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Santé : Risques

 

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LES TAPIS TISSÉS ET TUFTÉS À LA MAIN




Tous les tapis d’Orient sont tissés à la main. Ils sont souvent confectionnés à domicile; tous les membres de la famille, y compris les très jeunes enfants, travaillent sur le métier de longues heures pendant la journée et même la nuit. Il s’agit parfois simplement d’une occupation à temps partiel pour la famille; dans certaines régions, la confection des tapis n’est plus effectuée à domicile, mais s’est déplacée vers des manufactures dont la taille demeure généralement modeste.



  Les opérations


Les opérations associées à la confection des tapis comprennent la préparation du fil — qui consiste à tirer la laine et à la classer en diverses variétés, à la laver, à la filer et à la teindre —, le dessin du motif du tapis et le tissage proprement dit.


La préparation du fil

Parfois, le fil est déjà façonné et teint lorsqu’il parvient aux ateliers de tissage. Dans d’autres cas, la fibre brute, le plus souvent de laine, est préparée, filée et teinte sur place. La première opération, généralement effectuée par des femmes assises à même le sol, consiste à classer la matière première par variété. Ensuite, la laine est lavée et filée à la main. La teinture se fait habituellement dans des récipients ouverts, et l’on emploie principalement des colorants à base d’aniline ou d’alizarine; les colorants naturels ne sont plus guère utilisés.


Le dessin et le tissage

Dans la fabrication familiale ou «tribale», les motifs sont traditionnels et il n’est pas nécessaire d’en inventer de nouveaux; toutefois, dans une entreprise employant un certain nombre de travailleurs, un dessinateur trace des ébauches qu’il transpose sur du papier quadrillé, dont chaque case représente un point; le tisseur peut ainsi s’assurer du nombre et de la disposition des nœuds.

Le métier se compose le plus souvent de deux cylindres de bois horizontaux fixés sur des montants. L’un des cylindres est situé à une distance de 10 à 30 cm au-dessus du sol, l’autre à environ 3 m; le fil de chaîne est tendu verticalement entre les deux cylindres. Il n’y a habituellement qu’un seul tisseur par métier mais, pour les tapis de grandes dimensions, leur nombre peut aller jusqu’à six. Une fois sur deux, le tisseur est accroupi à même le sol devant le cylindre inférieur. Parfois, il est assis sur une poutre de bois ou sur une planche horizontale étroite, que l’on relève au fur et à mesure que le travail avance. Le tisseur doit nouer de petites longueurs de fil de laine ou de soie autour des fils de chaîne pris deux à deux, puis passer le fil à la main d’une lisière à l’autre du tapis. Chaque fil de trame ou duite est étroitement appliqué contre la fibre du tapis au moyen d’un peigne manœuvré à la main. Les touffes de fil dépassant de la fibre sont égalisées ou coupées aux ciseaux.

Tandis que le tapis avance, il est souvent enroulé autour du cylindre inférieur, dont le diamètre augmente. Lorsque le tisseur est accroupi à même le sol, la position du cylindre inférieur l’empêche d’allonger les jambes et, à mesure que le diamètre de ce cylindre augmente, le tisseur est repoussé en arrière et doit se courber de plus en plus en avant pour nouer les fils (voir figure 89.15). Cette posture peut être évitée lorsque les tisseurs sont assis ou accroupis sur une poutre que l’on peut relever jusqu’à 4 m au-dessus du sol mais, là encore, ils n’ont bien souvent pas la place suffisante pour étendre leurs jambes et sont contraints de demeurer dans une position inconfortable. Dans certains cas, pourtant, le tisseur peut s’asseoir sur un siège fixe, équipé d’un dossier et d’un coussin (il s’agit en fait d’une chaise sans pieds qui peut être déplacée horizontalement le long de la poutre au fur et à mesure que le travail avance). Des types améliorés de métiers surélevés ont été mis au point; ils permettent au tisseur d’être assis sur une chaise et de disposer d’une place suffisante pour étendre ses jambes.


Figure 89.15 Métier ancien – le tisseur est obligé de rester accroupi



Dans certaines régions d’Iran, les fils de chaîne sont disposés horizontalement et le tisseur doit s’installer sur le tapis lui-même, ce qui rend sa tâche encore plus difficile.



