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Santé : Risques

 

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L’ALIMENTATION ET L’AGRICULTURE




  La production nécessaire compte tenu de l’accroissement démographique et d’autres pressions


La population continue de croître rapidement dans certaines régions du monde. En 2010, il faudra nourrir 1,9 milliard de personnes de plus qu’en 1990, soit une augmentation de 36% (7,2 milliards contre 5,3).

La croissance que l’on escompte au cours des vingt prochaines années devrait se produire, pour 90%, dans les pays qui font aujourd’hui partie du monde en développement. La société s’urbanise peu à peu. La population urbaine à l’échelle planétaire va atteindre 3,6 milliards d’individus, en hausse de 62% comparativement aux 2,2 milliards d’urbains recensés en 1990. Par ailleurs, la population urbaine des pays en développement va progresser de 92% (de 1,4 à 2,6 milliards) entre 1990 et 2010, et aura donc quadruplé depuis 1970. Même si la planification des naissances reçoit toute l’attention qui s’impose de façon urgente de la part des pays à forte croissance démographique, cette croissance et l’urbanisation continueront d’occuper une place prépondérante pendant les deux prochaines décennies.

Uniquement pour suivre l’évolution démographique, il faudra augmenter de 36% la production d’aliments, d’autres produits agricoles et d’eau potable au cours des vingt prochaines années; la nécessité pour un demi-milliard de personnes de se nourrir correctement au lieu de rester sous-alimentées, et la demande croissante de populations dont le revenu s’accroît conduiront à une très forte augmentation de la production alimentaire globale. Une demande excessive en nourriture d’origine animale continuera de caractériser les individus appartenant aux tranches de revenus supérieures, ce qui entraînera une hausse de la production d’aliments pour animaux.

Les pressions qui s’exercent sur la production agricole et alimentaire, du fait de la croissance de la population et de la demande par habitant, alourdiront la charge qui pèsera sur l’environnement. De par son origine, cette charge ne sera pas égale partout et aura des effets inégaux. Dans l’ensemble, ceux-ci seront nocifs et exigeront une action concertée.

Cette augmentation de la demande se répercutera sur des ressources hydriques et pédologiques qui sont limitées: les zones les plus productives ont déjà été exploitées et il en coûtera très cher pour transformer des terres médiocres en terres productives et pour utiliser des ressources en eau moins faciles d’accès. La plupart de ces sols médiocres risquent d’avoir une fertilité seulement temporaire, à moins que l’on prenne des mesures pour les conserver; d’autre part, la productivité des pêcheries naturelles est aussi extrêmement limitée. La superficie des terres arables va diminuer pour plusieurs raisons: érosion des sols provoquée par le surpâturage, latérisation des zones défrichées, salinisation des sols et autres formes de dégradation des terres, expansion des zones urbaines, industrielles et assimilées.

L’approvisionnement en eau et sa qualité, déjà très insuffisants dans la majeure partie du monde, continueront de poser de graves problèmes aux régions rurales des pays en développement, ainsi qu’à beaucoup de populations urbaines, lesquelles devront peut-être faire face, de surcroît, à des taxes de consommation élevées. Les besoins en eau vont augmenter fortement et, dans plusieurs grandes villes, satisfaire cette demande sera de plus en plus coûteux, car il faudra faire venir l’eau de bassins d’approvisionnement très éloignés. La réutilisation de l’eau doit satisfaire des normes de traitement plus rigoureuses. L’augmentation du volume d’eaux usées exigera, outre de gros investissements, des installations de traitement plus grandes.

Le développement de l’industrie, qui va devoir se poursuivre pour produire des biens, des services et de l’emploi, conduira à une intensification de la production alimentaire et, partant, à une industrialisation accrue de celle-ci. En conséquence, et surtout à cause de l’urbanisation, la demande et les ressources employées ayant trait à l’emballage, à la transformation, au stockage et à la distribution des aliments vont augmenter en volume et en importance.

La population devient beaucoup plus consciente de la nécessité de produire, de préserver et de commercialiser les aliments en limitant les atteintes à notre environnement et elle se montre plus exigeante à cet égard. L’apparition d’outils scientifiques révolutionnaires (en biotechnologie, par exemple) ouvre la voie à une augmentation de la production alimentaire, à une diminution des déchets et à une amélioration de la sécurité considérables.

Le principal enjeu consiste à satisfaire une demande croissante en nourriture, en autres produits agricoles et en eau par des moyens qui favorisent une amélioration durable de la santé et qui soient également viables, économiques et compétitifs.

