la plus virulente, Plasmodium falciparum , et les vaccins antipaludiques ne s’avèrent que d’une efficacité limitée (Institute of Medicine, 1991). La grande capacité de variation antigénique des protozoaires a, jusqu’à présent, empêché la mise au point de vaccins efficaces contre le paludisme et la maladie du sommeil, ce qui laisse craindre que l’on ne puisse disposer avant longtemps de nouveaux produits pharmaceutiques contre ces maladies. Les maladies transmises par un hôte intermédiaire (comme le cerf et les rongeurs dans le cas de la maladie de Lyme) rendent quasiment impossible une immunisation des populations humaines avec des vaccins, obstacle supplémentaire à une prévention médicale.

A mesure que le changement climatique modifiera l’habitat, risquant ainsi de porter atteinte à la biodiversité, les insectes vecteurs devront trouver de nouveaux hôtes (voir l’article intitulé «L’extinction d’espèces, la diminution de la biodiversité et la santé humaine», dans le présent chapitre). Au Honduras, par exemple, des insectes hématophages comme le scarabée tueur, porteur de l’incurable maladie de Chagas (ou la trypanosomiase américaine), se replient sur l’être humain à cause d’une diminution de la biodiversité provoquée par le déboisement. Sur les 10 601 Honduriens que l’on a étudiés dans des régions touchées par l’endémie, 23,5% sont aujourd’hui séropositifs à la maladie de Chagas (Sharp, 1994). Des zoonoses sont souvent à l’origine d’infections chez l’humain, qu’elles atteignent en général après une modification de l’environnement ou de l’activité humaine (Institute of Medicine, 1992). Beaucoup de maladies émergentes chez l’humain ont en fait depuis longtemps des animaux pour hôtes. L’hantavirau , par exemple, dont on a appris dernièrement qu’il est la cause de décès humains dans le sud-ouest des Etats-Unis, est connu depuis longtemps pour s’attaquer aux rongeurs, et on pense que l’éclosion récente de cette infection a un lien avec les conditions climatiques et écologiques (Wenzel, 1994).


Les effets sur la vie marine

Le changement climatique peut aussi influencer la santé de la population de par ses effets sur la prolifération des variétés nocives de phytoplancton marin (ou d’algues). Globalement, le développement du phytoplancton résulte d’une mauvaise maîtrise de l’érosion, de l’usage immodéré d’engrais en agriculture et du déversement d’eaux usées le long des côtes, autant de phénomènes qui produisent des effluents riches en nutriments propices à une prolifération des algues. Celle-ci pourrait être favorisée encore davantage par une élévation de la température en surface des océans, conséquence prévisible du réchauffement planétaire. La pêche et la récolte de coquillages (consommateurs d’algues) pratiquées de manière excessive, ajoutées à une utilisation généralisée de pesticides toxiques pour les poissons, contribuent également à la prolifération du plancton (Epstein, 1995).

Les diarrhées et maladies paralysantes provoquées par les marées rouges, ainsi que les amnésies dues à une intoxication par les coquillages, sont de bons exemples de maladies résultant de la prolifération des algues. On sait que le phytoplancton marin peut être l’hôte du Vibrio cholerae ; les algues pourraient donc constituer un véritable réservoir pour les épidémies de choléra (Huq et coll., 1990).


L’approvisionnement en nourriture et l’alimentation humaine

La malnutrition est une cause importante de mortalité infantile et de maladie chez l’enfant à cause de l’immunosuppression (voir «L’alimentation et l’agriculture»). Le changement climatique risque d’avoir sur l’agriculture des effets négatifs à la fois durables, comme la réduction de l’humidité du sol du fait de l’évapotranspiration, et des effets plus immédiats, sous la forme de phénomènes atmosphériques extrêmes tels que sécheresse, inondations (et érosion) et tempêtes tropicales. Au début, certains végétaux pourront profiter de la «fertilisation au CO2», qui facilite la photosynthèse (IPCC, 1990). Cependant, même dans ce cas, l’agriculture des pays en développement sera la plus touchée et on calcule, que, dans ces régions, entre 40 et 300 millions d’individus supplémentaires seront menacés par la famine à cause de l’évolution du climat (Sharp, 1994).

