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Santé : Risques

 

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L’INDUSTRIE TEXTILE : HISTOIRE, SÉCURITÉ ET SANTÉ




  L’industrie textile


Le terme industrie textile (du latin texere , tisser) s’appliquait à l’origine au tissage d’étoffes à partir de fibres, mais il recouvre aujourd’hui toute une série d’autres procédés tels que le tricotage, le tuftage (ou touffetage) et le feutrage, pour n’en citer que quelques-uns. Ce terme s’étend même à la fabrication de filés ou de non-tissés à partir de fibres naturelles ou synthétiques, ainsi qu’au finissage et à la teinture des étoffes.


La production de filés

A l’époque préhistorique, on utilisait des poils d’animaux, des plantes et des graines pour fabriquer des fibres. La soie a été introduite en Chine vers 2600 avant J.-C. et les premières fibres synthétiques ont été mises au point au milieu du XVIIIe siècle. Les fibres synthétiques fabriquées à partir de cellulose ou de produits pétrochimiques sont de plus en plus utilisées, seules ou en mélange avec d’autres fibres synthétiques ou naturelles, mais elles n’ont jamais remplacé totalement les fibres naturelles telles que la laine, le coton, le lin et la soie.

La soie est la seule fibre naturelle formée de filaments qu’il est possible de réunir et de transformer en fil par torsion. Les autres fibres naturelles doivent être préalablement étirées et alignées parallèlement par peignage, puis transformées en un fil continu par filage. Le fuseau est le premier outil utilisé pour filer. Il a été mécanisé en Europe vers l’an 1400 grâce à l’invention du rouet. C’est à la fin du XVIIe siècle qu’est apparue la machine à filer qui permettait de faire fonctionner simultanément plusieurs fuseaux. Avec le métier à filer inventé en 1769 par Richard Arkwright et le métier renvideur de Samuel Crompton, qui permettait de faire fonctionner un millier de broches à la fois, la filature est passée du stade artisanal à l’ère industrielle.


La fabrication des tissus

La fabrication des tissus a une histoire similaire. Depuis l’Anti-quité, l’outil de base était le métier à tisser manuel. Des améliorations mécaniques ont été apportées par la lisse sur laquelle on attache un fil de chaîne sur deux. Au XIIIe siècle a été introduite la pédale qui permettait de faire fonctionner plusieurs jeux de lisses. Avec l’intégration du battant qui mettait en place le fil de trame, le métier mécanisé est devenu l’instrument de tissage prédominant en Europe, voire dans les autres parties du monde, à l’exception des régions où les traditions culturelles faisaient survivre les anciens métiers manuels.

La mécanisation du tissage a commencé en 1733 avec la navette volante de John Kay, qui permettait de lancer automatiquement la navette sur toute la largeur du métier. Edmund Cartwright mit au point le métier à vapeur et, en 1788, il créa avec James Watt, en Angleterre, la première usine textile fondée sur ce principe. Les usines, alors affranchies de l’énergie hydraulique, pouvaient être construites n’importe où. Un autre développement important a été le système à cartes perforées inventé en 1801 par le Français Joseph Marie Jacquard, grâce auquel les motifs pouvaient être tissés automatiquement. Les anciens métiers à vapeur, en bois, ont été progressivement remplacés par des machines construites en acier ou en d’autres métaux. Les progrès techniques intervenus depuis lors ont consisté à en augmenter la taille et la rapidité et à en améliorer l’automatisation.


La teinture et l’impression

A l’origine, on utilisait des colorants naturels pour teindre les fils et les tissus, mais ces procédés se sont compliqués au XIXe siècle avec la découverte des colorants dérivés des goudrons de houille, puis avec la mise au point des fibres synthétiques au XXe siècle. Au début, l’impression à la planche servait à teindre les tissus (la sérigraphie a été mise au point pour cette application vers le milieu du XIXe siècle), mais elle a été rapidement remplacée par l’impression au rouleau. Des rouleaux en cuivre gravé ont été utilisés pour la première fois en Angleterre en 1785. Des améliorations rapides ont permis d’imprimer, grâce à ce procédé, en six couleurs différentes, parfaitement transférées. Avec les techniques modernes, on peut imprimer 180 m de tissu par minute en 16 couleurs ou davantage.


Le finissage

Jadis, le finissage des tissus passait par le brossage ou le tondage, l’apprêtage ou l’encollage, ou encore le calandrage pour obtenir un effet brillant. Aujourd’hui, les tissus sont rétrécis, mercerisés (les fils et les tissus de coton sont traités par des solutions caustiques pour les renforcer et les faire briller) et soumis à toute une série de traitements destinés à améliorer entre autres la résistance au froissement, à l’eau, au feu et aux moisissures ou encore la tenue des plis.

