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Santé : Risques

 

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LA POLLUTION INDUSTRIELLE DANS LES PAYS EN DÉVELOPPEMENT




Si l’industrialisation est un facteur essentiel de croissance économique dans les pays en développement, les pratiques industrielles peuvent aussi avoir des conséquences regrettables sur la santé environnementale à cause du rejet de polluants atmosphériques et aquatiques et du traitement des déchets dangereux. C’est souvent le cas dans les pays en développement, qui prêtent moins attention à la protection de l’environnement, où les normes environnementales sont souvent inadéquates ou mal appliquées et où il n’existe pas encore de véritables techniques antipollution. Du fait de leur essor économique, beaucoup de pays en développement, comme la Chine et d’autres pays asiatiques, se heurtent à des problèmes écologiques supplémentaires. L’un d’eux est la pollution engendrée par des industries ou des technologies dangereuses exportées par des pays industriels, qui ne les jugent plus acceptables à cause de leurs retombées sur la santé au travail et en relation avec l’environnement, alors que les pays en développement les tolèrent encore en vertu de lois sur la protection de l’environnement plus laxistes. Un autre problème tient à la prolifération rapide de petites entreprises informelles dans les agglomérations et les régions rurales, qui provoque souvent une forte pollution de l’air et de l’eau à cause d’un manque de connaissances et de moyens financiers.



  La pollution atmosphérique


Dans les pays en développement, l’air est pollué non seulement par les produits que rejettent les cheminées des usines des grandes branches, comme celles des métaux non ferreux et des produits pétroliers, mais aussi par les émanations diffuses de petites entreprises — cimenteries, raffineries de plomb, fabriques d’engrais chimiques et de pesticides, etc. — qui suivent des mesures antipollution inadéquates et qui laissent des polluants s’échapper dans l’atmosphère.

Comme les activités industrielles s’accompagnent toujours d’une production d’énergie, la combustion de matières fossiles est une importante source de pollution atmosphérique dans les pays en développement, où l’on fait abondamment usage du charbon pour la consommation non seulement industrielle, mais aussi de celle des ménages. En Chine, par exemple, plus de 70% de la consommation totale d’énergie repose sur la combustion directe de charbon, qui libère de grandes quantités de polluants (particules en suspension, dioxyde de soufre, etc.) à cause d’une combus-tion incomplète et d’un contrôle insuffisant des émissions.

Les types de polluants rejetés dans l’atmosphère varient d’une industrie à l’autre et leurs concentrations varient elles aussi selon le procédé appliqué et en fonction de la géographie et du climat. Dans les pays en développement, comme ailleurs, il est difficile d’évaluer le degré d’exposition de la population générale. Si, globalement, le niveau d’exposition en milieu de travail est beaucoup plus élevé que dans l’environnement général où les émissions sont rapidement diluées et dispersées par le vent, en revanche la durée d’exposition est beaucoup plus longue pour la population générale que pour les travailleurs.

Dans l’ensemble, la population est plus exposée dans les pays en développement que dans les pays industriels qui prennent des mesures antipollution plus strictes et où les zones résidentielles sont pour la plupart éloignées des usines. Comme nous l’expliquons ailleurs dans ce chapitre, il ressort de nombreuses études épidémiologiques qu’une exposition prolongée aux polluants atmosphériques courants est étroitement liée à une baisse de la fonction pulmonaire et à une incidence accrue de maladies respiratoires chroniques.

Une étude de cas des effets de la pollution atmosphérique sur la santé de 480 élèves du primaire à Cubatão (Brésil), où des polluants mélangés en grandes quantités étaient émis par 23 usines (aciéries, établissements chimiques, cimenteries, fabriques d’engrais, etc.), a révélé que 55,3% des enfants présentaient une diminution de la fonction pulmonaire. Un autre exemple des effets de la pollution atmosphérique sur la santé nous est venu de la zone industrielle spéciale de Ulsan/Onsan (République de Corée), dans laquelle sont concentrées beaucoup de grandes usines (essentiellement des installations pétrochimiques et des raffineries de métaux). Les habitants du secteur se plaignaient de divers problèmes de santé, notamment de troubles du système nerveux appelés «maladie de Onsan».

Les rejets accidentels de substances toxiques dans l’atmosphère qui présentent de sérieux risques pour la santé sont, dans l’ensemble, plus fréquents dans les pays en développement. Cela s’explique entre autres choses par des mesures de sécurité inadéquates, un manque de personnel technique qualifié pour entretenir les installations et des difficultés que pose l’approvisionnement en pièces de rechange. L’un des pires accidents de ce type s’est produit à Bhopal (Inde) en 1984, où une fuite de méthylisocyanate a tué 2 000 personnes.



  La pollution de l’eau et du sol


Les méthodes souvent inadéquates et inconsidérées par lesquelles on se débarrasse des déchets industriels — déversement irresponsable dans les cours d’eau, ou décharges non contrôlées, qui polluent souvent l’eau et le sol — sont une grave menace pour la santé environnementale et s’ajoutent à la pollution industrielle de l’air dans les pays en développement, notamment ceux qui comptent beaucoup de petites entreprises locales, comme la Chine. Certaines de ces petites usines (teinture des textiles, pâtes et papiers, tannage du cuir, électroplastie, fabriques de lampes fluorescentes ou d’accumulateurs au plomb, fonderies de métaux) produisent toujours d’importantes quantités de déchets renfermant des matières toxiques ou dangereuses, telles que le chrome, le mercure, le plomb ou le cyanure, qui peuvent polluer les rivières, les ruisseaux et les lacs, ainsi que les sols lorsqu’elles ne sont pas traitées. La pollution des sols, à son tour, peut contaminer les nappes phréatiques.

A Karachi, la rivière Lyan, qui traverse la ville, n’est plus qu’un égout à ciel ouvert dans lequel quelque 300 petites et grandes entreprises déversent leurs effluents industriels sans les avoir traités. La situation est comparable à Shanghai. Environ 3,4 millions de m3 de déchets industriels et domestiques se retrouvent dans le ruisseau Suzhou et le fleuve Huangpu, qui passent au cœur de la ville. Fortement pollués, ces deux cours d’eau sont à peu près dépourvus de toute vie et, en plus, dégagent souvent des odeurs et sont repoussants à voir, ou même insupportables, pour les riverains.

Dans les pays en développement, la pollution de l’eau et du sol est aggravée par l’apport de déchets toxiques ou dangereux en provenance de pays industriels. Le transport de ces déchets vers des sites d’entreposage primitifs dans ces pays ne coûte qu’une infime partie de ce qu’il en coûterait pour les stocker en toute sécurité ou pour les incinérer dans leur pays d’origine en application des directives gouvernementales de ces pays. C’est ce qu’on observe entre autres en Thaïlande, au Nigéria ou en Guinée-Bissau. Les déchets toxiques contenus dans les cuves peuvent fuir et polluer l’air, l’eau et le sol, menaçant ainsi la santé des populations environnantes.

Les problèmes de santé environnementale étudiés dans ce chapitre ont donc tendance à toucher les pays en développement avec encore plus d’acuité.


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