Il faudra aussi prendre en compte les changements écologiques indirects qui influent sur les cultures, car la distribution des populations de parasites dans l’agriculture pourrait se modifier (IPCC, 1992) (voir «L’alimentation et l’agriculture»). Vu la dynamique complexe des écosystèmes, il ne faudra pas se contenter, pour faire une évaluation complète, d’examiner les conséquences directes des changements de l’atmosphère et de l’état du sol.



  Les effets des catastrophes climatiques et de l’élévation du niveau de la mer sur la santé


Sous l’influence de leur expansion thermique, les océans pourront voir leur niveau s’élever à un rythme relativement rapide de 2 à 4 cm tous les dix ans, et on prévoit que le cycle hydrologique atteindra des extrêmes qui engendreront un grand nombre de désastres climatiques et de tempêtes. Des phénomènes de ce type endommageront directement les logements et les infrastructures de santé publique, entre autres les réseaux d’assainissement et les égouts d’eaux pluviales (IPCC, 1992). Les populations habitant dans les terres basses le long des côtes et sur de petites îles, les plus exposées, devront migrer vers des régions plus sûres. Un surpeuplement et de mauvaises conditions sanitaires parmi ces «réfugiés climatiques» pourront amplifier la propagation de maladies infectieuses comme le choléra, et les maladies transmises par un vecteur se répandront à un rythme accéléré vu la promiscuité et, éventuellement, l’arrivée massive d’individus infectés (OMS, 1990c). La situation pourra être aggravée par le débordement d’égouts, et il faudra aussi tenir compte des conséquences psychologiques du syndrome de stress post-traumatique qui suivra les grandes tempêtes.

Les réserves d’eau douce vont diminuer à cause de la pénétration du sel dans les nappes aquifères côtières et de la salinisation ou de l’inondation pure et simple de terres agricoles côtières, qui seront ainsi perdues. Une élévation de 1 m du niveau de la mer, par exemple, fera reculer l’agriculture de 15 et 20% en Egypte et au Bangladesh, respectivement (IPCC, 1990). Comme dans le cas des sécheresses, les méthodes d’irrigation adaptées pourraient avoir des répercussions sur les sites de reproduction des arthropodes et des invertébrés vecteurs (à l’instar de la schistosomiase en Egypte), mais il sera difficile d’évaluer les avantages de ces méthodes par rapport à leur coût.



  Les effets de l’appauvrissement de l’ozone stratosphérique sur la santé



Les effets directs des rayonnements ultraviolets B sur la santé

L’ozone empêche la pénétration des rayonnements ultraviolets B (UV-B), dont la longueur d’onde de 290 à 320 nanomètres est la plus nocive pour la santé. Les UV-B entraînent la formation de dimères de pyrimidine dans les molécules d’ADN, qui peuvent évoluer en cancer si cette formation n’est pas réversible (CIRC, 1992). Les cancers de la peau non mélaniques (épithéliome malpighien ou basocellulaire) et les mélanomes malins à extension superficielle sont corrélés à l’exposition au soleil. Dans les pays occidentaux, l’incidence du mélanome a progressé de 20 à 50% tous les cinq ans au cours des deux dernières décennies (Coleman et coll., 1993). S’il n’existe pas de lien direct entre des expositions cumulatives aux ultraviolets (UV) et l’apparition d’un mélanome, une exposition excessive aux UV pendant l’enfance, en revanche, explique une telle incidence. Si la couche d’ozone stratosphérique diminuait durablement de 10%, le nombre de cancers de la peau non mélaniques pourrait augmenter de 26% par an, soit de 300 000 cas dans le monde, et le nombre de mélanomes malins de 20%, soit de 4 500 cas par an toujours (PNUE, 1991a).

