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Santé : Risques

 

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LES PAYS EN DÉVELOPPEMENT ET LA POLLUTION




Le problème de la pollution industrielle est plus compliqué dans les pays en développement que dans les pays industriels. Les obstacles structurels à la prévention et à l’élimination de la pollution y sont plus importants. Ces obstacles sont surtout d’ordre économique parce que les pays en développement ne possèdent pas les ressources nécessaires pour lutter contre la pollution autant que le font les pays développés. Par contre, la pollution peut coûter très cher à une société en développement en termes de santé, de déchets, de détérioration du milieu, de dégradation de la qualité de vie et des moyens qu’il faudra consacrer à l’assainissement des sites. Pour prendre un exemple extrême, pensons à l’avenir des enfants exposés aux émanations de plomb dans certaines mégalopoles de pays qui utilisent encore l’essence au plomb, ou qui vivent au voisinage de fonderies. On a mis en évidence chez certains de ces enfants des taux de plombémie suffisamment élevés pour compromettre leurs facultés intellectuelles et cognitives.

Comparativement aux pays industriels, les entreprises des pays en développement manquent en général de capitaux et, lorsqu’elles peuvent investir, elles le font d’abord dans l’équipement et dans les moyens de production. Les capitaux consacrés à la lutte antipollution sont jugés «improductifs» par les économistes parce qu’ils ne conduisent pas à une augmentation de la production ni du rendement. Mais la réalité n’est pas aussi simple. Il se peut que l’argent investi dans la lutte contre la pollution ne rapporte apparemment rien de manière directe à l’entreprise ou à la branche, mais cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’a aucun rendement. Dans de nombreux cas, par exemple une raffinerie de pétrole, la lutte contre la pollution permet aussi de réduire les déperditions et de gagner en efficacité, ce qui profite directement à l’entreprise. Quand la population sait se faire entendre, une entreprise a tout avantage à entretenir de bonnes relations avec elle et peut avoir intérêt à faire un effort pour diminuer la pollution. Malheureusement, la structure sociale existant dans beaucoup de pays en développement ne le permet pas parce que les gens les plus touchés par la pollution appartiennent souvent aux classes démunies et marginalisées de la société.

La pollution peut nuire à l’environnement et à la société dans son ensemble, mais ce préjudice est «externalisé» et ne porte pas vraiment atteinte à l’entreprise, du moins financièrement. En effet, le coût de la pollution tend à être supporté par l’ensemble de la société, et épargné à l’entreprise. On s’en aperçoit surtout lorsque l’industrie est vitale pour l’économie locale ou pour les priorités nationales et que l’on fait preuve d’une grande tolérance à l’égard des dommages qu’elle provoque. Une solution serait «d’internaliser» le préjudice en intégrant, sous forme de taxe ajoutée aux charges d’exploitation de l’entreprise, les frais d’assainissement ou le coût estimatif des dommages subis par l’environnement. On inciterait ainsi l’entreprise à limiter ses dépenses en diminuant la pollution. Cependant, dans les pays en développement, presque aucun gouvernement n’est en mesure d’agir en ce sens ni de prélever de telles taxes.

Dans la pratique, sauf lorsque la réglementation de l’Etat l’impose, on trouve rarement des capitaux à investir dans des équipements antipollution. Or, les Etats prennent rarement des mesures pour réglementer l’industrie, à moins que des raisons majeures et la pression de leurs citoyens ne les y contraignent. Dans la plupart des pays industriels, les gens jouissent d’une sécurité raisonnable quant à leur santé et à leur vie courante et ils attendent une meilleure qualité de vie, ce qu’ils associent à un environnement plus sain. Parce qu’elles sont écononomiquement plus stables, ces populations sont plus disposées à accepter un sacrifice financier pour assainir leur environnement. Toutefois, pour être compétitifs sur les marchés mondiaux, beaucoup de pays en développement hésitent à réglementer leurs industries. Ils espèrent en fait que la croissance industrielle d’aujourd’hui finira par enrichir suffisamment la société pour que l’on puisse nettoyer la pollution demain. Malheureusement, le coût du nettoyage augmente aussi vite, sinon plus, que les coûts liés au développement industriel. Au premier stade de leur industrialisation, les pays en développement ne devraient avoir à consacrer que des sommes relativement faibles à la prévention de la pollution, mais ils n’ont presque jamais les capitaux nécessaires pour cela. Lorsqu’ ils les ont, plus tard, les coûts sont souvent exorbitants et le mal est déjà fait.