Certes, on possède aujourd’hui de quoi nourrir toute la population mondiale, mais d’énormes obstacles devront être levés pour garantir un approvisionnement continu et équitable en aliments sains, nutritifs et à prix abordables afin de répondre aux besoins sanitaires de nombreuses régions de la planète, notamment de celles qui connaissent une forte croissance démographique.

Lorsqu’on se propose d’étudier et de mettre en application les politiques et les programmes concernant l’agriculture et la pêche, on néglige bien souvent d’envisager les conséquences qu’elles sont susceptibles d’avoir sur la santé. Pensons, par exemple, à la production de tabac, qui a des incidences très graves et négatives sur la santé humaine, ainsi que sur la rareté des terres cultivables et des ressources en bois de feu. Par ailleurs, faute d’une approche concertée par rapport au développement de l’agriculture et de la sylviculture, on saisit mal le lien important qui existe entre ces deux secteurs et la préservation des habitats de la faune, de la diversité biologique et des ressources génétiques.

Si l’on ne prend pas des mesures adéquates en temps opportun pour atténuer les impacts de l’agriculture, de la pêche, de la production alimentaire et de la consommation d’eau sur l’environnement, les situations suivantes vont se produire:

•   à mesure que la population urbaine va augmenter, il deviendra plus difficile de conserver et d’étendre un système efficace de distribution des produits alimentaires. Il pourra s’ensuivre une aggravation de l’insécurité alimentaire des ménages, de la malnutrition qui lui est liée et des risques d’atteinte à la santé chez des populations urbaines démunies, en nombre croissant;
•   les maladies microbiennes, virales et parasitaires engendrées par la contamination de la nourriture et de l’eau continueront de poser de graves problèmes sanitaires. L’apparition de nouveaux agents importants pour l’hygiène publique va se poursuivre. Les maladies diarrhéiques liées aux aliments et à l’eau, qui provoquent une mortalité infantile et une morbidité générale élevées, prendront de l’ampleur;
•   les maladies transmises par vecteur, résultant de l’irrigation, d’autres aménagements et d’eaux usées non traitées, vont se multiplier. Le paludisme, la schistosomiase, la filariose et les maladies dues aux arbovirus demeureront de graves fléaux;

•   les problèmes susmentionnés se traduiront par un maintien ou une accentuation de la malnutrition et de la mortalité des nouveau-nés et des jeunes enfants, ainsi que de la morbidité à tous les âges, mais surtout chez les pauvres, les jeunes, les personnes âgées et les malades;
•   les maladies chroniques liées à de mauvaises habitudes de vie, au tabagisme et à l’alimentation (comme l’obésité, le diabète ou la coronaropathie), caractéristiques des pays riches, commencent aussi à se manifester, d’une façon sensible, dans les pays en développement et l’urbanisation croissante ne fera qu’accélérer cette tendance;
•   à mesure que la production alimentaire va s’intensifier, les risques de maladies et d’accidents professionnels chez les travailleurs de ce secteur et des secteurs connexes croîtront nettement si l’on ne prend pas de mesures de sécurité et de prévention suffisantes.



  Les répercussions sur la santé de la contamination biologique et de l’usage de produits chimiques dans les aliments


Malgré les progrès scientifiques et technologiques, la contamination des aliments et de l’eau représente encore aujourd’hui un important problème d’hygiène publique. Les maladies d’origine alimentaire sont probablement les problèmes de santé les plus répandus dans le monde et les causes importantes d’une productivité économique réduite (OMS/FAO, 1984). Elles sont provoquées par un large éventail d’agents et elles passent par tous les degrés de gravité, allant de l’indisposition légère à la maladie mortelle. Pourtant, seule une faible proportion de cas attire l’attention des services de santé et les troubles recensés sont encore moins nombreux à faire l’objet d’une enquête. En conséquence, on pense que, dans les pays industriels, seulement 10% environ des cas sont déclarés, tandis que dans les pays en développement, on ne dépasse sans doute pas 1% du total.

En dépit de ces limites, les données recueillies révèlent que les maladies alimentaires gagnent du terrain sur toute la planète, dans les régions en développement comme dans les pays industriels. La situation du Venezuela illustre cette tendance (OPS/OMS, 1989) (voir figure 53.1).


Figure 53.1 Maladies d'orogine alimentaire au Venezuela




La contamination biologique


✓ Les pays en développement
D’après les données disponibles, les contaminants biologiques (bactéries, virus et parasites) sont clairement la principale cause des maladies transmises par les aliments (voir tableau 53.2).


Tableau 53.2 Quelques agents de maladies importantes transmises par les aliments, avec leurs principales
caractéristiques épidémiologiques


Tableau en cours de préparation ...