  Les risques pour la santé


La confection des tapis, bien souvent encore effectuée à domicile, comporte de nombreux risques: en effet, les maisons sont pauvres, les pièces sont petites et surpeuplées, mal éclairées et mal aérées. Le matériel et les méthodes se transmettent de génération en génération, ne laissant pratiquement aucune place aux possibilités d’éducation et de formation qui permettraient de rompre avec les techniques traditionnelles. Les tisseurs sont sujets à des déformations osseuses, à des troubles oculaires et sont soumis à des risques mécaniques et aux intoxications.


Les déformations osseuses

La position accroupie que les tisseurs doivent adopter devant les métiers de type ancien et la nécessité de se courber pour faire les nœuds provoquent à la longue des déformations importantes. Celles-ci sont souvent aggravées par les carences nutritionnelles liées à la pauvreté. Si les travailleurs sont ainsi employés dès le plus jeune âge, leurs membres inférieurs risquent d’être déformés (genu valgum), et ils peuvent également souffrir d’arthrite déformante du genou. Le rétrécissement du bassin que l’on observe parfois chez les femmes peut occasionner des accouchements difficiles, nécessitant souvent une césarienne. Les déformations de la colonne vertébrale (scolioses et lordoses) sont également très fréquentes.


Les troubles oculaires

Le tisseur doit porter une attention constante au point ou au nœud qu’il est en train de faire, ce qui peut entraîner une fatigue oculaire considérable, notamment lorsque l’éclairage est insuffisant. Il faut souligner que, dans certains ateliers à domicile, l’éclairage électrique demeure inconnu et que l’on utilise encore des lampes à pétrole ou à huile pour travailler après la tombée du jour. On a observé des cas de cécité presque complète survenant après seulement douze ans de travail.


Les affections des mains et des doigts

Le fait de nouer constamment les fils et de faire passer avec les doigts les fils de trame à travers les fils de chaîne provoque une enflure des phalanges, de l’arthrite et des névralgies qui occasionnent des déformations permanentes.


Le stress

L’extrême précision de ce travail, qui demande une grande dextérité et une attention constante pendant de longues heures, provoque parfois des troubles nerveux et un stress que ne peuvent qu’aggraver l’exploitation des travailleurs et une discipline très dure. Les enfants se voient souvent «voler leur enfance», et les adultes, qui manquent généralement des contacts sociaux indispensables à un bon équilibre affectif, peuvent développer des maladies nerveuses qui se traduisent par des tremblements des mains (susceptibles de diminuer leur rendement) et, parfois, des troubles mentaux.


Les risques mécaniques

Ils sont pratiquement inexistants, étant donné qu’aucune machine à moteur n’est utilisée. Si les métiers ne sont pas convenablement entretenus, le système de levier qui permet de régler la tension de la chaîne risque de se rompre et de heurter le tisseur. Ce risque peut être prévenu par la mise en place d’un dispositif de tension à engrenage.

Les risques chimiques

Les colorants utilisés, surtout lorsqu’ils sont employés avec du bichromate de potassium ou de sodium, peuvent provoquer des infections cutanées et des dermatoses. L’emploi d’ammoniaque, d’acides puissants et d’alcalis présente également un danger. Les dessinateurs se servent parfois de pigments au plomb et l’on a observé chez eux des cas de saturnisme, car ils ont l’habitude de sucer l’extrémité du pinceau pour en lisser les poils; les pigments au plomb devraient être remplacés par d’autres, non toxiques.


Les risques biologiques

Les germes infectieux contenus dans la laine brute provenant de régions dans lesquelles le bacille est endémique peuvent provoquer le charbon. Les autorités locales compétentes veilleront à ce que la laine soit convenablement stérilisée avant d’être livrée aux ateliers et aux fabriques.



  Les mesures préventives


Les opérations de tri des matières premières telles que la laine, le poil de chameau ou de chèvre, etc. devraient s’effectuer au-dessus d’une grille métallique pourvue d’un dispositif d’aspiration permettant de capter toutes les poussières et de les évacuer vers un collecteur situé à l’extérieur.

Les locaux dans lesquels on procède au lavage et à la teinture de la laine devraient être convenablement ventilés, et des gants de caoutchouc et des tabliers imperméables fournis au personnel chargé de ces opérations. Tous les déchets liquides devraient être neutralisés avant d’être rejetés dans les cours d’eau ou les égouts.

Un bon éclairage est indispensable dans les locaux de dessin et de tissage. L’éclairage pose problème lorsqu’il n’y a pas d’électricité et que le travail se poursuit après la tombée du jour.

L’amélioration la plus importante consisterait à surélever le rouleau inférieur du métier. Les tisseurs n’auraient plus à s’accroupir à même le sol de façon inconfortable et antihygiénique et pourraient s’asseoir sur un bon siège. Cet aménagement ergonomique permettrait non seulement d’améliorer la santé des travailleurs, mais également d’accroître leur rendement.