La cataracte explique la moitié des cas de cécité dans le monde (17 millions de victimes par an) et est liée aux rayonnements UV-B selon une relation dose-réponse (Taylor, 1990). Les acides aminés et les systèmes de transport membranaire dans le cristallin sont particulièrement sujets à une photo-oxydation par des radicaux oxygène provenant de rayonnements UV-B (CIRC, 1992). Un doublement de l’exposition aux UV-B pourrait entraîner une augmentation de 60% du nombre de cataractes corticales par rapport aux chiffres actuels (Taylor et coll., 1988). Le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) calcule qu’une perte durable de 10% de la couche d’ozone stratosphérique pourrait faire apparaître presque 1,75 million de cataractes supplémentaires par an (PNUE, 1991a). Une exposition aux UV-B peut avoir aussi d’autres effets oculaires: photokératites, photokérato-conjonctivites, pinguécula et ptérygion (ou croissance exagérée de l’épithélium conjonctival), kératite bulleuse (CIRC, 1992).

L’aptitude du système immunitaire à bien fonctionner dépend du traitement de l’antigène «local» et de sa présentation aux lymphocytes, ainsi que de l’augmentation du pouvoir de réaction «systémique» par la production de lymphokine (messager biochimique) et des ratios résultants entre lymphocytes amplificateurs et lymphocytes suppresseurs. Les UV-B provoquent une immunosuppression à deux niveaux. Chez l’animal, les UV-B peuvent influencer le cours de maladies cutanées infectieuses, comme l’onchocercose, la leishmaniose et la dermatophytose, et entraver l’immunosurveillance des cellules épidermiques transformées, précancéreuses. Les études préliminaires mettent aussi en évidence une influence sur l’efficacité des vaccins (Kripke et Morison, 1986; CIRC, 1992).


Les effets indirects des UV-B sur la santé publique

Les végétaux ne sont apparus sur terre qu’après la formation du bouclier d’ozone, étant donné que les UV-B empêchent la photosynthèse (PNUE, 1991a). La fragilisation des cultures alimentaires sensibles aux UV-B pourrait aggraver les effets que le changement climatique et l’élévation du niveau de la mer auront sur l’agriculture.

Le phytoplancton, premier maillon de la chaîne alimentaire marine, sert aussi d’important «puits» pour le dioxyde de carbone. C’est pourquoi les dommages créés par les UV à ces algues dans les régions polaires altèrent la chaîne trophique marine et exacerbent l’effet de serre. Selon le PNUE, une diminution de 10% du phytoplancton marin ferait baisser de 5 gigatonnes la quantité de CO2 absorbée chaque année par les océans, ce qui équivaut aux émanations annuelles produites par la consommation de combustibles fossiles (PNUE, 1991a).



  Les risques professionnels et les méthodes de réduction



Les risques professionnels

Pour réduire les GES produits par les combustibles fossiles, il faudra développer les sources d’énergie renouvelables. Les dangers créés par l’énergie nucléaire dans la population et sur le lieu de travail sont bien connus et il sera nécessaire de sauvegarder les installations, le personnel et le combustible irradié. Le méthanol peut remplacer une bonne partie de l’essence; mais le formaldéhyde qu’il émet présentera un nouveau risque environnemental. Les matériaux supraconducteurs qui permettent de transporter efficacement l’électricité sont surtout des céramiques composées de calcium, de strontium, de baryum, de bismuth, de thallium et d’yttrium.

On sait moins comment est assurée la sécurité des gens travaillant dans les usines qui fabriquent des unités de captage de l’énergie solaire. Pour produire des cellules photovoltaïques, on se sert essentiellement de silicone, de gallium, d’indium, de thallium, d’arsenic et d’antimoine. Le silicium et l’arsenic sont nocifs pour les poumons; le gallium se concentre dans les reins, le foie et les os; et sous ses formes ionisées, l’indium est néphrotoxique.

Les effets destructeurs des CFC sur la couche d’ozone stratosphérique ont été reconnus dans les années soixante-dix, et c’est en 1978 que l’Agence de protection de l’environnement (Environmental Protection Agency (EPA)), aux Etats-Unis, a interdit l’utilisation de ces gaz inertes dans les aérosols. En 1985, la prise de conscience du problème s’est amplifiée lorsqu’une équipe britannique basée dans l’Antarctique découvrit le «trou» dans la couche d’ozone (Farman, Gardiner et Shanklin, 1985). La signature du Protocole de Montréal en 1987, modifié en 1990 et 1992, a déjà rendu obligatoire une forte réduction de la production de CFC.