Des traitements spéciaux permettent d’obtenir des fibres à haute performance , appelées ainsi en raison de leur solidité exceptionnelle et de leur résistance aux températures très élevées. Ainsi, l’aramide est une fibre similaire au nylon, mais plus résistante que l’acier, et le Kevlar®, fabriqué à partir de l’aramide, est utilisé pour fabriquer des tissus pare-balles et des vêtements qui résistent aussi bien à la chaleur qu’aux produits chimiques. D’autres fibres synthétiques combinées à du carbone, du bore, de la silice, de l’aluminium ou d’autres matières sont utilisées pour produire des matériaux structurés légers et extrêmement robustes entrant dans la fabrication des avions, des navettes spatiales, des filtres et des membranes résistant aux produits chimiques, ou encore des accessoires de protection utilisés par les sportifs.


De l’artisanat à l’industrie

La fabrication des textiles était initialement un art manuel pratiqué soit par des fileurs et des tisseurs qui travaillaient à domicile, soit par de petites équipes d’artisans qualifiés. Les progrès techniques ont fait naître de grandes entreprises textiles économiquement très importantes, principalement au Royaume-Uni et dans les pays d’Europe occidentale. Les premiers immigrants installés en Amérique du Nord ont implanté des fabriques de tissus en Nouvelle-Angleterre (Samuel Slater, qui avait dirigé une usine textile en Angleterre, a construit de mémoire un métier à filer à Providence, Rhode Island, en 1790). L’invention de l’égreneuse par Eli Whitney, qui permettait de nettoyer très rapidement le coton récolté, a entraîné un accroissement de la demande en tissus de coton.


Cette tendance s’est accélérée grâce à la commercialisation de la machine à coudre . Au début du XVIIIe siècle, plusieurs inventeurs ont mis au point des machines permettant de coudre le tissu. En France, Barthélemy Thimonnier déposa un brevet en 1830 pour sa machine à coudre. En 1841, alors que 80 de ses machines travaillaient pour l’armée française, son usine fut détruite par des tailleurs qui estimaient que cette innovation pouvait compromettre leurs moyens de subsistance. En Angleterre, à la même époque, Walter Hunt mit au point une machine améliorée, mais abandonna son projet, craignant que son invention ne mette des couturières pauvres au chômage. En 1848, Elias Howe déposa un brevet aux Etats-Unis pour une machine très similaire à celle de Hunt; il s’engagea par la suite dans de nombreuses procédures en contrefaçon contre des industriels et finit par les gagner. L’invention de la machine à coudre moderne revient à Isaac Merritt Singer qui mit au point le bras libre, le pied-de-biche pour maintenir le tissu et la roue pour l’entraîner, et qui remplaça la manivelle par une pédale laissant les deux mains libres pour guider l’ouvrage. En plus de la conception et de la fabrication de cette machine, l’inventeur créa la première grande entreprise tournée vers le consommateur, qui se caractérisait par des innovations telles que des campagnes publicitaires, la vente à tempérament et la proposition de contrats d’entretien.

Ainsi, les progrès techniques accomplis au cours des XVIIIe et XIXe siècles n’ont pas seulement donné le coup d’envoi à l’industrie textile moderne, mais ont été à l’origine de la révolution industrielle et de mutations familiales et sociales profondes. De nouveaux changements ont lieu aujourd’hui, puisque les grosses entreprises textiles se déplacent vers de nouvelles régions qui offrent une main-d’œuvre et des sources d’énergie moins onéreuses, tandis que la bataille de la concurrence suscite des développements techniques incessants tels que la production assistée par ordinateur (PAO) qui permet de réduire les effectifs et d’améliorer la qualité. Les politiciens, quant à eux, négocient des quotas et des tarifs, ou mettent en place des barrières économiques pour obtenir ou conserver des avantages concurrentiels pour leur pays. Ainsi, l’industrie textile fournit des produits essentiels à une population mondiale en pleine expansion, tout en exerçant une influence profonde sur le commerce international et l’économie des nations.



  Les problèmes de sécurité et de santé


A mesure que les machines sont devenues plus grosses, plus rapides et plus compliquées, de nouveaux risques sont apparus. La complexité croissante des matériaux et des procédés a suscité de nouveaux risques pour la santé. Alors que le personnel devait faire face à la mécanisation et à des exigences de productivité accrues, le stress professionnel, largement méconnu ou ignoré, a commencé de peser de plus en plus lourdement sur le bien-être des salariés. L’impact de la révolution industrielle s’est manifesté essentiellement au niveau de la vie sociale, marquée par la migration des travailleurs vers les villes et par tous les maux de l’urbanisation. Aujourd’hui même, on assiste aussi à ce type d’effets, alors que l’industrie textile et d’autres branches se déplacent vers des pays et des régions en développement, à un rythme encore plus rapide.

Les risques liés aux différents secteurs de cette branche sont exposés dans les articles du présent chapitre qui soulignent l’importance des facteurs suivants: entretien des locaux et des machines; installation de systèmes de protection et de dispositifs de sécurité efficaces pour éviter tout contact avec les pièces en mouvement; mise en place d’une ventilation par aspiration localisée en complément d’un bon système général de ventilation et de régulation de la température; enfin, fourniture d’équipements et de vêtements de protection individuelle lorsqu’un risque ne peut être totalement maîtrisé ou supprimé par la conception initiale, par la prévention collective ou par l’utilisation de substances moins dangereuses. Les auteurs insistent tous sur la nécessité d’informer et de former sans relâche le personnel à tous les niveaux et sur l’importance de la surveillance.