Les ateliers devraient être nettoyés et bien aérés et être revêtus d’un plancher remplaçant la terre battue. Par temps froid, ils devraient être chauffés. La manipulation des fils de chaîne est pénible pour les doigts et peut occasionner de l’arthrite: aussi emploiera-t-on le plus souvent possible des couteaux spéciaux en forme de crochet pour nouer les fils de chaîne. Des examens médicaux d’embauche et périodiques sont vivement recommandés pour tous les travailleurs.



  Les tapis tuftés à la main


La confection de tapis par nouage du fil à la main est un procédé très lent. Le nombre de nœuds varie de 2 à 360 par cm2, suivant la qualité du tapis. Un tapis de grandes dimensions au motif complexe peut demander une année de travail et le nouage de centaines de milliers de nœuds.

Le tuftage à la main est une autre méthode de confection des tapis. On utilise pour cela un outil spécial présentant une aiguille dans le chas de laquelle on enfile le fil. Un calicot sur lequel a été tracé le dessin du tapis est suspendu verticalement; lorsque le tisseur place l’outil contre le tissu et appuie sur un bouton, l’aiguille pénètre dans le tissu puis se rétracte, en laissant sur l’envers une boucle de fil d’environ 10 mm. Il déplace alors horizontalement l’outil de 2 ou 3 mm, en laissant une boucle à la surface du tissu, et appuie à nouveau sur le bouton pour former une nouvelle boucle sur l’envers. Avec un peu d’habitude, on peut obtenir en une minute jusqu’à 30 boucles de chaque côté. Selon le dessin, le tisseur doit s’arrêter de temps à autre pour changer la couleur de fil en fonction du motif. Lorsque cette opération est achevée, le tapis est descendu et étendu par terre à l’envers. On applique alors sur l’envers un enduit de caoutchouc, puis un dossier en toile de jute résistante. On retourne ensuite le tapis sur l’endroit et les boucles de fil sont égalisées au moyen de ciseaux électriques. Parfois, le motif du tapis est obtenu en coupant les poils à des hauteurs différentes.

Cette méthode de confection engendre nettement moins de risques que la manufacture des tapis noués à la main. L’opérateur est généralement assis sur une planche devant la toile et a suffisamment de place pour étendre ses jambes. On soulève la planche au fur et à mesure que le travail avance. Pour un plus grand confort, le tisseur pourrait disposer d’un dossier pour s’appuyer et d’un siège confortable qu’il déplacerait horizontalement le long de la planche à mesure que le tapis avance. L’effort visuel est moins grand et les mouvements des doigts ou des mains ne sont pas susceptibles dans ce cas d’engendrer des affections ou des déformations.

L’enduit de caoutchouc employé pour ce type de tapis contient généralement un solvant toxique et inflammable. L’opération de revêtement devrait donc être effectuée dans un local indépendant, équipé d’un système efficace de ventilation par extraction, d’au moins deux sorties de secours et dont sont bannies les flammes nues et les lampes non protégées. Dans ce local, tous les interrupteurs et les équipements électriques devraient être conformes aux normes imposées pour les matériels antidéflagrants. On ne conservera dans ce local que la quantité minimale d’enduits inflammables et des extincteurs seront prévus. Un local ignifugé d’entreposage des solutions inflammables ne devrait pas être situé à l’intérieur d’un bâtiment occupé.



  La législation


Dans la plupart des pays, les dispositions d’ordre général relatives aux établissements industriels fixent les conditions de sécurité et de santé. Parfois, pourtant, elles ne s’appliquent pas aux entreprises familiales ou au travail à domicile et sont difficiles à mettre en œuvre dans les petites entreprises isolées qui emploient néanmoins de nombreux travailleurs. Cette branche d’activité est connue pour l’exploitation de la main-d’œuvre et le travail des enfants, bien souvent au mépris de toutes les réglementations en vigueur. On peut espérer que le mouvement qui se fait jour dans le monde entier (depuis le milieu des années quatre-vingt-dix) parmi les acheteurs de tapis tissés ou tuftés à la main, et qui préconise le boycott des produits issus d’un travail au noir ou confectionnés par des travailleurs exploités, permettra de mettre fin à cette situation.

  Source : Ce texte est repris, avec quelques modifications, de la 2e édition de l'Encyclopédie de médecine, d'hygiène et de sécurité du travail.


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