Les produits chimiques de remplacement des CFC sont les hydrochlorofluorocarbures (HCFC) et les hydrofluorocarbures (HFC). La présence de l’atome d’hydrogène peut faciliter la dégradation de ces composés par des radicaux hydroxyles (OH–)dans la troposphère, réduisant d’autant les risques d’appauvrissement de l’ozone stratosphérique. Sur le plan biologique, cependant, ces produits de remplacement des CFC réagissent davantage que les CFC. L’existence d’un lien C-H rend ces produits chimiques sujets à une oxydation par le cytochrome P-450.


L’atténuation et l’adaptation

Pour relever les défis de santé publique posés par les mutations du climat planétaire, il faudra: 1) adopter une démarche écologique intégrée; 2) réduire les gaz à effet de serre en limitant les émissions industrielles, réglementer l’utilisation des sols pour maximiser l’étendue des «puits» de CO2 et établir des politiques démographiques qui permettent d’atteindre ces deux objectifs; 3) surveiller l’évolution d’indicateurs biologiques à l’échelle régionale et mondiale; 4) adapter les politiques de santé publique pour limiter les incidences du changement climatique inévitables; 5) assurer une coopération entre pays développés et en développement. En bref, il faudra veiller à une intégration accrue des politiques d’environnement et de santé publique.

Le changement climatique et l’appauvrissement de l’ozone s’accompagnent d’un nombre considérable de risques pour la santé à différents niveaux et mettent en lumière le rapport important qui existe entre la dynamique des écosystèmes et le maintien en bonne santé des êtres humains. Les mesures préventives doivent donc être fondées sur une vision systémique et anticiper les importantes réactions écologiques au changement climatique, ainsi que les risques physiques directs prévus. Au moment d’évaluer les risques écologiques, il faudra examiner certains éléments clés, dont les variations spatiales et temporelles, les mécanismes de rétroaction et l’utilisation d’organismes inférieurs comme bio-indicateurs primaires.

Le fait de réduire les gaz à effet de serre en passant des combustibles fossiles à des sources d’énergie renouvelables représente le principal moyen de prévenir le changement climatique (prévention primaire). De la même façon, une planification stratégique de l’utilisation des sols et une stabilisation de la charge sur l’environnement due à la population humaine permettront de préserver d’importants «puits» naturels de gaz à effet de serre.

Comme on ne pourra peut-être pas éviter certains changements climatiques, il faudra un travail de coordination sans précédent pour faire de la prévention secondaire sous la forme d’une détection précoce grâce au contrôle de paramètres sanitaires. Pour la première fois de l’histoire, des tentatives sont effectuées pour surveiller le système terrestre dans son intégralité. Le Système mondial d’observation du climat comprend la Veille météorologique mondiale et la Veille de l’atmosphère du globe de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), ainsi que des éléments du Système mondial de surveillance continue de l’environnement du PNUE. Le Système mondial d’observation des océans est le fruit d’une entreprise commune entre la Commis-sion océanographique intergouvernementale de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), l’OMM et le Conseil international des unions scientifiques (International Council of Scientific Unions (ICSU)). On utilisera à la fois le satellite et des dispositifs sous-marins pour mesurer les changements survenant dans le milieu marin. Le Système mondial d’observation de la terre est un nouveau système parrainé par le PNUE, l’UNESCO, l’OMM, l’ICSU et l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), qui apportera l’élément terrestre au Système mondial d’observation du climat (OMM, 1992).