L’industrie des pays en développement est généralement moins efficace que celle des pays industriels. C’est là un défaut chronique, qui tient au manque de formation des ressources humaines, au coût des équipements et des technologies importés et au gaspillage inévitable qui se produit quand certains secteurs de l’économie sont plus développés que d’autres.

Cette inefficacité tient aussi, dans une certaine mesure, à la nécessité de s’en remettre à des technologies dépassées qui sont faciles à obtenir, n’exigent pas de licence coûteuse ou dont l’utilisation revient moins cher. Ces technologies polluent souvent davantage que les technologies de pointe accessibles aux entreprises des pays développés. Prenons l’exemple de l’industrie du froid, où l’utilisation des chlorofluorocarbures (CFC) comme réfrigérants est beaucoup plus économique que les autres techniques, bien que ces produits chimiques contribuent fortement à l’appauvrissement de la couche d’ozone dans la haute atmosphère et, partant, à l’érosion du bouclier qui protège la terre contre les rayonnements ultraviolets; certains pays ont été très réticents à une interdiction des CFC parce qu’il leur aurait été alors financièrement impossible de fabriquer et d’acheter des réfrigérateurs. Le transfert de technologie est manifestement la solution, mais les entreprises des pays développés qui ont mis au point ces technologies, ou qui en détiennent la licence, hésitent naturellement à les faire partager. Ils hésitent parce qu’ils ont consacré leurs propres ressources à l’élaboration de ces technologies, qu’ils désirent en conserver la maîtrise pour maintenir l’avantage qu’ils possèdent sur leurs propres marchés et que l’usage ou la vente de ces technologies risque de ne leur rapporter de l’argent que pendant la durée limitée du brevet.

Les pays en développement se heurtent à un autre problème: le manque de compétences et de connaissances quant aux effets de la pollution, aux méthodes de surveillance et aux techniques antipollution. Ils comptent relativement peu d’experts dans le domaine, en partie parce que le nombre d’emplois est limité et parce qu’il existe pour leurs services un marché restreint, même si, en réalité, les besoins sont importants. Comme le marché des équipements et des services de lutte contre la pollution s’annonce réduit, il leur arrive de devoir importer ces compétences et ces techniques, ce qui ajoute aux coûts. De façon générale, il se peut que les cadres moyens et supérieurs de l’industrie n’aient pas conscience du problème ou qu’ils n’en soient qu’en partie conscients. Et quand bien même un ingénieur, un directeur ou un contremaître d’une entreprise sauraient pertinemment qu’une activité est polluante, ils peuvent éprouver de la difficulté à persuader leurs collègues, leurs supérieurs ou les propriétaires de l’entreprise qu’un problème se pose, qui doit être résolu.

L’industrie de la plupart des pays en développement se situe au bas de l’échelle des marchés internationaux, ce qui signifie que ses produits sont compétitifs sur le plan du prix mais pas sur celui de la qualité ou de l’originalité. Peu de pays en développement, par exemple, se spécialisent dans la production d’acier de qualité supérieure pour la fabrication d’instruments chirurgicaux et de machines haut de gamme. Ils produisent de l’acier de moindre qualité pour le bâtiment et le secteur manufacturier, car le marché est beaucoup plus vaste, les compétences techniques nécessaires sont moins poussées et leurs prix demeurent compétitifs tant que la qualité demeure acceptable. La lutte contre la pollution rend les prix moins compétitifs en accroissant les coûts de production apparents sans augmenter ni le volume de la production, ni le chiffre d’affaires. Le principal enjeu des pays en développement est de trouver un équilibre entre cette réalité économique et le besoin de protéger leur population, leur environnement et leur avenir, en sachant que, à terme, les coûts seront encore supérieurs et que les dommages risquent d’être irréversibles.


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