C’est le cas, dans les pays en développement, pour les pathologies suivantes: choléra, salmonellose, shigellose, typhoïde et paratyphoïde, brucellose, poliomyélite et amibiase. Les maladies diarrhéiques, notamment la diarrhée du nouveau-né, sont le problème prédominant, atteignant des proportions énormes. Chaque année, quelque 1,5 milliard d’enfants de moins de 5 ans souffrent de diarrhée, et ils sont plus de 3 millions à en mourir. On pensait autrefois que l’approvisionnement en eau contaminée était la principale source directe des agents pathogènes qui provoquent la diarrhée, mais il est aujourd’hui prouvé que 70% des cas de diarrhée peuvent être dus à des pathogènes alimentaires (OMS, 1990b). Toutefois, la contamination de la nourriture provient souvent de l’eau qui est utilisée pour l’irrigation et à des fins semblables.


✓ Les pays industriels
Si la situation concernant les maladies transmises par les aliments est très grave dans les pays en développement, le problème ne se limite pas à ces pays et, ces dernières années, les pays industriels ont connu une succession de grandes épidémies. Aux Etats-Unis, on estime à 6,5 millions le nombre de cas par an, et à 9 000 celui des décès, mais d’après l’Administration fédérale de contrôle des denrées alimentaires et des produits pharmaceutiques (Food and Drug Administration (FDA)), ces chiffres sont inférieurs à la réalité, laquelle pourrait atteindre 80 millions de cas (Cohen, 1987; Archer et Kvenberg, 1985; Young, 1987). Dans l’ex-Allemagne de l’Ouest, on est arrivé à 1 million de cas en 1989 (Grossklaus, 1990). Il est ressorti d’une étude effectuée aux Pays-Bas que 10% de la population pourraient être atteints de maladies transmises par les aliments ou l’eau (Hoogenboom-Vergedaal et coll., 1990).

Aujourd’hui, grâce à l’amélioration des conditions d’hygiène personnelle, au développement des installations sanitaires de base, au traitement de l’eau de consommation, à la création d’infrastructures convenables et à l’essor d’applications techniques, comme la pasteurisation, beaucoup de maladies d’origine alimentaire ont disparu ou ont très fortement reculé dans certains pays industriels (par exemple, la salmonellose du lait). En revanche, la plupart des pays connaissent aujourd’hui une forte poussée de plusieurs autres maladies du même ordre. Témoin de ce phénomène, l’évolution observée dans l’ex-Allemagne de l’Ouest entre 1946 et 1991 (voir figure 53.2) (Statistisches Bundesamt, 1994).


Figure 53.2 Entérite infectieuse, fièvre typoïde et paratyphoïde (A, B et C), Allemagne




La salmonellose, notamment, a pris énormément d’ampleur en quelques années sur les deux côtés de l’Atlantique (Rodrigue, Tauxe et Rowe, 1990). Elle est fréquemment due à Salmonella enteritidis . La figure 53.3 montre la prolifération en Suisse de ce micro-organisme par rapport à d’autres souches de Salmonella . Dans de nombreux pays, la volaille, les œufs et les aliments à base d’œuf passent pour être les sources dominantes de ce pathogène. Dans certains pays, entre 60 et 100% de la viande de volaille sont contaminés par Salmonella ; en outre la viande de boucherie, les cuisses de grenouille, le chocolat et le lait sont aussi mis en cause (Notermans, 1984; Roberts, 1990). En 1985, à Chicago, quelque 170 000 à 200 000 personnes ont été victimes d’une épidémie de salmonellose provoquée par du lait pasteurisé contaminé (Ryzan, 1987).


Figure 53.3 Sérotypes de Salmonella en Suisse




L’utilisation de produits chimiques et toxiques dans la nourriture

On fait énormément d’efforts aux niveaux national et international pour garantir la sécurité chimique des produits alimentaires. Deux comités mixtes de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et de l’OMS évaluent depuis trente ans un grand nombre de produits chimiques à usage alimentaire. Le premier, le Comité mixte d’experts sur les additifs alimentaires (JECFA), s’intéresse aux additifs alimentaires, aux contaminants et aux résidus de médicaments vétérinaires, tandis que le second, la réunion conjointe FAO/OMS sur les résidus de pesticides (JMPR), contrôle les résidus de pesticides. Ils formulent des recommandations quant à la dose journalière admissible (DJA), à la limite maximale de résidus (LMR) et aux niveaux maximaux (NM). Sur la foi de ces recommandations, la Commission du Codex Alimentarius et les gouvernements fixent des normes et la teneur en ces substances à respecter dans la nourriture. Par ailleurs, le Programme de surveillance et d’évaluation de la contamination alimentaire (GEMS/Food), instauré conjointement par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), la FAO et l’OMS, apporte des informations sur les taux de contaminants dans les aliments et sur l’évolution de la contamination, ce qui permet de prendre des mesures de prévention et de contrôle.