Les moyens d’adaptation qui permettent de limiter les problèmes de santé inévitables comprennent les programmes de préparation aux catastrophes, des mesures d’urbanisme pour limiter l’effet des «îlots» de chaleur et améliorer le logement, des plans d’occupation des sols pour réduire l’érosion, les crues subites et le déboisement inutile (on arrêtera, par exemple, la création de grands pâturages pour la production de viande d’exportation), les changements de comportement personnel (comme la renonciation aux bains de soleil), la lutte contre les vecteurs et une multiplication des campagnes de vaccination. Il faudra réfléchir aux coûts imprévus des mesures d’adaptation prises pour mettre fin, par exemple, à un usage accru des pesticides. Une trop grande dépendance à l’égard des pesticides non seulement aboutit à une résistance des insectes, mais élimine aussi des prédateurs naturels utiles. Les effets dommageables des pesticides sur la santé publique et l’environnement ont un coût que l’on situe aujourd’hui entre 100 et 200 milliards de dollars E.-U. par an (Institute of Medicine, 1991).

Les pays en développement souffriront nettement plus des conséquences du changement climatique que les pays industriels, qui sont pourtant les principaux responsables des rejets de GES dans l’atmosphère. A l’avenir, les pays pauvres influeront beaucoup plus sur le cours du réchauffement planétaire, à la fois de par les technologies qu’ils emploieront à mesure qu’ils se développeront, et de par leur politique d’occupation des sols. Les pays développés vont devoir adopter des politiques énergétiques plus respectueuses de l’environnement et transférer rapidement aux pays en développement des technologies nouvelles (à un prix abordable).


Etude de cas: virus transmis par les moustiques


L’encéphalite transmise par le moustique et la dengue sont de bons exemples de maladies dues à un vecteur dont l’extension est limitée par le climat. Les épidémies d’encéphalite de Saint Louis (ESL), l’encéphalite arbovirale la plus commune aux Etats-Unis, surviennent généralement au sud de l’isotherme de 22 °C de juin, mais des flambées peuvent se produire plus au nord pendant des années anormalement chaudes. Chez l’être humain, elles se manifestent très souvent après plusieurs jours où la température dépasse 27 °C (Shope, 1990).

Des études sur le terrain révèlent qu’une élévation de 1 °C de la température raccourcit nettement le temps écoulé entre le moment où un moustique pompe sa dose de sang et celui où le virus s’est suffisamment reproduit pour devenir infectieux à l’intérieur du vecteur (période d’incubation extrinsèque). Une fois les corrections faites pour tenir compte d’une résistance réduite des moustiques aux températures élevées, on prévoit une extension nette des épidémies d’ESL vers le nord (Reeves et coll., 1994), consécutive à une augmentation de la température de 3 à 5 °C.

Le territoire d’Aedes aegypti , vecteur primaire de la dengue (et de la fièvre jaune), s’étend jusqu’à une latitude de 35° parce que le gel tue les larves comme les adultes. La dengue est très répandue aux Antilles, en Amérique tropicale, en Océanie, en Asie, en Afrique et en Australie. Depuis 15 ans, les épidémies de dengue deviennent plus nombreuses et plus graves, notamment dans les centres urbains des régions tropicales. La fièvre hémorragique de la dengue se classe aujourd’hui parmi les principales causes d’hospitalisation et de mortalité chez les enfants en Asie du Sud-Est (Institute of Medicine, 1992). La progression observée en Asie il y a 20 ans est en train de se répéter dans les Amériques.

Il se pourrait que le changement climatique agisse sur la transmission de la dengue. En 1986, on a constaté au Mexique que le plus important indicateur de la dengue était la température médiane pendant la saison des pluies, avec un risque corrigé quadruple entre 17 °C et 30 °C (Koopman et coll., 1991). Les vérifications effectuées en laboratoire vont dans le même sens. In vitro, la période d’incubation extrinsèque pour le virus de type 2 de la dengue était de 12 jours à 30 °C et de seulement 7 jours entre 32 et 35 °C (Watts et coll., 1987). Ce raccourcissement de 5 jours attribuable à la température pourrait équivaloir à un triplement des risques de transmission de la maladie (Koopman et coll., 1991). Enfin, l’élévation des températures donne des insectes à l’âge adulte plus petits, qui doivent piquer plus souvent pour pouvoir produire un couvain. En résumé, une élévation des températures peut créer une population de moustiques plus infectieux et plus voraces (Focks et coll., 1995).

 

 

 

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