  Les problèmes liés à l’environnement


Les préoccupations qui se font jour au sujet de l’environnement dans l’industrie textile ont deux origines: les opérations de fabrication elles-mêmes et les risques liés au mode d’utilisation des produits.


La fabrication des textiles

Les principaux problèmes d’environnement créés par les usines textiles sont imputables aux substances toxiques libérées dans l’air et dans les eaux usées. Outre la toxicité éventuelle des substances, les odeurs désagréables posent souvent problème, notamment lorsque des ateliers de teinture et d’impression sont situés à proximité de zones résidentielles. Les gaz dégagés par les systèmes de ventilation peuvent contenir des vapeurs de solvants, du formaldéhyde, des hydrocarbures, du sulfure d’hydrogène et des composés métalliques. Les solvants sont parfois récupérés et distillés pour être réutilisés. Les particules peuvent être captées par filtration. L’épuration est efficace pour les composés volatils hydrosolubles tels que le méthanol, mais non pas pour les opérations d’impression pigmentaire où les hydrocarbures constituent l’essentiel des émissions. Les substances inflammables peuvent être brûlées, mais cette technique est relativement coûteuse. La dernière solution, enfin, consiste à employer des matériaux à émissivité aussi faible que possible, ce qui se réfère non seulement aux teintures, aux liants et aux agents de liaison transversale utilisés pour l’impression, mais aussi à la teneur des tissus en formaldéhyde et en monomères résiduels.


La contamination des eaux usées par les colorants non fixés pose un problème d’environnement grave, non seulement en raison des risques potentiels pour la santé de l’être humain et des animaux, mais aussi en raison de la forte visibilité des colorations produites. Dans les opérations de teinture ordinaire, on peut obtenir une fixation de plus de 90%, mais ce taux tombe à 60%, voire moins, lorsqu’on se sert de colorants réactifs. En d’autres termes, plus d’un tiers de la teinture passe dans les eaux usées lors du dégommage du tissu imprimé, sans compter les quantités dues au lavage des cadres, des pochoirs et des tambours.

Un certain nombre de pays ont fixé des limites portant sur la coloration des eaux usées, mais il est souvent extrêmement difficile de les respecter sans installer un système d’épuration très coûteux. Entre autres solutions, on utilise des teintures dont l’effet contaminant est moindre et on tente de mettre au point des colorants et des épaississants de synthèse qui augmentent le degré de fixation des teintures et réduisent les excédents à éliminer par lavage (Grund, 1995).


L’utilisation des textiles et l’environnement

Les résidus de formaldéhyde et de certains complexes de métaux lourds (dont la plupart sont inertes) peuvent produire une irritation et une sensibilisation cutanée chez les personnes qui portent des tissus teints.

Le formaldéhyde et les solvants résiduels se trouvant dans les tapis et les tissus servant pour l’ameublement et les rideaux continuent de se vaporiser progressivement pendant un certain temps. Dans les immeubles très bien isolés, où le système d’air conditionné recycle la plus grande partie de l’air au lieu de l’évacuer à l’extérieur, ces substances peuvent atteindre des concentrations suffisantes pour produire des symptômes chez les occupants, comme mentionné dans le chapitre no 13, «Les troubles systémiques», de l’Encyclopédie.

Marks and Spencer, revendeur anglo-canadien de vêtements, a ouvert la voie en fixant des limites à la teneur en formaldéhyde des vêtements qu’il achète. Des fabricants de vêtements tels que Levi Strauss aux Etats-Unis ont répondu à cette exigence. Certains pays ont adopté des mesures législatives sur ce point (Allemagne, Danemark, Finlande et Japon). Grâce à la prise de conscience des consommateurs, certains fabricants de tissus ont volontairement adhéré à ces normes afin d’obtenir des labels écologiques (voir figure 89.1).


Figure 89.1 Labels écologiques utilisés pour les textiles




  Conclusion


Les progrès techniques permettent d’élargir la gamme des tissus fabriqués par l’industrie textile et contribuent à améliorer la productivité. Il est essentiel cependant qu’ils soient aussi régis par des impératifs de sécurité, de santé et de bien-être du personnel. Quoi qu’il en soit, la mise en œuvre de ces avancées pose des problèmes dans les entreprises plus anciennes dont la viabilité financière est mal assurée et qui n’ont pas les moyens d’effectuer les investissements nécessaires. Il en va de même dans des régions en développement qui recherchent de nouvelles industries à tout prix, même au détriment de la sécurité et de la santé des travailleurs. Cependant, quelles que soient les circonstances, l’éducation et la formation du personnel devraient permettre de réduire considérablement les risques auxquels il est exposé.


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