Si les données en provenance de la plupart des pays en développement sont rares, des enquêtes effectuées dans les pays industriels laissent penser que, chimiquement parlant, les produits alimentaires sont dans l’ensemble sûrs grâce à l’importante infrastructure en place (lois et règlements, mécanismes d’application, systèmes de surveillance et de contrôle) et à la responsabilité générale assumée par l’industrie alimentaire dans son ensemble. Il arrive cependant que des aliments soient contaminés ou altérés par accident, ce qui peut avoir des conséquences graves pour la santé. C’est ainsi qu’en Espagne, en 1981-82, la consommation d’huile de cuisson frelatée a tué quelque 600 personnes et en a handicapé 20 000 autres, de façon temporaire ou permanente (OMS, 1984). En dépit des recherches intensives qui ont été menées, l’agent à l’origine de cette intoxication de masse n’a pas encore été mis en évidence.


Les substances chimiques présentes dans l’environnement

Plusieurs substances chimiques peuvent se retrouver dans la nourriture à cause d’une contamination de l’environnement. Elles peuvent avoir des effets extrêmement nocifs sur la santé et elles suscitent beaucoup d’inquiétude depuis quelques années.

Les conséquences s’avèrent sérieuses lorsque des aliments contaminés par des métaux lourds comme le plomb, le cadmium ou le mercure sont absorbés sur de longues périodes.

Après l’accident de Tchernobyl, on s’est beaucoup inquiété de la santé des personnes exposées aux émissions de radionucléides. Les habitants du voisinage ont été touchés, entre autres par les contaminants radioactifs contenus dans la nourriture et l’eau. Dans d’autres régions d’Europe et d’ailleurs, éloignées pourtant des lieux de l’accident, on s’est surtout préoccupé des risques présentés par les aliments contaminés. Dans la plupart des pays, on estime que la dose moyenne absorbée avec des aliments contaminés ne représente qu’une très faible fraction de la dose qui provient normalement du rayonnement de fond (AIEA, 1991).

D’autres produits chimiques présents dans l’environnement méritent d’être signalés: les biphényles polychlorés (BPC) qui servent à diverses applications industrielles. Les premières informations concernant leurs effets sur la santé humaine ont été recueillies à la suite de deux catastrophes survenues au Japon (1968) et à Taiwan, Chine (1979). On a appris à ces occasions que, en plus de leurs effets immédiats, les BPC peuvent aussi avoir des effets cancérogènes.

Le DDT a été abondamment utilisé entre 1940 et 1960 comme insecticide dans l’agriculture et pour la lutte contre des maladies transmises par un vecteur. Il fait aujourd’hui l’objet d’une interdiction ou d’une autorisation restreinte dans beaucoup de pays à cause des dangers qu’il présente pour l’environnement. Dans de nombreux pays tropicaux, le DTT demeure très employé contre le paludisme. Il n’a encore été signalé aucun effet nocif attribuable à la présence de DDT dans la nourriture (PNUE, 1988).


Les mycotoxines

Les mycotoxines, métabolites toxiques de certains champignons microscopiques (moisissures), peuvent avoir des effets extrêmement préjudiciables sur l’être humain, ainsi que sur les animaux. Des études réalisées sur des animaux ont révélé que, en plus de provoquer une intoxication aiguë, les mycotoxines peuvent se transformer en agents cancérogènes, mutagènes et tératogènes.


Les biotoxines

L’intoxication par des biotoxines marines (aussi appelée ichtyotoxisme) est un autre sujet d’inquiétude. Citons, par exemple, l’intoxication ciguatérique et diverses formes d’intoxication par consommation de coquillages.


Les toxiques végétaux

Les toxiques contenus dans les végétaux comestibles et les végétaux vénéneux qui leur ressemblent (champignons et certaines plantes vertes sauvages) sont une importante cause de problèmes de santé dans de nombreuses régions du monde et compromettent gravement la sécurité alimentaire (OMS, 1990a).

  Source : Cet article a été rédigé par le docteur F.K. Käferstein, chef de l'unité Salubrité des aliments de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Il s'inspire largement du rapport d'un comité d'experts de l'OMS chargé de l'alimentation et de l'agriculture qui a aidé la Commission de la santé et de l'environnement de l'OMS à préparer un document pour la Conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement (CNUED) à Rio de Janeiro, 1992.


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